Dictionnaires bibliques

Égypte

Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Égypte », un article après l’autre.

Dictionnaire de la Bible (Bost)

En hébreu Mitsraïm (le second fils de Cam, Genèse 10.6), et dans la langue poétique Matsor (Ésaïe 19.6 ; 37.25 ; mal traduit digues ou forteresses ; Michée 7.12 ; mal traduit villes fortes), quelquefois pays de Cham (Psaumes 78.51 ; 105.23 ; ou Rahab, Ésaïe 30.7 ; 51.9 ; Psaumes 87.4). L’Égypte porte encore de nos jours le nom de Misr.

Cette contrée, célèbre par le rôle merveilleux et presque énigmatique qu’elle a joué dans l’histoire du développement de l’humanité, est située entre les 24° et 31° 30’ de latitude nord, et les 22° et 33° 21’ de longitude est. Elle est bornée au nord par la Méditerranée ; à l’orient, par l’Arabie et la mer Rouge ; au sud, par la Nubie ; à l’occident, par les déserts de Barca et de Libye. La vallée du Nil est longue d’environ 900 km, et large de 15 à 20, entre les collines arides de la chaîne libyque à l’ouest, et la chaîne arabique à l’est ; des montagnes granitiques s’étendent le long de la mer Rouge, et renferment des carrières de porphyres. On l’a toujours divisée en trois parties principales, la Haute Égypte ou Thébaïde (voir Pathros) ; la Moyenne-Égypte, ou Heptanomis, dans laquelle se trouvaient les lacs de Mœris et de Menis, et la Basse-Égypte, qui renfermait les bouches du Nil ou Delta. Par les inondations périodiques du grand fleuve, que l’on sut de fort bonne heure utiliser au moyen de canaux (Ésaïe 7.18 ; Ézéchiel 30.12 ; 32.14), et de machines (Deutéronome 11.10), et dont on conduisait ainsi le limon dans des districts qui fussent restés stériles sans ces irrigations factices, l’Égypte est devenue une des contrées les plus fertiles de la terre, et une source inépuisable d’approvisionnements pour l’Europe et l’Asie, (Genèse 12.10 ; 41.57 ; Exode 16.3 ; voir Fleuve). Outre le blé qui était son principal revenu, l’on y trouvait encore en abondance des oignons, des aulx, des haricots, des courges, des concombres, des melons, des poireaux, du lin, du coton, du vin, le palmier, le figuier, le sycomore et l’acacia (cf. Nombres 11.5 ; Exode 9.31) ; le bois cependant y était rare, soit bois de construction, soit combustible. Le Nil produisait encore le papyrus, et nourrissait toutes sortes de poissons (Nombres 11.5 ; Ésaïe 19.8) ; sur ses bords habitaient l’hippopotame et le crocodile. Les volailles y étaient prodigieusement nombreuses ; le bétail, et principalement les bêtes à cornes, étaient fort estimées ; les chevaux y abondaient, forts, souples et bien faits (1 Rois 10.28 ; Ésaïe 31.1 ; 36.9 ; Jérémie 46.4 ; Ézéchiel 17.15). Le pays était riche en pierres de construction, granit, grès et calcaire ; on y trouvait même des mines d’or dans la partie supérieure.

L’Égypte, dit Hérodote, est un don du Nil ; c’est à lui qu’elle doit son existence. Et Napoléon, dans ses Mémoires, présente sur ces inondations les observations suivantes : « Elles sont régulières et productives ; régulières, parce que ce sont les pluies du tropique qui les causent ; productives, parce que ces pluies, tombant par torrents sur les montagnes de l’Abyssinie, couvertes de bois, entraînent avec elles un limon fécondant que le Nil dépose sur les terres. Les vents du nord règnent pendant la crue de ce fleuve, et par une circonstance favorable à la fertilité, en retiennent les eaux… Le Nil commence à s’élever au solstice d’été ; l’inondation croit jusqu’à l’équinoxe, après quoi elle diminue progressivement. C’est donc entre septembre et mars que se font tous les travaux de la campagne. Le paysage est alors ravissant : c’est le temps de la floraison et celui de la moisson. Après le mois de mars, la terre se gerce si profondément, qu’il est dangereux de traverser les plaines à cheval, et qu’on ne peut le faire à pied qu’avec une extrême fatigue. Un soleil ardent, qui n’est jamais tempéré ni par des nuages, ni par de la pluie, brûle toutes les herbes et les plantes, hormis celles qu’on peut arroser. C’est à cela qu’on attribue la salubrité des eaux stagnantes qui se conservent en ce pays dans les bas-fonds. En Europe, de pareils marais donneraient la mort par leurs exhalaisons ; en Égypte, ils ne causent pas même des fièvres ». Le même auteur ajoute plus loin : « L’Égypte a, de tout temps, excité la jalousie des peuples qui ont dominé l’univers ».

À ce jugement d’un grand juge, nous ajouterons quelques paroles d’un de ses contemporains, roi comme lui, dans un autre domaine, M. de Chateaubriand. « C’est dans ce pays dont tout amant des lettres ne doit prononcer le nom qu’avec respect, que nous trouvons les premières bibliothèques. Comme si la nature avait destiné cette contrée à devenir la source des lumières, elle y avait fait croître exprès le papyrus pour y fixer les découvertes fugitives du génie. C’est de ce coin du monde que l’aurore des sciences commença à poindre sur notre horizon, et l’on vit bientôt les lumières s’avancer de l’Égypte vers l’Occident, comme l’astre radieux qui nous vient des mêmes rivages ».

Une forte rosée remplace le bienfait des pluies du ciel. Le chamsin, vent brûlant qui souffle du sud à l’équinoxe du printemps ; les moustiques (Exode 8.21 ; cf. Ésaïe 7.18) ; les sauterelles (Exode 10), les grenouilles (Exode 8.6 ; Psaumes 78.45) ; enfin la peste, la lèpre, des pustules et l’éléphantiasis, sont les plaies principales qui affligent l’Égypte, et qui tempèrent les autres avantages que Dieu lui a accordés.

Les Égyptiens, qui atteignent en général un âge avancé, n’ont jamais passé pour beaux : leurs pieds, en particulier, sont quelquefois difformes ; leur peau est brune, leur front plat, leurs pommettes saillantes, leur bouche large, leurs lèvres épaisses ; les hommes avaient la réputation d’être grands (Ézéchiel 16.26), et leur crâne était extrêmement dur. Les femmes étaient et sont encore d’une fécondité remarquable.

Nous trouvons l’Égypte déjà peuplée dans les temps les plus reculés auxquels nous ramènent les documents des nations. Diodore de Sicile nous y montre des enfants de l’Éthiopie (3, 3.), Heeren une colonie de prêtres, partout des cultivateurs. Dans l’Ancien Testament (cf. surtout Jérémie 44.1 ; Ézéchiel 30.13), plusieurs grandes villes égyptiennes sont mentionnées, il y a Héliopolis, Rahmésès, Pithom, Tsoan ou Tanis, Noph (Memphis), Bubaste, Sin (Pelusium), Daphné, Noaminon (Thèbes), et quelques autres, voir ces articles. Les arts et les sciences y fleurirent bientôt, quoiqu’on ne puisse admettre pour ces dernières, qui ne furent pas d’abord un privilège de la caste sacerdotale, toutes les merveilles que les Grecs en ont rapportées, soit quant à leur degré de perfectionnement, soit quant à leur nombre : il paraît que la physique et les mathématiques furent plus particulièrement étudiées, et avec le plus de succès ; peut-être aussi la médecine. Les ruines de ses temples, les obélisques, les canaux, les impérissables pyramides, sépulcres de tant de rois, et en général tous les produits artistiques qui nous ont été conservés de ce peuple, témoignent que le zèle et la persévérance jouèrent un plus grand rôle dans ses arts que le goût. Le fameux zodiaque du temple de Dendérah, transporté en France en 1821, et déjà signalé en 1806 par le ridicule mémoire de Dupuis, ne ferait pas, s’il était authentique, l’éloge de l’astronomie égyptienne. Il représente l’état du ciel à une époque où le point équinoxial coïncidait avec le signe de la Vierge, et qui remonte à 1S ou 16 mille ans. S’il avait été fait de visu, d’après nature, l’astronomie égyptienne serait plus vieille que le globe. On a reconnu depuis qu’il était de fabrique romaine, fait sous Néron ou sous Domitien ; selon d’autres, il remonterait au temps des Ptolémées.

La caste des prêtres tirait, à ce qu’on croit, son origine de quelque tribu plus civilisée venue des contrées méridionales, peut-être aux beaux jours des Pharaons ; elle se divisait elle-même en plusieurs classes, auxquelles appartenaient les sages et les magiciens nommés dans l’Écriture (Genèse 41.8 ; Exode 7.11 ; 8.18 ; 9.11). Les autres castes indiquées par Hérodote (plus subdivisées que dans Diodore et Strabon), sont celles des soldats, des bergers, des gardeurs de pourceaux, des merciers, des interprètes et des bateliers (sur le Nil). C’est de la caste des guerriers, placée sous la dépendance des prêtres, que sortaient ordinairement les rois dans les changements de dynastie. Les prêtres et les guerriers seuls pouvaient être propriétaires du sol. Le métier des pères passait aux enfants, sans que personne pût changer de profession ; l’artiste ne pouvait cultiver qu’une spécialité, le médecin qu’une branche de son art. La classe des artisans était fort nombreuse ; outre la culture du sol, elle s’occupait encore de broderies, de tissage, de diverses fabrications, et faisait un commerce étendu que les eaux faciles du fleuve contribuaient beaucoup à favoriser (Proverbes 7.16 ; Ésaïe 19.9 ; Ézéchiel 27.7). C’est surtout avec les Indes que l’Égypte faisait de nombreux échanges : ses vaisseaux allaient par les mers de l’Arabie et de la Perse chercher les épices, l’ivoire et les soies de ces régions lointaines. Ils s’avançaient jusqu’à la Taprobane, la Ceylan des modernes. Sur cette côte, les Chinois et les nations situées au-delà du cap Comorin apportaient les marchandises à l’époque du retour périodique des flottes égyptiennes, et recevaient en échange l’or de l’Occident.

Quant à la religion (Exode 12.12), c’était une espèce de culte symbolique de la nature, qui n’était pas le même non plus dans toutes les parties du pays ; l’astrolâtrie dominait ; Osiris, Ammon, Isis, et d’autres divinités du ciel étaient adorées ; à côté d’elles on trouvait des veaux, des bœufs, des crocodiles, d’autres animaux encore que la zoolâtrie avait divinisés comme représentants des forces de la nature. Des temples grandioses et magnifiques leur étaient élevés dans les principales villes (Jérémie 43.12 ; Ézéchiel 30.13) ; Thèbes renfermait un oracle célèbre du dieu des sables, Jupiter Ammon (Jérémie 46.25 ; cf. Ésaïe 19.1).

La langue égyptienne n’avait pas de point de contact avec les langues sémitiques ; elle s’est peu à peu ramifiée et fondue dans trois dialectes coptes, et maintenant elle est entièrement perdue, depuis près de deux siècles. Les noms propres de l’Égypte, et quelques noms communs, nous sont conservés par la Bible dans leur langue originale, le Nil, Yeôr, Pharaon, etc. Le copte actuel est un mélange du grec avec l’ancien égyptien. La classe des lettrés comptait deux espèces d’écritures, l’une commune, pour le peuple et pour le commerce de la vie ; l’autre hiéroglyphique, sainte, indéchiffrable, dont M. Champollion a le premier retrouvé la clef depuis longtemps perdue.

L’histoire ancienne de cette contrée se perd dans les nuages de la poésie et de l’imagination des peuples enfants. Quelques hordes venues de l’Orient, quelques Arabes dirigés par des chefs nommés Hyksos, passèrent l’isthme de Suez, et chassèrent devant eux les premiers occupants, qui s’arrêtèrent dans la Thébaïde, et y demeurèrent près de deux siècles, battus, mais insoumis, jusqu’au moment où leurs tribus diverses s’étant réunies sous l’influence de Diospolis, la plus puissante d’entre elles, et guidées par Thoutmosis III ou Mœris, elles purent secouer le joug des rois pasteurs. C’est donc avant l’invasion des Hyksos, qu’Abraham, Isaac, Jacob et Joseph auraient visité cette contrée. Mais ce n’est guère que depuis Sésostris (1491 av. J.-C.), que l’histoire d’Égypte perd ce qu’elle a de fabuleux et d’incertain ; elle commence dès lors à se mêler au mythe, la vérité au roman ; c’est l’époque des constructions gigantesques et des révolutions. Le pouvoir de Sésostris offusque le parti prêtre qui, humilié de n’occuper que le second rang dans la nation, prépare ses mesures, laisse passer avec calme quelques générations, puis enfin, secondé par les Ethiopiens de Méroë, s’élance sur le trône dans la personne de Séthos, et en précipite le dernier roi de la caste guerrière, Sabakon. Le prêtre-roi gouverne avec habileté, mais les guerriers qu’il a refoulés au second rang l’abandonnent, et son autorité s’éteint avec lui. À cet usurpateur succède l’anarchie, puis la dodécarchie, et Psamméticus après avoir supplanté par la ruse et la force ses onze collègues, devient, en 650, maître de toute l’Égypte ; sa famille occupe le trône encore trois générations, Nécho, Psammis et Apriès, c’est apparemment pendant le règne de l’un d’entre eux que Nebucadnetsar fait la conquête de l’Égypte annoncée par les menaces des prophètes (Jérémie 43.12 ; 46.13 ; Ézéchiel 29.19 ; 30.4) : Apriès est tué dans une émeute populaire, et un homme nouveau, Amasis, est revêtu de la royauté par la volonté nationale ; son règne fut le dernier moment de l’indépendance de l’Égypte ; son fils Psamménite (526) n’hérita pas de ses talents, et laissa tomber sa couronne entre les mains de Cambyse, roi des Perses (521). L’histoire nomme encore les rois Inarus, Achoris, Tuchos, Nectanebus qui fut dépouillé par Artaxercès Ochus (346). Dix-neuf ans après, c’est Alexandre le Grand qui vient y planter ses armes (327), et qui la livre pendant trois siècles aux Ptolémées, descendants d’un de ses généraux : Soter, Philadelphe, Evergète, Philopator, Epiphanes, Philomètor, Evergète II ou Physcon, Lathure, Cléopàtre Ier, sa fille, femme d’Alexandre Ier, neveu de Lathure, Alexandre II, Ptol. Nothus ou Aulétés, Ptol. Dénys ou Bacchus, Cléopàtre II sa sœur. La bataille d’Actium met fin à cette dynastie. À l’exception des Pharaons pasteurs dont il est parlé dans la Genèse et l’Exode, l’Écriture sainte ne nous a conservé les noms propres que de quatre de ces rois d’Égypte, savoir Sisak (1 Rois 11.40 ; Sesonchis ?), Nécho (2 Chroniques 35.20 ; Jérémie 46.2) ; So (2 Rois 17.4) et Hophra (Jérémie 44.30).

Les dates égyptiennes sont le labyrinthe de la chronologie ; Manéthon, Hérodote, Diodore de Sicile varient dans leurs données et ne s’accordent que rarement sur les chiffres, ce qui semble indiquer déjà que le calendrier égyptien était jugé diversement chez les divers peuples ; d’ailleurs le nombre prodigieux d’années du règne de certains rois, et même de plusieurs suites de rois, milite passablement en faveur de l’opinion que les années de l’Égypte n’étaient point les mêmes que les nôtres ; enfin, nous avons le témoignage de Diodore de Sicile qui dit que de son temps déjà l’on se méfiait de ces années, et que quelques-uns les réduisaient à un mois suivant le cours de la lune ; les années des Égyptiens auraient subi diverses modifications : d’un mois d’abord, elles auraient été ensuite de deux mois, puis de quatre. C’est dire qu’il n’y a pas moyen de s’en tirer, car l’embarras serait, en admettant même ces suppositions, de fixer quelles années auront été d’un mois, ou de deux, ou de quatre. Le plus sûr est par conséquent de s’en tenir pour la chronologie égyptienne à quelques dates générales, et notamment aux synchronismes qui sont indiqués dans la Bible : ainsi la contemporanéité de Nécho et de Josias et Jéhoïakim (2 Rois 23.29 ; cf. Ézéchiel 19), celle de Sédécias et de Apriès (Flopbra) (Jérémie 44.30), celle de l’éthiopien Tirhaca et d’Ézéchias (2 Rois 19.9 ; Ésaïe 36.6), celle de So et de Osée, roi d’Israël (2 Rois 17.4), celle de Sisak et de Salomon et Jéroboam (1 Rois 11.40), puis en remontant encore plus loin, celle de David et des Pharaons (1 Rois 3.1 ; 7.8 ; 9.16 ; 11.18) ; enfin celle des Hyksos et de Moïse ; Joseph aurait alors vécu en Égypte avant l’invasion des peuplades orientales.

Il ne paraît pas que depuis Moïse jusqu’à Salomon les Israélites aient eu aucune relation avec les Égyptiens ; c’est à ce dernier monarque qu’était réservé le déshonneur de former une alliance avec les ennemis de son Dieu, et cette alliance ne fut préjudiciable ni à son trésor, ni à sa sensualité (1 Rois 3). Cependant il en fut puni (1 Rois 11.40), comme ses descendants après lui ; il dut comprendre déjà que l’Égypte est un roseau qui se brise entre les mains de celui qui veut s’en faire un appui, et qui lui perce l’épaule (Ézéchiel 29.6 ; cf. Ésaïe 36.6). L’Égypte continua de rester l’ennemie du peuple qui s’était soustrait à son joug quelques siècles auparavant, et qui avait voulu ensuite traiter avec elle d’égal à égal ; et nous la voyons (Joël 3.19) se liguer avec Édom contre Israël au huitième siècle. Plus tard, sous Ézéchias, l’Égypte menacée par les armes assyriennes recherche l’alliance des Hébreux ; les prophètes la déconseillent, la repoussent, mais les politiques la désirent et la font accepter (Ésaïe 30.2 ; 31.1 ; 36.6 ; cf. 18.2) ; cette démarche, dangereuse parce qu’elle est impie, porte un coup fatal au peuple de Dieu qui se trouve à deux doigts de sa perte (2 Rois 18.19). Sous Josias, nouvelle lutte entre l’Égypte et Juda (2 Rois 23.29). Juda succombe et reste sous la domination de cet ennemi (2 Rois 23.33), jusqu’à ce qu’il passe sous celle de la Chaldée. Une nouvelle alliance du dernier roi de Juda avec l’Égypte, porte à ce malheureux monarque le coup fatal, et Juda a cessé d’exister (Jérémie 44.30 ; Ézéchiel 17.15). Un grand nombre de Juifs s’enfuient en Égypte (Jérémie 41-47), où ils trouvent un nombre également considérable d’Israélites (Zacharie 10.10). Osée, roi d’Israël, trouve sa ruine dans la même alliance (2 Rois 17.4 ; Osée 5.13 ; 7.11). Après l’exil, les Ptolémées sont seigneurs de la Palestine (301 à 180 av. J.-C.) ; les livres apocryphes nomment Philopator, Philométor, et Physcon ou Evergète. Sous leur gouvernement les Juifs domiciliés en Égypte obtiennent des franchises, et peuvent se construire à Léontopolis un temple suivant le modèle de celui de Jérusalem, dans lequel ils sont libres de célébrer leur culte selon les rites de la loi ; les Juifs persécutés en Palestine sont heureux de pouvoir se réfugier dans un pays si tolérant, et Joseph, le père putatif de Jésus, s’y réfugie avec l’enfant et sa mère pour échapper aux fureurs d’Hérode (Matthieu 2.13).

L’Égypte a été le sujet d’un grand nombre de prophéties qui ont reçu maintenant leur accomplissement, et l’on peut comparer (Ézéchiel 29.14-15 ; 30.7-12-13 ; 32.15) avec ce que dit Volney dans son voyage en Syrie : « Enlevée depuis 23 siècles à ses propriétaires naturels, elle a vu s’établir successivement dans son sein des Perses, des Macédoniens, des Romains, des Grecs, des Arabes, des Géorgiens, et enfin cette race de Tartares connus sous le nom de Turcs ottomans ».

Son histoire moderne, comme théâtre d’agitations, et de bouleversements ne le cède en rien à son histoire ancienne, et le dernier mot n’est pas encore prononcé.

Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com

L’article dans Bost

Dictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)

Pays d’Afrique, nommé en hébreu Mezor ou Mezraïm, et en grec Aiguptos, d’où vient le latin Aegyptus, et le français Égypte, et Cophte Mizraïm, était fils de Cham ; et AÉgyptus était, dit-on, un ancien roi de ce pays, fils de Bélus, et frère d’Armaïs. Mizraïna eut pour fils (Genèse 10.13) Ludim, Anamim, Laabim, Nephtüim,Phetrusim et Caslüim, qui ont peuplé divers cantons de l’Égypte, ou des environs. Les anciens géographes mettaient une partie de l’Égypte dans l’Asie, et l’autre dans l’Afrique. La partie d’Asie était à l’orient du Nil, et l’autre partie à l’occident du même fleuve. Souvent aussi, dans les anciens, on attribue à l’Arabie la partie de la basse Égypte qui est à l’orient du Nil ; et l’Écriture attribue le même terrain au pays de Chus, qui est si souvent traduit par l’Éthiopie.

L’Égypte était partagée par nomes ou cantons ; ils y comptaient quarante-deux nomes, qui étaient comme autant de petites provinces. On distinguait la haute et la basse Égypte. La haute s’appelait aussi Thébaïde ; à cause de la ville de Thèbes, qui en était la capitale. Elle s’étendait bien avait vers le midi, jusqu’aux frontières de l’Éthiopie. La basse Égypte comprenait principalement le Delta et ce qui s’étend sur les côtes de la Méditerranée. Tout le monde sait que l’Égypte n’a proprement qu’un fleuve, qui est le Nil, lequel, par ses inondations, cause toute la fertilité du pays.

Les Arabes nomment Rib ou Rif cette partie d’Égypte qui s’étend depuis le Caire jusqu’à la Méditerranée. La haute Égypte s’appelle Saide, ou Thébaïde, et la partie d’entre deux s’appelle Souf. Le nom de Rib, ou de Rif, est connu dans l’Écriture (Psaumes 86.4) : Memor ero Rahab et Babylonis scientium me. Rahab est le même que Rib. On le trouve encore en ce sens dans le Psaume (Psaumes 88.11), et dans Isaie (Isaïe 30.7 ; 51.9). Le non, de Souf se trouve aussi dans les livres saints écrits en hébreu. Moïse appelle mer de Souf ce que nous appelons mer Rouge. Il est étonnant que Sel, qui est le nom de la fameuse Thèbes, capitale de la haute Égypte, ne se trouve pas dans l’Écriture. On croit que Thèbes y est nommée No-Ammon, ou la demeure de Jupiter. M. d’Herbelot dit que Saïd, en arabe, signifie un terrain élevé, et qu’ils appellent Said-lidesr la partie supérieure de l’Égypte, qui est la Thébaïde. Or la Thébaïde est encore divisée en supérieure, inférieure et moyenne. La supérieure comprend les villes d’Arment, d’Arsoftan (ou Syenne) d’Asna (Apparemment Latopolis), de Soiouth : quelques-uns y joignent les villes de Kift, Coss et d’Acsour.

La Thébaïde inférieure comprend les villes d’Abousig, d’Aschmounim, de Manraloux et de Fioum. Celle du milieu comprend la ville d’Akonin.

Le nom de Mesr, ou Misor, ou Misraim, fils de Cham, s’est conservé dans la ville de même nom, qui a été nommée successivement Misor, Memphis, ou Moph, Babylone, et le Caire. Elle porta le nom de Moph, ou Memphis, jusqu’au temps d’Alexandre le Grand ; alors on lii donna le nom de Babylone, à cause de sa situation et du rapport qu’elle avait avec Babylone de Chaldée. Cette ville fut conquise par les Arabes, l’an 18 ou 19 de l’hégire. Amrou-Ben-As, qui la prit, fit bâtir tout auprès une autre ville, qui fut nommée Fusthath, à cause de la tente de ce général, qui fut dressée fort longtemps au même lieu. Les califes fatimites s’étant rendus maîtres de l’Égypte, en ajoutèrent encore une autre qu’ils nommèrent Caherah, c’est-à-dire la Victorieuse, qui nous est connue aujourd’hui sous le nom du grand Caire. [Voyez Babylone d’Égypte].

Les sultans marnmelus, de la dynastie des Circassiens, ayant fait depuis bâtir un château fort élevé et bien fortifié sur la rive orientale du Nil, y attirèrent la plupart des habitants du Caire, en sorte que cette ville insensiblement changea de situation, et que le Caire, bâti par les Fatimites, n’est plus connu que sous le nom de vieux Caire. Le Caire est bâti sur la rive orientale du Nil, mais l’ancienne Misor, ou Mesr, était bâtie sur la rive occidentale du même fleuve.

Quant au nom d’Égypte, il vient de Kibt, ou Kibthi, qui est l’ancienne ville de Coptos, dans la haute Égypte, éloignée du Nil de sept parasanges, qui font environ quatorze lieues. Cette même ville de Coptos donna le nom aux Cophtes, ou Égyptiens d’aujourd’hui, qui sont tous chrétiens, et parlent un langage mêlé du grec et de l’ancien égyptien. Les Turcs appellent Kibs les anciens Égyptiens naturels du pays, qui ne sont pas musulmans. Leurs auteurs parlent de l’Égypte comme d’un des plus beaux et des meilleurs pays du monde : un de leurs auteurs dit que le terroir de ce pays est, pendant trois mois de l’année, blanc et éclatant comme une perle, trois mois noir comme le musc, trois mois vert comme les émeraudes, et trois mois jaune comme l’ambre. Il fait le dénombrement de toutes les choses qui ne se trouvent qu’en Égypte : les principales sont la mine des émeraudes orientales, l’orge rouge, l’opium, le baume de la Matarée, le froment de Joseph, l’art de faire éclore des poulets dans des fours, le miel des abeilles de Baensa, la colocase, le fin lin, la case, le limon aigre adouci par l’eau du Nil, le poisson nommé scinchur, plusieurs sortes de bois et de marbres singuliers, la plante du papier, etc. Il ne doit donc pas paraître si surprenant que les Israélites dans le désert regrettassent un si beau et un si excellent pays.

Homère a donné au Nil le nom d’AÉgyptus. Plusieurs anciens ont écrit que l’Égypte n’était qu’un grand atterrissement produit par le Nil ; et les Éthiopiens en étaient si persuadés, qu’ils se servaient de ce raisonnement pour prouver qu’ils étaient plus anciens que les Égyptiens. Bochart a réfuté ce sentiment dans son Phaleg., livre 4 chapitre 24.

L’Égypte est partagée en deux par une grande chaîne de montagnes, qui est entre le Nil et la mer Rouge, et qui s’étend du nord au midi. L’espace qui est entre ces montagnes et la mer Rouge est occupé par les Arabes, et presque entièrement désert ; mais ce qui est entre le Nil et ces montagnes est le pays du monde le plus fertile. On est obligé de jeter du sable sur les terres, pour diminuer leur excessive fécondité : elle vient des débordements du Nil, qui se répand régulièrement sur ses terres, en commençant au solstice d’été, et y demeure pendant tout le temps que le soleil parcourt le signe du Lion : il décroît quand il vient au signe de la Vierge, et finit au signe de la Balance : Les anciens Égyptiens faisaient par an sur le même fonds deux récoltes de blé ; aujourd’hui on se contente d’une. Après la moisson de l’orge, on sème dans le même champ du ris, des melons, des concombres. On dit que l’Égypte fournissait à Rome vingt millions de boisseaux de blé.

Pline dit qu’on commence à semer au commencement de novembre, qu’on fait la moisson en avril, et qu’on l’achève au mois de mai. Moïse (Exode 9.31-32) remarque qu’au milieu de mars, lorsque les Israélites sortirent de l’Égypte, l’orge et le lin, qui étaient déjà avancés, furent gâtés par la grêle ; mais que le froment, qui est plus tardif, fut conservé. Les Égyptiens semaient leur orge et leur lin avant l’hiver, c’est-à-dire, au commencement de novembre, après que les eaux du Nil s’étaient retirées. L’hiver en ce pays est très-modéré, et l’on y met les chevaux au vert aux mois de janvier et de février. La moisson du froment était achevée, pour la Pentecôte, dans la Palestine et dans l’Égypte : il faut bien que toute la moisson soit faite, lorsque le Nil commencé à se déborder.

Les Égyptiens se vantaient d’être les plus anciens peuples du monde : ils ont passé pour inventeurs des sciences et des arts ; ils ont communiqué aux Grecs les noms des dieux et la fausse théologie ; ils ont poussé la superstition et l’idolâtrie plus loin qu’au ; cuti autre peuple, ayant rendu leur culte aux astres, aux femmes, aux animaux, et même aux plantes, si l’on en croit les païens eux-mêmes, qui ont raillé leur excessive superstition. C’est à leur imitation que les Hébreux dans le désert ont rendu leur culte au veau d’or (Exode 32.6), et que Jéroboam proposa à ses sujets de pareilles figures pour objet de leurs adorations. Moïse nous apprend que les Hébreux immolaient des animaux, dont les Égyptiens regardaient la mort comme une abomination (Exode 8.25) et une chose détestable. Il nous dit aussi que les Égyptiens ne voulaient pas manger avec les Hébreux (Genèse 46.34), parce qu’ils détestaient tous les pasteurs de brebis.

On est assez partagé sur le motif de celle haine. Les uns croient qu’elle est fondée sur ce que les rois surnommés pasteurs, venus d’Arabie, ayant fait irruption en Égypte, y dominèrent assez longtemps, selon le récit de Manéthon.

D’autres croient que les Égyptiens, accoutumés, depuis leur roi Sésostris, à une vie molle et oisive, avaient horreur des pasteurs, dont la profession est plus laborieuse et plus active. Enfin d’autres veulent que les Égyptiens aient eu un grand éloignement des pasteurs hébreux et des autres, parce qu’ils tuaient et qu’ils mangeaient les brebis, les moutons, les chèvres, les boucs, qui étaient l’objet du culte des Égyptiens.

Nous avons examiné, sous le nom de Cérémonies ; si les Hébreux ont reçu des Egytiens les cérémonies et les lois qui sont communes aux deux nations, ou si les Égyptiens les ont reçues des Hébreux).

Rien n’est plus commun dans l’Écriture que le nom de l’Égypte. Ce pays est, à proprement parler, le berceau de la nation des Hébreux. Joseph, y ayant été mené et vendu comme esclave, fut bientôt, par un effet sensible de la sagesse et de la providence de Dieu, établi intendant et comme vice-roi de toute l’Égypte. Il y fit venir son père et toute sa famille, au nombre d’environ soixante et dix personnes ; et, après deux cent quinze ans, ils en sortirent au nombre de six cent trois mille cinq cent cinquante hommes capables de porter les armes, sans compter les femmes ni les enfants. Ce ne fut qu’à force de miracles et de châtiments que le roi d’Égypte permet aux Hébreux de sortir de son pays. Moïse frappa l’Égypte de dix plaies, avant que ce prince endurci pût se résoudre de relâcher un grand peuple qu’il avait asservi, et dont il tirait de grands services ; et, après nième les avoir congédiés et contraints de se retirer, il se repentit, les poursuivit avec son armée ; et étant entré inconsidérément après eux dans le lit de la mer Rouge, il y périt avec tous les siens.

Le nom commun des rois d’Égypte était Pharaon, qui, parmi eux, signifie la souveraine puissance. Mais outre ce nom ils en avaient un autre qui leur était propre. L’histoire nous a conservé les noms de plusieurs rois d’Égypte, et une suite de leurs dynasties. Mais l’envie qu’ont eue les historiens de cette nation de relever leur grande antiquité leur a fait exagérer la durée de leur empire, et leur a fait perdre toute créance auprès des gens qui aiment la vérité. Ils soutiennent que l’Égypte a été gouvernée successivement par les dieux, les demi-dieux, ou les héros, et enfin les hommes, ou les rois. Ils donnent au règne des dieux et des demi-dieux trente-quatre mille deux cent un ans, et à celui des rois, depuis Ménès jusqu’à Nectanèbe, deux mille trois cent vingt-quatre ans. Nectanèbe fut déposé par Artaxerxès Ochus, roi de Perse, quinze ans avant la monarchie d’Alexandre le Grand. Depuis Nectanèbe jusqu’à la naissance de Jésus-Christ on compte environ trois cent quarante ans. De sorte que depuis le commencement de la monarchie des Égyptiens jusqu’à la naissance du Sauveur il y aurait trente-six mille huit cent soixante-cinq ans. Supputation qui est abandonnée par tous nos chronologistes.

On prétend que la manière dont les anciens Égyptiens comptaient leurs années a beaucoup contribué a enfler leur chronologie et à multiplier le grand nombre d’années de leurs premiers rois. Paléphate dit qu’anciennement ils comptaient la durée du règne de leurs princes par jours, et non par années. Et qui nous assurera que ceux qui sont venus depuis n’auront pas mis des années au lieu de jours et que lisant, par exemple, que Hélios, fils de Vulcain, a régné quatre mille quatre cent soixante-dix-sept jours, c’est-à-dire, douze ans trois mois quatre jours, ils n’auront pas avancé qu’il aura régné quatre mille quatre cent soixante-dix-sept ans ?

Diodore de Sicile dit que les Égyptiens nous content des fables, lorsqu’ils nous assurent que les plus anciens de leurs dieux ont régné chacun au moins douze cents ans, et les moins anciens au moins trois cents ans. En sorte que depuis le règne d’Hélios ou du Soleil jusqu’au passage d’Alexandre le Grand dans l’Asie ils comptent vingt-deux mille ans de règne. Mais, ajoute-t-il, comme ce nombre d’années excède toute créance, quelques-uns, pour les excuser, remarquent qu’au commencement leur année n’était que d’un mois, suivant le cours de la lune ; de sorte que les douze cents ans de règne de chaque dieu se reduiraient à douze cents mois, ou cent ans. Dans la suite, dit-il encore, l’année d’Égypte ayant été faite de quatre mois, ils avancèrent que leurs rois avaient régné chacun au moins trois cents ans, qui font douze cents mois, ou cent ans. De cette sorte on réduisait à une durée raisonnable l’excessive antiquité des dynasties égyptiennes. Censorin assure qu’anciennement l’année égyptienne n’était que de deux mois, et que ce fut le roi Pison qui lui en donna quatre, et qui enfin le fixa à douze mois.

De plus il est certain que les dynasties d’Égypte, que l’on nous vante, ne sont pas toutes successives, mais qu’il y en a beaucoup de collatérales, et que la plupart de ces rois, que l’on place l’un après l’autre, ont souvent été contemporains, l’un régnant dans un canton de l’Égypte, et l’autre dans un autre. Aussi ces listes portent-elles sept noms différents, suivant les sept cantons ou les dynasties subsistaient ; savoir : à This, à Memphis, à Diospolis, à Thanis, à Séthron, à Eléphantine et à Sais. Or, en mettant ces dynasties bout à bout, on comprend aisément qu’on en peut extrêmement étendre la durée, et leur donner une antiquité qu’elles n’ont point du tout. Ainsi, pour ne pas risquer de donner le faux pour le vrai, on nous excusera si nous ne rapportons pas ici la liste des premiers rois d’Égypte. [Voyez Josué, passim].

Depuis Mezraïm, l’Écriture nomme toujours les rois de ce pays du nom de Pharaon. Elle ne nous a conservé les noms propres que de quatre de ces princes : Sésac (2 Rois 11.40), Néchao (2 Rois 23.29 ; Jérémie 46.2), Sua (2 Rois 17.4), et Ephrée (Jérémie 44.30). Sésac est peut-être Sésonchis ; Néchao est Néchos d’Hérodote ; Sua est le même que Sabacon ou Séthon, et Ephrée est Apriès, marqué dans le même auteur. Sésac vivait du temps de Roboam, fils de Salomon ; Néchao, du temps de Josias, roi de Juda ; Sua, du temps d’Osée, roi d’Israël ; et Ephrée du temps de Jérémie et de Sédécias. Hérodote le fait fils de Psammis, et petit-fils de Néchos. On peut voir son histoire dans cet auteur. Depuis Apriès, nous trouvons Amasis, Psammétichus, sur lequel Cambyse fit la conquête de l’Égypte, l’an du monde 3479, avant Jésus-Christ 521, avant l’ère vulgaire 525. Après cela, on trouve encore dans l’Égypte les rois suivants, Inarus, Achoris, Tuchos, Nectanebus. Ce dernier fut dépouillé par Artaxerxès Ochus, l’an du monde 3654., avant Jésus-Christ 346, avant l’ère vulgaire 350. Environ dix-neuf ans après., Alexandre le Grand entra dans l’Égypte, et en fit la conquête l’an du monde 3673, avant Jésus-Christ 327, avant l’ère vulgaire 331. Les Ptolémées succédèrent à Alexandre, et on en a une suite bien assurée.

Ptolémée, fils de Lagus, et surnommé Soter, régna trente-neuf ans ; depuis la mort d’Alexandre, ai rivée l’an du monde 3681, jusqu’en 3720.

Ptolémée Philadelphe régna trente-huit ans depuis 3720 jusqu’en 3758.

Ptolémée Èvergète régna vingt-cinq ans ; depuis 3758 jusqu’en 3783.

Ptolémée Philopator, dix-sept ans ; depuis 3783 jusqu’en 3800.

Ptolémée Epiphatte, vingt-quatre ans ; depuis 3800 jusqu’en 3824,

Ptolémée Philométor, trente-sept ans ; depuis 3824 jusqu’en 3861.

Ptolémée Èvergète, ou Phiscon, vingt-sept ans ; depuis 3861 jusqu’en 3888.

Ptolémée Lathure, trente-six ans six mois ; depuis 3888 jusqu’en 3923.

Cléopâtre, fille de Lathure, et femme d’Alexandre I régna six mois.

Alexandre I neveu de Lathure, établi en 3324, mort en 3943. Vide Usserium ad annum mundi 3924.

Alexandre II fils d’Alexandre I fut chassé par les Alexandrins en 3939.

Ptolémée Nothus, ou Aulètes, régna treize ans ; depuis 3940 jusqu’en 3953.

Ptolémée Denys, ou Bacchus, régna trois ans huit mois ; mort en 3957.

Cléopâtre, sœur de Ptolémée, depuis 3957 jusqu’en 3974. [Voyez Lagides].

On fera des articles particuliers de tous ces rois, qui sont nommés dans la Bible, et qui ont eu quelque part aux affaires des Hébreux.

Égypte (torrent d’) ou Fleuve d’Égypte. L’Écriture marque assez souvent le fleuve, ou le torrent d’Égypte, comme limites de la terre promise du côté de l’Égypte et du midi. Par exemple, Dieu dit à Abraham (Génèse 15.18) : Je vous donnerai cette terre, depuis le torrent d’Égypte jusqu’au fleuve de l’Euphrate. Et ailleurs (2 Chroniques 7.8), Salomon rassembla tout son peuple pour la dédicace du temple, depuis l’entrée d’Emath jusqu’au torrent d’Égypte. Enfin Moïse, marquant les limites méridionales de la terre promise, les met (Nombres 34.5) depuis Asemona jusqu’au torrent d’Égypte, et jusqu’à la grande mer, qui est la Méditerranée. Voyez la même chose (Josué 15.4).

Il s’agit à présent de savoir quel est ce fleuve ou ce torrent d’Égypte. Plusieurs ont cru que c’était le torrent de Resor (1 Samuel 30.10) autrement le torrent du Désert, situé entre Gaze et Rhinocorure. Mais nous ne doutons nullement que ce ne soit le Nil, le seul fleuve qui arrosait l’Égypte. Josué le désigne visiblement par le nom (Josué 13.3) de Sichor, qui est le vrai nom du Nil ; comme qui dirait, le fleuve trouble, à cause des eaux de ce fleuve, qui sont souvent troubles et boueuses. Amos (Amos 6.15) le désigne sous le nom de torrent du Désert, parce que le bras le plus oriental du Nil, et le plus voisin de la terre de Chanaan, était près de l’Arabie, on du désert nommé en hébreu Araba, et arrosait le nome nommé Arabique par les Égyptiens. Le terme hébreu nahol, que l’on a rendu par torrent, signifie aussi un fleuve [N. Sanson ne marque pas le torrent d’Égypte sur sa carte, et dans sa table il le confond avec le torrent de Besor. Beichard l’a aussi confondu avec ce même torrent. Barbié du Bocage le distingue, mais il semble ne pas admettre avec dom Calmet, qu’il soit un des bras du Nil. Le fleuve ou torrent d’Égypte, dit-il, était situé sur la limite méridionale de la terre de Chanaan, du côté de l’Égypte. On le considère généralement comme le torrent qui se jette à la mer près de l’ancienne Rhinocorure. On l’appelait aussi Sihor.

Égypte (Fuite de Jésus-Christ en). Voyez Fuite.

Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com

L’article dans Calmet

Dictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)

Pays

Toute la partie est de l’Afrique septentrionale n’est qu’un immense désert de sable, de rochers, voire de montagnes, et dans son ensemble une des régions les plus inhospitalières du monde, où seuls de très petits groupes de nomades peuvent trouver une maigre subsistance. Si ce pays a joué dans l’histoire un rôle aussi considérable, c’est qu’il est traversé sur toute sa largeur par le déversoir des eaux du centre africain, qui entraîne sur son parcours des matières fertilisantes en quantité telle que la vallée creusée par lui est devenue, grâce au climat, un pays d’une richesse peu commune, et par suite un des plus anciens centres de civilisation.

Parallèlement à cette trouée, vers l’Ouest, une autre dépression marque le lit creusé par le fleuve sortant des grands lacs, à l’époque tertiaire, avant d’avoir trouvé sa voie définitive. Aujourd’hui désertique, cette vallée est jalonnée par une série d’oasis, trop peu importantes pour devenir jamais autre chose que des centres de tribus nomades.

Le climat de l’Égypte, exceptionnellement doux et favorable à l’agriculture, contraste avec celui des pays voisins qui est pour les uns torride, pour les autres beaucoup plus âpre et surtout plus irrégulier. C’est une des raisons principales de l’attrait exercé de tout temps par la vallée du Nil sur les peuples des alentours, de l’afflux constant de colons étrangers, isolés ou par groupes, et aussi des invasions plus importantes, causes d’un renouvellement perpétuel de la race, d’un rajeunissement continu.

La faune et la flore, essentiellement africaines, se développèrent progressivement en Égypte à peu près de la même façon que dans la région tropicale, jusqu’au moment où l’homme mit en culture tous les terrains fertilisés par le Nil, restreignant ainsi de plus en plus la liberté de la nature et de ses produits, et laissant disparaître ce qui ne pouvait être domestiqué.

Grâce à l’agriculture et à l’élevage, l’Égypte a toujours largement suffi à ses besoins ; elle a même pu, en temps de disette, ravitailler ses voisins moins favorisés, et à l’époque de la domination romaine, elle devint le grenier de l’empire. Par contre, elle ne possède pas de forêts, et le manque de bois de charpente a été, dès les époques les plus anciennes, une des causes déterminantes des expéditions commerciales ou militaires vers les pays boisés, tels que la Syrie.

La présence, tout le long de la vallée, d’excellente pierre de construction a fourni à l’architecture des facilités incomparables et permis l’essor colossal de cet art et de ceux qui le complètent, la sculpture et la peinture ; d’où la création de ces monuments qui ont fait, de tout temps, l’admiration générale. Les autres produits du sol, tels que les métaux, ne se trouvent pas en Égypte même, mais à proximité, soit dans la montagne arabique, soit en Nubie, au Soudan ou au Sinaï, ou même plus loin encore ; autre cause d’expansion commerciale ou politique.

Race

Dès les temps préhistoriques les plus reculés, la vallée du Nil était occupée par des peuplades dont le véritable berceau est encore inconnu, et que les sépultures néolithiques nous montrent apparentées aux autres races de l’Afrique du Nord, Libyens et Berbères. Ce noyau s’accrut au cours des âges par les constants apports de populations très diverses que valait à l’Égypte sa situation privilégiée, mais sans perdre pour cela son caractère africain. Tous ces Syriens, ces Arabes, ces gens des îles, ces Nubiens, amenés par les invasions, l’infiltration continue, les arrivages de captifs, se fondirent dans la masse de la population sans la modifier sensiblement, tant est grand le pouvoir d’assimilation de l’Égypte ; ces infusions de sang nouveau ont au contraire certainement empêché la race égyptienne de s’abâtardir et contribué à lui assurer une durée plusieurs fois millénaire, la plus longue que jamais peuple ait atteinte au cours de l’histoire.

Paisible et tranquille, très conservateur et soumis au régime, peu exigeant au point de vue matériel, religieux mais sans mysticisme, artiste sans envolée personnelle, tel se présente à nous l’Égyptien d’autrefois, avec son tempérament de bureaucrate et de paysan, et il faut reconnaître que ces qualités en grande partie négatives lui ont permis de survivre à toutes les crises et de s’adapter aux circonstances les plus difficiles.

Langue

On considère, à juste raison, la langue d’un peuple comme son indice le plus caractéristique. L’ancien égyptien se présente à nous avec un vocabulaire entièrement différent de celui des autres langues, composé de racines monosyllabiques, tandis qu’au point de vue grammatical on remarque certaines affinités avec les langues sémitiques, en particulier dans l’emploi des suffixes, dans quelques formes de la conjugaison et même dans les noms de nombre. Ces particularités dénotent des apports orientaux à une époque très ancienne, alors que la langue était encore en voie de formation, et non pas une origine commune ; l’égyptien, malgré ces apparences, n’est nullement une langue sémitique, et peut tout au plus se rapprocher du rameau hamitique, c’est-à-dire d’un groupe de langues, relativement récentes, du Nord-Africain.

Cette langue s’exprime au moyen d’une écriture pour le moins aussi originale que la langue elle-même : le système hiéroglyphique, qui n’a de commun avec celui de Babylonie que le principe pictographique, s’est développé conformément au sens artistique de la race égyptienne pour donner dès le début de l’ère historique une écriture monumentale d’une grande pureté de style qui contribue pour beaucoup à la décoration des édifices.

Ce système assez compliqué, où se combinent les signes phonétiques et les idéogrammes, a donné naissance à une écriture cursive, plus appropriée à toutes les nécessités de la vie que les hiéroglyphes et qui n’en est qu’un dérivé direct ; cette écriture, dite hiératique, est celle qui a été employée pour la plupart des documents littéraires, scientifiques, juridiques ou administratifs qui nous sont parvenus. L’écriture démotique, en usage aux basses époques, n’est autre qu’une nouvelle simplification de l’hiératique.

C’est très probablement des hiéroglyphes ou de l’hiératique que dérive l’écriture phénicienne, et par suite tous les alphabets grecs et sémitiques, mais la filiation n’est pas encore clairement établie.

Art

L’originalité de l’Égypte est particulièrement frappante dans les manifestations de l’art, où elle se révèle indépendante de toute influence étrangère. Dès ses débuts, le peuple de la vallée du Nil montre une tendance à donner aux moindres objets de belles lignes, des formes pures et, dès qu’il est en possession de matières de choix, il fait preuve d’aptitudes particulières à y adapter les techniques voulues. L’art paraît une qualité innée de la race égyptienne et non le privilège de quelques-uns : un goût très sûr, très viril se manifeste aussi bien dans les grands monuments que dans les objets les plus humbles, ne sacrifie jamais la beauté de l’ensemble à l’exagération du décor, mais ne sort pas des cadres stéréotypés. Chaque artisan a en lui l’étoffe d’un artiste, mais aucun n’a le génie nécessaire pour trouver une formule nouvelle ; il y a eu parmi eux des ouvriers incomparables qui ont laissé des chefs-d’œuvre de noblesse, de puissance et de sentiment aussi bien que de technique, dignes d’occuper une des premières places parmi les produits de l’art de l’humanité, mais qui restent toujours dans l’esprit de la tradition. Les véritables créateurs de l’art égyptien sont perdus dans la nuit des temps ; ils ont créé sans subir aucune influence étrangère et leurs successeurs se sont toujours gardés de faire le moindre emprunt aux arts des peuples voisins.

Les idées religieuses et les croyances funéraires ont activé le prodigieux développement de la sculpture et de la peinture, dont le but principal était la reproduction de la figure humaine dans son essence plutôt que dans ses infinies variations. Le choix de quelques attitudes simples donnant l’impression du calme et de la sérénité, la recherche de la pureté des lignes, la stylisation harmonieuse des formes sont les caractéristiques de la statuaire qui, en plus de cela, cherche à marquer la personnalité du sujet par un travail très poussé de la tête : nulle part ailleurs on ne retrouve une impression aussi parfaite et aussi intense de la vie que sur certaines figures égyptiennes. Les reliefs et les peintures, destinés à couvrir de grandes surfaces, obéissent aux mêmes lois, et en plus à celle de l’équilibre des masses, qui donne à ces tableaux une allure si décorative et si familière, malgré certaines conventions du dessin, contraires au sentiment classique de la perspective, conventions qui n’ont pas varié pendant toute la durée de l’empire pharaonique.

L’architecture est plus dépendante que la peinture et la sculpture de l’évolution industrielle et des circonstances politiques et sociales ; elle subit au cours des siècles une série de transformations suivant les besoins et les possibilités, mais ces variations successives se produisent dans la même ligne directrice et sans aucun emprunt étranger. Nous suivons l’enchaînement des grandes phases de cet art, l’apparition soudaine d’une architecture de pierre parfaite en sa technique et en ses formes, pour remplacer l’architecture en briques crues, puis ses fluctuations, l’adoption des mégalithes, le retour à des matériaux plus maniables, le développement toujours croissant du décor mural. Techniquement, aussi bien que dans la disposition intérieure et extérieure des édifices, tout est original dans l’architecture égyptienne, dont la création la plus intéressante est celle des supports, des colonnes florales surtout, qui donnent aux monuments antiques de la vallée du Nil leur aspect si caractéristique.

Les arts mineurs vont de pair avec leurs aînés, dont ils suivent les traditions de sobriété, d’élégance et de belle tenue.

Organisation sociale

Les liens de famille, plus marqués peut-être en Égypte qu’ailleurs, ont assuré à la femme une situation privilégiée, une influence qu’elle ne possède nulle part en Orient. Ce sont eux qui sans doute ont déterminé l’organisation sociale dès les temps les plus reculés, les groupements locaux qui, après avoir formé des tribus, se sont réunis pour constituer de véritables monarchies dans les deux parties du pays. Le début de l’histoire est marqué par l’union sous un seul sceptre de ces deux royaumes qui gardent, au moins en principe, leur administration particulière, constituant les deux éléments caractéristiques de la double monarchie pharaonique.

Le pivot de l’organisation politique du pays est une royauté absolue, issue directement des dieux et continuatrice de leur œuvre. La pureté du sang royal est donc indispensable et, lorsqu’une lignée s’éteint ou est renversée, les successeurs s’empressent de légitimer leur accession au trône par des alliances. Dynasties :

  • Époque thinite I et II 4000-3400
  • Ancien Empire memphite III-VI 3400-2500 1ère période intermédiaire (féodalité) VII-X 2500-2300
  • Moyen Empire thébain XI-XII 2300-2000 2e période intermédiaire (les Hyksos) XIII-XVII 2000-1600
  • Nouvel Empire thébain XVIII-XX 1600-1100
  • Dynasties du Delta et Éthiopiens XXI-XXV 1100-663
  • Renaissance saïte XXVI 663-525
  • Période perse XXVII-XXX 525-332
  • Période grecque 332-30
  • Période romaine 30 avant Jésus-Christ.

Le principe de cette monarchie théocratique survécut à toutes les crises, assurant ainsi pendant quarante siècles la continuité de la civilisation égyptienne.

Le pharaon a autour de lui, pour l’aider à gouverner, une série de fonctionnaires, plus ou moins nombreux suivant les époques, et qui ne sont pas nécessairement choisis parmi les gens haut placés : tout homme peut arriver par son mérite à occuper un poste important dans l’État. Il y a là une sorte de mandarinat qui amène continuellement au pouvoir des éléments nouveaux, et c’est ainsi que l’Égypte a évité la constitution de castes fermées, la lutte des classes et les révolutions sociales.

L’élément militaire ne pouvait avoir qu’une importance secondaire dans un pays pacifique comme l’Égypte, sauf dans les périodes d’affaiblissement du pouvoir royal, où il se constitua temporairement une sorte de féodalité. La majeure partie des troupes égyptiennes fut constituée de tout temps par des étrangers, Nubiens ou Libyens, la race égyptienne étant trop peu militaire pour fournir en temps ordinaire autre chose qu’une médiocre milice.

Les religions étaient des puissances importantes. Chaque localité avait son clergé auquel étaient affiliées toutes les autorités, et les principaux centres religieux, bénéficiant de la protection royale, arrivèrent souvent, par leur richesse, à exercer une véritable suprématie sur le pouvoir royal ; il en résulta même des crises terribles qui firent tomber plusieurs dynasties. D’habitude, cependant, la multiplicité des cultes plus ou moins rivaux suffisait à écarter ces dangers et l’on peut dire qu’en somme les religions furent une des forces conservatrices qui maintinrent la civilisation égyptienne.

Égypte Antique : Voir Atlas 14

Histoire

Dans l’ouvrage qu’il composa sur l’ordre de Ptolémée III, Manéthon, prêtre de Sebennytos, divisait l’histoire d’Égypte en trente dynasties, répartition conforme à celle qu’établirent au cours des âges les Égyptiens eux-mêmes et qui correspond assez bien à la réalité. Les lambeaux de son ouvrage nous ont conservé les grandes lignes de cette histoire qui se complète progressivement grâce aux listes royales plus anciennes et surtout aux monuments contemporains, mais la chronologie reste très incertaine, les Égyptiens n’ayant pas eu d’ère et se bornant à compter les années de chaque règne.

Deux dates astronomiques, retrouvées sur les monuments, ont permis aux historiens allemands d’établir des chiffres précis pour toute la durée de l’empire égyptien. Ce cadre rigide, qui est très en faveur aujourd’hui, a pour inconvénient de comprimer à l’excès certaines périodes obscures, et demanderait d’ailleurs à être confirmé par d’autres données incontestables. Il me paraît plus prudent, pour le moment, d’employer une chronologie moins précise, avec des dates approximatives, qui doivent, par leur souplesse, mieux cadrer avec la réalité. Le tableau suivant donne les grandes divisions de l’histoire d’Égypte, avec un écart possible de cinq cents ans peut-être, en plus ou en moins, pour les premiers chiffres, et une exactitude approximative dès le début du Nouvel Empire ; à partir de l’époque saïte les dates peuvent être considérées comme certaines.

L’histoire d’Égypte nous intéresse ici surtout dans la mesure où ce pays se trouve en relations avec l’Asie Antérieure, et particulièrement avec le peuple d’Israël. À ce point de vue, les données précises sont rares et défectueuses, et nous devons nous contenter, le plus souvent, de parallèles et même d’hypothèses.

Après les chasseurs paléolithiques, errant sur les plateaux en bordure du désert, les indigènes des époques suivantes, néolithique et énéolithique, apparaissent fixés dans la vallée, s’occupant d’élevage et d’agriculture. Les nombreux monuments de cette civilisation qui nous sont parvenus, conservés dans les tombes, montrent que ces peuplades devaient être déjà en rapports avec leurs voisins orientaux, sans doute par voie de commerce, et non par suite d’une communauté d’origine. Il s’agit de certains procédés de fabrication, par exemple ceux des vases de pierre, et l’emploi de petits objets assez particuliers tels que les cylindres-cachets.

De cette époque, dont nous ignorons la durée et que nous appelons préhistorique ou prédynastique, datent les premiers grands mouvements d’organisation sociale et politique du pays, le groupement en tribus, la constitution de centres de vie commune, et enfin la formation de deux monarchies exerçant une autorité absolue, l’une sur la vallée même du Nil, la Haute-Égypte, l’autre sur l’immense étendue du Delta.

À un moment donné, un des rois du sud prit possession de la couronne du Nord, réunissant toute l’Égypte sous un seul sceptre ; cet acte marque pour nous le commencement de l’âge historique, bien qu’il ne soit en réalité qu’un épisode dans l’évolution progressive du pays. Au point de vue de la civilisation, il n’y a d’autre transformation dans l’état des choses que l’apparition de l’écriture.

Le début de l’Ancien Empire, appelé époque thinite d’après le lieu d’origine des premiers pharaons, est bien connu archéologiquement par ses tombeaux, sa céramique, ses vases de pierre, ses armes de silex, ses outils de bronze, mais historiquement nous n’avons guère pour cette période qu’une liste de noms de souverains avec la mention vague de quelques événements. Nous apprenons ainsi que ces rois envoyaient déjà des expéditions pour exploiter les richesses minières du Sinaï, hors des limites naturelles du pays ; nous ne savons s’ils poussèrent plus loin vers l’Est, mais nous constatons que beaucoup des matières employées de leur temps en Égypte provenaient d’Asie.

Les rois thinites avaient accompli l’unification du pays ; leurs successeurs, originaires du Delta et sans doute descendants des anciens rois du Nord, apportèrent un élément nouveau, une civilisation plus évoluée que celle des peuples de la Haute-Égypte. Une ère de paix et de grande prospérité, qui devait durer près de mille ans, s’ouvrait pour l’Égypte sous la sage domination de ces rois puissants qui nous ont laissé de leur passage sur le trône des témoins stupéfiants de hardiesse et de perfection, tels que les pyramides et les temples, des sculptures et des peintures dignes de prendre place parmi les chefs-d’œuvre de l’art universel. À mesure que nous apprenons à le mieux connaître, l’Ancien Empire se révèle à nous comme une des plus grandes périodes de l’histoire d’Égypte, à tous les points de vue, et forme un frappant contraste avec l’état de barbarie ou était plongée à cette époque la presque totalité du monde

Fondée sur le principe que le roi est héritier des dieux et dieu lui-même, l’autocratie pharaonique correspondait si bien aux idées et aux besoins de la population du pays qu’elle subsista pendant près de quatre mille ans, malgré toutes les vicissitudes et les crises politiques. Ce système à base théocratique a l’inconvénient de donner une trop grande importance au clergé et au fonctionnarisme, mais tant que le sceptre resta dans des mains énergiques, ces puissants rouages de l’État contribuèrent au développement du pays dans tous les domaines et à sa prospérité.

Essentiellement pacifiques, les grands rois memphites se consacrèrent à une œuvre intérieure qui leur donna les résultats les plus satisfaisants, mais ils n’eurent jamais de visées politiques vers l’extérieur. La vallée du Nil constitue par elle-même un tout parfaitement bien délimité et isolé ; la seule extension normale de l’Égypte est vers le sud où nous voyons les rois envoyer à diverses reprises des expéditions ayant surtout un but commercial, mais destinées aussi à inspirer à des peuplades remuantes et mal organisées le respect du pharaon et de la puissance égyptienne. Le Sinaï également a toujours été une dépendance, une marche de l’Égypte, la couvrant du côté de l’Asie et lui fournissant en outre divers produits minéraux dont l’exploitation fut constante sous l’Ancien Empire. Certains indices nous montrent que les rois memphites entretenaient à cette époque avec leurs voisins de Syrie des relations ayant d’ailleurs un caractère exclusivement commercial.

À côté du clergé, l’administration avait pris peu à peu, sous les grands pharaons memphites, un développement considérable. Les hauts fonctionnaires avaient réussi à se faire attribuer, par faveur royale, des apanages héréditaires qui finirent par devenir de véritables provinces, d’où la constitution de puissances féodales qui devaient mettre plus tard en échec la maison régnante, puis lutter entre elles pour s’emparer du pouvoir suprême. La crise fatale se produisit à la fin de la VIe dynastie et, pendant plusieurs siècles, la civilisation égyptienne passa par une de ces périodes de dépression et de désordre d’où elle se releva toujours avec une nouvelle vigueur.

L’entrée en scène de princes énergiques natifs de Thèbes, ou peut-être d’une contrée plus méridionale, mit fin à cet état d’anarchie et ramena rapidement l’Égypte à un état de puissance au moins équivalent de celui qu’elle avait sous les Memphites. Montés sur le trône par la force des armes, les Amenemhat et les Senousrit conservèrent à leur gouvernement un certain caractère militaire inconnu sous l’Ancien Empire, nécessaire sans doute pour contenir et utiliser une noblesse encore puissante, et aussi pour assurer la défense de l’Égypte du côté de l’étranger. Des événements graves se passaient alors en Mésopotamie, et leur répercussion se faisait sentir au loin : la pénétration d’éléments étrangers comprimait les anciennes populations du pays et provoquait des poussées vers l’ouest qui pouvaient menacer de s’étendre jusqu’à la vallée du Nil. L’attitude des rois thébains fut purement défensive : pas plus que leurs prédécesseurs, ils ne cherchèrent à étendre leurs frontières vers l’Orient ; leur barrière de déserts, jointe à la bonne renommée des armes égyptiennes, qui imposaient aux tribus voisines, suffit à écarter pour quelques siècles tout danger d’invasion. La situation politique ne fut d’ailleurs jamais assez tendue pour empêcher les Égyptiens d’exploiter leurs mines du Sinaï, de commercer avec l’Asie Antérieure et sans doute aussi de protéger les établissements de Syrie, postes avancés de leur civilisation.

Cependant l’infiltration sémitique commençait à se faire sentir en Égypte ; des tribus nomades, poussées par la famine ou par les circonstances politiques, venaient demander l’hospitalité dans un pays bien approvisionné où elles étaient d’ailleurs accueillies favorablement par l’administration locale. Nous en avons de bons exemples dans l’histoire d’Abraham et dans un tableau bien connu de Beni-Hassan, qui est une vivante illustration de cet épisode.

La dynastie de ces grands monarques était à peine éteinte que le désordre recommença, par la scission de l’empire entre deux familles rivales, l’une à Thèbes, l’autre en Basse-Égypte. C’est à cette époque que se place l’invasion des Hyksos, peuplade asiatique qui vint s’implanter dans le Delta, réussit sans doute à réduire en vasselage une des dynasties régnantes et à dominer ainsi le pays par son entremise, jusqu’au moment où ils se sentirent suffisamment égyptianisés pour prendre eux-mêmes le titre de pharaon.

C’est certainement au cours de cette période qu’il faut placer l’arrivée en Égypte de Joseph et de la tribu de son père et la concession d’un vaste domaine où ces nomades purent faire leur apprentissage de vie sédentaire ; on a peine à s’imaginer un roi indigène faisant à des étrangers un accueil aussi empressé.

Certains historiens réduisent à deux siècles cette période, sur laquelle nous n’avons que des renseignements sans cohésion ni précision, mais qui paraît avoir été sensiblement plus longue.

Les Hyksos avaient pu pour un temps réduire toute opposition, mais le régime brutal qu’ils inaugurèrent et leur tyrannie eurent tôt fait de ranimer l’esprit national. La révolte s’organisa dans le sud, dirigée par les princes thébains et, secondée sans doute par toute la population lasse de la domination étrangère, elle balaya les Sémites qui, après une résistance désespérée dans leur citadelle d’Avaris, furent repoussés jusqu’en Palestine, où une dernière bataille les anéantit définitivement.

L’Égypte redevenait donc maîtresse d’elle-même, et l’organisation du pays reprit son antique tradition, avec cette différence qu’elle avait cette fois, pour un temps, un caractère militaire bien marqué : non que l’effort national et le succès obtenu aient pu modifier radicalement le caractère du peuple le plus paisible de l’antiquité en lui donnant l’esprit d’aventure, mais la raison politique commandait. Le danger de la domination était bien écarté pour le moment, mais il importait de se prémunir contre toute nouvelle invasion et de constituer une marche solide du côté de l’Orient.

Les rois de la XVIIIe dynastie, successeurs des héros de l’indépendance, les Aménophis et les Thoutmès, surent donner à leur pays un prestige et une richesse qu’il n’avait encore jamais atteints, tant par la sage administration du royaume que par une politique extérieure ferme et brillante. À ce point de vue il s’agissait de maîtriser les tribus turbulentes de la Nubie et du Soudan, de pénétrer l’Asie Antérieure, de faire sentir la poigne énergique du pharaon aux peuplades de toute race habitant cette contrée, et d’éviter ainsi la formation de nouveaux groupements hostiles et dangereux. Il n’y eut pas prise de possession du pays, ni colonisation égyptienne, mais on imposa aux chefs des villes et des tribus des liens de vasselage envers le pharaon, sans pour cela les soumettre à un régime nouveau. Des campagnes successives destinées à châtier les rebelles ou les mécontents étaient dirigées suivant les besoins d’un côté ou d’un autre, souvent jusqu’en Mésopotamie, et entre temps des expéditions de chasse, ayant à leur tête le roi lui-même, maintenaient en respect les populations. Nous sommes bien renseignés sur ce système de protectorat par la découverte, à Tell el-Amarna, de la correspondance avec le roi d’Égypte des représentants en Orient de l’autorité pharaonique à un moment où le pouvoir central fléchissait par suite d’une crise intérieure.

Cette crise, d’une gravité exceptionnelle, éclata à la fin de la XVIIIe dynastie. Le clergé d’Amon, favorisé par les rois thébains à la suite de la guerre d’indépendance, avait pris dans les affaires du pays une influence qui menaçait l’intégrité du pouvoir royal, jusqu’au moment où celui-ci prit le parti radical de le supprimer et d’instituer un culte nouveau qu’il imposa à l’Égypte comme religion unique. Les attaches sémitiques de la famille royale, où étaient entrées successivement plusieurs princesses asiatiques, ne sont sans doute pas étrangères à la création de cette religion artificielle qui ne correspondait en rien à l’esprit religieux des Égyptiens et qui occupa pendant quelques années toute l’attention du pouvoir central jusqu’à la détourner des questions politiques et militaires, à un moment où le contrôle de l’Asie Antérieure était plus nécessaire que jamais, la situation étant très tendue avec les populations nomades.

Quand ce système politico-religieux fut abandonné peu après la mort de son fondateur, le mal était fait ; l’Égypte avait perdu son domaine asiatique. Les rois de la XIXe dynastie, les Séti et les Ramsès, reprirent, il est vrai, la tradition militaire et firent sonner bien haut le succès de leurs campagnes, mais ils avaient devant eux un adversaire redoutable, le royaume hittite, qui contre-balançait leur influence et leur interdisait le contrôle sur l’ancien protectorat. Puis des hordes nouvelles, poussées par des invasions venant du Nord, balayèrent toute l’Asie Antérieure, s’y incrustèrent et, avec l’aide des Libyens du nord de l’Afrique, tentèrent d’envahir l’Égypte. Par deux fois les « peuples de la mer » furent refoulés, mais l’Égypte ne se releva pas de ces secousses ; son rôle politique international était pour ainsi dire terminé.

L’exode des tribus israélites restées en Égypte après l’expulsion des Hyksos date de cette période, désignée généralement par le terme de Nouvel Empire, mais sa date reste encore à fixer. La tradition courante veut que les Hébreux aient été tolérés dans le canton de Gossen, à l’est du Delta, pendant près de quatre cents ans, c’est-à-dire pendant tout le cours de l’effervescence nationaliste, et qu’ils n’en soient sortis qu’au moment où l’expansion de l’Égypte était définitivement entravée et où s’annonçait la grande poussée des peuples de la mer. On conçoit mieux une oppression systématique se produisant contre une peuplade qui se révélait non assimilable, peu de temps après l’expulsion des Hyksos, quand l’Égypte était encore pleine de rancune contre ses anciens tyrans, plutôt que sous les Ramessides qui manifestent certaines tendances à se rapprocher des Sémites. Le stage au désert correspondrait alors au protectorat égyptien sur la Syrie et la Palestine, et la conquête de Canaan aux incursions des Hapirti mentionnées dans la correspondance de Tell el-Amarna. De plus, la première mention du nom d’Israël à côté de celui des autres peuples syro-palestiniens dans la stèle de l’an 5 de Menephtah ne peut guère s’appliquer à une tribu errant dans le désert, comme ce serait le cas si l’exode avait eu lieu très peu d’années auparavant, mais bien à une nation sédentaire.

L’Égypte, épuisée après la lutte contre les barbares du Nord, doit donc une fois de plus se replier sur elle-même et abandonner toutes ses ambitions ; les derniers Ramessides dégénérés cèdent la place aux prêtres d’Amon, puis à des dynastes locaux originaires du Delta, qui le plus souvent ne sont que des Libyens chefs de mercenaires. Le pouvoir est morcelé et l’antique civilisation ne se maintient que grâce à l’impulsion acquise au cours des siècles.

Une fois, cependant, un effort fut tenté pour retrouver l’ancienne gloire, celui des princes bubastites dont l’un, Sheshonq Ier, le Sisak de la Bible, entreprit une grande expédition en Palestine au temps de Roboam, campagne victorieuse mais sans lendemain, après laquelle les pharaons durent se contenter de menées diplomatiques destinées à entretenir l’effervescence des Juifs contre leurs grands voisins orientaux. Cette politique n’eut jamais d’autre résultat que de mener à la ruine ceux que l’Égypte se flattait de soutenir.

Cette période se termine par l’arrivée des rois éthiopiens qui, se posant en représentants de la légitimité, réalisèrent à nouveau l’unité de l’Égypte et tentèrent de restaurer son ancienne splendeur ; mais l’heure des expansions territoriales était passée, devant eux se dressait la puissance formidable des rois d’Assyrie qui tenaient toute l’Asie Antérieure et qui, envahissant et dévastant l’Égypte par deux fois, repoussèrent les Éthiopiens dans leur pays d’origine.

Les princes saïtes qui prirent la succession furent plus heureux et leurs règnes méritent l’appellation de « renaissance égyptienne ». Ces rois encouragèrent, dans tous les domaines, le retour aux coutumes antiques et vraiment nationales, et d’autre part ils autorisèrent pour la première fois des étrangers à constituer en Égypte même des colonies autonomes ; cette mesure leur assurait le concours des Grecs qui leur fournirent les moyens d’avoir une puissante armée et de faire ainsi bonne figure parmi les puissances orientales. Le périple de l’Afrique, le percement d’un canal du Nil au golfe de Suez, sont des exemples de l’esprit d’initiative de ces souverains remarquables, les derniers vrais pharaons.

L’Égypte saïte n’était pas de taille à résister à l’effort colossal fourni par l’empire perse, et Cam-byse réduisit le pays au rang de simple satrapie, traité comme les autres pays conquis avec la tyrannie des despotes orientaux. Ce régime suscita de nombreuses révoltes, dont certaines réussirent à affranchir la vallée du Nil du joug étranger pour quelques années, mais finirent toujours par être réprimées ; enfin l’Égypte salua Alexandre comme un libérateur, sans se rendre compte qu’avec les Grecs la transformation serait plus radicale encore, sinon plus dure.

Sous les Perses déjà, l’Égypte s’était assez largement ouverte aux étrangers, c’est-à-dire que ceux-ci, au lieu de devoir se mélanger à la population indigène, formaient un peu partout des groupes qui gardaient leurs coutumes et leurs langues, petites colonies encouragées par le gouvernement, ainsi celle des Juifs d’Éléphantine, colonie autonome parfaitement organisée, dont les archives nous ont été conservées. À partir des Ptolémées, des groupes importants de colons grecs s’installent dans tous les centres et prennent la haute main dans le pays en lui imposant une administration calquée sur le modèle hellénique. Les indigènes, malgré leur nombre, vivent en dehors des affaires de leur patrie, considérés comme une race inférieure, et il ne leur reste, pour masquer leur déchéance politique, que le domaine religieux auquel les dominateurs du pays font au moins le simulacre de se rattacher.

Politiquement, les Égyptiens pouvaient avoir la consolation de sentir que leur patrie était un État indépendant qui jouait un rôle important dans le monde et dont le souverain se parait des titres des anciens pharaons. Avec la conquête romaine, cela même disparut et la vallée du Nil ne fut plus qu’une province administrée en vue du rendement de son sol, une vaste exploitation agricole. Qui sait si dans l’empressement avec lequel les Égyptiens acceptèrent le christianisme, il n’entre pas pour une bonne part un sentiment de rancune contre les maîtres qui, depuis de longs siècles, les avaient ravalés au rang de peuples inférieurs et serviles, et le besoin de donner la preuve que l’énergie de l’antique race n’était pas éteinte ?

Religion

Les textes religieux les plus anciens, comme ceux des pyramides royales de l’Ancien Empire, donnent l’impression d’une mythologie confuse, d’un panthéon très compliqué composé de divinités nombreuses dont le caractère est souvent imprécis et variable. Plus tard, aux parois des temples et des tombeaux, comme sur les cercueils et les papyrus, les Égyptiens affichent leur dévotion envers une quantité d’images divines dont le plus grand nombre paraissent des êtres factices gravitant autour de quelques divinités de premier ordre qui seules font figure de créations originales. Ce système, ou plutôt ces systèmes combinés, sont l’œuvre de théologiens travaillant depuis la plus haute antiquité à coordonner les idées religieuses disparates de toutes les parties du pays, à condenser les formes multiples de la divinité, et à les combiner de manière à donner une explication de la vie idée qui est à la base de toutes les religions de l’Égypte ancienne.

En effet il n’y a pas, à l’origine, une religion égyptienne, mais une multitude de religions distinctes créées par les groupes de population, alors qu’ils n’avaient entre eux qu’un lien très lâche, celui de la race : c’est à cette communauté d’origine que ces groupes doivent la même base religieuse, l’idée de la perpétuation de la vie qui imprime à toute la civilisation égyptienne son caractère original et qui la distingue notamment des religions sémitiques. La source de la vie, les uns la voient dans la terre, d’autres dans le ciel, dans le soleil, dans le Nil ; ils lui donnent un corps, ils l’habillent à leur façon pour avoir une image tangible de leur dieu, image qui varie suivant les tendances de chacune des populations locales. Il n’y a là rien qui ressemble à un totémisme, à une union intime entre la divinité et sa tribu ; nulle part on ne trouve la trace d’un dieu s’incorporant dans la masse de ses adorateurs.

Cette notion religieuse où domine l’idée de vie ne s’est pas formée d’un coup, elle a dû évoluer depuis le stade inférieur de l’humanité pensante jusqu’à son développement complet, et nous pouvons, grâce à l’esprit conservateur des Égyptiens, constater dans cette évolution au moins trois grandes phases dont la première n’est qu’un simple fétichisme, avec adoration d’un objet quelconque : pierre pointue ou informe, arbre ébranché, arme usuelle. Dans la phase suivante, c’est un animal qui incarne la divinité en personnifiant la puissance engendrant la vie : ainsi le taureau, le bélier, le bouc, à côté d’autres bêtes dont le rôle symbolique est moins apparent, comme le singe, le crocodile, l’ibis, le chat, le chien. Enfin, dans la phase anthropomorphique, l’homme donne à ses dieux sa propre forme en la modifiant au moyen d’éléments caractéristiques empruntés au système zoolâtrique.

Qu’elles appartiennent primitivement à trois races diverses qui se seraient succédé dans le pays, ou qu’elles proviennent simplement d’une évolution de la pensée populaire, ces trois façons de se représenter la divinité apparaissent simultanément au début des temps historiques, avec les premières représentations figurées. C’est un des traits de la mentalité égyptienne de ne pas sacrifier les vieilles idées, mais de les juxtaposer aux nouvelles ; ainsi les vieux fétiches s’allient intimement aux animaux sacrés et aux dieux de forme humaine, et cela dans toutes les localités importantes, de façon à mieux exprimer la nature composite qu’on attribuait à la divinité ; cette union est même si étroite qu’on ne pouvait se figurer l’un sans l’autre, Osiris séparé du dad, Amon distinct de son bélier.

Dans chaque localité, on adorait donc le « dieu de la ville » comme la divinité unique et toute-puissante, mais vue sous un certain angle, ce qui n’excluait pas l’existence d’entités différentes, telles qu’on les concevait dans les villes voisines. C’est un monothéisme assez conscient de son insuffisance pour chercher à compléter la notion qu’il représente par d’autres idées du même ordre ; cette tolérance a donné lieu à une infinité de combinaisons théologiques qui ne nuisent à l’unité divine que par le mode d’expression et ne la diminuaient en rien dans l’esprit des fidèles (Voir Hénothéisme).

Ces religions locales peuvent cependant et doivent devenir un véritable polythéisme quand il s’agit de l’État ou de celui qui le représente, le roi. Le pharaon peut avoir une prédilection pour la religion de son lieu natal ou de sa capitale et lui accorder des faveurs particulières, il n’en est pas moins le chef de toutes les religions de l’Égypte, et il doit officiellement les mettre toutes sur le même plan ; il est dès lors très naturel de le voir, sur les monuments royaux, adresser son hommage indifféremment à tous les dieux du pays. C’est là une conséquence normale du système religieux égyptien, non son essence même.

Les combinaisons élaborées dans les divers centres religieux, et qui prennent souvent une tournure mythologique, sont très variées suivant la nature du dieu principal, et exercent les unes sur les autres des influences qu’il est difficile de déterminer. Les principes suivant lesquels elles ont été formées diffèrent également ; deux de ces systèmes méritent une attention spéciale, celui de l’ennéade, qui a pour but de donner un tableau cosmogonique de l’origine et des destinées du monde, et celui de la triade, synthèse du renouvellement des choses et des hommes aussi bien que des éléments ; dans l’une et l’autre de ces conceptions théologiques perce l’idée maîtresse de la perpétuation de la vie.

L’ennéade est une création du clergé d’Héliopolis, dont la grande habileté a été de personnifier ses théories abstraites par des divinités révérées dans les localités environnantes et dont le caractère convenait au rôle qu’on voulait leur faire jouer auprès du dieu local, Atoum. La grande métropole religieuse de la Basse-Égypte s’assurait ainsi l’appui de toute la clientèle pieuse de la région ; et le succès de cet assemblage de divinités connues, chacune à sa place et jouant son rôle dans un mythe bien composé, fut tel qu’il se répandit dans tout le pays et fut adopté presque tel quel dans les autres centres religieux, où l’on se contenta de faire figurer le dieu local en tête du groupe, devant Atoum ou à sa place.

Le schéma de ce système cosmogonique peut se résumer ainsi : le rôle de créateur est assumé par le dieu solaire Atoum, qui sort du néant ou de l’abîme primordial et crée de lui-même un couple qui personnifie l’étendue, l’atmosphère, la chaleur, Shou et Tefnout ; ceux-ci mettent au monde le ciel et la terre, Qeb et Nouït. Les éléments ainsi constitués par ce groupe de cinq divinités, il reste à représenter l’organisation du monde matériel et humain, l’apparition de la mort, la formation des liens de la famille et de l’État : c’est l’œuvre des quatre enfants du couple ciel-terre, Osiris et Isis, Set et Nephtys. Pour compléter l’œuvre de la grande ennéade, on en créa d’autres plus obscures qui, sous la conduite d’Horus, le dieu royal, avaient pour mission d’établir la liaison entre ce monde divin et celui où nous vivons.

Les triades, dont la plus typique est celle d’Amon à Thèbes, sont conçues sur un tout autre principe, celui de représenter l’essence et le renouvellement de la vie. Le dieu, quelle que soit sa nature, a à côté de lui une compagne qui donne le jour à un enfant, lequel n’est autre que le père réincarné ; celui-ci retrouve sa fonction d’engendreur suivant la formule : « le dieu mari de sa mère », qui symbolise cet éternel recommencement de la force divine, de la vie, principe de toutes choses.

Cette hantise de la vie, si accentuée chez les Égyptiens, a aussi été la directive de leurs théories concernant l’autre monde. Puisque tout survit et renaît après une déchéance ou un anéantissement apparent, il n’y a aucune raison pour qu’il n’en soit pas de même pour l’homme. Celui-ci peut et doit obtenir une vie future équivalant à celle de ce monde, à la seule condition de se concilier les puissances qui président au mystère de la régénération après la mort. Ces entités, souvent peu précises, sont différentes suivant les localités et finissent par se multiplier à l’excès, mais quelques figures se détachent de ce chaos et deviennent, déjà très anciennement, des divinités particulièrement révérées : ainsi d’un côté Hathor, de l’autre Anubis et surtout Osiris ; par là s’établit dans tout le pays une conception qui ne varia guère que dans le temps, et non plus suivant les localités.

Longtemps les hommes se contentèrent de s’assurer, par des formules spéciales et par l’installation de leurs tombeaux, une survie ressemblant le plus possible à la vie de ce monde, une vie large et sûre mais dans laquelle n’entre aucun élément spirituel. Pendant ce temps les rois, se prévalant de leur ascendance divine, pouvaient prétendre à jouir au delà de la tombe d’une vie semblable à celle des dieux, voire à s’identifier complètement avec les grands dieux ; les textes qui couvrent les parois de leurs caveaux funéraires n’ont pas d’autre but que de leur assurer ce privilège. Peu à peu, les simples mortels cherchèrent à acquérir les mêmes avantages ; par le moyen de formules magiques, ils s’assimilèrent aux rois et crurent ainsi pouvoir pénétrer comme eux dans le monde des dieux. Comme le roi, ils devinrent des Osiris et purent ainsi résider dans le domaine du grand dieu des morts, dont les Grecs ont copié jusqu’au nom dans leurs Champs-Elysées ; comme le roi, ils montèrent journellement dans la barque solaire et en arrivèrent à se confondre avec le Soleil.

L’Égypte et la Bible

L’Égypte a joué un rôle de premier plan dans les destinées d’Israël. Aussi en retrouvons-nous la mention dans la plus grande partie des livres de la Bible. Les Hébreux l’appelaient Mitsraïm (voir ce mot) ; « le nom d’Égypte dérive de la transcription grecque À ïguptos, du nom de Haîkouphtah (signifiant : château des doubles de Phtah), qui était donné à la ville de Memphis dans un grand nombre de textes hiéroglyphiques » (Maspero). L’origine de l’Égypte est indiquée dans la Table des Peuples de la Genèse et ses peuples y sont dénombrés (Genèse 10.6 ; Genèse 10.13). Abraham séjourne en Égypte à cause d’une famine (Genèse 12). C’est encore une famine qui amène la famille de Jacob en Égypte. Les annales patriarcales racontent que Joseph l’Hébreu fut le réorganisateur de l’Égypte et qu’il installa sa famille dans la riche contrée de Gossen (Genèse 47.11 ; Genèse 47.27). C’était au temps de la dynastie sémite des Hyksos.

Quand les pharaons Hyksos eurent été renversés, « s’éleva sur l’Égypte un nouveau roi qui n’avait point connu Joseph » (Exode 1.8), proprement « qui ne voulait rien savoir de Joseph », ni des services qu’il avait rendus, ni des promesses faites à sa famille. Et les pharaons de la XVIIIe dynastie entreprirent la destruction systématique des Hébreux.

Moïse (Exode 1.10-22), élevé à la cour des pharaons et possédant de ce chef une culture très supérieure à celle de ses compatriotes, organise l’exode. La sortie d’Égypte, accomplie dans des circonstances miraculeuses (Exode 14, cf. Josué 2.10, Psaume 114, etc.) rappelées dans le Nouveau Testament (cf. 1 Corinthiens 10.1 ; Hébreux 8.9 ; Jude 1.6), sert de fondement moral à la constitution qui organise au Sinaï la nation israélite : « Je suis Jéhovah, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte » (Exode 20.2). Les tribus se mettent en route vers Canaan, regrettant, à l’étape, la saveur des oignons d’Égypte (Nombres 11.6).

Nous ne savons rien des rapports de l’Égypte et d’Israël pendant les temps troublés des Juges, temps troublés aussi pour les pharaons. Les relations reparaissent avec Salomon qui épouse la fille d’un pharaon (1 Rois 3.1), laquelle reçoit en dot Guézer (1 Rois 9.16). À la suite de ce mariage, le commerce avec l’Égypte devient actif (1 Rois 10.28). Mais le bon accord ne régna pas toujours, et l’Égypte accorda tour à tour sa protection à Hadad l’Edomite qui fit la guerre à Salomon (1 Rois 11) et à Jéroboam l’Ephraïmite qui suscita le schisme des dix tribus à l’instigation du prophète Ahija (1 Rois 11 ; 1 Rois 12). Selon toute vraisemblance, ce fut Jéroboam qui incita le pharaon Sisak (le premier pharaon désigné par son nom dans la Bible (1 Rois 14.25) = Sheshonq Ier, fondateur de la XVIIe dynastie, d’origine libyenne) à envahir le royaume de Juda, pour empêcher Roboam de se jeter sur le jeune royaume d’Israël. Sisak pilla Jérusalem, mais ne put rien garder de sa conquête. Sous le règne d’Asa, un des successeurs de Sisak : Osorkon Ier, appelé Zérach par la Bible, et que 2 Chroniques 14.9, dans un récit fort amplifié, qualifie bien à tort d’Éthiopien puisque les rois éthiopiens de l’Égypte ne vinrent qu’avec la XXIIIe dynastie, s’efforça de reprendre le territoire de Juda, mais il n’y réussit pas. Ces raids occasionnels ne semblent pas avoir troublé longtemps les rapports entre l’Égypte et la Palestine. Le propos des soldats syriens dans 2 Rois 7.6, au temps d’Élisée, donne à penser que le hasard des batailles faisait faire parfois cause commune aux Israélites et aux Égyptiens. La science, la civilisation, le séculaire prestige de l’Égypte exerçaient sur les Israélites une sorte de fascination que toute la politique égyptienne contribuait à renforcer. Trop affaiblie pour pouvoir reconquérir par la force des armes ses protectorats dans le Proche Orient, et de plus en plus inquiétée par le mouvement des peuples asiatiques qui poussait les populations de l’Asie Mineure et de la Mésopotamie vers la vallée du Nil, l’Égypte entretenait avec soin, dans le couloir palestinien, l’esprit d’hostilité qui animait les deux royaumes contre leurs voisins du nord et de l’est. Quand les grands conquérants de Ninive et de Babylone eurent étendu leur domination jusqu’à la Méditerranée, l’espoir d’être soutenus par l’Égypte poussa Israël et Juda à violer leur serment de fidélité et à entrer dans de précaires coalitions. C’est ainsi que le mirage de l’Égypte fut fatal à Samarie et a Jérusalem. Osée, roi d’Israël, eut la malencontreuse idée d’appeler à son aide le pharaon So pour l’aider à secouer le joug de Salmanasar. L’Assyrien accourut et détruisit le royaume d’Israël (2 Rois 17.6). Malgré cet avertissement, le royaume de Juda, demeuré seul, poursuivit la même politique. Malgré l’opposition des prophètes qui voyaient clair dans le jeu égyptien, le parti en faveur de l’alliance avec l’Égypte fut toujours puissant à Jérusalem (cf. Osée 7.11-16 ; Ésaïe 18 ; Ésaïe 19 ; Ésaïe 20 ; Ésaïe 30 ; Ésaïe 36, Nahum 3.8-10 ; Jérémie 2 ; Jérémie 9 ; Jérémie 15 ; Jérémie 37 ; Jérémie 43 ; Jérémie 44 ; Jérémie 46 ; Ézéchiel 17, comparez Ézéchiel 29 à Ézéchiel 32). « L’Égypte, disait le Rabsaké de Sennachérib, n’est qu’un roseau cassé, qui blesse la main qui s’y appuie » (2 Rois 18.21 ; Ésaïe 36.6). Dans l’espèce il avait raison. Ce ne fut pas l’intervention de l’Égypte, mais bien une intervention divine qui sauva Jérusalem des griffes de Sennachérib (2 Rois 19 ; Ésaïe 37). Seul parmi les rois de Juda, Josias rompit avec la tradition pro-égyptienne ; mais il fut tué à Méguiddo, dans un combat malheureux, imprudemment offert au pharaon Néco (2 Rois 23.29). Ses descendants revinrent aux anciens errements et se révoltèrent contre Nébucadnetsar. L’Égypte, étroitement enfermée sur sa terre par le conquérant caldéen, ne put intervenir en leur faveur, et ce fut la fin de Jérusalem (2 Rois 24). La foi dans les pharaons était telle, qu’à l’heure de la suprême détresse les enfants de Juda s’enfuirent en Égypte. Le vieux prophète Jérémie fut entraîné, bien malgré lui (Jérémie 24.8 ; Jérémie 41.17 ; Jérémie 43.7 ; Jérémie 44.1 ; 2 Rois 25.26), sur la route que devaient reprendre un jour, d’après l’Évangile de l’enfance, Joseph et Marie (cf. Matthieu 2.13 et suivant et l’application symbolique du verset 15). La responsabilité des pharaons dans les malheurs survenus au peuple élu reparaît une dernière fois au chapitre 44 de Jérémie (Jérémie 44.30) où le prophète, mettant le pharaon Hophra sur le même pied que Sédécias le parjure, dit : « Ainsi parle l’Éternel : Je vais livrer le pharaon Hophra, roi d’Égypte, entre les mains de ses ennemis, comme j’ai livré Sédécias, roi de Juda »

C’est alors qu’intervint la Perse, qui ouvrit un chapitre nouveau de l’histoire en s’emparant de la Mésopotamie, de la Palestine et de l’Égypte qui fut réduite en satrapie (525 avant Jésus-Christ). Les Judéens ou Juifs prospérèrent en Égypte sous la domination perse. Ils y étaient même si nombreux qu’un temple à Jéhovah appelé « temple de Jahou » avait été élevé pour eux à Éléphantine. Il existait déjà lorsque Cambyse envahit l’Égypte. Le papyrus araméen qui nous en parle raconte qu’on détruisit alors tous les temples des idoles, mais que les Perses respectèrent le temple de Jahou (papyrus de la dix-septième année de Darius II, 408 ou 407 avant Jésus-Christ).

De la domination perse, les Juifs d’Égypte passèrent sous la domination grecque. La succession d’Alexandre donna l’Égypte aux Lagides. En Égypte plus encore qu’en Palestine le judaïsme s’hellénisa, et Ptolémée Philopator (221-203) essaya de rallier les Juifs à son dieu patron Dionysos, en leur faisant accroire que Jéhovah Tsebaoth n’était autre que Sabazios (surnom du Dionysos phrygien). Mais cette tentative, qui dénotait plus d’esprit que de discernement, échoua. Ptolémée Philadelphe (284-247), mieux inspiré, avait déjà fait traduire en grec pour la bibliothèque d’Alexandrie les saints livres des Juifs. Les Juifs hellénisés s’attachèrent passionnément à cette traduction des « livres par excellence »: Biblia. Alexandrie, patrie d’Apollos, devint le centre de la science juive des Écritures (cf. Actes 18.24 et suivant). Son plus grand docteur fut Philon, contemporain de Jésus-Christ. On se souvient que les Juifs d’Alexandrie s’étaient dressés comme les adversaires d’Étienne à Jérusalem (Actes 6.9). Ce fut pourtant la doctrine d’Étienne qui l’emporta, et Alexandrie donna au christianisme sa première grande école chrétienne, dont Clément et son disciple Origène furent les plus illustres représentants.

La tradition ecclésiastique attribue à l’évangéliste Marc la fondation de l’Église d’Alexandrie. Eusèbe précise même qu’en la huitième année de Néron (an 62) Annien succéda à Marc sur le siège d’Alexandrie.

L’Apocalypse (Apocalypse 11.8) donne à la grande cité où gisent les cadavres des deux témoins de Dieu, le nom symbolique : Égypte ; témoignant par là que, dans les milieux fervents de l’apocalyptique, l’empire des pharaons a gardé jusqu’à la fin son caractère d’irréductible adversaire du Royaume de Dieu.

Alexandre Westphal

Voir carte № IV et figures 64 à 80. G. Jéquier.

Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com

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