Dictionnaires bibliques
Salomon
Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Salomon », un article après l’autre.
Dictionnaire de la Bible (Bost)
Fils de David et de Bath-Shéba, le dixième fils de David selon la liste de 1 Chroniques 3.5, et son successeur sur le trône de Juda. Son règne de quarante années va de 1015 à 975 av. J.-C. Son histoire est renfermée dans les onze premiers chapitres du premier livre des Rois, et racontée de nouveau sous un autre point de vue, et avec quelques omissions importantes (2 Chroniques 1-9). Élève de Nathan, il était appelé au trône par les promesses que Dieu avait faites à David, son père (2 Samuel 7.12 ; 1 Chroniques 17.11 ; Psaumes 132.11 ; 1 Rois 8.20). Une conspiration ayant pour but de le renverser hâta son couronnement. Il fut présenté au peuple par Nathan, Tsadoc et Bénaïa, reçut avec modestie les applaudissements de la multitude, déjoua, par son élévation, le complot qui devait lui ravir la couronne avant qu’elle fût posée sur sa tête, et pardonna à son imprudent et malheureux frère Adonija, n’exigeant de lui qu’un avenir de fidélité pour expiation d’une révolte passée. On suppose que c’est à l’âge d’environ vingt ans qu’il monta sur le trône ; Josèphe ne lui donne que quatorze ans, d’autres encore moins, à cette époque de sa vie.
Des révoltes à peine étouffées, des guerres à peine finies, l’habitude de l’agitation chez le peuple, des haines de famille, des rivalités sacerdotales, voilà ce que le jeune roi trouvait sur le trône à un âge où l’on n’a pas encore d’expérience, et après une éducation qui, en l’éloignant du tourbillon de la vie publique, n’avait pu remplacer pour lui l’expérience. Des troubles politiques et des troubles religieux ! Mais le ciel ne resta pas longtemps sombre ; les nuages se dissipèrent, et le soleil parut.
Quelques actes énergiques commandés par une sage politique, et par le testament de David, firent connaître au peuple que Salomon régnerait avec justice et fermeté. Joab fut mis à mort comme meurtrier de Abner et de Amasa ; Adonija, qui renouvela sous une forme détournée ses prétentions à la couronne, fut puni de mort ; Shimhi, qui avait enfreint la condition de son salut, fut puni de mort ; Abiathar, qui avait trempé dans la conspiration de Adonija, vit la peine de mort commuée en celle de l’exil, en considération des services qu’il avait rendus à son père ; Barzillaï et ses enfants reçurent la récompense de leur fidélité.
En exerçant ainsi la justice, en montrant qu’il ne s’arrêtait pas au rang du criminel, mais qu’il frappait le crime, quel qu’en fût l’auteur, Salomon affermit le sceptre entre ses mains. Jusque-là il n’avait fait que suivre les inspirations de son père, et il avait réussi ; il devait apprendre à régner seul. Il assembla le peuple à Gabaon, où était encore le tabernacle, et il y offrit mille holocaustes à la fois, splendide inauguration d’un règne qui devait rétablir et achever de régler le culte. La nuit suivante, Dieu lui apparut en songe, et lui demanda de choisir ce qu’il désirait, grave et solennelle épreuve pour le cœur d’un jeune homme ! Salomon répondit par une prière touchante et pleine d’humilité, et, sage, il demanda la sagesse. Il éprouva ce que l’homme a tant de peine à croire, que toutes choses sont données par-dessus à celui qui cherche premièrement le royaume des cieux et sa justice (Matthieu 6.33). Dieu lui accorda la sagesse qu’il avait demandée, les richesses et la gloire qu’il n’avait pas demandées. Plein de joie, il revint à Jérusalem achever devant l’arche sainte les sacrifices qu’il avait commencés devant le tabernacle à Gabaon.
Il fut bientôt appelé à donner publiquement une preuve de sa sagesse, et l’histoire des deux femmes réclamant l’une et l’autre, comme le leur, un même enfant, est un des plus beaux épisodes de sa vie, une des plus belles et des plus naïves peintures de la vie et des mœurs judiciaires de l’ancien Orient. Bientôt la gloire de Salomon se répandit au dehors ; sa puissance s’affermit sur tous les pays compris entre l’Euphrate et le torrent d’Égypte ; les trésors affluèrent à Jérusalem. En paix avec tous ses voisins, il vit tout prospérer à l’intérieur ; le commerce par terre et par mer se développa considérablement ; des vallées furent comblées ; Jérusalem fut ceinte de remparts ; des palais furent construits ; des villes et des villages s’élevèrent et s’agrandirent ; Palmyre fut fondée au milieu des déserts vaincus et peuplés ; de glorieuses alliances le mirent en contact avec tous les princes de son temps, qui vinrent le visiter et admirer sa sagesse autant que ses trésors ; l’argent enfin, et l’or, nous dit l’historien, pour résumer en un mot la splendeur de ce règne, n’étaient pas plus estimés à Jérusalem que les pierres, ni les cèdres du Liban que les figuiers de la plaine.
Le culte de l’Éternel ne pouvait rester oublié au milieu de la prospérité générale ; le temple dont David avait conçu le dessein et dont Dieu avait promis l’exécution à Salomon, ne pouvait pas tarder à s’élever et devait éclipser en splendeur tout ce qui avait été fait jusqu’alors. Le moment était venu de fixer l’arche et le tabernacle qui, depuis des siècles, avaient été errants de Silo à Nob, puis à Baalé, puis à Gabaon, puis à Jérusalem, d’abord chez Obed-Édom, puis sous une tente élevée par David ; le moment était venu de réunir d’une manière stable les divers objets du culte jusqu’alors dispersés, et de donner à la religion juive un centre où le peuple vînt adorer une magnificence qui répondît aux charnelles objections des idolâtres, qui excitât l’esprit charnel des Hébreux indifférents. David avait déjà assemblé les premiers matériaux (1 Chroniques 22.3) ; Salomon continua ; ses rapports avec le roi de Tyr lui rendirent la tâche plus facile ; des ouvriers tyriens et les bois du Liban furent mis à sa disposition ; plus de 180000 hommes travaillèrent à ce grand ouvrage qui, entrepris dans la quatrième année du règne de Salomon, fut entièrement achevé en sept ans et demi. La dédicace du temple eut lieu l’année suivante et dura sept jours, puis vint se confondre avec la fête des tabernacles qui commençait.
Une foule immense était venue de toutes les parties du royaume ; l’arche fut conduite avec pompe, accompagnée de tous les chefs d’Israël, et déposée solennellement dans le lieu très saint ; au moment où le voile qui devait la cacher aux yeux du peuple fut abaissé, la nuée de l’Éternel remplit le temple, et Salomon prononça la magnifique prière de consécration que l’Écriture nous a conservée ; après s’être levé il bénit le peuple, le feu du ciel tombe et consume les premiers holocaustes ; la nuée sainte se répand dans le temple, et le peuple entier se prosterne comme un seul homme. Pendant cette double fête qui dura deux semaines, les sacrifices, les holocaustes, les chants sacrés continuèrent sans interruption ; Jérusalem, ornée de feuillage, embellie par ses nouveaux bâtiments, animée par la présence de ses innombrables hôtes, fut ce jour-là la reine du monde et devait présenter un coup d’œil enchanteur ; la chair de 22000 bœufs et de 120000 brebis offerts en sacrifices par Salomon, servit aux festins de ces nombreux convives qui remportèrent dans leurs tribus, dans leurs villes et dans leurs campagnes, bien des joies et de bien beaux souvenirs.
L’Éternel apparut alors une seconde fois à Salomon ; en lui rappelant les promesses de Gabaon, il lui rappela aussi que sa prospérité dépendrait de sa fidélité. Cet avertissement était nécessaire à ce roi de trente-deux ou trente-trois ans ; il était à craindre que tant d’élévation ne lui donnât le vertige. Salomon ne répondit rien. Quelques années heureuses et pures s’écoulèrent encore. Le fils de David avait épousé une fille de Pharaon, convertie sans doute au Dieu d’Israël, mais toujours considérée par le peuple comme une étrangère, et ce fut probablement pour céder à l’opinion publique, peut-être aussi par un scrupule personnel, que Salomon ne permit pas qu’elle habitât la maison de David où l’arche était restée quelque temps. Cette Égyptienne était la reine de l’empire, de préférence aux autres épouses de Salomon, parmi lesquelles on trouve encore plusieurs païennes d’origine, Ammonites, Moabites, Héthiennes, Sidoniennes, etc. Si l’on se rappelle les paroles de Moïse (Deutéronome 23.7), on ne peut s’empêcher de trouver un excès de susceptibilité religieuse soit chez le peuple, soit chez le roi, dans le refus de la laisser habiter la maison de David ; et si cet excès vaut mieux que l’excès contraire, il faut avouer aussi que bien souvent l’un sert à cacher l’autre.
La visite de la reine de Sheba est la dernière gloire de ce règne, et servit peut-être de transition aux désordres qui en déshonorèrent la fin. On voudrait presque ne lire l’histoire de Salomon que dans le livre des Chroniques qui la termine ici. La prospérité, l’achèvement de ses travaux, le repos perdirent le plus sage des rois ; des femmes égarèrent son cœur ; il se forma un immense harem, et l’impureté poussa à l’idolâtrie le fils de David, le constructeur du temple, le restaurateur du culte ; il consacra aux idoles des hauts lieux que Josias détruisit plus tard (2 Rois 23.13) ; ses concubines voulurent rester fidèles à la religion de leurs pères, et chacune sut entraîner le grand roi dans son idolâtrie. Une troisième fois l’Éternel lui apparut, mais ce fut pour lui annoncer la division qui déchirerait son royaume après sa mort ; le châtiment ne frappa que lorsque l’heure eut sonné, mais il se fit pressentir ; le tonnerre gronda longtemps avant qu’on ne vît tomber la foudre ; la révolte bientôt étouffée de Hamath (2 Chroniques 8.3), appartient sans doute à ces signes qui devaient annoncer la fin d’une paix de quarante années ; le retour de Hadad en Idumée, les courses de Rézon en Syrie (1 Rois 11.14), les oracles de Akhija, les sourdes menées de Jéroboam, tout grondait, et Salomon dut comprendre que sa gloire était passée. Sa vie ne fut point prolongée ainsi que Dieu le lui avait promis ; il mourut âgé d’environ soixante ans, laissant une immense réputation dans tout l’Orient, et rappelant à tous les Israélites pieux que celui qui est debout doit prendre garde qu’il ne tombe.
Quelques observations détachées achèveront de faire comprendre son règne et son histoire.
1°. Le nom de Salomon qui signifie le paisible, le pacifique, était, comme les noms de David et de Saül, parfaitement d’accord avec le caractère et la vie de celui qui le portait ; il correspond à l’allemand Friederich. Salomon paraît avoir été d’un naturel tranquille et doux, plus ami de l’éclat que du bruit, des fêtes religieuses que des réjouissances politiques, des études paisibles que des glorieuses aventures ; plutôt porté à la clémence qu’à la sévérité ; modeste, mais sage et ferme, ayant toutes les qualités qui peuvent assurer à un monarque la conservation de ses frontières, et le calme à l’intérieur. Ses études et ses travaux littéraires furent immenses ; outre les Proverbes, l’Ecclésiaste et le Cantique, dont il est parlé en leur place, il a écrit des ouvrages d’histoire naturelle dont la science plus que la foi peut regretter la perte, cinq mille cantiques, ou chants lyriques destinés au culte, dont le psaume 127 et peut-être le 45 ont seuls survécu, enfin trois mille paraboles, fables, apologues ou sentences, dont les unes ont été conservées sans doute dans le recueil des Proverbes, les autres peut-être dans les fables orientales auxquelles Pilpay, puis Esope, ont plus tard donné leur nom (1 Rois 4.32). Sa sagesse se montra encore dans ses jugements, et son esprit, ami des luttes pacifiques, dans les jeux d’énigmes auxquels il se livrait avec les rois voisins, comme on le voit par l’histoire de la reine de Sheba ; la tradition veut même que des correspondances de ce genre entre Hiram et Salomon aient longtemps été conservées dans les archives de la ville de Tyr, et Josèphe cite à cet égard les assertions de Dion et de Ménandre.
2°. La sagesse que Dieu accorda à la demande de Salomon. et qui ne l’empêcha pas de succomber aux plus déplorables tentations, n’était point cette sagesse dont il est parlé (Jacques 1.5), c’était purement et simplement la sagesse administrative et gouvernementale ; Salomon n’en avait pas demandé davantage (1 Rois 3.9) ; c’était une sagesse terrestre qui pouvait être sensuelle et diabolique (Jacques 3.15). Le roi était sage, l’esprit de l’homme pouvait l’être aussi ; le cœur ne l’était pas nécessairement, et la splendide histoire de ce règne de quarante ans ne le prouve que trop ; Dieu éclaira son esprit, agrandit ses vues, développa son intelligence, remplaça pour lui l’expérience par une profonde sagesse et par une connaissance instinctive des affaires, mais laissa son cœur libre, et ne contraignit sa volonté ni vers le bien, ni vers le mal. On comprend dès lors que le plus sage des rois ait pu devenir le plus faible des hommes, et que l’idolâtrie ait pu s’y glisser pour un temps à la faveur de la volupté. À la sagesse politique Salomon joignait des talents particuliers, et sa facilité naturelle pour apprendre trouva de grands avantages dans les loisirs de la paix, dans les découvertes des voyageurs, dans les rapports qui l’unissaient avec les rois des contrées voisines, dans les produits étrangers que lui apportaient d’année en année ses navires de commerce, et dans les impôts en nature ou dans les cadeaux que les pays tributaires faisaient affluer à sa cour. La richesse vint en aide à la science.
3°. Quant au commerce de Salomon, quant aux pays d’Ophir, de Tarsis, et aux produits ou aux objets de ce commerce, on trouvera aux articles spéciaux les détails et éclaircissements nécessaires. Nous croyons seulement que toutes ces belles entreprises furent plus conformes à la sagesse humaine qu’à la sagesse divine ; plusieurs étaient positivement contraires au texte de la loi, notamment les amas de chevaux que Salomon faisait venir d’Égypte, et si l’administration sembla d’abord y trouver une source de prospérité, le royaume ne tarda pas à apprendre que ce n’est pas impunément qu’on transgresse les ordres de Dieu. L’industrie vint à la suite du commerce, les arts et métiers fleurirent ; les constructions nombreuses entreprises par Salomon favorisèrent le développement de l’architecture, de la sculpture, de l’ébénisterie, de l’orfèvrerie, de la bijouterie, et si les travaux les plus fins et les plus délicats furent d’abord confiés à des étrangers, il est bien probable que ceux-ci laissèrent des élèves, et que l’industrie devint nationale en Israël.
4°. Mais l’industrie et le commerce amenèrent le luxe à leur suite, avec le luxe la pauvreté, et des germes de mécontentement ; le peuple, destiné à la culture de la terre, voulut imiter la pompe de la cour et du culte ; la simplicité des mœurs avait disparu, l’orgueil avait pris sa place, et les murmures de la nation ne furent étouffés que par la grandeur et la puissance d’un roi qui n’avait rien à redouter ; à sa mort ils éclatèrent, et les successeurs de Salomon durent comprendre que la sagesse dans l’obéissance eût mieux valu que la simple science de la royauté. Le grand commerce de Salomon ne fut que le prélude de ses autres infidélités, et le commencement de la fin.
5°. On a beaucoup discuté, et même plaisanté, à propos des immenses richesses de Salomon, et vraiment il n’en valait pas la peine. Dieu lui avait promis les richesses, il les lui a données par les voies les plus naturelles. Les guerres victorieuses de David avaient rapporté au trésor de riches butins ; d’immenses contrées tributaires apportaient chaque année leur offrande à Jérusalem ; Israël en paix fécondait ses champs et ses montagnes ; aucun fléau, ni guerre, ni armée, ni sécheresse, ni famine, ne forçait une année à nourrir l’année suivante, et chacun jouissait en plein de son revenu du moment ; tous les bras étaient occupés ; les travaux étant nombreux, le salaire était suffisant, les vivres étaient à la portée de tous, et il n’en faudrait pas davantage à nos nations modernes pour qu’elles s’estimassent heureuses et prospères.
Or Salomon avait davantage encore ; et le commerce qui fit seul la richesse de l’Espagne et du Portugal il y a quelques siècles, le commerce qui place l’Angleterre et les États-Unis à la tête des peuples modernes, le commerce vint faire regorger de ses riches produits les coffres déjà pleins de Jérusalem. Toutes ces causes de prospérité font paraître, non point ordinaire sans doute, mais bien naturel, un état de choses qui paraît au premier abord presque merveilleux, et la seule chose dont on s’étonne, c’est qu’on ait pu être étonné de cet assemblage de richesses dont l’absence seule, en d’aussi propices circonstances, aurait le droit de surprendre. Ajoutons, et ce sera peut-être une restriction, que c’est le roi et non point le royaume qui profitait directement de ces richesses ; les sujets n’en subissaient, que l’heureux contrecoup, leur abondance n’était que le reflet de la prospérité du monarque. Salomon avait le bénéfice de tous les transits, le monopole de tous les commerces ; rien ne se faisait qu’en régie, et l’Orient ancien n’est à cet égard encore que le frère aîné de l’Orient moderne, où la cour est plus que l’État.
La liste civile en provisions de bouche pour chaque jour était considérable (1 Rois 4.22), et douze commissaires, établis sur autant de districts, avaient tour à tour à pourvoir aux besoins de la table royale ; la vaisselle d’or abondait, et absorbait une partie des capitaux nationaux ; le vestiaire ne le cédait en rien en magnificence aux splendeurs de la table et à la richesse des appartements et du trône ; un sérail, composé en grande partie de femmes étrangères, représentait au sein de l’État un État privilégié qui dépensait sans rien produire. Le peuple, de son côté, contribuait à donner de l’éclat au trône, et s’il en recevait quelque bien, il lui donnait cependant davantage ; les impôts et les corvées fournissaient à bien des besoins, mais n’enrichissaient que le roi ; le peuple était épuisé (1 Chroniques 29.6), et il finit par le montrer. S’il restait encore des doutes sur les énormes richesses dont pouvait disposer le fils de David, ils devront céder devant une considération qui n’est pas une preuve, et qui peut être davantage ; ces richesses sont de notoriété publique ; Salomon a laissé dans tout l’Orient la réputation du plus riche des rois, et des réputations de ce genre ne s’usurpent jamais.
6°. On verra, à l’article Temple, ce qu’il y a à dire sur le matériel de cette construction. Bornons-nous pour le moment à une observation. Le temple qui dans l’idée de David devait être un hommage de plus rendu à l’Éternel, qui pour Salomon était tout à la fois un acte de piété et un acte de splendeur, n’a pas rendu de grands services à la religion ; il l’a plus centralisée, il l’a rendue encore plus nationale qu’elle n’était auparavant, mais il l’a matérialisée, fixée, figée ; il en a fait un opus operatum ; on a rendu à ses ornements plus d’honneur qu’à la simplicité du tabernacle du désert, et plusieurs se sont fiés sur des paroles trompeuses, en disant : C’est ici le temple de l’Éternel, le temple de l’Éternel, le temple de l’Éternel ! (Jérémie 7.4). Il semble que le judaïsme déjà, et par les deux plus grands de ses rois, ait dû protester contre le culte des formes. Les Juifs avançaient assez lentement dans les voies de la piété, retenus qu’ils étaient par la pesanteur de leur sensualisme, sans qu’il fût nécessaire de les rattacher encore à la matière, et ce que Salomon fit pour l’extérieur du culte, il le fit au détriment du culte intérieur ; il ne fut pas le dernier à en faire l’expérience personnelle. L’autorisation que Dieu donna à l’érection d’un temple n’est pas une approbation, c’est à peine un consentement ; il dit à David : je n’en ai pas besoin, ton fils me bâtira une maison. Il semble protester pour sa part, constater un fait, et en laisser l’auteur entièrement responsable.
7°. La visite de la reine de Sheba est mentionnée avec une sorte d’éclat au milieu de toutes les autres visites qui furent faites à Salomon. Les offrandes qu’elle apportait, la beauté et la grandeur de son cortège, son admiration pour la science et l’esprit du roi hébreu, sont rapportés avec complaisance ; ses discours semblent annoncer qu’elle était digne de l’hôte qu’elle venait admirer. Notre Seigneur, en la louant de ce qu’elle avait fait (Matthieu 12.42 ; Luc 11.31), blâme les Juifs de ne pas pressentir le roi de gloire, la sagesse éternelle qui est au milieu d’eux. Une tradition éthiopienne porte que la reine de Sheba eut de Salomon un fils, Méniléhek, duquel les rois actuels d’Abyssinie prétendent encore descendre en ligne directe, voir Sheba.
8°. La relation des Chroniques est en général plus courte que celle des Rois, et elle supprime certains détails qui ne manquent pas d’importance, notamment la chute et l’idolâtrie de Salomon, et les exécutions qui inaugurèrent son règne. Le plan particulier de ces deux livres explique ces différences, et en explique d’autres encore ; les Rois racontent, ainsi que leur titre l’indique, l’histoire des rois ; les Chroniques racontent davantage l’histoire du royaume théocratique. Plusieurs actes de Salomon, sa chute entre autres, furent des actes personnels, et c’est moins pour ménager sa gloire que pour s’en tenir à ce qu’exigeait leur plan, que les Chroniques ont passé sous silence des faits, instructifs sans doute comme histoire d’un individu, mais presque sans relation avec l’histoire du royaume. Si l’on se rappelle ensuite que les Rois sont l’histoire des prophètes et, pour ainsi dire, du culte libre, et que les Chroniques nous racontent l’histoire dans ses rapports avec le culte lévitique, national, on comprendra certaines autres variantes, omissions, ou additions (telles que 2 Chroniques 2.17 ; cf. 1 Rois 5.13 ; 2 Chroniques 5.11-14 ; cf. 1 Rois 8.10 ; 2 Chroniques 8.12 ; cf. 1 Rois 9.25). La conciliation de quelques autres différences, ou le jugement à porter sur leur nature, n’appartient pas à notre travail ; c’est l’affaire des commentaires.
9°. Que Salomon soit revenu de ses égarements avant de mourir, c’est ce qui ne nous laisse pas l’ombre d’un doute, mais le récit biblique se tait sur ce point. Le fils de David, le constructeur du temple, l’auteur de trois des livres du canon, ne saurait être un réprouvé ; il a pu tomber, mais il a dû se relever, et si la réprobation pesait sur lui, le livre des Chroniques ne nous laisserait pas sous l’impression de sa fidélité ; ce n’est même que parce qu’il s’est repenti que l’auteur des Chroniques a pu passer sa chute sous silence. Une Chute n’était qu’un fait, une apostasie finale eût modifié, ou plutôt changé complètement le jugement que l’histoire doit porter sur ce monarque ; et si Dieu l’a jugé digne de lui dénoncer lui-même les châtiments qui fondraient sur son royaume, c’est que Dieu ne le rejetait point ; il est d’ailleurs probable que cette vision, et les troubles de ses derniers jours, furent le moyen dont Dieu se servit pour le ramener à lui.
10°. La tradition et les légendes se sont emparées de cette vie si riche et si grande, et l’Orient chante encore Salomon ; nous n’avons pas à nous en occuper ; le seul fait à signaler est la durée de quatre-vingts ans que Josèphe donne à ce règne ; en faisant mourir Salomon à quatre-vingt-quatorze ans, il en fait une sorte de Louis XIV, moins les guerres et les persécutions religieuses.
11°. Le nom de Salomon est souvent rappelé dans l’histoire de ses successeurs, ou à propos du temple et du culte. En dehors des livres historiques de l’Ancien Testament, on le trouve (Psaumes 72.1 ; Jérémie 52.20 ; Néhémie 13.26 ; Matthieu 6.29 ; 12.42 ; Luc. 11.31 ; 12.27 ; Jean 10.23 ; Actes 3.11 ; 5.12 ; 7.47), et il est à remarquer que dans tous ceux de ces passages où il sert de terme de comparaison, il est nommé avec défaveur et comme terme inférieur.
Le parallèle suivant complétera ce qui a été dit ailleurs du caractère de ce monarque, et contribuera à jeter du jour sur sa vie, sa philosophie et ses récits. Une étude profonde du sujet, et une intelligence parfaite du sens hébreu, ont seules pu inspirer à M. F. de Rougemont ce remarquable fragment. « David et Salomon s’expliquent l’un l’autre par l’opposition de leurs caractères. Le premier est un homme pratique dont la vie agitée est pleine de faits intéressants ; le second est un homme théorique, et ses jours s’écoulent uniformes et tranquilles en un temps de paix. Le premier a la conscience très délicate et le cœur droit et sincère, il sent vivement et ses péchés et les grâces que Dieu lui a faites, et il exprime avec une extrême vérité toutes ses impressions personnelles ; le second a plus d’intelligence que de sens moral, il généralise ses expériences intimes, et trouve une vérité et une sentence où son père n’aurait vu qu’un sentiment individuel. David parle dans ses Psaumes au nom de tous les fidèles et même du Messie, parce qu’il est par son cœur intimement lié au grand corps de l’Assemblée ; Salomon reste plus en dehors de cette sainte communauté, et lui apporte bien moins son cœur que ses écrits, où il a consigné des vérités générales. La foi et la sainteté sont le tout de David ; Salomon est en outre savant, philosophe, poète, il est le seul artiste et le seul littérateur du peuple hébreu. David possède les choses seules nécessaires et concentre sur elles toute son âme ; Salomon embrasse par sa pensée une sphère beaucoup plus vaste, il aime tout ce qui est profond, sublime, mystérieux, grandiose. Ce contraste entre David et son fils se reproduit fréquemment dans l’histoire ; un prince d’un génie excentrique remplace sur le trône son père, homme pratique et sage ; à Philippe de Macédoine succède Alexandre le Grand ; à Pépin, Charles le Grand ; à Henri l’Oiseleur, Otton le Grand ; à Louis XIII, Louis le Grand.
« La Bible nous donne elle-même la clef du caractère de Salomon, comme elle le fait au reste pour la plupart de ses principaux personnages. Hénoc marchait avec Dieu (Genèse 5.22), nous dit-elle ; Élie se tenait devant le Seigneur (1 Rois 17.1) ; Abraham croyait en l’Éternel (Genèse 15 ; Romains 4.3) ; David était un homme selon le cœur de Dieu (Actes 13.22) ; le cœur d’Assa était droit devant l’Éternel (1 Rois 15.14). De Salomon, que l’Éternel aima dès son enfance (2 Samuel 12.24-25), il est dit qu’il aimait l’Éternel (1 Rois 3.3) ; nul autre homme n’a reçu dans l’Ancien Testament un semblable témoignage.
« Salomon se place près de Jean, comme David près de Paul. Jean est le représentant de la vraie mystique chrétienne, et les notions de la vie, de l’amour et de la parole occupent chez lui une place beaucoup plus grande que chez les autres auteurs du Nouveau Testament. Ainsi Salomon donne au mot de vie ([]) le même sens profond que l’Apôtre ; il a, le premier, exposé les relations de l’âme avec Dieu sous celles de l’épouse avec son époux, et c’est lui qui, seul d’entre tous les écrivains de l’Ancienne Alliance, nous parle de la sagesse qui est de toute éternité auprès de Dieu.
Mais Salomon ne fut pas dans sa vie tout ce qu’il est dans ses écrits inspirés, et nous ne devons pas entendre par cet amour qu’il avait pour Dieu dès le commencement de son règne, celui qui s’appuie sur l’expérience du pardon et du salut, et qui procède tout entier de l’esprit de Dieu (Psaumes 116 ; 18.1). Il y avait certainement dans ce sentiment de Salomon un élément naturel et terrestre, et nous le compterions parmi ces âmes qu’un penchant inné entraîne vers les choses invisibles, et qui, si Dieu ne les garde, se précipitent dans ce faux mysticisme qui est de toutes les contrées et de tous les siècles. Salomon aura été préservé de cet écueil par le caractère éminemment pratique et positif de la religion mosaïque et du peuple hébreu, et par l’éducation pieuse qu’enfant, il avait reçue de son père et de sa mère (Proverbes 4.3).
« Mais le fanatisme n’est point l’unique écueil contre lequel viennent se briser ces âmes exaltées ; elles doivent se tenir en garde de la volupté autant que de l’exaltation ; et Salomon, dans sa longue
prospérité, se laissa séduire par ses femmes, auxquelles il s’était attaché avec passion (1 Rois 11.2) ; l’amour terrestre lui fit oublier l’amour divin et le plongea dans l’idolâtrie…
« Aimer Dieu, c’est le connaître, et la science religieuse est sœur de l’amour divin ; dans l’histoire des religions, les mystiques donnent la main aux gnostiques. Ainsi, Salomon pénètre plus avant que ne l’a fait aucun autre Israélite, dans les mystères divins, et Dieu lui accorde de nouvelles révélations qu’il nous a laissées par écrit. Ses regards d’aigle ont entrevu, comme à travers un voile épais, le Dieu un et triple, qui a laissé pénétrer dans son âme un rayon de sa gloire (Proverbes 8). Les scènes énigmatiques d’Eden ont occupé longtemps sa haute intelligence ; il a reconnu que le péché ne vient pas de Dieu et qu’il ne régnera pas toujours dans le monde (Ecclésiaste 3.11 ; 7.29), et l’expression figurée de l’arbre de vie lui est familière (Proverbes 3.18 ; 11.30 ; 13.12 ; 15.4), tandis qu’elle ne se retrouve nulle part ailleurs dans l’Ancien Testament et qu’elle ne reparaît que dans un écrit de Jean (l’Apocalypse). Salomon a saisi la vie spirituelle du fidèle comme un progrès lent et régulier, et il la compare tantôt à un chemin qu’on parcourt avec plus ou moins de rapidité, tantôt à la lumière du jour qui, pale et faible d’abord, grandit et brille d’un éclat toujours plus vif et plus pur jusqu’à sa perfection (Proverbes 4.18). La nature même a été l’objet de ses méditations religieuses.
« Cependant la science des choses divines n’exclut point chez le fidèle celle de l’homme ; Jean le prouve aussi bien que Salomon. Dans les écrits du premier, la communion habituelle de l’âme avec Dieu est inséparable d’une vie sainte et d’une charité active, et les hommes se divisent en deux classes uniques : les enfants de Dieu et les enfants du diable. Le second ne s’élève sans doute pas à une telle hauteur, mais il sait poursuivre la sagesse dans ses applications les plus diverses, et ce qui nous a été conservé de ses trois mille sentences ou proverbes, atteste une profonde étude du cœur humain…
« Poète de premier ordre, théologien mystique, moraliste ingénieux, savant naturaliste, habile homme d’État, même heureux guerrier, tel était Salomon, l’un de ces rares génies qui excellent dans les choses les plus diverses et embrassent toutes les sphères de l’activité humaine. »
Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com
L’article dans BostDictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)
Fils de David et de Bethsabée, naquit l’an du monde 2971, avant Jésus-Christ 1019, avant l’ère vulgaire 1033. Son nom de Salomon signifie Pacifique. Le Seigneur l’aima (2 Samuel 12.24-25) et envoya le prophète Nathan à David pour l’assurer de son affection envers cet enfant, et pour donner à Salomon le nom de Jedidiah, c’est-à-dire Aimable au Seigneur. Ce fut apparemment alors que Nathan assura David que ce fils lui succéderait, et que ce serait lui qui serait héritier des promesses que le Seigneur lui avait faites quelques années auparavant, lorsque, ayant conçu le dessein de bâtir un temple à Dieu (2 Samuel 7.5 1 Rois 8.17 1 Chroniques 17.1-3 Psaumes 131.11), Dieu lui fit dire par Nathan : Vous ne me bâtirez point de maison ; mais lorsque vos jours seront achevés pour aller avec vos pères, j’élèverai sur votre trône après vous un de votre race et de vos enfants, et j’affermirai son règne. Ce sera lui qui bâtira une maison à mon nom, et j’établirai son trône pour jamais. Je serai son père, et il sera mon fils, et je ne retirerai point ma miséricorde de dessus lui, comme je l’ai retirée de dessus votre prédécesseur ; je l’établirai dans mon royaume et dans ma maison pour jamais, et son trône ne sera point ébranlé ; je serai, son père, et il sera mon fils ; et s’il commet quelque chose d’injuste, je le châtierai de la verge dont on châtie les hommes, et je le punirai des plaies dont on punit les enfants des hommes, mais je ne retirerai point ma miséricorde de lui.
David, depuis ce temps, ne songea plus qu’à préparer ce qui était nécessaire pour le bâtiment du temple et pour procurer à Salomon une éducation proportionnée aux grands desseins que Dieu avait sur cet enfant. Or, sur la fin du règne de David, Adonias, fils aîné de David, commença à se donner un train et à agir comme devant succéder au royaume de son père. David ne l’en reprit point. Joab, Abiathar et plusieurs des principaux de la cour le favorisaient (1 Rois 1.5-7) : mais ni le grand prêtre Sadoc, ni Banaïas, ni le prophète Nathan, n’étaient point de son parti. Un jour, Adonias ayant invité la plupart de ses amis à un grand repas, qu’il leur donna près de la fontaine de Rogel, il n’y appela ni Sadoc, ni Nathan, ni Banaïas. C’est pourquoi. Nathan alla dire à Bethsabée, mère de Salomon : Savez-vous qu’Adonias veut se faire : déclarer roi sans que David le sache ? Allez donc vous présenter au roi, et dites-lui : Ô roi, mon seigneur ! ne m’avez-vous pas promis avec serment que Salomon, mon fils, régnerait après vous ? D’où vient donc qu’Adonias règne ? Pendant que vous parlerez encore au roi, je surviendrai après vous, et j’appuierai tout ce que vous aurez dit.
Bethsabée suivit le conseil de Nathan ; et David, informé de l’entreprise d’Adonias (1 Rois 1.32-34), fit venir le grand prêtre Sadoc, le prophète Nathan et Banaïas, fils de Joïada, et leur dit : Faites monter mon fils Salomon sur ma mule, et conduisez-le à Gihon ; que Sadoc et Nathan lui donnent l’onction royale, et qu’on sonne de la trompette, en criant : Vive le roi Salomon ! On exécuta les ordres du roi : Salomon fut sacré roi d’Israël. On le ramena au palais parmi les acclamations du peuple, et on le fit asseoir sur le trône de David. Ce prince en bénit le Seigneur, en disant : Béni soit le Seigneur, qui m’a fait voir aujourd’hui de mes propres yeux mon fils assis sur mon trône !
Ceux qu’Adonias avait invités, ayant appris ce qui s’était passé (1 Rois 1.49), se levèrent de table saisis de frayeur, et chacun s’en alla de son côté. Adonias, craignant Salomon, s’en alla prendre la corne de l’autel, et fit prier ce jeune prince de lui promettre avec serment qu’il ne le ferait point mourir par l’épée. Salomon répondit : S’il se conduit en homme de bien, il ne tombera pas un cheveu de sa tête ; mais s’il se trouve dans quelque mauvaise action, il mourra. Adonias sortit donc de cet asile et vint rendre ses devoirs au roi Salomon.
Or, le jour de la mort de David étant proche, il fit venir son fils Salomon (1 Rois 2.1-3) et lui recommanda la fidélité et la piété envers Dieu. Il lui dit de ne pas laisser impunis Joab ni Séméï ; de témoigner toute sorte de reconnaissance envers les fils de Berzellaï, qui l’avait secouru dans sa fuite. Il lui dit aussi (1 Chroniques 22.2-5) que Dieu lui ayant réservé l’honneur de lui bâtir un temple, il devait exécuter cette entreprise avec tout le zèle et la diligence possibles ; il lui remit les dessins qu’il en avait fait faire et l’état des richesses qu’il lui laissait pour achever cet édifice ; il lui donna aussi le rôle des prêtres et des lévites, et l’ordre dans lequel ils devaient servir dans le temple (1 Chroniques 23 1 Chroniques 24 1 Chroniques 25 1 Chroniques 26). De plus il lui remit l’état des officiers de sa maison et de son royaume, des trésoriers et des intendants des biens du roi (1 Chroniques 27). Enfin, dans une assemblée générale du peuple et des grands d’Israël, David délivra tout l’or, l’argent et les choses précieuses qu’il avait destinées au bâtiment du temple (1 Chroniques 29.1-4), et exhorta tous les assistants à faire chacun leur offrande au Seigneur, suivant leurs facultés et leur dévotion. Ils contribuèrent tous d’un cœur parfait, et la quantité d’or et d’argent fut tout extraordinaire. Après cela David mourut âgé de soixante-dix ans, après quarante ans de règne.
Salomon entra alors dans la pleine possession du royaume de son père, et il fut reconnu de tout Israël. Eu ce même temps Adonias, son frère, alla trouver Bethsabée (1 Rois 2.13-14) et lui dit de demander pour lui à Salomon, Abisag Sunamite, afin qu’il l’épousât. Bethsabée en fit la demande à Salomon ; mais ce prince, pénétrant les mauvaises intentions d’Adonias, qui ne demandait Abisag, qui avait été femme de David, que pour faire valoir un jour ses prétentions sur le royaume, ordonna qu’on fit mourir Adonias. Il relégua aussi le grand prêtre Abiathar à sa maison de campagne (1 Rois 2.26-27), parce qu’il avait été du parti d’Adonias. Enfin Joab ayant ouï ce qui était arrivé à Adonias et à Abiathar, se re tira dans le tabernacle comme dans un asile (1 Rois 2.28-29) ; mais Salomon commanda qu’on l’en tirât et qu’on le fit mourir ; et Joab n’ayant pas voulu sortir de ce lieu, il le fit tuer au même endroit, ne voulant pas que le sang que cet homme avait si injustement répandu retombât sur son règne et sur la maison de David. [Voyez Refuge]. Enfin Salomon ayant fait venir Séméï (1 Rois 2.36-37), il lui dit de se bâtir une maison dans Jérusalem et d’y demeurer sans en sortir. Séméi obéit ;, mais trois ans après, ses serviteurs s’en étant enfuis vers Achis, roi de Geth, Séméï les y poursuivit : ce qui ayant été rapporté à Salomon., il envoya Banaïas, fils de Joïada qui le tua.
Or, le règne de Salomon s’étant affermi, il s’allia avec Pharaon, roi d’Égypte, et épousa sa fille. [Voyez Pharaons, addition, vingt et unième dynastie]. Il l’amena à Jérusalem et la logea dans la cité de David, en attendant qu’il lui construisît un palais, comme en effet il lui en bâtit un quelques années après, lorsqu’il eut achevé le bâtiment du temple (1 Rois 3.1-3). On croit que ce fut dans la cérémonie de ce mariage que Salomon composa le Cantique des Cantiques, qui en est comme l’épithalame. On rapporte au même temps et à la même occasion le psaume quarante quatrième. Ce mariage n’a pas été généralement approuvé. L’Écriture met la fille de Pharaon (1 Rois 11.1 Néhémie 13.26) au nombre de celles qui contribuèrent à le pervertir ; et il y a assez d’apparence que cette princesse, après avoir peut-être paru convertie au Seigneur dans les commencements, retourna dans la suite à l’idolâtrie, et y engagea le roi, son mari. Pharaon donna pour dot à sa fille la ville de Gazer (1 Rois 9.16-17), qu’il conquit sur les chananéens, dans le pays des Philistins ; et Salomon la rebâtit et la fortifia dans la suite.
Après cela Salomon, accompagné de toutes ses troupes et de tout Israël, alla à Gabaon (1 Rois 3.4-6 1 Chroniques 1.3-5), qui était un des hauts lieux les plus fameux de tout le pays. Il y offrit mille hosties en holocauste sur l’autel d’airain qui était en ce lieu ; et la nuit suivante Dieu lui apparut en songe et lui dit : Demandez-moi ce que vous voulez que je vous donne. Salomon, après lui avoir rendu grâces de toutes les faveurs dont il avait comblé David, son père, et de l’honneur qu’il lui avait fait de le faire asseoir sur le trône de ce prince, le supplia de lui accorder la sagesse et les lumières nécessaires pour gouverner le peuple d’Israël, dont il lui avait confié le gouvernement. Le Seigneur eut cette demande pour agréable, et il lui dit : Puisque vous ne m’avez demandé ni la gloire, ni les richesses, ni la victoire sur vos ennemis, mais que vous n’avez désiré que la sagesse, je vous l’accorde et j’y joins tout ce que vous auriez pu me demander d’autres choses : en sorte qu’aucun autre roi ne vous aura jamais égale en ce point dans tous les siècles passés. À son réveil il fit réflexion au songe qu’il avait eu, et il comprit que ce n’était point un songe ordinaire. Il revint à Jérusalem, où il offrit un grand nombre de victimes sur l’autel qui était devant l’arche du Seigneur, et fit un grand festin à ses serviteurs.
Alors deux femmes de mauvaise vie vinrent trouver le roi et lui dirent que (1 Rois 3.16) l’une d’elles avait étouffé son enfant en dormant, et que l’ayant mis secrètement auprès de sa compagne, elle lui avait volé son enfant, et prétendait qu’il était le sien. Comme l’une et l’autre soutenait que l’enfant vivant était à elle, et que personne ne pouvait les convaincre, parce qu’il n’y avait point de témoins, le roi dit à un de ses gardes : Coupez en deux l’enfant qui est vivant, et donnez-en la moitié à l’une, et la moitié à l’autre. Alors la mère de l’enfant vivant se sentant émue, dit au roi ; Seigneur, donnez-lui, s’il vous plaît, l’enfant vivant, et ne le tuez point. L’autre disait au contraire : Qu’il ne soit ni à elle, ni à moi ; mais qu’on le divise en deux. Sur cela Salomon prononça, cette sentence : Donnez l’enfant à celle-ci, et qu’on ne le tue point ; car c’est elle qui est la mère. Tout Israël ayant appris cela, fut saisi de crainte et rempli de respect pour le roi, voyant la sagesse qui était en lui.
Or Salomon jouissait d’une profonde paix dans son royaume ; tout Juda et Israël vivaient dans une entière assurance (1 Rois 4.1-3) : ses voisins lui payaient tribut ou étaient ses alliés et ses amis. Il dominait sur tous les pays et royaumes qui sont entre l’Euphrate et le Nil ; sa domination s’étendait même au delà de l’Euphrate. Il avait un très-grand nombre de chevaux et de chariots de guerre. Sa sagesse était aussi étendue que le sable de la mer, elle surpassait celle de tous les Orientaux et de tous les Égyptiens. En un mot il était le plus sage de tous les hommes, et sa : réputation était répandue parmi toutes les, nations. Il composa trois mille paraboles, et écrivit mille et cinq cantiques (Les Septante et plusieurs interprètes lisent cinq mille, au lieu de mille et cinq, qui est dans l’Hébreu). Il traita de tous les arbres, depuis le cèdre qui est sur le Liban jusqu’à l’hyssope qui sort de la muraille. Il traita de même des animaux de la terre, des oiseaux, des reptiles et des poissons. Il venait des gens de tous les pays, pour entendre la sagesse de Salomon, et des ambassadeurs des princes qui entendaient parler de son extraordinaire sagesse. Il rendit l’or et l’argent aussi communs dans Jérusalem (2 Chroniques 1.15) que les pierres, et les cèdres aussi fréquents que les sycomores, qui naissent à la campagne.
Hiram, roi de Tyr ; ayant appris que Salomon avait été reconnu roi de tout Israël, lui envoya des ambassadeurs pour le féliciter sur son avènement à la couronne ; et quelque temps après, Salomon lui députa aussi des ambassadeurs pour le prier de lui fournir du bois et des ouvriers pour lui aider à bâtir un temple au Seigneur (1 Rois 5.1-3 2 Chroniques 2.2-3). Hiram s’engagea avec plaisir à tout ce que Salomon demandait de lui. Il lui dit qu’il ferait couper des bois de cèdre et de sapin dans le Liban ; que ses gens les mettraient en radeaux, et les conduiraient par mer jusqu’au port de Joppé, et que de là Salomon les ferait mener à Jérusalem. Salomon de son côté s’obligea de donner à Hiram pour l’entretien de sa maison vingt mille mesures de froment, vingt mille mesures d’huile. Josèphe ajoute qu’il lui fournissait aussi du vin ; et en effet dans les Paralipomènes (2 Chroniques 2.10) il est dit que Salomon donnait aux ouvriers d’airain qui travaillaient dans le Liban, du froment, de l’orge, du vin et de l’huile.
Josèphe dit de plus que de son temps on conservait encore dans les archives de Tyr les lettres que Salomon et Hiram s’écrivaient mutuellement. Il cite Dion et Ménandre, qui disaient que ces deux princes s’envoyaient l’un à l’autre des énigmes à expliquer ; que Salomon en ayant envoyé un jour au roi de Tyr, dont il ne put donner la solution, Hiram fut obligé de lui payer une grande somme d’argent ; mais qu’après cela un Tyrien nommé Ahdemon les expliqua et en proposa d’autres à Salomon, dont ce prince ne put donner l’explication, et fut condamné de donner au roi de Tyr une grosse somme. C’est ce que raconte Josèphe.
Salomon commenta à travailler à la construction du temple la quatrième année de son règne (1 Rois 7.37), et la seconde depuis la mort de David, quatre cent quatre-vingts ans après la sortie d’Égypte (1 Rois 6.1-3). Nous ne donnerons point ici la description de ce temple ; on la verra sous l’article temple de Salomon. Il employa à ce grand ouvrage soixante-dix mille prosélytes, qui étaient des restes des anciens chananéens, pour porter les fardeaux sur leurs épaules, quatre-vingts mille pour tailler les pierres dans les montagnes, et trois trille six cents pour conduire les ouvrages. Outre cela il employa trente mille Israélites pour travailler aux carrières du Liban. Ces trente mille hommes étaient commandés par Adoniram, et ils ne servaient que dix mille à la fois, et seulement un mois de suite ; en sorte qu’ils avaient toujours deux mois de repos (1 Rois 5.4). Hiram envoya aussi à Jérusalem un ouvrier très-habile nommé Hiram (2 Chroniques 2.13-15), dont la mère était de la tribu de Dan, et le père Tyrien de nation, qui savait travailler en or, en argent, en cuivre, en fer, en marbre, en bois et en toutes sortes d’ouvrages de laine, de broderie et de tapisserie. Il était l’intendant de tous les ouvrages du temple. Ce fut lui qui donna le dessin des principales pièces de fonte, et les exécuta lui-même. Voyez Hiram.
Le temple du Seigneur ayant été commencé la quatrième année du règne de Salomon, fut achevé la onzième ; c’est-à-dire, qu’on ne fut que sept ans à faire ce grand ouvrage (1 Rois 6.37-38). On en fit la dédicace l’année suivante, qui est l’an du monde 3001. Pour rendre cette cérémonie plus auguste, Salomon choisit le huitième jour du septième mois de l’année sainte (2 Chroniques 5.1-3), qui était le premier de l’année civile, et qui répondait à notre mois d’octobre. La cérémonie de la dédicace dura sept jours, au bout desquels coinmença la fête des Tabernacles, qui dura encore sept jours. De manière que tout le peuple demeura à Jérusalem quatorze ou quinze jours ; depuis le 8 jusqu’au 22 du septième mois. Salomon fit venir à cette solennité tous les anciens d’Israël et tout le peuple. Les prêtres et les lévites portèrent dans le temple premièrement tous les présents que David y avait faits, et qui furent mis en dépôt dans les trésors du lieu saint ; ensuite on y plaça les ornements et les vases destinés au service de l’autel et du sanctuaire. Enfin on y porta en grande solennité l’arche d’alliance, le roi et tout le peuple marchant devant, pendant que les prêtes immolaient une infinité de victimes partout où l’arche passait.
Lorsque l’arche eut été placée dans le sanctuaire, les prêtres et les lévites chacun en son rang, faisant retentir les louanges du Seigneur, le temple fut rempli d’une nuée miraculeuse, en sorte que les prêtres par respect ne pouvaient plus y demeurer, ni y faire les fonctions de leur ministère. Alors Salomon étant sur sa tribune (1 Rois 8.12-13) se prosterna le visage contre terre ; puis s’étant relevé et se tournant du côté du sanctuaire, il adressa sa prière à Dieu et le supplia d’avoir pour agréable la maison qu’il lui avait bâtie, de la bénir et d’exaucer les prières de ceux qui s’adresseraient à lui dans ce saint lieu. Il le pria aussi d’accomplir les promesses qu’il avait faites à David son serviteur, en faveur de sa famille et des rois d’Israël, ses successeurs. Aussitôt qu’il eut achevé sa prière, il se tourna du côté du peuple, le bénit ; et le feu étant descendu du ciel (2 Chroniques 7.1-3), consuma les holocaustes et les victimes qui étaient sur l’autel, et la gloire du Seigneur remplit tout le temple, en sorte que les prêtres mêmes ne pouvaient entrer dans le temple, pour y faire leurs fonctions. Alors les enfants d’Israël qui furent témoins du miracle se prosternèrent la face contre terre, en adorant et louant le Seigneur.
Le roi fit immoler ce jour-là. vingt-deux mille bœufs et cent vingt mille moutons en hosties pacifiques ; et parce que l’autel des holocaustes n’était pas suffisant pour contenir toutes ces victimes (1 Rois 8.64-65), le roi sanctifia le parvis du peuple, et y fit aussi offrir des sacrifices en grand nombre. Or le Seigneur apparut une seconde fois en songe à Salomon, apparemment la nuit qui suivit le premier jour de la dédicace du temple, et il lui dit : J’ai exaucé votre prière, et j’ai choisi ce temple pour en faire ma maison de sacrifice ; mes yeux seront ouverts et mes oreilles attentives à la prière de celui qui m’invoquera en ce lieu. Et pour vous, si vous marchez en ma présence, comme David y a marché, et que vous gardiez nies préceptes et mes ordonnances, je conserverai votre trône, et vous aurez toujours des successeurs de votre race, qui seront princes en Israël. Mais si vous ou vos enfants vous détournez de mot, je vous exterminerai de cette terre que je vous ai donnée, je rendrai mon peuple la fable du monde, et ce temple déviendra un sujet d’étonnement à toutes les nations, par la manière dont je traiterai.
Après les sept jours de la dédicace et sept autres jours de la fête des Tabernacles, Salomon congédia l’assemblée des Israélites, et tout le peuple s’en retourna dans ses demeures, comblant le roi de toutes sortes de bénédictions. Salomon songea ensuite à se bâtir un palais, et un autre à son épouse, la fille du roi d’Égypte (1 Rois 7.2-3). Il fut treize ans à faire ces bâtiments, et il y employa tout ce que l’art et la richesse purent lui fournir pour les rendre dignes du plus grand prince qui fût alors dans l’Orient. Le palais où il faisait sa demeure ordinaire fut nommé la maison du bois du Liban, apparemment à cause de la grande quantité de cèdre qui y fut employée, ou à causedu grand nombre de colonnes qui y étaient. Pour témoigner à Hiram, roi de Tyr, la reconnaissance qu’il conservait pour tous les services qu’il lui avait rendus lorsqu’il bâtissait, il lui donna vingt villes dans le pays de Galilée (1 Rois 9.11-12). Hiram étant allé pour les voir, n’en fut pas content, et il dit : Sont-ce là les villes que vous m’avez données, mon frère ? Et il appela cette contrée la terre de Chabul. Voyez l’article Chabul. Hiram avait aussi envoyé à Salomon six vingts talents d’or (1 Rois 9.14), qu’il lui prêta apparemment pendant qu’il était occupé à ses bâtiments.
Outre les grands ouvrages dont on vient de parler, Salomon bâtit encore les murs de Jérusalem (1 Rois 9.15-17), la place de Mello, dans la même ville ; il répara et fortifia Hézer, Mageddo, Gazer, les deux Béthoron, la basse et la haute, Baalat et Palmyre, dans le désert de Syrie. Il fortifia de plus toutes les villes où il avait ses magasins de blé, de vin et d’huile, et celles où étaient ses chariots et ses chevaux. Il soumit à son empire tous les Hélhéens, les Hévéens, les Amorrhéens et les Phéréséens qui étaient restés dans les terres d’Israël ; il se les rendit tributaires, et les obligea de travailler aux ouvrages publics qu’il entreprit. Mais pour les Israélites, il ne voulut point qu’ils fussent employés à ces travaux ; il s’en servit pour la guerre, et leur donna le commandement de ses armées, de sa cavalerie et de ses chariots.
Il équipa une flotte à Asiongaber et à Elat ou Ælan, sur la mer Rouge, pour aller à Ophir (2 Chroniques 8.17-18). Hiram, roi de Tyr, lui prêta de ses gens, qui savaient la marine et qui en instruisirent les sujets de Salomon. Ils faisaient le voyage en trois ans, et ils ramenaient de l’or, des bois précieux, de l’ébène, de l’ivoire, des paons, des singes et diverses autres choses (1 Rois 10.11-22). D’un seul voyage ils rapportèrent à Salomon quatre cent cinquante talents d’or, ou, comme porte le 1er livre des Rois (1 Rois 9.28), quatre cent vingt seulement. Vers ce même temps la reine de Saba (1 Rois 10.1-3), pays de l’Arabie Heureuse ou, selon d’autres, de l’Île de Méroé, autrefois appelée Saba, vint à Jérusalem, attirée par la grande réputation du roi Salomon. Elle y vint chargée de présents d’or, d’aromates, de pierres précieuses ; et dans la vue d’éprouver si la sagesse de Salomon était telle qu’on la publiait, elle lui proposa diverses énigmes à résoudre. Mais Salomon la satisfit de telle sorte, qu’elle avoua que ce qu’elle avait ouï dire de sa sagesse et de sa magnificence n’égalait point ce qu’elle en voyait. Le roi, de son côté, la combla d’honneurs et de présents ; elle reçut de lui beaucoup plus qu’elle ne lui avait apporté, et elle s’en retourna ainsi dans son royaume. On peut voir ce que nous avons dit de cette relire sur l’article Nicaule. [Voyez aussi les articles Éthiopie et Saba (Reine de)].
Salomon fut un des plus riches et peut-être le plus riche de tous les princes qui aient jamais paru ; et l’Écriture (1 Rois 10.23) marque expressément qu’il surpassait en richesses [Voyez Or] et en sagesse tous les rois du monde. Nous avons déjà remarqué que de son temps l’argent était regardé comme rien ; et qu’il était aussi commun à Jérusalem que les pierres. Le revenu annuel de son domaine était de six cent soixante-six talents d’or (1 Rois 10.14-15), sans compter les tributs que les rois et les peuples tributaires lui donnaient, ni les subsides que fournissaient les Israélites [Voyez officiers de La bouche du Roi], ni les sommes que les marchands payaient au roi pour les droits d’entrée, de sortie et autres. [Voyez Or] Les boucliers de ses gardes, le trône où il s’asseyait étaient revêtus d’or. Tous les vases de sa table et les meubles de son palais étaient du même métal. On lui envoyait de tous côtés des présents en vases d’or et d’argent, en étoffes précieuses, en aromates, en armes, en chevaux et en mulets ; et toute la terre désirait de voir le visage de Salomon, et d’écouter la sagesse que Dieu avait mise dans son cœur.
Jusqu’ici nous n’avons rien vu dans Salomon que de grand et d’admirable : mais les dernières actions de sa vie défigurent étrangement son portrait. Il se livra à l’amour des femmes étrangères (1 Rois 11.23). Outre la fille de Pharaon, dont nous avons parlé, il épousa des femmes moabites, ammonites, iduméennes, sidoniennes, héthéennes. Il eut jusqu’à sept cents femmes, qui étaient comme des reines, et trois cents concubines. Ces femmes lui pervertirent le cœur dans sa vieillesse : en sorte qu’il adora Astarté, déesse des Sidoniens ; Moloc, idole des Ammoniles ; et Chamos, dieu des Moabites ; et il leur bâtit des temples sur la montagne des Oliviers, vis-à-vis et à l’orient de Jérusalem. Il en usa de même pour toutes ses femmes étrangères ; il eut la complaisance de bâtir des temples pour les dieux à qui elles offraient de l’encens. C’est pourquoi le Seigneur lui dit en songe : Puisque vous n’avez point gardé mon alliance, ni obéi à mes commandements, je déchirerai et diviserai votre royaume, et le donnerai à l’un de vos serviteurs ; je ne le ferai pas néanmoins de votre temps, à cause de David, mon serviteur ; mais je le diviserai entré les mains de votre fils, à qui je ne laisserai qu’une tribu, à cause de David, mon serviteur. On a vu sous l’article de Roboam, l’accomplissement de cette menace, et Salomon, dès avant sa mort, en vit les commencements et les dispositions dans la révolte de Jéroboam et dans celle d’Adad, Iduméen.
Salomon mourut après quarante ans de règne, l’an du monde 3029, avant Jésus-Christ 971, avant l’ère vulgaire 975. Nous croyons qu’il était âgé d’environ cinquante huit ans. Il avait environ dix-huit ans lorsqu’il commença à régner. Josèphe lui donne quatre-vingts ans de règne et quatre-vingt-quatorze ans de vie ; mais c’est une erreur manifeste. L’histoire de ce prince avait été écrite par les prophètes Nathan, Ahias et Addon (2 Chroniques 9.29-30). Il fut enseveli dans la ville de David, et Roboam, son fils, régna en sa place, mais non pas sur tout Israël. Voici l’éloge que l’auteur de l’Ecclesiastique a fait de Salomon (Ecclésiaste 48.14-17) : « À David succéda un fils rempli de sagesse ; et à cause de lui le Seigneur détruisit toute la puissance de ses ennemis. Il régna dans un temps de paix, et Dieu lui soumit tous ceux qui lui étaient contraires, afin qu’il lui bâtît une maison et un sanctuaire éternel. Comment avez vous été instruit dans votre jeunesse ? Vous avez été rempli de sagesse comme un fleuve, et toute la terre a été découverte à votre âme. Vous avez enfermé des énigmes dans une multitude de paraboles, et votre nom s’est rendu célèbre jusqu’aux îles les plus reculées. Toute la terre a admiré vos cantiques, vos proverbes, vos paraboles, et l’interprétation que vous avez donnée aux choses obscures. Vous avez fait des amas d’or comme on en ferait d’airain, et d’argent comme on en ferait de plomb. Mais après cela vous vous êtes abandonné à l’amour des femmes, vous avez asservi votre corps, vous avez imprimé une tache à votre gloire, vous avez profané votre race, pour attirer la colère sur vos enfants et la punition sur votre folie, en formant un schisme dans le royaume et faisant sortir d’Éphraïm une domination dure et cruelle. » [Voyez l’histoire de Salomon dans mon Histoire de l’Ancien Testament, livre 4, chapitre 3 tome 1, pages 267-300].
On forme ici une question fameuse sur le salut de Salomon. Les uns la décident d’une manière favorable à Salomon. D’autres en parlent d’une manière désavantageuse : mais, à mon avis, les plus sages demeurent sur cela dans le silence et dans le doute. Voici ce qu’on dit de plus favorable au salut de ce prince. Dieu dit à David, en lui parlant de Salomon (2 Samuel 7.14). Je lui servirai de père, et je le traiterai comme mon fils. S’il tombe dans quelque faute, je le corrigerai par la verge dont je frappe les enfants des hommes ; mais je ne retirerai point de lui ma miséricorde, comme je l’ai retirée de Saül, que j’ai rejeté de devant ma face. L’Écriture, dans un autre endroit (2 Chroniques 11.17), dit que Roboam et son peuple vécurent dans la piété, et suivirent les voies de David et de Salomon pendant les trois premières années de Roboam. Plusieurs interprètes croient que le livre de l’Ecclésiaste est un monument de la pénitence de Salomon, et que ce prince le composa après sa chute, Bacchiarius, auteur du cinquième siècle, a écrit exprès pour prouver le salut de Salomon. Saint Irénée, saint Hilaire, saint Cyrille de Jérusalem, saint Ambroise, saint Jérôme et plusieurs nouveaux soutiennent expressément que Salomon a fait pénitence et est sauvé.
D’autres doutent de sa pénitence et de son salut. L’Écriture parle clairement de sa chute et de son idolâtrie, et elle ne dit rien de bien assuré de sa pénitence. Ce qu’on avance que le livre de l’Ecclésiaste est le fruit de sa conversion n’est nullement prouvé, et le passage des Proverbes que l’on cite ordinairement pour cela ne se trouve ni dans la Vulgate ni dans l’original hébreu. Voici ce que porte ce passage (Proverbes 14.30-31) : Enfin j’ai fait pénitence, et je me suis appliqué à choisir une manière de vie plus réglée. Et voici l’Hébreu : J’ai passé par le champ d’un paresseux, et il était rempli d’épines et ses murailles abattues ; ce qu’ayant vu, je l’ai mis dans mon cœur, et par cet exemple j’ai appris ce que je devais faire. S’il était vrai qu’il se fût sérieusement repenti de sa faute, aurait-il laissé subsister sur le mont des Oliviers les temples qu’il y avait bâtis en l’honneur des idoles, et qu’on y a vus encore si longtemps après lui, sous le règne de Josias (2 Rois 23.13) : L’auteur de l’Ecclésiastique, qui a fait l’éloge de Salomon, a-t-il fait mention de sa pénitence ? En voit-on quelque effet dans la révocation de l’arrêt que Dieu avait porté contre lui ? Ne voit-on pas tout le contraire ? Enfin plusieurs Pères, comme Tertullien, saint Cyprien, saint Augustin, saint Grégoire le Grand, rangent Salomon parmi les réprouvés. Plusieurs autres, plus nouveaux, ne lui sont pas plus favorables ; en sorte que l’on peut conclure que le salut, ou du moins la pénitence de ce prince, est une chose fort problématique et fort douteuse. On peut voir les auteurs qui ont traité cette question exprès, et la dissertation que nous avons composée sur ce sujet, dans notre nouveau recueil.
De tous les ouvrages d’esprit de Salomon il ne nous reste que les Proverbes, l’Ecclésiaste et le Cantique des Cantiques, dont nous avons déj à parlé assez au long dans leurs articles. Quelques-uns lui ont aussi attribué le livre de la Sagesse et même celui de l’Ecclésiastique : mais nous avons montré sous leurs titres que ces sentiments n’étaient pas même vraisemblables. Les Juifs croient qu’il composa le psaume 71 et le 126. On a aussi publié sous son nom le Psautier de Salomon, qui contient dix-huit psaumes, qui furent trouvés en grecdans la bibliothèque d’Augsbourg par André Schort, et qui ont été traduits en latin, et donnés au public par le père Jean-Louis de la Cerda, avec des explications de sa façon. Les savants conviennent qu’ils ne sont pas de Salomon, mais de quelque juif helléniste, fort versé dans la lecture des auteurs sacrés, qui les a composés à l’imitation des psaumes de David, dont il a assez bien imité le style, et qui y a cousu divers fragments des prophètes Isaïe et Ézéchiel, qu’il a su accommoder à son dessein.
Ces dix-huit psaumes prétendus de Salomon n’ont point été inconnus aux anciens. Ils étaient autrefois dans le fameux manuscrit alexandrin qu’on conserve en Angleterre, comme on le voit dans l’index qui se trouve encore à la fin du Nouveau Testament, quoique ces psaumes aient été ou arrachés de ce livre, ou perdus par quelque autre accident. Lambécius fait mention d’un manuscrit de la bibliothèque de l’empereur où ces psaumes se trouvent placés entre le livre de la Sagesse et celui de l’Ecclésiastique. L’auteur de la Synopse sous le nom de saint Athanase, Zonare et Balsamon sur le canon 59 de Laodicée, Nicéphore, dans la Stichometria, ou dénombrement des versets que contient chaque livre de L’Écriture, font mention expresse des psaumes de Salomon. L’exemplaire d’Augsbourg, copié par André Schort, avait été envoyé de Constantinople à Haeschélius. Mais les Hébreux n’ont jamais eu connaisance de cet ouvrage ; les Latins ne l’ont point connu non plus, et les anciens Grecs, qui pouvaient l’avoir lu, ne l’ont jamais cité comme écriture divine.
Quelques Orientaux attribuent à Salomon l’invention des lettres syriaques et arabes ; et la tradition des Syriens est que ce prince communiqua à Hiram, roi de Tyr, les caractères syriens, et qu’il traduisit en syriaque, à la prière de ce prince, non-seulement ses propres livres, mais aussi tous les autres de l’Écriture. Mais ces traditions ne méritent aucune créance. L’origine des caractères arabes, ni les versions de l’Écriture en syriaque, ne sont pas si anciennes que Salomon ; et d’ailleurs de quel usage auraient été ces écritures traduites en syriaque pour un prince tyrien qui parlait phénicien, c’est-à-dire, la même langue que Salomon ?
Eupolème, cité dans Eusèbe, rapporte une lettre prétendue de Salomon à Vaphré, roi d’Égypte, et la réponse de Vaphré à Salomon. S tlomon lui donne avis de son avénement à la couronne, et lui demande des ouvriers, pour lui aider à bâtir un temple au Seigneur ; et Vaphré lui répond qu’il lui envoie quatre-vingt mille ouvriers pour cet ouvrage. On lit au même endroit une lettre de Salomon à Suran, roi de Tyr, de Sidon et de la Phénicie, par laquelle Salomon lui donne aussi avis de son avénement au royaume, et le prie de lui envoyer des ouvriers ; et la réponse de Suram (il veut dire apparemment Iram, ou Hiram), par laquelle il dit qu’il lui envoie quatre-vingt mille ouvriers et entre autres un très-habile architecte, Tyrien de nation et fis d’une mère juive. Mais on tient ces lettres inventées à plaisir, de même que celles qu’on lit dans Josèphe, qui sont à-peu-près dans le même goôt et pour le même dessein, mais d’un style assez différent et plus conforme à ce qu’on lit dans l’Écriture.
Josèphe assure aussi que Salomon composa des livres d’enchantements et plusieurs manières de conjurer les démons et de les chasser des corps, en sorte qu’ils n’y retournent jamais. Il ajoute qu’il en a vu faire l’expérience à un Juif nommé Eléazar, qui guérit plusieurs possédés en la présence de Vespasien, de ses fils et des officiers de son armée. L’exorciste mettait sous le nez du possédé un anneau, dans lequel était enchâssée une racine indiquée par Salomon, et à la seule odeur de cette racine le démon sortait, renversant l’énergumène, et le laissant comme mort ; et pour plus grande preuve de la vérité de la guérison du malade, on mettait à quelque distance de là un vase plein d’eau, que le démon renversait en sortant. Origène parle encore des conjurations que les Juifs employaient de son temps contre les démons, en se servant des écrits qu’ils prétendaient avoir reçus de Salomon. Les Orientaux croient qu’il avait le secret de lier les démons, de les enchaîner et de leur commander. Les rabbins disent que le démon Asmodée chassa Salomon de son trône, et régna en sa place pendant que ce prince parcourait les royaumes et les provinces ; mais qu’ensuite étant revenu à Jérusalem, il mit en fuite Asmodée et l’enchaîna, afin qu’il ne pût nuire à personne. Il força le même démon de lui enseigner le secret de tailler les pierres du temple, sans faire aucun bruit.
Les Grecs enseignent que ce prince avait composé divers ouvrages de médecine, et qu’il avait écrit sur la nature et les vertus des pierres, des végétaux et des simples ; mais que le roi Ézéchias, voyant l’abus que l’on faisait de ces ouvrages, les supprima. Ce qui n’a pas empêché que depuis ce temps il n’ait encore paru différents livres de secrets, de magie, de médecine, d’enchantements, sous le nom de ce prince. On cite aussi sous son nom divers autres ouvrages ; par exemple : L’Instruction de Salomon à son fils Roboam ; l’Hygromancie de Salomon, au même ; le Testament de Salomon ; le Livre du trône de Salomon ; les Livres de magie composés par les démons sous le nom de Salomon ; la Clavicule de Salomon ; l’Anneau de Salomon ; la Contradiction de Salomon, et plusieurs autres de cette nature. On peut voir M. Fabricius dans ses Apocryphes du Nouveau Testament, pages 1040, 1041, 1042 et suivants On a remarqué ailleurs que quelques-uns attribuaient à Salomon le livre de Job.
Les Orientaux se sont fait une si haute idée du mérite et des grandes qualités de ce prince, qu’ils donnent le nom de Salomon ou Soliman à tous les rois qu’ils ont cru avoir possédé l’empire universel de toute la terre. Ils en comptent jusqu’à quarante ou même jusqu’à soixante-douze qu’ils disent avoir régné successivement pendant un grand nombre de siècles avant la création d’Adam.Tous ces monarques commandaient chacun à des créatures de son espèce, qui étaient différentes de celle d’Adam, quoiqu’elles fussent raisonnables comme les hommes. Ils en attendent encore une autre lignée descendued’Adam, après celle qui vit aujourd’hui, laquelle les surpassera toutes en majesté et en puissance, après laquelle il n’en paraîtra plus aucune autre sur la terre.
On dit que chacun de ces Solinaans possédait de père en fils un bouclier dont ils se servaient continuellement dans les guerres qu’ils faisaient aux démons, leurs ennemis, et qu’ils le transmettaient comme un gage de l’empire à celui qui leur devait succéder. Ils avaient aussi l’épée foudroyante et le bouclier qui les rendaient invincibles dans les combats. On dit de plus qu’ils avaient, comme Salomon, un esprit familier ou un génie qui, sous la figure d’un oiseau, faisait tous ses messages et exécutait tous ses ordres. Mais laissons toutes ces rêveries, et revenons à Salomon, fils de David.
Ils prétendent qu’il était non-seulement roi des Juifs et des nations voisines que David avait subjuguées, mais aussi qu’il possédait la monarchie universelle de toute la terre. Son vizir, ou son premier ministre d’État, était Asaph, duquel il est parlé dans l’Écriture, et à qui David a adressé plusieurs de ses psaumes. Non seulement tous les hommes du monde, mais les esprits bons et mauvais, les oiseaux, les vents même lui obéissaient. Il avait, disent-ils, un anneau merveilleux qui lui découvrait non-seulement les choses présentes, mais les passées et les futures. La forme et la matière de son trône étaient d’une magnificence qui surpasse tout ce qu’on en peut dire. Au lieu de dais et de pavillon, il était ombragé par les oiseaux qui voltigeaient continuellement au-dessus et autour de lui ; douze mille trônes d’or étaient à sa droite, et douze mille trônes d’argent à sa gauche. Les trônes d’or étaient pour placer les patriarches et les prophètes, et les trônes d’argent pour les sages et les docteurs qui assistaient à ses jugements.
Les démons, jaloux de la gloire de Salomon, publièrent sous le nom de ce prince des livres pleins de superstition et de magie, pour persuader aux simples et aux ignorants que c’était dans ces ouvrages que Salomon puisait les lumières dont il se servait dans le gouvernement de son royaume, et qui le rendaient si célèbre dans le monde. Mais Salomon ayant fait une exacte recherche de tous ces pernicieux ouvrages, les enferma dans un coffre qu’il ferma sous la clef, et qu’il fit enterrer sous son trône même, afin qu’on ne pût s’en servir. Mais il arriva qu’après la mort de ce prince les démons ou les magiciens tirèrent ces mêmes livres du lieu où ils étaient, et les répandirent dans le monde comme ayant été écrits par Salomon. En voilà plus qu’il n’en faut pour faire connaître le génie des Orientaux et la grande estime où Salomon est encore aujourd’hui parmi eux.
Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com
L’article dans CalmetDictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)
1.
Les traditions sur Salomon conservées dans la Bible, puis dans le Talmud, donnent l’impression d’un personnage extraordinairement puissant. Il règne de l’Euphrate à l’Égypte. Sa sagesse est célèbre jusqu’aux extrémités de l’Arabie. Sa piété, non moins éminente, s’incarne dans l’entreprise fastueuse du temple de Jérusalem. Sa magnificence et sa richesse sont telles que l’argent devient, sous son règne, un métal commun. Tout à la fin seulement, on ajoute qu’il fut induit par ses nombreuses épouses païennes à pratiquer l’idolâtrie, ce que JHVH punit en détachant de lui les peuples qu’il avait soumis et en provoquant un schisme dans son royaume aussitôt après sa mort. On reconnaît dans ce schéma l’esprit des narrateurs deutéronomistes : d’abord pieux et heureux, finalement idolâtre et châtié. La réalité fut moins simple. Pour en reconstituer approximativement un aperçu, il faut faire abstraction des ouvrages qu’une postérité déjà lointaine attribua au glorieux monarque : les Psaume 72 Psaume 127, le livre des Proverbes, l’Ecclésiaste, le Cantique des Cantiques, les Psaumes et Odes de Salomon, ces dernières plus chrétiennes que juives.
2.
L’avènement de Salomon est narré en détail ; d’après des documents anciens, David, vieilli et mentalement affaibli, n’avait pourvu à sa succession ni en la fixant légalement dans sa famille, ni en exprimant une volonté déterminée. Parmi les fils qui lui restaient après la mort d’Absalom, Adonija et Salomon avaient chacun des partisans ; le premier, plus âgé, comptait sur l’appui du vieux général Joab et du prêtre Abiathar. Pour Salomon intriguaient sa mère Bath-Séba, le prophète Nathan, le prêtre Tsadok et Bénaja, chef de la garde du corps. Adonija se croyait sûr de réussir, lorsque Bath-Séba et Nathan parvinrent à décider le monarque presque moribond en faveur de l’autre compétiteur. Salomon reçut donc l’onction royale et fut promené en triomphe à travers Jérusalem. Adonija reconnut la royauté de son frère et tout d’abord rentra en grâce. Salomon saisit la première occasion pour en finir avec le parti vaincu qui restait à redouter. Il trouva un prétexte pour faire mettre à mort Adonija, puis Joab, et il exila Abiathar (1 Rois 2.13 ; 1 Rois 2.35). Ce sanglant lever de rideau d’un grand règne est présenté comme l’exécution, aggravée cependant, des dernières volontés de David.
3. Le règne
Les chapitres 3-11 de 1 Rois paraissent empruntés principalement à une « chronique de Salomon », qui ne relatait que les événements extérieurs, guerres, alliances, constructions, trafics, sans les coordonner. C’étaient des annales officielles, accueillant çà et là diverses traditions populaires. Le règne y apparaît, déjà, vu à quelque distance. Salomon étant mort vers 935, on peut placer la composition de la « chronique » au cours de la deuxième génération suivante, vers 875. L’admiration pour le grand roi y est encore intacte, mais elle ne va pas jusqu’à effacer la mention de ses revers.
Des enrichissements y furent ajoutés plus tard ; ex. : 1 Rois 4.29 ; 1 Rois 4.34. Puis le rédacteur deutéronomiste, auteur du livre des Rois actuel, y mit son empreinte, définie ci-dessus. La vieille chronique, traitée avec circonspection, doit seule servir de base à tout exposé vraisemblable.
Lorsque Joab avait conquis pour David le pays d’Édom, un enfant de la famille royale édomite, Hadad, échappé au massacre, s’était enfui en Égypte où il avait obtenu la main d’une princesse royale. Son fils, Guénubath, fut élevé dans le palais royal des pharaons. Ceux-ci tenaient ainsi à leur disposition un ennemi qu’ils pourraient opposer, le cas échéant, au nouvel empire davidique. Hadad crut ce moment venu lorsqu’il apprit la mort de David et celle de Joab. Il fut autorisé à partir, et sans doute appuyé. Il parvint à reconquérir une partie du territoire d’Édom et demeura l’adversaire de Salomon (1 Rois 11.14 ; 1 Rois 11.22). Cependant, puisque celui-ci put se servir librement plus tard de la route reliant la mer Morte à la mer Rouge, on peut supposer que la paix s’était rétablie, Salomon admettant la puissance de Hadad sur les montagnes édomites. À la même époque se constitue le royaume araméen de Damas. Un ancien général de Hadadézer, roi de Tsoba, nommé Rézon, s’empara de Damas et en fit le centre d’un État qui manifesta son hostilité contre Israël durant tout le règne de Salomon (1 Rois 11.23 ; 1 Rois 11.25).
Ce règne ne fut donc pas aussi pacifique et glorieux que la tradition l’a cru par la suite. Mais il ne faut pas exagérer en sens contraire. La monarchie israélite restait imposante. C’est Salomon qui sut faire reconnaître son royaume comme grande puissance. Il maintint et resserra l’amitié avec la dynastie des Hiram, rois de Tyr (1 Rois 5). Il sut faire apprécier à l’Égypte elle-même la valeur de l’appui qu’il pouvait lui fournir, puisque l’avant-dernier pharaon de la XXIe dynastie lui donna l’une de ses filles pour épouse. Privilège envié entre tous : ne s’agissait-il pas d’une des « filles du soleil » ? La princesse égyptienne apportait même en dot la ville de Guézer que son père venait d’enlever de vive force aux Cananéens (1 Rois 9.16).
Salomon visa donc à assurer à sa monarchie les signes extérieurs d’une grande puissance. Ses dépenses d’apparat frappèrent les imaginations plus que tous les autres événements de son règne. Il avait un harem richement garni (1 Rois 11.3, cf. Cantique 6.8). En ce qui concerne sa propre demeure, le donjon de David, exigu et sombre, sur l’emplacement de la citadelle cananéenne de Sion (la « ville de David »), ne suffit plus à son fils. Il lui fallait un palais somptueux. Le bois lui fut amené par mer, des cèdres du Liban, sur des radeaux qui longeaient la côte probablement jusqu’au port de Dor. Des pierres d’excellente qualité lui vinrent des carrières mêmes formant le sous-sol de la Jérusalem actuelle ; on en tailla des blocs de 4 m et de 5 m, de long. Les sculpteurs de Byblos, les fondeurs de Tyr travaillèrent durant treize années à embellir la nouvelle résidence royale. Salomon, d’ailleurs, laissa subsister la « ville de David », qui existait encore au Ve siècle (Néhémie 3.16 ; Néhémie 3.19). Là prirent place les sépultures royales jusqu’au temps d’Ézéchias, ainsi que la caserne de la garde royale. Au nord de ces bâtiments anciens et plus haut qu’eux, Salomon fit aménager une série d’esplanades, qui s’étageaient le long de la crête et qui supportèrent les nouveaux édifices (au sud de l’esplanade actuelle où s’élève la mosquée d’Omar [voir ce mot]).
Ces bâtiments de Salomon comprenaient, du sud au nord :
- la « maison de la forêt du Liban », ainsi nommée parce que son ou ses étages supérieurs servant d’arsenal étaient portés par quarante-cinq colonnes en bois de cèdre ; la salle hypostyle ainsi formée au rez-de-chaussée donnait l’impression d’une forêt ;
- la salle des colonnes ;
- la salle du trône, où Salomon rendait la justice ; le trône était imité de modèles babyloniens ;
- dans une enceinte spéciale, la maison d’habitation, avec un édifice réservé à la reine principale (maison de la fille de pharaon) ;
- au sommet de la colline : le temple (beth Yahvé) dont l’autel occupait un emplacement actuellement compris dans la mosquée d’Omar.
Un simple mur séparait le temple du- palais. Ézéchiel s’en plaindra. Le temple était ainsi inséré dans l’enceinte générale. Cet édifice si affectionné des Juifs, par la suite, ne fut guère à l’origine que Sa chapelle particulière du souverain, telle notre Sainte-Chapelle pour Louis IX Le progrès avait été parallèle entre la tente qui abritait l’arche précédemment et ce nouveau sanctuaire, d’une part, la maison royale de David et le palais de son fils, d’autre part. La somptuosité du temple était destinée, dans la pensée du roi, à faire connaître au monde à la fois sa propre grandeur et l’immense puissance de son Dieu. Le temple n’avait pas de porte à l’ouest sur la ville. La principale porte était à l’Est, une autre au nord Un trône et une estrade étaient réservés au roi dans le temple. Le roi nommait et déposait les prêtres ; il pouvait modifier la disposition et le mobilier du sanctuaire ; Achaz encore ne s’en privera pas. Salomon ne songeait nullement à centraliser le culte à Jérusalem ; les autres lieux saints du pays resteront fréquentés et vénérés durant plus de trois siècles après lui. Ceci explique les dimensions restreintes : 30 m de long, sur 10 m de large et 15 m de haut. De plus, l’autel d’airain était si exigu que, lorsque la vogue du temple de Salomon alla croissant, il fallut autoriser l’offrande des sacrifices dans tout le milieu de la cour inférieure (1 Rois 8.64).
Les vieux Israélites, habitués à l’extrême simplicité de leurs sanctuaires, durent d’abord se trouver choqués en présence de tant de luxe ; ils n’y retrouvaient guère l’empreinte personnelle de leur Dieu, venu avec eux du désert. Les architectes phéniciens avaient reproduit le plan d’un temple destiné à un dieu-soleil et orienté vers l’est. Deux obélisques, libres ou encastrés dans le portique d’entrée, portaient les noms, pour nous mystérieux, de Jakin et Boaz (sens magique ou païen ?) ; ils laissaient passer entre eux, comme on l’observe en Égypte, les rayons du soleil levant, qui pénétraient dans le hékal (futur lieu saint), jusqu’à la porte du debir (futur lieu très saint), chambre obscure où réside le Dieu.
Les emblèmes païens ne manquaient pas. Dans la cour s’élevait la mer de bronze, conque supportée par douze statues de taureaux, comme on en voit en Babylonie. Elle symbolisait sans doute quelque phénomène cosmique (les eaux d’en haut). Les petits bassins, vases posés chacun sur un piédestal roulant, étaient aussi copiés sur des modèles étrangers (Assyrie, Chypre, Crète). Ils comportaient peut-être à leur tour une signification mystérieuse, en tout cas inconnue du yahvisme ancien. Dans le bâtiment lui-même les sculptures reproduisaient des figures égyptiennes ou babyloniennes : chérubins (keroubim), lotus, palmes, grenades, taureaux.
Ce qui restait spécifiquement yahviste, c’était d’abord l’emplacement choisi pour l’autel, l’antique roche sainte, dite « aire d’Oman », sanctuaire d’abord cananéen, où David déjà avait placé un autel. C’était ensuite et surtout l’arche, que Salomon fit transporter dans le debir (1 Rois 8.3 ; 1 Rois 8.9) quand, au bout de sept ans, le sanctuaire fut achevé. On célébra à cette occasion maints sacrifices, et le roi prononça une formule poétique de consécration, conservée dans l’antique « livre du Juste » (1 Rois 8.12 et suivant). Puis un nuage, disait-on, vint remplir le sanctuaire, attestant que JHVH acceptait d’y faire sa résidence. Voir Temple.
Il y a lieu de penser que Salomon voulut assurer à son empire la richesse et la puissance dont son luxe n’aurait dû être que la manifestation ; au paraître il lui importait de joindre l’être. En effet, il fortifia diverses villes d’importance stratégique ou commerciale : Hatsor, Méguiddo, sur la grande route joignant l’Égypte à Damas ; Beth-Horon, Guézer, sur les voies donnant accès de la côte à Jérusalem ; Tamar, à l’entrée de la piste suivie par les caravanes allant de la Palestine à la mer Rouge (un copiste ambitieux a changé ce nom en celui de Tadmor, attribuant ainsi à Salomon la fondation de la fameuse Palmyre, mais le texte parallèle dit bien expressément : Tamar de Juda ; l’hypothèse contraire est soutenue dans l’article Palmyre). Dans sa capitale même le roi construisit ou acheva le « millo », sorte de château fort très probablement, de construction massive (malé = plein) et destiné à « fermer la brèche de la ville de David », soit, apparemment, à réunir la « ville de David » au mur d’enceinte de Jérusalem (voir Jérusalem [murs et portes]). Il constitua de plus les corps de cavalerie et se procura des chars de guerre.
Il paraît aussi avoir compris, à l’exemple des Phéniciens, quelle source de richesse pouvait devenir le commerce (voir ce mot). Israël, peuple agricole et sans industrie, manquait, il est vrai, d’objets d’échange pour un trafic rémunérateur, mais vu sa situation géographique, le rôle d’intermédiaire s’offrait à lui. Ainsi, des maquignons israélites allaient chercher en Égypte ou en Cilicie des chevaux qu’ils revendaient dans toute la Syrie et même aux princes hittites. Pour favoriser le commerce, un accès à la mer était indispensable ; aussi Salomon s’assura-t-il la route de la mer Rouge, où, de concert avec Hiram, il équipa une flotte. Celle-ci rapportait, dit-on, tous les trois ans, du mystérieux pays d’Ophir (Arabie du sud ?) des objets que les Arabes pouvaient s’être procurés dans les Indes ou en Afrique, par exemple l’ivoire, et des animaux inconnus en Palestine : singes, paons. Mais ces entreprises restèrent assez factices et, semble-t-il, peu productives. C’est en blé et en huile que Salomon promit de payer les matériaux de construction fournis par le roi de Tyr. Le moment vint même, où, pour se procurer cent vingt talents d’or, il dut céder vingt villes de Galilée. Son opulence n’a donc pas été égale à ce qu’on en racontait. En réalité, pour subvenir à ses dépenses, à l’Entretien de sa cour, à l’administration de l’État, il établit tout un système de tailles et de corvées analogues à celles de l’Égypte, et qui pesa lourdement sur ses sujets.
La main-d’œuvre courante, il se la procura par des corvées. Trente mille travailleurs israélites, se relayant à raison de dix mille par mois, abattaient les cèdres du Liban. Ailleurs, soixante-dix mille porteurs et quatre-vingt mille carriers accomplissaient le même labeur (chiffres incertains d’ailleurs). Le roi partagea le pays en douze districts placés chacun sous l’autorité d’un préfet, qui y percevait en nature les provisions nécessaires à l’entretien de la cour et des chevaux de guerre. À part quatre ou cinq cas, ces circonscriptions ne coïncident pas avec les anciens territoires des tribus : Salomon, tels nos Constituants de 1790, entendait briser les cadres de la vie provinciale autonome. Juda paraît n’avoir été compris dans aucun des douze districts ; le roi aurait, en ce cas, exempté des redevances la tribu royale. Cela expliquerait déjà l’animosité du nord ontre le roi de Jérusalem, cause active de la révolte de Jéroboam qui s’essaie une première fois, après le milieu du règne (1 Rois 11.26 et suivants).
Salomon porte ainsi une grande part de responsabilité dans la rupture de l’unité nationale, survenue après sa mort. Il voulut faire avancer trop vite Israël dans la voie de la grande civilisation, dont souvent il ne copia que les dehors. Et cependant ses efforts pour faire participer son peuple à la vie générale du monde civilisé s’inspiraient d’une pensée féconde.
Plus tard, on lui a reproché d’avoir accueilli non seulement des formes païennes de l’art, mais les religions étrangères. Or, en son temps, l’autorisation d’ériger un autel au dieu de Moab sur le mont des Oliviers ne choquait personne (cf., dans 2 Rois 5.17 et suivants, l’allusion à d’autres dieux que l’Éternel). Salomon n’exerça, soit en bien soit en mal, aucune action religieuse profonde. Il fut un roi civilisateur ; et son influence sur le développement religieux, tant bienfaisante que funeste, resta indirecte. C’est aux hommes du VIIe siècle que le temple par lui fondé devra la grande place qu’il occupe dans l’histoire du judaïsme.
Quant à sa sagesse, d’après les textes anciens, elle n’eut rien de religieux ; c’était une habileté toute politique (1 Rois 1,2). La réputation de sa perspicacité dans l’exercice de la justice peut reposer sur un fond historique. Il dut avoir certaines prétentions littéraires et il fit, semble-t-il, réunir de vieux poèmes (1 Rois 4.29-34). Une légende plus récente le représente résolvant les énigmes de la reine de Séba (voir ce mot).
Sa renommée subit une éclipse au temps du Deutéronome, mais reprit ensuite un éclat toujours plus vif. Après l’exil, on lui attribue les poésies gnomiques des moralistes de l’époque, ou les poèmes d’amour, œuvre du folklore hébreu, réunis dans le Cantique des Cantiques (voir article). Plus tard encore, il passe pour un pessimiste désabusé (Ecclésiaste), ou pour le profond auteur de la Sapience. Enfin, on l’identifie aux poètes franchement religieux qui composèrent les « Psaumes de Salomon » (voir article) et les « Odes de Salomon » (voir Pseudépigraphes). Et nous ne parlons pas du prétendu magicien cher à la légende musulmane aussi bien qu’au judaïsme rabbinique.
Jg. M.
Salomon et le jéhovisme
De la destinée de Salomon se dégage un enseignement religieux qu’il faut retenir. Pourquoi Salomon, qui commença si bien, finit-il si mal ? D’où vient que ses échecs n’ouvrirent pas les yeux de la postérité et que l’histoire juive, après le silence de la période deutéronomique, exalta sa gloire et l’amplifia dans la mesure même où le sacerdoce d’Israël s’éloignait de la religion des prophètes ? Tout cela s’explique par l’attitude de Salomon vis-à-vis du jéhovisme (voir Yahvé). Car le jéhovisme révélé au Sinaï, prêché par Moïse et par ses successeurs les prophètes, avait inauguré dans le monde l’adoration du Dieu unique, vivant et moral qui s’est choisi un peuple destiné à répandre parmi les hommes la religion du culte en esprit. Ce culte devait peu à peu se dégager des intérêts d’une nation et régner sur les âmes. Son impérialisme, pour devenir universel et éternel, devait répudier toute suprématie temporelle. Position haute et difficile, malaisément conciliable avec la royauté d’ici-bas. Voilà pourquoi Samuel appréhendait si fort l’élection de Saül et pourquoi les prophètes, authentiques représentants du pouvoir spirituel de Jéhovah, eurent presque toujours maille à partir avec la cour. Déjà David, enivré par ses victoires, veut bâtir un temple à son Dieu, annexant ainsi ce Dieu à son royaume. Un prophète lui est envoyé pour lui dire que Jéhovah n’a jamais demandé de maison matérielle, de temple national. Son temple, c’est l’homme, et, dans l’espèce, la maison vivante de David, sa postérité fidèle. Salomon ne l’entend pas ainsi. Il n’a pas la piété de son père ; il ne se repent pas comme David, et sa fortune ne profite qu’à lui, non à son peuple. Dans la gloire de Jéhovah, il cherche sa propre gloire. Il veut, par un temple qu’il est incapable de bâtir mais que les païens lui bâtiront, lier la fortune politique de la dynastie à la puissance de Jéhovah. « Il s’est efforcé de doubler la domination spirituelle de son peuple de l’hégémonie matérielle. Il n’a pas réussi. Et il ne pouvait pas y réussir, car la greffe qu’il a voulu administrer au vieil arbre juif était empoisonnée » (N. Politis, préface du Salomon de M me G.R. Tabouis, 1935). En effet, l’impérialisme temporel est fondé sur la force, l’intolérance, il ne peut s’accorder avec l’impérialisme spirituel qui règne par la persuasion. En agissant comme il l’a fait, Salomon, loin d’assurer l’avenir politique du peuple élu, a montré combien l’impérialisme temporel était périssable. Il mourut déconsidéré et ruiné. Son vaste empire ne lui survécut pas. Les prophètes désertèrent Jérusalem pour un temps. Le schisme qui poussa aux invasions étrangères, les luttes fratricides et l’infidélité des monarques imitateurs de Salomon aboutirent à la destruction des deux royaumes : Israël et Juda. Ce ne fut qu’après leur ruine, quand le temple de Salomon eut été détruit, emportant avec lui les espoirs d’hégémonie temporelle, que le dernier des grands prophètes, le 2e Ésaïe, s’éleva aux accents universalistes qui introduisirent les paroles du Christ : « L’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne, ni à Jérusalem que vous adorerez le Père, car Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité.)> ; Un deuxième temple fut construit, et les jours vinrent où les Juifs, cherchant la consolation de leur infortune dans les gloires du passé d’Israël, représentèrent Salomon comme le roi de renommée universelle. L’orgueil pharisaïque, le messianisme juif ne se réclament pas du somptueux bâtisseur, mais sont imprégnés de son esprit. Le deuxième temple fut détruit ; un troisième s’éleva, et dans l’ombre de ce troisième temple fut ourdi le complot qui tua Jésus. Encore ici l’œuvre était périssable. Dans le siècle même de Jésus, ce troisième temple périt dans les flammes, tandis que la prédication de saint Paul avait déjà porté « jusqu’au terme de l’Occident » (Clément de Rome) l’Évangile de l’Esprit. Plus tard, quand le Pape, grisé par le triomphe du christianisme, reprendra l’utopie orgueilleuse de réunir le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel, il échouera à son tour devant l’insurmontable obstacle contre lequel s’était brisé, à l’aurore du jéhovisme, le rêve salomonien.
Alexandre Westphal
Pour le portique de Salomon, voir Temple
Pour les serviteurs de Salomon, voir Néthiniens.
Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com
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