Dictionnaires bibliques
Mesopotamie
Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Mesopotamie », un article après l’autre.
Dictionnaire de la Bible (Bost)
Cette contrée dont le nom signifie un pays entre deux fleuves (littéralement au milieu des fleuves), apparaît dans l’Ancien Testament sous les noms de Paddan-Aram ou campagne de Syrie (Genèse 31.18ss), de Sadeh Aram ou plaine de Syrie (Osée 12.13), d’Aram-Naharaïm ou Syrie des deux fleuves (Genèse 24.10), d’Aram ou Syrie (Nombres 23.7), et de Paddan ou champ, plaine (Genèse 48.7). Le nom de Mésopotamie dont l’usage ne remonte guère au-delà des jours d’Alexandre le Grand, se trouve employé dans le Nouveau Testament (Actes 2.9 ; 7.2). La Mésopotamie comprenait tout le pays entre le Tigre et l’Euphrate, espèce de grande île, bornée au nord par le Masius appartenant à la chaîne du Taurus, au sud par la Babylonie, à l’est par le Tigre qui la séparait de l’Assyrie, à l’ouest par l’Euphrate, la Syrie et l’Arabie Déserte ; elle s’étendait entre les 33°-38° latitude, et les 35° à 61° longitude. Elle ne formait pas un état à part, et son nom se rapporte plus à une désignation de géographie naturelle, qu’à une division politique ; les Romains continuèrent de l’employer, bien que sous les empereurs la Mésopotamie fût administrativement jointe à la Syrie.
C’est dans sa partie septentrionale, dans ce plateau si riche et si fertile, qu’habitèrent d’abord les ancêtres nomades des Hébreu, (Genèse 11 ; cf. Actes 7.2) ; voir Ur ; c’est de là qu’Isaac reçut son épouse Rebecca (Genèse 24.10 ; 25.20) ; c’est dans ces plaines que servit Jacob, qu’il épousa Rachel, c’est là encore qu’il vit naître presque tous ses fils (28.2 ; 35.26 ; 46.15). Plusieurs villes, et des villes assez considérables, s’élevaient sur les rives des deux grands fleuves et de leurs affluents le Chaboras et le Mygdonius, voir Charan, Carkémis et Tsoba ; leurs habitants étaient d’origine syrienne et parlaient un dialecte araméen. La partie méridionale, depuis Carkémis et Mossul, est une plaine inculte et déserte, qui contraste singulièrement avec la richesse et la beauté de la partie supérieure ; à l’exception des rives, qui ont une forte végétation et un sol susceptible de culture, ce ne sont que des landes sans eau, habitées par des lions, des autruches et des brigands arabes ; autrefois on y trouvait aussi des ânes sauvages. Cependant une route traversait ce désert, et servait aux caravanes qui faisaient le commerce entre l’Euphrate et Babylone ou Séleucie ; maintenant encore on va d’Anah à Bagdad.
L’histoire de ce pays jusqu’à la domination des Perses est peu connue ; Cushan-Rishhathaïm dont il est parlé en Juges 3.8-10, comme d’un roi de la Mésopotamie, ne régnait probablement que sur une partie de la contrée voisine de l’Euphrate ; il en est peut-être de même des rois de la Syrie de Tsoba qui apparaissent sous David (2 Samuel 8.3), voir Tsoba. Huit siècles avant Christ, Sankhérib, roi d’Assyrie, avait déjà assujetti et réuni les diverses peuplades de cette contrée (2 Rois 19.13), qui depuis lors partagèrent les destinées des grands empires qui s’élevèrent pour se détruire et se succéder en Orient, Babylone, la Perse et la Macédoine. À la mort d’Alexandre la Mésopotamie échut aux Séleucides de Syrie, puis elle devint un grand champ de bataille où les armes parthes, arméniennes et romaines se heurtèrent, jusqu’à ce que Trajan victorieux y apporta la paix avec sa domination.
Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com
L’article dans BostDictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)
Province célèbre, située entre l’Euphrate et le Tigre. Les Hébreux l’appellent Aram Naharaïm ou Aram des deux fleuves, parce que Aram, père des Syriens (Genèse 28.5), la peupla, et qu’elle est, comme nous l’avons dit, entre deux grands fleuves. Ce pays est fort fameux dans l’Écriture, pour avoir été la première demeure des hommes avant et après le déluge, et pour avoir donné naissance à Phaleg, à Héber, à Tharé, à Abraham, à Nachor, à Sara, à Rébecca, à Rachel, à Lia, et aux fils de Jacob. Babylone était dans l’ancienne Mésopotamie, avant que l’on eût à force de travail, réuni les deux fleuves du Tigre et de l’Euphrate dans un seul lit. Les campagnes de Sennaar étaient dans le même pays. Souvent on lui donne le nom de Mesopotamia Syrioe (Genèse 28.5 ; 46.15 Deutéronome 23.4 Psaumes 59.1), parce qu’elle était occupée par les Araméens ou Syriens ; quelquefois celui de Padan Aram (Genèse 28.7 ; 31.18 ; 33.18 ; 35.9), les plaines d’Aram, ou Sédé Aram (Osée 12.13), les campagnes d’Aram, pour les distinguer des montagnes stériles et incultes du même pays. Balaam, fils de Béor, était de la Mésopotamie (Deutéronome 23.4). Chusan Rasathaïm, roi de Mésopotamie, assujettit les Hébreux quelque temps après la mort de Josué (Juges 3.8).
Outre le Pays nommé communément Mésopotamie en grec et en hébreu, Arum Naharaïm, Syrie des deux fleuves ; quelques-uns en reconnaissent une seconde, qui était dans la Syrie entre les fleuves Marsya et l’Oronte. Voici sur quoi on fonde ce sentiment. Premièrement le terme de Mésopotamie signifie simplement un pays situé entre deux fleuves ; ainsi on peut donner ce même nom à tout pays qui se trouve dans cette situation, quels que soient les fleuves qui l’environnent. 2° Le titre du psaume 59 porte que David brûla la Mésopotamie de Syrie, et la Syrie de Sobal. Or, on sait que David ne fit la guerre au roi de Soba que pour étendre ses conquêtes jusqu’à l’Euphrate, et que la Syrie de Soba était au deçà de ce fleuve. 3° Le livre de Judith (Judith 2.14) dit qu’Holopherne passa l’Euphrate, et vint en Mésopotamie, et força toutes les grandes villes qui étaient là. Il est certain que ce général venait d’Assyrie. La Mésopotamie proprement dite obéissait au roi Nabuchodonosor, son maître : il passa donc l’Euphrate pour venir dans la Mésopotamie de Syrie dont nous parlons, fort différente de celle qui est connue des Grecs et des Latins entre l’Euphrate et le Tigre.
Pour prendre son parti dans cette difficulté, il faut voir si ces objections sont telles, qu’elles nous obligent nécessairement à abandonner le sentiment général des géographes, qui jusqu’ici n’ont reconnu qu’une seule province, nommée Mésopotamie en grec et en latin, et Aram-Naharaim en hébreu. Car, si l’on peut expliquer d’une manière probable les textes qu’on objecte, sans recourir à une seconde Mésopotamie, il est clair qu’on ne le doit pas faire. Or le titre du psaume 59 est d’une très-petite autorité, puisque la plupart des titres des psaumes ont été mis au hasard, et longtemps après les auteurs qui les ont composés. De plus on peut l’expliquer en disant que David battit la Mésopotamie de Syrie ; c’est-à-dire qu’il vainquit les troupes auxiliaires qui étaient venues de la Mésopotamie de delà l’Euphrate, au secours d’Adarézer et des Ammonites, comme il est dit clairement dans le second livre des Rois, chapitre 10. : Misit Adarezer, et ecluxit Syros qui erant trans fluvium, et adduxit eorum exercitum Videntes autem universi reges qui erant in prœsidio Adarezer, se victos esse ab Israël, expaverunt et fugerant.
Quant au passage de Judith, on peut dire qu’Holopherne passa deux fois l’Euphrate par lui-même en personne, ou en la personne de ses capitaines : la première fois, lorsqu’il vint dans la Syrie et deus la Cilicie, et qu’il assujettit ces provinces ; et la seconde, lorsqu’il les eut conquises et qu’il repassa l’Euphrate pour reduire quelques peuples qui ne voulaient pas encore se soumettre à Nabuchodonosor, son maître. Nous ne prétendons pas qu’il ait parcouru en personne tous les pays qui sont marqués dans Judith ; il suffit que tout cela se soit fait par ses ordres et par ses lieutenants. Rien ne nous oblige donc à reconnaître dans les deux textes qu’on nous objecte, une autre Mésopotamie que celle qui est connue par tous les géographes [Il ne sera pas inutile d’ajouter à cet article celui dont Barbié du Bocage est l’auteur :
« Mésopotamie, contrée de l’Asie, séparée de l’Arménie par le mont Masius, partie de la chaîne du Taurus qui la couvre au N. de la Syrie, à l’O., et de l’Assyrie, à l’E., par les deux fleuves de l’Euphrate et du Tigre, qui en forment, pour ainsi dire, l’encadrement même au S. Le nom de Mésopotamie est grec et de formation assez récente parmi les Grecss eux-mêmes ; il signifie pays situé entre les fleuves. Les habitants du pays l’appelaient Aram-Naharaïm, c’est-à-dire, Syrie des Rivières, dénomination équivalente. La plupart des passages de l’Écriture qui font mention de ce pays ajoutent au nom de Mésopotamie ces mots : de Syrie ou qui est en Syrie ; et en effet on comprenait, dans ces temps reculés, ce pays au nombre de ceux de la Syrie ; d’ailleurs le langage des peuples était le même. Sous la domination persane, le mot de Mésopotamie n’était point encore en usage, car Xénophon appelle ce pays Arabie ; non plus qu’Hérodote, il ne connaît le nom de Mésopotamie : d’immenses steppes, semblables à celle de l’Arabie, et, plus que cela, le nombre des hordes arabes qui les parcourent, ont contribué à établir cette conformité de dénomination qui existait déjà, à quelques égards, dans la nature et l’aspect du pays. On désignait quelquefois aussi la Mésopotamie sous le nom d’Assyrie, mais c’était lorsqu’on y réunissait la Babylonie ; enfin les modernes la nomment Djezira, d’un mot arabe qui signifie Île, terme répondant à la position isolée de la contrée entre les fleuves et les montagnes. Malgré la présence de ses steppes, le sol de la Mésopotamie, généralement plus uni que montueux, offre de la variété. Si dans certaines parties on n’y voit d’habitants que quelques hordes nomades sorties de l’Arabie ou descendant des montagnes, dans d’autres, et surtout au bord de l’Euphrate et au pied même des montagnes, le pays est plus fertile et mieux cultivé. Aussi était-ce là que se trouvaient les villes les plus considérables, telles qu’Edesse, Circesium, la Carchemis de l’Écriture et autres situées dans le voisinage de l’Euphrate, et Nisibis vers le nord. Les villes d’Ur et d’Huran appartenaient également à cette contrée, bien que la première de ces deux villes soit considérée par la Genèse comme dépendante de la Chaldée. La population des montagnes se compose en partie de tribus barbares et belliqueuses qui ne reconnurent le joug d’aucun maître ; c’était particulièrement celle qui longeait le Tigre. La Mésopotamie fit cependant partie des États de presque tous les conquérants de l’Asie, jusqu’à ce qu’elle fût partagée par les Romains et les Parthes, qui s’en disputèrent souvent la possession. À la faveur des troubles auxquels l’empire de Syrie fut en proie, la petite contrée d’Osroëne se forma eu royaume, lequel dura fort longtemps, même pendant la domination romaine : Edesse en était la capitale. »]
Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com
L’article dans CalmetDictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)
(signifiant : entre les neuves). Ce terme, par lequel les LXX (qui disent aussi Mesopotamia Syrias ou Syria potamôn) rendent l’expression Aram Naharaïm (Syrie des deux fleuves) renfermée dans la Bible hébraïque (Genèse 24.10 ; Deutéronome 23.4 ; Juges 3.8 etc.) ou celle de Paddan-Aram (plaine de Syrie, Genèse 25.20-28 ; Genèse 31.18, etc.), désigne avant tout la plaine élevée et fertile qu’arrosent l’Euphrate, le Habor et le Tigre, dont le nord-ouest (Araméens) fut rattaché par les Perses (Darius Ier) à la satrapie de Syrie et dont l’est constitua l’empire assyrien. Cette contrée, appelée Nârima dans les lettres de Tell el-Amarna et Naharina (cf. inscr, égyptien), appartenait primitivement au puissant royaume du Mitanni, dont la classe dirigeante était, comme ses voisins hittites, de race aryenne (voir pl. I). Si l’on veut considérer Naharaïm non comme un duel (pays des 2 fleuves), mais comme un locatif (pays du fleuve), on peut y voir la région arrosée par les deux rives de l’Euphrate et y comprendre tout le cours moyen de ce fleuve jusqu’aux steppes occupés par les Arabes nomades.
Sous les Babyloniens qui possédaient Tyr sur la Méditerranée et Térédon sur le golfe Persique, la Mésopotamie devint une des routes commerciales les plus florissantes du Proche-Orient asiatique. Les Grecs l’avaient comparée à un navire à cause de sa forme en fuseau. Les Arabes l’appellent « l’île » parce qu’elle est entourée d’eau ; ils la conçoivent donc comme allant jusqu’au golfe Persique. De fait, on comprend aujourd’hui généralement sous ce vocable tout le pays enfermé entre le cours des deux grands fleuves, y compris la contrée que l’on regarde comme le berceau de la plus antique civilisation : Accad et Sumer, avec Babylone, Lagach (signifiant : Tello ; voir figure 295, 296), Our, Éridou. Malgré tout, à travers les âges et les textes, le nom de Mésopotamie semble garder quelque chose d’assez flottant. Voir Assyrie et Babylonie, Syrie (Araméens).
Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com
L’article dans Westphal