Dictionnaires bibliques

Priere

Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Priere », un article après l’autre.

Dictionnaire de la Bible (Bost)

Cet acte tout spirituel, qui forme l’essence du culte, et qui comprend sous toutes ses formes l’élévation de l’âme vers Dieu, pour l’adorer, implorer ses grâces, ou le remercier de ses faveurs, cet acte sans lequel il ne peut y avoir ni piété, ni religion, ce premier besoin de la foi et de l’amour, cette première aspiration vers le ciel d’une âme qui commence à sentir qu’elle existe, mais qu’elle n’existe pas pour la terre ; la prière que recommandent, si même ils ne la commandent pas, tous les fondateurs d’une religion, tous les philosophes qui ont essayé de donner au monde des croyances religieuses, depuis Confucius jusqu’à Mahomet ; la prière qui a sa place dans tous les systèmes et dans toutes les organisations du culte rendu à la divinité, n’est ni commandée, ni même, chose presque étrange, recommandée par Moïse, le législateur des Hébreux, qui a cependant prescrit de la manière la plus minutieuse et la plus scrupuleuse, jusqu’aux plus petits détails du culte, public ou particulier.

Un seul acte de ce genre parait indiqué (Deutéronome 26.13), comme souvenir d’actions de grâces pour les récoltes, mais ce n’est qu’en passant, et l’on peut y voir une profession de foi, une reconnaissance des droits de Dieu comme propriétaire du sol, aussi bien qu’une prière. Cette grave lacune dans l’organisation du culte juif, cet oubli de Moïse serait étrange, si par son étrangeté même il ne laissait pas entrevoir une intention bien marquée, bien positive et réfléchie. On sent que Moïse n’a pu oublier la prière, et il n’est pas difficile de se rendre compte des motifs qui l’ont empêché de la prescrire au peuple. C’est précisément parce qu’il savait ce que c’est que la prière, qu’il n’a pu songer à en faire l’objet d’ordonnances spéciales.

La prière ne se commande pas, et le Juif pieux devait puiser dans son cœur des actions de grâces pour le Dieu qui l’avait tiré d’Égypte, et cette confiance en lui qui porte à la prière ; la prière ne pouvait être que naturelle chez lui ; elle ne pouvait au contraire exister pour celui qui n’avait ni reconnaissance, ni amour, ni foi, et la lui imposer, comme on imposait à tous des purifications, des ablutions, ou des sacrifices, c’eût été n’en faire plus qu’une formalité, une cérémonie, un opus operatum. Moïse laissa à la prière son caractère de spontanéité pour le culte particulier comme pour le culte public, et ne régla rien de ce qui la concernait, parce qu’il n’y avait rien à régler. Les Israélites récitèrent peut-être moins de prières, mais ils prièrent davantage.

Au dire de quelques rabbins, les sacrifices journaliers qui se faisaient matin et soir dans le temple, auraient été, même avant l’exil, accompagnés de prières, et quoiqu’on ne puisse guère regarder cet usage comme fort ancien, l’on trouve cependant en effet quelques traces de son existence (1 Chroniques 23.30 ; cf. Néhémie 11.17). Après l’exil, l’usage semble en être devenu plus ordinaire ; Esdras a composé, dit-on, dix-huit prières, auxquelles Gamaliel en a joint une dix-neuvième, et toutes célèbrent Dieu, en le glorifiant et le suppliant ; quoi qu’il en soit de l’authenticité de ces prières plus que douteuses, plusieurs sont belles, et elles firent partie de la liturgie publique après le retour de la captivité. Le peuple restait dehors en prière pendant le sacrifice (Luc 1.10), soit en gardant le silence du recueillement, soit en se joignant aux prières du sacrificateur. Le plus bel exemple que l’Ancien Testament ait conservé d’une prière officielle, est celle que prononça le roi Salomon lors de la dédicace du temple (1 Rois 8.22) ; plusieurs des psaumes de David sont également des prières, et ils étaient destinés au culte public.

L’Ancien Testament, et surtout l’histoire des anciens temps de la nation juive, ne nous fournit pas beaucoup d’exemples de prières particulières, et c’est assez facile à comprendre ; la vie particulière de chacun appartient peu à l’histoire. Il résulte cependant de Ésaïe 1.15 (et cela résulterait déjà de la nature des choses), que la prière était un des actes ordinaires du culte individuel ; voir aussi 1 Rois 18.42.Plus tard, vers les temps de l’exil, depuis l’exil, et aux jours de Jésus-Christ, à mesure que l’histoire des temps et des hommes prend un caractère plus biographique, et détaillé, on trouve des mentions plus fréquentes de la prière individuelle ; Néhémie en est un exemple frappant, ainsi que Daniel, David déjà dans plusieurs de ses psaumes, et d’autres encore. La prière et le jeûne étaient devenus deux des caractères les plus saillants de la vie religieuse de chacun. On invoquait le secours de Dieu avant de se mettre en voyage, avant une déclaration de guerre, avant une bataille, en général avant de commencer une entreprise quelconque un peu importante. D’ordinaire on se recueillait trois fois le jour pour adresser à Dieu une prière spéciale, indépendamment de la prière continuelle d’un cœur pieux (Daniel 6.10 ; Psaumes 55.17). Les heures fixées étaient, le moment du sacrifice du matin dans le temple, la troisième heure du jour, 9 heures d’après notre manière de calculer le temps ; la sixième, ou midi, le milieu du jour ; et la neuvième, ou 3 heures de l’après-midi, lorsqu’on offrait le sacrifice du soir (Actes 2.15 ; 3.1 ; 10.9-30). On prononçait aussi avant et après chaque repas une prière d’actions de grâces (Matthieu 15.36 ; Jean 6.11 ; Actes 27.35). Les pharisiens et les esséniens tenaient beaucoup à la prière, mais les premiers s’y livraient avec une ostentation qui est sévèrement blâmée par notre Seigneur (Matthieu 6.5-7), et l’oraison qu’il donne pour modèle à ses disciples est, par sa riche brièveté, une censure des longues et vaines redites que les pharisiens avaient inventées, et qu’ils avaient enseignées à leurs sectateurs. On voit par Luc 11.1, que Jean-Baptiste avait aussi donné à ses disciples des modèles de prières toutes faites, et Jésus eut moins dans l’esprit de donner aux siens une prière à réciter, qu’un exemple de prière, et l’idée de la marche à suivre, des demandes à faire, de l’esprit qui doit régner dans l’âme lorsqu’elle s’élève à Dieu. L’oraison que le Seigneur leur enseigna est en plusieurs points l’abrégé d’une prière qui se prononçait dans les synagogues, et qui selon toute apparence fut composée pendant la captivité ; elle commençait ainsi : Ô Dieu, que ton nom soit magnifié et sanctifié dans le monde que tu as créé selon ton bon plaisir ; fais régner ton règne ; que la rédemption fleurisse, que le Messie vienne promptement et que son nom soit célébré, etc. Le peuple répondait Amen.

Les Israélites choisissaient, pour prier, des endroits retirés et solitaires, dans leurs maisons des cabinets particuliers, une chambre haute, le toit ; dans la campagne, ils montaient, lorsque cela pouvait se faire, sur une petite hauteur ; à Jérusalem, ils se rendaient volontiers dans les parvis du temple ; et d’après les rabbins, mais cela a une couleur toute formaliste, celui que l’heure de la prière surprenait au milieu de son chemin, s’arrêtait tout court pour remplir son devoir ; (cf. Matthieu 6.6 ; 14.23 ; Marc 6.46 ; Luc 6.12 ; 18.10 ; Actes 1.13 ; 3.1 ; 10.9 ; Daniel 6.11 ; cf. 1 Rois 18.42 ; Ésaïe 56.7). Il paraît que c’était une habitude assez ordinaire aux Juifs, quoique ce ne fût point une obligation, de tourner leur visage vers la sainte montagne où se trouvait le sanctuaire du Dieu qu’ils invoquaient ; on le voit par quelques passages (Daniel 6.10 ; 2 Chroniques 6.34 ; 1 Rois 8.44 ; cf. Psaumes 5.7) ; les Samaritains se tournaient vers le mont Garizim. Quant à la posture, elle n’importait pas plus que le reste ; elle était dictée par les besoins de l’âme, et ne se commandait pas ; on se tenait debout ordinairement (1 Samuel 1.26 ; 1 Rois 8.22 ; Daniel 9.20 ; Matthieu 6.5 ; Marc 11.25 ; Luc 18.11). Dans l’humiliation, ou dans de plus vifs sentiments de piété et de besoin, on s’agenouillait (2 Chroniques 6.13 ; 1 Rois 8.54 ; Esdras 9.3 ; Daniel 6.10 ; Luc 22.41 ; Actes 9.40) ; quelquefois même on se prosternait en terre dans de grandes douleurs (Néhémie 8.6 ; Matthieu 26.39). Tantôt on élevait vers le ciel ses mains après les avoir lavées (1 Rois 8.22 ; Néhémie 8.6 ; Lamentations 2.19 ; 3.41), et Paul, insistant sur la nécessité d’une purification spirituelle représentée par la purification matérielle, veut que celui qui prie élève vers Dieu des mains pures (1 Timothée 2.8) ; d’autres fois on étendait les mains (Ésaïe 1.15), ou bien on les croisait sur la poitrine en se frappant (Luc 18.13) ; on baissait la tête en signe d’humiliation ; on la plaçait entre ses genoux, ce qui ne se faisait que dans un grand deuil, ou dans une fervente prière (1 Rois 18.42).

L’intercession, la prière pour d’autres que pour soi, étaient fréquentes, et l’on voit souvent des personnes se recommander à d’autres, notamment à des hommes connus par leur sainteté ; on attachait à leurs prières une importance quelquefois exagérée (cf. Genèse 20.7 ; Exode 32.11 ; 1 Rois 17.20 ; 2 Corinthiens 1.11 ; Fil. 1.19 ; 1 Timothée 2.1 ; 1 Thessaloniciens 5.25 ; 2Thes. 3.1 ; Hébreux 13.18 ; Jacques 5.16). Notre Seigneur lui-même nous a donné l’exemple de l’intercession dans sa prière sacerdotale, comme nous voyons aussi que l’Esprit prie pour nous par des soupirs qui ne se peuvent exprimer (Jean 17 ; Romains 8.25). Deux espèces d’intercessions, en usage dans l’Église romaine, sont les seules défendues et inutiles, celle des vivants pour les morts, celle des morts pour les vivants ; elles ne reposent sur aucun précepte de la parole de Dieu, et sont contraires à tout son esprit. La première cherche à s’appuyer d’un passage apocryphe (2 Maccabées 12.43), où nous voyons Judas Macchabée offrir un sacrifice pour des soldats morts, qui avaient violé la loi par une espèce de sacrilège, en prenant des choses consacrées aux idoles ; cette prière « pour un péché mortel qui ne s’expie pas par ces sortes de choses », dit Calmet, est déjà fort embarrassante pour l’Église romaine, et cependant, c’est le seul passage qui puisse un peu servir de point d’appui à cette fatale doctrine ; il ne serait pas étonnant que tous les livres apocryphes en masse aient été canonisés par le concile de Trente, en faveur de ces quelques lignes, qui n’en resteront pas moins apocryphes. L’opinion de Judas Macchabée n’est pas même prouvée, puisque son historien n’est pas une autorité, mais le fut-elle, à son tour elle ne prouverait rien. Si dom Calmet ajoute : « Nous n’en demandons pas davantage ici », on peut conclure qu’il n’est pas difficile en matière de preuves. Il argue encore d’une notice sur la maison d’Onésiphore, dont nous avons parlé à cet article, et il termine en disant : Si cela est, voilà la prière des morts bien établie par Paul même. Oui, si. On pourrait se procurer pour toutes les doctrines des preuves de cette force.

La même Église a hérité des pharisiens leurs vaines redites, et quand on peut croire que, dans la catholicité tout entière, il se prononce chaque jour des millions de Pater incompris, sous toutes les formes, comme devoirs, comme tâches, comme punitions, par zèle sans connaissance, par vanité, par crainte, par habitude, on ne peut que penser à ce que disait le chef de l’Église en parlant de ces vaines redites : Malheur à vous ! Qu’attendre, en effet, de pareilles prières, sinon le sommeil et la mort des âmes, leur endurcissement. Pourquoi dégrader ainsi l’homme et la prière tout ensemble, et faire de Dieu même une espèce de teneur de livres qui enregistre en débit et crédit les prières émises par la bouche des pécheurs ? Il est triste, pour la plus grande secte de la chrétienté, d’être ainsi descendue au-dessous du judaïsme, au niveau, même au-dessous du mahométisme, et ce reproche qui tombe, non point sur tous ses prêtres, ni sur tous ses fidèles, mais sur tout son système, suffit à lui seul pour le caractériser et le stigmatiser.

Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com

L’article dans Bost

Dictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)

La prière que nous adressons à Dieu, est le canal ordinaire des grâces que nous recevons de lui. La prière du juste est d’une très-grande efficace auprès de Dieu. Les saints de l’Ancien et du Nouveau Testament ont prié ; Jésus-Christ lui-même, le chef et le modèle des justes et des élus, a voulu prier, pour nous apprendre que c’est par là que nous honorons Dieu et que nous attirons sur nous ses faveurs et ses grâces : (Jacques 5.16 ;17), dit saint Jacques. L’apôtre saint Paul dans presque toutes ses Épîtres demande les prières des fidèles pour lui, ou offre à Dieu les siennes pour eux.

La prière publique. Les Hébreux, depuis la promulgation de la loi, n’ont pas cessé d’avoir la prière publique dans le tabernacle ou dans le temple, selon les temps. Cette prière publique consistait dans l’offrande des sacrifices du soir et du matin tous les jours de l’année, et dans les prières que les prêtres et les lévites faisaient dans ce saint lieu. Nous ne prétendons pas qu’il y eût alors un office réglé établi dans le temple, à-peu-près comme nous le voyons dans nos communautés de chanoines ou de religieux ; mais il y avait quelque chose d’équivalent : on y offrait tous les jours des sacrifices, des parfums, des offrandes, des prémices ; on y faisait tous les jours des cérémonies pour le rachat des premiers-nés, pour la purification de ceux et celles qui avaient contracté quelques souillures. En un mot de toute la Palestine on y venait pour acquitter ses vœux, et pour satisfaire sa dévotion particulière, non-seulement les jours des grandes solennités, mais aussi les jours ordinaires ; or tout cela ne se faisait pas sans prières.

L’auteur du psaume (Psaumes 118.164), dit qu’il priait ou louait Dieu sept fois par jour. L’auteur du psaume (Psaumes 54.18), dit qu’il faisait sa prière le soir, le matin et à midi. Daniel (Daniel 6.10) fléchissait les genoux trois fois par jour, et adorait le Seigneur, ouvrant ses fenêtres et se tournant vers Jérusalem. Les lévites occupés à garder le temple, élevaient leurs mains pendant la nuit et s’excitaient l’un l’autre à adorer le Seigneur (Psaumes 133.2). Le Psalmiste dit qu’il se levait au milieu de la nuit pour bénir Dieu (Psaumes 118.62). Dans Néhémie nous voyons quatre heures de prières le jour de jeûne (Néhémie 9.3).

Quelques rabbine enseignent qu’Abraham institua la prière du matin, Isaac celle du milieu du jour, el Jacob celle du soir. D’autres croient que l’on n’a rien vtt de fixe sur l’heure et la forme des prières, jusqu’au temps de la captivité de Babylone ; avant ce temps chacun priait selon sa dévotion et selon le mouvement de son cœur. Mais pendant la captivité, Esdras ayant remarqué que plusieurs Juifs mêlaient à leurs prières des termes étrangers qui ne convenaient pas à la sainteté de cet exercice, composa dix-huit bénédictions, que chaque Israélite est obligé d’apprendre et de réciter chaque jour : Le rabbin Gamalïel y en ajouta une dix-neuvième peu de temps avant la destruction du temple : elle est contre les apostats et les hérétiques, et on ne doute pas que sous ce nom ils n’entendent les chrétiens. Il est certain que ces dix-huit prières sont d’une grande antiquité ; car la Misne en parle comme d’une formule établie depuis très-longtemps.

Le même Esdras fixa aussi le temps de la prière ; et comme on offrait à Dieu le sacrifice perpétuel du soir et du matin, il ordonna deux prières solennelles pour les deux temps. Les jours de fête et de sabbat il y avait un sacrifice vers le milieu du jour ; il ordonna pour cette heure-là une troisième prière ; et parce que le sacrifice du soir se consumait pendant la nuit, il institua une prière nocturne.

Toutefois il n’y a que trois heures d’obligation par jour pour la prière, le matin, à midi et au soir. La prière dit matin se peut faire depuis le lever du soleil jusqu’à la troisième heure du jour, c’est-à-dire, jusqu’à neuf heures du matin dans l’équinoxe ; celle du milieu du jour depuis tierce jusqu’à sexto c’est-à-dire, depuis neuf heures du matin jusqu’à midi ; celle du soir depuis trois heures après midi jusqu’à six heures du soir pendant l’équinoxe. La prière qu’on ajoutait aux jours de fêtes se disait vers neuf heures, et on pouvait y satisfaire jusqu’à midi. Celle des jours de jeûne n’est pas fixée.

Les prières publiques qu’on fait dans les synagogues se célèbrent trois fois chaque jour. Le ministre commence le service par une prière qu’on appelle kaddisch, parce qu’on y demande à Dieu la sanctification de son nom de cette sorte : Ô Dieu, que votre nom soit magnifié et sanctifié dans le monde, que vous avez créé selon votre bon plaisir ; faites régner votre règne, que la rédemption fleurisse, et que le Messie vienne-promptement, que son nom soit célébré, etc. Cette prière passe pour la plus ancienne de toutes celles que les Juifs ont conservées, et comme on la récite en langue chaldaïque, il y a lieu de croire qu’elle fut composée pendant la captivité de Babylone, ou peu de temps après le retour de la captivité. Le peuple répond Amen. Il semble que c’est de là que le Sauveur a emprunté ces mots de l’Oraison Dominicale : Que votre nom soit sanctifié, que votre royaume advienne.

Après cette antienne, ou bénédiction, on récitait autrefois le Décalogue, qui est le fondement de la religion judaïque, mais à présent on se contente de lire un passage lit é du chapitre cinquième du Deutéronome, qui commence par ces mots : Écoutez, Israël. Cette lecture étant finie, aussi bien que la bénédiction qui la suit, toute l’assemblée se lève et prie debout à basse voix, le ministre comme les autres. Après cette prière secrète chacun fait trois pas en arrière par respect, et le ministre récite dix-huit oraisons, dont les trois premières contiennent les louanges de Dieu, les douze suivantes regardent le besoin de l’Église et des particuliers ; les trois dernières contiennent une confession de son néant et de son indignité. Il est permis après la troisième bénédiction de reprendre sa place, c’est-à-dire, de faire trois pas en avant.

Quand on est parvenu à la prière qu’on appelle Moditn, il faut un peu se courber ; on s’assied pendant qu’on récite d’autres prières ; quelquefois on baisse la tête, d’autres fois on élève la voix, selon la nature des oraisons qu’on prononce. Après plusieurs bénédictions et plusieurs psaumes, on récite l’antienne par où l’on a commencé l’office, puis le ministre donne la bénédiction au peuple, qui se retire en disant : Seigneur, conduisez-moi dans votre justice, et dressez le chemin devant moi à cause de mes ennemis. Telles sont les prières du matin.

Celles de midi et du soir se font aussi tous les jours régulièrement ; le ministre de la synagogue y préside, et les prières, les bénédictions et les lectures y sont différentes, mais toutefois à-peu-près dans le même ordre. La langue dont on s’y sert est la langue hébraïque, avec quelques formules de prières en langue chaldaïque. Le commun des Juifs n’entend parfaitement ni l’une ni l’autre ; mais la longue habitude qu’ils ont de prier en ces langues, et le grand nombre de mots qu’ils entendent encore dans l’une et dans l’autre, font qu’ils ne répondent pas Amen sans quelque intelligence ; de même que parmi nous plusieurs personnes qui n’ont pas étudié le latin, ne laissent pas de l’entendre assez passablement tans la lecture de l’Évangile, et dans la prononciation des prières de l’Église, pour joindre leur intention à celle des prêtres.

Chaque juif est obligé de réciter cent bénédictions par jour. À ces bénédictions il faut joindre certains extraits des psaumes qui sont les plus propres à animer l’esprit de piété. On s’attache principalement aux derniers versets du cent quarante-cinquième ; et on les chante chacun à la façon de son pays. Les Allemands les chantent plus haut et plus fortement que les autres ; les Espagnols et les Levantins approchent du chant des Turcs, et les, Italiens chantent posément et à leur aise.

Après avoir chanté ces psaumes on lit le Schema, c’est-à-dire, trois sections différentes tirées du Deutéronome (Deutéronome 6.9 ; 11.19-21 ; Nombres 15.37-41). On les appelle Schema, parce que la première de ces sections commence par le terme Schema, qui signifie Écoutez. Ces sections de l’Écriture sont entrecoupées de prières et de bénédictions, qui parlent souvent de l’unité d’un Dieu. On finit ces prières en bénissant Dieu gui rachète Israël ; et en prononçant ces dernières paroles, on se lève, et on commence à réciter les dix-huit prières et bénédictions qu’Esdras a laissées à la grande Synagogue, pour être la règle de toutes les oraisons. Lorsqu’on a récité ces dix-huit bénédictions, on s’assied, on baisse le visage contre la terre, on lève un peu la tête, on fait ses prières particulières ; on récite le psaume cent quarante-cinquième, et ensuite ou va à ses affaires.

Quelques-uns récitent leurs cent bénédictions de suite, afin de s’en décharger comme d’une tâche et d’un travail qui leur est imposé ; mais les docteurs condamnent cet usage, parce qu’il faut placer chaque bénédiction en sa place, et au sujet dont elle traite.

On recommence le soir les prières à-peu-près dans la même forme ; du moins c’est ainsi que Maimonide l’enseigne, et c’est le plus exact des auteurs juifs, et celui que les écrivains chrétiens suivent le plus volontiers.

Léon de Modène dit que l’usage de la plupart des Juifs est de réciter le matin dans la synagogue avec leurs prières, les cent bénédictions dont nous venons de parler. C’est pourquoi ils appellent ces prières qu’ils font le matin, Mea Berachot, c’est-à-dire, cent bénédictions. Il dit de plus que les rabbins ont engagé les Juifs à réciter des bénédictions et des louanges particulières à Dieu, non-seulement dans leurs prières, et à chaque fois qu’ils reçoivent quelque faveur de lui, mais aussi dans toutes les occasions imprévues, et à chaque action qu’ils font, soit qu’ils mangent, ou qu’ils boivent, ou qu’ils sentent quelque bonne odeur ; enfin pour chaque précepte de la loi ou des rabbins : ce qu’ils étendent même à ce qui se présente à eux de nouveau ou d’extraordinaire, car ils ont des bénédictions différentes pour toutes choses. On en peut voir le détail dans un grand traité qu’en ont fait les rabbins.

Le matin, aussitôt qu’ils sont levés, ils disent : Béni soyez vous, Seigneur notre Dieu, roi du monde, qui rendez la vie aux morts, qui éclairez les aveugles, et qui étendez la terre sur les eaux, et plusieurs autres choses semblables. S’ils se lavent les mains, selon le précepte ils disent : Béni soyez-vous, Seigneur notre Dieu, roi du monde, qui nous avez sanctifiés par vos préceptes, et nous avez ordonné de laver nos mains. S’ils veulent étudier la loi : Béni soyez-vous, etc., qui nous avez donné la loi, S’ils veulent prendre de la nourriture : Béni soyez-vous… qui tirez le pain de la terre. S’ils boivent : Béni soyez vous… créateur du fruit de la vigne. Aux fruits qui naissent des arbres : Béni soyez-vous… créateur du fruit de l’arbre. Et aux fruits de la terre : Béni soyez-vous… créateur du fruit de la terre. Aux bonnes odeurs : Béni soyez-vous… qui avez créé une telle odeur. En voyant une haute montagne ou une grande étendue de mer : Béni soyez-vous… créateur des choses dès le commencement. À l’entrée des fêtes solennelles, ou lorsqu’ils mangent, et vêtent quelque chose de nouveau : Béni soyez-vous… qui nous avez fait vivre, et nous avez conservés jusqu’à ce jour. S’il leur meurt quelqu’un : Béni soyez-vous, juge de vérité.

Enfin, en toutes choses, devant ou après toute action, ils récitent quelque bénédiction à Dieu, croyant que c’est un péché d’ingratitude de jouir, ou de se servir de quoi que ce soit au monde ; sans premièrement reconnattre par quelque parole de louange, qu’on le tient de Dieu qui est le maître de tout

On remarque en général dans les prières des Juifs :

1° Leur excessive longueur et leur battologie, ou leurs répétitions ennuyeuses que Jésus-Christ leur a reprochées dans l’Évangile (Matthieu 6.7). Ils ne s’en sont nullement corrigés dans leurs oraisons.

2° Leur posture : ils prient ordinairement étant assis, ou la tête baissée contre terre ; ils étendent les pieds et les mains et poussent de grands cris. Jésus-Christ pria ainsi dans le Jardin des Oliviers : il se prosterna, de grands cris (Hébreux 5.7).

3° Ils croient que les prières suppléent aux sacrifices, abolis par le renversement du temple et des autels ils leur en donnent le nom et leur en attribuent l’efficace.

Il y a beaucoup d’apparence que les prières des premiers fidèles furent formées sur le modèle de celles des Juifs. Nous avons vu quelques traits de la première et principale bénédiction des Juifs, dans les premiers articles de l’Oraison dominicale. Le Sauveur en a principalement opposé la brièveté aux battologies des Juifs. Saint Paul (Éphésiens 6.18) veut que tous les fidèles prient en tout lieu et en tout temps, qu’ils lèvent des mains pures vers le ciel, qu’ils bénissent Dieu en toutes choses, soit en mangeant, soit en buvant, ou eu faisant toutes sortes d’autres actions (1 Corinthiens 10.31), qu’ils fassent tout pour la gloire de Dieu ; en un mot, le Sauveur nous à recommandé de prier sans cesse (Luc 18.1 ; 21.36) : Vigilate omni tempore orantes.

Le lecteur ne sera pas fâché de trouver ici les dix-huit prières instituées par Esdras, et la dix-neuvième instituée par Gamaliel. Celle-ci est ordinairement placée en la douzième place, et nous ne la dérangerons pas.

I. Béni soyez-vous, Seigneur notre Dieu, Dieu de nos pères, Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob : le grand Dieu, le Puissant, le Terrible, le Haut élevé, le Dispensateur libéral des biens, le Créateur et le Possesseur de l’univers ; qui vous souvenez des bonnes actions de nos pères, et qui, dans votre amour, envoyez un Rédempteur à leurs descendants, pour l’amour de votre nom ; 6 Roi, notre secours, notre Sauveur et notre bouclier ! Béni soyez-vous, Seigneur, le bouclier d’Abraham.

II. Seigneur, vous êtes puissant à jamais. Vous ressuscitez les morts : vous êtes puissant pour sauver, vous envoyez la rosée, vous enlevez les vents, vous faites descendre la pluie sur la terre, et vous entretenez par votre bonté tout ce qui a vie. Votre riche miséricorde ressuscite les morts, vous relevez ceux qui tombent, vous guérissez les malades, vous déliez ceux qui sont dans les fers, vous montrez la verité de vos promesses à ceux qui dorment dans la poussière. Qui est comparable à vous, Seigneur tout-puissant ? qui est semblable à vous, notre Roi ; qui tuez et rendez la vie, et qui faites germer le salut comme l’herbe des champs ? Vous êtes fidèle jusqu’à ressusciter les morts. Béni soyez-vous, Seigneur, qui ressuscitez les morts.

III. Vous êtes saint, et votre nom est saint, vos saints vous louent tous les jours, saint ; car vous êtes un grand et un saint Roi. Ô Dieu, béni soyez-vous, Ô Seigneur, Dieu très-saint)

IV. C’est vous dont la bonté donne aux hommes toutes leurs connaissances, et leur enseigne la prudence. Donnez-nous, dans votre miséricorde, la connaissance, la sagesse et la prudence. Béni soyez-vous, Seigneur, dont la bonté donne l’entendement et la connaissance aux hommes.

V. Ramenez-nous, Ô notre Pèrel à l’observation de votre loi, et faites que nous demeurions attachés à vos préceptes ; attirez-nous, Ô notre Roi ! à votre culte, et nous convertissez à vous, par une repentance parfaite en votre présence. Béni soyez-vous, Seigneur, qui voulez bien nous recevoir à pénitence.

VI. Ayez pitié de nous, Ô notre Père ! car nous avons péché. Pardonnez-nous, Ô notre Roi ! car nous avons violé vos lois, car vous êtes un Dieu miséricordieux, et prêt à pardonner. Béni soyez-vous, très-miséricordieux Seigneur, qui déployez si abondamment vos miséricordes dans le pardon des péchés.

VII. Regardez en pitié nos afflictions, nous vous en supplions. Prenez notre parti dans toutes nos querelles, plaidez notre cause dans toutes nos disputes, hâtez-vous de nous racheter d’une rédemption parfaite, pour l’amour de votre nom ; car vous êtes notre Dieu, notre Roi, et un puissant Rédempteur. Béni soyez-vous, Seigneur, le Rédempteur d’Israël.

VIII. Guérissez nous, Ô Seigneur notre Dieu ! et nous serons guéris ; sauvez-nous, et nous serons sauvés, car vous êtes notre louange ; envoyez-nous la santé, donnez-nous le remède parfait de toutes nos faiblesses, nos peines et nos blessures ; car vous êtes un Dieu qui guérissez, et vous êtes miséricordieux. Béni soyez-vous, Seigneur notre Dieu, qui donnez la guérison à votre peuple d’Israël.

IX. Bénissez-nous, Ô Seigneur notre Dieu ! dans toutes les œuvres de nos mains ; bénissez pour nous toutes les saisons de l’année. Donnez-nous la rosée et la pluie avec votre bénédiction sur tout notre pays. Rassasiez toute la terre de vos bénédictions, et envoyez sur tous les endroits de la terre habitable l’humeur dont elle a besoin. Béni soyez-vous, Seigneur, qui répandez votre bénédiction sur l’année.

X. Rassemblez-vous tous au son de la grande trompette, pour nous faire jouir de la liberté ; arborez l’étendart, pour ramener dans leurs pays tous ceux de la captivité des quatre coins de la terre. Béni soyez-vous, Seigneur, qui rassemblez les dispersés du peuple d’Israël.

XII. Rendez-nous nos juges, comme au temps jadis, et nos conseillers, comme au commencement. Eloignez de nous l’affliction et les peines. Régnez seul sur nous dans votre bonté, dans votre miséricorde, en justice et en équité. Béni soyez-vous, Seigneur notre Dieu, qui aimez la justice et l’équité (Cette douzième prière est, comme l’on croit, contre les chrétiens). Qu’il n’y ait point d’espérance pour ceux qui renoncent à la vraie religion ; que tous les hérétiques, quel que soit leur nombre, périssent comme-en un moment, et que le royaume de l’orgueil (l’empire romain) soit bientôt détruit de nos jours. Béni soyez-vous, Seigneur notre Dieu, qui détruisez le méchant, et terrassez l’orgueilleux.

XIII. Que vos compassions soient émues pour les bons et les justes, pour les prosélytes de justice et pour le reste de votre peuple de la maison d’Israël, Ô Seigneur notre Dieu ! et récompensez tous ceux qui mettent leur confiance en votre nom, et nous accordez Notre loi avec eux, et que nous ne soyons jamais confondus ; car nous avons mis notre confiance en vous. Béni soyez-vous, Seigneur, le soutien et la confiance des justes.

XIV. Daignez habiter au milieu de votre ville de Jérusalem, selon votre promesse : bâtissez-la de manière qu’elle dure à jamais, et le faites promptement, et de nos jours. Béni soyez-vous, Seigneur, qui bâtissez Jérusalem.

XV. Faites bientôt germer, croître et fleurir la race de David, votre serviteur, et que notre corne soit surhaussée de votre salut ; car nous attendons tous les jours votre salut. Béni soyez-vous, Ô Seigneur ! qui faites fleurir la corne de notre salut.

XVI. Écoutez notre voix, Seigneur notre Dieu, Père très-bénin ; pardonnez, et ayez pitié de nous ; recevez nos prières dans votre miséricorde, et dans votre faveur ; et ne nous renvoyez point de votre présence les mains vides, Ô notre Roi ! car vous exaucez miséricordieusement les prières de votre peuple d’Israël. Béni soyez-vous, Seigneur, qui exaucez les prières.

XVII. Agréez votre peuple d’Israël, Ô Seigneur notre Dieul et ayez égard à ses prières ; rétablissez votre culte dans l’intérieur de votre temple. Hâtez-vous d’accepter favorablement et avec amour les holocaustes d’Israël et leurs prières, et que le culte d’Israël, votre peuple, vous soit toujours agréable. Béni soyez-vous, Seigneur, qui rendez à Sion votre divine présence.

XVIII. Nous vous rendrons nos actions de grâces et nos louanges, car vous êtes le Seigneur notre Dieu, le Dieu de nos pères à jamais. Vous êtes notre rocher, le rocher de notre vie, le bouclier de notre salut. Nous vous rendrons nos actions de grâces de race en race, et nous publierons vos louanges, parce que notre vie est toujours en vos mains, et notre âme toujours dépendante de vous, parce que vos signes sont tous les jours avec nous ; que vos miracles et votre bonté merveilleuse sont continuellement devant nos yeux, le matin, le soir et la nuit. Vous êtes bon, car vos compassions sont inépuisables. Vous êtes miséricordieux : car vos bontés ne manquent jamais. Nous espérons en vous éternellement. Que pour tant de bontés, votre nom, Ô Roil soit béni, exalté et glorifié dans toute l’éternité, et que tout ce qui respire vous rende ses actions de grâces, Sdahl et qu’ils célèbrent votre nom en vérité et en sincérité, Ô Dieu de notre salut, et notre secours, Selah ! Béni soyez-vous, Seigneur, dont le nom est bon, et à qui il est juste de rendre continuellement des louanges et des actions de grâces.

XIX. Accordez la paix, les bienfaits, la bénédiction, la grâce, la bénignité et la piété à nous et à Israël, peuple. Bénissez-nous, Ô notre Père ! bénissez-nous tous ensemble par la lumière de votre face ; car par la lumière de votre face vous nous avez donné, Seigneur notre Dieu, la loi de vie, l’amour, la bénignité, l’équité, la bénédiction, la piété, la vie et la paix. Qu’il vous plaise de bénir en tout temps et à tout moment votre peuple d’Israël, en lui accordant la paix. Béni soyez-vous, Seigneur, qui bénissez votre peuple d’Israël, en lui donnant la paix. Amen. »

Prières pour les Morts. Je me borne ici à ce qui se trouve dans l’Écriture sur la prière pour les morts. Dans le second livre des Machabées (2 Machabées 12.43), il est dit que Judas, surnommé Machabée, ayant fait une cueillette de douze mille drachmes d’argent, il les envoya à Jérusalem, afin qu’on offrit un sacrifice pour les péchés de ceux qui étaient morts ayant de bons et de religieux sentiments touchant la resurrection ; car s’il n’avait espéré que ceux qui avaient été tués, ressusciteraient un jour, il est regardé comme une chose vaine et superflue de prier pour les morts…C’est donc une sainte et salutaire pensée de prier pour les morts, afin qu’ils soient délivrés de leurs péchés. La loi ne commande point les prière s pour les morts, mais la pratique des Juifs fondée sur leur sentiment de l’immortalité de l’âme, et des peines et récompenses d’une autre vie. Les Juifs modernes suivent la tradition de leurs anciens dans les prières et les aumônes qu’ils font pour les morts.

On formé, une difficulté sur le passage des Machabées que nous venons de citer. Comment peut-on dire que ces soldats qui avaient violé la loi par une espèce de sacrilège, en prenant des choses consacrées aux idoles, sont morts dans la piété, qui cum pietate dormitionem acceperant, et que les aumônes et les sacrifices leur aient été utiles ; car on sait que le péche mortel ne s’expie pas par ces sortes de choses. On peut répondre que Judas a pu présumer que les soldats avaient conçu du repentir de leur faute avant leur mort ; que Dieu les avait frappés de mort pour expier en cette vie une faute qui n’était pas mortelle ; ou que ces gens avaient eu dessein de remettre ces dépouilles au général, après la bataille, sans faire attention à leur consécration aux idoles. Enfin la charité de Judas Machabée lui inspira envers ces soldats des sentiments d’indulgence qu’il ne nous est pas permis de condamner ; et, sans entrer dans cet examen, il nous suffit de montrer que son sentiment était que les aumônes, les sacrifices et les prières étaient utiles pour le soulagement des morts. Nous n’en demandons pas davantage ici.

Un autre passage, qui prouve la créance et la pratique de la prière pour les morts, est tiré de la deuxième et quatrième épître de saint Paul à Timothée, chapitre 1 verset 18 : Que le Seigneur fasse la grâce à Onésiphore de trouver miséricorde devant lui en ce dernier jour ; car vous savez combien d’assistance il m’a rendue à Éphèse. Il y a toute apparence qu’Onésiphore était mort en ce temps-là. Saint Paul parle de lui comme d’un homme qui n’était plus au monde. Dans la même épître, chapitre 4 v. 19, il salue la famille d’Onésiphore sans parler de lui. Grotius ne doute pas qu’Onesiphore ne fût mort ; si cela est, voilà la prière des morts bien établie par saint Paul même.

Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com

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Dictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)

I La prière chez les Israélites

La prière des anciens Hébreux est solidaire de celle du reste de l’humanité par son association primitive à la magie ; et elle s’élève au-dessus de toutes les autres formes de l’oraison grâce au radicalisme avec lequel elle s’est dégagée des procédés de l’incantation, et grâce surtout à la spiritualisation unique en son genre que lui ont fait subir les grands prophètes.

Voici quelques-uns des points où survit en elle l’influence magique.

Longtemps on ne pensait pouvoir s’assurer les faveurs de JVHH qu’en s’approchant matériellement de lui, c’est-à-dire en se rendant au sanctuaire où il était censé résider en personne (Genèse 28.16 et suivant, Psaumes 84.2-5 ; Psaumes 84.11).

De là, pour dire « prier », les termes synonymes, très concrets, de « chercher l’Éternel » ou « chercher la face de l’Éternel » au lieu saint (Deutéronome 4.29 ; Psaumes 24.6 ; Psaumes 27.8 ; Psaumes 105.4). La seconde de ces expressions pouvait même signifier « aller au sanctuaire pour y demander l’oracle » (2 Samuel 21.1).

Puis, par crainte des dangers que l’on attribuait à la présence divine, dans l’enceinte sacrée, on ne priait point sans se diriger lentement et prudemment vers l’habitation de Dieu (Exode 19.21 ; Exode 19.24), ni sans se déchausser (Exode 3.5), ni sans se couvrir le visage (Exode 3.6 ; 1 Rois 19.13).

D’autre part, s’accroupir (1 Rois 18.42), étendre longtemps les bras (Exode 17.11) et accomplir certains rites guerriers (2 Rois 13.16-19) passaient, semble-t-il, pour des moyens de forcer l’exaucement.

En tout cas, l’on « criait » véritablement à l’Éternel afin d’éveiller son attention et de le faire venir (Psaumes 17.6 ; Psaumes 28.1 ; Psaumes 130.1), si bien que, par exemple, la prière murmurée d’Anne passait pour une surprenante anomalie (1 Samuel 1.12-14). Quelquefois même on allait jusqu’à baiser l’image divine (Osée 13.2 ; 1 Rois 19.18, cf. Job 31.27), afin de faire passer en soi une part de la puissance surnaturelle dont on la croyait chargée. Puis encore : si, d’une manière générale, l’on présentait la divinité comme réfractaire à révéler son nom (Genèse 32.30 ; Juges 13.18), c’est parce que, connaître ce nom et le prononcer à haute voix à l’instant de la prière, c’était, croyait-on, disposer du moyen de contraindre magiquement le dieu à comparaître. Or, Israël jouissait du privilège de connaître le nom propre de son Dieu. Ce nom était JVHH. Il suffisait en conséquence qu’à l’heure de l’oraison ce nom attractif fût, par les officiants, matériellement « posé » sur les enfants d’Israël, pour que la présence et les bénédictions de JVHH fussent sur-le-champ assurées à ceux-ci ; voir (Nombres 6.27) Nom, II ; Dieu [les noms de].

Enfin, les psaumes conservent le souvenir de très curieuses malédictions proférées au nom de JVHH comme une défensive magique. Les « méchants », « malfaiteurs », « adversaires » dont les fidèles ne se lassent de dénoncer les embûches (Psaumes 6.9 ; Psaumes 22.13 ; Psaumes 22.19 ; Psaumes 31.12 ; Psaumes 38.20 et suivant) n’étaient primitivement autres, semble-t-il, que les magiciens qui, par leurs enchantements, faisaient fondre sur les hommes les mauvais esprits, fauteurs de souffrance et de malheur. Israël était à même de combattre ces criminels sur leur propre terrain.

À la magie de la parole maléfique, le peuple élu opposait la magie de la parole salvatrice. La malédiction prononcée au nom de JVHH s’affirmait comme le remède par excellence qui confondait l’art des devins et apportait aux fidèles délivrance, paix et bonheur. Tel était à l’origine le rôle des nombreuses formules de malédiction que l’on rencontre, mêlées aux prières, dans le livre des Psaumes (Psaumes 5.10 ; Psaumes 12.4 ; Psaumes 31.18 ; Psaumes 69.23-26 ; Psaumes 140.10-12 ; Psaumes 141.10).

Il convient d’ajouter qu’Israël connaissait aussi, comme l’atteste Habakuk 1.16, les très anciens sacrifices — sans doute accompagnés d’incantations (voir ce mot) — aux instruments de travail, tels que le filet du pêcheur. Pourtant, dès avant l’époque des prophètes, et sous l’influence de la croyance fondamentale à l’absolue souveraineté de JVHH en tant que puissance personnelle, agissante et juste, la prière israélite tend à s’affranchir de l’emprise de la toute naturaliste magie, pour devenir un entretien vivant et dramatique avec Dieu et obtenir de celui-ci des grâces librement consenties. C’est ainsi que, par exemple, l’on voit se mêler étroitement à l’idée magique que suppose Nombres 6.27 le véritable esprit de prière dont est animée la très vieille bénédiction « aaronitique » rapportée aux versets 24-26 du même chapitre.

D’autre part, l’agenouillement (Ésaïe 45.23), l’élévation des mains vers le sanctuaire (Psaumes 28.2) ou au ciel (Exode 9.29) et le prosternement (Genèse 24.26) semblent bien s’accomplir en dehors de toute idée d’une contrainte magique à exercer sur la divinité, et n’exprimer que l’humble dévotion de l’homme, qui n’est rien (Genèse 18.27), en face du Seigneur, qui peut tout (Psaumes 33.9).

À l’idée de l’action magique se substituent nettement, chez les pieux Israélites, la certitude de la volonté et du pouvoir de Dieu d’exaucer les demandes (Psaumes 65.3 ; Psaumes 65.6 ; Psaumes 66.20 ; Psaumes 81.8 ; Psaumes 118.5) et, symétriquement, la confiance en JVHH, devant qui le fidèle « vide son cœur » (1 Samuel 1.15), et qui écoute ceux qui l’invoquent et accomplit leurs désirs (Psaumes 65.2 ; Psaumes 25.5 ; Psaumes 38.16 ; Psaumes 145.18 et suivant). Aussi, dans la mesure où la prière s’accentue comme telle, les procédés magiques sont refoulés. Le Décalogue déjà interdit le recours au nom redoutable de JVHH pour jeter un maléfice sur un ennemi (Exode 20.7 ; Deutéronome 5.11), et peu à peu, dans les psaumes, les « ouvriers d’iniquité » cessant d’être identifiés avec les devins et devenant simplement les représentants impies et haineux des nouvelles classes dominantes, le « juste » persécuté attendra son salut uniquement des interventions miséricordieuses de JVHH, justicier incorruptible et vainqueur des méchants.

Les habitudes d’Israël n’excluaient certes pas, en cas de force majeure, l’invocation de JVHH en un lieu non consacré (2 Samuel 15.31 ; Ésaïe 38.2 et suivant, Jonas 2.2) ; pourtant, d’ordinaire, la prière se disait au sanctuaire comme acte cultuel, soit individuel soit collectif (Psaumes 138.2 ; Psaumes 48.10 ; Psaumes 5.8 ; Psaumes 65.5 ; Psaumes 96.8 ; Psaumes 100.4), et ce n’est que dans la suite qu’elle s’émancipera de la tutelle de la vie liturgique. Il semble bien, on le voit, que toute la littérature hébraïque, y compris ses couches les plus anciennes, connaisse déjà l’oraison en tant qu’acte religieux, plus ou moins dégagé des procédés magiques ; cependant, la prière au sens profond et complet du terme ne fut donnée au peuple d’Israël que par les prophètes (voir ce mot). Et cela en vertu de leur spiritualisation foncière de la notion de Dieu.

Jusqu’à eux, qu’avait été JVHH ? Tout ensemble : le Dieu national qui, par l’entremise de Moïse, a contracté alliance avec les tribus israélites, appelées désormais « son peuple » ; le Dieu « des armées », c’est-à-dire de la guerre, auquel la gloire politique de ce peuple tient avant tout à cœur ; le protecteur sévère du droit et de la morale ; la divinité violente qui suscite éruptions volcaniques et tempêtes, vents destructeurs du désert et peste ; le dispensateur mystérieux de l’enthousiasme martial et de la fureur « prophétique » ; enfin, en combinaison partielle avec les Baals indigènes, le Maître bienfaisant qui assure fécondité et prospérité au sol de Canaan ainsi qu’aux hommes et aux troupeaux qui l’habitent.

Ce Dieu, primitivement localisé soit au sommet du mont Sinaï, soit dans la mobile « arche de l’alliance », soit encore aux « hauts-lieux » palestiniens, tendait, très tôt déjà, à trouver sa résidence définitive, d’une part au temple de Jérusalem, et d’autre part, vraisemblablement sous l’influence des grands dieux de certains mythes babyloniens, au ciel, où il trônait en arbitre du genre humain tout entier, voire même en créateur et conservateur de l’univers. Or, du chaos de ces notions diverses et en partie opposées, Amos, Osée, Ésaïe, Jérémie dégagent la vision simple, forte et toute spiritualisée et unifiée de JVHH, Maître souverain dont l’absolue Majesté se confond avec la Justice, la Sainteté et la Miséricorde mêmes. Et ce Dieu fait, dans le monde, son œuvre à lui. Il a certes choisi Israël comme objet et organe de son action. Mais, à la différence des autres dieux dont les intérêts demeurent comme enfermés dans le rayon des ambitions étroites des peuples qui les servent, JVHH veut accomplir, dans et par Israël, l’œuvre de l’absolue Justice, œuvre qui tôt ou tard, par delà les limites de « son peuple » particulier, amènera à la conversion et au salut tout homme individuel et toute nation. En principe, et dès les premiers jours, le Dieu qui s’est intérieurement révélé aux prophètes est déjà le Dieu de l’humanité.

De là, conséquence de la spiritualisation de l’idée de Dieu : spiritualisation de plus en plus complète, de la prière. D’abord : rejet de tout vain formalisme liturgique, JVHH hait les offrandes et les hommages qui lui sont présentés avec indifférence ou d’un cœur impur. Il n’agrée que ceux qui s’approchent de lui et le prient en pleine droiture et pureté d’âme (Amos 5.21 ; Amos 5.24 ; Ésaïe 1.15 ; Ésaïe 29.13, cf. Psaumes 50.8-15 Si 18 et suivant). Car il n’est plus le « Saint d’Israël » au simple sens cultuel et politique (Ésaïe 5.19 ; Psaumes 89.18 et suivant) ; il l’est maintenant au sens moral (Ésaïe 6.1-7 ; Ésaïe 1.4 ; Ésaïe 5.16 ; Ésaïe 5.24).

Puis : arrière la prière « eudémoniste », celle que le péché fausse radicalement en abaissant Dieu au rang d’un auxiliaire des appétits de l’homme et en réduisant le commerce religieux à la mesure égoïste du « donnant donnant » (Genèse 28.20 ; Genèse 28.22 ; Genèse 31.42 ; Juges 11.30 et suivant, 1 Samuel 1.11). Dorénavant, au « pour nous » et même au « pour Israël », se substituera le « pour JVHH ». Que se fasse, non l’œuvre des hommes, mais l’œuvre de Dieu ! Qu’elle se fasse dans le cœur des fidèles (Osée 14.2 et suivant, Psaumes 51.12-14 ; Psaumes 141.2 ; Psaumes 141.4), et puis, à l’heure du jugement final, dans le monde (Jérémie 31.31 ; Jérémie 31.37 ; Psaumes 82.8 ; Psaumes 94.1 ; Psaumes 94.3) ! Qu’elle se fasse à la seule gloire de JVHH (Psaumes 57.6 ; Psaumes 108.6), et, s’il le faut, même contre Israël ! (Psaumes 115.1)

Seuls, dans l’histoire du genre humain, les prophètes israélites ont publié l’œuvre, universaliste en principe, du Dieu-Juge et du Dieu-Sauveur, et seuls ils ont spiritualise l’oraison dans le sens de la « prière-travail-avec-Dieu », de la prière expression de l’esprit missionnaire et moyen de coopération de l’homme à l’œuvre divine. Enfin : à la différence des devins de l’antique yahvisme, qui subissaient passivement la mystérieuse agression de l’enthousiasme extatique (1 Samuel 10.9-13), les grands prophètes ressentent la sollicitation, non moins violente, de l’esprit de JVHH comme une inspiration d’ordre personnel, qui met en branle leur propre conscience et rend agissante leur propre sensibilité religieuse et morale. De là, chez eux, l’éclosion d’une prière qui, dans les profondeurs de la vie spirituelle et sortant peu à peu de la subconscience, s’affirme comme réponse personnelle à l’initial appel personnel de Dieu.

Dans le domaine de l’oraison, il y aura maintenant explosion du conflit dramatique entre la volonté souveraine de JVHH, qui veut faire son œuvre dans et par le prophète, et la volonté de ce prophète qui, choisi malgré lui du milieu d’Israël, ne s’affranchira qu’au prix de grandes douleurs des illusions nationalistes de son peuple, pour devenir finalement un instrument docile de l’absolue et sainte Volonté qui le travaille. L’œuvre de JVHH, terrifiante pour les prophètes d’avant l’exil, éveillera dans leur âme l’effroi, l’interrogation angoissée, la lamentation, voire le courroux récriminateur et la malédiction (Jérémie 4.10 ; Jérémie 6.11 ; Jérémie 12.1 ; Jérémie 12.6 ; Jérémie 15.18 ; Jérémie 20.7 ; Jérémie 20.9 ; Jérémie 20.14 ; Jérémie 20.18), le tout accompagné d’intercessions passionnées : « Seigneur, pardonne ! » (Amos 7.2) ; « Seigneur, arrête ! » (Amos 7.5) ; « Jusques à quand, Seigneur ? » (Ésaïe 6.11).

Bref : au feu des épouvantements les plus cruels, la prière individuelle s’élève ici, progressivement, jusqu’au sommet de la force et de la grandeur spirituelles. Pour Jérémie et, à sa suite, pour tous les pieux Israélites, c’est JVHH lui-même qui, affranchi de toute localisation déterminée (Psaumes 139.7 ; Psaumes 139.12), finit par être, grâce à sa sainte et bienfaisante présence, l’espoir, la consolation, le réconfort de l’âme en détresse. « Toi Jéhovah, tu me connais, tu me vois, tu m’as sondé, et tu sais que mon cœur est avec toi » (Jérémie 12.3 ; Jérémie 12.17 ; Jérémie 20.11 ; Jérémie 20.13).

Ainsi apparaît pour la première fois la vraie prière faite, tout entière, d’humilité confiante et de soumission virile à la volonté de Dieu. Dès lors, dans les âmes d’élite, tourmentées et par les malheurs extérieurs et par le sentiment du péché (Daniel 9.6 ; Daniel 9.9), la recherche de la réconciliation morale (Psaumes 19.3 ; Psaumes 51.12-14) et de la communion immédiate avec JVHH (Psaumes 73.21 ; Psaumes 73.23) l’emportera sur tout désir inférieur. Et cette recherche, unie à l’attente impatiente de voir la volonté de Dieu se faire dans le monde, se maintiendra, inébranlable, en dépit de l’impossibilité qu’il y avait pour les fidèles Israélites à comprendre les arrêts et retards de l’accomplissement de cette volonté dans la sphère des réalités sensibles.

Ni la crise douloureuse et représentative de Job qui, renonçant à pénétrer les voies de l’Éternel, prononce finalement une prière de repentance (Job 40.3-5 ; Job 42.1 ; Job 42.6), ni le scepticisme de l’Ecclésiaste au sujet de l’oraison (Ecclésiaste 5.1 et suivant) n’ont prévalu contre la foi et l’espérance implantées dans les âmes par Osée, Jérémie et le second Ésaïe, ce Jusques à quand, ô Éternel ? » (Psaumes 74.9 ; Psaumes 79.5 ; Psaumes 80.5 ; Psaumes 89.47 ; Psaumes 90.13 ; Psaumes 94.3) — ce fut là comme le dernier appel, tout de confiance tenace, du peuple juif avant sa disparition, en tant que nation, de la scène de l’histoire. Et, de ce peuple, le plus magnifique héritage, quant à la prière, c’est le Psautier, recueil postexilique de chants cultuels parmi lesquels on trouve de tout : vieux hymnes liturgiques et guerriers ; formules magiques à peine spiritualisées ; manifestations d’orgueil « pharisaïque » (Psaumes 17.2-5 Psaume 26) ou de haine nationaliste (Psaumes 79.12 ; Psaumes 137.7 ; Psaumes 137.9) ; tout comme, d’autre part, effusions d’une fervente et pure foi individuelle adaptées ultérieurement aux nécessités du service du temple ; plaintes et cris d’espérance ; doutes et retours à la certitude du secours de JVHH ; humbles confessions et joyeuses actions de grâces ; combats du fidèle avec son Dieu et vision glorieuse du futur accomplissement de l’œuvre divine du salut pour et par le peuple de l’alliance (cf. Psaume 145 à Psaume 150). Voir Psaumes.

II La prière de Jésus

La prière de Jésus, telle que la présentent plus particulièrement les trois premiers Évangiles, est la prière d’Israël élevée à la perfection. Demander à JVHH d’accomplir son œuvre salvatrice dans tous les cœurs et pour toutes les nations, telle avait été, en principe, la tendance intime de l’oraison des prophètes et des psalmistes. Contrecarrée pendant un temps par le règne particulariste de la Loi, qui réservait le salut au seul peuple juif, cette tendance fut reprise par Jésus. Son Dieu n’est plus seulement le Créateur et Maître tout-puissant (Matthieu 11.25) qui veut être craint (Matthieu 10.28), et le « Seigneur d’Israël » qui demande à être aimé (Marc 12.29 et suivant). Il est aussi le Père miséricordieux de tous les hommes, y compris maintenant les « pécheurs », les êtres « perdus », qu’il « cherche » afin de les « sauver » (Luc 19.10 ; Luc 15.6 ; Luc 15.9 ; Luc 15.32). C’est sur l’avancement de l’œuvre de ce Dieu, saisie dans son individualisme et son universalisme pleinement épanouis, que porte l’oraison de Jésus. De celle-ci les dernières scories de la prière israélite se trouvent expulsées.

En disant à Dieu « mon Père », Jésus révèle la relation, unique quant à sa profondeur et à son intimité, qui l’unit, lui, le « Fils », à Celui dont il se sait l’élu et le serviteur. Et, de sa prière, incomparable et insurpassable, sortira l’économie, toute nouvelle, de la prière « chrétienne » (Marc 14.36 ; Galates 4.6 ; Romains 8.15).

D’après les Évangiles, Jésus priait avant ou après tout acte important de son ministère (Luc 6.12 ; Luc 9.18-29 ; Matthieu 14.23 ; Marc 6.46), et il le faisait de préférence en se retirant en des endroits déserts (Marc 1.35-39 ; Luc 5.16). Quand il prie pour lui-même, comme à Gethsémané (Marc 14.35) et sur la croix (Marc 15.34 ; Matthieu 27.46; Luc 23.46), c’est uniquement pour lui-même en tant qu’agent, fidèle jusqu’à la mort, de l’œuvre rédemptrice de son Père céleste — oraison dont l’écho s’est conservé dans Jean 12.27 et qui, en accordant héroïquement le vouloir de l’homme avec le vouloir de Dieu, prend le contre-pied exact de l’originelle prière instinctive.

Ensuite, ému de compassion pour les souffrances de son peuple (Matthieu 9.36), Jésus prie pour la réussite de ses efforts. Cette intercession a pour objet tantôt la suppression de maux physiques (Marc 7.34, cf. Matthieu 9.35) — laquelle sera normalement suivie d’actions de grâces (Luc 17.15-18, cf Jean 11.41) — tantôt le pardon des péchés, seule demande digne de l’enfant de Dieu en face de ses persécuteurs (Luc 23.34 ; Matthieu 5.44 et suivant, Luc 6.28).

Puis encore, ayant obtenu de Dieu les collaborateurs qu’il lui a demandés (Luc 6.12 ; Luc 10.1 et suivant), Jésus prie pour le succès des efforts de ceux-ci. Les actions de grâces de Luc 10.21 ; Luc 10.24 supposent (voir verset 17, 20) l’exaucement de cette prière. D’autre part, l’intercession de Jésus en faveur de Pierre, la future intercession de Pierre pour « ses frères » (Luc 21.31 et suivant) et les supplications des disciples pour eux-mêmes (Marc 14.38 ; Matthieu 26.41; Luc 22.40 ; Luc 22.46) portent sur l’affermissement de l’œuvre de Dieu dans l’âme de ceux qui prolongeront l’activité du Maître.

Ce que Jésus invite ses fidèles à demander pour eux-mêmes (Marc 13.18 ; Matthieu 24.20), tout particulièrement dans les trois dernières requêtes de l’oraison dominicale (Matthieu 6.12 et suivant, Luc 11.4), il l’a, en leur faveur, vraisemblablement demandé avec eux. Et quel est le but de sa critique, toute religieuse, des pratiques courantes de l’oraison ? Pourquoi combat-il, dans celles-ci, l’esprit d’orgueil (Matthieu 6.5 ; Marc 12.40 ; Luc 20.47), et la tendance « eudémoniste », voisine de la contrainte magique (Matthieu 6.7 et suivant) ? Pourquoi, luttant contre le découragement, exhorte-t-il par ailleurs, dans la prière, à la foi inébranlable (Matthieu 21.21 et suivant) et à la persévérance (Luc 11.5 ; Luc 11.8 ; Luc 18.1 ; Luc 18.8 ; Luc 11.9 ; Luc 11.13 ; Matthieu 7.7 ; Matthieu 7.11), auxquelles l’exaucement demeure assuré (Marc 11.22-25 ; Matthieu 21.22), d’autant qu’une sérieuse préparation par la prière (Marc 9.29) et le jeûne (Matthieu 17.21) vaut à l’homme le pouvoir de chasser les démons ? Tout comme les intercessions mentionnées, ces recommandations visent à l’accomplissement, dans les cœurs, de la divine et universelle œuvre d’affranchissement.

Enfin, l’ultime sujet des requêtes de Jésus, c’est la venue du royaume de Dieu en tant que don libre de la grâce du « Père ». Cette prière est sous-jacente à toutes ses déclarations touchant la grande attente finale (Marc 13.32 ; Matthieu 10.23 ; Marc 9.1 ; Marc 1.15 ; Matthieu 4.17 ; Matthieu 5.1-12; Luc 6.20 ; Luc 6.22).

Vu qu’une tradition très ancienne rattache intimement le « Notre Père », destiné aux disciples, à la prière de Jésus (Luc 11.1 ; Luc 11.4), il est permis d’en conclure que la demande centrale de l’oraison dominicale (voir article), à savoir : « Que ton règne vienne » (qui ne fait qu’un avec celle qui précède et celle qui suit : Matthieu 6.9 et suivant, Luc 11.2), exprime bien la tendance profonde et constante et le point culminant de la prière du Maître lui-même. Ici, la prière israélite réalise l’idéale prière humaine. Sans perdre contact avec les exigences de la vie naturelle qui est, elle aussi, bonne et voulue de Dieu (Matthieu 6.11; Luc 11.3 ; Marc 14.22 ; Marc 6.41 ; Marc 8.6, cf. Jean 6.11), elle place cependant la recherche du « royaume » au-dessus de tout (Matthieu 6.33; Luc 12.31) et, dans ce royaume, dont l’accès n’est ouvert qu’à la repentance (Marc 1.15 ; Matthieu 4.17), les privilèges de la nation d’Israël disparaissent (Matthieu 8.10 ; Matthieu 8.12), pour ne laisser place qu’à l’élémentaire et suprême guerre entre Dieu et Satan (Luc 10.18 ; Luc 11.17 ; Luc 11.26).

Transposés en langage johannique et dépouillés de leur orientation « eschatologique », les motifs essentiels de la prière de Jésus d’après la tradition synoptique se retrouvent dans l’oraison « sacerdotale » du 4e Évangile ; voir (Jean 17) Prière sacerdotale. Quant aux disciples, cet Évangile les présente comme appelés, après le retour du Seigneur à son Père, à « l’adoration de Dieu en esprit et en vérité » (Jean 4.24) et, en conséquence, à la pratique de la prière « au nom de Jésus », c’est-à-dire en vertu du pouvoir inhérent à la sphère de vie « pneumatique » et salvatrice réalisée par la présence du Seigneur vivant dans la future communauté de ses fidèles ; et à cette prière-là l’exaucement est à jamais assuré. Car, selon la promesse du Christ johannique, l’accomplissement de l’œuvre du Verbe incarné (Jean 1.14) vaudra aux croyants, outre le revoir du Seigneur (Jean 14.19) et le don de l’Esprit (Jean 14.26), l’efficacité certaine — et inconnue antérieurement — de l’oraison (Jean 14.13 ; Jean 15.16 ; Jean 16.23 ; Jean 11.42).

III La prière de saint Paul

L’oraison de la primitive communauté « chrétienne » fut une prière « pneumatique », c’est-à-dire suggérée par la puissance enthousiasmante du Saint-Esprit (Actes 2.16-18 ; Actes 2.42 ; Actes 4.24-31 ; Actes 10.45 et suivant) et visant, d’une manière ou d’une autre, à l’avancement de l’œuvre du Christ dans l’Église et dans les âmes (Actes 6.6 ; Actes 8.15 ; Actes 8.17 ; Actes 8.22 ; Actes 8.24 ; Actes 9.10-16 ; Actes 9.40 ; Actes 10.2 ; Actes 10.30).

De même, et à plus forte raison, vu l’expérience mystérieuse de sa conversion, Paul conçoit la prière comme un acte de l’Esprit de Dieu suscitant dans les fidèles et les soupirs inexprimables d’une foi qui se cherche, et le témoignage de la filialité divine, et le cri enthousiaste et pacificateur d’Abba, « Père » (Galates 4.6 ; Romains 8.15-26 et suivant). Car, pour l’apôtre, Dieu n’est plus seulement le JVHH incorruptiblement juste et redoutable d’Israël (Romains 2.5 ; Romains 2.11), mais, « Père de notre Seigneur Jésus-Christ » (Romains 15.6 ; 2 Corinthiens 1.3 ; 2 Corinthiens 11.31), il est le Dieu d’amour (2 Corinthiens 13.11) qui appelle les hommes au salut (1 Corinthiens 1.9) et enrichit infiniment ceux qui l’invoquent (Romains 10.12 et suivant).

Aussi, poussé par l’esprit de ce Dieu, Paul, en suivant les traces de Jésus, ne prie en définitive que pour l’avancement et le triomphe de l’œuvre divine dans les âmes et dans le monde. Il le fait, d’abord, en priant pour lui-même en tant qu’apôtre et en demandant aux autres de s’associer à ses supplications en intercédant en sa faveur. Cette prière est faite, avant toutes choses, d’effusions de gratitude pour les bénédictions multiples dont il a été l’objet (1 Corinthiens 15.10 ; Romains 7.24 et suivant, 2 Corinthiens 2.14 ; 1 Corinthiens 15.27 ; 2 Corinthiens 9.15).

S’il demande à Dieu des délivrances matérielles (2 Corinthiens 12.7-9 ; Philippiens 2.25 ; Philippiens 2.27 ; 1 Thessaloniciens 3.10 ; Romains 1.9 et suivant, 1 Corinthiens 16.7), c’est exclusivement en vue de l’accomplissement de son ministère. C’est également afin de promouvoir son activité apostolique qu’il exhorte ses amis à combattre pour lui en le soutenant de leurs prières (2 Corinthiens 1.11 ; 1 Thessaloniciens 5.25 ; Romains 15.30 ; Romains 15.32). Celles-ci lui permettront d’étendre ses conquêtes (cf. Colossiens 4.2 et suivant, Éphésiens 6.19 ; 2 Thessaloniciens 3.1), et leur exaucement unira l’apôtre et les jeunes communautés dans l’élan des mêmes actions de grâces (2 Corinthiens 13,4,6,10).

Puis, saint Paul intercède lui-même pour les églises et ses collaborateurs. Que Dieu les fasse croître spirituellement ! (1 Thessaloniciens 3.12 et suivant, Romains 15.5 ; Romains 15.7-13 ; Philémon 1.6 ; 2 Corinthiens 13.9-11, cf. Éphésiens 1.17 ; Éphésiens 1.19 ; 2 Thessaloniciens 1.11). Qu’il fasse du bien même aux ennemis et calomniateurs de l’apôtre ! (1 Corinthiens 4.12 et suivant, Romains 12.14-18 ; Romains 12.21). S’il y a dans 1 Timothée 2.1 et suivant quelque réminiscence paulinienne, l’apôtre aurait aussi prié pour les autorités constituées (Romains 13.1 ; Romains 13.7), afin que l’ordre et la paix permissent à la connaissance de la vérité de se répandre sans entraves (1 Timothée 2.3 et suivant). Mais Paul savait aussi maudire (1 Corinthiens 16.22 ; Galates 1.8 ; 1 Corinthiens 5.5) et — survivance probable de son passé pharisaïque — s’il a bien entendu intercéder pour Israël (Romains 10.1), il n’a pas, à notre connaissance, malgré son universalisme (Galates 1.16 ; Romains 5.18 ; Romains 11.32), prié pour les « infidèles », les païens (1 Corinthiens 6.6 ; 1 Corinthiens 10.27 ; 1 Corinthiens 14.24 ; 2 Corinthiens 6.14). Sur ce point, en exhortant à prier pour tous les hommes, l’auteur de 1 Timothée semble avoir suppléé au déficit de son grand devancier (1 Thessaloniciens 2.1). [Pour l’auteur de 1 Timothée, voir Pastorales. N.D.L.R.]

Quoi qu’il en soit, le cœur de Paul débordait de gratitude, quand ses prières d’intercession étaient exaucées (1 Thessaloniciens 1.2 et suivant, 1 Corinthiens 1.4 ; 1 Corinthiens 1.9 ; Philippiens 1.3 ; Philippiens 1.11 ; Philémon 1.4 et suivant, 2 Corinthiens 4.15). Enfin, saint Paul soupire dans ses requêtes après l’accomplissement glorieux et définitif de l’œuvre de Dieu à la face de l’univers. Toutes ses recommandations et supplications supposent l’imminence du « jour » du jugement divin (Romains 2.5-16 ; 1 Corinthiens 3.12 et suivant), où s’achèvera l’œuvre de Dieu commencée dans les cœurs (Philippiens 1.3-6 ; Philippiens 2.15 et suivant, 1 Thessaloniciens 2.19 et suivant).

Aussi l’essentielle demande de Jésus : « Que ton règne vienne » se retrouve, chez Paul, dans la magnifique paraphrase de Romains 8. Ce texte n’est qu’un long sanglot de l’homme qui, devenu dès maintenant enfant du « Père », réclame, au milieu des angoisses de ce monde, la venue de la future liberté et félicité, et le passage de l’espérance à la vue immédiate. Ce que Dieu lui-même veut et poursuit en secret depuis des siècles, ce qu’il porte maintenant, mystères révélés (Romains 11.25 ; Romains 16.25), à la connaissance des nations (Romains 16.25 ; Romains 16.27), — soumission des peuples à « l’obéissance de la foi » (Romains 1.5 ; Romains 16.26), conversion et réhabilitation d’Israël (Romains 11.25 ; Romains 11.32), achèvement du mandat du « Fils » et retour de l’univers à Dieu dont il est issu (Romains 11.33-36 ; 1 Corinthiens 15.25 ; 1 Corinthiens 15.28),

Paul prie implicitement pour tout cela dans le chapitre mentionné, et ses supplications saintement impatientes se résument elles-mêmes dans ce cri : « Maranatha ! Viens, Seigneur ! » (1 Corinthiens 16.22 ; Apocalypse 22.17-20). Ici, la prière biblique, et par elle la prière du genre humain tout entier, s’élève à son faîte qui, dans ce monde, ne pourra plus être dépassé.

IV La prière à Jésus-Christ

Vu que la foi chrétienne repose, dès l’origine, sur la croyance à l’élévation de Jésus à la droite de Dieu le Père et à son action — concomitante avec celle de Dieu — comme Seigneur « glorifié » de l’Église ; vu, d’autre part, que la littérature néotestamentaire est elle-même, tout entière, un fruit de cette croyance, il n’y a rien de surprenant à voir des affirmations comme Matthieu 11.27 et suivant ou Matthieu 18.19 et suivant amener les fidèles, très tôt déjà, à adresser au Christ céleste des hommages, des soupirs, des cris invocatoires (Marc 10.47 et suivant, Matthieu 9.27 ; Matthieu 15.22, Jean 20.28, Actes 7.59 et suivant, Apocalypse 22.20).

Ceux qui tombaient en extase pendant la prière (Actes 10.9 ; Actes 11.5 ; Actes 22.17) s’entretenaient, pleins de respect, avec leur Maître glorifié et tout-présent (Actes 9.10-16 ; Actes 10.11-16 ; Actes 11.5 ; Actes 11.11 ; Actes 22.18-21).

Or, Paul a consacré, quoique avec beaucoup de réserve, ce dédoublement du destinataire de l’oraison chrétienne. D’ordinaire, il est vrai, Paul s’adresse, dans ses prières, à Dieu, soit « par Jésus-Christ » (Romains 1.8), soit comme au « Père de notre Seigneur Jésus-Christ » (Romains 15.6 ; 2 Corinthiens 1.3).

Comme missionnaire et pédagogue, il recommande toujours de prier Dieu. C’est l’orientation que supposent, par exemple, 1 Thessaloniciens 5.17 ou Romains 12.13. Mais, sur cette base large et commune de la piété des églises, s’érige la sphère de vie, tout individuelle, en laquelle Paul communie spirituellement, mystiquement avec la personne du Christ glorifié (Philippiens 2.10 et suivant), auteur, pour l’apôtre, de visions (2 Corinthiens 12.1) et de révélations particulières (Galates 1.12 ; Galates 2.2 ; 2 Corinthiens 12.1 ; 1 Thessaloniciens 4.15), voire du salut qui l’a délivré « du présent siècle mauvais » (Galates 1.4).

Néanmoins, la prière paulinienne au Christ demeure infiniment discrète, austère et sobre, vu que, tout comme la prière de Jésus lui-même, elle n’a d’autre objet que l’accomplissement de l’œuvre divine du salut dans le monde.

V Autres textes

En dehors des textes cités, la prière néotestamentaire ne fait que s’élargir en adoration collective et liturgique (Apocalypse 4.8 ; Apocalypse 4.11 ; Apocalypse 5.9 ; Apocalypse 5.14 ; Apocalypse 7.10 ; Apocalypse 7.13 etc.) ou se préciser, en vertu d’expériences pratiques, quant aux conditions de l’exaucement (Jacques 1.5 ; Jacques 1.7 ; Jacques 4.2 ; Jacques 4.4 ; Jacques 5.13 ; Jacques 5.18 ; 1 Jean 3.21 ; 1 Jean 5.14 ; 1 Jean 5.16). Entretien personnel et acte de coopération des hommes et de l’Église avec Dieu, cette prière, faite d’humilité, de confiance et de charité, forme la source régénératrice et le critère de toute prière « chrétienne ». Parfaitement équilibrée, tendant entièrement à la réalisation du « royaume de Dieu », simple et accessible à tous, elle exclut, comme égocentriques et périmées, et la grossière oraison « eudémoniste » et — quand elle s’affirme à l’état pur — la savante et difficile « ascension mystique » des aristocratiques « virtuoses » de la vie et de la pensée religieuses.

F. M.

Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com

L’article dans Westphal