Bible Chouraqui 1985
Job 31
1J’avais tranché un pacte pour mes yeux, afin de ne pas distinguer la vierge.
2Mais quelle est la part d’Eloha en haut ? la possession de Shadaï dans les hauteurs ?
3N’est-ce pas la calamité du félon, l’aliénation des ouvriers de fraude ?
4Ne voit-il pas mes routes ? Ne compte-t-il pas tous mes pas ?
5Allais-je avec le vaurien, mon pied s’activant pour la duperie ?
6Qu’il me pèse aux balances de justice : Eloha connaîtrait mon intégrité !
7Si ma marche déviait de la route, si mon cœur allait derrière mes yeux, si une tare collait à ma paume,
8que je sème, et qu’un autre mange ; que mes rejetons soient déracinés !
9Si mon cœur était séduit par une femme, si je m’embusquais devant la porte de mon compagnon,
10que ma femme fasse la mouture d’un autre ; que, sur elle, d’autres s’agenouillent !
11Oui, ce serait là une préméditation, un tort criminel.
12Oui, un feu, cela, jusqu’en Abadôn : il mangerait et déracinerait toute ma récolte !
13Si je rejetais le droit de mon serviteur, de ma servante, dans leur revendication contre moi,
14que ferai-je quand Él se lèvera ? Quand il sanctionnera, que lui répondrai-je ?
15N’est-ce pas dans un ventre que mon auteur l’a fait aussi, préparé dans une matrice unique ?
16Ai-je refusé le désir des miséreux, épuisé les yeux de la veuve,
17mangeant seul une miche sans que l’orphelin n’en mange ?
18Oui, depuis ma jeunesse je l’ai élevé comme un père, guidé depuis le ventre de ma mère.
19Si je voyais un homme perdu sans vêtement, un pauvre sans couverture,
20ses lombes me bénissaient, de la toison de mes moutons se réchauffant.
21Si j’agitais ma main contre l’orphelin, quand je voyais, à la porte, une aide pour moi,
22que mon épaule me tombe du torse, que mon bras se brise à la clavicule !
23Oui, à moi le tremblement, le désastre d’Él ! Le supporter, je ne le pouvais.
24Ai-je mis mon expectative dans l’or, et dit au vermeil : « Ma sécurité ? »
25Me suis-je réjoui de mes richesses immenses, et de ce que ma main ait atteint la grandeur ?
26Si je voyais la lumière s’auréoler et la lune précieuse s’en aller,
27mon cœur en était-il séduit en cachette, et ma bouche la baisait-elle de ma main ?
28Cela aussi aurait été un tort criminel : oui, j’aurais renié l’Él d’en haut
29Me suis-je réjoui de l’échec de mon haineux, m’éveillant quand le malheur le trouvait ?
30Ai-je donné à mon palais de fauter, pour requérir l’imprécation contre son être ?
31Les hommes de ma tente ne disaient pas : « Qui donnera que de sa chair nous nous rassasiions ?
32Le métèque ne nuitait pas dehors : j’ouvrais mes portails à l’hôte.
33Si j’ai couvert comme un humain mes carences, pour enfouir mon tort dans mon intégrité,
34redoutant le tumulte multiple, effaré par le mépris des clans, je ferais silence, je ne sortirais pas à la porte.
35Qui me donnera un auditeur ? Voici ma griffe : que Shadaï me réponde ; que l’homme qui me combat écrive l’acte !
36Sur mon épaule je le porterais, et le nouerais en nimbe sur moi.
37Je lui rapporterais le nombre de mes pas ; je l’accueillerais comme un guide.
38Si ma terre clame contre moi, et ses sillons pleurent ensemble,
39si j’ai mangé ses produits sans payer, soufflant la vie de ses maîtres,
40qu’au lieu de blé sorte l’épine ; au lieu de l’orge, l’ivraie ! S’achèvent les paroles de Iob.
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Bible Chouraqui 1985 — © 1977 Editions Desclée de Brouwer
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