Dictionnaires bibliques

Idolâtrie

Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Idolâtrie », un article après l’autre.

Dictionnaire de la Bible (Bost)

Parlons d’abord de celle des Hébreux ; c’était la plus déplorable, parce que lorsqu’ils tombaient, ils tombaient de haut, et qu’ils n’avaient pas l’excuse de l’ignorance. L’idolâtrie se manifestait chez eux sous deux formes différentes :

1°. L’adoration de dieux autres que Jéhovah, c’est-à-dire de créatures divinisées. Ces fausses divinités que l’on confondait le plus souvent avec leurs images mêmes (Deutéronome 4.28 ; Psaumes 115.4 ; 135.15 ; cf. 1 Samuel 31.9 ; Osée 4.17), sont appelées dans la langue sainte des idoles (Lévitique 19.4 ; 26.1 ; habakuk 2.18), des vanités (Jérémie 2.5 ; 8.19 ; 10.15), des vanités fausses (Jonas 2.9), des choses vaines (Actes 14.15), des abominations (1 Rois 11.5 ; 2 Rois 23.13), des dieux de fiente (Ézéchiel 6.13), des scandales d’iniquité (Ézéchiel 14.4-7). Enfin l’ensemble de l’idolâtrie est appelé un adultère (cf. Osée 1 et 2). L’Éternel, par opposition à ces images, est appelé le Dieu de vérité, le Dieu vivant (Jérémie 10.10 ; Daniel 6.20-26 ; cf. les sacrifices des morts, Psaumes 106.28 ; Actes 14.15 ; 2 Corinthiens 6.16), et le Dieu du ciel (cf. Jérémie 10.41).

La loi de Moïse avait défendu l’idolâtrie sous les peines les plus sévères ; c’était par sa nature le plus grand des crimes dans une législation dont Dieu était le centre et le but ; la lapidation était prononcée contre le transgresseur. Et non seulement les Hébreux devaient extirper dans leur intérieur, comme peuple, toute trace d’idolâtrie, mais ils devaient encore, dans toutes leurs guerres, détruire chez leurs ennemis les bocages, les hauts lieux, les idoles, et toute marque d’un culte païen. Quant aux païens, les Hébreux ne pouvaient leur accorder le séjour dans le pays qu’à titre d’étrangers et sous certaines conditions particulières ; on devait les tolérer et exercer à leur égard les devoirs de l’hospitalité, mais toute alliance proprement dite, soit par mariage, soit autrement, était expressément interdite ; les alliances politiques devaient causer la ruine du pays, comme les alliances privées la mort des individus. Dieu devait être la tête du culte et de l’État ; l’abandonner comme Dieu, c’était l’abandonner comme roi ; les alliances politiques devaient entraîner une fusion des cultes, et toute fusion est une idolâtrie. Malgré ces menaces cependant, l’idolâtrie s’établit de toute manière en Israël, et sous toutes les formes ; elle ose lever la tête sous Moïse (Nombres 25.2 ; Deutéronome 13.13), elle se montre sous Josué, elle se remontre sous les juges, elle s’assied sur le trône des rois ; chaque fois après quelques années d’idolâtrie les châtiments tombent sur le pays, on pleure, on crie, le peuple est délivré, puis il retombe ; sa piété est comme une nuée du matin qui se dissipe. Les servitudes des juges, suivies d’autant de délivrances et d’autant de rechutes, en sont une preuve. Samuel réorganise le culte de Jéhovah, mais après lui, le mal regagne du terrain ; David de nouveau lutte contre l’idolâtrie, mais Salomon, après avoir aimé la sagesse, prend des centaines de femmes païennes et adore avec elles leurs idoles ; les réformateurs succèdent aux idolâtres, les idolâtres aux réformateurs, et l’exil vient enfin réveiller ce peuple prévaricateur pour lequel ces soixante et dix années furent un sérieux avertissement, car dès lors il est resté juif théocratique sans le plus petit penchant pour l’idolâtrie, sauf l’exception, contemporaine de l’exil, rapportée en Jérémie 44.8, où des Juifs se jettent entre les auras des divinités égyptiennes ; mais alors le châtiment n’avait pas encore porté ses fruits.

Guilgal fut, sous les juges, le principal siège de l’idolâtrie (Juges 3.19). Sous quelques rois, ce furent Dan et Beër-Shéba. Les idoles principales qui furent reçues en Israël sont Baal, Astarté, Moloc, Kémos, Thammuz, etc. L’idolâtrie qui pénétra dans le pays à l’époque de Salomon, et par le moyen de son sérail, ne fut jamais complètement déracinée ; on y avait pris goût, et les rois qui suivirent, trop faibles peut-être, ou sans volonté, la laissèrent prévaloir. Asa la réprima d’une manière énergique, mais déjà sous Joram elle reparut à la suite d’une alliance entre la dynastie de Juda et la maison d’Israël ; ce fut l’idolâtrie cananéenne (2 Rois 8.18-27) ; ailleurs, c’est celle des Ammonites (16.3), ailleurs encore, c’est celle de la Phénicie et la Syrie (21.3). La réforme de Josias même, quoique large et vigoureuse, ne dura pas ; le roi réformateur avait entrepris plus qu’il ne pouvait faire, et l’on voit par quelques passages des prophètes, qu’à la fin de son règne, le culte païen avait repris la place du vrai culte (Sophonie 1.4 ; Jérémie 2.20 ; 3.6 ; 5.7 ; etc. Ézéchiel 7.20 ; 16.15). Avec l’idolâtrie marchaient les sciences occultes, la magie, les enchantements (2 Rois 23.24) ; et les faux prophètes, luttant contre les messagers de l’Éternel, soutenaient avec quelque succès les impostures et les superstitions du paganisme (Jérémie 29.8 ; Osée 9.7 ; Michée 5.12). Le culte de Baal, amené en Israël par une princesse sidonienne, s’y organisa pareillement et dura plusieurs générations (1 Rois 16.31 ; etc., 2 Rois 10.25).

Le culte rendu à ces divinités étrangères consistait en des vœux, des encensements, des offrandes sanglantes et non sanglantes, peut-être même des sacrifices humains (1 Rois 11.8 ; 2 Rois 22.17 ; Jérémie 1.16 ; 7.9). Les hauts lieux et les bocages étaient plus particulièrement affectés à ce culte ; cependant on l’exerçait aussi sur les toits, sous des arbres touffus, dans les jardins et dans les vallées (Jérémie 19.13 ; 1 Rois 14.23 ; Jérémie 2.23 ; Ésaïe 65.3 ; 1.29). L’impureté et des débauches effrénées présidaient à la plupart de ces impies cérémonies, et ne contribuaient pas peu à concilier à ces cultes étrangers les voluptueux et charnels Hébreux (cf. Ésaïe 65.4 ; 66.17). Les prêtres étaient en général nombreux, et se soignaient bien (1 Rois 18.22 ; 2 Rois 10.21 ; Osée 10.5).

2°. À côté du culte des faux dieux, les Hébreux pouvaient être exposés à la tentation d’adorer Jéhovah, le vrai Dieu, sous une forme matérielle, celle d’images peintes ou sculptées. Dieu, qui avait tant accordé à la faiblesse humaine, ne voulut cependant pas accorder les images à son peuple, précisément parce qu’elles sont tout à fait humaines, et que bien loin d’élever la piété, et de faciliter l’intelligence des choses saintes, elles dénaturent le culte, l’abaissent, matérialisent la Divinité et arrêtent les regards au lieu de les diriger. Et cette défense, non seulement d’adorer, mais même de se faire des images était si sévère, si expresse, qu’elle est répétée à plusieurs reprises dans la loi, et qu’elle a même sa place dans le décalogue (Exode 20.4 ; Deutéronome 4.16 ; 5.8 ; 27.15). Les Hébreux ne s’en laissèrent pas moins entraîner à suivre le penchant naturel de leurs cœurs et l’exemple des autres nations. Ils avaient vu les Égyptiens adorer des dieux visibles, animaux ou végétaux, ou tout au moins des représentations de la Divinité, et ce culte extérieur leur paraissait plus séduisant et plus commode que le saint et solennel Jéhovisme, si l’on peut s’exprimer ainsi ; ce n’est qu’avec peine qu’ils supportaient un Dieu-esprit, même avec toutes les manifestations extérieures et les cérémonies qui accompagnaient la célébration de son culte. Ce Dieu s’étant manifesté d’une manière visible en Sinaï, les Hébreux en furent épouvantés, mais cela dura peu ; on cesse bien vite de craindre celui qu’on ne voit plus, et quelques semaines s’étaient à peine écoulées qu’ils dansaient autour d’une image. Aaron lui-même donna les mains à cet acte incroyable d’idolâtrie (Exode 32). Le serpent d’airain dont l’élévation fut ordonnée de Dieu pour un temps, ne peut être rangé au nombre des actes de l’idolâtrie des Hébreux (Nombres 21 ; cf. Jean 3.14), mais il prouve combien l’usage de ces signes matériels était dangereux, puisque pendant des siècles ce morceau d’airain fut conservé pour être en scandale et en pierre d’achoppement aux faibles qui s’en firent une relique (2 Rois 18.4). Sous les juges, on voit de même plusieurs fois ce besoin d’images (Juges 17.4 ; 18.17), besoin d’autant plus facile à comprendre que dans ce temps il ne paraît pas qu’il y ait eu aucun service public organisé. David et Salomon, rois théocratiques, ne permirent pas cette infraction à la loi divine ; mais aussitôt après le schisme, le premier roi d’Israël qui sent le besoin d’affermir par de nombreuses concessions sa nouvelle dynastie et son nouveau royaume, établit le culte des images ; des veaux d’or sont placés aux frontières du pays, à Dan et à Béthel ; ces deux sièges de l’idolâtrie résistent à tous les efforts des rois pieux qui plus tard veulent restaurer le culte de Jéhovah, et qui réussissent par tout ailleurs à détruire les autels et à arracher les bocages (1 Rois 12.28 ; 2 Rois 10.25-29 ; 17.2 ; Amos 8.14). De là ces menaces fréquentes prononcées contre Béthel qui était le plus rapproché de Juda, et où les rois idolâtres paraissent avoir eu l’habitude de se rendre (1 Rois 13.1 ; Amos 3.14 ; Osée 10.15 ; Jérémie 48.13). Même après la ruine d’Israël, Béthel continua de subsister comme siège de l’idolâtrie, jusqu’à ce que le roi Josias en eût extirpé les emblèmes impies (2 Rois 17.28 ; 23.15).

Depuis la captivité, les Hébreux ont renoncé aux images comme aux dieux étrangers, et il est surprenant qu’une grande secte de l’Église chrétienne ait cru devoir recueillir ce déplorable héritage. L’Église occidentale, ou du moins une partie de cette Église, essaya, vers le septième siècle, d’introduire les tableaux et les statues dans les églises ; c’était du paganisme réchauffé. Sérénus de Marseille combattit cette innovation ; l’Orient la combattit ; Léon III l’isaurien (717) s’opposa aux iconolâtres ; on connaît les suites de la lutte entre Rome et Constantinople sur ce sujet, le schisme affreux qui en résulta, et la ruine de l’Église d’Orient que l’on peut attribuer à la division de l’Église en deux camps ennemis, et notamment à l’infidélité de la secte païenne de la veille, chrétienne du lendemain, toujours romaine et réactionnaire, qui n’embrassa l’Évangile que pour mieux l’étouffer.

On pourrait essayer d’excuser cette idolâtrie, on pourrait la représenter comme un enfantillage qui doit être pardonné, comme un culte peu intelligent du beau, comme une concession peu sage à la faiblesse humaine, mais faite à bonne intention ; on pourrait dire comme Grégoire le Grand (591), que ces images ne sont que pour l’ornement des églises, et pour la conservation de la mémoire des grandes actions. Peut-être un chrétien pourrait-il céder à tous ces petits arguments de théorie, s’il ne se rappelait qu’en pratique il en est tout autrement, et que le peuple n’a jamais tardé à abuser de ces dessins ou de ces sculptures pour les adorer ; s’il ne se rappelait surtout, avec une sainte horreur, que pour faire place aux images, l’Église idolâtre a dû ôter de la Bible et du décalogue un commandement spécial qui les condamne.

Quant au culte des peuples païens, voir Astres, Chaldée, etc. Les prophètes y font de fréquentes allusions, et décrivent avec véhémence l’impiété de ces cérémonies ; leur vanité, leur impuissance, la fabrication des petits dieux, etc., (1 Rois 18.27 ; Ésaïe 2.8-20 ; 44.10 ; 48.5 ; Jérémie 10.14 ; Osée 13.2 ; Psaumes 115.4-5 ; habakuk 2.18 ; Deutéronome 4.28 ; 28.36). Ces idoles étaient tantôt fondues, tantôt taillées ; on les assujettissait avec des chaînettes pour qu’elles ne tombassent pas, et qu’on ne pût pas les dérober, et les aller revendre ailleurs (Ésaïe 41.7 ; Jérémie 10.4). Les plus belles étaient plaquées d’or ou d’argent, et couvertes de riches vêtements (Ésaïe 2.20 ; 30.22 ; 31.7 ; Jérémie 10.4 ; Osée 8.4). On les menait à la guerre (2 Samuel 5.21), et les vainqueurs faisaient prisonniers les dieux des nations vaincues, en gage de la fidélité de celles-ci (Ésaïe 46.1 ; Jérémie 48.7 ; 49.3 ; Osée 10.5 ; Daniel 11.8). Les temples d’idoles étaient ornés des trophées et des armes qu’on avait enlevées aux nations voisines (1 Samuel 31.10).

Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com

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Dictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)

L’idolâtrie, ou culte des images, présente en Israël deux aspects également inconciliables avec le culte de Jéhovah selon la loi et les prophètes ; et cela malgré la persistance — jusqu’après l’exil — avec laquelle le peuple et ses chefs, même souvent ses prêtres, ont voulu associer l’un et l’autre culte. Le premier aspect de l’idolâtrie est celui du culte des faux dieux représentés par des objets naturels ou artificiels. Le deuxième est celui du culte dont l’objet est bien Jéhovah, mais représenté par un objet visible le plus souvent artificiel. Nous les étudierons successivement.

I L’idolâtrie ou culte des faux dieux

Le mot idolâtrie est grec et n’a pas d’équivalent en hébreu. Quand nos traductions de l’Ancien Testament l’emploient, c’est pour rendre, par exemple, une expression comme celle-ci : « La désobéissance obstinée est comme faux dieux et idoles » (1 Samuel 15.23). Par contre les termes hébreux pour rendre la notion d’idoles sont très nombreux et équivalent à : images (taillées ou de fonte suivant les cas), dieux domestiques (théraphim), choses de néant, objets de terreur, abominations, non-dieux, dieux de fumier. Ces cinq derniers termes, fréquents dans les prophètes, marquent le suprême dédain ou la suprême répugnance pour des objets dont on évite à dessein de prononcer le nom particulier.

Quelle que soit la religion des pères d’Abraham (culte des astres, des ancêtres ou d’objets, tels que fontaines, arbres ou pierres, animés par un esprit ou un dieu protecteur), il est certain qu’au moment où Israël apparaît dans l’histoire il y a, en principe, rupture entre sa religion et le polythéisme des autres nations et que, des siècles plus tard, Moïse incarne la religion spirituelle de Jéhovah opposée au culte de toutes les autres divinités. Jéhovah est le seul Dieu d’Israël en attendant d’être, pour Israël d’abord, le seul Dieu de toute l’humanité. Les récits du veau d’or (Exode 32) et du culte de Baal-Péor des Moabites (Nombres 25) ne font qu’accentuer la vigueur du culte spirituel et saint de Jéhovah dès son origine, au désert.

Dès qu’il occupe Canaan, Israël adopte le culte idolâtre de ceux au milieu desquels il vit et qui sont beaucoup plus civilisés que le peuple de nomades qu’il a été jusqu’alors. Baal et Astarté (figurés par le Soleil et la Lune ou par des statues humaines ou par des symboles significatifs des dieux mâle et femelle), déifications des forces de la nature, sont bien à la portée du primitif Israël qui s’essaye à la vie sédentaire du cultivateur. Le culte de débauche et de cruauté qui faisait de la prostitution et des sacrifices d’enfants des actes sacrés ne répugnait point aux Israélites. Gédéon avait dans son domaine un autel élevé à Baal et surmonté d’une idole (Juges 6.25). C’est la guerre qui tourne le cœur des chefs vers Jéhovah. Il en sera ainsi pendant des siècles, jusqu’à l’exil, et malgré les réformateurs et les prophètes ; Baal et Astarté, les théraphim (dieux domestiques que l’on trouve encore chez David : 1 Samuel 19.13) ; mêlés à la vie du foyer et des champs, paraissent plus proches de l’Israélite et plus facilement accessibles que Jéhovah, toujours invisible : on peut les toucher et les voir, et tenter de les émouvoir par des sacrifices de chair humaine. Le culte des faux dieux peut être efficace pour la vie courante, notamment pour conjurer la sécheresse, protéger les moissons ; mais, quand il s’agit de guerres qui engagent la vie nationale, alors il convient d’aller jusqu’à Jéhovah, le maître des armées célestes et le haut protecteur du peuple. Quand, plusieurs siècles après Gédéon, Élie reproche au peuple de « boiter des deux côtés » (1 Rois 18.21), il blâme l’association de son idolâtrie au culte de Jéhovah : l’Éternel seul, ou Baal et les faux dieux, mais point de mélange. Le conflit des deux cultes qui s’affrontent ou qui essayent de se confondre fait tout le drame moral et politique de l’histoire d’Israël jusqu’à l’exil. Si David et Salomon paraissent un moment faire triompher le culte spirituel, aussitôt après eux reparaît le régime de l’idolâtrie, avec ses superstitions, cruautés et débauches. Après le schisme, le culte des faux dieux subsiste dans les deux royaumes. En Juda, qui possède le Temple unique et la dynastie de David, l’idolâtrie va parfois jusqu’à dresser ses faux dieux dans le sanctuaire ; mais les réactions sont vigoureuses aussi. La réforme d’Asa (1 Rois 15) et surtout celle d’Ézéchias (2 Rois 18), inspirée par Ésaïe, font momentanément triompher le culte spirituel. Mais l’effroyable règne de Manassé vient tout détruire. La dernière réforme, celle de Josias, inspirée par Jérémie, et qui tente de donner au peuple la loi du Deutéronome, n’est, elle aussi, que passagère. Elle n’empêche pas la ruine de Jérusalem, du Temple et l’exil en Caldée de l’élite du peuple. Le royaume du nord, Samarie, était, depuis plus de cent ans, tombé sous les coups des Assyriens. Ce royaume de Samarie avait été constitué par Jéroboam, en partie pour réagir contre l’idolâtrie dans laquelle Roboam, fils de Salomon, entraînait le peuple. Mais les sanctuaires établis à Dan et à Béthel, avec les taureaux qui devaient représenter l’Éternel, n’avaient fait que favoriser le culte idolâtre et des faux dieux. Achab était allé jusqu’à élever à Samarie un temple à Baal et une idole à Astarté. La dynastie d’Achab détruite, celle des Nimsides ne valut guère mieux : Jéhu et Jéroboam II apportèrent à Samarie la prospérité politique mais développèrent une idolâtrie formaliste et hypocrite qu’Amos flétrit par ses sombres discours de sévère spiritualité. Les hauts-lieux, les bocages, les jardins sacrés où l’on offrait des sacrifices de sang et de débauche se multipliaient malgré les deux sanctuaires qui passaient pour être consacrés à Jéhovah. L’Assyrien trouve un peuple asservi d’avance et Samarie tombe entre ses mains.

Ce sont les grands adversaires du culte des faux dieux, les témoins vivants du Dieu saint, les prophètes, qui nous montrent à quel degré d’idolâtrie le peuple du royaume du sud parvint en ses dernières années de vie indépendante. « Ô Juda, s’écrie Jérémie (Jérémie 2.28), tu as autant de dieux que de villes ! » Et, à la même époque, au commencement du VIe siècle, c’est Ézéchiel (Ézéchiel 8) qui, après avoir parlé de « l’idole de la jalousie » (Astarté), érigée à l’entrée de la porte intérieure de la ville, énumère les faux dieux qui règnent en Juda sous leur triple forme : animaux, Thammuz (Adonis ou le printemps qui par sa mort entraîne les femmes aux larmes et aux débauches rituelles), et le Soleil ou Baal que l’on adore en tournant le dos au Temple de Jéhovah. Il fallut l’exil, ses souffrances et la rencontre brutale de tout le paganisme babylonien, pour guérir à tout jamais de l’idolâtrie au moins la partie du peuple — la meilleure — qui revint en Palestine. La réforme d’Esdras, la loi interdisant les mariages avec des païens, la publication de la loi de Moïse eurent raison du culte idolâtre ; et le peuple, dépendant des Perses, puis des Grecs, puis des Romains, vécut fidèle, au moins extérieurement, et jusqu’au fanatisme, à sa loi et à son culte restauré ; il fut même capable de souffrir avec héroïsme les persécutions d’Antiochus Épiphane. C’est l’histoire des Macchabées.

II Le culte idolâtre de Jéhovah

C’est bien à ce culte du Dieu national que Jéroboam attire son peuple quand il élève un taureau à Dan, un autre à Béthel, aux deux extrémités du royaume de Samarie. En dehors du Décalogue, dont l’édition actuelle portant des commentaires n’est certainement pas antérieure au VIIIe siècle, c’est dans ce siècle même que nous trouvons les premières protestations jéhovistes contre le culte des images, même des images de Jéhovah. « Ton veau d’or, ô Samarie, est rejeté ! » s’écrie avec mépris le prophète Osée (Osée 8.5), vers l’an 750, à peu près à l’époque où Jéroboam II pontifiait à Béthel sous les diatribes d’Amos.

Mais auparavant, l’horreur sainte du culte des images dont on trouve des échos dans le Pentateuque et qui a parfaitement pu exister en effet à l’époque de Moïse, ne laisse pas de trace dans l’histoire du prophète Élie. Il est l’ennemi du baalisme, il ne semble pas l’être des images et il ne l’est certainement pas des hauts-lieux puisqu’il sacrifie, en sûreté de conscience, sur le Carmel. D’autre part, il est positivement question d’images qui doivent être des représentations, tout au moins des symboles, de l’Éternel, dans les livres des Juges et de Samuel. Gédéon a détruit, sur l’ordre de Dieu, l’autel de Baal et la statue d’Astarté ; mais, après sa victoire sur Madian, il construit en toute bonne conscience, avec l’or pris à l’ennemi, un éphod qui est certainement une sorte de statue (Juges 8.27). Cet éphod, il est vrai, provoqua sans tarder un culte idolâtre abominable. « Il fut un piège pour Gédéon et pour sa maison ». Dans l’épisode si caractéristique de Mica d’Éphraïm (Juges 17), l’éphod est mentionné comme un objet indispensable au culte que Mica doit à Jéhovah, tout aussi indispensable que le prêtre lui-même. David va chercher dans le sanctuaire de Nob, chez le prêtre Ahimélec, l’épée de Goliath qui était « derrière l’éphod » (1 Samuel 21.9). Plus tard, lorsque menacé par Saül il éprouve le besoin de consulter l’Éternel, il dit au prêtre Abiathar : (1 Samuel 23.9) « Apporte l’éphod », comme on parle d’un objet connu et indispensable. Et l’Éternel répond aux questions que David lui pose ainsi devant l’éphod (voir ce mot).

La guerre aux images, à toute image, commence en réalité au VIIIe siècle ; ce sont les prophètes qui la déchaînent pour fonder ou restaurer le culte spirituel du Dieu saint. C’est Amos à Béthel ; Osée prêchant contre « le veau de Samarie » ; Ésaïe à Jérusalem inspirant les réformes d’Ézéchias : (2 Rois 18.4) ce fut alors qu’on mit en pièces le fameux serpent d’airain dont la place était légitime dans le Temple ; ce Néhustan était devenu un piège, une idole pour les Israélites. Au VIIe siècle, la réforme de Josias (2 Rois 23) chassa du Temple toutes les idoles qu’y avait installées le règne de Manassé. Le Deutéronome (Deutéronome 16.21 et suivant) est d’un bout à l’autre contre les images ; or il date de l’époque de Josias. Les prophètes d’après l’exil, notamment le deuxième Ésaïe (Ésaïe 40.19 ; Ésaïe 41.7 ; Ésaïe 46.6), parlent des idoles et de l’idolâtrie avec le mépris des choses vaincues qui ne sont plus que des choses étrangères. Mais l’horreur de l’idolâtrie restera désormais au fond du cœur juif. Au Ier siècle de l’ère chrétienne, les Juifs de Corinthe convertis au christianisme ne pouvaient voir sans répulsion un de leurs frères manger la viande qui avait participé aux sacrifices idolâtres. Il fallait que le Juif Saul de Tarse eût remporté une victoire bien décisive sur son vieux judaïsme pour pouvoir exhorter avec sérénité les Juifs chrétiens à ne plus se formaliser de telles choses : « Il n’y a point d’idoles dans le monde, il n’y a qu’un seul Dieu ! » (1 Corinthiens 8.4). Et quand, auparavant, il avait trouvé à Athènes tant d’autels idolâtres et tant d’idoles, son cœur de croyant outré pour l’honneur de Dieu n’en avait conçu aucune répulsion pour ses frères païens ; au contraire il n’avait vu là que l’occasion d’élever plus haut leur regard, vers le Dieu inconnu qu’ils cherchaient à tâtons, trop bas, au milieu des images terrestres (Actes 17.16 et suivants, cf, 1 Corinthiens 5.10). Toutefois, chez les chrétiens, il dénonce comme idolâtrie non seulement les cultes de faux dieux (Galates 5.20 ; 1 Corinthiens 6.10), mais aussi la participation aux fêtes païennes (1 Corinthiens 10.7), et, au figuré, l’avarice comme culte de Mammon (Colossiens 3.5 ; Éphésiens 5.5). Cf (1 Pierre 4.3 ; Apocalypse 2.1 ; Apocalypse 22.16 ; 1 Jean 5.21).

Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com

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