Dictionnaires bibliques

Scandale

Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Scandale », un article après l’autre.

Dictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)

scandalum. Ce terme, dans les auteurs grecs anciens, signifie cette partie de la souricière qui est suspendue au lacet, selon Pollux, ou le bois plié sur lequel est appuyé ce qu’ils appellent le marteau, selon le Scoliaste d’Aristophane. En général, selon Hésychius, scandalum signifie un piège, un empêchement.

Dans l’Écriture et dans les auteurs ecclésiastiques, le scandale se met pour tout ce qui se rencontre dans le chemin d’un homme, et qui peut le faire tomber. Ainsi, Moïse défend (Lévitique 19.14) de mettre un scandale devant l’aveugle, c’est-à-dire, ni bois, ni pierre, ni aucune autre chose qui soit capable de le faire tomber ou trébucher. Il défend ailleurs (Exode 23.33) de faire alliance avec les chananéens, de peur qu’ils n’engagent les Israélites dans l’idolâtrie, ce qui serait pour eux un grand scandale.

Saül donne à David sa fille Michol en mariage, espérant qu’elle lui deviendrait un piège à un scandale (1 Samuel 18.21). Le Seigneur fera le bonheur et la sanctification de ceux qui le craignent ; mais il sera une pierre d’achoppement et de scandale aux deux maisons d’Israël (Isaïe 8.14). Jésus-Christ dit à saint Pierre, qui voulait le détourner de sa passion (Matthieu 16.23) : Retirez-vous de moi, Satan, vous m’étes un sujet de scandale. Enfin il dit de lui-même (Matthieu 11.6) : Bienheureux celui qui ne sera pas scandalisé en moi, ou pour qui je ne serai pas un sujet de scandale, à qui ma vie, ma pauvreté. ma naissance, ma mort, ma croix, ne donneront pas de scandale.

Le terme grec scandale, répond à l’hébreu maschul, qui vient de la racine schacal, tomber, renverser ; et dans la conjugaison hiphil, faire tomber, renverser, tendre des pièges, etc. Dans le moral, il y a un scandale actif, et un scandale passif. Le premier est celui que nous donnons aux autres par notre conduite ou par nos paroles ; et le second est celui que nous recevons en voyant les mauvaises actions, ou en écoutant les mauvais discours des autres. Jésus-Christ dans l’Évangile, dit qu’il faut qu’il arrive du scandale (Matthieu 18.7) : mais, ajoute-t-il, malheur à l’homme qui est la cause du scandale ! Si votre main ou votre pied vous scandalisent, retranchez-les, et les jetez loin de vous. Il vaut mieux que vous entriez dans le royaume de Dieu n’ayant ni pieds ni mains, que d’être jetés dans les ténèbres extérieures ayant tous vos membres. Et encore (Marc 9.41) : Gardez-vous bien de scandaliser un de ces petits qui croient en moi ; il vaudrait mieux pour celui qui les scandalise, qu’on lui mît au cou une meule de moulin, et qu’on le jetât dans la mer ; que non pas qu’il leur soit un sujet de scandale. Jésus-Christ a été à l’égard des Juifs une pierre de scandale, contre laquelle ils se sont heurtés et se sont froissés (Romains 9.33 1 Pierre 2.8).

Nous avons parlé du mot scandale, dans le sens qu’on lui donne en français. Mais dans le texte latin de la Vulgate, scandalum est souvent employé dans des sens différents, qu’il est bon d’expliquer ici, par exemple : (Exode 10.7) : Jusqu’à quand Moïse sera-t-il pour nous un piège, jusqu’à quand nous poursuivra-t-il comme un chasseur fait son gibier ? Ou bien, Jusqu’à quand souffrirons-nous parmi nous les Israélites, qui nous sont comme une pierre d’achoppement ? Ou simplement, Jusqu’à quand souffrirons-nous tous ces maux qui nous accablent ? (Psaumes 118.165) : Ils jouissent d’une paix profonde, sans trouble et sans malheur (Ézéchiel 7.19) : Ils sont tombés dans les malheurs que méritaient leurs iniquités ; ils ont porté la peine de leurs crimes (Proverbes 22.25). Ne vous exposez pas à la fureur d’un homme emporté, de peur qu’il ne vous en coûte la vie. La vie humiliée de Jésus-Christ, ses souffrances, sa croix, sont comme une pierre de scandale aux deux maisons d’Israël (Isaïe 8.14 Luc 2.24 Romains 9.33 1 Pierre 2.7), parce qu’ils n’ont pu se persuader que ces qualités humiliantes pussent convenir au Messie qu’ils attendaient.

L’auteur de l’Ecclésiastique prend d’ordinaire le verbe scandaliser dans le sens de s’exposer au danger (Ecclésiaste 1.37) : Gardez-vous d’user d’hypocrisie et de dissimulation, et que vos lèvres vous exposent au danger de passer pour un cœur double. Le Grec : Ne vous formez point sur les paroles des hommes, et ne faites point d’attention à leurs discours ; ne comptez point sur tout ce que les hommes pourront dire de vous, ni sur ce qu’ils vous diront ; leurs discours ne doivent point étre la règle de votre conduite. Et ailleurs (Ecclésiaste 23.7) : Celui qui écoutera mes instructions ne tombera point dans des actions criminelles : ou plutôt : Il ne sera pas renversé comme un homme qui se heurte contre une pierre, et on ne lui verra point commettre des actions criminelles. Et encore (Ecclésiaste 32.19) : Celui qui ne cherche pas sincèrement la sagesse, au lieu de la trouver, tombera dans le piège et sera renversé.

Scandale

Montagne du scandale, Mons offensionis. C’est la montagne des Oliviers, sur laquelle Salomon bâtit des temples, et érigea des autels aux faux dieux, pour plaire aux femmes étrangères qu’il avait épousées. : Voyez (1 Rois 11.4 ; 2 Rois 23.13).

Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com

L’article dans Calmet

Dictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)

1.

Le grec classique possède le terme, dont l’usage est très rare, de skandalèthron (Aristophane, Acharn., 687) : « tige servant de détente à un piège » (Bailly) ; l’idée étymologique de la racine (cf. le sanscr. skand = ressaut) est celle du déclic aux funestes effets. Le substantif skandalon et le verbe skandalizeïn comportent la même signification, presque toujours au figuré ; ils ne se trouvent que dans la Bible et les écrits ecclésiastiques : le premier se compte environ 20 fois dans l’Ancien Testament des LXX et 15 fois dans le Nouveau Testament (y compris les citations de l’Ancien Testament) ; le second est employé 25 fois environ dans le Nouveau Testament, jamais dans l’Ancien Testament, mais 5 ou 6 fois dans les fragments qu’en donne la Version d’Aquila. Ils correspondent aux noms hébreux des pièges (môqéch, mikchôl) ; les seuls passages où il faut y voir le sens propre sont Juges 5.1, où il s’agit de chausse-trapes en temps de guerre, et Lévitique 19.14, où il s’agit d’un obstacle mis sur le chemin d’un aveugle et risquant de le faire tomber.

2.

D’où l’image de la « pierre d’achoppement », du « rocher de scandale » (Version Synodale : qui fait tomber) empruntée par les apôtres à Ésaïe 8.14 et appliquée par eux à Jésus-Christ, dont l’œuvre contredit l’attente messianique des Juifs et leur fut prétexte à le rejeter et à s’exclure du salut (Romains 9.33 ; 1 Pierre 2.7) ; de même sa croix est un scandale pour les Juifs (1 Corinthiens 1.23 ; Galates 5.11), qui y voyaient une abominable malédiction inacceptable pour leur Messie ; de même, en diverses circonstances où l’attitude du Seigneur heurte les disciples ou la foule, il leur est « une occasion de chute », littéralement : ils sont scandalisés à son sujet (Marc 6.3 ; Matthieu 11.6 ; Matthieu 26.31 ; Matthieu 26.17.27 ; Jean 6.61). Dans ces cas, le scandale n’est pas imputable au Christ, mais aux partis pris de ceux qui veulent un Christ ne les choquant, en rien, absolument conforme à leurs idées arrêtées. C’est ainsi que l’affliction peut être aussi « une occasion de chute » pour les chrétiens mal enracinés (Marc 4.17) ; et Jésus prévient ses disciples la veille de sa mort pour leur épargner ce danger (Marc 14.27 ; Jean 16.1).

3.

Par ailleurs, le fait de scandaliser est le plus souvent une faute, et des plus graves, consistant à « faire tomber » quelqu’un, à l’entraîner au mal par tentation, exemple ou piège. Pierre, en protestant contre l’annonce que Jésus fait de sa Passion, « est en scandale » à son Maître, qu’il tente comme s’il était Satan en personne (Matthieu 16.23). Jésus réserve une de ses plus sévères condamnations à ceux qui « font tomber dans le péché l’un de ces petits qui croient en lui » (Marc 9.42 ; Matthieu 18.6), à ceux qui, par là, leur « sont en scandale » (Luc 17.2) ; il reconnaît que dans un monde pécheur les « scandales » sont inévitables (plutôt que « nécessaires », traduction contestable de Matthieu 18.7 ; comparez Luc 17.1), mais il voit les pécheurs scandaleux voués au malheur, condamnés à être exclus du Royaume (Matthieu 13.41), et il ordonne en termes imagés volontairement excessifs la suppression des membres porteurs des tentations qui « scandalisent », c’est-à-dire qui font broncher ou tomber dans le péché et conduisent à la perdition (Marc 9.43 ; Marc 9.47 parallèle Matthieu 5.29 et suivant). L’apôtre Paul, à son tour, met les chrétiens en garde contre les séducteurs fauteurs de divisions et de scandales (Romains 16.17). L’Apocalypse dénonce les docteurs qui mettent devant les croyants une pierre d’achoppement par les viandes sacrifiées aux idoles et les tentations d’immoralité (Apocalypse 2.14 ; pour le scandale et le piège de l’idolâtrie, cf. Sagesse 14.11). Le problème des viandes fut un des plus difficiles que saint Paul ait eu à résoudre : entre la thèse pagano-chrétienne de la liberté totale du chrétien dans les questions d’aliments et la thèse judéo-chrétienne de l’abstention, il est surtout préoccupé par le souci de charité, celui de « ne pas être en scandale » à des frères, sans doute « faibles en la foi » (ce qui ne veut point dire : à la foi faible, mais : croyants ultra-scrupuleux sur ces minuties), qui n’en sont pas moins des frères, et « pour lesquels Christ est mort ! » (1 Corinthiens 8.9-13 ; 1 Corinthiens 10.32 ; Romains 14.13 ; Romains 14.15 ; Romains 14.21. Pour l’apôtre Paul, du reste, c’est la règle du serviteur de Dieu de ne donner de scandale en rien (2 Corinthiens 6.3) ; et pour l’apôtre Jean, le secret de n’avoir en soi aucun « scandale » (Version Synodale : rien qui fasse broncher), c’est de demeurer dans la lumière en aimant ses frères (1 Jean 2.10).

Jean Laroche

Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com

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