Dictionnaires bibliques
Feu
Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Feu », un article après l’autre.
Dictionnaire de la Bible (Bost)
Il était défendu aux Israélites d’allumer aucun feu dans leurs maisons le jour du sabbat (Exode 35.3), pour aucun des besoins du ménage, four, cuisine, etc. quoiqu’il soit permis de croire que la même défense ne s’étendît pas jusqu’au besoin de se préserver du froid dans la saison plus rigoureuse. Un feu éternel devait brûler sur l’autel des holocaustes (Lévitique 6.13), institution symbolique destinée à rappeler le feu dont doivent brûler pour le service du Très-Haut les cœurs de ses vrais adorateurs, destiné à rappeler aussi le sacrifice perpétuel qui devait être offert en expiation jusqu’au jour où la grande Victime aurait été offerte une fois pour toutes. L’antiquité païenne a connu ce symbole ; on se rappelle le feu de Vesta, et l’église romaine l’a conservé dans ses lampes éternelles. Si quelqu’un, dans un but ou dans un autre, avait allumé du feu dans un champ, peut-être pour le purifier, en en brûlant les mauvaises herbes, et que le feu s’étendît hors du champ et eût consumé le blé d’un champ voisin, celui qui avait fait le feu était responsable du dommage (Exode 22.6). Outre ces détails qui nous sont fournis par la loi mosaïque, il est question du feu dans un certain nombre de passages, soit en parlant de Dieu qui est appelé un feu consumant (Deutéronome 4.34), soit en parlant des messagers de Dieu qui sont comparés à des flammes de feu (Psaumes 104.4), soit enfin en parlant des peines de l’hadès (Matthieu 25.41).
Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com
L’article dans BostDictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)
Dieu a souvent apparu dans le feu, et environné de feu, comme lorsqu’il se fit voir dans le buisson ardent, et qu’il descendit sur le mont Sinaï, au milieu des flammes, des tonnerres et des éclairs. Le feu est un symbole de la divinité. Votre Dieu est un feu brûlant, dit Moïse (Deutéronome 4.24). Il se fait voir à ses prophètes Isaïe, Ézéchiel et à saint Jean, au milieu du feu. Le Psalmiste nous décrit le chariot de Dieu tout enflammé (Psaumes 18.9-10). Dieu nous menace de venir au milieu du feu, à son second avènement. Daniel (Daniel 7.10) dit qu’il sort de sa face un fleuve de feu brûlant et rapide. La colère de Dieu est comparée au feu, et les effets de sa colère, qui sont la guerre, la famine et les autres fléaux, sont désignés sous la même idée. Le feu est souvent mis pour la foudre, le tonnerre, le feu du ciel.
Les anges mêmes, comme ministres du seigneur, sont comparés à un feu ardent (Psaumes 104.4). Le Seigneur, ou son ange représentant sa majesté, conduit les Israélites dans leur voyage du désert, sous la forme d’une colonne de feu (Exode 12.21), qui les éclaire pendant la nuit ; le feu du ciel tomba souvent sur des victimes immolées au Seigneur, pour marque de son approbation et de sa présence. On croit que c’est ainsi que Dieu témoigna approuver les sacrifices d’Abel (Genèse 4.4). Lorsque Abraham fit alliance avec le Seigneur (Genèse 15.17), un feu pareil à celui d’une fournaise passa au milieu des victimes partagées, et les consuma. Le feu tomba sur les sacrifices que Moïse immola à la dédicace du tabernacle (Lévitique 9.24), et sur celui de Manoé père de Samson (Juges 13.19-20), et sur celui de Salomon, à la dédicace du temple (2 Chroniques 7.1), et sur celui d’Élie au mont Carmel (1 Rois 18.38), et enfin sur celui de Néhémie, au retour de la captivité (2 Machabées 1.19).
On conservait dans le temple, sur l’autel des holocaustes, un feu perpétuel (Lévitique 6.12), que les prêtres avaient soin d’entretenir, en y brûlant continuellement du bois. Lorsque Nabuchodonosor prit Jérusalem, le prophète Jérémie prit ce feu sacré et perpétuel (2 Machabées 1.19, 20), et accompagné de quelques autres prêtres, le cacha dans une citerne où il n’y avait point d’eau. Au retour de la captivité, Néhémie ayant envoyé les petits-fils des prêtres qui avaient caché ce feu, pour le chercher ; au lieu de feu, ils lui apportèrent de l’eau boueuse, et l’ayant répandue sur l’autel, il en sortit incontinent un feu très-clair, qui consuma les victimes qui y étaient.
Outre ce feu sacré qui s’entretenait sur le grand autel des holocaustes, il y avait dans le temple plusieurs cuisines (Ézéchiel 46.23-24), pour y cuire la viande destinée à la nourriture des prêtres, et celles des victimes pacifiques que le peuple offrait, et qu’il mangeait dans le parvis du temple en la présence du Seigneur. Pour suffire à l’entretien de tous ces feux, on apportait au temple une grande quantité de bois, et l’on avait institué à cet effet une espèce de fête, nommée Xylophoria, dans Josèphe.
Les anciens Chaldéens adoraient le feu, aussi bien que les anciens Perses et quelques autres peuples de l’Orient. Plusieurs ont cru qu’Abraham avait été jeté dans le feu, pour n’avoir pas voulu adorer cet élément. C’est ce que saint Jérôme a voulu insinuer, lorsqu’il a dit que Dieu avait tiré ce patriarche du feu des Chaldéens, au lieu de dire qu’il l’avait fait sortir de la ville d’Ur en Chaldée. Nabuchodonosor fit jeter dans une fournaise ardente les trois compagnons de Daniel, parce qu’ils refusaient d’adorer une statue qu’il avait érigée (Daniel 3.11-13) mais Dieu sut les garantir de l’effet du feu ; la flamme ne les endommagea pas.
Le feu de l’enfer
Est désigné d’une manière assez claire dans l’Ancien Testament. Moïse invectivant contre les Israélites rebelles au Seigneur, leur dit (Deutéronome 32.22) : Un feu s’est allumé dans ma fureur, et il brûlera jusqu’au fond de l’enfer : il dévorera la terre et toutes ses plantes, et consommera jusqu’aux fondements des montagnes. Voilà le feu de l’enfer, et le lieu du supplice des méchants placé au plus profond de la terre. Isaïe est encore plus exprès (Isaïe 33.14) : Qui de vous pourra habiter dans un feu dévorant ? Qui de vous demeurera dans ces ardeurs éternelles ? Et ailleurs : (Isaïe 64.24) Les cadavres de ces hommes qui m’ont manqué de fidélité, seront livrés à un ver qui ne mourra point, et à un feu qui ne s’éteindra point. Et l’Ecclésiastique : La vengeance que Dieu exercera contre l’impie, sera le ver et le feu. Voyez aussi (Job 20.26 ; 24.19).
Le Sauveur dans l’Évangile (Matthieu 9.24) s’est servi de la même similitude pour marquer le supplice des damnés. Il parle aussi souvent du feu éternel, qui est préparé au diable, à ses anges et aux réprouvés (Matthieu 25.41). Et saint Jude (Jude 7) dit que Sodome et Gomorrhe et les villes voisines, qui se sont portées à abuser d’une chair étrangère, sont proposées comme un exemple du feu éternel, par la peine qu’elles ont soufferte. Il est inutile d’entasser d’autres passages pour le Nouveau Testament, puisque tout le monde convient que le feu éternel qui doit consumer les méchants, y est très-clairement marqué. Saint Jean dans l’Apocalypse (Apocalypse 20.14-15), vit un étang de feu, où la bête et son faux prophète avaient été jetés, et qui étaient le partage des infidèles, des abominables, des homicides ; enfin ce feu est le symbole ordinaire de la vengeance de Dieu sur les méchants.
Mais savoir si cela doit s’entendre d’un feu élémentaire et matériel, ou d’un feu métaphorique ; d’un ver ordinaire vivant et sensible, ou d’un ver allégorique et figuré ; en un mot, si le feu d’enfer ne consiste que dans une douleur vive, cuisante, et le ver dans le remords et le désespoir des damnés, c’est sur quoi les docteurs et les Pères sont partagés. Origène en plus d’un endroit a enseigné que les flammes de l’enfer, aussi bien que le ver des damnés, n’étaient point réelles. Saint Ambroise enseigne la même chose. Ce feu, ajoute-t-il, n’est autre que la douleur des péchés ; ce ver n’est autre que le remords de la conscience. Saint Jérôme reconnaît que c’est le sentiment de plusieurs, que le feu qui brûle les damnés n’est que le déchirement et les peines de leur conscience. Saint Grégoire de Nysse est exprès pour ce sentiment, et saint Jean Damascène dit nettement que ce n’est point un feu matériel ; qu’il est fort différent de notre feu ordinaire, et que les hommes ne savent guère ce que c’est. Ce sentiment est encore aujourd’hui assez commun chez les Grecs ; et au concile de Florence, ils soutinrent que le feu du purgatoire n’était point un feu vrai et réel.
Mais dans l’Église latine le sentiment le plus commun et le plus suivi, est que les damnés sont tourmentés d’un feu réel, qui les brûle très-véritablement, et qu’ils sont rongés d’un ver matériel et sensible, qui ne meurt point. Saint Augustin ne se contente pas de proposer nûment là-dessus ce qu’il pense, il prévient l’objection qui nous vient naturellement dans l’esprit sur ce sujet. Car enfin comment une âme qui est une substance spirituelle, peut-elle donner prise à un feu élémentaire ou à un ver vivant et matériel ? Saint Augustin répond : Pourquoi ne le croirions-nous pas des âmes séparées du corps, puisque l’esprit de l’homme, qui n’est certainement pas corporel, éprouve actuellement la peine du feu ? Car enfin ce n’est pas le corps qui souffre la chaleur, ni le froid, ni la douleur ; c’est l’âme qui est attachée au corps. Et pourquoi les démons et les âmes des damnés ne seraient-elles pas inséparablement attachées au feu qui les brûle, et au ver qui les ronge, de même que notre âme est unie à notre corps ; avec cette différence toutefois, que nos âmes donnent la vie à notre corps, au lieu que les feux dont nous parlons ne causent que des tourments aux démons et aux damnés ?
Saint Cyprien nous représente l’enfer comme un gouffre fumant, qui renferme un feu actif et dévorant. Saint Chrysostome nous y décrit des fleuves de flammes et des flots de feu qui enveloppent et qui brûlent les damnés sans les consumer. Saint Jérôme reconnaît que dans l’enfer il y a deux supplices très-réels, d’un froid excessif et d’un feu brûlant : et l’auteur imprimé sous son nom, sur le livre de Job, dit que le feu de la géhenne n’est pas un feu ordinaire, qui ait besoin d’aliment pour s’entretenir, mais qu’il s’entretient de lui-même. Saint Grégoire le Grand dit la même chose d’une manière très-précise. Dans le quatrième livre de ses Dialogues il inculque la même doctrine, et raisonne a peu près comme saint Augustin, sur la manière dont le feu corporel agit sur l’âme dégagée de la matière. La plupart des scolastiques ont adopté ce dernier sentiment, qui est presque universel dans l’Église latine.
Le Fils de Dieu dit qu’il a apporté le feu sur la terre, et qu’il ne désire autre chose sinon qu’il soit allumé (Luc 12.49). Il est venu baptiser par le Saint-Esprit, et par le feu (Matthieu 3.11). Pour vérifier cette prédiction il a envoyé le Saint-Esprit sur ses disciples en forme de langues on d’étincelles de feu (Actes 2.3).
Le feu doit un jour consumer le monde, selon saint Pierre (2 Pierre 3.10-12). Et encore : Les cieux et la terre d’à présent sont réservés pour être brûlés par le feu. Saint Paul (2 Thessaloniciens 1.7-8) assure que Jésus-Christ viendra au milieu des flammes exercer sa vengeance contre ceux qui ne connaissent point Dieu. Et ailleurs (1 Corinthiens 3.13) : Le jour du Seigneur fera voir quel est l’ouvrage de chacun, parce qu’il sera dévoré par le feu, et le feu mettra à l’épreuve l’ouvrage de chacun. Le Psalmiste décrivant la venue du Seigneur dans son jugement, dit (Psaumes 97.3-5) : Le feu marchera devant lui, et il embrasera autour de lui tous ses ennemis. Les foudres ont paru sur la terre, la terre les a vus, et en a été troublée. Les montagnes se sont fondues comme la cire devant le Seigneur, etc.
Les profanes ont eu quelque connaissance de cette vérité ; soit qu’ils l’aient apprise par le commerce des Hébreux, ou par la lecture des livres saints, soit que ce soit là une de ces vérités qui se sont conservées par la tradition parmi toutes les nations, soit enfin que le raisonnement et la connaissance qu’ils ont eue des éléments et de l’état de la terre, leur ait fait comprendre qu’un jour le monde devait finir par le feu. Josèphe remarque comme une ancienne tradition, que dès avant le déluge les enfants de Seth ayant appris d’Adam que le monde devait périr premièrement par l’eau, et ensuite par le feu, voulurent conserver à la postérité les découvertes qu’ils avaient faites dans l’astronomie, les gravèrent sur deux colonnes, l’une de pierre pour résister à l’eau, et l’autre de brique pour résister au feu ; qu’ils placèrent ces deux colonnes dans la Syriade, et que de son temps on voyait encore la colonne de pierre.
Je n’examine point ici la vérité de cette tradition, mais il est bien certain que longtemps avant Josèphe, les philosophes grecs croyaient que le monde finirait par le feu. Héraclite tenait ce sentiment, et disait qu’après avoir passé par les flammes, il renaîtrait du milieu du feu. Les stoïciens soutinrent dans la suite cette opinion. Cicéron l’a bien marquée dans ses livres de la Nature des dieux qu’après cet embrasement, le monde, qu’ils tenaient pour un dieu et pour un animal vivant, se renouvellerait.
Ovide parle aussi de cette ancienne tradition, qui croyait que le monde serait un Jour consumé par les flammes. Lucain en parle de même ; il dit à César qu’il est inutile de s’affliger pour n’avoir pas brûlé les corps des soldats tués à la bataille de Pharsale ; que le temps viendra qu’ils seront consumés par le feu avec le reste du monde.
On peut voir notre dissertation sur la fin du monde, dans notre commentaire sur saint Paul.
Feu éternel adoré par les Perses. Voyez ci-après Zoroastre et Zabiens. Les mages disaient que ce feu leur était venu du ciel, et que c’était pour cela qu’ils le gardaient si religieusement. Les rois de Perse ne marchaient point sans qu’on portât devant eux une portion du feu sacré. On peut voir dans Quinte-Curce avec quelles cérémonies cela se pratiquait. Tout cela paraît être inventé des Hébreux,
Qui entretenaient sur l’autel des holocaustes un feu éternel, qui était venu du ciel sur les premières victimes qui avaient été immolées par Aaron et par ses fils sur l’autel du tabernacle (Lévitique 9.24). Il n’est pas certain que la loi qui commande de conserver un feu perpétuel sur l’autel, se soit observée dans le désert, où le peuple était obligé de camper souvent et d’être longtemps en marche.
Maimonide croit qu’on entretenait trois feux sur l’autel des holocaustes ; l’un sur lequel on brûlait l’holocauste de tous les jours, et les victimes qui s’immolaient. Le second fournissait des charbons pour brûler de l’encens dans le Saint sur l’autel d’or. Le troisième brûlait toujours, pour accomplir la loi qui veut qu’il y ait toujours du feu allumé sur l’autel du Seigneur. Quelques rabbins enseignent qu’il n’était pas besoin de mettre du bois sur le feu de l’autel, que si l’on y en mettait, c’était plutôt pour cacher le miracle, que par aucune nécessité.
Feu, supplice du feu. Voyez Supplices.
Feu (Temples du).
Les Hébreux prévaricateurs élevèrent des temples destinés au culte du feu. Voyez sur ce sujet une dissertation de l’abbé Arri, intitulée Essai philologique et historique sur les temples du feu mentionnés dans la Bible, et insérée dans les Annales de philos chrét., tome 14 page 27.
Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com
L’article dans CalmetDictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)
Le feu et la flamme sont cités plus d’un millier de fois dans la Bible.
I Sens littéral
1. Dans la nature
Il apparaît d’abord comme l’éclair (voir ce mot), appelé le feu de Dieu (Job 1.16), le feu du ciel envoyé par Jéhovah (Exode 9.23 et suivant). Maître de l’orage comme de la nature (Psaumes 18.13-15), l’Éternel peut faire tomber une pluie de feu et de soufre (Genèse 19.24 et suivant), et se servir des flammes aussi bien que du vent (Psaumes 104.4, Lettre de Jérémie 63) ; parmi ses œuvres admirables, le soleil aussi est célébré comme un feu (Siracide 43.2-4). La Révélation biblique du Dieu unique, personnel, moral et tout-puissant, n’a pas de place pour le culte du feu, qui joua un si grand rôle dans les Védas de l’Inde, plus encore dans le mazdéisme perse de Zoroastre, et qui dans le panthéon gréco-romain fut rattaché aux divinités Hestia-Vesta et Héphaïstos-Vulcain ; Sagesse 13.2 cite le feu parmi les objets des idolâtries humaines. La Révélation n’a pas davantage de place pour une explication mythologique de l’origine du feu dans l’humanité, analogue à la fable de Prométhée, qui l’aurait dérobé au dieu des dieux, Zeus foudroyant : la vision de Apocalypse 13.13 ne doit même pas faire allusion à ce mythe, mais plus simplement aux sorciers orientaux qui se prétendaient maîtres de faire tomber la foudre. La Bible n’est pas un livre scientifique et ne parle pas de la conquête du feu par l’homme, qui dut consacrer définitivement sa domination sur les animaux. Si la possession du feu est supposée pour la fabrication d’instruments d’airain et de fer sur la forge (Genèse 4.22), puis impliquée pour les holocaustes offerts par Noé (Genèse 8.20), il n’est spécifié ni comment on le produisait, ni comment on le transportait (Genèse 22.6 et suivant) ; probablement le conservait-on à l’état de braises. Ce n’est que dans les livres apocryphes qu’est mentionné un feu « fait avec des pierres » (2 Macchabées 10.3), c’est-à-dire produit par le choc des silex.
2. Dans la vie quotidienne
Le feu sert couramment à la cuisson des aliments (Exode 12.8 et suivant, 2 Chroniques 35.13 ; Jean 21.9, etc.), au chauffage et à l’éclairage (Ésaïe 44.16 ; 1 Macchabées 12.29 ; Judith 7.5 ; Judith 13.13 ; Marc 14.54 ; Actes 28.2 etc.) ; la législation sacerdotale interdit d’allumer ces feux domestiques le jour du sabbat (Exode 35.3), défense qui fut renforcée par les rabbins. Dans les demeures aisées il s’agissait ordinairement d’espèces de brasiers portatifs ; les pauvres se contentaient de brûler leur combustible dans un creux du sol battu : on comprend qu’ait pu souvent y tomber l’enfant sujet aux crises ; voir (Marc 9.22) Charbon, Chauffage. Le feu sert aussi à la fabrication des métaux, pour les fondre, forger, affiner, etc. (Exode 32.21 ; Jérémie 6.29 ; Malachie 3.2 et suivant ; Siracide 38.28) ; voir Fondeur.
3. Comme agent de destruction
Le feu n’est pas moins employé ; on a recours à lui pour faire disparaître bien des objets encombrants, malsains ou indésirables : mauvaises herbes, broussailles, débris végétaux (Matthieu 6.30 ; Matthieu 13.30; Luc 3.17) ; mais il faut prendre garde aux risques d’incendie (Exode 22.6 ; Juges 9.15 ; Ésaïe 5.24 ; Jacques 3.6). Il anéantit les détritus animaux des sacrifices ou des maladies (Exode 12.10 ; Lévitique 4.11 ; Lévitique 8.17 ; Lévitique 9.11 ; Lévitique 13.52) ; mais les Israélites ne brûlaient pas les cadavres : le cas de Saül (1 Samuel 31.12) est exceptionnel, Amos 2.1 dénonce cette pratique en Moab, et Amos 6.10 est un texte fort obscur. Le feu consume les livres condamnés (Jérémie 36.23, 1 Macchabées 1.56, Actes 19.19), et surtout les idoles et les images taillées (Exode 32.20 ; Deutéronome 7.5 ; Deutéronome 7.25 ; Deutéronome 12.3 ; 2 Rois 23.4 et suivants, etc.).
Le feu est une des armes principales des guerres, en particulier des sièges ; on y fait brûler : portes (Juges 9.52 ; Néhémie 1.3, 2 Macchabées 14.41 etc.), tours et forteresses (Juges 9.19, 2 Macchabées 10.36), chars (Josué 11.9), palais (Jérémie 17.27), temple (2 Rois 25.9), villes (Josué 6.24 ; Juges 18.27, Ésaïe 1.7, 1 Macchabées 1.31 ; 1 Macchabées 16.10 etc.), tellement que le feu devient une figure de la guerre dévastatrice (Ésaïe 10.17 ; Ésaïe 26.11, Baruch 4.35, etc.) et des maux qu’elle provoque (Joël 2.30 ; Apocalypse 8.7 etc.). Les « machines pour lancer le feu et des pierres » sont citées dans 1 Macchabées 6.51 ; le javelot incendiaire, dans Éphésiens 6.16 (cf. Sagesse 5.21).
Le supplice du feu était prévu par la loi pour certains crimes abominables ; voir (Lévitique 20.14 ; Lévitique 21.9 ; Josué 7.16) Crimes, délits et peines. Il est quelquefois infligé à des Juifs par leurs persécuteurs (Daniel 3, 2 Macchabées 7.6).
Le feu qui consume est présenté plusieurs fois comme peine infligée par Dieu (Genèse 19.24, cf. Sagesse 10.6 et Luc 17.29 ; Exode 9.23, cf. Sagesse 16.16 ; Nombres 11.1-3, etc.) ; le Dieu qui punit ainsi est un feu consumant (Deutéronome 4.24). Mais lorsque deux apôtres, pensant à l’exemple d’Élie (2 Rois 1.10 et suivants), proposent à Jésus de foudroyer les Samaritains inhospitaliers, le Seigneur les réprimande (Luc 9.54 et suivant) ; à Élie lui-même l’Éternel avait un jour montré qu’il n’est pas dans le feu (1 Rois 19.12).
4. Dans les sacrifices
En Israël comme chez presque tous les peuples primitifs, « l’union mystérieuse de la flamme, au pouvoir consumant, et de la fumée qui monte en spirales vers le ciel, présente à elle seule tout un culte en action. C’est l’offrande et c’est la prière » (Alexandre Westphal, Sources). Le feu consume sur l’autel soit les végétaux préparés pour l’oblation (Lévitique 2.2 ; Lévitique 2.9 ; Lévitique 2.16), soit les animaux de l’holocauste — combustion totale — (Exode 29.18 ; Lévitique 1.9 etc.), soit certaines parties d’animaux ; voir (Lévitique 3.3 ; Lévitique 4.8-10 etc.). Sacrifices. Plusieurs fois, la combustion spontanée de l’offrande par le feu de l’Éternel est le signe de sa réponse favorable (Genèse 15.17 ; Lévitique 9.24 ; Juges 6.21 ; 1 Rois 18.24 ; 1 Rois 18.38). La loi sacerdotale juive, tout en excluant absolument le culte du feu, prescrit comme un symbole la règle qui s’impose à ses adorateurs (Vestales, etc.) d’entretenir continuellement le feu sacré de l’autel (Lévitique 6.13) ; l’Église catholique romaine et l’Église grecque orthodoxe ont conservé ce rite, et elles célèbrent le matin du samedi saint la bénédiction du « feu nouveau », qui est ordinairement l’attristante occasion, au Saint-Sépulcre de Jérusalem, de batailles invraisemblables entre les représentants des diverses confessions. Un historien de la première croisade, Foucher de Chartres, prétend que le jour de Pâques 1101 le feu de l’autel s’y alluma miraculeusement. Dans 2 Macchabées 1.19-36, le naphte est présenté comme une eau épaisse en laquelle se serait mué le feu de l’autel caché par les prêtres, et qui, versée de nouveau sur l’autel, des années après, se serait aussitôt enflammée.
L’interprétation du feu étranger (Lévitique 10.1 ; Nombres 3.4 ; Nombres 26.61) est très discutée ; il s’agit probablement, d’après Bible du Centenaire, d’un sacrifice par le feu entaché d’irrégularité, par exemple offert en dehors des heures prescrites.
Quant à l’expression : faire passer par le feu ses fils et ses filles, elle désignait la pratique courante en Canaan des holocaustes d’enfants offerts à Baal et à Moloch, pratique qui sous la royauté fut imitée en Israël quoique interdite par la loi (Deutéronome 18.10 ; 2 Rois 16.3 ; 2 Rois 17.17 ; 2 Rois 21.6 ; 2 Rois 23.10 ; Jérémie 7.31)
II Sens symbolique
1. Théophanies
Ce sont des manifestations visibles de Dieu (voir ce mot) ; on les décrit ordinairement comme accompagnées de flammes (Exode 3.2 ; Actes 7.30 etc.), symbole de sa présence sainte (Deutéronome 4.11 ; Deutéronome 5.5 ; Deutéronome 5.22-26) ; glorieuse (Exode 24.17 ; Daniel 7.9 et suivants), protectrice (Exode 13.22 ; Exode 40.38 ; Psaumes 78.14), de son ubiquité (Ézéchiel 1.13 et suivant), ou bien de sa parole menaçante (Jérémie 23.29) et de sa colère contre le péché (Deutéronome 4.24 ; Amos 5.6 ; Jérémie 4.4 ; Psaumes 89.47 ; Hébreux 12.29 etc.). On a vu plus haut des exemples non pas seulement symboliques mais matériels de châtiments par le feu de l’Éternel (paragraphe 3). Les yeux du Seigneur glorifié sont comparés à une flamme de feu (Apocalypse 1.14 ; Apocalypse 2.18 ; Apocalypse 19.12), emblème de sa toute-science qui pénètre partout ; (cf. Apocalypse 2.23) la vision de Daniel 10.6 qui a inspiré ce détail a aussi inspiré l’image des colonnes de feu dans Apocalypse 10.1. Voir encore le tableau du trône de feu du Seigneur et du torrent de feu qui en jaillit (Daniel 7.9 et suivant).
2. Le Saint-Esprit
Comme l’Esprit de Dieu dans l’Ancien Testament, le Saint-Esprit est quelques foiss représenté dans le Nouveau Testament sous l’emblème du feu : Jean-Baptiste désigne ainsi la puissance de renouvellement intérieur par laquelle le Seigneur va venir compléter l’effet du baptême d’eau qu’il administre en simple précurseur (Matthieu 3.11; Luc 3.16). L’effusion du Saint-Esprit le jour de la Pentecôte est accompagnée du signe visible de « langues séparées qui semblaient de feu » (Actes 2.3), c’est-à-dire ayant la forme de petites flammes : symbole d’un don approprié à chacun, mais de même nature pour tous. Ce peut être ici le lieu de citer la parole attribuée à Jésus par Origène : « Qui est près de moi est près du feu ; qui est loin de moi est loin du Royaume. » (Homélie sur Jérémie 20.3)
3. Purification
De même que le feu affine les métaux précieux (ci-dessus, I, 2), ainsi la souffrance est destinée à épurer, à éprouver la foi comme l’or ou l’argent (Zacharie 12.9 ; Siracide 2.5, 1 Pierre 1.7 ; Apocalypse 3.18), ce qui donne toute sa valeur au terme d’« épreuve » Jacques 1.2, etc.) et à l’image du creuset (Psaumes 26.2 ; Ésaïe 48.10 ; Ézéchiel 22.18-22 ; Daniel 11.35 ; Daniel 12.10). C’est probablement un sens analogue que comporte la déclaration de Jésus : « Chacun sera salé de feu » (Marc 9.49), allusion au sel obligatoire dans les sacrifices d’oblation, car c’est « le signe de l’alliance avec ton Dieu » (Lévitique 2.13) ; il s’agit sans doute de la discipline spirituelle en ce monde, qui sauve le fidèle du feu de la géhenne en l’autre monde (Marc 9.43 ; Marc 9.46 ; Marc 9.47). Le feu que le Seigneur est « venu jeter sur la terre » représente aussi à certains égards une purification dans ce monde, où sa présence provoque inévitablement la séparation entre ceux qui se déclarent pour lui ou contre lui (Luc 12.49 et suivants). Quand l’apôtre Paul parle d’être « sauvé, mais comme au travers du feu » (1 Corinthiens 3.15), il parle d’échapper au jugement mais non sans avoir subi quelque dommage (comparez Jude 1.23, et « le tison arraché du feu »: Amos 4.11 ; Zacharie 3.2). Ces trois derniers passages introduisent l’aspect complémentaire, qui est le plus fréquent, de l’image du feu :
4. Châtiment
Tels les végétaux inutiles ou nuisibles, destinés à être brûlés (Matthieu 3.10 ; Matthieu 7.19 ; Jean 15.6), tels les méchants, les pécheurs, les rebelles à l’égard de Dieu, sont destinés au feu du jugement (Psaumes 68.8 ; Psaumes 68.9 ; Ésaïe 47.14 Siracide 21.9 ; Judith 16.17 etc.), à la « fournaise ardente », littéralement « de feu » (Matthieu 13.43-50), à la « géhenne de feu » (Matthieu 5.22 ; Matthieu 18.9 ; Marc 9.43 et suivants), au « feu éternel » (Matthieu 18.8 ; Matthieu 25.41 ; Jude 5.7), au « feu qui ne s’éteint point » (Matthieu 3.12, cf. Ésaïe 66.24), au « feu ardent dévorant » (Hébreux 10.27), aux « flammes de feu » qui sont l’attribut du Seigneur Juge (2 Thessaloniciens 1.7 et suivants), à « l’étang ardent de feu et de soufre » (Apocalypse 19.20, cf. Apocalypse 17.16 ; Apocalypse 18.8, etc.). C’est naturellement un élément essentiel des tableaux apocalyptiques du jugement final, qu’on retrouve presque à chaque page du Pseudépigraphe Esdras, du livre d’Hénoch, etc. Voir Géhenne, Eschatologie, etc.
5. Émotions et sentiments humains
Diverses comparaisons sont entrées dans le langage ordinaire, où le feu est pris soit en bonne part soit en mauvaise part ; le point d’analogie est son caractère irrésistible, et parfois destructeur : le cœur et les pensées qui obligent à parler (Psaumes 39.4), l’inspiration que le prophète né peut contenir (Jérémie 20.8), l’amour indomptable (Cantique 8.6) ont la puissance d’un feu intérieur ; mais sont aussi comme un feu qui brûle et dévore : mauvaises passions (Siracide 9.8), méchanceté (Ésaïe 9.17), langue malveillante (Jacques 3.5), violence, mendicité, persécutions (Siracide 28.10 ; Siracide 40.30 ; Siracide 51.4), etc.
On voit combien le Siracide a raison de parler du feu comme Ésope de la langue, lorsqu’il le cite d’abord parmi « les choses les plus nécessaires à la vie de l’homme », puis parmi celles qui ont été « créées pour la punition » (39.26-29). Au point de vue matériel et au point de vue spirituel, en Dieu comme en l’homme, il y a un feu bienfaisant et un feu dévorant.
Jean Laroche
Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com
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