Dictionnaires bibliques
Prostitution
Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Prostitution », un article après l’autre.
Dictionnaire de la Bible (Bost)
Cette lèpre de presque toutes les sociétés, de tous les temps, et de tous les peuples, était bannie d’Israël par la loi (voir Deutéronome 23.17-18 ; Lévitique 19.29 ; cf. 21.9). Comme métier, elle était interdite aux femmes et aux hommes, à ces derniers en vue du voisinage de la Phénicie. Le salaire de la prostitution ne pouvait même être accepté des prêtres comme offrande pour le service du sanctuaire (Deutéronome 23.18 ; Ézéchiel 16.33). Mais la passion ne reconnaît pas plus de lois que de frein, et certains gouvernements du monde moderne ont fléchi devant la force du mal ; ils ont sanctionné le péché pour éviter le crime ; ils ont légalisé la prostitution, croyant devoir faire le mal pour qu’il en résulte le bien, ou du moins autorisant un mal pour essayer d’en conjurer un plus grand. Le législateur des Hébreux, dont la loi devait être la sainteté à l’Éternel, n’ignorait pas sans doute qu’il est des misères que la loi ne peut guérir, et des passions que rien n’effraie ; mais il n’a pas cru pouvoir parlementer avec le mal, ni devoir le flatter pour l’adoucir. Il a défendu la prostitution là où cependant un climat plus ardent et des habitudes plus libres semblaient la rendre une nécessité publique ; mais, en faisant cela, il n’a pas espéré la détruire et la supprimer. En la défendant, il rendait la conscience attentive, et pouvait, au besoin, la convaincre de péché ; la loi a fait abonder l’offense (Romains 5.20) ; elle a été une manifestation, un témoignage.
Peut-être, pour quelques-uns, a-t-elle été davantage, mais, en général, elle n’a pu être que cela. Aussi Moïse n’a-t-il pas même prononcé de pénalité contre cette pratique immorale, et des courtisanes Israélites ou étrangères vivaient notoirement dans la prostitution, sans que la société eût contre elles d’autre garantie que sa propre moralité, et la réprobation dont l’opinion publique frappe toujours la femme qui se vend. Les Hébreux eurent, dans tous les temps, des prostituées ou bayadères, qui vraisemblablement, comme de nos jours en Perse, en Arabie et dans l’Inde, se faisaient connaître en dansant et s’accompagnant au son de la musique (Juges 16.1 ; 1 Rois 3.16 ; Proverbes 2.10 ; 5.3 ; 6.26 ; 7.10 ; 23.27 ; Amos 2.7 ; 7.17 ; etc.) ; c’étaient d’ordinaire des étrangères. Elles se promenaient ou s’asseyaient sur les places publiques ou dans les rues, attirant les passants par des gestes ou des propos séducteurs (Proverbes 7.11). Parfois elles étaient voilées (Genèse 38.14), et gardaient l’anonyme que leur complice respectait.
Depuis le schisme des deux royaumes, lorsque l’idolâtrie se fut établie en Israël, la prostitution se fit souvent, et notamment en Éphraïm, au nom des divinités dont le culte avait envahi les autels du Dieu vivant, au nom d’Astarté en particulier (Osée 4.14 ; 1 Rois 14.24 ; 15.12 ; 22.47 ; 2 Rois 23.7). Au dire de Josèphe, tout mariage avec une prostituée était déclaré contraire à la loi, ce qui était d’autant plus naturel que les enfants de la prostitution ou du désordre étaient, jusqu’à la dixième génération, exclus de l’assemblée de l’Éternel (Deutéronome 23.2). Jephthé semble avoir fait exception devant Dieu (Juges 11.1), puisque son nom est rappelé avec honneur (Hébreux 11.32) ; mais la conduite de ses frères à son égard prouve que cette loi d’exclusion était en vigueur de son temps.
Lors de l’apparition du christianisme, la prostitution régnait en maîtresse à Rome et en Grèce ; elle n’était ni le résultat absolu, ni le monopole de certaines religions et de certains cultes (Sapience 14.26), mais la conséquence de la frivolité et de la corruption qui s’étaient introduites dans les mœurs publiques avec la prospérité matérielle. La mollesse est la mère de l’impureté. Les femmes de mauvaise vie étaient légalement établies à Rome. Plus les principes de la pureté étaient foulés aux pieds, plus les maximes corruptrices étaient avouées, professées avec audace , plus aussi les apôtres devaient protester avec force contre ce relâchement général qui avait gagné la société chrétienne (1 Corinthiens 5.1 ; 2 Corinthiens 12.21 ; 1 Thessaloniciens 4.3 ; 1 Timothée 1.10), et le décret du concile de Jérusalem (Actes 18.20-29 ; cf. 21.25), s’explique amplement par la nécessité d’opposer une barrière puissante aux débordements du paganisme. On voit par Romains 2.22 ; Jean 8.7, que l’impureté régnait aussi parmi les Juifs, tant dans les basses que dans les hautes classes ; voir aussi Luc 7.37, et les fréquentes mentions qui sont faites de gens de mauvaise vie dans le Nouveau Testament.
Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com
L’article dans BostDictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)
Maints passages de l’Ancien Testament, et même du Nouveau Testament, font allusion à la corruption des mœurs.
1.
La plaie de la prostitution qui, dès les temps les plus reculés, marqua l’humanité de son flétrissant stigmate ne laissa pas indemnes les Israélites (Genèse 38). Ils connurent de bonne heure ces « professionnelles » (hébreu zonâh, nokryyâh ; grec pornè), qui exploitaient l’inconduite comme moyen d’existence et source de profit. Les données bibliques nous renseignent sur leur triste métier. Reconnaissables à leur mise, à leur voile de tête (Genèse 38.15), à l’opulence de leurs habits et de leurs ornements (Ézéchiel 23.26), elles se tenaient tantôt à la porte des agglomérations (Genèse 38.14-21), tantôt sur le seuil de leurs habitations (Proverbes 9.14 ; Proverbes 9.18) interpellant les passants. Ou bien elles parcouraient les rues, sollicitant leur clientèle par des chants (Ésaïe 23.16), des paroles, des regards et des gestes (Proverbes 6.25 ; Proverbes 7.8 ; Proverbes 7.22). Parfois même elles attiraient leurs compagnons de rencontre dans les repaires du banditisme et du vol (Proverbes 7.25 ; Proverbes 7.27). Elles se vendaient pour un salaire (Ézéchiel 16.33; Luc 15.30), qui ne consistait pas nécessairement en argent (Genèse 38.17 ; Juges 15.1). Il arrivait qu’elles habitassent ensemble (1 Rois 3.17), et il est certain que des maisons de débauche existèrent en Israël (Ézéchiel 16.31 ; Ézéchiel 16.39). Peut-être la demeure de Rahab (voir ce mot) était-elle de ce nombre (Josué 6.17). Quelques exégètes expliquent (d’image apocalyptique du vin brûlant de la prostitution » (Apocalypse 14.8 ; Apocalypse 18.3) par « l’existence d’hôtelleries tenues par des prostituées pour les voyageurs » (cf. Bertholet, Histoire de la civilisation d’Israël, p. 260).
La législation hébraïque, si sévère à l’endroit de l’adultère et de la violation des liens conjugaux, réprouvait la prostitution (Lévitique 19.29). Mais, malgré le mépris qui s’attachait à cette scandaleuse pratique et à tout ce qui s’en rapprochait (les enfants de prostituées étaient de véritables « hors la loi », Deutéronome 23.2 ; Juges 11.1 ; Juges 11.3), il semble bien qu’en dehors de l’adultère les relations illicites entre les sexes étaient considérées en Israël comme assez vénielles (Deutéronome 22.28 et suivant), que la prostitution y était plus ou moins tolérée et qu’à part certains cas spéciaux (Lévitique 21.9), aucune pénalité juridique ne la sanctionnait. À toutes les époques, les Hébreux eurent des courtisanes, bayadères, hétaïres (Juges 16.1 ; 1 Rois 3.16 ; Osée 4.14). L’appellation dont on les désignait laisse supposer qu’elles se recrutèrent de plus en plus parmi les « étrangères » (Proverbes 2.16 ; Proverbes 5.3 ; Proverbes 6.24 ; Proverbes 23.27). Condamnées en Israël par les prophètes et les moralistes (Osée 4.11 ; Osée 4.14 ; Ézéchiel 16.15 ; Ézéchiel 23.20; Joël 3.3 ; Siracide 9.3-6 ; Siracide 19.2 ; Siracide 41.17-20 ; 2 Macchabées 6.4), ces malheureuses étaient, à l’époque de Jésus, mises au ban de la société (Matthieu 21.31 et suivant, Luc 7.37).
2.
À côté de cette manifestation habituelle et, si l’on peut dire, profane de l’immoralité, l’Ancien Testament, très spécialement, mentionne une prostitution d’ordre rituel, érigée à la hauteur d’une institution et dérivant de conceptions propres au paganisme ambiant. Les religions cananéennes et syro-phéniciennes (Baals, Astartés, etc.), divinisant les forces créatrices et reproductrices de la nature, avaient pour corollaire un culte à tendance « orgiastique », terriblement licencieux. Sur les hauts-lieux païens (Jérémie 2.20), desservis par un personnel de « mignons et de courtisanes » (kedéchim, kedéchoth), la prostitution sacrée était couramment pratiquée ; hommes et femmes s’y livraient publiquement, échangeant les vêtements respectifs de leur sexe. Les fêtes de l’Astarté barbue de Chypre et du Dionysos de Byblos étaient parmi les plus odieuses du genre. Les fidèles eux-mêmes s’y associaient et versaient au trésor sacré le salaire de leurs débordements (Cf. Maspéro, Histoire ancienne des peuples de l'Orient classique, pages 401, 402 ; Bertholet, ouvrage cité, p. 113). Dans Lettre de Jérémie 43 il s’agit de prostituées d’un culte caldéen ; voir Thammuz.
Ces grossières coutumes, excitatrices de la sensualité, eurent de graves répercussions sur la mentalité et la piété des Hébreux lorsqu’ils eurent pénétré en Canaan (1 Rois 14.23 et suivant, Amos 2.7 ; Osée 4.13). Tous les représentants du spiritualisme jéhoviste, aussi bien les prophètes que les réformateurs deutéronomistes, les combattirent sans relâche (Jérémie 3.2). Elles étaient proscrites de la religion d’Israël (Deutéronome 22.5 ; Deutéronome 23.17), et nul gain de provenance impure ne pouvait être apporté en offrande au revenu du Temple (Deutéronome 23.18). Ce n’est qu’après la longue et douloureuse expérience de l’exil que le peuple élu parvint à se dégager de la funeste emprise de ces aberrations (Ézéchiel 23). Il semble toutefois que cet affranchissement ne fut jamais total à l’endroit de la prostitution elle-même et de l’impureté (Jean 8.7 ; Romains 2.21 ; Romains 2.24).
3.
Lorsque le christianisme naissant et conquérant entra en contact avec la civilisation gréco-romaine décadente, il rencontra sur sa route toutes les manifestations du vice, y compris la prostitution, dans les religions à mystères (voir ce mot) comme dans la société en général ; il s’appliqua à leur opposer une résistance puissante et constante, ainsi qu’en témoignent surtout les écrits de saint Paul (Actes 15.20 ; Actes 15.29 ; Romains 1.24 ; 1 Corinthiens 6.9 ; 1 Corinthiens 6.20 ; Galates 5.19 ; Éphésiens 4.17-24 ; Éphésiens 5.3-13 ; Colossiens 3.5 ; 2 Timothée 3.6 ; 1 Pierre 4.3 ; Apocalypse 2.20 ; Apocalypse 14.8 ; Apocalypse 17.1-6 18). Voir Pureté. Jean R.
Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com
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