Dictionnaires bibliques

Osée

Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Osée », un article après l’autre.

Dictionnaire de la Bible (Bost)

1°. Voir Josué.

2°. Roi d’Israël. Dix-neuvième et dernier roi d’Israël, fils d’Éla (2Rois, 15.30 ; 17.1). Il succéda à Pékakh contre qui il avait conspiré, et qu’il fit mettre à mort, mais il ne put monter sur le trône qu’après neuf ou dix ans d’une affreuse anarchie. Moins coupable que ses prédécesseurs, il ne suivit cependant pas la bonne voie ; éminemment faible, il laissa subsister l’idolâtrie dans ses états, mais sans s’opposer aux prophètes et aux saints messagers de la repentance et de la loi. Salmanéser roi d’Assyrie, fils de Tiglath-Pilèser, marcha contre lui, l’asservit et lui imposa un tribut ; mais quelque temps après, ayant fait alliance avec le roi d’Égypte, Osée crut pouvoir secouer le joug, et refusa de payer le tribut ; ce fut le dernier acte de la politique d’Israël. Salmanéser revint, assiégea Samarie, la prit, égorgea une partie de ses habitants, et emmena en exil le roi et l’élite de la nation. Ainsi furent accomplies les prophéties d’Ésaïe (5.7-13-19, 22-30, et d’Osée (8.5-7 ; 9.7 ; etc.).

D’après 2 Rois 15.30, Osée commença à régner la vingtième année de .lotham (739 avant Jésus-Christ), et d’après 2 Rois 17.1, ce ne fut que la douzième année d’Achaz (729) ; le même historien aurait donc, dans le même livre et dans deux passages presque successifs, établi une différence de dix ans entre deux données sur le commencement d’un règne qui a dû être célèbre ; il est évident qu’il ne saurait y avoir là de contradiction ; l’inspiration même n’est pas en cause, mais le simple tact, le bon sens, la réflexion de l’historien. Le premier passage fixe l’année de la mort du précédent roi, celle où Osée commence à se mettre à la tête des affaires, et à lutter pour se faire reconnaître ; le second passage indique le moment où, après de longs combats, il commence à régner sans conteste (Desvignoles, Bengel, Winer, etc.).

C’est dans la troisième année du règne d’Osée que le pieux Ézéchias étant monté sur le trône de Juda, fit convoquer à Jérusalem les fidèles des dix tribus pour une Pâque solennelle qu’il se proposait de célébrer ; mais les peuples s’en moquèrent ; quelques hommes seulement d’Aser, de Manassé, et de Zabulon se rendirent à cet appel. Ce royaume était vermoulu et mûr pour sa ruine.

Avec Osée tomba le royaume d’Israël, près d’un siècle et demi avant celui de Juda, laissant à celui-ci un avertissement solennel des conséquences de l’idolâtrie ; on peut remarquer qu’aussitôt après avoir raconté la chute d’Israël, l’historien sacré ajoute la liste des péchés dont cette chute était le châtiment.

3°. Prophète. Le premier en rang des douze petits prophètes, et aussi l’un des trois plus anciens dans l’ordre chronologique. Quant à sa personne, tout ce que l’on en sait, c’est qu’il était fils d’un certain Beéri qui, du reste, est complètement inconnu. L’ingénieux rapprochement de ce nom avec celui de Béera, Rubénite (1 Chroniques 5.6), ne peut rien démontrer. On ignore même si Osée appartenait au royaume de Juda ou à celui des Dix tribus ; les arguments pour ou contre ces deux hypothèses se contrebalancent à peu près, comme le font remarquer Winer et De Wette ; cependant, l’opinion qui fait d’Osée un sujet du roi d’Israël, se justifierait plutôt par les considérations suivantes, développées par Haevernick. D’abord il est rare qu’un prophète de Juda ait été envoyé auprès des Dix tribus ; les seuls exemples connus sont ceux de 1 Rois 13, Amos 7, et, dans ces deux cas, il y a, en quelque sorte, une justification, une explication de ce fait, ce qui n’a pas lieu pour Osée. Puis le langage de ses oracles, un peu rude et semé d’araméismes, semble indiquer que l’auteur appartenait aux districts septentrionaux de la Palestine. Enfin, la connaissance détaillée que le prophète possède des diverses localités du royaume schismatique (5.1 ; 6.8-9 ; 12.12 ; 14.6 ; etc.), et surtout certaines expressions, comme le pays (1.2), notre roi (7.5), ne s’expliquent guère que dans la bouche d’un natif du pays, d’un sujet de Jéroboam II.

Le temps auquel vécut Osée est indiqué dans le premier verset de son livre, qui sert de titre à tout le recueil. Il a prophétisé sous le règne des rois de Juda, Ozias, Jotham, Achaz et Ézéchias, et du roi d’Israël Jéroboam II. Les époques extrêmes de son ministère ont donc été Jéroboam qui mourut (784 avant Jésus-Christ) et Ézéchias qui monta sur le trône en 725, ce qui constitue une activité prophétique d’au moins soixante années ; si l’on prend, au contraire, pour extrêmes l’avènement de Jéroboam et la mort d’Ézéchias, on atteint le chiffre de cent vingt-deux ans ; mais il est clair que le premier est plus près de la vérité que le second. Sous ce rapport, Osée rappelle Jérémie et Daniel, qui commencèrent dès leur jeune âge, et poursuivirent, pendant leur longue carrière, leur laborieuse mission. Osée et Jérémie apparaissent comme les anges gardiens de leur patrie, se voilant la face parce que leurs paroles ne peuvent réveiller leurs compatriotes, ni les sauver de la destruction qui les menace.

Osée vivait pendant l’époque la plus sombre de la politique d’Israël. Avec Jéroboam, la maison de Jéhu se précipitait vers sa ruine. Des troubles intérieurs, des attaques du dehors sous Phul et Tiglath-Piléser, menaçaient l’indépendance et l’existence même du pays. Après la chute de la maison de Jéhu, sous Zacharie, quelques aventuriers heureux, Sallum, Manahem, Pékach, réussirent à s’emparer, les uns après les autres, du trône, mais sans pouvoir tenir les rênes de l’État, qui était réellement livré à l’anarchie sous l’apparence de la royauté. Au point de vue religieux, les Éphraïmites faisaient au prophète la position la plus difficile ; s’ils eussent été complètement idolâtres, Osée eût pu directement s’élever en témoignage contre leur abandon du vrai Dieu ; si, tout en se livrant aux désordres de la vie, de la chair et du péché, ils eussent conservé, pur et sans mélange, le culte de l’Éternel, le prophète eût pu en appeler de leurs œuvres à leur foi, et les convaincre de péché par leur propre profession ; mais ils avaient adopté un mélange philosophique de judaïsme et de paganisme, un amalgame du culte de Baal avec la religion de leurs pères, qui les relevait à leurs propres yeux, les endurcissait dans leur demi-erreur, et semblait leur permettre de croire que, pourvu qu’ils restassent attachés à l’Éternel, il n’était point nécessaire qu’ils renonçassent au culte de Baal et des veaux de Dan et de Béthel. Dans la supposition la plus favorable, Osée ne pouvait leur apparaître que comme un enthousiaste, un fanatique bien intentionné.

Les mœurs devaient naturellement se ressentir et de l’anarchie politique, et de l’apostasie religieuse. La puissance que le royaume avait un instant recouvrée sous Jéhu, n’avait servi qu’à frayer la voie à tous les vices ; en s’enrichissant, le peuple s’était corrompu ; avec le relâchement des liens civils, les autres liens s’étaient également relâchés ; la religion n’avait plus d’influence sur les cœurs, parce que ceux qui l’avaient faite l’avaient, comme toujours, modelée sur les passions de la multitude, et façonnée au gré du grand nombre. La mesure était comble. De là le caractère particulier des oracles du prophète. S’il rappelle Amos en plusieurs passages (cf. Osée 4.15 ; Amos 5.5 ; Osée 5.5 ; 7.10 ; Amos 6.8 ; Osée 10.4 ; Amos 6.12 ; 5.7 ; Osée 8.14 ; Amos 2.5), c’est comme Ésaïe 2, rappelle Michée 4 ; comme 2 Pierre rappelle Jude ; son individualité, son caractère ne disparaît pas sous ces rapprochements. Il ne vient pas tant pour consoler son peuple et lui ouvrir des perspectives de bonheur, que pour l’instruire, l’avertir et le censurer ; car l’homme enflé de sa propre sagesse n’aspire pas vers des temps meilleurs ; il faut surtout chercher à le convaincre de l’immoralité de ses actions, afin d’en déduire clairement son appauvrissement spirituel sur lequel il se fait illusion.

C’est probablement avec Osée que commence la transition de la prophétie parlée, à la prophétie écrite, et l’on a tout lieu de croire qu’il est le premier qui ait rédigé et recueilli ses oracles. Tout chez lui semble indiquer non le commencement d’une ère nouvelle, mais la fin de l’ancienne. Il reste éminemment juif ; sa mission se borne au royaume d’Éphraïm ; ce n’est qu’en passant qu’il parle de celui de Juda, et, quant aux nations étrangères, il n’a rien pour elles, pas même des menaces. Des menaces seraient, en effet, déjà un avertissement, par conséquent une marque d’intérêt, et les prophètes postérieurs s’occupent des païens sous ce rapport ; puis, après les menaces, viennent aussi peu à peu les promesses. La transition est à la fois naturelle, intelligible, et bien appropriée aux besoins et aux préjugés des Juifs. Mais les oracles relatifs aux Gentils ne pouvaient leur être adressés de vive voix ; ils devaient être écrits. Osée, en écrivant ses prophéties pour les Juifs, prépare ainsi la voie à ceux qui écriront pour Tyr, l’Arabie, et les nations plus éloignées.

Il embrasse moins l’avenir que le présent, dont il fait un tableau varié, vivant, et remarquablement coloré. Son style lyrique est obscur et difficile, composé de phrases sentencieuses, courtes et saccadées, qui indiquent plutôt qu’elles n’expliquent la pensée du prophète. Il semble parler parfois en hiéroglyphes, et l’on se surprend souvent à désirer qu’il développe et coordonne les idées qu’il ne présente que détachées et comme voilées. Le recueil de ses prophéties se divise en deux parties principales : la première, chapitres 1-3, est en prose : elle date du commencement de son ministère (1.2) et contient l’histoire de ses rapports avec deux femmes, dont l’une, Gomer, fille de Diblaïm, fut son épouse légitime, et lui donna plusieurs fils ; l’autre, femme d’une conduite irrégulière, conclut avec lui un marché par lequel elle consentait à habiter dans sa maison, mais sans aucun autre rapport que celui de la protection qu’Osée lui promettait. La signification symbolique de cette double relation devait rappeler aux Juifs, d’une manière frappante, les rapports de Dieu avec eux, et leur défection représentée souvent comme un adultère dans les oracles des prophètes.

Un grand nombre d’auteurs, Calvin entre autres, scandalisés de l’interprétation littérale de ces premiers chapitres, ont voulu n’y voir qu’une simple parabole. Hengstenberg et Hievernick vont un peu plus loin, et pensent que ces faits ont dû se passer réellement, mais pas extérieurement, dans l’esprit et non dans la vie du prophète, qui raconte ici des expériences intimes, et les développe à l’usage du peuple. Il serait trop long d’entrer ici dans la réfutation de ces systèmes allégoriques ; nous renvoyons aux articles de freiswerk dans le Morgenland (1841, p. 129 et suiv., 461 et suiv.), et traduits en français sous le titre de : « Les douze petits prophètes », par la Société de Neuchâtel ; nous nous bornerons à faire remarquer que si le fait lui-même était de toute autre nature, on n’aurait pas eu l’idée d’en nier la réalité ; qu’il s’agit pour Osée d’un mariage réel ; que Gomer peut aussi bien avoir été une femme idolâtre, païenne ou juive, qu’une femme débauchée ; que, dans les rapports d’Osée avec la seconde femme, rien n’indique qu’il y ait eu commerce intime et illégitime ; que les détails donnés par le prophète sur le nom de la première femme et de son père, le prix de la seconde, le sexe des enfants, seraient tout à fait oiseux si l’histoire, n’était qu’une allégorie ; qu’enfin un ordre de Dieu enlève à une action quelconque tout caractère d’immoralité.

Quant au sens de cette première partie, l’auteur a pour but de faire considérer les maux d’Israël comme un châtiment de son schisme et de son idolâtrie ; il annonce la ruine de la maison de Jéhu et la chute des dix tribus, les compassions de Dieu pour le royaume de Juda, les jours heureux qui recommenceront à luire sur Israël dès qu’il sera revenu pour toujours à ses rois légitimes et à son Dieu.

La 2e partie du livre comprend les chapitres 4-14 : le style en est poétique et lyrique, et semble préparer le langage prophétique. On peut dire d’une manière générale que ces onze chapitres appartiennent à la dernière moitié du ministère d’Osée, mais on n’en fixe pas l’époque ; on ignore même s’ils appartiennent à divers temps, ou s’ils ont été rédigés par le prophète au même moment : dans ce dernier cas ils seraient postérieurs à la prise d’Arbélah par Shalman (10.14), qui eut lieu sous Osée roi d’Israël, et en la sixième année d’Ézéchias, roi de Juda, c’est-à-dire en 719, (ce qui porte à soixante-cinq ans au moins la vie prophétique d’Osée.) Le prophète développe ici ce qu’il a dit dans ses trois premiers chapitres ; sa parole sévère ne s’adresse qu’au présent, et n’empiète qu’à peine sur les temps futurs ; ce n’est qu’au dernier chapitre qu’il jette comme un regard furtif sur les jours du salut ; alors il ne sera plus question de recourir aux puissances temporelles de l’Égypte et de l’Assyrie (14.3) ; l’idolâtrie aura pris fin (v. 8), Israël converti de cœur se réjouira en l’Éternel seul (v. 1-2, 4), Osée n’en dit pas davantage sur ce sujet ; il annonce des malheurs prochains, mais le moment n’est pas venu d’annoncer clairement les promesses ; d’ailleurs qui les comprendrait ? qui est celui qui est sage ? C’est avec cette parole plaintive qu’il se retire de la scène prophétique, laissant à ses successeurs le bonheur de faire connaître à un peuple châtié et mieux préparé, les moyens de grâce que l’Éternel a en réserve pour ceux qui le craignent.

Plusieurs passages d’Osée sont rappelés dans le Nouveau Testament (Matthieu 2.15 ; 9.13 ; Luc 23.30 ; 1 Corinthiens 15.55 ; etc.) ; le prophète est nommé en Romains 9.25-26.

Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com

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Dictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)

Osée (1)

C’est le premier nom du Josué, fils de Nombres (Nombres 23.9-17). Les Grecs le nomment Ausé ou Ausem. Ensuite il porta le nom de Josué. Voyez son article.

Osée (3)

Fils de Béeri, est le premier des douze petits prophètes. Saint Épiphane dit qu’il était de la ville de Bélémoth, dans la tribu d’Issachar, qui n’est autre apparemment que Béelméon, vers Esdrélon, dans cette tribu. Les rabbins lui donnent pour père Béera, dont il est parlé dans les Paralipomènes (1 Chroniques 5.6), et qui était prince de la tribu de Ruben, du temps que Théglathphalassar emmena captives quelques-unes des tribus d’Israël (2 Rois 15.29). Mais si cela est, il faudra dire qu’Osée était de la tribu de Ruben et natif de Béelméon au delà du Jourdain. Ce prophète a vécu dans le royaume de Samarie, et la plupart de ses prophéties regardent cet État ; quoiqu’il y ait aussi certaines choses qui concernent le royaume de Juda.

On lit à la tête de sa prophétie, qu’il a prophétisé sous les rois de Juda, Ozias, Joathan, Achaz et Ézéchias, et sous Jéroboam II roi d’Israël. S’il a prophétisé sous tous ces princes, il faut qu’il ait vécu fort longtemps ; car depuis le commencement d’Ozias jusqu’à la fin d’Ézéchias il y a cent douze ans. Ajoutez, si vous voulez, vingt ou vingt-cinq ans qu’Osée pouvait avoir lorsqu’il commença à prophétiser ; cela fera cent trente-deux ou cent trente-sept ans. Et quand on ôterait dix ans d’Ozias et autant d’Ézéchias, pendant lesquels Osée a pu ne pas prophétiser, resteraient encore cent douze ou cent quinze ans. Dans tout le corps de la prophétie d’Osée on ne trouve rien qui prouve qu’il ait prophétisé si longtemps ? et d’ailleurs, pourquoi intituler sa prophétie des règnes des rois de Juda, sous la domination desquels il ne vivait pas ? Il y a donc assez d’apparence que ce titre n’est point d’Osée, mais de quelque ancien copiste ; et que le vrai commencement de l’ouvrage de ce prophète est à ces mots : Principium loquendi domino in Osee. Nous croyons qu’il commença sur la fin du règne de Jéroboam II roi d’Israël.

Saint Jérôme et plusieurs autres croient qu’Osée est le plus ancien des prophètes dont on ait les écrits. Il fut témoin de la première captivité des quatre tribus emmenées par Théglathphalassar, et de l’extinction du royaume de Samarie par Salmanasar Saint Jérôme veut même qu’il ait encore prophétisé depuis. Les premiers versets du chapitre 1 regardent la mort de Zacharie, roi d’Israël et fils de Jéroboam II. Depuis le verset 6 du premier chapitre jusqu’au chapitre 3 c’est une prédiction de la captivité d’Israël ; mais après avoir prédit cette captivité, il en annonce le retour et la fin. Il invective fortement contre les désordres qui régnaient alors dans le royaume des dix tribus. Il parait que de son temps il y avait des idoles non-seulement à Dan, à Béthel et à Samarie, mais aussi à Galgal (Osée 4.15 ; 9.15 ; 12.11), sur le Thabor (Osée 5.1), à Sichem (Osée 6.9), à Béersabée (Amos 5.5) et sur les montagnes de Galaad (Osée 5.1 ; 6.8). Il parle des Israélites comme d’un peuple entièrement corrompu et dont les crimes étaient montés à leur comble. Il prédit que leurs veaux d’or seront renversés, jetés par terre et menés en Assyrie (Osée 8.5 ; 1à :5,6).

Il n’épargne pas non plus les dérèglements qui régnaient dans Juda. Il s’élève contre ceux qui allaient adorer les faux dieux à Galgal (Osée 4.15). Il parle de la venue de Sennachérib sur les terres de Juda (Osée 8.14). Il prédit que Juda demeurera encore quelque temps dans son pays après la captivité des dix tribus (Osée 1.7) ; mais qu’après cela il sera aussi lui-même emmené captif au delà de l’Euphrate, d’où le Seigneur le ramènera après un nombre d’années (Osée 1.10-11). Le style d’Osée est obscur et ses expressions souvent suspendues et embarrassées. Les choses dont il parle contribuent encore à son obscurité, à cause de leur éloignement et de l’ignorance où nous sommes de l’histoire de ce temps-là.

Au commencement de la prophétie d’Osée, nous lisons que le Seigneur lui dit d’épouser une femme prostituée et d’avoir d’elle des enfants de prostitution, c’est à-dire, d’épouser une femme qui, avant son mariage, aurait vécu dans le désordre, mais qui, depuis son mariage, se serait retirée de tout mauvais commerce et dont les enfants devaient être légitimes, quoique, à cause de la tache du premier état de leur mère, ils soient nommés fils de prostitution. Cette femme prostituée et les enfants qui en devaient naître étaient une figure et une espèce de prophétie réelle qui marquaient l’idolâtrie et l’infidélité de Samarie et des dix tribus, autrefois épouse du Seigneur, et depuis devenue corrompue et adultère. Les enfants de cette femme infidèle sont des enfants de prostitution, puisqu’ils imitent l’idolâtrie de leur mère. Dieu donne à ces enfants les noms de Jezrahel, de Sans miséricorde, et de Lo-ammi, Vous n’êtes plus mon peuple, pour marquer :

1° Que Dieu allait venger sur la maison de Jéhu, roi d’Israël, les crimes qu’il avait commis à Jezrael, lorsqu’il usurpa le royaume des dix tribus ;

2° Que le Seigneur traiterait sans miséricorde son peuple idolâtre et criminel ;

3° Enfin qu’il le rejetterait et ne le regarderait plus comme son peuple.

Plusieurs interprètes, choqués de l’irrégularité qui parait dans ce mariage d’Osée avec une femme de mauvaise vie, ont cru que cela n’était qu’une parabole ; que ce, prophète avait donné à la femme qu’il épousait le nom de prostituée, pour réveiller l’attention des Israélites ; ou que tout ceci s’était simplement passé en vision, sans que lo prophète en fût venu à. l’exécution. Mais toute la suite du récit d’Osée fait assez voir que ce mariage fut très-réel, quoiqu’il fût figuratif quant aux choses qu’il désignait et qui devaient être suivies de l’exécution ; et c’est le sentiment de saint Basile, de Théodoret, de saint Augustin et d’un grand nombre de bons interprètes.

Osée (3)

Dernier roi d’Israël. Il était fils d’Ela ; et ayant conspiré contre Phacée, fils de Romélie, roi d’Israël (2 Rois 15.30), il le tua, et se rendit maître de ses États. Il fit le mal devant le Seigneur (2 Rois 17.1-2), mais non comme les rois d’Israël qui l’avaient précédé, c’est-à-dire, selon les docteurs juifs, qu’il ne défendait pas à ses sujets d’aller, s’ils voulaient, à Jérusalem, rendre leur culte au Seigneur ; au lieu que les rois d’Israël ses prédécesseurs l’avaient défendu sous de grosses peines, ayant même placé des gardes sur les chemins, pour l’empêcher. Salmanasar, roi d’Assyrie, ayant eu avis qu’Osée, dont le royaume était demeuré jusque-là tributaire aux Assyriens, songeait à se révolter, et qu’à cet effet il avait pris des mesures avec Sua, roi d’Égypte [Voyez Sua], pour secouer le joug des Assyriens, il marcha contre lui, fit des courses dans tout le pays, et après y avoir causé de grands dégâts, assiègea Samarie ; la ville fut prise après trois ans de siège : c’était la neuvième année d’Osée. Salmanasar exerça contre les Israélites les dernières rigueurs. Il ouvrit les femmes enceintes (Osée 14.1), et brisa Contre terre leurs enfants, encore tendres. Samarie fut réduite en un monceau de ruines (Michée 1.6). Le roi d’Assyrie transporta au delà de l’Euphrate les Israélites des dix tribus qui se trouvèrent dans le pays, et envoya en leur place les Chutéens, qui y sont encore aujourd’hui connus sous le nom de Samaritains. Ainsi furent vérifiées les menaces que le Seigneur avait faites si souvent contre cette ville criminelle.

La chronologie du règne d’Osée est extrêmement embrouillée, à cause de l’incompatibilité de quelques dates qui sont marquées dans l’Écriture. Il est dit (2 Rois 15.30), qu’Osée commença à régner la vingtième année de Joathan, fils d’Ozias. C’était la quatrième d’Achaz, puisque Joathan, son père, était mort quatre ans auparavant, n’ayant régné que seize ans (2 Rois 15.32-33). Et au chapitre 17.1, de ce même livre, il est dit qu’Osée commença à régner la douzième année d’Achaz. Enfin l’Écriture (2 Rois 15.27) ne donne que vingt ans de règne à Phacée. Cependant si la dernière année de Phacée et la première d’Osée concourent avec la vingtième de Joathan (2 Rois 15.30), il est clair que Phacée aura régné vingt-deux ans, puisque Joathan a commencé à régner la seconde année de Phacée (2 Rois 15.32).

Pour concilier toutes ces diversités, on peut dire qu’Osée conspira contre Phacée la vingtième année de ce prince, qui était la dix-huitième après le commencement de Joathan. Osée fut encore deux ans avant que de se rendre maître des États de Phacée ; de manière qu’il ne fut reconnu pour roi d’Israël que deux ans après, c’est-à-dire la quatrième année d’Achaz et la vingtième de Joathan. Enfin, la douzième année d’Achaz, il régna paisiblement sur tout Israël, suivant le chapitre 17 v. 1. On peut voir Ussérius et les commentateurs, pour concilier ces différentes dates.

Osée (4)

Fils d’Ozaziu, était chef (le la tribu d’Ephraïln sous David (1 Chroniques 27.20).

Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com

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Dictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)

Le premier des douze « petits prophètes ». L’une des plus grandes personnalités de l’Ancien Testament. Il a fait jaillir dans le monde des âmes une source d’eau vive que rien, par la suite, n’a pu tarir.

1. La personne d’Osée

Nous avons sur elle un petit nombre de renseignements précis. Il était fils d’un nommé Bééri (Osée 11), et sa femme s’appelait Gomer, fille (c’est-à-dire probablement originaire) de Diblaïm (Osée 13). Conformément à une habitude chère aux prophètes, il avait appelé ses enfants de noms symboliques (Osée 1.5 ; Osée 1.6 ; Osée 1.9) par lesquels s’exprimait son profond pessimisme en présence de la situation morale et politique de la nation où il vivait : Jizréel (écho lointain et sévère du massacre par lequel Jéhu avait exterminé la famille d’Achab, 2 Rois 9 et 2 Rois 10) ; Lo-Ruhama (celle dont on n’a pas pitié) ; Lo-Ammi (pas mon peuple). D’autre part, Osée 2.1 paraît signifier que le ménage du prophète fut troublé par des événements douloureux (voir plus bas, paragraphe 3).

Quelques indications plus générales sur la personnalité d’Osée ressortent d’une étude attentive de son livre. Comme Amos, il prophétise dans le royaume du Nord, mais, à la différence de son prédécesseur, qui était venu des montagnes de Juda, il appartient, lui, selon toute vraisemblance, au terroir d’Israël. Il cite en effet uniquement des localités ressortissant au royaume des Dix Tribus, et les spécialistes croient pouvoir reconnaître chez lui quelques formes particulières à l’hébreu septentrional. On est en droit aussi d’affirmer avec certitude qu’il est un rural. Il parle des « villes » d’une manière abstraite et dédaigneuse (Osée 8.14 ; Osée 13.10) et de la vie des champs, au contraire, avec une compréhension et une poésie qui font penser aux paraboles de l’Évangile. Il connaît le monde des plantes (Osée 2.15 ; Osée 9.10 ; Osée 10.1 ; Osée 10.4) et les labeurs de la culture et de la moisson (Osée 10.11 ; Osée 10.12) ; il est familier avec le travail des bêtes domestiques (Osée 10.11 ; Osée 11.4) et avec le vol des oiseaux (Osée 7 ; Osée 8.1) ; il a vu les animaux sauvages et la menace qu’ils font peser sur les habitants de la campagne (Osée 5.14 ; Osée 13.7 et suivant). Enfin et surtout, comme tout bon citoyen des champs, il est sensible à la rosée (Osée 6.4), à la pluie fécondante (Osée 6.3), au vent d’Orient qui dessèche toutes choses (Osée 13.5). Déjà là se marque la qualité de son âme sensible et vibrante.

On a soutenu qu’il appartenait à une famille sacerdotale. Mais sa sévérité à l’égard des prêtres rend cette hypothèse peu probable. Par contre il n’y a pas lieu de douter qu’il ait porté officiellement (à la différence d’Amos) le nom de prophète (Osée 9.7). Mais il a condamné le prophétisme vulgaire avec la même force que le sacerdotalisme (Osée 4.5) et les noms qu’il a donnés à ses enfants semblent bien montrer que, dès le début, il s’est distingué des bandes de prophètes courtisans qui gagnaient leur vie à prophétiser le bonheur. En tout cas, la passion qui anime ses oracles, la souffrance qu’ils expriment, la puissance spirituelle qui s’en dégage prouvent que dans l’âme de ce prophète « de profession » habitait une admirable « vocation ».

2. L’époque d’Osée

La suscription du livre mentionne, comme contemporains du prophète, Ozias, Achaz, Ézéchias, rois de Juda, et Jéroboam, fils de Joas, roi d’Israël (Osée 11). Comme toute l’activité d’Osée a eu pour théâtre le royaume du Nord, il est normal de penser que les noms des rois de Juda sont ici adventices, ajoutés par un copiste de bonne volonté à l’usage des lecteurs Judéens du livre, à une époque postérieure. Quant au Jéroboam fils de Joas, roi d’Israël, que la suscription cite in fine, c’est le personnage connu dans l’histoire sous le nom de Jéroboam II le dernier grand roi des Dix Tribus, dont le gouvernement fut marqué par des succès politiques et un essor économique remarquables, et qui mourut, après un règne de 40 ans, en 744. Il semble d’ailleurs probable que les mots : « au temps de Jéroboam » ne concernent que le contenu des chapitres 1-3 d’Osée, lesquels alors seraient de peu antérieurs à 744.

Les chapitres 4-14, par contre, se révèlent comme étant en pleine harmonie avec la période excessivement troublée qui s’ouvre pour Israël avec l’assassinat, après six mois seulement de règne, de Zacharie, fils de Jéroboam II À ce moment, les facteurs extérieurs viennent se joindre aux dissensions intestines pour affaiblir le royaume un moment si prospère. C’était l’affaiblissement de la puissance assyrienne qui avait valu aux petites nations de l’Asie Antérieure quelques années de tranquillité. Mais l’avènement de l’énergique Tiglath-Piléser III (745-727) rend à la grande puissance mésopotamienne sa vigueur combative. Et pendant ce temps, à Samarie, les révolutions de palais se succèdent. Challoum, meurtrier et successeur de Zacharie, ne règne qu’un mois. Il est remplacé par Ménahem, qui garde le pouvoir 10 ans mais est obligé de verser un lourd tribut au roi d’Assyrie triomphant. Pékahia, son fils, au bout de 2 ans, est victime d’une nouvelle conspiration qui met sur le trône Pékah, fils de Rémalia. Celui-ci a la désastreuse idée d’entreprendre (735) de concert avec Retsin, de Damas, une guerre fratricide contre le royaume de Juda. Appelé au secours par les Jérusalémites affolés, Tiglath-Piléser, se hâte de profiter de l’occasion, et il enlève au royaume d’Israël une bonne partie de son territoire, emmenant les habitants en captivité. Ceci n’est du reste qu’une préface à des événements plus graves. Pékah, assassiné par les partisans de la soumission à l’Assyrie, est remplacé par Osée, fils d’Ela, qui paie d’abord fidèlement tribut aux vainqueurs, mais qui ne sait pas résister aux intrigues politiques provoquées dans toute la région par la mort de Tiglath-Piléser, et qui attire ainsi sur son pays une nouvelle attaque assyrienne, dont l’aboutissement sera, en 722, sous Sargon, la chute définitive de Samarie (2 Rois 15 et 2 Rois 17).

Il est impossible de savoir si Osée le prophète a connu ces heures sinistres de l’effondrement de son peuple., Les oracles que nous avons de lui n’en parlent pas. Mais tout au long des derniers chapitres de son livre on sent venir la catastrophe. Et l’on ne pourrait rien comprendre aux sombres prophéties qui remplissent ces pages si l’on ignorait les troubles que traversait Israël à l’époque où elles furent écrites.

3. Le livre d’Osée

Comme nous l’avons constaté précédemment (paragraphe 2), le livre qui porte le nom d’Osée est composé de deux parties distinctes : d’un côté les chapitres 1-3, sans doute antérieurs à 744 ; et de l’autre les chapitres 4-14, s’échelonnant sur les années 743-725 environ.

Les chapitres 1-3 posent un des problèmes critiques les plus délicats de l’Ancien Testament. L’histoire de cette « femme de prostitution » que le prophète épouse sur l’ordre de Yahvé, qu’il chasse ensuite à cause de son inconduite, mais à qui finalement, après un temps d’épreuve, il pardonne, la réinstallant dans ses prérogatives d’épouse et de mère, cette histoire reproduit-elle des faits réels qui auraient eu pour théâtre le ménage d’Osée, ou n’est-elle qu’une allégorie destinée à présenter sous un jour saisissant l’infidélité d’Israël ? Luther défendait la première interprétation, Calvin soutenait la seconde, et les avis ont été longtemps très partagés sur ce point. Il semblait cependant que, sous l’influence de Wellhausen notamment, la théorie allégorique était de plus en plus abandonnée et que l’unanimité était sur le point de se faire sur la réalité des événements relatés dans ces trois chapitres, lorsque des études récentes ont de nouveau tout remis en question. Après avoir critiqué vigoureusement (dans son Introduction) l’interprétation allégorique, le professeur Lucien Gautier ne craignait pas d’avouer, sur la fin de sa vie, que de graves hésitations lui étaient venues à ce sujet.

Peut-être cependant la difficulté d’interprétation que mettent en lumière ces oscillations de la recherche historique n’est-elle qu’apparente, et destinée à s’évanouir si, avec le professeur Paul Humbert, une distinction nécessaire est établie entre le chapitre 1er, qui mentionne des faits réels, de l’ordre biographique, et les chapitres 2-3, qui contiennent des exhortations de forme allégorique. La plupart des difficultés des deux opinions contraires disparaissent dès l’instant qu’une telle distinction est adoptée. Ainsi les « allégoristes » avaient toujours échoué à expliquer le fait que le nom de la femme d’Osée dans 13 n’avait aucune signification symbolique ; mais cette objection n’a plus de force si nous admettons le caractère autobiographique du chapitre 1er. Inversement, les « réalistes » étaient impuissants à expliquer, dans les chapitres 2 et 3, la coexistence de deux histoires de femme infidèle, analogues dans leur contexture générale, mais historiquement difficiles à concilier ; cette difficulté n’existe plus dès que les chapitres en question sont considérés comme allégoriques ; parlant à l’âme de son peuple, le prophète utilise sous deux formes différentes le même thème de la femme infidèle à la fois punie et aimée.

La répartition des chapitres 1-3 d’Osée entre deux éléments, l’un autobiographique, l’autre symbolique, nous paraît donc s’imposer. Mais il y aurait, d’autre part, exagération certaine à pousser cette distinction jusqu’à la séparation absolue, et à isoler complètement l’un de l’autre ces deux éléments qui, si distincts qu’ils soient, demeurent solidaires. Littérairement parlant il n’y a pas, entre eux, solution de continuité : le prophète commence par parler de lui-même et de sa famille ; puis, par un mouvement de pensée qui n’est peut-être pas très conforme aux exigences de notre logique, mais qui semble assez dans la ligne du génie oriental, il en vient à adresser un appel véhément à la conscience et au cœur de son peuple. Insensiblement l’autobiographie a coulé en allégorie. Au point de vue spirituel aussi les liens sont étroits entre le chapitre 1er et ce qui le suit. N’est-ce pas le fait autobiographique discrètement mentionné dans 12 qui explique, au moins en grande partie, les magnifiques allégories des chapitres 2 et 3 ? S’il n’avait pas souffert par sa femme, Osée aurait-il compris si profondément les sentiments de Yahvé souffrant par son peuple ? S’il n’avait pas éprouvé une telle indignation contre l’épouse infidèle, aurait-il su mettre des accents si pathétiques dans la bouche de Yahvé trompé par la nation infidèle ? S’il n’avait pas aimé Gomer d’un amour espérant contre toute espérance, aurait-il pu parler d’une manière si émouvante des perspectives d’un retour d’Israël à son Dieu ? « On ne peut pas supposer que tout le contenu de ces chapitres soit une étude abstraite de psychologie des émotions. C’est une expérience humaine actuelle qui donne à Osée la clef de la vérité divine » (Cheyne).

Dans le séculaire débat qui a pour objet la signification du début du livre d’Osée, nous en venons par conséquent à adopter une position synthétique : dans l’esprit du prophète, c’est l’allégorie qui est l’essentiel. Il n’écrit pas pour se raconter lui-même, mais pour accomplir son ministère de prophète en parlant à son peuple. Mais il s’appuie pour cela sur des faits personnels, qu’il indique avec une extrême sobriété. Les deux éléments biographique et symbolique se complètent et s’éclairent mutuellement : les merveilleuses pensées des chapitres 2 et 3 ont leurs racines dans les faits rappelés au chapitre 1er ; et à son tour, l’étrange affirmation de 12, qui nous montre l’Éternel ordonnant à son serviteur de prendre une femme de prostitution, s’illumine si nous nous rendons compte qu’aux yeux du prophète ébloui, une série d’événements qui lui a apporté de si hautes révélations divines ne peut qu’avoir été voulue de Dieu entièrement et dès ses tout premiers débuts (La lecture des chapitres 1-3 est grandement facilitée si l’on retranche quelques passages visiblement interpolés comme Osée 1.7 ; Osée 2.1-3 et peut-être Osée 2.21 et suivant. Quant à Osée 2.8 et suivant, sa place normale est à la suite de Osée 2.15).

La seconde partie du livre d’Osée (chapitres 4-14) est toute différente de la première. Ce n’est plus un récit s’achevant en une allégorie prestigieuse ; c’est une série de courts oracles qui se succèdent le plus souvent sans lien, et dont l’aspect entrecoupé correspond bien à la période troublée qui les a vus naître et à la nature passionnée du prophète qui les a prononcés. Les invectives les plus sévères voisinent avec les effusions les plus tendres. Et les efforts tentés pour retrouver dans ce chaos un plan n’ont abouti qu’à des résultats tout à fait décevants. Le plus probable est qu’à une exception près, les oracles nous sont donnés dans leur ordre chronologique, tels qu’ils sont sortis, tout brûlants, de l’âme du prophète.

Le texte de ces chapitres est extrêmement difficile à interpréter. D’une part il est rempli d’allusions à des faits que nous ne connaissons pas et de jeux de mots intraduisibles ; et d’autre part il est matériellement en très mauvais état : les fautes de copie, peut-être aussi les gloses interprétatives, y sont nombreuses ; la traduction des LXX, mauvaise elle-même, est d’un secours médiocre, et les tentatives de correction des exégètes n’aboutissent pas toujours à des résultats satisfaisants. En plusieurs endroits, il faut simplement renoncer à comprendre. D’une façon générale, les historiens sont d’accord pour éliminer comme postérieures la plupart des mentions de Juda qui parsèment le livre (Osée 4.15 ; Osée 5.5 ; Osée 5.10 ; Osée 5.12 ; Osée 5.13 ; Osée 5.14 ; Osée 6.4 ; Osée 6.11 ; Osée 8.14 ; Osée 10.11 ; Osée 12.1-3).

Ces mentions donnent presque toujours l’impression de survenir artificiellement, et elles étonnent dans une prédication entièrement consacrée à agir sur l’Israël du Nord. Il est donc naturel d’y voir des adjonctions dues à un annotateur judéen postérieur, désireux d’annexer en quelque sorte Osée à son pays. Cet annotateur (qui était peut-être plusieurs) paraît avoir quelquefois ajouté des phrases entières, quelquefois substitué simplement le mot de Juda à celui d’Israël.

Les chercheurs sont moins unanimes au sujet des fragments contenant des promesses, c’est-à-dire essentiellement les chapitres 11 et 14. K. Marti et Cheyne, notamment, nient l’authenticité de ces passages qu’ils estiment impossibles à concilier avec les autres prophéties, toutes plus menaçantes les unes que les autres, d’Osée. Mais une telle logique paraît trop rigoureuse, et pas assez conforme à la réalité psychologique. D’une même âme, lorsqu’elle est passionnée comme celle d’Osée surtout, peuvent bien jaillir successivement les accents de l’indignation qui condamne et ceux de la tendresse qui espère. Des contrastes analogues se rencontrent chez Jérémie, dans l’épître aux Philippiens, dans l’Évangile lui-même. Selon ses dispositions intérieures du moment, selon les réactions de ses auditeurs, un prophète peut fort bien jeter à certains moments le feu et la flamme de la condamnation, et d’autres fois essayer d’obtenir la conversion de ses auditeurs par une prédication d’amour. Et par suite il n’y a pas lieu, sous prétexte qu’elles ne rendent pas le même son que les autres, de rejeter les paroles dites de promesses. Il convient seulement d’admettre que l’oracle eschatologique du chapitre 14 n’est probablement pas à sa place chronologique. Il doit dater d’une période où la situation était moins grave que celle supposée par le chapitre 13. On l’aura mis à la fin du livre pour que celui-ci, conformément à la règle générale, se termine sur une note d’espérance.

4. Le message d’Osée

On a dit souvent que, par opposition avec Amos, le prédicateur de la justice de Dieu, Osée était le chantre de l’amour divin. Cette affirmation est exacte, à condition toutefois de ne pas envisager l’amour divin sous le seul angle de la compassion, de l’indulgence et de la tendresse. Car le livre d’Osée fait entendre, dans la bouche de l’Éternel, des grondements d’indignation, des condamnations impitoyables, qui égalent et peut-être même dépassent tout ce qu’a pu exprimer Amos. Osée croit de toutes ses forces à l’amour de Dieu, mais comme il voit le plus souvent cet amour bafoué par les infidélités du peuple, il en résulte chez lui des explosions de colère qui n’effacent pas, mais parfois tendent à submerger les déclarations plus tendres. « L’amour de Dieu est une chose terrible ». Ces mots d’un de ses meilleurs commentateurs, G.A. Smith, rendent bien l’impression que donne la lecture du livre d’Osée. On pourrait aussi parler, ici plus que partout ailleurs, de la sainte jalousie (voir ce mot, paragraphe II) de Dieu à l’égard de sa créature. L’Éternel souffre et condamne parce qu’il aime.

Ce message de l’amour divin indigné et souffrant était psychologiquement nécessaire au moment où il a retenti. Il fallait en effet que la prédication austère du Dieu juste apportée par Amos fût complétée. Mais comment eût-elle pu l’être sans danger si l’amour de Dieu avait été prêché uniquement sous sa forme indulgente et tendre ? Israël eût alors été ramené à sa conception ancienne d’un Dieu facile et toujours bienveillant pour son peuple. Au lieu qu’en entendant Osée, il apprend à connaître le véritable caractère de Dieu qui aime son peuple d’une manière inouïe, mais qui, précisément à cause de cela, exige de lui fidélité, ou du moins repentance sincère. Pour exprimer les droits que l’amour de Dieu a sur Israël, Osée emploie diverses images, celle de la relation du père vis-à-vis de son fils (Osée 11.1-4), celle du Créateur (Osée 8.14), celle de l’Alliance (Osée 6.7, cf. Osée 8.1-12). Mais la parabole à laquelle il a recours le plus souvent, non seulement dans les chapitres 1-3, mais aussi dans le reste du livre, c’est celle du mariage, de l’union conjugale qui unit deux êtres par le tréfonds de leur personne, et dont toute violation est un crime.

Dieu est l’époux d’Israël, et par conséquent toute infidélité à Dieu est un adultère, une prostitution. Inlassablement Osée revient sur cette pensée, interprétant à sa lumière le passé et le présent de la nation. Prostitution, l’adhésion au culte des Baals consentie par les Hébreux arrivant en Palestine sous le prétexte que c’était des Baals que venaient « le blé, le moût et l’huile » (Osée 4.7). Prostitution, l’actuel culte des hauts-lieux (Osée 4.13). Prostitution, l’adoration des idoles (Osée 4.17 ; Osée 8.4 ; Osée 10.5 ; Osée 11.2) Prostitution, la mauvaise conduite et les paroles mensongères (Osée 7.13). Maintes fois d’ailleurs la dénonciation de cette prostitution symbolique se mue en indignation contre la prostitution réelle qui était pratiquée jusque dans les lieux de culte et qui paraît à cette époque avoir une grande extension parmi le peuple (Osée 4.12-14 ; [cf. le passage si profond où Osée montre les effets stérilisants de l’inconduite dans la vie des individus et de la nation, Osée 9.10-14]). Ajoutons à tout cela la polémique ardente contre les alliances étrangères, considérées, elles aussi, comme une grave infidélité à l’Éternel (Osée 5.13 ; Osée 7.11 ; Osée 8.9 ; Osée 10.4 ; Osée 10.6 ; Osée 12.2 ; Osée 14.3), et les attaques lancées contre la royauté débauchée et impie, qui a été établie sans le consentement de Yahvé et qui usurpe sa place (Osée 7.3-7 ; Osée 8.4 ; Osée 13.10 ; [cf. aussi Osée 9.9 ; Osée 10.9, si du moins, comme certains le pensent, l’expression : jour de Guibéa, se rapporte à la fondation de la royauté ; d’autres voient là plutôt une allusion au scandale de Juges 20.13 et suivants. M. Humbert, avec les LXX, fait de Guibéa un nom commun : les collines ; nous aurions alors ici une allusion au culte des hauts-lieux]).

Mentionnons encore les invectives contre les prêtres infidèles à leur mission et avides (Osée 4.1 ; Osée 4.10 ; Osée 6.9), celles contre les prophètes trompeurs également (Osée 4.5), et nous aurons une idée des principaux sujets d’indignation d’Osée. Toutes ces infidélités méritent un châtiment. Et la parole du prophète ne tarit pas quand elle décrit les catastrophes que le péché du peuple attirera sur lui. Le lion qui déchire (Osée 5.14), l’aigle qui fond sur sa proie (Osée 8.1), la tempête qui dévaste (Osée 8.7), le filet de l’oiseleur (Osée 9.8), la plante vénéneuse dans le sillon des champs (Osée 10.4), le dur travail du labour (Osée 10.11), les attaques de la panthère et de l’ourse (Osée 13.7 et suivant), le vent d’orient qui dessèche (Osée 13.15), la carie et la teigne qui rongent (Osée 5.13), autant d’images qui lui servent à décrire la calamité qui, voulue de Dieu, va frapper l’Israël infidèle.

N’y a-t-il donc aucune espérance ? S’il n’y en avait aucune, l’Éternel ne serait pas un Dieu d’amour. À côté de l’indignation habite en lui une infinie tendresse pour le peuple qui est le sien. Et les plus beaux passages d’Osée sont ceux où il décrit, dans le passé et dans le présent, cette affection impénitente de Yahvé pour Israël. Comme un père, Yahvé a aimé son peuple au temps de sa jeunesse (Osée 11.1), il a guidé ses premiers pas chancelants (Osée 11.3). Comme un cultivateur qui use envers ses bêtes de tendres ménagements, Yahvé a aidé Israël dans les passages difficiles, il a relâché le joug qui lui faisait mal, il l’a abondamment nourri (Osée 11.4). Maintenant encore, les épouvantables iniquités du peuple ne parviennent pas à empêcher le Dieu qui aime de sentir passer en lui les vagues de l’amour qui veut pardonner : « Mon cœur s’agite au dedans de moi ; toutes mes compassions sont émues. Non, je n’agirai pas selon mon ardente colère. Car je suis Dieu, et non pas homme…  » (Osée 11.9).

Seulement, pour que la délivrance désirée par Dieu se produise, il faut que certaines conditions soient, par le peuple, réalisées. Profondément imbu des principes qui sont la gloire du prophétisme hébreu, Osée ne saurait laisser croire que Dieu puisse pardonner sans que le pécheur « revienne ». À de certains moments, ce retour d’Israël apparaît, chez notre prophète, comme conditionné par un nouveau séjour au désert (Osée 2.9 ; Osée 3.3 ; Osée 12.10), et dans cette idée se manifeste la nostalgie des Israélites pieux pour lesquels le passé se partage en deux périodes, celle de Moïse, des tentes, des troupeaux et du culte sans cérémonial, qui est l’âge d’or de la foi ; et celle de la vie en Canaan, avec « le vin, le moût et l’huile » mais aussi avec les Baals, avec les sacrifices païens, avec les idoles. Osée se montre ici le frère spirituel des Naziréens et des Récabites, ces protestataires de l’idéal nomade, qui eurent sans aucun doute une grande influence pour le maintien de la foi yahviste.

Mais il suit aussi parfois une ligne moins archaïque. Il formule des exigences d’ordre moral qui s’apparentent avec celles d’Amos, et que reprendront les prophètes postérieurs : « Semez la justice, moissonnez la miséricorde ; défrichez-vous un champ nouveau ! » (Osée 10.12, cf. Jérémie 4.3). Il donne, de la repentance qui devrait être celle du peuple, une description à la fois très actuelle de forme et éternelle d’inspiration : « Israël, reviens à l’Éternel ton Dieu… Apportez avec vous des paroles et revenez à l’Éternel. Dites : Pardonne-nous nos iniquités. Nous t’offrirons l’hommage de nos lèvres. L’Assyrien et la cavalerie de l’Égypte ne seront plus nos sauveurs. Et nous ne dirons plus à l’ouvrage de nos mains : Notre Dieu ! » (Osée 14.1 ; Osée 14.3). Enfin, sous-jacente à toute la prédication d’Osée se trouve l’invitation pressante et mille fois répétée à connaître l’Éternel (Osée 4.1 ; Osée 4.6 ; Osée 5.4 ; Osée 2.10-23 ; Osée 11.3 ; Osée 6.6 ; Osée 8.2). Cette connaissance n’est pas conçue uniquement comme quelque chose d’intellectuel ; c’est un attachement à l’Éternel, une intimité avec lui semblable à celle de l’amour conjugal, une obéissance à sa volonté, une vie selon son esprit. Car « Yahvé aime la piété et non les sacrifices, la connaissance de Dieu plus que les holocaustes » (Osée 6.6). Malheureusement le peuple n’a pas cette connaissance.

Malgré ses prétentions et ses bons mouvements passagers (Osée 8.2), il ne sert pas Dieu de cette manière. Quand, sous le coup du malheur, il fait mine de revenir à l’Éternel, c’est une repentance superficielle qui se dissipe comme la rosée (Osée 6.1 ; Osée 6.6). Et c’est pour cela que les menaces de mort se multiplient à l’horizon et que la destruction semble désormais inévitable. « Les rachèterai-je du séjour des morts ; les délivrerai-je de la mort ? Ô mort, où est ta peste ? Ô séjour des morts, où est ta destruction ? Plus de compassion ! » (Osée 13.14 : c’est le passage cité, avec un sens tout à fait différent d’ailleurs, par saint Paul dans 1 Corinthiens 15.55).

Toutes les données psychologiques et religieuses de la parabole de l’enfant prodigue se trouvent donc dans le message d’Osée. Mais on sent qu’à de certains moments il ne croît plus au retour possible, non pas par la faute du Père, mais par celle de l’absent. De là le son sauvage que rendent certaines pages de son livre. Il reste cependant que, sous une forme abrupte, ce livre est le premier qui ait révélé au monde la véritable réalité de l’Amour de Dieu. Dans l’activité de Jérémie, dans les Évangiles, dans la 1ère épître de Jean, retentiront des échos de cette parole et de cette expérience. Et Paul exprimera la pensée profonde de son lointain prédécesseur lorsqu’il écrira dans son épître aux Romains : « Ne sais-tu pas que c’est la bonté de Dieu qui t’appelle à la repentance ? » (Romains 2.4).

A. AL

Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com

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