Dictionnaires bibliques
Guerre
Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Guerre », un article après l’autre.
Dictionnaire de la Bible (Bost)
Ce sont les armes à la main que les Israélites commencèrent leur existence comme peuple ; c’est dans une guerre de conquête qu’ils entreprirent pour la première fois de faire connaître qu’ils n’étaient plus seulement une famille, mais une nation. Lorsqu’ils quittèrent l’Égypte, ils étaient sans patrie, mais leurs ancêtres avaient habité la terre qu’occupaient maintenant les tribus cananéennes, et ils résolurent, sous la conduite de Moïse, d’aller s’y établir et d’en chasser les propriétaires légitimes et naturels ; d’esclaves ils se firent soldats ; Dieu légitimait pour eux cette conquête, qui eût été sans cela aussi odieuse que le sont toujours les expropriations des peuples.
Devenus maîtres du pays, les Israélites durent encore, pendant plusieurs siècles, rester sur la défensive, continuellement exposés aux attaques de leurs ennemis vaincus mais non anéantis ; ce fut la période des juges. Les guerres n’étaient alors que des successions de petits combats sans ordre ni plan ; chaque roitelet s’insurgeait dès qu’il avait quelques soldats disponibles, sans chercher à s’entendre avec ses voisins. L’art de la guerre ne fit des progrès que sous les rois, sous Saül d’abord, puis surtout sous David, et les Israélites furent bientôt en mesure d’opposer à leurs ennemis des troupes aussi régulières et aussi bien disciplinées que pouvaient l’être celles de ces ennemis eux-mêmes.
Avant d’ouvrir une campagne, ce qui avait lieu ordinairement au printemps, (2 Samuel 11.1), on commençait par consulter l’Urim et le Thummim (Juges 20.27 ; 1 Samuel 14.37 ; 23.2 ; 28.6 ; 30.8), ou quelqu’un des prophètes (1 Rois 22.6 ; 2 Rois 19.2 ; 2 Chroniques 18.4). Puis venait la proclamation faite par les officiers du camp aux hommes timides, aux nouveaux propriétaires, aux nouveaux mariés, etc., qu’ils eussent à se retirer. Suivait la déclaration de guerre : on s’approchait de la ville ou du camp ennemi, et l’on demandait la paix, une explication, ou la réparation des torts suivant les cas ; la paix entraînait nécessairement pour le peuple ennemi son assujettissement à Israël ; si la paix n’était pas acceptée la guerre commençait, guerre d’extermination dans laquelle les deux combattants cherchaient mutuellement à s’anéantir (Deutéronome 20). On voit des exemples de déclarations de guerre (Juges 11.12 ; 1 Rois 20.2 ; 2 Rois 14.8). Une fois en présence de l’ennemi, un sacrifice était offert pour l’heureux succès de l’entreprise, et un prêtre ou le général en chef lui-même adressait aux soldats une allocution militaire de nature à stimuler leur courage et leurs forces (1 Samuel 7.9 ; 13.8 ; Deutéronome 20.2 ; 2 Chroniques 20.20). Les trompettes donnaient le signal de l’attaque, et ce signal était chez les Hébreux comme chez tous les peuples de l’antiquité, et même chez quelques peuples modernes, suivi d’un cri effroyable poussé par l’armée entière (1 Samuel 17.20 ; Ésaïe 42.13 ; Sophonie 1.14 ; Jérémie 50.42 ; Ézéchiel 21.22). L’ordre de bataille était tout à fait simple, et la tactique n’avait guère d’autre complication que la division de l’armée en trois corps ou ailes (Juges 7.16-19 ; 1 Samuel 11.1 ; 2 Samuel 18.2 ; cf. Ésaïe 8.8 ; Job 1.17), quelques fois quatre (2 Maccabées 8.21). Après quelques flèches tirées, le combat commençait corps à corps, les guerriers retroussaient leurs vêtements et mettaient leurs bras à découvert (Ézéchiel 4.7 ; Ésaïe 52.10).
On voit une fois deux guerriers décider en combat singulier du sort des armées dont ils sont les représentants, David et Goliath (1 Samuel 17 ; cf. 2 Samuel 2.14). Les ruses de guerre sont peu nombreuses et peu variées dans l’histoire juive ; on remarque l’attaque subite de Gédéon (Juges 7.16), les embûches (Josué 8.2-12 ; Juges 20.36 ; 1 Samuel 15.5), les surprises (2 Samuel 5.23), enfin l’espionnage (Josué 6.22 ; Juges 7.10 ; 1 Samuel 26.4 ; etc., cf. 2 Rois 7.12). Les Hébreux avaient de plus l’habitude, pour assurer le succès de leurs armes, de porter avec eux l’arche de leur alliance (1 Samuel 4.4 ; cf. 1 Samuel 5.11).
L’antiquité tout entière s’est montrée barbare à l’égard des vaincus, les Hébreux n’ont pas fait exception à cette règle ; on tranchait la tête au général ennemi (Juges 7.25 ; 1 Samuel 17.54 ; 31.9), on pillait et saccageait tout ce que l’on pouvait atteindre (1 Samuel 31.8), les prisonniers étaient, ou emmenés en esclavage (Deutéronome 20.14) ou mis à mort (Juges 9.45), et quelquefois d’une manière cruelle (2 Samuel 12.31 ; 2 Chroniques 25.12 ; cf. Juges 8.7), ou enfin mutilés (Juges 1.6 ; 1 Samuel 11.2). On exerçait les mêmes rigueurs contre les femmes et contre les enfants, même contre les tout petits enfants, que l’on écrasait et broyait sur des rochers ou au coin des maisons (2 Rois 15.16 ; cf. 8.12 ; Ésaïe 13.16 ; Amos 1.13 ; Osée 10.14 ; 13.16 ; Nahum 3.10). On coupait les jarrets des chevaux (2 Samuel 8.4). Les villes étaient brûlées ou détruites (Juges 9.45), et les temples des dieux étrangers anéantis (1 Maccabées 5.68) ; même les champs et les campagnes étaient ravagés, (1 Chroniques 20.4 ; 2 Rois 3.19-25). Puis on célébrait la victoire par des cris de joie, des chants de triomphe et des danses (Juges 5 ; 1 Samuel 18.6 ; 2 Samuel 22.1 ; Juges 16.24), et l’on dressait quelque monument commémoratif (1 Samuel 15.12 ; 2 Samuel 8.11). Il paraît même que l’on déposait dans le temple en guise de trophées, et comme mémorial de l’assistance du Très-Haut, les armes enlevées à l’ennemi, (1 Samuel 21.9 ; cf. 13.10 ; 2 Rois 11.10 ; 1 Chroniques 10.10). Des récompenses étaient accordées à ceux qui s’étaient distingués par des faits d’armes (Josué 15.16 ; 1 Samuel 17.25 ; 18.17 ; 1 Chroniques 11.6 ; cf. 2 Samuel 18.11). La garde de David paraît avoir été un poste d’honneur accordé aux plus vaillants (2 Samuel 23.8). L’armée honora de bonne heure par un deuil officiel, ses chefs tombés dans la bataille (2 Samuel 3.31), on les ensevelissait avec leurs armes (Ézéchiel 32.27) ; en général c’était aux soldats survivants de donner la sépulture à ceux de leurs camarades qui avaient succombé (1 Rois 11.15). Voir encore Armées, Armes, Camp, Forteresses, Nombres, Sabbat, etc.
Il y a quelque chose de choquant pour la piété, dans le nombre et le caractère des guerres des Israélites. On peut les expliquer, on peut même les justifier, puisque la plupart de ces guerres ont été commandées de Dieu même ; elles avaient un caractère théocratique ; c’était le règne du Seigneur que les Israélites établissaient, en défendant leur territoire, et en détruisant leurs ennemis ; ils se battaient, à leur point de vue, pour la bonne cause. Mais quoi qu’on dise et qu’on fasse, la guerre, ce meurtre en grand, ce meurtre organisé, la guerre qui représente en morale la haine, et en justice le droit du plus fort, la guerre n’a pu être, même pour Israël, qu’une concession divine, aux circonstances peut-être, ou à l’endurcissement et au matérialisme d’un peuple charnel et peu développé. La religion qui a pu en être le prétexte, n’a été que cela. Et pour tout dire en un mot, si Dieu a permis la guerre aux Juifs, c’est parce qu’ils étaient Juifs, et non chrétiens. Ils représentaient un peuple, et non l’humanité, la secte, et non l’Église ; secte, ils devaient être intolérants, et l’on sait combien peu la religion a de part, même dans les guerres dites de religion. Le christianisme, d’accord avec la logique, le bon sens, et l’instinct de l’humanité, flétrit l’idée qui préside à la guerre ; le chrétien ne peut être rendu complice des haines ou des ambitions de ce monde, et la loi de Dieu reste supérieure à la loi des hommes, en ce point comme en tout autre.
Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com
L’article dans BostDictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)
[Voyez Loi, paragraphe 13]. Les Hébreux ont été autrefois une des plus belligueuses nations du monde. Ceux qui nous parlent de leurs guerres ne sont ni des auteurs flatteurs, ou ignorants, ou prévenus : ce sont des écrivains remplis de l’esprit de vérité et de sagesse. Leurs guerriers ne sont ni de ces héros fabuleux, ni de ces conquérants à titre d’office, dont l’emploi était de ravager les villes et les provinces et de réduire les peuples sous leur domination, par la pure envie de se faire un nom et de dominer. Ce sont pour la plupart de sages et vaillants généraux, suscités de Dieu pour faire les guerres du Seigneur et exterminer ses ennemis ; ce sont des Josué, des Caleb, des Gédéon, des Jephté, des Samson, des David, des Josias, des Machabées, dont le nom seul suffit pour faire leur éloge.
Leurs guerres n’ont pas été entreprises pour de petits sujets, ni exécutées avec une poignée de monde. Il était question, sous Josué, de se rendre maître d’un vaste pays que Dieu leur avait abandonné, d’exterminer plusieurs peuples puisssants que Dieu avait dévoués à l’anathème ; et de venger la divinité offensée et la nature outragée par un peuple impie et corrompu, qui avait rempli la mesure de ses crimes. Sons les Juges, il s’agissait de se mettre en liberté en secouant le joug des rois puissants qui les tenaient assujettis ; sous Saül et sous David, on vit les mêmes motifs pour entreprendre la guerre, et on y joignit celui de faire la conquête des provinces dont Dieu avait promis la jouissance à son peuple ; il ne s’agissait de rien moins que d’abattre la puissance des Philistins, des Ammonites, des Moabites, des Iduméens, des Arabes, des Syriens et des différents princes qui possédaient ces pays.
Dans les derniers temps des royaumes d’Israël et de Juda, on a vu ces rois soutenir l’effort des plus grandes puissances de l’Asie, des rois d’Assyrie et de Chaldée, Salmanasar, Sennachérib, Assaraddon el Nabuchodonosor, qui faisaient trembler tout l’Orient. Sous les Machabées, il fallait, avec une poignée de gens, résister à toute la puissance des rois de Syrie, et soutenir contre eux la religion de leurs pères, et secouer le joug d’une domination qui n’en voulait pas moins à leur religion qu’à leur liberté. Dans les derniers temps de leur nation, avec quel courage, quelle intrépidité, quelle constance n’ont-ils pas soutenu la guerre contre les Romains, qui étaient les maîtres du monde 1
Mais quelles armées mettaient-ils sur pied ? Au commencement, sous Moïse et sous Josué, ils étaient tous guerriers. Ils sortirent d’Égypte au nombre de six cent mille combattants ; lorsque Josué entra dans la terre de Chanaan, il combattit tantôt avec des détachements de ses troupes et tantôt avec toute l’armée, selon les occurrences et le besoin. Souvent Dieu, pour signaler sa toute-puissance et pour confondre l’orgueil humain, a donné la victoire à de fort petites armées ; par exemple sous Gédéon, où il ordonna à ce général de renvoyer la plus grande partie de son armée et de n’en retenir que trois cents hommes, avec lesquels il défit une multitude innombrable de Madianites et d’Amalécites.
Si l’on veut des exemples d’armées nombreuses, Abia, roi de Juda, attaqua avec une armée de quatre cent mille hommes Jéroboam, roi d’Israël, qui en avait jusqu’à huit cent mille, et de ces huit cent mille hommes il en demeura d’une seule bataille jusqu’à cinq cent mille de tués sur le champ de bataille (2 Chroniques 13.3-17). Phacee, fils de homélie, roi d’Israël, tua en un seul jour cent vingt mille hommes des troupes de Juda (1 Chroniques 28.6) ; Asa, roi de Juda, ayant une armée de six cent mille hommes (2 Chroniques 14.9-13), fut attaqué par Zara, roi de Chus, qui avait une armée d’un million d’hommes ; Zara fut entièrement défait par les troupes d’Asa. Les forces ordinaires de David et de Salomon étaient de plus de trois cent mille hommes toujours prêts à combattre (1 Chroniques 27). Josaphat, roi de Juda, avait onze cent soixante mille hommes de guerre, sans compter les garnisons de ses places (2 Chroniques 17.14-19).
On distingue deux sortes de guerres parmi les Hébreux. Les unes étaient d’obligation et commandées par le Seigneur ; les autres étaient libres et volontaires. Les premières étaient celles que Dieu ordonnait de faire, par exemple aux Amalécites et aux chananéens, nations dévouées à l’anathème ; les autres étaient entreprises par les chefs du peuple de Dieu pour venger les injures de la nation, pour punir le crime ou l’insulte : par exemple, celle que les Hébreux firent contre la ville de Gabaa et contre la tribu de Benjamin, qui voulut soutenir son crime, et celle que David fit contre les Ammonites, dont le roi avait insulté ses ambassadeurs ; ou pour soutenir et défendre ses alliés, comme celle de Josué contre les rois chananéens, qui attaquèrent les Gabaonites ; enfin toutes les raisons qui peuvent autoriser une nation ou un prince à faire la guerre à une autre nation ou à un autre prince subsistaient à l’égard des Hébreux. Toutes les lois de Moïse supposent partout que les Israélites feraient la guerre et la soutiendraient contre leurs ennemis.
La première des lois de la guerre est qu’on la déclare à son ennemi, et qu’on lui demande premièrement réparation du tort qu’on prétend qu’il a fait, avant de l’attaquer. Lorsque vous irez assièger une ville, dit Moïse (Deutéronome 20.10-11), vous lui offrirez premièrement la paix ; si elle la reçoit et qu’elle ouvre ses portes, tout le peuple qui s’y trouvera aura la vie sauve, mais il vous demeurera tributaire. Que si elle ne veut pas entrer dans votre alliance et qu’elle combatte contre vous, vous l’assiègerez ; et lorsque le Seigneur vous l’aura livrée entre les mains, vous mettrez à mort tous les mâles qui y seront, réservant seulement les femmes, les enfants, les animaux et tout ce qui sera dans la ville. Vous en partagerez le butin à vos soldats, et vous mangerez ce que vous aurez pris sur les ennemis que le Seigneur vous aura livrés. Voilà ce que vous ferez à l’égard des villes qui sont éloignées de vous, et qui ne sont pas du nombre de celles que vous devez posséder comme votre héritage ; car pour celles-ci, je veux dire celles des chananéens, vous n’y laisserez personne en vie, et vous passerez tout au fil de l’épée.
Déclaration de guerre
On a plusieurs exemples de défi, ou de déclaration de guerre, ou de plaintes de la part de ceux qui étaient attaqués sans qu’on leur eût auparavant déclaré la guerre. Les Ammonites ayant inopinément attaqué les Israélites de delà le Jourdain, Jephté, qui avait été élu chef des Israélites, envoya leur dire (Juges 11.12) : qu’y a-t-il entre vous et moi, pour venir ainsi en armes contre moi et ravager mon pays ? Les Ammonites renouvelèrent alors une ancienne querelle, et prétendirent que les Hébreux, au sortir de l’Égypte, avaient envahi leur pays. Josué justifia aisément son peuple de ce reproche ; et comme les enfants d’Ammon ne se rendirent pas à ses raisons, il leur dit : Que le Seigneur soit juge aujourd’hui entre Israël et les enfants d’Anunon. Après quoi il lei attaqua et les défit. Les Philistins étant entrés sur les terres de Juda pour se venger du feu que Samson avait mis dans leurs moissons (Juges 15.10), ceux de Juda vinrent leur demander : Pourquoi étes-vous ainsi venus contre nous dans notre terre ? On leur dit qu’on n’en voulait qu’à Samson, qui avait désolé les campagnes des Philistins. Ceux de Juda promirent de leur livrer le coupable, et les Philistins se retirèrent.
Amasias, roi de Juda, enflé de quelques avantages qu’il avait remportés contre les Iduméens, envoya défier Joas, roi d’Israël, en lui disant (2 Rois 14.8-10) : Venez, voyons-nous ; le roi d’Israël, sans s’émouvoir, lui fit réponse : Le chardon envoya un jour au cèdre du Liban lui demander sa fille en mariage pour son fils ; mais les bêtes du Liban passèrent sur le chardon et l’écrasèrent. Vous avez battu les Iduméens, et votre cœur s’en est élevé. Contentez-vous de la gloire que vous avez acquise, et demeurez chez vous. Arnasias ne se rendit pas. Les deux rois se virent avec leurs armées à Bethsamès ; mais celui de Juda fut battu. Benadad, roi de Syrie, étant venu avec son armée devant Samarie, envoya déclarer la guerre à Achab, roi d’Israël, en disant (1 Rois 20.1) : Votre or et votre argent, vos femmes et vos enfants sont à moi. Achab, qui se sentait trop faible pour lui résister, répondit : Selon votre parole, mon seigneur et mon roi, je suis à vous, moi et tout ce qui m’appartient. Alors Benadad, plus fier qu’auparavant, lui fit dire : Vous me donnerez votre or et votre argent, vos femmes et vos enfants, et demain à cette heure j’enverrai vers vous mes serviteurs ; ils chercheront dans votre maison et dans celles de vos serviteurs, et y prendront ce qu’il leur plaira. Ces demandes parurent injustes et exorbitantes à Achab et à son conseil ils résolurent de se défendre et de soutenir le siège, que Benadad fut obligé d’abandonner avec une grande perte. Voyez ci-après l’article Samarie.
La guerre étant résolue, on assemblait ou tout le peuple capable de porter les armes, ou seulement une partie, selon l’exigence du cas et la nécessité et l’importance de l’entreprise ; car il ne paraît pas qu’avant le règne de David il y ait eu des troupes réglées dans Israël : on leur marquait un rendez-vous général, on en faisà it la revue par tribus et par familles, et on marchait à l’ennemi. Saül, au commencement de son règne, ayant appris la cruelle proposition que les Ammonites avaient faite à ceux de la ville de Jabès en Galaad, coupa en pièces les bœufs de sa charrue et les envoya par tout le pays, disant (1 Samuel 11.7) : C’est ainsi qu’on traitera celui qui ne viendra pas au secours de Jabès. Après cela il marcha contre l’ennemi. Les enfants d’Israël, ayant appris le crime commis par ceux de Gabaa rentre la femme du lévite de Bethléem (Juges 20.8), résolurent d’en tirer vengeance et de ne pas rentrer dans leurs maisons qu’ils n’eussent vengé cet outrage : en même temps ils consultèrent le Seigneur, qui leur dit que la tribu de Juda leur fournirait un chef pour cette entreprise. Ils choisirent dix hommes de cent, cent de mille, et mille de dix mille pour porter les vivres à l’armée ; après cela ils marchèrent contre l’ennemi.
Lorsque les Hébreux allaient faire la guerre à leurs ennemis (Deutéronome 20.2-4), et que l’heure du combat était proche, le prêtre se présentait à la tête de l’armée, et parlait ainsi au peuple : Écoutez, Israël ; ne craignez point vos ennemis ; parce que le Seigneur votre Dieu combat pour vous. Après cela, les officiers criaient à la tête de leurs troupes dans toute l’armée : Y a-t-il quelqu’un qui ait bâti une maison neuve, et qui ne l’ait pas encore habitée ? qu’il s’en aille, et s’en retourne dans sa maison, de peur qu’un autre ne vienne et n’y loge le premier. Y a-t-il quelqu’un qui ait planté une vigne, et qui ne l’ait pas encore vendangée ? qu’il s’en retourne, de peur qu’un autre ne le fasse avant lui. Y a-t-il quelqu’un qui ait été fiancé à une fille, et qui ne l’ait pas encore épousée ? qu’il aille dans sa maison, de peur qu’il ne meure dans le combat, et qu’un autre ne la prenne.
Ils ajoutaient : Y a-t-il quelqu’un qui soit timide, et dont le cœur soit frappé de frayeur ? qu’il s’en retourne, de peur qu’il ne jette rép Ouvante dans le cœur de ses frères, et qu’il ne leur inspire la timidité dont il est rempli lui-mime. Le Seigneur ordonne (Deutéronome 20.10) que quand les Israélites vendront assièger une ville, ils lui offrent d’abord la paix, et que si elle l’accepte et leur ouvre ses portes, ils conservent la vie aux habitants et se contentent de les avoir assujettis. Si elle refuse de leur ouvrir les portes, qu’ils l’assiègent, et qu’après l’avoir prise, ils fassent mourir tous les mâles et réservent tout le reste. Enfin il veut que, dans les sièges qui sont longs, et dans lesquels on est obligé d’employer des machines, on épargne les arbres fruitiers, et que l’on se contente de couper les arbres sauvages, pour les employer dans les divers ouvrages.
Dans les anciens temps, ceux qui allaient à la guerre y portaient ordinairement leurs provisions, ou ils les prenaient sur le pays ennemi ; d’où vient que la plupart de ces guerres étaient de très courte durée, parce qu’il était presque impossible de faire subsister longtemps de nombreuses armées avec les provisions que chacun emportait de chez soi. David, le plus jeune des fils d’Isaï, étant demeuré auprès des troupeaux de son père pendant que ses frères étaient à l’armée de Saül (1 Samuel 17.13), Isaï envoya David porter des vivres à ses frères. Nous croyons que cette manière de faire la guerre s’observa sous Josué, sous les Juges, sous Saül, sous David au commencement de son règne, sous les rois de Juda et d’Israël, successeurs de Roboam et de Jéroboam, et sous les Machabées, jusqu’au temps de Simon Machabée, prince et grand prêtre des Juifs, qui eut des troupes soudoyées et entretenues. Voyez (1 Machabées 14.32). Chacun se fournissait aussi d’armes pour la guerre. Les rois des Hébreux n’ont commencé que depuis David à avoir des arsenaux.
Les rois allaient à la guerre en personne, et dans les premiers temps ils combattaient à pied comme les premiers des soldats. On ne lit en aucun endroit qu’il y ait eu des chevaux, ni pour les généraux, ni pour les officiers, du temps des Juges, de Saül, et de David. Depuis ce temps, ils furent moins rares, et il paraît que les rois de Juda et d’Israël allaient autrefois à la guerre montés sur des chariots. Voyez ci-devant l’article Chariots.
Les officiers de guerre chez les hébreux
étaient premièrement le général des armées, ou le prince de la milice, tel qu’était Abner sous Saül, Joab sous David, Banaïas sous Salomon. Les princes des tribus, ou les princes des pères, ou des familles d’Israël, qui étaient à la tête de leurs tribus. Ils avaient de plus des princes de mille, ou des tribuns, des capitaines de cent hommes, des chefs de cinquante hommes, des tierciers, nommés en hébreu schalisrhim, mais dont on ignore les fonctions ; et enfin des décurions, ou des chefs de dix hommes. Ils avaient aussi des schopherim, des scribes, ou des écrivains, qui étaient des espèces de commissaires qui tenaient registre des troupes, et des schoterim, ou inspecteurs qui avaient autorité pour commander les troupes, sur lesquelles ils avaient inspection. On peut voir la dissertation de M. le chevalier Folard, à la tête de ce Dictionnaire, sur la Tactique des Hébreux ; notre dissertation sur la milice des anciens Hébreux, et celle que nous avons faite sur les officiers de la cour et des armées des rois hébreux.
Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com
L’article dans CalmetDictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)
I Considérations générales
La Bible nous apprend que la guerre est fille de la Chute (voir ce mot). Sitôt que la créature fut, par sa faute, isolée de son Créateur, la lutte fratricide commença (Genèse 4.8). Jésus appelle Satan : « le Meurtrier initial » (Jean 8.44). « D’où viennent les guerres ? » dit saint Jacques : « de vos passions » (Jacques 4.1). La guerre doit donc être envisagée par le chrétien comme une des manifestations les plus évidentes de la déchéance humaine. C’est cette déchéance qu’il faut condamner, c’est d’elle qu’il faut relever l’humanité. Quant à la guerre, elle apparaît dans l’humanité animale comme un accident inévitable, un mal qu’on ne saurait extirper sans en éliminer d’abord le principe, qui est la séparation d’avec Dieu. D’ailleurs, pour être équitable ici, les distinctions s’imposent. Tant que la notion du juste et du bien n’est pas restaurée dans la nature humaine, livrée — tout au moins pour les masses — à ses appétits, la guerre, c’est-à-dire l’emploi de la force brutale pour faire triompher une cause, se présente sous des jours fort divers : tantôt un fléau, tantôt une nécessité, tantôt un facteur de la civilisation. L’antiquité a connu la guerre de proie, qui a fixé son type dans les mœurs de l’empire assyrien (figure 104 à 108) ; mais elle a connu aussi la guerre d’invasion, provoquée souvent par des raisons économiques, des besoins de libération, des poussées irrésistibles de peuples, telles les guerres qui ont précipité les hordes asiatiques vers les rives fécondes de l’Euphrate et du Nil. À la guerre d’invasion répondait la guerre défensive : à toute inondation, si l’on ne veut pas être emporté, il faut opposer une digue. Condamnera-t-on la digue en même temps que l’inondation ? Nous touchons ici à la guerre facteur de progrès. Si les républiques de Sparte, d’Athènes et de Rome n’avaient pas été fortement armées, si Marius n’avait pas brisé le flot des barbares Cimbres et Teutons, la civilisation gréco-latine n’aurait pas brillé sur l’Occident. Il est même des guerres de conquêtes dont le rôle providentiel ne peut échapper à l’attention de l’historien. Sans les victoires de David, le Messie n’aurait pas eu son berceau ; sans les victoires d’Alexandre, l’Évangile n’aurait pas eu sa langue mondiale ; sans les victoires de César, la pax romana n’aurait pas assuré à saint Paul les routes de la mission. Il faut méditer à ce point de vue le livre des Actes. Par la guerre s’est en partie réalisée dans le monde la sanction du Paradis perdu : « Tu enfanteras avec douleur ». Tout ceci nous fait voir que la condamnation de notre jugement, s’il est bien averti, doit porter non sur la guerre qui n’est que la manifestation d’un état, mais sur la chute qui est l’état lui-même, la source originelle de l’égoïsme, de l’orgueil, de la convoitise, de la violence, qui engendrent dans la société humaine, à toutes les pages de son histoire, les conflits sanglants. Ancien Testament. Dieu, qui n’abandonne pas sa créature dont il respecte la liberté, tire le bien du mal et, dans l’humanité charnelle, fait concourir les armes de la chair à l’éducation du peuple par lequel il veut sauver le monde. Arguer de la loi du Sinaï que Dieu interdit toute guerre, c’est mettre Jéhovah lui-même en fâcheuse posture. N’est-ce pas au moment même où il promulgue : « Tu ne convoiteras point, tu ne déroberas point, tu ne tueras point », qu’il fait luire aux yeux des tribus affamées la luxuriance de Canaan et qu’il donne pour programme à son peuple de déposséder les Cananéens et de s’installer à leur place ? L’histoire d’Israël n’est qu’une longue et tragique bataille, où l’on voit même Jéhovah prendre à son compte les victoires de terribles conquérants ; tel l’Assyrien : « verge de ma colère » (Ésaïe 10.6), le Caldéen : « voici, je vais susciter un peuple furibond et impétueux » (Habakuk 1.6), le Perse… : il appelle Cyrus son « oint » et son « pasteur » (Ésaïe 44 et Ésaïe 45). Tantôt pour châtier, tantôt pour délivrer son peuple ou pour l’élever à ses expériences nouvelles, Dieu, parmi ses moyens pédagogiques, se sert de la guerre. Ce n’est pas qu’il la légitime, mais en se servant d’elle dans les débats d’un monde où s’étale insolemment le culte de la force, il traite l’homme rebelle selon sa folie, le paie de sa propre monnaie et lui fait expier la laideur des institutions qu’il s’est données, en même temps qu’il lui révèle que, suivant la parole de Jésus, celui qui « tue le corps » est moins redoutable que celui qui peut « faire périr l’âme » en laissant se multiplier et dominer ici-bas les ferments de la corruption.
Le but de Dieu, tel qu’il nous apparaît dans l’Ancien Testament par la voix des prophètes, était d’amorcer le salut de l’humanité par le moyen d’un peuple qui le représentât sur la terre, y accomplît sa volonté, s’y manifestât la première cellule de vie spirituelle. C’est pour l’intérieur de ce peuple qu’il promulgue sa loi du Sinaï, et cette loi exclut la guerre (proprement le| meurtre fratricide), la guerre entre Israélites, la guerre entre enfants de Dieu. L’erreur d’un certain pacifisme est de transposer dans le plan temporel les lois du monde spirituel et de s’imaginer généreusement qu’on peut supprimer la guerre dans une société d’où l’on n’a point extirpé la convoitise, l’égoïsme, la colère, les sentiments animaux, qui engendrent les conflits sociaux ; qu’on peut verser le vin nouveau dans de vieilles outres, qu’on peut avec la chair faire l’œuvre de l’Esprit. Cette erreur, l’Ancien Testament ne la commet pas. Il résume tout son espoir de paix dans le cri de ses voyants : « Convertissez-vous et vous vivrez » (Deutéronome 30.19 ; Ézéchiel 18.32 etc.), cri auquel répond la promesse de Jéhovah : « Voici, je vais créer de nouveaux cieux et une nouvelle terre où la justice habitera » (Ésaïe 65.17-25, cf. 2 Pierre 3.13). L’ère de paix, les prophètes ne l’ont pas annoncée dans une phraséologie idéaliste ; ils ne l’ont pas présentée comme devant être le fruit du progrès moral ou de la science économique des hommes, ils la prédisent comme une initiative divine (Ésaïe 9.5 et suivant, Michée 4.3 ; Michée 5.13 ; Zacharie 9.9, etc.), et voient en elle la conséquence d’un fait nouveau introduit dans l’histoire : la venue d’un Messie réconciliant l’humanité avec son Père céleste et lui rendant l’Esprit régénérateur. Nouveau Testament. La prédiction des prophètes s’est réalisée. Jésus est venu, il a accompli l’œuvre messianique et fondé le Royaume de Dieu sur la terre. De ce royaume des enfants de Dieu, où tous les hommes sont frères, la guerre est exclue. Le règne de l’Esprit est le règne des pacifiques et des pacificateurs (Matthieu 5.5 ; Matthieu 5.9). La guerre entre chrétiens est un attentat à l’honneur de Dieu en ce qu’elle ramène dans son Royaume les mœurs du monde où sévit l’inspiration de Satan. Le règne de l’Esprit triomphera, mais à condition qu’on n’y associe point à l’œuvre de l’Esprit la force brutale (Luc 9.54 s). « Nos armes ne sont point charnelles », dira saint Paul (2 Corinthiens 10.4). C’est au nom de ce principe que Jésus a dit à Pierre : « Remets ton épée au fourreau » (Jean 18.11).
Mais quand il s’agit des royaumes de ce monde et des conflits où sont jetés les hommes par toutes les offensives du Malin, Jésus prêche-t-il la non-résistance ? Nous le voyons, au contraire, émettre comme un jugement de bon sens que lorsqu’un homme fort est bien armé, il ne laisse pas piller sa maison (Luc 11.21), ou bien qu’un roi n’entre en guerre avec un autre roi qu’après avoir calculé si ses forces militaires lui permettent de tenir campagne (Luc 14.31). À Pilate, il déclare : « Si mon royaume était de ce monde, mes gens combattraient pour que je ne fusse pas livré » (Jean 18.36). Quand il chasse les vendeurs du Temple avec un fouet de cordes, il montre que l’intransigeance morale peut à l’occasion s’accompagner d’un geste de force (Jean 2.15). Aux Juifs qui viennent l’arrêter, il reproche, non d’avoir des épées et des bâtons, mais de les employer contre lui comme s’il s’agissait d’un brigand (Luc 22.62). Enfin, il tolère auprès de lui, chez ses intimes, jusqu’en Gethsémané, le port de l’épée (Luc 22.38 ; Jean 18.10). Supposons que le voyageur du chemin de Jérico dont parle Jésus dans sa parabole (Luc 10) fût arrivé sur le théâtre du crime pendant que la malheureuse victime se débattait contre ses assassins, se représente-t-on que Jésus aurait exigé du bon Samaritain qu’il restât spectateur passif de l’attentat et n’intervînt qu’après le départ des brigands ?
On voit assez par ces divers exemples avec quelle sagesse divine Jésus distingue les deux ordres dont le conflit le tue : l’ordre temporel où règne le Prince de ce monde, et l’ordre spirituel où doit s’affirmer le triomphe de Dieu. Dans l’ordre temporel, au cours du douloureux enfantement de la civilisation naturelle, dans l’humanité de la chute, tout homme doit employer les ressources que la nature lui donne, avec tout son courage et toute sa noblesse d’âme, contre les empiétements de Satan. C’est la lutte terrestre du bien contre le mal, de la justice contre l’injustice, de la vie contre la mort. Partout, tout être humain, par le seul fait qu’il est homme, doit opposer une digue au flot débordant des puissances démoniaques qui feraient, si on leur laissait le champ libre, de la terre un enfer (Psaumes 12.8). Mais ce n’est ici que l’ordre inférieur, le travail préparatoire pour permettre, au sein d’un monde « plongé dans le mal » (1 Jean 5.19), l’entreprise rédemptrice du Messie. Dès qu’il s’agit de cette entreprise elle-même et de l’ordre supérieur où, sur le plan spirituel, se réalise l’enfantement de l’humanité filiale à Dieu, c’est Dieu seul qui commande et, dans l’intérieur de son Royaume, les seules armes licites sont celles qui participent à sa nature : « Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait » (Matthieu 5.43-48).
On dit souvent que Jésus lui-même a prédit que les guerres étaient inévitables et qu’elles iraient s’intensifiant en horreur et s’exaspérant jusqu’à la fin du monde. C’est vrai. Mais qui ne croirait blasphémer en interprétant ainsi les paroles de Jésus dans Matthieu 24.6-14 : « Vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerres, mes disciples se jetteront les uns contre les autres, se haïront, s’entr’égorgeront dans la fureur de leur violence, ils désoleront les foyers, ruineront mes sanctuaires, et puis viendra la fin » ? C’est pourtant là le spectacle que donnent les guerres européennes, montrant en cela que la plupart des chrétiens ne sont pas arrivés à la majorité spirituelle, et que les églises sont loin de réaliser le Royaume de Dieu. Mais Jésus, dans Matthieu 24, parle de guerres entre « les nations », c’est-à-dire entre les peuples païens ; quand l’homme est chair, il accomplit les œuvres de la chair (Romains 8.5-8). Jésus va plus loin, il annonce à ses disciples que parmi ceux qui croient en Dieu, mais qui ont repoussé les principes de son Évangile, il en est qui provoqueront des persécutions de toutes sortes : en faisant « la guerre à Dieu » ; (cf. Actes 5.39) par la torture et le massacre de chrétiens, ils croiront rendre « un culte à Dieu » (Jean 16.2, cf. Matthieu 10.16-39). Jésus va plus loin encore : il prophétise que, sous le coup de l’épreuve, beaucoup de chrétiens succomberont, abandonneront la foi, trahiront leurs frères et seront par leur apostasie une nouvelle source de guerre et de tuerie (Matthieu 24.10). Ainsi se perpétueront et s’achèveront parmi les enfants du Royaume les souffrances du Roi. Mais quant à ces enfants eux-mêmes, petit troupeau auquel le Père a donné le Royaume (Luc 12.32), ils sont présentés par Jésus non comme les acteurs, mais comme les victimes de ces guerres menées par les puissances de Satan contre les puissances de l’Esprit ; (cf. Luc 22.31 ; Jean 16.33) victimes triomphantes dont le triomphe s’accomplira non par l’emploi de la force, mais par la pratique du dépouillement volontaire et de l’active charité énoncés pour eux comme la charte du Royaume de Dieu dans le Sermon sur la montagne (Matthieu 5.20-6.12).
C’est dans la lumière de cette charte qu’il faut maintenir le principe de non-résistance (Matthieu 5.39), si l’on veut comprendre ce que Jésus entend par lui et mesurer l’héroïsme des renoncements personnels qu’il suppose. On ne peut, sans le dénaturer, le transporter sur le terrain des rapports entre nations et voir en lui le moyen de supprimer les guerres. Cette interprétation était si loin de la pensée de Jésus que lui-même, le non-résistant par excellence (Actes 8.32 ; 1 Pierre 2.23), a attiré sur ses compatriotes, par sa non-résistance même, un des actes de guerre les plus effroyables qu’ait enregistrés l’histoire : la prise et la ruine de Jérusalem. Non seulement Jésus prévoit cette conséquense de sa non-résistance, mais il l’annonce en termes vigoureux, comme une juste sanction : « Jérusalem, tueuse de prophètes… si tu avais reconnu ce qui pouvait te donner la paix… vous ne l’avez pas voulu… maintenant, des jours viendront sur toi où tes ennemis t’environneront de tranchées, t’encercleront, te détruiront entièrement, toi et tes enfants au milieu de toi, et ils ne te laisseront pas pierre sur pierre, parce que tu n’as pas reconnu le temps où tu as été visitée ! » (Matthieu 23.37; Luc 19.42-44, cf. Luc 20.1-16 ; Luc 23.28-31). Tant il est vrai que pour Jésus, dans la grande lutte engagée ici-bas pour la rédemption du monde, la grande affaire n’est pas que l’homme vive : ce qui importe, ce sont ses raisons de vivre et la cause pour laquelle il meurt. Les disciples de Jésus ne sont, pas plus que lui, partisans de la paix à tout prix. C’est ainsi que Paul compare la vie chrétienne à un train de guerre, l’apôtre à un soldat, les vertus évangéliques à une armure (2 Timothée 2.3 ; Éphésiens 6.10 ; Éphésiens 6.17), et qu’il énonce la relativité de la paix dans laquelle l’enfant de Dieu est invité à vivre avec tous les hommes (Romains 12.18). Et c’est pourquoi aussi l’Apocalypse est toute vibrante des éclats de la trompette vengeresse annonçant que les rétributions suprêmes s’accompliront dans l’effroi de guerres où les éléments eux-mêmes seront mêlés et où, dans l’angoisse universelle, les hommes rendront l’âme de terreur (Apocalypse 8 et suivants ; comparez Luc 21.26).
La vérité est que nulle part et sous aucune forme la Bible n’annonce la paix à l’humanité en état de chute (Ésaïe 48.22 ; Ésaïe 57.21 ; Jérémie 6.14 ; Ézéchiel 13.10 etc.). Le Nouveau Testament, malgré sa douceur évangélique, ne le fait pas plus que l’Ancien, car le Christ qu’il présente comme le prince de la paix, et qui donne sa vie sur la croix pour sauver le monde, ne promet ce salut générateur de la paix qu’à ceux qui acceptent par lui de naître de nouveau (Luc 13.1-6 ; Luc 19.42 ; Jean 16.33 ; Romains 5.1 ; Romains 8.6 ; Éphésiens 2.14 ; Éphésiens 2.17 etc.). L’attitude du chrétien qui veut rester fidèle à l’enseignement de la Bible et à l’exemple de son Sauveur, doit donc être de stigmatiser la guerre comme une des plus monstrueuses manifestations de la déchéance humaine et de coopérer de toutes ses forces aux entreprises pacifiques, d’où qu’elles viennent, pourvu qu’elles ne soient pas une abdication morale, une dérogation à la loi de souffrance expiatoire qui veut que l’homme, chassé du paradis par sa faute, arrache à la sueur de son front les épines qui courent le risque de stériliser les sillons de Dieu sur la terre. Le pire serait ici-bas une humanité qui, par l’ingéniosité de son organisation sociale, parviendrait à vivre en paix dans l’iniquité. Une telle paix serait, bien plus encore que la guerre, une victoire de Satan sur Dieu. Le suprême hommage que le croyant puisse rendre à la Bible, c’est de proclamer par ses paroles et par ses actes que l’établissement de la paix entre les frères sur la terre est fonction de leur repentir et de leur conversion au Père qui est dans les cieux. Apôtre de cette paix-là, il pourra bien attirer sur lui la colère des hommes… c’est alors qu’il aura à pratiquer, à la suite de son Maître, la non-résistance, la vraie, la seule évangélique, celle où l’on se sacrifie soi-même à la cause de tous (Luc 9.24 et suivant, Jean 15.20 ; Matthieu 16.24 et suivant). Et c’est par ce sacrifice que viendra le Royaume de Dieu sur la terre (Jean 16.33).
Alexandre Westphal
II Israël et la guerre
1. Évolution des guerres
Il y a loin du temps où des bandes de Sémites nomades guerroyaient et razziaient aux confins du désert, au temps où les armées des grands empires antiques se heurtaient en d’immenses batailles. Ou plutôt, Israël connut dans son histoire cette évolution, lui qui, entré avec les rois seulement dans le concert des nations centralisées, participa du second genre de guerre après avoir participé du premier. Pour tirer vengeance d’injures faites à leur famille, Abraham et Gédéon mènent à la bataille leurs serviteurs ou leur clan (Genèse 14.14 ; Juges 6.34). 600 hommes « de la famille » de Dan partent pour se conquérir une nouvelle résidence (Juges 18.11 ; Juges 18.27). Il est vrai que quelquefois déjà des guerriers de différentes tribus se réunissent, par exemple dans la lutte contre Sisera (Juges 5.14 ; Juges 5.16). Et si Saül ne fut au début le chef que d’une petite armée (1 Samuel 13.2 ; 1 Samuel 13.16), la longue lutte avec les Philistins fit bientôt de lui et de ses successeurs les chefs d’une armée nationale, permanente pour une part, et qui pendant des siècles et jusqu’aux Macchabées mena avec des fortunes diverses maintes guerres nationales de défense ou de conquête (voir Armée).
2. Conduite de la guerre
1° Avant la bataille
La pratique du service des renseignements, en vue d’une conquête ou au cours d’hostilités, doit avoir été très fréquente. Assez nombreuses sont les allusions de l’Ancien Testament aux espions (Josué 2.1 ; Juges 1.23-26 ; 1 Samuel 26.4), ou émissaires (2 Samuel 15.10), chargés d’explorer (Juges 18.3 ; 2 Samuel 10.3) ou de reconnaître un pays (Genèse 42.9 ; Genèse 42.14 ; Genèse 42.34 ; Nombres 21.32, 1 Macchabées 5.38 ; 1 Macchabées 12.26), d’épierun camp (Juges 7.10-15) et de rapporter autant d’informations que possible. Les plus célèbres sont les douze espions envoyés par Moïse en Canaan vers la fin du voyage au désert (Nombres 13 ; Deutéronome 1.22 et suivants, Hébreux 11.31), et qui seraient plus exactement appelés éclaireurs ou explorateurs (Par contre, dans le Nouveau Testament apparaît deux fois l’espionnage au point de vue moral, dans les hostilités contre Jésus (Luc 20.20) et contre Paul). Les (Galates 2.4) guerres, d’habitude, débutaient au printemps, « saison où les rois se mettent en campagne » (2 Samuel 11.1, cf. 1 Rois 20.22), et à l’automne on arrêtait les hostilités. Le signal était donné par des messagers (Juges 6.35 ; Juges 7.24), ou par la trompette, qui résonnait de sommet en sommet (Juges 3.27 ; 2 Samuel 20.1 ; Jérémie 42.14). À cette convocation, Deutéronome 20.5-8 apporte certaines exemptions (avoir bâti, ou planté une vigne ; être jeune marié ; avoir peur ; cf. Juges 7.3, 1 Macchabées 3.56). En marche, l’armée pratiquait pour sa sécurité l’envoi d’éclaireurs et cherchait les renseignements au moyen d’espions (Josué 2.1 ; Juges 1.23 ; 1 Samuel 26.4, 1 Macchabées 5.38). En station, elle établissait un camp, circulaire semble-t-il, et fait de tentes, autour duquel veillaient les sentinelles (Juges 7.19 ; 1 Samuel 26.5 ; 2 Samuel 11.11). Pour les sièges, voir Fortifications.
2° La bataille
Elle consistait essentiellement dans le choc, un peu confus, et quelques fois longtemps retardé, des deux armées rangées face à face en ordre de bataille (1 Samuel 13.18). On se battait corps à corps, chacun cherchant à frapper les chefs (1 Rois 22.31 ; 1 Rois 22.35). Cris de guerre et sons de trompettes dominaient la lutte (Job 39.28 ; Amos 1.14 ; 1 Corinthiens 14.8). Au premier rang devaient être les hommes armés de l’épée ; plus en arrière, les archers et les porteurs de fronde ; ce n’est qu’à partir de Salomon qu’il y eut en Israël une cavalerie et des chariots (1 Rois 10.26-29 ; Proverbes 21.31 ; Jérémie 8.6). Le combat était quelques fois remplacé ou précédé par des duels entre des guerriers célèbres de l’un et l’autre partis (1 Samuel 17 ; 2 Samuel 2.14 ; 2 Samuel 2.16). La division habituelle de l’armée en deux corps (1 Samuel 13.2 ; 2 Samuel 10.9-11), ou en trois (Juges 7.16 ; 1 Samuel 11.11 ; 1 Samuel 13.17), permettait au chef de concevoir certaines manœuvres élémentaires : l’embuscade, fréquemment employée (Josué 8.3 ; Josué 8.7 ; Juges 9.34 ; Juges 20.29-35 ; 2 Chroniques 13.13 ; 2 Chroniques 13.14), le mouvement tournant (2 Samuel 5.23). On connaissait les avantages d’une attaque nocturne ou menée sous le couvert des bois (Juges 7.19 ; 2 Samuel 18.6-8, 1 Macchabées 4.1-6). La mort du chef entraînait souvent la débandade (1 Samuel 31.7) ; d’ordinaire, on était rappelé, le combat fini, par la trompette ou par des cris (2 Samuel 2.28 ; 1 Rois 22.36). La subsistance des troupes en campagne, en dehors du procédé de Juges 20.10, était assurée par les ressources du pays, par des dons volontaires, et par les envois des familles (1 Samuel 17.17 ; 1 Samuel 25.18 ; 1 Samuel 25.27 ; 2 Samuel 17.27-29).
3° Après la bataille
Le premier devoir était d’ensevelir les morts (1 Rois 11.15) et de rendre honneur aux chefs disparus en en portant le deuil (complaintes sur Saül et sur Abner, 2 Samuel 1 et 2 Samuel 3.31 ; 2 Samuel 3.36). Victorieux, on traitait durement le vaincu (figure 104 à 108) : mise à mort des chefs, mutilations, violences sur les femmes et les enfants étaient choses courantes (Juges 1.6 ; Juges 7.25 ; Juges 8.20 ; Juges 8.21 ; 2 Rois 15.16 ; Psaumes 137.9 ; Ésaïe 13.16). Beaucoup étaient réduits en esclavage (Amos 1.6 ; Amos 1.9). On imposait de lourds tributs (2 Rois 15.19 ; 2 Rois 23.33). Le butin, où la part du chef était réservée (Juges 8.24 ; Juges 8.27), était réparti entre tous, et la coutume s’établit d’en faire profiter ceux qui n’avaient pas combattu (Juges 5.30 ; 1 Samuel 30.21-25, cf. Nombres 31.27) ; il était parfois très abondant (Josué 22.8 ; 2 Chroniques 20.25). Les vainqueurs étaient accueillis triomphalement au retour par des chants et par des danses (Exode 15.20 ; Juges 11.34 : la fille de Jephté ; 1 Samuel 18.6 et suivant : popularité de David). Les héros recevaient les récompenses promises.
Voir (Josué 15.16 ; 1 Samuel 17.26 ; 1 Chroniques 11.6 ; Bertholet, Histoire de la civilisation d’Israël, page 282 et suivantes).
Jean Riv.
Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com
L’article dans Westphal