Dictionnaires bibliques

Divination

Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Divination », un article après l’autre.

Dictionnaire de la Bible (Bost)

Devins. Désireux de connaître, ambitieux d’avenir, supportant avec impatience un corps qui le retient à la terre et au moment présent, qui le gêne, qui le rapetisse, l’homme qui par sa nature se précipite vers les choses qui étaient le privilège de celui qui n’avait pas péché, a dans tous les temps cherché à se soustraire à la matière, à s’émanciper du corps, à sonder l’avenir, à voir dans les ténèbres, à marcher sûrement dans l’incertitude, à découvrir ce qui lui est caché. De là, ces efforts inouïs, gigantesques ; ces recherches de tous les temps, cet amour du merveilleux, cette croyance à la divination, à la magie ; travaux de jongleurs, travaux de chimistes, travaux de rêveurs ; imposteurs, mystiques, oracles, prophètes, charmes, enchanteurs et devins : de là cette passion des hommes pour ce qui paraît les faire avancer dans les sciences occultes, espèce de succès chez les uns, complaisance à croire chez les autres.

Sans s’arrêter à la question dogmatique de savoir si l’homme peut, en dehors de l’adresse, de la physique et de la chimie, obtenir des résultats merveilleux ; sans entrer dans un examen quelconque relatif aux moyens par lesquels l’homme peut arriver au surnaturel, s’il le peut par lui-même, ou par des forces latentes qu’il développe, ou enfin par l’intervention des esprits qui sont dans l’air, bons ou mauvais ; sans même approfondir tout ce qu’il peut y avoir de vrai dans certains faits que rapporte l’histoire, ou que l’expérience vient chaque jour démontrer de nouveau contre l’esprit fort moderne, on doit cependant convenir de certains faits que nous nous bornons à enregistrer, et qui sont de nature à jeter du jour en les simplifiant, sur les questions passablement graves, malgré qu’on en ait, qui viennent d’être posées.

On avoue généralement que toutes les croyances populaires, quelles qu’elles soient, exagérées ou dénaturées, reposent sur un fondement vrai : en les dépouillant de leur entourage, de leurs adjonctions, de leur écorce, on arrive à un noyau substantiel, solide, historique ; or, de toutes les croyances populaires, la plus invétérée, la plus entêtée, c’est la foi aux sorciers, à la magie, à la divination : ne serait-ce absolument qu’une chimère ?

Chacun croit aux pressentiments ; chacun en a, chacun s’y fie, même sans vouloir : c’est là une espèce de divination, générale sans doute, mais sûre.

Niera-t-on que les songes ne soient un degré de pressentiment plus avancé que le pressentiment de la veille ? « Le Dieu Fort, dit Élihu à Job (33.14-15), parle par des songes, par des visions de nuit, quand un profond sommeil tombe sur les hommes et lorsqu’ils dorment dans leur lit ; alors il ouvre l’oreille aux hommes, et scelle leur instruction.

Le magnétisme avec ses merveilles, si longtemps réfuté par de l’esprit et des plaisanteries, n’en est pas moins acquis maintenant à la science comme un fait ; ceux qui en doutent appartiennent à la classe la moins éclairée, et ceux qui s’en sont occupés ont vu et vérifié des prodiges que tout l’art et le génie de l’homme ne sauraient accomplir ; ces prodiges touchent par plusieurs points à la divination.

Enfin, une considération tout à fait générale, mais qui ne laisse pas d’avoir son application dans le cas particulier, c’est qu’une réaction va toujours beaucoup plus loin qu’elle ne doit et qu’elle ne veut aller, comme celui qui veut éviter le précipice tombe sur le rocher de la montagne ; c’est plus sûr, mais ce n’est pas toujours sans quelques inconvénients. Longtemps on a trop cru aux merveilles des arts occultes et de la divination ; pour un fait effectif, le charlatanisme en a forgé des milliers de faux, de mensongers, de stupides, et, pour le dire en passant, les clergés de toutes les sectes n’y ont pas mal nui dans le Moyen Âge, jusqu’à l’illustre siècle de Léon X : quand une fois on a voulu rompre avec ces fables, on a tout rejeté, le bon et le mauvais, le vrai et le faux, parce qu’on se souciait peu de la chance, même infiniment petite, d’être abusé de nouveau. Le pays où les réactions se font toujours le moins vivement ressentir, l’Allemagne a su se tenir beaucoup plus que d’autres peuples dans un sage milieu, quoiqu’on y trouve aussi l’un et l’autre extrême représentés, notamment celui de l’imagination.

Ces choses étant dites, il ne sera pas nécessaire de les rappeler à propos de chaque cas spécial, et nous raconterons les croyances de l’Orient sans penser devoir les critiquer à chaque fois, sans les donner pour vraies, sans les rejeter toujours absolument comme fausses. Chez les Israélites, d’ailleurs, il faudra toujours distinguer les révélations divines, et les moyens illicites par lesquels ils pouvaient essayer de satisfaire leur curiosité ou leur intérêt particulier.

Les Israélites paraissaient en effet avoir eu plus que d’autres peuples le besoin intérieur de connaître l’avenir ; peut-être l’avaient-ils apporté d’Égypte, peut-être aussi les prophéties anciennes et glorieuses qu’ils n’ignoraient pas, mais dont ils n’avaient pas non plus une intelligence bien claire, leur faisaient-elles désirer d’en connaître davantage, et de pénétrer plus avant dans un mystère pour eux plein d’espérances et de charmes. Quoi qu’il en soit, le mal existait : Moïse, en leur donnant la loi qui devait en faire un peuple à part, leur annonça d’un côté que l’esprit de prophétie ne sortirait pas du milieu d’eux (Urim et Thummim), mais il leur défendit de l’autre sous des peines extrêmement sévères d’user de divination, de pronostiquer le temps, de rechercher ceux qui ont l’esprit de Python, les devins, les sorciers, les enchanteurs, ceux qui disent la bonne aventure et ceux qui consultent les morts (Lévitique 19.26-31 ; 20.6 ; Deutéronome 18.10). Ces lois étaient si rigoureuses que les malheureux animés de l’esprit de Python, ou qui faisaient seulement profession de l’être, étaient condamnés à mort, et lapidés vifs (Lévitique 20.27).

Malgré ces lois, ou plutôt parce qu’une loi qui contrarie un penchant l’excite au lieu de le réprimer (cf. Romains 5.20), les Israélites se montrèrent dans toutes les périodes de leur histoire, et surtout sous les rois idolâtres, adonnés aux mages, aux sortilèges et aux superstitions de toutes espèces (cf. 1 Samuel 28.3-9 ; 2 Rois 21.6 ; 23.24 ; Ésaïe 8.19 ; Jérémie 29.8 ; Michée 3.11 ; Zacharie 10.2) : ils allèrent même consulter les oracles des païens (2 Rois 1.2). Le culte de Baal avait son cortège de prophètes divinateurs (1 Rois 18.19), les Philistins fournissaient leur contingent (1 Samuel 6.2), et les Juifs eux-mêmes virent dans leur propre sein surgir de ces industriels auxquels le peuple, comme partout, s’empressait d’apporter de l’argent (Michée 3.11 ; cf. Actes 16.16).

Il y avait diverses sortes de divinations et de devins ; les uns se bornaient à l’examen de certaines circonstances, ou accidents naturels, c’est ce qu’on a appelé magie naturelle ; d’autres empruntaient tout simplement le secours de l’art, c’était la magie artificielle ; d’autres consultaient les morts ou les mauvais esprits (magie noire ou diabolique) ; d’autres enfin devinaient d’inspiration, de pressentiment, de seconde vue. À la première classe appartenaient, parmi les exemples qui nous sont conservés dans l’Écriture : a) L’interprétation des songes, b) l’examen des mouvements des serpents : c’est même cette espèce de divination que semble indiquer le terme hébreu (Lévitique 19.26 ; Deutéronome 18.10 ; 2 Rois 17.17 ; 21.6). (nichesh = deviner, nachash = serpent). Bochart a recueilli quelques faits à l’appui de cette idée ; les Égyptiens avaient des serpents qu’ils appelaient de bons génies, et dont ils aimaient à placer la figure sur leurs abraxas ou talismans : beaucoup de peuplades orientales ont encore leurs serpents sacrés que consultent les jongleurs, et l’on se rappelle les serpents de Pallas (Virg.). Les mots grecs et latins par lesquels les Septante et la Vulgate ont traduit l’hébreu, font entrer dans leur composition les oiseaux (augures), au lieu de serpents ; mais il est clair que, soit dans le texte, soit dans les traductions, il convient de s’en tenir à l’idée générale de divination, sans égard aux moyens employés. c) Les baguettes, ou bâtons divinatoires ; on croit en trouver la trace (Ézéchiel 21.26 ; il a secoué les flèches), et Osée 1.12 ; mon peuple demande avis à son bois, et son bâton lui répond). Le premier de ces passages contiendrait une allusion à l’ancien usage des Chaldéens, d’écrire sur des flèches ou sur des baguettes le nom des villes où ils voulaient se rendre, ou des choses qu’ils voulaient entreprendre, de mêler ensuite ces baguettes dans un carquois, de tirer au hasard et de se décider suivant celle qui sortait la première. La plupart des peuples ont connu ce moyen de deviner, qui est peu malin, et que les enfants remplacent chez nous par le jeu d’épingle. Cette interprétation est possible ; le prophète dirait alors que le roi de Babylone, incertain par quel ennemi commencer, a jeté sur les villes le sort des flèches, et qu’il marchera d’abord contre Jérusalem : on peut le comprendre cependant autrement encore. Quant au passage d’Osée, il supporte également cette explication, mais d’autres aussi sont permises ; ou bien : il consulte ses idoles de bois, et elles lui répondent (par le moyen de leurs prêtres) ; ou bien : ce peuple aveugle, qui ne peut se diriger par la lumière, se dirige au moyen de son bâton, en tâtonnant. « Il me semble, dit Calvin, que le plus simple est d’y voir une condamnation contre les Israélites, qui se sont adressés à des idoles mortes au lieu de s’adresser au Dieu vivant ». d) L’examen des entrailles sacrifiées était chez les peuples païens un grand moyen de divination ; si les entrailles étaient sèches, dures ou lâches, s’était un présage fâcheux : si au contraire elles étaient saines et rouges, c’était un bon signe : on peut croire que le passage (Ézéchiel 21.26 ; il a regardé au foie), se rapporte à la divination par les intestins ; mais c’est la seule trace qu’on en trouve dans l’Écriture. e) La divination, d’après le cours des nuages (Deutéronome 18.10 ; pronostiqueurs de temps, 2 Rois 21, 6), ou d’après les signes des cieux (Jérémie 10.2), c’est l’hébreu meonen ; v. cependant l’art. Enchanteur. f) Enfin, par l’eau ou par la coupe ; voir Coupe.

Quant à la divination par inspiration, se distingue des précédentes par l’absence d’art. Souvent chez les païens (et les oracles reposaient presque tous sur cette théorie), on cherchait à produire une excitation factice et purement physique sur les nerfs des pauvres prêtres et prêtresses, qui faisaient de gré ou de force, le triste métier d’annoncer les choses futures ; cette excitation se traduisait en gestes violents et en convulsions que l’on donnait pour les signes de la présence de la divinité, on recueillait les paroles de leur délire, et quelques habiles arrangeaient ces paroles à leur guise, et leur donnaient telle forme obscure et ridicule qu’ils jugeaient convenable. C’était là ce qu’on appelait insanire, être fou ; il y avait folie en effet, et chez le malheureux patient, et chez ce prêtre qui, avec une gravité majestueuse, cherchait tant bien que mal la raison dans la déraison, la clarté de l’avenir dans l’obscurité du présent. Cependant il y avait aussi une inspiration plus calme, plus naturelle, soit dans le sommeil soit dans la veille ; elle se trouvait dans un état nerveux habituel que l’on peut rattacher à un développement considérable du système ganglionnaire, et qui produisait chez ceux qui étaient atteints de cette infirmité, un penchant très fort au sommeil magnétique, au somnambulisme, et à la seconde vue. Il faut peut-être du courage pour mettre en avant de telles idées, quand on ne peut ni les développer, ni les expliquer, ni les appuyer ; mais tout cela trouvera sa place ailleurs, et nous ne pouvons entrer ici dans des détails psychologiques qui demanderaient, pour être traités convenablement, un ouvrage tout spécial. Du reste, dans cette ligne d’idées ce qui est le plus singulier, ce n’est pas tant l’explication du fait, que le fait lui-même ; et comme tous les efforts pour nier les faits ont toujours été inutiles, et qu’il faut bien finir par les accepter, la seule chose à faire c’est de tâcher de les comprendre, autant du moins qu’ils peuvent être compris. Le passage (Actes 16.16ss ; cf. 19.13ss), paraît expliquer cette vertu divinatoire par la possession d’un démon. Voir Enchanteur, Possession, Python.

Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com

L’article dans Bost

Dictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)

Les Orientaux, et surtout les Israélites, ont toujours été fort attachés à la divination, à la magie, aux arts curieux d’interpréter les songes, et de chercher à connaître l’avenir par des voies illicites : c’est une suite de leur génie timide et superstitieux. Lorsque Moïse publia la loi du Seigneur, ce Mal était déjà très-commun dans l’Égypte et dans les pays voisins ; et pour guérir les Israélites du penchant qu’ils avaient à consulter les devins, les diseurs de bonne aventure, les augures, les interprètes des songes, etc., il leur promit que l’esprit de prophétie ne sortirait point du milieu d’eux, et leur défendit, sous de trèsgrièves peines, de consulter les devins, les astrologues et les autres personnes de cette espèce (Lévitique 20.27). Il ordonna de lapider ceux qui se vantaient d’avoir l’esprit de Pithon ou de divination (Deutéronome 18.9-12). Lorsque vous serez entrés dans le pays que le Seigneur vous donnera, prenez bien garde de ne pas imiter les abominations de ces peuples, et qu’il ne se trouve personne parmi vous qui purifie son fils et sa fille, en les faisant passer par le feu, ou qui consulte les devins, qui observe les songes ou les augures, ou qui use de maléfices, de sortiléges, d’enchantements, ou qui consulte ceux qui ont l’esprit de Pichon, qui se mêlent de deviner, ou qui consultent les morts… Dieu vous suscitera un prophète comme moi, de votre nation et d’entre vos frères ; ce sera lui que vous consulterez. Les écrits des prophètes du Seigneur sont pleins d’invectives contre les Israélites qui consultaient les devins, et contre les faux prophètes qui se vantaient de prédire l’avenir, et séduisaient ainsi les pereples.

Il y avait plusieurs sortes de divinations : on devinait par l’eau, par le feu, par la terre, par l’air, par le vol des oiseaux, par leur chant, par les sorts, par les songes, par la baguette. Nous avons parlé de la divination par l’eau, dans l’article de Coupe de Joseph. On peut rapporter à la divination par le feu, ou Pyromancie, les observations des foudres, des éclairs, des météores, comme aussi les opérations des mages autour du feu qu’ils entretenaient dans leurs enclos ou temples, nominés Pyratheia. Ils y entrent tous les jours, dit Strabon, et y derneurent pendant une heure, faisant des enchantements, ayant en main un faisceau de petites verges, et portant des bonnets ou tiares velues, et si grandes, qu’elles leur descendent jusqu’aux lèvres.

La divination par la terre, ou Géomancie, est commune parmi les Perses. Ils en attribuent l’invention à Edris, qui est le même que le patriarche Énoch, ou au prophète Daniel. Elle consiste à marquer plusieurs points sur un sable préparé, qu’ils appellent Rami ; ces points, disposés en un certain nombre sur plusieurs lignes inégales, se décrivent aussi avec la plume sur le papier : celui qui se mêle de deviner, par le moyen de cet art s’appelle Rummal. Il tire des connaissances prétendues de l’avenir, de la combinaison de ces points et de ces lignes. Cela seul montre assez la vanité de cette sorte de divination.

La divination par la baguette est connue par Ézéchiel (Ézéchiel 21.22). On peut voir ce que nous en avons dit, dans le Dictionnaire de la Bible, sous l’article bâtons. Strabon, 1.15, parle des baguettes ondes verges que tenaient en main les mages, dans leurs cérémonies religieuses, autour de leur feu prétendu sacré.

La Divination par le vol, par le chant, par le manger des oiseaux, est assez connue ; je ne sais toutefois si elle était en usage parmi les Hébreux. Voyez ci-devant l’article Augure.

Il paraît qu’on tirait autrefois des augures par les serpents. Le terme hébreu nachasch, qui se prend souvent pour augurer, tirer des augures, signifie aussi un serpent. Bochart a recueilli quelques exemples de divination par le moyen des serpents. Les Égyptiens avaient des serpents qu’ils appelaient de bons démons ou de bons génies. Rien n’est plus commun que de voir le serpent dans les Abraxas, qui, comme l’on sait, étaient des talismans, des figures magiques. [Voyez Flèches].

Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com

L’article dans Calmet

Dictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)

Comme un aveugle perdu dans la forêt prête l’oreille aux bruits extérieurs dans l’espoir de retrouver son chemin, l’humanité déchue, privée de révélation directe, s’est efforcée, par tous les moyens, de percevoir les directions célestes. De tous ces moyens, le plus répandu et le plus populaire fut, dans l’antiquité, la mantique ou divination. Cet art de découvrir les choses cachées se retrouve chez tous les peuples, et il était pratiqué sous les formes les plus variées parmi les nations qui entouraient Israël : Cananéens, Syriens, Caldéens, Égyptiens, etc. La Bible, surtout l’Ancien Testament, nous présente la divination sous de nombreux aspects. En voici trois réunis dans le même texte : (Ézéchiel 21.28) « Le roi de Babylone s’est arrêté au carrefour où se partage la route, pour faire de la divination. Il agite les flèches ; il interroge les théraphim ; il examine le foie. »

1. Les flèches

Ce procédé consiste à mettre des flèches dans un carquois, après avoir écrit dessus des noms ou y avoir marqué des signes. On agite ensuite les flèches, puis, après avoir invoqué son dieu, on retourne le carquois. La première flèche qui tombe est celle qui fixe le sort. Dans l’exemple de Ézéchiel 21, la première flèche qui tomba portait « Jérusalem ». Le roi devait donc d’abord mettre le siège devant la capitale de Judée. Osée 4.12 montre qu’Israël s’adonnait aussi à ce genre de divination. Quand les apôtres, avant que la Pentecôte leur eût donné l’esprit de discernement, tirent au sort pour savoir qui doit remplacer Judas (Actes 1.26), ils agissent dans la simplicité de leur cœur après avoir prié Dieu de les diriger. Il n’en demeure pas moins qu’ils font entrer dans les mœurs chrétiennes un usage qui remonte à la plus lointaine divination.

2. Le foie

L’hépatoscopie donnait lieu chez les Babyloniens à toute une science (voir Foie). Les aruspices, qui examinent le foie ou les entrailles (voir ce mot), et de façon générale tous les devins étaient tenus en grand mépris par les prophètes d’Israël, d’abord parce que leurs prédictions étaient vagues et trompeuses (Jérémie 14.14 ; Jérémie 27.9 ; Jérémie 29.8 ; Michée 3.7) ; ensuite parce qu’avec leur fausse science, ceux-ci battaient monnaie effrontément. Michée accuse les faux prophètes de trafic avec la divination (Michée 3.5-11, cf. Nombres 22.7).

3. Les théraphim

L’usage des théraphim ou dieux pénates dans la pratique divinatoire paraît fort ancien. Aben-Esra suppose que Rachel déroba à Laban ses théraphim afin que celui-ci fût privé du moyen de connaître dans quelle direction ses filles avaient fui avec Jacob (Genèse 31.19). Dans l’histoire de Mica (Juges 17 à Jug18) les théraphim sont liés à l’éphod et l’on sait que l’éphod était en Israël, avec l’Ourim et le Toummim, un moyen de divination (voir Éphod).

Osée, parlant d’un temps où tout moyen de consulter Dieu sera retiré à Israël, dit : « Les enfants d’Israël resteront longtemps sans éphod et sans théraphim » (Osée 3.4). Zacharie déclare : « Les théraphim disent de fausses prophéties, les songes mentent » (Zacharie 10.2). Josias, dans sa réforme, avait détruit du même coup ceux qui invoquaient les esprits, ceux qui prédisaient l’avenir et les théraphim (2 Rois 23.24). Nous ne savons pas de quelle manière on faisait parler les théraphim. Il est probable que c’était par un procédé semblable à celui de l’Ourim et Toummim, l’agitation de dés ou d’osselets portant oui et non et qu’on faisait jouer après avoir formulé la question devant la divinité. Les derniers textes cités mettent en cause deux autres procédés de divination : les songes et l’évocation des morts.

4. Les songes

Il s’agit ici des hiérogrammates, des scribes sacrés, des sages, des disciples du dieu Thot en Égypte, dont l’action s’était répandue dans tout le Proche Orient asiatique. Ces sages ou devins possédaient toutes les formules d’incantations et les livres magiques dont les recettes étaient destinées tantôt à provoquer des songes et tantôt à les interpréter. Par les songes, le dieu faisait connaître sa volonté et orientait les actions des hommes. La supériorité de Joseph sur les hiérogrammates de son temps était que ceux-ci n’avaient pu expliquer au pharaon ses songes à l’aide de leurs formules, tandis que Joseph, par inspiration directe et sans le secours d’aucun livre, avait tout expliqué au souverain (Genèse 41.8-44). Ce fut la même supériorité qui établit l’autorité de Daniel sur les devins de son temps, appelés aussi « Caldéens » (Daniel 2-4). On sait le rôle que le songe et son interprétation ont joué dans l’histoire profane, on en trouve des exemples frappants dans la littérature classique. La Bible mentionne les songes tantôt comme occasions d’égarement (Jérémie 23.32 ; Jérémie 29.8), tantôt comme moyens mis par Dieu au service de sa providence (Genèse 20.3 ; Genèse 31.24 ; Genèse 37.19 ; Juges 7.13 ; Job 33.14-18 ; 1 Rois 3.5-15 ; Matthieu 1.20 ; Matthieu 1.24 ; Matthieu 2.12 ; Matthieu 2.13 ; Matthieu 2.19 ; Matthieu 2.22 etc.). Voir Songe.

5. L’évocation des morts

La nécromancie appartient plutôt à la magie qu’à la divination ; cependant l’évocation des morts, surtout lorsqu’elle est accompagnée de ventriloquie (cf. Ésaïe 29.4 : « sons étouffés, voix sortant de terre »), n’a guère d’autre but que d’obtenir la révélation de l’avenir ou l’interprétation de faits du passé. C’est ainsi qu’on voit Saül, après avoir chassé les évocateurs de morts, s’adresser à une nécromancienne, « la pythonisse d’Endor » (cf. 2 Rois 21.6 ; Ésaïe 8.19).

6. L’ophiomancie

Le texte de Ésaïe 8.19 fait allusion à un autre procédé de divination : il s’agit ici de l’art de proférer des oracles par le sifflement ou par des soupirs. L’enchantement de Balaam (Nombres 24 ; voir surtout le Nombres 24.4 dont les termes, dans l’hébreu, caractérisent la transe), et ceux dont il est parlé dans 2 Rois 17.17 relèvent, du moins en partie, de cette sorte de pratique, car le verbe hébreu (au mode piel) employé ici, nâkhach, signifie « faire entendre un chuchotement sourd », « siffler comme le serpent » (rapprocher de ce passage le nebôn-lâkhach, « l’habile enchanteur » de Ésaïe 3.3 et les lekhâchim ou amulettes de Ésaïe 3.20, qui peuvent avoir été des serpents porte-bonheur) ; le même verbe dans Lévitique 19.26 ; 2 Rois 21.6 montre qu’en Israël on pratiquait aussi la divination qui consistait à observer les serpents pour en tirer des pronostics. On a voulu voir dans nâkhach l’augure, celui qui pratique la divination en observant le vol des oiseaux. Mais cette pratique, courante chez les Grecs et les Romains, ne paraît pas avoir existé en Orient avant l’invasion des mœurs helléniques et nous ne la trouvons nulle part mentionnée dans la Bible, où il est seulement question, semble-t-il, du cours des nuages (Lévitique 19.26 ; 2 Rois 21.6). Mais ce point est incertain.

On trouve un curieux emploi du terme nâkhach dans l’histoire de Joseph (Genèse 44.5-15). Il s’agit dans ce passage de la « culicomancie » ou pratique divinatoire par le moyen d’une coupe (voir ce mot). On jette dans une coupe pleine des fragments de métal ou de pierre précieuse, et les figures produites par ces objets au fond de la coupe servent à révéler les choses cachées. « Consulter la coupe » est encore en usage dans le Proche Orient, en Égypte, en Perse ; il existe même en Chine une pratique analogue.

Notons encore la « lécanomancie » ou divination au moyen d’un bassin de métal. Dans les premiers siècles du IIIe millénaire avant Jésus-Christ, on connaissait déjà chez les Sumériens la pratique de verser de l’huile sur l’eau pour connaître la volonté des dieux et il fallait payer pour cela sept sicles d’argent au clergé, dont un sicle pour le devin qui dirigeait la cérémonie.

7. Le délire sacré

L’ophiomancie et le délire sacré ont une parenté rendue évidente par l’histoire. L’oracle de Delphes était gardé par un serpent gigantesque, le python, qu’Apollon mit à mort ; d’où le nom d’Apollon-Pythien et la faculté pour Apollon d’inspirer la pythie. L’esprit de python est celui qui accorde la divination aux devins, aux nécromanciens, à tous les vaticinants, depuis le ventriloque, assimilé par Plutarque aux pythons, jusqu’aux faux prophètes ou aux prophétesses démoniaques, telle la jeune fille de Actes 16 qui procurait un grand profit à ses maîtres en devinant et qui poursuivit Paul et Silas en clamant : « Ces hommes-là sont des serviteurs du Dieu Très-Haut, ils vous annoncent la voie du salut ». Les faux prophètes avaient aussi un autre moyen de se mettre dans le délire sacré et d’en imposer par l’exaltation visionnaire : c’était non plus les vapeurs capiteuses qui enveloppent le trépied des oracles, mais l’usage des spiritueux, des stupéfiants (voir Dionysos). Quand le cycle dionysiaque eut fait fortune chez les Aryens occidentaux, le terme bacchos servit chez les Grecs pour caractériser la puissance de divination, et le terme baccheueïn désigna le diseur d’oracles, en latin bacchari = se livrer aux transports de l’inspiration :

immanis in antro Bacchatur vates… (Virgile, En., VI, 77.)

Par le délire sacré, les prophètes d’Israël rejoignaient la inantique courante. Comp. Jérémie 23.9 à propos des faux prophètes ; l’accusation des Juifs lors de la Pentecôte : « Ils sont pleins de vin doux » (Actes 2.13), et les avertissements de saint Paul : « Soyez remplis non de vin, mais d’Esprit saint » (Éphésiens 5.18, cf. Ésaïe 29.9).

8. L’astrologie

Dès les temps les plus reculés, les Mésopotamiens attribuèrent la plus grande importance à l’observation des astres. Ils étaient persuadés que la vie d’ici-bas n’était qu’une réplique de la vie dans les étoiles peuplées de dieux. Savoir regarder le ciel, étudier les phénomènes célestes, c’était lever le voile qui couvre le mystère du présent et cache l’avenir au commun des mortels. Celui qui savait voir dans les étoiles était appelé « voyant ». On sait que les prophètes d’Israël portaient à l’origine le nom de « voyants » (1 Samuel 9.9). L’influence des voyants en Syrie, en Babylonie, fut immense. Les astrologues formaient des corporations puissantes à qui des siècles d’observations, consignées dans des codes, donnaient une autorité incontestée pour interpréter les événements de la vie, pour guérir les maux et pour orienter les rois. Daniel les mentionne à la cour de Caldée (Daniel 1.20 ; Daniel 2.27 ; Daniel 4.7 ; Daniel 5.7 ; Daniel 5.11).

La loi mosaïque interdisait toutes les pratiques de la divination qui auraient eu pour effet de mettre les Hébreux dans la dépendance religieuse des peuples qui les entouraient et où les devins pullulaient (Lévitique 19.26 ; Lévitique 19.31 ; Lévitique 20.6 ; Deutéronome 18.10 et suivant). Israël devait regarder à Jéhovah seul et marcher par la foi : « L’enchantement ne peut rien contre Jacob ni la divination contre Israël ; au temps marqué, il sera dit à Jacob et à Israël ce que Dieu veut accomplir » (Nombres 23.23). Les hommes de Dieu suscités par Jéhovah au sein de son peuple, les vrais « voyants », parce qu’ils ne sont pas livrés aux incertitudes et aux égarements humains, sont là pour découvrir à Israël la volonté divine et pour lui révéler ce qu’il a besoin de savoir. Tout recours aux artifices de la divination vulgaire est une trahison du commandement : « Tu n’auras point d’autres dieux devant ma face. » Ésaïe 8.19 et suivant formule la règle à laquelle Israël doit se tenir sous peine de disparaître : « Si l’on vous dit : Consultez les nécromanciens, les devins, ceux qui poussent des sifflements et qui chuchotent, répondez : Un peuple ne doit-il pas consulter son Dieu ? À la loi et au témoignage ! Sinon pas d’aurore ! »

On pourrait nommer encore bien d’autres procédés secondaires de la divination, apparentés à la magie (à laquelle appartient tout ce qui est de l’ordre des « Jugements de Dieu », ordalie, etc.) ou à la sorcellerie (voir ces mots). La traduction des qualificatifs hébreux est d’ailleurs ici difficile, et nos versions françaises les rendent souvent avec imprécision. Mais nous croyons en avoir assez dit pour montrer qu’il y avait en cette matière ample occasion de profits pour ceux qui, dans le monde antique, s’entendaient à exploiter la crédulité. Toutefois, condamner en bloc la divination comme superstition ou supercherie est bientôt dit. Ceux qui promulguent ce jugement tranchant oublient que nous savons bien peu de chose des ressources du monde spirituel, de ses attaches avec la nature et des possibilités de l’action psychique au sein de l’humanité. En l’état de nos connaissances, le plus prudent et le plus équitable est de reconnaître qu’à côté de procédés mensongers et parfois criminels, la divination antique renferme des éléments qui ont contribué puissamment à tenir le front de l’humanité levé vers les réalités invisibles et à entretenir dans les âmes l’inquiétude de Dieu, portique de la révélation de Dieu. Et pourquoi le Maître de toutes les forces de la nature, Dieu, qui aime tous les hommes, qui récompense tous les efforts sincères et qui parle à chacun sa langue, ne se serait-il jamais servi de la divination pour orienter les peuples non bibliques, alors que nous voyons dans la Bible qu’il n’a point dédaigné de se servir de l’Ourim et Toummim pour parler à Israël, de songes pour soustraire l’enfant Jésus aux vengeances d’Hérode ou pour ouvrir l’Europe à l’action missionnaire, du sort pour élever Matthias, à la dignité d’apôtre et du langage des étoiles pour conduire les mages d’Orient jusqu’à la crèche de Bethléhem ?

Alexandre Westphal

Voir Mage, Magie, Étoile, Sorcellerie.

Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com

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