Dictionnaires bibliques

Ange

Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Ange », un article après l’autre.

Dictionnaire de la Bible (Bost)

Nom générique donné aux intelligences célestes par qui Dieu exécute une partie de ses desseins, et qui sont toujours prêts à lui obéir. Tous les peuples qui ont eu l’idée d’un esprit souverain y ont joint celle d’esprits subalternes ou génies. Il y a, en effet, lieu de supposer entre nous et la divinité une vie plus relevée que celle dont nous vivons ici-bas, une nature plus subtile, plus puissante, plus accomplie. De là, dans le monde païen, l’idée de ses demi-dieux dont il a peuplé l’espace, inventant jusqu’à des êtres protecteurs de peuples, de familles, même d’individus. La révélation est remarquable dans la pureté des conceptions qu’elle nous offre sous ce rapport, repoussant comme indigne en elle-même l’idée de dieux imparfaits, mais justifiant celle d’esprits supérieurs à nous, et qui animent ce monde immense encore caché à nos regards ; elle place leur création au-dessus de l’origine de notre présent monde, et en distingue de bons et de mauvais (Job 38.7 ; Jean 8.44 ; Genèse 3.4 ; 1 Jean 5.18 ; 2 Pierre 2.4 ; Jude 1.6).

Les bons sont représentés comme plus élevés en intelligence, en force, en bonté, et par cela même en bonheur. Ils sont classés parmi les choses invisibles qui font aussi partie de la création (Colossiens 1.16 ; Hébr. 1.14 ; Luc 24.39 ; 1 Corinthiens 15.42-50 ; Matthieu 28.3 ; Marc 16.5 ; Luc 1.11 ; 2.9 ; 24.23 ; Actes 1.10 ; 6.15 ; 12.7 ; 2 Corinthiens 11.14 ; Apocalypse 1.20 ; Ésaïe 6.1 ; etc.). Leur désignation commune de messagers ne renferme ni attribution de divinité, ni droit à aucun culte ; ils sont comme les hommes, serviteurs dans le royaume et pour la loi, mais occupant un rang plus élevé. Ils sont appelés l’armée des cieux (Luc 2.13) ; gardiens (Daniel 4.13-14) ; fils de Dieu (Job 1.6) ; élus (1 Timothée 5.21) ; saints (Luc 9.26 ; Daniel 4.13). Ils paraissent classés en catégories variées : les séraphins (Ésaïe 6.2-6) ; les chérubins (Ézéchiel 10.1). Leurs rôles sont assignés (Exode 32.34). Enfin ils sont représentés comme ayant un corps (Juges 13.3, cf. v. 6). Leur armée est immense, et les divers noms qui leur sont donnés font supposer qu’il y a diversité de rangs parmi eux (Psaumes 68.17 ; Daniel 7.10 ; Matthieu 26.53 ; Colossiens 1.16 ; Apocalypse 5.2). Car, même en admettant que ces noms soient le fruit d’une tradition babylonienne, ils sont consacrés dès qu’ils sont reçus par les écrivains inspirés, et par les anges eux-mêmes. L’Écriture établit une grande liaison entre le monde invisible et le nôtre, liaison qui a été plus fréquente dans ses manifestations jusqu’à l’établissement complet de l’Église, et qui subsiste, quoique cachée, jusqu’à la fin (Hébreux 1.14). Quand tout ce qui est caché sera mis en évidence, et que le règne de Dieu prévaudra complètement, alors l’apparition des anges redeviendra un signe de communication libre entre les cieux et la terre (Matthieu 13.41-49 ; 16.27 ; 24.31 ; 23.31 ; 1 Thessaloniciens 4.16 ; 2 Thessaloniciens 1.7).

Quant aux anges déchus, leur histoire est et sera toujours une énigme pour nous jusqu’au jour où nous connaîtrons parfaitement. La possibilité de la chute finale d’êtres aussi excellents et aussi élevés, devait entrer dans le dessein primitif de leur Créateur, et nous lisons en Job 4.18 : « Il met, ou il a mis de l’imperfection dans ses anges ». C’est la vraie traduction du passage. La question de cette chute se lie, du reste, à celle de l’origine du mal dans le monde, et nous ne pouvons l’examiner ici. Il reste seulement que l’œuvre de Dieu étant harmonique, il n’a pu créer deux principes contraires et hostiles : les anges déchus, comme tels, n’appartiennent pas à la création ; leur existence tient à leur péché qui fut peut-être l’orgueil, et notre raison ne peut rien alléguer contre la possibilité d’une condition telle que ces anges en soient sortis par un usage plein, outré, poussé jusqu’à l’abus, de leur propre gloire ; et comme parmi les hommes on voit celui qui est tombé chercher à entraîner les autres et, devenu séducteur, devenir ensuite persécuteur des bons qui résistent à son action funeste, on peut concevoir qu’une réaction semblable ait eu lieu chez ces grandeurs déchues et qu’elles cherchent maintenant à nous entraîner avec elles. Leur caractère est tracé dans ces paroles : « séduisant et étant séduits ».

Des apparitions d’anges dans le Nouveau Testament se lisent (Matthieu 1.20-21 ; 2.13-19 ; 4.11 ; Luc 1.11ss ; 2.9ss ; 22.43 ; 24.23 ; Actes 1.10-11 ; 5.19 ; etc.).

Dans une foule d’endroits de l’Ancien Testament, nous retrouvons l’action des anges ; mais il est un de ces messagers célestes qui est appelé par excellence l’ange de l’Éternel, et même Jéhovah, l’Éternel, dans lequel il est impossible, malgré son refus de se nommer lorsque Jacob ou Manoah lui demande son nom, de ne pas voir le grand médiateur entre Dieu et les hommes, le Fils unique issu du Père, Dieu manifesté en chair (Genèse 16.7-13 ; 22.11-15-18 ; 31.11-13 ; 32.24-30 ; 48.15-16 ; Exode 3.2-6 ; Juges 2.1 ; 6.11 ; 16.21-24 ; 13.16-22 ; voir Gaussen, Gédéon devant l’ange de l’Éternel.

Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com

L’article dans Bost

Dictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)

Ange (1)

Angelus. Ce nom est emprunté du grec et formé d’Angelos, qui signifie un messager, et qui répond à l’hébreu Maleac. Rien n’est plus fréquent dans l’Écriture que les apparitions, et les missions des anges, tant bons que mauvais. Dieu les envoie pour annoncer ses volontés, pour corriger, pour punir, pour enseigner, pour reprendre, pour consoler. Dieu donna la loi à Moïse (Actes 7.30-53 Galates 3.19), et apparut aux anciens patriarches (Hébreux 13.2), par le moyen des anges, qui le représentaient et qui parlaient en son nom (2).

Avant la captivité de Babylone, les Hébreux ne connaissaient le nom d’aucun ange : au moins on n’en trouve aucun de nommé dans les livres écrits avant cet événement. Les Talmudistes disent qu’ils rapportèrent ces noms de Babylone. Il est vrai que l’on en trouve un grand nombre appelés par leurs noms dans le livre d’Hénoch ; mais on sait que cet ouvrage est supposé, et qu’il est postérieur à la captivité dont on vient de parler. Tobie est le premier qui ait désigné un ange par son nom propre. Il nomme Raphael (Tobie 3.25 ; 11.14), celui qui conduisit le jeune Tobie en Médie. On croit que Tobie vivait à Ninive quelque temps, avant la captivité de Juda. Daniel, qui vivait à Babylone quelque temps après Tobie, nous a enseigné les noms de Michel et de Gabriel (Daniel 10.21 ; 8.16 ; 9.21). Le quatrième livre d’Esdras parle d’Uriel et de Jérémiel ; mais ce livre est nouveau. L’auteur a vécu apparemment depuis Jésus-Christ.

Les Juifs cabalistes donnent pour précepteurs aux patriarches, certains anges qu’ils désignent par leurs noms. Par exemple, ils disent que le précepteur d’Adam s’appelait Raziel ; celui de Sem, Jéphiel ; celui d’Abraham, Zédékiel ; celui d’Isaac, Raphael ; celui de Jacob, Séliel ; celui de Joseph, Gabriel ; celui de Moïse, Métatron ou Métator, comme qui dirait celui qui marque le camp ; celui d’Élie, Malushiel ; et celui de David, Cerviel. Ils croient aussi qu’il y a soixante et dix anges qui portent dans eux-mêmes le nom de Dieu, selon cette parole de l’Exode (Exode 20.11-21) : Est nomen meum in illo. Dans le Nouveau Testament, nous ne remarquons les noms que de deux anges, Gabriel (Luc 1.19-26) et Michel (Jude 1.5 ; Apocalypse 12.7).

On dispute sur le temps de la création des saints anges. Les uns croient qu’ils ont été créés en même temps que le ciel, et que Moïse les a compris sous le nom de ciel, en disant : Au commencement Dieu créa le ciel. D’autres ont conjecturé qu’il avait voulu les exprimer sous le nom de la lumière, que Dieu créa au premier jour. D’autres enfin ont prétendu qu’ils avaient été créés avant le monde sensible ; et Job semble favoriser cette opinion, en disant (Job 38.7) : Où étiez-vous quand je posais les fondements de la terre,… et que tous les enfants de Dieu étaient dans des transports de joie ? Les Hébreux croient que Dieu les créa le second jour du monde, et que c’est les anges qu’il consulta, en disant (Genèse 1.26) : Faisons l’homme à notre image et ressemblance.

Plusieurs anciens Pères, trompés par l’autorité du livre d’Hénoch et par un passage da la Genèse qui est mal traduit, et où il est dit (Genèse 6.2) que les anges voyant les filles des hommes qui étaient belles, prirent pour femmes celles d’entre elles qui leur plurent, ce sont imaginés que les anges étaient corporels et sensibles aux plaisirs des sens et aux attraits de la volupté. Il est vrai qu’ils les nomment esprits et spirituels ; mais c’est dans le même sens que l’on nomme le vent esprit, et que les odeurs, les vapeurs, etc sont spirituelles. Mais d’autres Pères en grand nombre ont soutenu que les anges étaient purement spirituels, et c’est aujourd’hui le sentiment commun de nos écoles. On peut voir notre Dissertation sur les bons et les mauvais anges, à la tête du commentaire sur saint Luc.

On attribue des anges aux empires, aux nations, aux provinces, aux villes et aux personnes particulières. Saint Michel est reconnu pour le protecteur du peuple d’Israël : Michael princeps vester (Daniel 10.21), dit l’ange Gabriel, en parlant au prophète Daniel. Le même ange Gabriel parle aussi de l’ange protecteur de la Perse (Daniel 10.13), selon la plupart des interprètes, lorsqu’il dit que le prince des Perses lui a résisté vingt-un jours. Saint Luc dans les Actes (Actes 16.9) dit qu’un homme macédonien apparut à saint Paul durant la nuit, et lui dit : Passez en Macédoine, et venez nous aider ; ce que l’on entend communément de l’ange de la Macédoine, qui l’invitait à venir prêcher Jésus-Christ dans la province qui lui était confiée. Enfin les Septante dans le Deutéronome (Deutéronome 32.8) disent que Dieu a fixé les limites des nations, selon le nombre des anges de Dieu. Ce qui est entendu par les Pères et par les rabbins, du gouvernement de chaque pays et de chaque nation que Dieu a confié à ses anges. Saint Jean, dans l’Apocalypse, écrit aux anges des sept églises chrétiennes de l’Asie mineure (Apocalypse 2.1-8,12) ; ce qui ne doit pas seulement s’entendre des évêques de ces églises, mais aussi des anges que Dieu leur a donnés pour les protéger, selon plusieurs Pères.

À l’égard des anges gardiens, ils sont assez clairement marqués dans l’Ancien Testament. Jacob (Genèse 48.16) parle de l’ange qui l’a toujours conduit dans tous ses voyages, et qui l’a délivré de tous les dangers. Le Psalmiste dans plus d’un endroit, parle des anges protecteurs des justes (Psaumes 33.8 ; 90.11). C’était le sentiment commun des Juifs du temps de Notre-Seigneur. Lorsque saint Pierre sorti de prison, vint frapper à la porte de la maison où étaient les autres disciples, ils crurent que ce n’était pas lui, mais son ange qui heurtait (Actes 12.15). Jésus-Christ dans l’Évangile (Matthieu 18.10), nous avertit de ne pas mépriser aucun des petits, parce que leurs anges voient sans cessé la face du Père céleste. Les Pères ont été uniformes sur cet article. Les Juifs et les païens mêmes ont cru que les anges étaient attachés à nos personnes, et avaient soin de nous conduire et de nous protéger. Hésiode, le plus ancien, ou du moins un des plus anciens écrivains de la Grèce, dit qu’il y a sur la terre de bons anges envoyés par Jupiter pour la protection des hommes, et pour considérer le bien et le mal qu’ils font. Platon dit que chacun de nous a deux démons, ou deux génies ; l’un qui nous porte au mal, et l’autre qui nous porte au bien. Apulée ne parle que d’un démon assigné à chaque homme par Platon [Les Musulmans croient aussi aux anges gardiens. Suivant eux, chaque mortel, à sa naissance, est reçu par deux anges qui se placent l’un à sa droite et l’autre à sa gauche. Ils sont chargés de veiller constamment sur lui et d’enregistrer chacune de ses actions. Quand il en fait une bonne, ils prient le Tout-Puissant de faire qu’il persévère dans la bonne voie ; et quand il en fait une mauvaise, ils prient Dieu d’étendre sa miséricorde sur le coupable, de lui inspirer le repentir de sa faute et de lui pardonner (Voyez ci-après Ange de mort). Le livre des anges gardiens sera lu au jour du jugement dernier ; toutes les actions qui y sont consignées seront pesées avec soin, et c’est d’après elles que le jugement sera prononcé].

L’apôtre saint Paul nous donne à connaître qu’il y a dans le ciel parmi les anges une subordination de divers chœurs des anges, qui diffèrent les uns des autres ou par leurs fonctions, ou par les degrés de gloire qu’ils possèdent. Mais les Pères, qui ont interprété les paroles de l’Apôtre, ne sont pas d’accord entre eux sur le nombre, ni sur l’ordre de la céleste hiérarchie. Origène a cru que saint Paul n’avait rapporté qu’une partie des chœurs des anges, et qu’il y en avait plusieurs autres dont il n’avait rien dit : sentiment qui se remarque dans plusieurs anciens Pères qui l’ont suivi. D’autres ont compté dans saint Paul neuf chœurs des anges ; et c’est le sentiment qui est aujourd’hui communément reçu dans nos écoles de théologie. L’auteur qui est communément cité sous le nom de Denys l’Aréopagite, admet trois hiérarchies et trois ordres d’anges dans chaque hiérarchie. Dans la première sont les séraphins, les chérubins et les trônes ; dans la seconde, les dominations, les vertus et les puissances ; dans la troisième, les principautés, les archanges et les anges.

Dans quelques endroits de l’Écriture, est insinué qu’il y a sept anges principaux dans la cour céleste, qui sont toujours devant le Seigneur. Raphael dit au jeune Tobie (Tobie 12.15), qu’il est un des sept anges qui se tiennent en la présence de Dieu. Saint Michel dit à Daniel qu’il est un des premiers princes de la cour du Tout-Puissant (Daniel 10.13) : Daniel, unas de principibus. Dans l’Apocalypse, saint Jean voit, sept anges debout devant le Seigneur (Apocalypse 8.2-5). Dans le Testament des douze patriarches, livre très-ancien, on les appelle les anges de la face ; et dans la vie de Moïse, les yeux du Seigneur. Ces dénominations sont apparemment imitées de ce qui se voyait dans la cour des rois d’Assyrie, de Chaldée et de Perse, où il y avait sept eunuques ou sept grands officiers, qui étaient au-dessus de tous les autres et qui étaient toujours auprès du prince.

Le nombre précis des anges n’est marqué en aucun endroit de l’Écriture ; mais il y est toujours représenté comme très-grand, comme innombrable. Daniel (Daniel 7.1) dit que s’étant approché du trône de l’Ancien des jours, il en vit sortir un fleuve de feu ; et que mille milliers d’anges le servaient, et dix mille millions assistaient en sa présence. Et saint Jean, dans l’Apocalypse (Apocalypse 5.11), dit qu’il vit autour du trône de l’Agneau des millions de initiions et des milliers de milliers d’anges. Et Jésus-Christ, dans l’Évangile (Matthieu 26.53), dit que son Père céleste pourrait lui donner plus de douze légions d’anges, C’est-à-dire, plus de soixante-douze mille anges. Le Psalmiste dit que le char du Seigneur est accompagné de dix mille anges (Psaumes 67.18). Plusieurs Pères pour donner une idée de la multitude des anges, comparée à celle des hommes, leur appliquent la parabole des quatre-vingt-dix-neuf brebis que le père de famille laisse dans les montagnes, pour aller chercher la centième qui s’était égarée. Les quatre-vingt-dix-neuf brebis marquent les anges qui sont demeurés fidèles dans le ciel. La brebis égarée marque l’homme qui est déchu de sa justice et de sa félicité originelle. D’autres Pères ont inféré que le nombre des anges était infiniment plus grand que celui des hommes, de ce que la terre est infiniment plus petite que le ciel. Or, il est naturel de juger de la multiude des habitants d’un lieu, par la grandeur et l’étendue de leur demeure ; L’auteur, publié sous le nom de Denys l’Aréopagite, dit que le nombre des anges est tel, qu’il n’y a rien qui l’égale dans la nature. Ceux qui seront curieux de voir avec plus d’étendue ce qui concerne les anges, pourront consulter notre Dissertation sur ce sujet à la tête de l’Évangile de saint Luc.

Les Saducéens niaient l’existence des anges (Actes 23.8) et de tous les esprits. D’autres juifs leur rendaient un culte superstitieux (Colossiens 2.18). L’auteur du livre de la Prédication de saint Pierre, ouvrage très-ancien, cité dans saint Clément d’Alexandrie, dit que les Juifs rendent un culte religieux aux anges et aux archanges, et même aux mois et à la lune. Celse leur faisait à-peu-près les mêmes reproches. Tertullien assure que Simon et Cérinthe préféraient la médiation des anges à-celle de Jésus-Christ. Josèphe et après lui Porphyre, disent que les Esséniens dans leur profession s’engagent par serment à conserver fidèlement les noms des anges et les livres de leur secte. Pour le culte des anges parmi les Juifs et, les chrétiens, on peut voir notre Commentaire sur Coloss. 2.18, et la Dissertation sur les anges, page 46. 67.

Sous le nom d’Anges du Seigneur, on entend souvent dans l’Écriture des hommes de Dieu, des prophètes ; par exemple (Juges 2.1) : L’ange du Seigneur vint de Galgal au lieu nommé des Pleurs, et dit aux enfants d’Israël : Je vous ai tirés de l’Égypte et je vous ai fait entrer dans le pays que j’ai promis à vos pères, et je me suis engagé par serment à conserver l’alliance que j’ai jurée avec eux, à condition que vous ne feriez pas d’alliance avec les habitants de ce pays ; mais vous ne n’avez point voulu ouir. Et comme l’ange du Seigneur leur parlait, ils élevèrent leur voix et commencèrent à pleurer, et ils immolèrent, des victimes au même lieu, et Josué renvoya le peuple. Il y a toute apparence que cet ange est Josué lui-même ou le grand-prêtre, ou quelque prophète. Plusieurs interprètes croient que c’est le même Josué qui est désigné dans Moïse (Exode 23.20-23) sous le nom d’ange du Seigneur, qui doit introduire les Israélites dans la terre promise. Il est certain que dans l’Écriture les prophètes sont quelquefois nommés les anges du Seigneur (Aggée 1.13) : Voici ce que dit Aggée, l’ange du Seigneur, d’entre les anges du Seigneur. Malachie le dernier des douze petits prophètes est nommé par plusieurs Pères sous le nom d’Ange de Dieu, et c’est en effet ce que son nom signifie en hébreu. Il y en a qui croient que c’est Esdras, qui est désigné sous le nom de Malachie ou d’ange du Seigneur. Eupoléme parlant du prophète Nathan qui parla à David, et lui fit connaître son péché, l’appelle un ange, ou un envoyé du Seigneur Manué, père de Samson (Juges 13.2), appelle indifféremment ange et homme de Dieu, celui qui apparut à sa femme, jusqu’à ce que s’étant évanoui avec la fumée de l’holocauste, il fût certain que c’était un ange. Quelquefois dans l’Écriture on donne aux anges le nom de Dieu. L’ange qui apparut à Moïse dans le buisson (Exode 3.2 Actes 7.30-53 ; Galates 3.19), qui lui donna la loi, qui lui parlait et qui conduisait le peuple dans le désert, est perpétuellement nommé du nom de Dieu, et le Seigneur dit de lui (Exode 23.21) : Est nomen meum in illo. Les anges qui ont apparu aux saints patriarches (Hébreux 13.2 Genèse 18.3 ; 19.2), sont aussi nommés du nom de Dieu. C’est qu’ils agissaient en son nom, qu’ils étaient ses ambassadeurs, et qu’ils étaient les dépositaires de sa puissance et les interprètes de ses ordres. On leur donne non-seulement le nom d’Elohim ou d’Adonai, qui est quelquefois attribué même aux juges et aux princes, mais aussi celui de Jéhovah, qui n’appartient qu’à Dieu seul, dont ils représentent la majesté.

Le sentiment qui attribue aux royaumes, aux provinces, aux nations, des anges tutélaires, est fondé dans l’Écriture et adopté chez les Chrétiens et chez les Juifs. Le passage de Daniel, où Michel est nommé le prince du peuple de Dieu (Daniel 10.21), Michael princeps vester ; et celui des Actes (Actes 15.8), où un ange sous la forme d’un homme Macédonien, invite saint Paul à passer en Macédoine ; ces passages paraissent exprès pour ce sentiment.

Mais il y a difficulté sur un autre passage de Daniel ; que l’on cite pour la même chose ; c’est celui où il est dit : que (Daniel 10), le prince des Perses a résisté à l’archange Gabriel pendant vingt-un jours ; car ce prince des Perses, au jugement de plusieurs bons commentateurs, est Cyrus roi de Perse, qui fut vingt-un jours avant que de se rendre aux inspirations de Gabriel.

L’autre cassage est celui du Deutéronome (Deutéronome 32.8), ou il est dit que quand le Seigneur partagea les hommes, il les partagea selon le nombre des anges de Dieu. C’est ainsi que lisent les Septante. Lorsque le Seigneur divisa les enfants d’Adam, il fixa les bornes des nations, suivant le nombre des anges de Dieu ; au lieu que l’Hébreu et la Vulgate portent : Il fixa les limites des nations, suivant le nombre des enfants d’Israël. De quelque manière qu’on lise, il y aura toujours difficulté sur le nombre des nations dispersées à la tour de Babel ; car premièrement est-on bien sûr que ce passage regarde la division arrivée a Babel ? En second lieu, est-on certain que chaque particulier qui concourut à cet édifice, forma une nation ; et l’écrivain sacré n’aurait-il pas voulu marquer en cet endroit toutes les nations qui se sont formées et qui se formeront dans la suite des siècles ? et certes, si l’on veut qu’elles aient toutes leurs anges tutélaires, il faudra bien l’entendre ainsi, en suivant la leçon des Septante.

Que si l’on suit celle de l’Hébreu et de la Vulgate, il sera question de savoir quelle époque Moïse a voulu marquer dans l’histoire de la nation d’Israël ; car au temps de la tour de Babel, il n’y avait point encore d’Israélites. Si Moïse a fait attention à son temps, comme le nombre des Israélites était déjà très-grand, il faudra dire aussi que le nombre des nations qui devait sortir des bâtisseurs de Babel, être excessif ; car quand on ne prennait dans la nation d’Israël que les hommes capables de porter les armes, comment trouver dans le monde six cent mille nations ?

La plupart se sont fixés à soixante-dix ou soixante-douze peuples, fondés sur des raisons assez faibles ; comme que dans le chapitre 10 de la Genèse, où Moïse donne le dénombrement des enfants de Sem, Cham, et Japhet, il y nomme soixante-douze personnes, d’où l’on croit que sont sortis soixante-douze peuples. Mais si l’on ôte les trois patriarches, Sem, Cham et Japhet, qui n’y doivent pas entrer, puisqu’on y met tous leurs enfants, et si l’on n’y comprend pas les treize fils de Jectan, qui ne naquirent apparemment qu’après la dispersion, le nombre en sera fort diminué. Je ne parle pas de Cainan, qu’on lit dans les Septante, au verset 24, ni d’Eliza et Cozar, qu’on donne pour fils à Japhet. Si on veut les admettre par-dessus le nombre marqué dans l’Hébreu et dans la Vulgate, avec les Philistins et les Caphtorims du verset 14, on trouvera 76 peuples, au lieu de 72. Ainsi ce fondement n’est pas certainement d’une grande solidité.

D’autres prennent ce nombre de soixante-dix peuples, de celui des enfants de Jacob qui entrèrent avec lui en Égypte (Genèse 46.26-27. Dans la rigueur il n’y eut que soixante-six personnes qui vinrent en Égypte, comme Moïse le remarque expressément au verset 26. Pour accomplir le nombre de soixante-dix, il y faut mettre Jacob, Joseph et ses deux fils : or, si l’on y met tous les fils de Jacob, il est inutile de l’y mettre lui-même, puisque Moïse dit expressément que Dieu divisa les nations ou les fils d’Adam, selon le nombre des enfants d’Isaraël. D’ailleurs les Septante en plus d’un endroit (Genèse 26.27 Exode 1.5 Deutéronome 10), et saint Étienne dans les Actes, lisent soixante-quinze personnes, au lieu de soixante-dix. Voilà encore de nouvelles difficultés contre ce nombre précis de soixante-dix ou soixante-douze peuples sortis des enfants de Noé, et par conséquent contre ce même nombre d’anges députés pour la garde des différents peuples.

De tout ceci on peut conclure que la tradition certaine de l’Église juive et de la chrétienne, est que chaque nation a son ange tutélaire. Mais pour le nombre des nations et par conséquent des anges qui sont députés pour les protéger, il n’est nullement certain. Ce nombre même a nécessairement varié, selon que le nombre des nations et des peuples s’est multiplié ou est diminué ; car il est certain que depuis la tour de Babel jusqu’aujourd’hui, on a vu dans le monde une infinité de révolutions, qui ont causé la ruine de plusieurs peuples ; et sans sortir de l’Écriture, que sont devenus les Amalécites, les Philistins, plusieurs peuples de Chanaan, les Emim, les Zomzornim, etc.

Ange exterminateur, Ange de mort, Ange de Satan, Ange de L’Abîme. (2)

Tous ces termes signifient le démon et ses suppôts, les mauvais anges, ministres de la colère et de la vengeance de Dieu. Dieu frappa l’armée de Sennachérib par l’épée de l’ange exterminateur (2 Rois 19.35). Il fit mourir les Israélites, sujets de David, en punition de la vaine complaisance de ce prince, par le glaive de l’ange de mort : l’ange de Satan frappait saint Paul (2 Corinthiens 12.7), et tendait des pièges à sa pureté : le même ange accusait le grand-prêtre Jésus devant le Seigneur et contestait avec l’archange saint Michel pour avoir le corps de Moïse (Zacharie 2.1-2). L’ange de l’abîme (Jude 1.9), ou l’ange roi de l’abîme, comme l’appelle saint Jean dans l’Apocalypse (Apocalypse 9.11), est le même que le prince des démons, l’ange exterminateur. Nous parlerons de l’ange exterminateur qui fit périr l’armée de Sénnachérib, sous l’article de Sennachérib.

L’Ange de mort est celui à qui Dieu a donné la commission de séparer l’âme du corps. Les Juifs, les Arabes, les Turcs et les Persans reconnaissent cet ange de mort. Les Perses le nomment Mordad ou Asuman ; les rabbins et les Arabes lui donnent le nom d’Azrael ; et les paraphrastes chaldéens celui de Malk-ad-Mousa. D’autres, comme le livre de l’Assomption ou de la Mort de Moïse, l’appellent l’ange Samaël, prince des démons. Ce dernier livre raconte que l’heure de la mort de Moïse étant arrivée, le Seigneur dit à Gabriel de faire sortir l’âme de Moïse ; mais il s’en excusa : saint Michel s’en exempta de même, comme fit aussi l’ange Zinghiel qui dit, qu’ayant été le précepteur de Moïse, il ne pouvait se résoudre à lui ôter la vie. Samaël s’approcha pour faire sortir l’âme du corps de ce chef du peuple de Dieu ; mais frappé par l’éclat de son visage et par la vertu du nom de Dieu écrit sur la verge dont Moïse se servait pour faire des miracles il fut obligé de se retirer ; de manière que Dieu lui-même vint tirer l’âme de son prophète, en lui donnant le baiser.

Les rabbins tiennent que l’ange de mort ayant frappé un homme, lave son glaive dans l’eau de la maison et lui communique par là une infusion mortelle ; d’où vient qu’ils répandent toute l’eau dans la rue. Cet ange de mort se trouve, disent-ils, au chevet du moribond, tenant en main une épée nue à l’extrémité de laquelle pendent trois gouttes d’une liqueur de fiel. Le malade n’a pas plutôt aperçu cet ange, que saisi de frayeur, il ouvre la bouche : alors l’ange de mort y coule ces trois gouttes mortelles ; l’une lui donne une prompte mort, l’autre le rend pâle et livide, et la troisième le dispose à être prompternent réduit en poussière dans le tombeau.

Ils croient de plus que l’homme souffre encore une seconde mort dans le tombeau ; que lorsqu’un Juif est enterré, l’ange de mort va s’asseoir sur la fosse et qu’en même temps l’âme vient aussi s’y réunir et le fait tenir sur ses pieds. Alors l’ange prenant une chaîne de fer dont la moitié est glacée et l’autre moitié brûlante, il en frappe le corps et en sépare tous les membres. Il le frappe une seconde fois et en écarte tous les os ; enfin il le frappe une troisième fois et le réduit tout en cendres. Après cela les bons anges viennent, ramassent et réunissent toutes ces parties et replacent le corps dans son tombeau. Ils tiennent néanmoins que les personnes pieuses et qui font de grandes aumônes, seront exemptes de ce supplice.

Les Musulmans (Voyez Ange) et les Perses reconnaissent aussi un ange destiné de Dieu à donner la mort et à séparer l’âme du corps des créatures. Ils tiennent de plus que quand le mort est enterré, deux mauvais esprits d’un regard affreux et de couleur noire, font asseoir le mort dans son cercueil et lui font son procès s’il se trouve innocent, ils le font recoucher et se reposer tranquillement ; sinon, ils le frappent de grands coups de marteau entre les deux oreilles, ce qui lui cause des douleurs incroyables et lui fait jeter des cris terribles.

Il est parlé de l’ange de mort dans le grec du livre de Job en plus d’un endroit (Job 33.23).

Quand il y aurait autour du juste mille anges de mort préts à lui ôter la vie, aucun d’eux ne le frappera, s’il rentre en lui-même et pense à retourner au Seigneur ; s’il découvre à un homme son propre péché et s’il lui confesse sa folie, l’ange l’empêchera de tomber dans la mort. Et ailleurs (Job 20.85) : Les richesses injustement amassées seront vomies avec horreur, et l’ange l’arrachera de sa maison. Et encore (Job 36.14) : Que l’âme de l’hypocrite meure dans sa jeunesse et que sa vie soit arrachée par les anges. Et Salomon (Proverbes 17.11) : Le méchant cherche toujours des querelles et l’ange cruel sera envoyé contre lui. C’est cet ange cruel, cet ange de mort qui fut envoyé contre les premiers maris de Sara, fille de Raguel (Tobie 3.8), et qui les fit mourir lorsqu’ils voulurent s’approcher d’elle. C’est l’ange Asmodée ou destructeur qui est relégué et enchaîné dans le désert par l’ange Raphael (Tobie 8.3). Enfin, c’est le mauvais ange dont parle le Psalmiste (Psaumes 34.5-6) : Qu’ils soient comme la poussière dissipée par le vent, et que l’ange du Seigneur les froisse et les fasse périr ; que leur voie soit environnée de ténèbres, et que l’ange de Dieu les poursuive sans cesse.

L’Ange de Satan qui donnait des soufflets à saint Paul (2 Corinthiens 12.7), est le ministre du démon, son envoyé. On considère dans l’Écriture le démon comme un prince qui exerce sa domination sur d’autres démons d’un moindre rang et d’une moindre puissance. C’est en ce sens que dans l’Évangile on parle du règne de Satan (Matthieu 12.16) : Si Satan est partagé contre lui-même, comment son empire subsistera-t-il ? Si le démon chasse les démons des corps qu’il possède, il détruit sa propre domination.

Jésus-Christ est venu en ce monde pour ruiner la puissance de Satan ; et au jour du jugement, il enverra les réprouvés au feu éternel qui est préparé au démon et à ses anges (Matthieu 25.41), à ses ministres, à ses suppôts qui sont de même nature et condamnés aux mêmes supplices que lui.

L’ange de Satan donne donc dis soufflets à saint Paul, ou en lui suggérant des pensées honteuses, ou en lui causant des infirmités corporelles, ou en lui suscitant des adversaires qui s’élevaient contre lui et s’opposaient à ses bons desseins ; comme l’ouvrier en cuivre, et Démètre, orfévre d’Éphèse, et Hyménée et Philète dont il parle dans sa première épître à Timothée. Enfin, il y en a qui croient que l’ange de Satan persécutait sensiblement saint Paul, le frappait et lui tendait des pièges, comme saint Athanase raconte que les démons frappaient et persécutaient quelquefois saint Antoine, et que plusieurs saints ont souvent été maltraités par les démons jaloux des progrès qu’ils faisaient dans le bien et enragés du renversement du règne de Satan qu’ils détruisaient.

Anges (Langue des) (3)

Voyez Langue.

Anges de lumière et Anges de ténèbres. (4)

Nous appelons anges de lumière les bons anges dont la demeure est dans le ciel, dans la région de lumière, qui sont revêtus de lumière et de gloire, qui assistent devant le trône du Très-Haut, et qui inspirent aux hommes de bonnes actions, des actions de lumière et de justice. Les anges de ténèbres au contraire sont ceux qui sont les ministres du démon dont la demeure est dans l’enfer, dans la région des ténèbres, dans les noirs cachots où sont renfermés les méchants. Saint Paul dit que Satan se transforme quelquefois en ange de lumière (2 Corinthiens 11.14), de même que Jésus-Christ dit dans l’Évangile (Matthieu 7.15) que les loups prennent quelquefois des vêtements de brebis pour séduire les simples ; mais on les reconnaît enfin par leurs œuvres ; ils se déclarent tôt ou tard, et on les distingue par les œuvres de ténèbres auxquelles ils engagent ceux qui les suivent.

Ange (5)

Montagne dont il est parlé dans le texte latin de Judith (Judith 2.12) ; car il n’en est pas fait mention dans le Grec. Le texte dit que cette montagne est à la gauche de la Cilicie. Nous croyons que c’est le mont Argée, situé à la gauche ou au nord de la Cilicie d’est la plus haute montagne de tous ces quartiers-là. Strabon assure qu’elle est toujours couverte de neige, et que ceux qui peuvent parvenir à son sommet, ce qui n’arrive que très-rarement et très-difficilement, voient, quand l’air est serein, les deux mers, savoir : le Pont-Euxin et la mer de Cilicie. [Voyez ci-après Bectileth Voyez aussi Tirin, Vatable et Grotius, cités à propos de cette montagne, Judith, 11.12 dans le Cours complet d’Écriture sainte, tome 12 col. 845 et 846, et Serarius, ibid., col. 859 et suivants]

Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com

L’article dans Calmet

Dictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)

Être spirituel, appartenant au monde supraterrestre (En hébreu maleak = envoyé, parce que Dieu fait des anges ses messagers ; se dit exceptionnellement d’un prophète : Aggée 1.13. En grec aggelos).  Les anges sont appelés fils de Dieu (bené Élohim, Job 1.6 ; Psaumes 89.7) parce que créés de Dieu pour être à lui dans les cieux (cf. Éphésiens 2.19), et saints (qedôchim, Psaumes 89.8) parce que consacrés et purs.

1. Avant l’exil

a. L’origine

L’origine de la croyance aux anges n’est pas dans l’animisme. Certes, dans son lointain passé, Israël a été baigné de cette religion des esprits qui, au début, est partout. Le polydémonisme, la croyance aux esprits individuels des pierres, des arbres, des sources, des astres, auxquels on offre des dons, a laissé des traces. Ainsi l’oracle de Sichem (Genèse 12.7), la pierre de Béthel (Genèse 28.18). Mais l’élite d’Israël a toujours été plus ou moins préservée par son sens religieux du foisonnement des superstitions. Israël s’attache à son Dieu, et la foi en Jéhovah a fini par absorber tout le besoin d’adoration. Les survivances de l’animisme sont réduites dès qu’on peut parler de l’histoire d’Israël, sauf les croyances populaires et les retours offensifs du paganisme contre lesquels les prophètes ne cessent de lutter. Les anges viennent à Israël sur le terrain de la révélation, en rapport avec l’expérience religieuse. Dans une race prédestinée, l’homme enfermé dans le terrestre, mais entouré de l’infini, s’est ouvert par l’intuition religieuse aux messages de l’au-delà. Dieu s’est manifesté à ceux qui pouvaient l’entendre et qu’il avait préparés à le recevoir. Voici comment Israël s’est représenté les choses.

b. Premières formes

Si loin qu’on remonte, il s’agit de messages, de manifestations de Dieu. La plus simple, la plus grande d’abord : l’ange de l’Éternel (voir ce mot), ange par excellence, délégué de Dieu, porteur unique de sa volonté, qui tantôt apparaît comme un envoyé, tantôt parle comme Dieu lui-même (Genèse 22.11 ; Genèse 22.18). Avec lui ou sans lui les vieux récits de la Genèse représentent, sous forme humaine, ces messagers qui annoncent aux hommes ce qui leur est promis (Genèse 18.10), ou les jugements de Dieu (Genèse 19.13). Les anges acceptent l’hospitalité et les repas (Genèse 18.3-8). Mais leur puissance est grande (Genèse 19.11). Ils forment un monde habituellement invisible. Jacob voit en songe les degrés par lesquels les anges montent vers Dieu et descendent (Genèse 28.12). En tel endroit ils sont nombreux et forment un « camp de Dieu » (Mahanaïm, Genèse 32.1 s). On connaît le beau récit de la lutte de Jacob avec l’ange (Genèse 32.24-32). Tout cela est essentiellement religieux d’esprit et non naturiste. La Genèse place auparavant un vieux mythe d’un genre tout différent, l’union des fils de Dieu et des filles des hommes (Genèse 6.1-4), qui prépare la notion de la chute des anges.

c. À travers l’histoire d’Israël

On suit le développement de la croyance : le rôle éminent de l’ange de l’Éternel, au buisson ardent (Exode 3.2 ; Exode 3.8), à travers le désert (Exode 23.20 ; Exode 23.23), et constamment ensuite on voit poindre l’idée d’une hiérarchie : l’armée des anges a un chef qui apparaît à Josué et garantit la prise de Jérico (Josué 5.13-6.2). On se les représente comme des esprits (1 Rois 22.21) qui sont pleins de sagesse et de patience (2 Samuel 14.17). Il est inévitable qu’on les voie à travers les formes de la vie sociale des temps qui se déroulent. Sous les rois un prophète décrit le ciel comme une cour, l’Éternel sur son trône, l’armée des cieux autour de lui (1 Rois 22.19). L’armée des cieux, ce sont bien les esprits célestes. Ailleurs le même nom sera donné aux astres (Néhémie 9.6), mais par personnification (cf. Job 38.7) et dans la pensée que tout doit se prosterner, devant Dieu. Ces points de lumière qui faisaient la splendeur des nuits de l’Orient et que les peuples croyaient vivants et divins, étaient une invite dangereuse au paganisme (Deutéronome 4.19), et plus tard une louange magnifique du Créateur. Les (Psaume 19) anges sont mêlés à l’histoire d’Israël. L’un d’eux nourrit Élie (1 Rois 19.5). Une armée invisible est près d’Élisée (2 Rois 6.17). L’un d’eux est chargé de punir le peuple par la peste (2 Samuel 24.16) ; un autre de frapper les Assyriens (2 Rois 19.35). Le théisme strict, le besoin de tout faire remonter à une volonté particulière de Dieu, fait que des missions redoutables et troublantes leur sont confiées (1 Rois 22.21).

d.

À côté de l’ange qui a la forme humaine, Israël se représentait, sous l’influence de l’art oriental, d’autres êtres, subordonnés, combinant des formes animales, ailés et de figure humaine, les keroubim qui gardent et veillent pour Dieu (Genèse 3.24), et les serafim (Ésaïe 6.2) qui donnent gloire (cf. Apocalypse 4.6-8). Voir Chérubin, Séraphin.

2. Avec l’exil

L’angélologie se modifie. D’une part les religions de l’Orient et leurs croyances sur l’au-delà frappent l’imagination d’Israël, qui leur fait des emprunts qui mèneront aux apocalypses. De l’autre, la piété ne cesse pas de s’épurer et de grandir. Avec les Psaumes, la figure de l’ange pur et puissant qui sert Dieu se précise. On pressent l’Évangile.

  1. En Babylonie, Israël rencontre les religions de la Caldée et de la Perse et subit leur influence. Non pour l’essentiel : le monothéisme est solide, la religion reste intacte. Mais les croyances à l’au-delà, sobres jusqu’alors, se compliquent. Babylone a les astres qui sont des dieux, les sept dieux des planètes, la magie, la démonologie, les êtres symboliques, les images d’outre-tombe. La Perse a les esprits innombrables, les Fravashis, âmes des morts, esprits protecteurs. Au-dessus, les Yazatas (adorables), anges encore subordonnés, ministres d’Ahura-Mazda, innombrables. À peine y a-t-il en Perse un domaine où un ange ne serait pas. En haut de la hiérarchie les sept Ameshas Spentas, les saints immortels, très puissants. Et puis le dualisme, le principe du mal personnifié en Ahrimân, servi par les daêvas innombrables. L’hébraïsme n’avait rien de semblable. Enfin l’eschatologie, la lutte dramatique du bien et du mal, le triomphe final du Dieu suprême et juste, qui jugera.
  2. Ézéchiel Il est difficile de dire ce qu’Israël a emprunté et ce qui lui est venu de son développement propre. Pourtant, si l’on étudie de près Ézéchiel, qui a vécu et écrit en captivité, en le comparant à Jérémie, si simple, et si l’on pense aux images que le milieu pouvait lui fournir, on voit que les matériaux de ses peintures lui sont en partie donnés. La grande vision du début a l’empreinte de l’art assyrien (Ézéchiel 1.5s : les quatre animaux). Les six anges du châtiment et le septième, une écritoire à la ceinture (Ézéchiel 9.2), rappellent Nabû le septième dieu-scribe de Babylone ; la vision des ossements (Ézéchiel 37.1-10) est apparentée à l’eschatologie perse. L’ange qui mesure et qui a l’aspect de l’airain (Ézéchiel 40.3), les roues vivantes (Ézéchiel 1.15 et suivant), le ciel de cristal et le trône de saphir (Ézéchiel 1.22 ; Ézéchiel 1.26), l’homme à l’aspect d’airain et de feu, sont des images nouvelles et typiques chez un écrivain d’une piété et d’une moralité si fortes. De même chez Zacharie on voit apparaître l’ange qui s’entretient avec le prophète, explique les visions, lui sert de guide (l’ange exégète, comme en Perse) ; un autre a l’aspect d’un homme parmi les myrtes (Zacharie 1.8) ; un autre encore mesure au cordeau (Zacharie 2.1) ; deux femmes apparaissent : « elles avaient des ailes comme celles de la cigogne » (Zacharie 5.9). Des chevaux aux couleurs symboliques représentent les quatre points cardinaux : « ce sont les quatre vents des cieux » (Zacharie 6.1-8). Une scène caractéristique est celle du grand-prêtre Josué, debout devant l’ange de l’Éternel : Satan se tient à sa droite pour l’accuser ; Dieu le reprend (Zacharie 3.1 et suivants). Ce n’est pas encore le principe du mal ; c’est déjà l’esprit méchant et calomniateur. Job a le même personnage de Satan se présentant à la cour du ciel, au milieu des « fils de Dieu » assemblés, et obtenant l’autorisation de mettre Job à l’épreuve. Aucun dualisme, mais un état d’esprit qui ne saurait se maintenir et qui s’achemine vers le royaume distinct du mal. Notons l’imperfection que le livre signale chez les anges : « Si Dieu n’a pas confiance en ses saints…  ».La (Job 15.15) doctrine n’est pas encore fixée.
  3. Les Psaumes ont sur les anges des notions pures, — on voudrait dire classiques. Non qu’ils en parlent souvent : chez eux, le fidèle n’a pas besoin d’intermédiaires ; il va droit à son Dieu pour recevoir lumière, réconfort et délivrance. Mais ils en parlent comme d’êtres qui ont leur rôle et leurs devoirs pour le règne de Dieu. Voici dans les cieux le trône de Dieu (deux fois les keroubim sont donnés comme véhicule ou siège de Dieu : Psaumes 18.11 ; Psaumes 99.1) ; autour de lui, l’armée aux chars innombrables (Psaumes 68.18), la grande assemblée des saints (Psaumes 89.8). Dieu juge (Psaumes 82.1) ; il est grand et redoutable par-dessus tous (Psaumes 95.3 ; Psaumes 96.4). Nul parmi les êtres de lumière ne peut se comparer à lui (Psaumes 89.7). Ses anges le louent (Psaumes 148.2), le bénissent (Psaumes 103.20). Puissants et forts (Psaumes 103.20), ils obéissent à sa parole et font sa volonté (Psaumes 103.21). Ils gardent les fidèles : « Ils te porteront sur les mains » (Psaumes 91.11). « L’ange de l’Éternel campe auprès de ceux qui le craignent » (Psaumes 34.8). Les forces mêmes de la nature deviennent ses messagers (Psaumes 104.4). Psaumes d’époques différentes, enseignement constant : les anges sont des êtres spirituels au service de Dieu, et dont on voit plutôt la mission que la personnalité ; reflets de la pensée de Dieu, instruments de ses desseins, capables d’aimer, d’aider, d’agir.
  4. L’angélologie de Daniel est franchement celle d’une apocalypse. Aux visions des prophètes succèdent les images symboliques qui dévoilent l’avenir. Les anges jouent un rôle nouveau. Innombrables (mille milliers, dix mille millions : Daniel 7.10), donc en nombre pratiquement illimité, ils sont constamment les intermédiaires, les exécutants : on risque de perdre de vue l’action divine elle-même. Ils sont dans le ciel devant l’Ancien des jours (Daniel 7.9) ; mais ce n’est pas lui qui juge. Il y a des anges juges (Daniel 7.10), qui s’asseyent, et les livres sont ouverts. Il y a ceux qui veillent (comme les Ameshas Spentas qui ne dorment pas, Daniel 4.23). Ils ont un aspect quasi divin (Daniel 3.26). Ils ont (ou prennent) la forme humaine (« l’homme Gabriel », Daniel 9.21) et parfois surhumaine, avec l’éclat du feu ou de l’éclair (Daniel 10.6), avec une voix immense (Daniel 10.6). Ils viennent d’un vol rapide (Daniel 9.21), ce qui éveillera l’idée des ailes. Ils viennent pour protéger dans la fournaise (Daniel 3.25) ou devant les lions (Daniel 6.22), pour expliquer les visions et révéler l’avenir (Daniel 10.11). Mais voici qui est typique : Daniel est le premier qui donne des noms et qui individualise. Deux des plus grands sont Gabriel (le héraut de Dieu, Daniel 9.21) et Micaël (qui est comme Dieu, Daniel 10.13 ; Daniel 10.21) ; voir ces mots. Et ils prennent part à l’histoire d’Israël : Gabriel par sa mission, Micaël comme le grand chef du peuple dans l’invisible. Ils combattent le chef de la Perse et le chef de Javan, deux esprits puissants qui personnifient et inspirent les peuples dont ils sont chargés sur le plan invisible, épousant leurs passions, faisant leurs guerres, donc se mêlant aux intérêts contraires des hommes et prenant part au péché du monde. Nous retrouvons dans l’angélologie paulinienne ces esprits puissants et dévoyés (voir ci-après), qui ne sont ni des anges ni des démons comme on l’entend.
  5. Hénoch Dans la littérature juive qui avoisine l’ère chrétienne et qui emprunte ce nom, on voit ce que l’imagination du temps a donné : un véritable voyage dans l’au-delà, une divina Commedia, hélas sans poésie, mais non sans couleur. Hénoch peint ce trône de cristal encerclé de feu, avec ceux qui l’entourent (71.7-13), les keroubim, les serafim, les roues (cf. Ézéchiel 1). Hénoch traite longuement des bons et des mauvais anges. Les premiers sont devenus les intermédiaires universels. Dans la nature, il y a une véritable angélologie astrale, pour les vents, les nuées, l’atmosphère, pour les mois et les jours (Hénoch 72 à 83). Dans l’ordre de la Providence, leur rôle va jusqu’aux plus petits détails et explique aussi les malheurs surprenants. L’Hénoch slave esquisse entre eux une hiérarchie, mais aux cadres flottants. Les mauvais anges sont bien maintenant des anges déchus. Hénoch dépeint les âpres paysages, les rocs abrupts, les cavernes où ils sont enfermés jusqu’au jugement. Leur châtiment est annoncé. Et il y a des anges du châtiment. À travers cette étrange littérature, on sent que la conscience d’Israël devient plus exigeante. Les grandes épreuves qui ont exalté l’imagination ont creusé les âmes, et le bonheur des bons anges, semblable à celui des élus, soutient les courages (51.4 104.4).
  6. Dans le judaïsme tardif, la doctrine des anges est un article fondamental. Dieu est devenu de plus en plus lointain, sans contact avec le monde mauvais. Au monothéisme trop distant les anges suppléent. Dans le domaine de la pensée, Philon voit en eux les ambassadeurs de Dieu à l’homme et de l’homme à Dieu. Il les appelle Logoï, prêtres du Temple céleste, ayant les pouvoirs de Dieu ; il les rapproche des démons du stoïcisme : âmes, démons, anges sont, sous des noms différents, une même chose. Dans le domaine de l’édification, le roman de Tobit remplace la Providence par l’ange gardien. Le besoin de pitié et de secours se trouve ainsi satisfait. Raphaël se donne pour un jeune Israélite, se fait compagnon de Tobit, se plie aux nécessités du voyage et de la protection qu’il donne, feint ce qui est nécessaire, chasse le mauvais esprit et ne se fait connaître qu’à la fin. Il était en mission : (Tobit 12.13) cela explique tout. Quant aux partis religieux, on sait que les Pharisiens étaient ceux qui maintenaient et développaient la doctrine des anges, suivant la ligne traditionnelle que nous avons esquissée. Parmi eux les haggadistes ne cessaient de broder, mettant des anges là où l’histoire d’Israël voyait l’intervention de Dieu. Les Sadducéens, niant la résurrection, rejetaient toute croyance aux anges et aux esprits (Actes 23.7). Les Esséniens (voir ce mot), poussant à l’excès la doctrine des anges, en faisaient une religion. Ils rendaient un culte aux anges et des spéculations sur la hiérarchie céleste étaient partie essentielle de leur théologie ; des enseignements secrets s’y rattachaient. L’initié promettait de tenir secrets les noms des anges, des cures magiques se faisant par ces noms. Il y avait dans tout cela une recrudescence de superstitions, une régression vers l’animisme. La vraie foi en Dieu se voilait. Il fallait, pour cette raison et pour bien d’autres, une réforme qui rendît Dieu à ce peuple et en particulier ramenât la vérité et la simplicité dans le monde invisible des esprits.

3. Le Nouveau Testament

a.

L’angélologie de Jésus est une vue limpide et directe de l’au-delà, Jésus, réalisant la pleine communion avec le Père, vivait en contact avec l’invisible, de plain-pied avec les êtres spirituels au service de Dieu. Après la Tentation ils le servent (Marc 1.13 ; Matthieu 4.11). En Gethsémané, l’un d’eux vient le fortifier (Luc 22.43). Il parle d’eux avec simplicité et grandeur, sans rien des imaginations du temps. Il dit leur nature spirituelle (Luc 20.36) telle que celle des fidèles après la résurrection, membres comme eux de la famille du Père. Innombrables et capables d’action (Matthieu 26.53), mobiles comme il appartient aux esprits (Jean 1.51), unis par un lien de sympathie et de secours aux vivants sur la terre (Matthieu 18.10), ayant une vue directe de Dieu, une communion constante avec lui. Le salut est leur premier intérêt : le repentir d’une âme est connu d’eux et fait leur joie (Luc 15.7 ; Luc 15.10). Ils aident les morts aimés de Dieu à trouver leur route (Luc 16.22). À sa parousie (Luc 21.26), dont ils ignorent la date (Marc 13.32), quand les puissances des cieux seront ébranlées, quand le Fils de l’homme paraîtra dans sa gloire (Matthieu 25.31), ils viendront (Matthieu 16.27) pour faire le grand triage, mettre fin aux scandales, rassembler les élus (Matthieu 23.31). Réels aussi sont les esprits mauvais (voir Possession démoniaque) que Jésus chasse ; les anges de Satan (voir ce mot), dont le chef est atteint de façon décisive (Luc 10.18), et qui sont réservés comme lui pour la condamnation (Matthieu 25.41). Et tout ceci rentre bien dans les grandes lignes du Royaume de Dieu, sans rien des fantaisies humaines.

Matthieu et Luc, qui rapportent les premières traditions chrétiennes sur la venue du Sauveur, montrent comment, dans ce tournant décisif du Royaume de Dieu, une communication s’est établie entre le ciel et la terre, où les anges ont paru. Il fallait un message : il y a eu des messagers. Matthieu, restant dans la ligne prophétique, ne parle que d’avertissements donnés en songe à Joseph, l’époux de Marie, au moment de la prendre pour femme (Matthieu 1.18-21), au moment de la fuite en Égypte (Matthieu 2.13) et du retour au pays d’Israël (Matthieu 2.19 et suivant). Luc, avec beaucoup plus de détails, tout plein du sentiment de l’intervention divine et de la nécessité d’une solennelle annonciation, la précise en trois endroits. À Zacharie, qui sera père de Jean-Baptiste (Luc 1.10-20), l’ange se nomme (« Je suis Gabriel, l’ange qui se tient devant Dieu », Luc 1.19) ; il annonce la naissance du précurseur et donne un, signe qui est un avertissement (Luc 1.20 : « Tu seras muet jusqu’au jour…  »). Le même esprit céleste est envoyé à celle qui doit être la mère du Sauveur (Luc 1.26-38) ; l’accent est mis sur la grâce qui lui est faite (Luc 1.28 ; Luc 1.30), sur la puissance de l’Esprit saint (Luc 1.36), sur l’être saint qui naîtra et qui sera appelé Fils de Dieu, et plus loin sur l’humilité de Marie (Luc 1.48). Enfin à Bethléhem, après la naissance de l’enfant divin, Luc retrace la scène qui est vivante dans tous les cœurs chrétiens : (Luc 2.8-20) l’ange qui s’adresse aux bergers en termes inimitables (« aujourd’hui, dans la ville de David, un Sauveur qui est le Christ…  »), et aussitôt après le chant (voir Gloria) qui est resté l’expression de la joie du salut pour chacun et pour tous : « Gloire soit à Dieu…  » (Luc 2.14). Il n’y a aucune commune mesure entre cette pureté de sentiments et les singularités du judaïsme contemporain.

La tradition est unanime dans les quatre Évangiles à affirmer la présence d’anges au lieu et au moment de la résurrection. Marc place un ange dans le sépulcre (Marc 16.4-8). Matthieu parle d’un « ange du Seigneur », lumineux, qui roule la pierre, rassure les femmes et les envoie en Galilée (Matthieu 28.1-7). Chez Luc « deux hommes vêtus d’habits d’une éclatante blancheur » disent : « Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? » (Luc 24.5). Jean place dans le sépulcre les deux anges qui disent à Marie de Magdala : « Pourquoi pleures-tu ? » (Jean 20.11-13). Sous des divergences de forme et à des moments différents, c’est le souvenir d’un message du ciel à la terre dans une circonstance unique. Le texte inauthentique qui s’est introduit plus tard dans le quatrième Évangile, sur l’ange qui troublait l’eau dans la piscine de Béthesda (Jean 5.4), est conforme aux idées de la Perse sur les anges des eaux.

b.

L’angélologie de saint Paul est un drame entre les croyances complexes qu’il a reçues de la synagogue et la grandeur simple de sa foi chrétienne. Il n’est pas facile de retracer sa doctrine première. Il était pharisien et ceci indique la tradition ; mais son ferme esprit a dû s’en tenir à l’essentiel, comme vraisemblablement son maître Gamaliel. D’autre part, son inspiration d’apôtre a réagi sur ses conceptions pour les simplifier et tout soumettre à Christ. Ce qui est sûr, c’est qu’il a devant les yeux le monde immense des esprits. Deux royaumes : anges, démons. Les anges, innombrables, tant ils ont de catégories. Mais c’est une hiérarchie flottante, avec l’affirmation abstraite de pouvoirs étages, sans rien sur les caractères et les fonctions. Aux Éphésiens, Paul énumère les principautés, les autorités, les puissances, mais il ajoute : « toute dignité, tout nom qui se puisse nommer » (Éphésiens 1.21). Aux Colossiens, il énumère les majestés, les seigneuries, les principautés, les puissances (Colossiens 1.16). Aux Thessaloniciens, l’archange (1 Thessaloniciens 4.16). Les anges sont serviteurs de Dieu pour son règne. Ils ont apporté la Loi au Sinaï (Galates 3.19), idée traditionnelle qui accentue le caractère subordonné, temporaire de la Loi. Lui-même a l’expérience du réconfort que leur message apporte (Actes 27.23 et suivant : « Sois sans crainte…  »). Ils accompagneront le Christ à sa venue (1 Thessaloniciens 4.16). Quant aux démons (voir ce mot), Satan est leur chef. Il séduit (2 Corinthiens 11.3), il détruit (1 Corinthiens 5.5). Ses anges sont dans les airs, leur domaine est le paganisme (1 Corinthiens 10.21), le présent siècle. Ils frappent (2 Corinthiens 12.7). Le bouclier de la foi éteint leurs traits enflammés (Éphésiens 6.16). Ils semblent bien avoir une hiérarchie : principautés, autorités, puissances « de ce monde de ténèbres », associés aux « manœuvres du diable » (Éphésiens 6.12). Mais ceci est moins clair : une série de textes indiquent, comme dans Daniel, ces « chefs » en lutte avec les représentants invisibles du peuple de Dieu, des anges qui ne sont pas bons, dont le rôle est inquiétant, qui servent les desseins du malin sans être des démons. Puissances intermédiaires qui président aux nations dont la politique est contraire au règne de Dieu. Ces archontes n’ont pas su reconnaître le Seigneur sous la chair qu’il avait revêtue, et l’ont crucifié (1 Corinthiens 2.8). Il ne s’agit pas des autorités politiques, mais des puissances transcendantes qui les doublent sur le plan invisible et les inspirent. Puissances élémentaires aussi, dominant la nature qui leur a été assujettie et qui soupire après la délivrance (Romains 8.21). Puissances dont relèvent les formes inférieures de la vie morale et religieuse (cf. Galates 4.3 ; Colossiens 2.20). De ce nombre sont les anges et les archanges, les puissances, la hauteur et l’abîme qui ne pourront pas nous séparer de l’amour de Dieu en Jésus-Christ (Romains 8.38 s). En face de ce monde invisible, si complexe, la pensée de l’apôtre est nette : pour ces esprits et pour nous, Christ doit être seul roi. C’est par lui et pour lui que tout a été créé (Colossiens 1.16), chef de l’Église, premier-né d’entre les morts, afin qu’il soit le premier en tout (Colossiens 1.18). À Colosses, une théosophie d’Asie Mineure prônait le culte des anges (Colossiens 2.8 ; Colossiens 2.18), avec des abstinences et des spéculations (Colossiens 2.16 ; Colossiens 2.23). Point de culte à leur rendre. Ces êtres sont sans pouvoir désormais. La croix est le signe de leur défaite. L’œuvre rédemptrice les a dépouillés de toute autorité. Mais elle leur apporte la réconciliation (Colossiens 1.20). Au nom de Jésus, tout genou doit fléchir dans les cieux (Philippiens 2.10). Déjà aux Corinthiens l’apôtre avait tracé le plan du salut en marche jusqu’au jour où Dieu sera tout en tous (1 Corinthiens 15.28). Quant aux anges de Dieu, l’apôtre voit entre eux et l’Église un lien actuel qui nous oblige au respect envers ces témoins de notre culte (1 Corinthiens 11.10, cf. 1 Timothée 5.21), et qui leur permet d’apprendre « aujourd’hui par le moyen de l’Église à connaître la sagesse infiniment variée de Dieu selon le dessein éternel qu’il a réalisé en Jésus-Christ » (Éphésiens 3.10 et suivant). Le corps mystique de Jésus-Christ, tend à unir autour du Seigneur ressuscité et Roi la totalité de l’univers des esprits, la famille du Père, aux cieux et sur la terre (Éphésiens 3.15). S’il y a eu chez Paul, pharisien, quelque gnosticisme juif, et si une tendance analogue se rencontre à Colosses, on voit comment l’apôtre l’a combattue, vaincue et absorbée dans ce qu’on peut appeler la gnose de la rédemption.

c.

Dans le reste du Nouveau Testament (l’Apocalypse mise à part), peu de chose s’ajoute à ces enseignements. Luc, dans les Actes, retrace la vie de la primitive Église de Jérusalem conduite par l’Esprit de Dieu et recevant des messages. Corneille, en vision, voit et entend un ange au moment où Pierre a la vision de la grande nappe et entend une voix qui l’explique (Actes 10.3-6 9-18,30-32). À deux reprises un ange ouvre les portes de la prison : aux apôtres (Actes 5.19), à Pierre (Actes 12.7-10). Un message est adressé à Philippe (Actes 8.26). Tout ceci rappelle Luc 1 et 2. L’épître de Jacques parle de Dieu, créateur des esprits de lumière : ainsi s’explique Jacques 1.17 ; les chrétiens étant « en quelque sorte l’élite de ses créatures » (Jacques 1.18). La 1ère épître de Pierre, comme Éphésiens 3.10, montre les anges s’associant à l’Église dans l’étude du dessein réalisé en Jésus-Christ (1 Pierre 1.12). L’épître aux Hébreux oppose le Fils unique aux anges contre ceux qui auraient voulu faire rentrer le Christ dans la catégorie des anges (Hébreux 1.4). Il règne, et ceux-ci sont des esprits serviteurs (Hébreux 1.11). C’est à lui et non à eux que le monde à venir sera soumis (Hébreux 2.5). Ils prennent la simple forme humaine, acceptent l’hospitalité (Hébreux 13.2). Ils transmettent la Parole (Hébreux 2.2). Ils sont innombrables, bienheureux, réunis dans l’au-delà aux esprits des justes parvenus à la perfection (Hébreux 12.22 et suivant).

d.

L’angélologie de l’Apocalypse est un tableau complet de ce que l’Église, après la synagogue, croyait et pensait des anges. Elle met ces croyances au service des espérances chrétiennes. Les anges sont des messagers qui viennent entr’ouvrir le secret de l’au-delà et de l’avenir (Apocalypse 1.1). L’auteur dépeint leur peuple immense (Apocalypse 19.1), tout occupé à louer Dieu, à exécuter ses jugements, à préparer la gloire à venir. Voici les sept qui sont devant le trône (Apocalypse 1.4). Inégaux en puissance, en force, en beauté, en éclat (Apocalypse 5.2 ; Apocalypse 10.1 ; Apocalypse 18.1), les anges remplissent les fonctions les plus diverses. Ils encensent (Apocalypse 8.3) ; on entend leurs cantiques, où se retrouvent sans doute ceux que chantait l’Église (Apocalypse 4.8 ; Apocalypse 4.11 ; Apocalypse 5.9-13). La multitude des rachetés les rejoint (Apocalypse 7.9-17). Dans le drame de la fin, les anges exécutent les sentences ; ils montent des chevaux aux couleurs symboliques (Apocalypse 6.2-8). Leur armée est prête (Apocalypse 19.14). Ils sonnent des trompettes (Apocalypse 8.2). Ils versent les coupes (Apocalypse 16.1). Des anges proclament les jugements (Apocalypse 14.8 et suivant). Un autre vole en portant l’Évangile éternel (Apocalypse 14.6). D’autres, dans les intervalles, expliquent au Voyant ce qui se passe (Apocalypse 17.7), mesurent avec un roseau d’or (Apocalypse 21.15 ; Ézéchiel 40.5). Il y a celui qui est représenté par une étoile (Apocalypse 9.1), ceux qui président aux neuves (Apocalypse 9.11) et aux vents (Apocalypse 7.1). Il y a les êtres symboliques (Apocalypse 4.4), les voix (Apocalypse 4.1 ; Apocalypse 16.1). Ce monde de l’invisible est tout entier au service de la justice. Toute séduction vient des esprits du mal (Apocalypse 12.9-13), dont la défaite est certaine (Apocalypse 12.7). Ces peintures de l’au-delà montrent que pour l’auteur les anges ont une personnalité, en règle générale la forme humaine, et ne peuvent être regardés comme de purs esprits ; ils semblent avoir des corps de substance éthérée, glorieuse, qu’on peut rapprocher de ceux des élus dans le ciel (Apocalypse 7). Leur pureté morale, leur attachement au service de Dieu sont immuables. Mais ils sont, à leur place, ce que le chrétien est à la sienne. Aucune sorte de culte ne saurait leur être rendue. L’auteur le dit et le redit : « Garde-toi de le faire… je suis ton compagnon de service… adore Dieu » (Apocalypse 19.10 ; Apocalypse 22.9, cf. Colossiens 2.18).

An.

Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com

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