Dictionnaires bibliques
Culte
Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Culte », un article après l’autre.
Dictionnaire de la Bible (Bost)
Le culte qui dans son expression la plus simple est l’adoration que l’homme rend à la Divinité, prend une acception plus large et plus étendue à mesure que l’homme s’élève lui-même davantage ; et depuis la religion naturelle jusqu’à la religion chrétienne, en passant par le monothéisme juif, on peut voir se développer l’idée du culte au point que ce mot finit par désigner presque tous les rapports de l’homme avec Dieu, son adoration, ses prières, la constitution extérieure de son Église, et jusqu’à la foi qu’il professe, jusqu’à la manière dont il conçoit des vérités révélées.
Il n’est que deux cultes successivement reconnus par l’Écriture sainte, le culte préparatoire du judaïsme, et le culte spirituel du chef de l’Église : le premier était ordonné dans tous ses détails, le second abandonné à l’âme pieuse du fidèle converti, et guidé par les directions de l’Écriture et du Saint-Esprit ; dans le premier la forme dominait, dans le second l’idée et l’amour ; le premier était un pédagogue pour l’homme irrégénéré, le second est la conversation du chrétien avec Dieu : dans l’un et dans l’autre on voit le même homme et le même Dieu, mais dans le culte ancien l’homme est séparé de Dieu, dans l’alliance nouvelle Dieu et l’homme sont réconciliés. Ces deux cultes sont divins dans leur institution, et l’Écriture appelle tout autre culte un culte étranger, sous quelque forme que se présente l’idolâtrie, et quels que soient les objets auxquels elle se rapporte.
Le chef de l’ancienne Alliance, Abraham, fut choisi de Dieu pour être le dépositaire privilégié des vérités éternelles : c’est en lui que fut incarnée, pour ainsi dire, la doctrine de l’unité de Dieu, du monothéisme ; une portion seulement de sa famille et de sa descendance fut appelée à jouir des mêmes grâces, tandis que nous voyons clairement l’idolâtrie régner dans les autres branches (Genèse 31.19-30 ; 35.2 ; Josué 24.2-14). Le culte des patriarches était aussi simple que possible, et consistait presque exclusivement dans la prière (Genèse 24.63), et dans les sacrifices. Il n’y avait pas de lieu spécialement destiné au culte, et le croyant pouvait prier et offrir ses victimes partout où il se sentait disposé à le faire, quoique l’on choisît préférablement, soit des hauteurs solitaires où l’on pensait pouvoir communiquer plus directement avec Dieu (Genèse 22.2 ; 31.54), soit des lieux où la Divinité s’était manifestée visiblement à quelqu’un des membres de la famille ; on y élevait alors un autel hâtivement et simplement travaillé (Genèse 12.7-8 ; 13.4 ; 26.25 ; 46.1), ou même une simple pierre que l’on consacrait par des libations d’huile (28.18 ; 35.14). Quelquefois c’était un bosquet, ou la réunion de quelques arbres, qui servait de temple à ces premiers croyants (Genèse 13.18 ; 21.33) ; nous voyons même Isaac sortir et se rendre dans les champs pour prier (24.63). Il ne paraît nulle part que ni l’une ni l’autre de ces deux formes du culte eussent été prescrites aux patriarches : la prière sortait de leur cœur comme un besoin bien naturel, ou comme l’expression de leur reconnaissance ; les sacrifices étaient comme une prophétie intérieure, comme le pressentiment, vague mais réel, du sacrifice qui devait un jour les réconcilier entièrement avec Dieu ; il y avait plus de foi que d’intelligence dans la pratique de cette cérémonie, et si les patriarches ne s’avouaient pas à eux-mêmes les idées de condamnation et d’expiation, c’est qu’ils étaient encore des enfants dans la foi, peu formés, peu susceptibles de recevoir et de supporter des doctrines plus avancées, plus profondes, plus mystérieuses ; mais comme des enfants ils aimaient leur Père céleste et lui offraient les dons que leur cœur leur inspirait. C’est là ce que l’apôtre entend quand il dit en parlant des anciens (Hébreux 11.13) : « Ils ont vu ces choses de loin, ils les ont crues, ils les ont saluées ». À cette époque il n’y avait point encore de clergé ; le chef de la famille en était aussi le pontife : la seule exception qui semble contredire ce fait, c’est l’exemple de Melchisédec, q. v.
Puis, par une suite de dispensations célestes, et qui avaient sans doute pour but de préparer les enfants d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, à porter plus facilement le joug de l’Éternel, nous voyons cette famille toute entière transportée en Égypte, et subissant là le pesant et cruel joug des Pharaons : c’est bien la postérité d’Abraham, mais on cherche la religion d’Abraham, et sauf de rares exceptions l’on n’en trouve plus les traces : les esclaves sont livrés à la sensualité ; ce qu’ils aiment avant tout ce sont leurs concombres, leurs aulx, leurs oignons, leurs marmites de viande : ce qu’ils adorent c’est la nature, ce sont les dieux de leurs maîtres, un veau d’or et d’autres divinités diaboliques (Exode 32 ; Lévitique 17.7 ; Nombres 25.2 ; Amos 5.25-26). Ils ont changé la gloire de Dieu, dit le Psalmite (106.20), en la figure d’un bœuf qui foule le grain. Mais cette idolâtrie ne pouvait durer plus longtemps, Dieu ne pouvait oublier ses promesses : après le retour des ténèbres devait venir le retour de la lumière : le culte spirituel et libre des patriarches n’ayant pas suffi aux Israélites charnels, un culte de cérémonies et de formes allait succéder, revêtu d’une majesté foudroyante ; des menaces allaient se joindre aux promesses ; le premier anneau de cette alliance allait être pour les Israélites la délivrance de la servitude ; en échange de cette délivrance ils promettraient de se soumettre à la loi divine. Toutefois, pour le peuple de Dieu, ce changement extérieur de culte devait amener une constitution plus sévère, au lieu de l’ange de l’Éternel, c’était Moïse, qui serait le chef du peuple, et comme l’intermédiaire entre eux et le ciel.
Ce nouvel ordre de choses a pour base le monothéisme et le culte de Jéhovah, seul légal, et ordonné par la Loi. Des cérémonies nombreuses sont établies ; elles enlacent le peuple dans un long réseau de symboles qui s’emparent de tous les détails de sa vie publique et particulière, et l’instruisent malgré lui en lui communiquant et en le forçant à recevoir des idées et des impressions nouvelles. Leur Dieu est en même temps leur roi ; c’est le même qui leur donne à la fois des lois spirituelles et des lois matérielles, les lois du culte et les lois de la vie civile, les lois saintes et les lois sanitaires, les lois pour le ciel et les lois pour la terre : il n’y a pas deux consciences, pas deux morales, pas deux règles de conduite : il n’y a pas les péchés connus de Dieu seul, et ceux qui ne relèvent que de la justice humaine. Tout ce qui est délit sera découvert et puni. Des directions positives, et négatives, des vœux, des offrandes, des sacrifices, des ablutions, des jeunes, des fêtes, entrent dans la composition du| nouveau culte, et doivent, tout ensemble, humilier et sanctifier les Israélites : une pureté légale est établie, exigée, sans laquelle aucun acte du culte ne saurait être admis ; la circoncision appartient à l’ensemble de ces règles, et les domine ; elle signifie le retranchement du mal, et rappelle aux Juifs la sainteté de leur vocation. Les solennités religieuses sont en même temps des fêtes nationales, servant à fondre toujours plus en un seul peuple les douze familles. Une caste de prêtres appartenant à la famille de Lévi sert d’intermédiaire entre le peuple et Dieu. Un seul sanctuaire est établi au centre du pays (Deutéronome 12.5), pour proclamer l’unité divine et protester contre le polythéisme païen ; c’est là seulement qu’on pouvait adorer et sacrifier : les besoins religieux ne pouvaient pas être facilement satisfaits ; c’était une lacune, semble-t-il, et d’autant plus grande que le culte intérieur était dépassé par le culte extérieur, et comme assujetti à des formes matérielles : mais cette unité, cette centralisation, outre son importance pour le dogme, avait encore l’avantage d’exciter les besoins religieux, et de rendre les impressions de l’âme plus profondes et plus durables, lorsque trois fois par année les Israélites se rendaient régulièrement à la ville sainte pour y jouir de la présence invisible de leur Dieu. D’ailleurs la spiritualité de ce culte, celle surtout de ce Dieu qui ne devait résider nulle part corporellement, dont il était défendu de faire des représentations matérielles, peintes ou taillées, que d’ailleurs il était impossible de faire, son invisibilité qui semblait consacrer sa toute présence, étaient de réelles compensations pour les âmes fidèles qui auraient pu regretter l’institution d’un seul autel, d’un seul tabernacle, d’un seul temple. Ceux qui cherchaient Dieu sincèrement savaient qu’ils pouvaient le trouver partout, et rien à cet égard ne pouvait plus leur manquer. Pour les autres, le centre religieux était un appel, une prédication.
Les frais du culte, le grand nombre des victimes, et l’entretien d’une nombreuse catégorie de prêtres et de lévites, n’étaient point aussi onéreux qu’on pourrait le croire au premier abord : il faut réfléchir en effet, et se transporter dans ce pays agricole, à cette époque, chez ce peuple. Sauf une très légère contribution en argent (Exode 30.13), tout l’ensemble des offrandes se composait des produits de la terre ou des troupeaux, et l’on sait que ce genre d’impôt est celui qui se perçoit le plus facilement chez tous les peuples. On pourrait presque dire des Lévites qu’ils ne recevaient point de traitement fixe, mais qu’ils étaient nourris par les personnes qu’ils visitaient, et à la table desquelles ils s’asseyaient comme des amis de la maison : ce n’était évidemment pas une charge publique, chacun s’estimait heureux et honoré de recevoir ces messagers bénis, personne n’eût voulu spéculer sous ce rapport, ni refuser d’échanger une faible partie de ses aliments journaliers contre les bienfaits religieux que ces hommes apportaient. On ne voit nulle part de plaintes à cet égard. Quant aux offrandes du temple, on peut dire à peu près la même chose : quelques victimes succombaient chaque jour, mais réparties sur un peuple riche en troupeaux, elles n’étaient guère remarquées, guère senties : et si parfois, bien rarement, nous voyons ce nombre devenir considérable (p.Exode 2 Chroniques 35.7-9), c’étaient des exceptions motivées, et qui par là même permettaient d’exiger du peuple des sacrifices plus grands qu’à l’ordinaire.
On est indécis sur la question de savoir s’il y avait dans le culte juif une partie correspondante à ce que nous appelons la prédication ; aucun texte bien précis ne le dit positivement ; d’un autre côté les visites journalières de lévites, et les réunions des Israélites pour les solennités, semblent indiquer assez qu’il y avait des exhortations et des instructions, soit particulières, soit générales : et les derniers chapitres du Deutéronome ne sont pas autre chose qu’une puissante et magnifique prédication.
Mais une lacune que l’on remarque avec étonnement dans toute l’institution du culte mosaïque, c’est l’absence de préceptes relatifs à la prière (v. cet art.). Nulle part elle n’est prescrite, lorsque tant d’autres formes sont si minutieusement détaillées ; il n’en est pas dit un mot, pas une allusion n’y ramène. C’est que précisément la prière n’est pas une forme ; et sans doute que dans cette économie toute préparatoire, matérielle, et l’on peut dire presque mécanique, Dieu ne voulait pas risquer de confondre dans l’esprit des Israélites ce qu’il y a de plus intérieur et de plus sacré avec ce qui n’est qu’observances légales. Le réformateur Mahomet a pu faire cela ; au milieu de toutes les cérémonies et prescriptions de son culte, il a pu dire aussi : vous prierez trois fois le jour en vous tournant du côté de la Mecque ; ce n’était pour lui qu’un anneau dans la chaîne qu’il imposait à ses sectateurs. Jéhovah ne l’a pas fait ; les prières eussent été un piège pour ceux qui n’en auraient pas compris la nature ; pour les autres il était superflu de les ordonner ; de l’abondance du cœur la bouche parle, et nous voyons par un grand nombre d’exemples que les fidèles savaient à qui s’adresser, et comment ils devaient le faire dans le besoin, dans la détresse, dans la reconnaissance.
Du reste, il faut le dire, le culte tel qu’il fut institué par Moise, ne fut presque jamais observé dans son intégrité : l’histoire juive nous montre dans chaque période de nombreuses déviations, plus ou moins grandes, mais provenant toutes de l’immoralité, de la sensualité, qui semble avoir distingué particulièrement le peuple juif, et qui trouvait encore à s’alimenter dans le voisinage de certaines peuplades environnantes, ou par le contact avec le reste de ces nations que les Hébreux avaient épargnées, malgré l’ordre positif de leur Dieu. Cette immoralité même était peut-être, chez plusieurs, entretenue par le culte mosaïque, où le cérémonial semblait l’emporter sur le fond de la religion, et les observances remplacer la moralité, expier les désordres de la vie. Les prophètes combattirent toujours ce penchant à la fois incrédule et pervers. Après l’exil, différentes sectes se formèrent. Pendant que la grande masse du peuple s’attachait de plus en plus à la lettre, inventant chaque jour de nouvelles minuties, et qu’une certaine classe d’hommes, soi-disant éclairés ou esprits forts, cherchaient à allier la philosophie à la religion, en retranchant de la religion tout ce qui ne pouvait être compris de leur pauvre intelligence, un petit nombre d’hommes vraiment pieux cherchaient à maintenir l’esprit du véritable culte divin, s’adonnant à la pratique des bonnes œuvres, de la pureté et de l’humilité ; on les nommait Esséniens. Quelques siècles après que ces sectes eurent pris naissance dans le sein du peuple qui devait être un dans son culte, on vit naître dans un petit village de Juda, celui qui devait ramener l’unité sur la terre, mais une unité de cœur et d’esprit, reposant non plus sur le même culte ou sur les mêmes cérémonies, mais sur la même foi, sur des espérances communes.
C’est aussi pour le culte une ère entièrement nouvelle, parce que le culte est le reflet de la doctrine et des dispositions intérieures ; mais on ne peut plus le décrire comme on a décrit le culte ancien ; c’est quelque chose de moins tranché dans les formes, de plus vague, de plus libre. Le jeûne est maintenu comme bon, la confession mutuelle des péchés est introduite, le dévouement au règne de Dieu, les visites des malades, des pauvres, des prisonniers, sont recommandées ; le chant, la conférence des Écritures, la prière sont appelés à jouer un rôle plus capital et plus régulier dans le service divin ; mais l’observation des jours et des nouvelles lunes, les pratiques extérieures sont abolies : à la circoncision le baptême est substitué, mais avec une idée plus large et plus spirituelle ; à la Pâque succède un repas fraternel également commémoratif, mais rappelant un salut plus cher, plus grand, éternel. Il n’y a plus de castes sacerdotales ; tout fidèle est prêtre, chacun appartient à la sacrificature royale : plus de centralisation dans le lieu du culte ; les pères ont adoré à Jérusalem, le moment est venu où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité, partout où ils se rencontreront : il n’y a plus d’Église visible, mais une Église invisible, et des réunions visibles dans lesquelles le bon et le mauvais grain seront plus ou moins mélangés : à cette Église aucune forme n’est imposée, aux Églises de détail aucune forme non plus. Partout éclate la vie, et la vie seule a droit de régner désormais sur les hommes : on ne leur imposera plus de lourds fardeaux, et si des séducteurs sont venus ordonner le célibat et l’abstinence des viandes, l’Esprit les appelle expressément des révoltés de la foi, adonnés aux doctrines des démons (1 Timothée 4.1).
Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com
L’article dans BostDictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)
Culte étranger
Les Hébreux appellent ainsi généralement toute idolâtrie, toute superstition, toute imitation du culte des peu pies étrangers et idolâtres, tout sacrilège, tout culte de religion rendu même au Seigneur dans un lieu, dans un temps, ou en une manière différente de ce qu’il a ordonné ; tout cela est nommé culte étranger, parce qu’il n’est pas conforme à celui des Patriarches et des Pères de la nation.
Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com
L’article dans CalmetDictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)
Le mot grec latréia, rendu par « culte » dans nos versions, a d’abord signifié : « service mercenaire de celui qui est à la solde de quelqu’un ».
Les LXX l’ont pris pour rendre l’hébreu abôdâ (Exode 12.25 et suivant sainte cérémonie ; Segond usage sacré ; service de Dieu, Deutéronome 6.13, etc.).
Le Nouveau Testament fait de même dans Jean 16.2 ; Romains 9.4 ; Romains 12.1 ; Philippiens 3.3 ; Hébreux 8.5 ; Hébreux 9.1 ; Hébreux 9.9 ; Hébreux 12.28. Mais, pour la même idée, Colossiens 2.18 ; Colossiens 2.23 emploie le mot thrêskéia qui, dans Tobit 12.15, désigne l’intercession d’un ange ; il est aussi dans Actes 26.5 et Jacques 1.26 et suivant, que l’on traduit parfois par « religion ». Hébreux 9.21 emploie le mot leïtourgia. Il suffit de comparer en français Jean 16.2 et Romains 12.1 pour comprendre que « culte » peut avoir deux sens très différents : la cérémonie publique, avec rites et prêtres — ou sans eux — et l’attitude intérieure, la conduite morale du fidèle.
I L’histoire d’Israël montre diverses étapes de l’idée de culte
1.
C’est d’abord l’offrande d’action de grâces, sous forme de dons matériels (hébreu tninkhâ, grec thusia pour Genèse 4.3, et zebakh dans Genèse 31.54). On l’applique aux repas de fêtes religieuses (1 Samuel 1.4 ; 1 Samuel 16.2, etc., 1 Corinthiens 10.18 pour le peuple ; Nombres 18.9 ; Deutéronome 18.3 pour les prêtres). On l’emploie à l’occasion de délivrances : Genèse 8.20, Noé sortant de l’arche ; Genèse 12.7 ; Genèse 13.4 ; Genèse 13.18 ; Genèse 15.9 ; Genèse 15.17, Abraham à diverses étapes de ses voyages en Canaan ; Exode 5.3, Israël en vue d’obtenir du secours ; Exode 12.14, en commémoration d’une délivrance. À Guilgal, Josué (Exode 4.30) dresse un monument qui a valeur de temple. David célèbre le retour de l’arche (2 Samuel 6.17). Salomon inaugure le premier temple de Jérusalem (1 Rois 8), et les Juifs fidèles font de même pour le second (Esdras 6). C’est au même ordre d’idées que répond la législation lévitique tout entière, sur les conditions rituelles du pardon : Exode 25 à Exode 30 ; Exode 35 à Exode 40 ; Lévitique 1.7 ; Lévitique 9.11 ; Lévitique 16.1-17 ; Lévitique 16.22-23 ; Nombres 3.44 ; Nombres 4.49 ; Nombres 6 ; Nombres 8 ; Nombres 9.14 ; Nombres 15.28 et suivant, etc.
2.
Mais la pratique de tels cultes a mené à des abus si graves, fidèles et prêtres se sont montrés tellement au-dessous de la réalité, tellement incapables de s’élever au-dessus de la sanction matérielle et du rite, qu’une réaction violente s’est faite chez les Prophètes Osée (Osée 6.6) dit que ce que Dieu aime, c’est « non les sacrifices, mais la piété ; sa connaissance, et non les holocaustes ». Amos (Amos 5.21) déclare que Dieu ne regarde même pas un tel culte. Michée (Michée 6.6) récuse « les milliers de béliers et les torrents d’huile », le sacrifice même d’un premier-né (allusion probable à Genèse 22.12 ; Josué 6.26 = 1 Rois 16.34 ; Juges 11.39 ; 2 Rois 3.27, cf. Psaumes 106.37-39), pour ne laisser de valeur cultuelle qu’à la miséricorde et à l’humilité. Jérémie va jusqu’à dire (Jérémie 7.22) que les ordonnances rituelles ne viennent point du Dieu qui se borne à demander « qu’on marche dans ses voies » ; et ces voies (Jérémie 7.5 ; Jérémie 7.10) sont la morale sociale élémentaire : justice envers tous, étrangers compris, secours aux veuves et aux orphelins (on voit où saint Jacques a pris sa définition de la « religion », Jacques 1.27), lutte contre meurtre, idolâtrie, vol, adultère, mensonge et faux serment le Sermon sur la montagne en esquisse… (Saint Paul continue la ligne dans Romains 12.1, en quittant la morale sociale pour entrer dans la morale individuelle, par la discipline du corps). Ces voix des prophètes d’Israël et de Juda ont été entendues de quelques fidèles ; l’un d’eux (Psaumes 51.18) se déclare prêt à célébrer un culte rituel si Dieu le demande ; mais, dit-il, « tu ne prends point plaisir aux holocaustes ; ce qui t’est agréable, c’est un cœur brisé et contrit ». On comprend alors comment l’épître aux Hébreux (Hébreux 5.1-10 ; Hébreux 7.11-18 ; Hébreux 7.23-28 8.1-9.10) peut parler de l’inutilité du système lévitique et l’appeler une « ombre sans réalité », pour exalter d’autant mieux l’œuvre unique de Jésus. Pour établir ce qu’est le culte chrétien, nous ne pouvons partir que de Jésus-Christ (Hébreux 8.1 et suivant), et le mot latréia du Nouveau Testament nous suffira.
3.
Une place intermédiaire doit être faite au culte pratiqué dans les synagogues (voir ce mot), avant le temps de Jésus et après lui. Les ordonnances lévitiques supposant l’existence du Temple de Jérusalem, n’ont pu être suivies nulle part, entre la destruction du premier temple et l’érection du second sous Zorobabel. On sait trop peu de choses sur celui de Léontopolis en Égypte (Ésaïe 19.18-22) pour rien conclure sur le culte qui y était célébré, et d’ailleurs il a été le seul de son espèce hors Palestine. Quant au troisième temple (d’Hérode le Grand à l’an 70 de notre ère), il n’a pu rendre des services qu’aux citadins de la capitale juive, auxquels se joignaient des pèlerins, lors des grandes fêtes. Même à Jérusalem, il y avait des synagogues (Jean 9.22 ; Jean 12.42 ; Jean 16.2 ; Jean 18.20 ; Actes 6.9). Partout, en Palestine et dans le reste de l’empire romain (Actes 15.21), le culte a été célébré dans des synagogues, sans sacrifices (voir encore Matthieu 4.23 ; Matthieu 9.35 ; Matthieu 13.54; Luc 4.14-28 ; Actes 9.20 à Damas, Actes 13.41 en Chypre, Actes 13.14 en Pisidie, Actes 14.1 à Icône, Actes 17.1 à Thessalonique, Actes 17.10 à Bérée, Actes 18.4 à Corinthe, Actes 18.19-28 à Éphèse, Actes 28.15-29 à Rome). La liturgie de la synagogue n’a connu que des prières, des cantiques (les Psaumes) et la lecture des livres saints, avec des discours, pratique qui revit dans une partie notable du protestantisme. Cependant, dans l’esprit même des rabbins, ce culte simplifié n’a pas eu la valeur des cérémonies symboliques du Temple de Jérusalem. Mais voici ce qu’un clairvoyant parmi les clairvoyants, un Père de l’Église, le pieux Origène (185-255), dit de celles-ci : « Si le culte au sanctuaire juif avait pu durer jusqu’à nous, il aurait rendu impossible aux païens la conversion à Dieu. Ses exercices ne pouvaient satisfaire qu’une piété exaltée : on montrait de loin un « lieu très saint », des prêtres entourant une victime… comme seul culte agréable au Seigneur. Mais Dieu soit loué pour la venue du Christ, qui a détourné nos âmes de ce « spectacle », pour qu’elles contemplassent les biens célestes et désirassent ici-bas les biens spirituels ! Loué soit Dieu de ce que le Christ a, sur la terre, aboli ce qui, avant lui, semblait si grand, et de ce qu’il a élevé le culte dans la sphère de l’invisible et de l’éternité ! Lui-même, le Seigneur Jésus, demande des oreilles vraiment ouvertes et des yeux capables de voir l’invisible. Alors que nous étudions encore la loi de Moïse (lecture de l’Ancien Testament dans l’Église primitive), nous levons les yeux jusqu’aux lieux où le Christ est assis à la droite de Dieu, et nous cherchons les choses, non d’en bas, mais d’En-haut. »
II
Si l’on prend les paroles de Jésus relatives au culte, on voit qu’il ne semble pas avoir prévu pour nous autre chose qu’un acte individuel (Matthieu 6.5 et suivant, « entre dans ta chambre »), fait en esprit : sans rites puisque Dieu est Esprit ; mais « en vérité » : en conformité de la vie morale avec la Loi de Dieu (Jean 4.24). Son modèle de prière (Matthieu 6.9-13 parallèle Luc 11.2-4) est tel, qu’il peut servir à un croyant solitaire aussi bien qu’au cercle de famille ou à une assemblée. Le conseil qu’il donne à quiconque « va à l’autel » (Matthieu 5.23 et suivant) n’implique pas nécessairement une assemblée de culte.
1.
Mais, s’il n’a rien dit quant aux formes du culte, il a fourni en sa personne un sujet d’adoration sans pareil, une source unique de pardon, de secours et d’espérance ; le culte chrétien devient alors une création originale, sans analogies véritables avec aucun autre culte. Jésus a prié (Matthieu 11.25-27 ; Jean 11.41 ; Jean 12.27 17 ; Gethsémané et Golgotha, Hébreux 5.7), et, quand nous sommes assemblés, aussi bien que lorsque nous sommes seuls, nous pouvons prier « en son nom » (Jean 14.13). Il a chanté des cantiques : (Matthieu 26.30) nous pouvons chanter en public des hymnes à son honneur et à l’honneur de Dieu. Il a médité sur les Écritures : (Matthieu 20.17 ; Matthieu 22.31; Luc 4.21 ; Luc 9.26 ; Luc 11.52 ; Luc 18.31 ; Luc 24.25 ; Jean 8.30-47) nous pouvons chercher dans l’Ancien Testament ce qui le concerne, pour connaître le plan de Dieu. De là à lire aussi l’histoire de Jésus lui-même et les Actes de la Mission au Ier siècle (les épîtres en font partie), il n’y a qu’un pas ; c’est le culte chrétien qui veut la méditation de l’Évangile. Enfin — lien de la gerbe sacrée — Jésus crée en ses disciples authentiques un sentiment fraternel, qui les oblige à se grouper en famille nouvelle : le culte chrétien est né, les fidèles se recrutant dans toute race, langue, époque, pour ne former qu’un peuple nouveau et de franche volonté ; c’est une création sans modèle, comme le Chef de l’Église est sans rival. Voir Jésus-Christ.
2.
L’Église primitive a donc inauguré un culte qui lui était spécial. Sans doute, en Palestine, jusqu’aux jours de la persécution et de la dispersion, les chrétiens ont fréquenté le Temple juif ou les synagogues (Actes 3.1). Mais très tôt on les voit réunis entre eux (Actes 1.4 ; Actes 1.15 ; Actes 4.24-31) et ils prient : là où l’on prie, il y a culte, avec la promesse que Jésus est présent (Matthieu 18.20 ; Matthieu 28.20), même lorsque c’est au Portique de Salomon qu’ils se réunissent (Actes 5.12). Aussitôt se forme le « ministère de la parole » (Actes 6.4), ce qui fait penser que, dans ces rencontres autant que dans la cure d’âmes individuelle, on médite les Écritures. Le baptême de quelques Samaritains (Actes 8.16) n’a pu être fait que dans un culte ; c’est un culte qui se célèbre chez Corneille (Actes 10.24-48), à Antioche (Actes 13.1 ; Actes 13.3), à Philippes au bord du fleuve (Actes 16.13-16) et chez le geölier (voir 33) ; à Corinthe (Actes 18.11), à Troas (Actes 20.7), à Milet (Actes 20.17-37), à Césarée (Actes 21.8-14), à Rome (Actes 28.16 ; Actes 28.30 et suivant).
Pour savoir de quelle liturgie se servait l’une au moins de ces communautés, il faut lire 1 Corinthiens 14, sans être en droit de conclure que partout ailleurs on fît de même.
- Il y a des discours en « langues » jaillis de l’âme d’un orateur, que ses frères ont de la peine à suivre. Paul déclare qu’il aime mieux dire cinq mots utiles à chacun, que dix mille sans portée, en « langues » ; celles-ci peuvent faire sentir à un païen, hôte occasionnel du culte, qu’il y a des choses divines qu’il ignore (verset 22) ; il faut toutefois un interprète pour traduire l’extase pour le commun des assistants (verset 27), et il ne faut pas plus de deux ou trois de ces témoignages spéciaux.
- Il y a des « prophéties » mot qu’on ne peut entendre ici de l’annonce d’événements lointains ; il est voisin du mot prédication, parole prononcée devant des hommes, pour agir sur eux. Lors de la Réforme, à Zurich, par exemple, on appelait ainsi l’étude suivie des Écritures. Paul dit qu’elle s’adresse aux croyants dans l’assemblée (verset 22) ; elle est donc l’équivalent de « l’instruction » du verset 26. On peut, dit-il, en avoir deux ou trois dans un culte (verset 29).
- Il y a des prières et des cantiques (verset 16), qui doivent être intelligibles. C’est sur ce mot de Paul que Calvin (Préface aux psautiers de 1542 et 1562) se fonde pour demander que le culte entier soit en langue populaire et non en langue morte (le latin, aujourd’hui ; voir Chant). Paul accorde aux fidèles le droit d’indiquer des hymnes : il faut bien que le goût du chant soit là !
- Dans ce culte, à Corinthe, il n’y a pas de prêtres. Quiconque a quelque chose à dire peut parler. Il n’y a pas d’ordre de sujets ; chaque sujet vient selon l’inspiration des fidèles ; Paul se borne à recommander « l’ordre », c’est-à-dire qu’on ne parle pas tous à la fois… Rien n’indique que ce culte se tienne dans des lieux spécialement consacrés : lorsque Paul (Romains 16.6) parle de Priscille et d’Aquilas et de l’Église qui est dans leur maison, nous pouvons y voir une allusion à des cultes. Les cultes dans les basiliques — anciens greniers royaux mis à la disposition des chrétiens — sont de beaucoup postérieurs aux réunions dans les maisons privées et dans les catacombes, à Rome.
Y a-t-il eu des jours spéciaux ? Très tôt surgit le dimanche, qui est le « jour du Seigneur Jésus » (voir article), choisi d’entre les sept de la semaine, à cause de la Résurrection. L’Église de Troas se réunit alors pour faire des adieux à Paul (Actes 20.7). Dans 1 Corinthiens 16.2, c’est le dimanche que l’on met à part de quoi alimenter les collectes. Dans Apocalypse 1.9 on voit saint Jean sur le rivage de son îlot solitaire occupé à méditer, « au jour du Seigneur », à l’heure où, dans les églises d’Asie Mineure, les disciples se réunissaient : c’est la communion des âmes dans la communion du jour. En tout cas, Paul blâme les Galates (Galates 4.10) d’avoir admis l’observation « juive » des jours, ce qui pourrait signifier qu’ils avaient renoncé au jour de Jésus au profit du sabbat. Il ne peut pas toutefois y avoir eu d’obligation à choisir le dimanche : le Synode de Jérusalem (Actes 15), qui règle l’indispensable, ne dit mot des « jours » ; le privilège du sabbat juif était donc aboli, et celui du dimanche chrétien pas encore établi. Aux Romains (Romains 14.5) Paul concède qu’on peut faire ou ne pas faire de distinction entre les jours : « c’est pour le Seigneur Jésus qu’on use de cette liberté ». Mais c’est ce Nom-là qui nous semble suffisant pour légitimer le choix du dimanche comme jour principal de culte. Fixer un jour a des avantages matériels certains ; mais, là encore, la superstition s’en est mêlée ; pour trop de gens, un culte célébré pendant la semaine a moins de valeur que celui du dimanche. On va plus loin : pour les mêmes gens, le culte du matin a plus de valeur que celui du soir ; les hymnes bonnes « pour le soir » sont irrecevables le matin… Pour des spiritualistes, au contraire, « tout est à nous — les jours et les heures — et nous sommes au Christ et le Christ est à Dieu » (1 Corinthiens 3.22), formule libératrice et féconde, puisqu’elle tient compte des possibilités et des nécessités de la vie de la paroisse et de celle des âmes.
III
Que veut-on donc, en célébrant un culte public ? Plusieurs théories ont leurs partisans.
1.
La théorie symboliste. Il s’agit de « décrire » le drame du salut, chaque moment du culte reproduisant une étape nécessaire de la vie religieuse : repentance, foi, sanctification, espérance éternelle. Dans ce système, l’ordre des sujets est très important, mais, dans la mesure où il est fixé, il conduit à monotonie et usure ; l’âme s’habitue à ce cycle ; elle peut n’y participer que peu ou point, sans que le culte y perde, l’ordre étant observé. Le dernier mot de ce régime est la « messe basse », qui peut se célébrer par un officiant tout seul, sans assemblée ; les paroissiens « font dire » une messe sans y prendre part ; chez les protestants, tel exige qu’il y ait des cultes, mais n’y va point…
2.
La théorie pédagogique, voisine de la première. Le culte est une « leçon de religion » ; tout est fait dans la supposition que les assistants sont passifs, faute de piété éclairée et personnelle ; on les morigène ; l’officiant garde toujours tels quels les passages en « vous » (1 Corinthiens 1.3) ; il joue lui-même un rôle capital, gardien de la tradition et des idées reçues ; il a le ton d’un maître ; les fidèles n’ont qu’à « écouter avec attention et respect ». Le sermon instructif prend une importance telle qu’on dit : « aller au sermon » pour « aller au culte ». Dans les églises où il y a un « officiant laïc », maint paroissien s’arrange à n’arriver que pour le sermon, et s’en va, le discours fini ; et tel ministre qui succède au laïc lit la « salutation », comme si le culte ne commençait qu’à l’arrivée du ministre. Lorsqu’on parle du sermon, on dit : « M. X a fait un beau culte » ou, ce qui est pis, « le culte de M. Z… a été remarquable » (Jadis on distinguait entre le culte de Baal et celui de Jéhovah ; maintenant il faut y ajouter les innombrables illustrations de la chaire… ). Ces abus de langage en disent long sur l’idée qu’on se fait du culte chrétien : en réalité, le sermon n’est qu’une des parties du culte, il ne fait de bien que si le début et la fin du culte ont été célébrés avec la collaboration intérieure de l’assemblée entière.
3.
La théorie religieuse. Pour elle, le culte est fait pour exprimer les sentiments qu’éprouvent des croyants. Il est « fait pour les gens pieux, comme une kermesse pour les fêtards » (Schleiermacher). L’officiant devient alors le mandataire de ses compagnons de service ; il transpose en « nous » tout ce qui peut être donné comme voix de l’assemblée, selon Éphésiens 3.20, cf. Romains 16.25, 1 Corinthiens 1.3 ; Éphésiens 6.23 ; Philippiens 4.23 ; 2 Thessaloniciens 3.16 ; Hébreux 13.20 et suivant, 1 Pierre 5.10 ; Jude 1.24. Il joue un rôle de second plan ; il peut être un laïc aussi bien qu’un ministre ; sacrements et prédication sont confiés au croyant et non au fonctionnaire ; l’ordre des sujets traités importe moins que leur présence ; le culte dépend de la ferveur des fidèles. Les formules ont moins de crédit que les inspirations et les témoignages ; l’intérêt du culte et pour le culte se renouvelle de jour en jour.
Il va sans dire que tout exercice religieux aura des effets pédagogiques et une portée symbolique, en rappelant ce que les cœurs légers sont trop enclins à oublier. Il va sans dire aussi que l’institution d’officiants attitrés et bien formés est utile, à condition qu’ils soient des inspirés et non des esclaves d’une « lettre » et d’un système. Si, pendant cinquante ans, le « Désert » a vécu, jusqu’à l’arrivée de « ministres du culte », si les Quakers vivent depuis plus de deux cents ans sans aucun ministre du culte, c’est bien la preuve que le culte dépend du sens religieux des fidèles, officiants compris, et non de la présence d’un prêtre.
IV
Mais quels sont ces sentiments que le culte public est chargé d’exprimer de la part de tous ? Étant simples, ils se retrouvent à des degrés divers dans toutes les expériences chrétiennes ; le culte peut donc réunir des hommes de toute condition, dès qu’ils se sont donnés au Christ. Sans attribuer de valeur à l’ordre de leur énumération, comptons ici ces sentiments :
- La reconnaissance pour les dons multiples et divers, délivrances et bienfaits dont nous sommes l’objet, et, chez tous, pour le « don ineffable » de Jésus-Christ (2 Corinthiens 9.15) ; le fidèle vient au culte pour rendre grâces publiquement,
- La contrition, parce que, en regard de tant de bienfaits, la conscience nous oblige à nous confesser pécheurs ; la sainteté de ce Jésus nous condamne, et nous venons au culte pour déclarer nos fautes, pour nous fortifier dans les promesses de pardon et d’aide journalière en Jésus,
- La pitié pour les souffrants ; la conscience des obstacles dressés devant l’Église militante ; les intérêts du foyer, des amis, tout pousse un homme de cœur à faire des prières publiques ; le culte est le rendez-vous des intercesseurs, au nom de Jésus,
- L’ espérance éternelle leur est nécessaire ; le culte est le rendez-vous des pèlerins du ciel, au nom de la résurrection de Jésus ; c’est là que l’homme, en deuil est consolé par ses frères encore épargnés,
- Moins primitif, mais digne d’être satisfait, est le besoin de cohésion intellectuelle (credo) et d’unité dans l’action (programme social) ; le culte est le rendez-vous de ceux qu’animent une même pensée et un même travail chrétien.
Un mot semble manquer ici, celui d’Adoration (adorer = littéralement lever le visage vers quelqu’un). Il est certain que nous n’allons au culte que dans la persuasion d’y faire, en commun, « l’expérience de Dieu » (Spitta) ; ce Dieu est saint ; ses perfections sont innombrables. Adorer, c’est se rendre compte de cette sainteté et de cette perfection ; mais se bornera-t-on à ce genre d’extase ? Comment faire des cultes qui ne tiendraient aucun compte des cinq éléments ci-dessus esquissés ? L’adoration est moins un acte précis et limité, qu’une attitude générale, dont tout bénéficie quand elle existe, et dont tout pâtit quand elle manque. Sans l’adoration, qui dit : « Tout par grâce ! » la reconnaissance devient de la tenue de livres : « Tu as fait tant pour moi, j’ai fait tant pour toi, nous sommes quittes ! » (Genèse 28.20-22 ; Luc 18 : et suivant) ; avec elle, au culte, le cœur se remplit de gratitude et s’offre à tout service pour un Maître si bon. Sans l’adoration, la repentance devient terreur (Genèse 3.8 ; Genèse 4.13 ; Matthieu 27.3 ; Matthieu 27.6) ; avec elle, le pécheur vient au trône de grâce (Hébreux 4.15 ; Jean 1.47-50 ; Matthieu 26.75; Luc 23.40-42 ; Actes 9.6). Sans l’adoration, qui saisit l’infini des miséricordes du Père, la pitié se limite à quelques hommes, à une Église, à une race seulement ; avec elle, au culte, on sent que c’est sur la terre entière que doit venir le Règne (Matthieu 6.10 ; Philippiens 2.10 et suivant, etc.). Sans l’adoration, qui montre la Maison du Père, l’espérance retombe, le fidèle, volontairement privé des joies du monde, mais sans au-delà, est « le plus malheureux de tous les hommes » (1 Corinthiens 15.19) ; avec elle, au culte, chaque homme en deuil réapprend à chercher auprès de Dieu « ceux qui se sont endormis » les premiers (1 Thessaloniciens 4.13), on mesure quelle est la fin du chemin qui monte de la terre au Paradis… Sans l’adoration, enfin, le credo rend dur et le programme devient administratif ; avec elle, au culte, le credo se fait agent de liaison entre des frères, et l’action devient féconde.
Qui dira les bienfaits d’un tel culte pour qui adore ? Au lieu d’être une vaine cérémonie, il touche à tous les besoins essentiels de l’âme ; au lieu d’être parfois une heure d’école, dans la relation d’élèves maussades à professeur indifférent, il est une convocation fraternelle de cohéritiers du Christ, ministre et laïcs ne faisant qu’un. Qui se fatiguera de tels cultes ? Qui abandonnera les assemblées (Hébreux 10.25) ? C’est dans l’exercice de ce culte que, au nom de Jésus, nous refaisons l’expérience des privilégiés de l’Ancienne Alliance (Psaumes 16.11 ; Psaumes 42.3 ; Psaumes 42.5 ; Psaumes 43.4 ; Psaumes 122.1 ; Psaumes 133.1), qui connurent déjà des extases de joie ; nous nous préparons à rejoindre les croyants de l’Église primitive (Apocalypse 7.9 ; Apocalypse 7.17 ; Apocalypse 11.15-19 ; Apocalypse 15.2-8 ; Apocalypse 19.1-8 ; Apocalypse 21.22-27 ; Apocalypse 22.15) qui, martyrs aux jours mauvais ou bons serviteurs en temps propices, ont « gardé la foi » (2 Timothée 4.7) ; on disait d’eux : « Ils ont été avec Jésus » (Actes 4.13).
La question du culte ainsi posée, l’ordre des moments perd de son importance ; leur présence seule est nécessaire. Que la contrition doive toujours être en tête, voilà qui est inconcevable si le culte est la « fête des rachetés » (Spitta) ; mais que cette contrition pût y manquer serait une honte. Ce n’est pas dans le ciel seulement qu’il y a de la joie ; Jésus l’a donnée (Jean 15.11 ; Jean 16.24 ; Jean 17.13) sur la terre : il faut que le culte puisse débuter par elle… Pour exprimer ces besoins élémentaires, nous avons tout à disposition : prières, cantiques, lectures bibliques avec ou sans sermon, silences remplis de ce qui ne peut se dire, musique assez spirituelle pour se subordonner à la liturgie, tableaux et vitraux nés dans le cœur d’artistes chrétiens…
L’emploi de ces moyens expressifs, l’ordre de ces moments varient. Ne chanter jamais que deux fois, par exemple, serait tout aussi absurde que de chanter à chaque culte une kyrielle de cantiques. Renvoyer toujours l’intercession à la fin du culte, quand les participants sont fatigués ou inquiets de la durée de l’office, c’est compromettre la réalité de cette prière. Donner toujours la « louange » à un laïc, et lui refuser le droit de faire, parfois, les intercessions ou la confession des péchés, c’est priver le ministre de louer Dieu et le laïc de se faire l’avocat de ses frères et le messager de la grâce. Quand il s’agit de la vie de l’esprit, la rigidité n’est pas bonne conseillère. Mais, quel que soit le régime légal dans lequel nous devions célébrer nos cultes publics, ils seront un moyen de grâce, si c’est au nom de Jésus qu’on y convoque et accueille les hommes, pour faire de ces heures fugitives les haltes salutaires de notre vie spirituelle. « Lorsque les cœurs se convertissent au Seigneur Jésus, tout voile est ôté ; le Seigneur, c’est l’Esprit ; là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté. Nous tous qui, le visage découvert, contemplons dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme par l’Esprit du Seigneur. » (2 Corinthiens 3.16 ; 2 Corinthiens 3.18). Voir Adoration, Liturgie. Note. Cet article était achevé lorsque parut le tome II de l’ouvrage capital de R. Will, Le Culte, tome I, Strasbourg, 1925 ; tome II, Paris 1929). C’est à lui qu’on recourra si l’on veut une étude approfondie de l’histoire et de l’exercice du culte.
L. M.-S.
Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com
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