Dictionnaires bibliques
Écriture
Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Écriture », un article après l’autre.
Dictionnaire de la Bible (Bost)
L’écriture fut de bonne heure connue des Hébreux ; cependant l’on n’est pas d’accord sur l’époque où elle fut introduite d’une manière générale, et deux opinions passablement tranchées sont encore en présence aujourd’hui. Hengstenberg et Haevernick réclament déjà pour les patriarches la connaissance de l’art d’écrire ; Winer ne la fait remonter qu’aux jours de Moïse ; Hartmann et Bohlen veulent même ne lui donner qu’une origine beaucoup plus récente. Nous ne dirons rien de cette dernière opinion qui n’a pour elle qu’une volonté et des préoccupations dogmatiques, non plus que de celle qui attribue à Adam l’invention de l’écriture et la composition d’un livre ; quant aux prophéties d’Énoch, dont il est parlé (Jude 1.14 ; voir Hénoc). En faveur de la première opinion, Hœvernick a réuni un grand nombre de passages et de présomptions diverses, qui ne sont pas tous également probants, mais dont l’ensemble milite avec beaucoup de force à l’appui de sa thèse. Les rapports fréquents des Hébreux avec les Phéniciens, les richesses et la prospérité de Sidon, ses vaisseaux bien connus des patriarches (Genèse 49.13), les relations du Nord avec le Sud, les marchands madianites venant de Galaad pour se rendre en Égypte (Deutéronome 3.12 ; Genèse 37.25), les ornements et autres articles de luxe, mentionnés dans l’histoire des patriarches (Genèse 43.14 ; 24.22 ; 37.3), les échanges, et l’emploi de l’argent comme valeur déterminée (20.16), tout indique un degré de civilisation tellement avancé, qu’il est difficile de croire que la culture intellectuelle n’ait pas marché de pair avec un pareil développement, et que l’écriture ne soit pas devenue une nécessité. L’histoire de Juda et Thamar (Genèse 38.18), nous présente une autre trace qui semble indiquer la connaissance de l’écriture ; il y est parlé d’un cachet ; or un cachet suppose l’art de graver, qui suppose à son tour l’écriture. Le mot hébreu employé (Genèse 41.8) pour magicien, est un composé du mot hhéret (Ésaïe 8.1), qui signifie un burin à graver (une touche de fer : Job 19.24) ; nouvel indice. Enfin le mot shoterim, traduit par commissaires (Exode 5.6) et ailleurs, et qui se rencontre fréquemment dans le Deutéronome, même en parlant de temps antérieurs à Moïse, signifie proprement écrivains, inscripteurs ; c’étaient peut-être des espèces de commis teneurs de livres, comme il y en eut plus tard, surtout parmi les Lévites, un grand nombre, chargés des registres généalogiques et des dénombrements.
À ces traces antémosaïques on objecte, que les patriarches sont représentés dans la Genèse comme se faisant des monuments naturels, des autels, des monceaux de pierres, des arbres, pour suppléer à l’absence de l’écriture et pour seconder la mémoire. On voit en effet plusieurs mémoriaux de ce genre ; mais d’abord nous ignorons s’ils ne portaient pas quelques inscriptions, et ensuite il est peu probable que leur simple existence secondât suffisamment la mémoire, si du reste aucun signe caractéristique ne venait rappeler l’événement : ces monuments d’ailleurs se retrouvent même après les temps mosaïques, et même de nos jours, sans qu’on puisse nier l’art d’écrire.
À l’époque de Moïse on ne peut plus douter que l’écriture ne soit bien connue ; Moïse écrit la loi, la fait lire par le Lévite, copier pour l’usage des rois (Deutéronome 31.6-11 ; 17.18) ; les anciens d’Israël sont convoqués par écrit (Nombres 11.24-26) ; les imprécations prononcées contre la femme soupçonnée d’adultère, au cas qu’elle soit coupable, sont écrites dans un livre (Nombres 5.23), les pierres sont sculptées, même on y grave des noms (Exode 35.33 ; 28.36 ; Deutéronome 27.8) en lettres tantôt fines, tantôt fort grandes ; des passages écrits doivent servir de fronteaux aux Israélites au lieu des amulettes égyptiennes (Exode 13.16 ; Deutéronome 6.8 ; 11.18) ; les poteaux des maisons sont recouverts d’inscriptions pareilles (6.9) ; enfin l’époux qui veut répudier sa femme doit lui donner une lettre de divorce (Deutéronome 24.1-4). On peut voir ensuite, pour l’époque qui suivit Moïse (Josué 24.26 ; 8.32-34-35 ; 1.4-6, 9 ; Juges 5.14 ; 8.14 ; Jérémie 52.25 ; etc. Ézéchiel 9.2). Dans les premiers temps, et pour les actes d’une certaine importance, des masses solides, des rochers, sont les matériaux dont on se sert (Exode 24.12 ; 31.18 ; 34.1 ; Deutéronome 10.4 ; 27.8) ; de lourds et puissants burins de fer sont les plumes des écrivains (Job 19.24 ; Jérémie 17.1). Des plaques de métal, et quelquefois de bois, servent cependant aussi à recevoir les caractères (Exode 28.36 ; Nombres 17.2) ; on trouve encore mentionnés parmi les objets en usage l’encre (Jérémie 36.18 ; cf. 2 Jean 1.12 ; 3 Jean 1.13 ; 2 Corinthiens 3.3) ; un canif (Jérémie 36.23) ; une pointe de diamant pour graver (Jérémie 17.1 ; cf. Ésaïe 8.1) ; des plumes (Jérémie 8.8 ; cf. 3 Jean 1.13). Du papier égyptien semble mentionné (2 Jean 1.12), et des feuilles de parchemin (2 Timothée 4.13). On se servait aussi de tablettes légères pour l’usage journalier (Luc 1.63). Les ouvrages un peu volumineux étaient écrits sur des feuilles réunies en rouleaux (Jérémie 36.14 ; Ézéchiel 2.9 ; Zacharie 5.1 ; Psaumes 40.8 ; cf. Luc 4.17 ; 2 Rois 19.14 ; Apocalypse 6.14), et divisées en colonnes (Jérémie 36.23).
Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com
L’article dans BostDictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)
Écriture (1)
On dispute sur l’inventeur des lettres et de l’écriture. Quelques-uns soutiennent que l’on écrivait dès avant le déluge, et qu’Adam est l’inventeur des lettres ; d’autres croient que Moïse est le premier auteur dont on ait des écrits, et qu’avant lui on n’a aucun monument écrit. Dans toute la vie des patriarches on ne voit aucun vestige d’écriture. Moïse ne cite aucun écrit composé avant lui ; car le livre des guerres du Seigneur, cité dans les Nombres (Nombres 21.14), est un passage ajouté au texte de Moïse, ou c’est un écrit composé de son temps. Il est vrai que l’on parle d’un livre composé par Adam :et d’un autre par Énoch, et qu’on attribue au premier homme et à Énoch certains autres
écrits. [Voyez Livres perdus]. Josèphe parle de certaines colonnes avec des inscriptions faites avant le déluge. On rapporte aussi certains écrits que l’on dit avoir été composés par Abraham ; mais tout cela passe pour fabuleux et apocryphe, au jugement des plus judicieux critiques.
On convient que dans le monde nous n’avons rien aujourd’hui de plus ancien, ni de plus authentique que les livres de Moïse ; mais il ne s’ensuit pas qu’avant lui on n’ait pas écrit. Il paraît au contraire par son récit même que l’écriture était assez commune en ce temps-là, et dans l’Égypte, d’où les Hébreux étaient sortis, et parmi les Israélites. Ceux-ci paraissaient tout accoutumés à cette manière d’exprimer ses pensées et ses sentiments. Les principaux de la nation lurent sans doute les tables de la loi ; Moïse avait été instruit de toute la science des Égyptiens ; il avait donc sans doute appris leur manière d’écrire. Voyez l’article lettres [Voyez sur l’origine de l’Écriture, les Annales des philos chrét., notamment le tome 28, etc].
Écriture (2)
[Note du relecteur (mai 2007) : Si beaucoup de points qui suivent sont contestables, il nous apparaît intéressant de mentionner la vision catholique du problème, et de reconnaître que la haute critique allemande du 19e siècle, sans fidélité aucune à l’esprit de la Réforme, a en effet commis de grands ravages dans les attaques qu’elle a menées contre la foi].
Ce terme, pris absolument, marque d’ordinaire les livres sacrés de l’Ancien et du Nouveau Testament (Matthieu 21.42). N’avez-vous jamais lu dans les Écritures (Matthieu 16.54) ? Comment s’accompliront les Écritures (2 Timothée 3.16) Toute écriture divinement inspirée est utile à enseigner, à reprendre, à corriger et à instruire dans la justice [Sur l’Écriture considérée comme seule règle de foi et de morale par les protestants, Voyez la 9e conférence de Mgr Wiseman, dans la collection des Démonstrations, tome 15, col. 947-954.
Ce qui suit aurait été mieux placé au mot Bible, mais j’aime mieux le mettre ici que de ne pas le mettre du tout. Le lecteur ne m’en voudra pas.
La réforme a enfanté un grand nombre de versions de la sainte Bible ; elle a traité ce livre divin d’une manière qui a déjà eu de bien déplorables conséquences. Voici un tableau de ses entreprises téméraires et du sort lamentable que le livre par excellence a subi entre ses mains. Nous l’empruntons du premier article sur l’Église romaine et la sainte Bible, par le P. Pitra, nouveau bénédictin, et co-rédacteur de l’Auxiliaire catholique. Ce savant s’exprime en ces termes :
« La réforme se lève à grand bruit, pour rétablir, dit-elle, le règne de la parole de Dieu. L’Évangile sera dégagé des interprétations humaines, le Verbe révélé reprendra son universelle et infaillible omnipotence ; la parole qui a créé le monde va régner seule sur les intelligences. Ainsi parlaient les novateurs qui s’arrogeaient le titre d’Église évangélique. Que resta-t-il de ces promesses ? En quelques années, au sein de cette réforme, la sainte Bible, dépouillée de l’auréole d’inspiration dont l’avaient entourée seize cents ans ou plutôt trente siècles de foi, descend au niveau des œuvres de l’homme. C’est peu : quelques années encore, et, descendue plus bas, elle tombe au-dessous des plus viles productions humaines, elle s’en va en lambeaux sous le sarcasme des philosophes et le scalpel des rationalistes. Les coryphées de la réforme, de leur vivant, purent prévoir cette lamentable humiliation. Luther s’en exprimait avec son amertume ordinaire : « Le plus grand mal, dit-il en parlant de quelques disciples indociles, c’est que, pour soutenir opiniâtrement ce qu’ils ont une fois follement débité, ils consultent les oracles de Dieu pour en patronner leurs erreurs. Eh ! bon Dieu ! Y a-t-il rien qu’ils ne bouleversent, qu’ils ne dépravent, qu’ils ne corrompent, non-seulement pour fléchir, mais pour torturer tout à leur sens. Le poète avait raison de dire : La fureur donne des armes. Est-ce une façon de parler permise que de tourner et retourner les Écritures, pour les assujettir à notre caprice, pour les soumettre à notre sens ? Quelle stupidité ! Ô peste inouïe I pure zizanie de l’homme ennemi, qui veut étouffer la vraie semence. Et nous nous étonnons qu’il y ait tant de sectes entre ceux qui se sont ralliés à l’Évangile et au Verbe de Dieu renaissant ? Le diable, dit-il ailleurs, s’est servi de l’Écriture comme d’une friperie, et a fait surgir une foule de sectes, d’hérésies, de schismes parmi les chrétiens. Et comme chaque secte confisque l’Écriture à son profit et rament. à son sens, il en est résulté que l’Écriture elle-même a reçu différents noms, et qu’elle a été appelée un livre hérétique, parce que toute hérésie en découle, et que chaque hérétique prétend s’autoriser des saintes Écritures. » Ce texte de Luther est si obscur, que nous n’osons garantir que notre traduction soit tout h fait littérale.
Calvin est moins véhément, mais non moins explicite : il blâme sans ménagement les innombrables versions nouvelles qu’enfantait la réforme, « à tel point, dit-il, que, perdant le vrai sens et l’intelligence du Christ, nous nous laissons surprendre par les fantaisies judaïques, comme il est arrivé à tous les interprètes, sans m’excepter moi-même. » La confession ne peut être ni plus claire ni plus édifiante. Voici qui a dû plus coûter au réformateur de Genève : « Décidément, il serait mieux de laisser là l’étude de la langue hébraïque, pour revenir simplement à la vieille version Vulgate usitée jusqu’ici. » qu’on nous permette encore une citation qui pourra surprendre davantage : « Que le monde dure encore, dit le même Calvin, et il s’en va devenir nécessaire derechef, pour sauver dans ce pêle-mêle d’interprétations scripturaires l’unité de la foi, d’accepter les décrets du concile. »
Cependant les excès qui effrayaient les pères de la réforme n’étaient rien au prix des scandales que l’école rationaliste donne au monde depuis le milieu du siècle dernier. Jusque-là, la Bible protestante, bien que mutilée et livrée sans contrôle à la pâture du fanatisme, était pourtant demeurée un livre divin. Déjà, il est vrai, quelques voix isolées préludaient à l’exégèse rationnelle : il est remarquable qu’on trouve encore un juif en tête de cette nouvelle guerre aux livres saints ; c’est le rabbin panthéiste d’Amsterdam, Benoît Spinosa, qui a posé les premiers principes de la nouvelle école : « Tout ce qui est raconté dans les livres révélés s’est passé conformément aux lois établies dans l’univers. J’accepte selon la lettre la passion, la mort, la sépulture du Christ, mais sa résurrection, comme une allégorie. »
Peut-être même faudrait-il remonter plus haut que Spinosa, et jusqu’aux plus vantés des rabbins du moyen âge, sans excepter le célèbre Maimonides, que la nouvelle synagogue appelle le prince de ses interprètes. Au moins faut-il compter pour précurseurs du rationalisme, non-seulement les déistes anglais et les sociniens allemands, qui affichaient l’horreur de toute révélation, mais les plus renommés docteurs de la réforme, un Grotius, un Scaliger, qui ont attaqué tantôt l’un, tantôt l’autre des livres canoniques ; mais les chefs eux-mêmes, Calvin, qui ne pouvait supporter l’Apocalypse ; Luther, qui appelait lettre de paille l’Épître de saint Jacques ; et enfin la réforme entière, qui renouvela l’attentat de la synagogue en retranchant toute une moitié des saints livres sous le titre de deutéro-canoniques. C’était déchirer en deux parts la robe du Christ, ce merveilleux tissu des textes sacrés, son vêtement d’honneur. Faut-il s’étonner qu’il ait été, après cette insulte des scribes et des docteurs, mis en pièces, tiré au sort et vendu à vil prix ?
Aussi, lorsque Semler eut publié, en 1771-1775, son Examen du canon, Toelner, en 1772, son livre sur l’inspiration, ce fut comme le signal d’une débâcle. Les plus indécis s’élancèrent sans ménagement dans la nouvelle exégèse : Michaelis, Rosenmüller, Paulus, Ernesti même, malgré son austère modération, aidèrent cette révolution de tout leur ascendant et formulèrent hardiment ses principes. Eichorn commença par la Genèse la démolition pièce à pièce, Bauer alla presque jusqu’au bout par sa Mythologie de la Bible ; Daub, dans ses Théorèmes de théologie, demandait grâce uniquement pour tout ce qui ne se rapportait ni aux anges, ni aux démons, ni aux miracles. Schleiermacher poussait avec une sorte de délire au développement du mythe, qui envahit en effet la théologie protestante. Les plus vieilles annales du monde, le véritable testament de soixante générations, le pacte d’alliance entre Dieu et les hommes, devenu le jouet d’une critique de pédants, fut traité comme une, épopée, comme un conte oriental. Le Nouveau Testament fut encore plus en butte aux traits de la prétendue Église évangélique. Schleiermacher déclara qu’il n’y avait d’authentique dans l’Évangile araméen de saint Matthieu que des causeries encadrées dans un récit arbitraire par l’interprète grec. Wilke n’admet d’évangile original que saint Marc, et regarde saint Luc et saint Matthieu comme des compilations d’un recueil de Papias. Encore l’Évangile de saint Marc est-il moins un récit fidèle qu’une combinaison de seconde main ; saint Jean est l’œuvre assez récente des prêtres d’Éphèse, plagiaires de Philon. Bruno Bauer, l’un des derniers destructeurs, attaque le fond et la forme, le but et le principe de l’Évangile : Ce n’est qu’une pure tradition, qu’une légende successivement élaborée par les premiers âges, le fruit, sinon de la fraude, au moins de l’hallucination. L’abîme s’élargissait immensément ; Strauss apparut : son livre fameux déchira les derniers voiles, détruisit les dernières illusions, donna le dernier mot de cette exégèse dévorante et de toute la réforme ; ce mot, l’Allemagne protestante elle-même l’a prononcé : c’est le nihilisme. Il ne restait plus qu’à faire l’oraison funèbre du Christianisme, et on dit qu’un professeur de Berlin, Feuerbach, s’en est, acquitté publiquement et officiellement.
Il y aurait bien d’autres funérailles à célébrer, si le rationalisme allemand disposait des destinées du monde. Poussant proche en proche son criticisme dissolvant, il a envahi tout le domaine des connaissances humaines. Après la Bible, les Pères furent mis au creuset. Les premiers siècles, longtemps objet d’une prédilection fanatique, furent les plus maltraités. Semlier entre autres découvrit toute une fabrique d’apocryphes, qu’il plaça au troisième siècle, à Alexandrie, et d’où il vit sortir les fragments de saint Irénée, les Stromates de Clément Alexandrin, les œuvres de saint Hippolyte et plusieurs traités de Tertullien. En Même temps les classiques, à leur tour, s’évanouissaient en traditions vaporeuses : Hérodote et Homère, Tite-Live et Virgile, les épopées, les monuments, les témoignages les plus positifs n’étaient plus qu’allégories menteuses ; le mythe a coulé à plein bord sur le terrain le plus ferme de l’histoire. La philosophie surtout a pris son essor dans les espaces les plus imaginaires ; de théorie en théorie, les écoles rivales de Hégel, de Kant, de Schelling en sont venues à mettre en doute la réalité de la raison, de la pensée, de la vie, l’homme et le monde. La nature même apparaît comme un Protée aux mille formes insaisissables ; la chaîne des êtres, les familles, les genres, la terminologie, tout se confond dans un chaos sans bornes. La plus légère teinture des travaux scientifiques de l’Allemagne, et à certains égards de l’Angleterre elle-même, suffit pour convaincre que tout fondement échappe au protestantisme, emporté dans un abîme sans fond, le nihilisme de Strauss.
Telle est la force invincible qui pousse à cette décadence, que les efforts même en apparence les plus féconds multiplient les ruines. Ainsi, si quelque chose devait en dehors de l’Église conserver le dépôt de la Révélation, ce devait être assurément les sacrifices énormes des sociétés bibliques pour répandre partout les livres saints. Et pourtant qu’a-t-on fait ? On a accepté des rationalistes allemands les recensions du texte sacré les plus téméraires ; on a donné à leurs éditions mutilées et défigurées une publicité immense ; aux fautes calculées on a ajouté les retranchements involontaires, les contresens monstrueux, les interpolations inévitables dues à l’incurie des traducteurs pris sans choix dans toutes les langues du monde. La parole de Dieu a donc été livrée à la confusion de Babel, et dans quelque temps il sera plus aisé de déchiffrer les briques vitrifiées de Sennaar que de comprendre les Bibles que le protestantisme a semées dans le monde.
Heureusement pour sauver la Bible, la foi, la science et le bon sens, il reste à l’humanité, au protestantisme même et au rationalisme, l’Église romaine].
Écritures Canoniques (3)
Voyez l’article Canon des Écritures. On attribue communément le canon des Écritures, ou le recueil des Livres sacrés de l’Ancien Testament, à Esdras, qui le rangea dans l’ordre le plus convenable : il le divisa en trois parties : 1° la Loi, 2° les Prophètes, 3° les Ketubim, ou hagiographes ; c’est-à-dire, écrits sacrés. Le Sauveur paraît faire attention à cette ancienne manière de diviser la Bible, lorsqu’il dit (Luc 24.44) : Il fallait que tout ce qui est écrit sur mon sujet dans la loi de Moïse, dans les prophètes et dans les Psaumes, fût accompli. Les Psaumes sont à la tête des hagiographes. Josèphe contre Appion reconnaît la même distribution. Nous n’avons, dit-il, que vingt-deux livres qui soient d’une autorité divine, dont cinq sont de Moïse ; les prophètes qui ont succédé à Moïse en ont composé treize ; les autres quatre sont des hymnes à l’honneur de Dieu, et des préceptes pour la vie humaine. Il faut toutefois remarquer que les Juifs ont varié en la division des livres saints ; et encore aujourd’hui au lieu de vingt-deux livres, ils en comptent vingt-quatre : mais ce n’est qu’une différence de nom ; et quand on dit que le canon fut fixé par Esdras, il faut encore l’entendre avec restriction ; car il n’a pu, par exemple, y mettre Malachie, ni Esther, ni même Néhémie, où il est parlé du grand prêtre Jaddus, et de Darius Condomanus, empereur des Perses, qui n’ont vécu qu’après Esdras [Voyez, au mot Canon, ma note sur le Canon des Juifs].
Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com
L’article dans CalmetDictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)
I Notions générales
Écriture : en latin scriptura, de scribere ; en grec grapheïn, proprement creuser, graver. Cette étymologie rappelle les premiers procédés rudimentaires par lesquels l’homme a essayé de fixer la parole, au moyen de signes conventionnels appelés caractères (en grec kharas-seïn, en hébreu khârach, graver). Ces essais dérivent évidemment de l’instinct qui, dès les premiers temps, a poussé l’homme à reproduire par le dessin ce qu’il voyait ou à traduire quelques notions concrètes très simples. De cet ordre sont les traits verticaux (chez les Tartares et les Scythes) se rapportant à la numération.
L’histoire de l’écriture se ramène en gros à deux grandes étapes : l’écriture idéographique et l’écriture phonétique
1.
L’écriture idéographique s’attache à rendre, par des dessins sommaires, des objets d’abord, des idées ensuite. Dans le premier cas, les caractères sont de véritables images ; dans le second, des symboles. Le système le plus ancien comme aussi le plus compliqué est celui des Chinois qui, par le pinceau, se sont appliqués à rendre les principales notions de la vie courante. Les dessins sont des représentations ; le soleil, par exemple, était figuré par un disque ; le sens de la vue et le spectacle, par un œil ouvert.
L’écriture, dans le sens original de gravure, est d’invention assyrienne. La, pointe, en attaquant la pierre, y faisait une sorte d’éclat figurant assez bien la tête d’un clou. De là le terme de cunéiforme
Il appartenait aux Égyptiens de développer, jusqu’aux analyses les plus subtiles du sentiment, l’écriture idéographique : C’est l’écriture hiéroglyphique, avec ses variantes hiératique et démotique. Il est impossible de résumer ici les procédés multiples employés par les Égyptiens ; bornons-nous à dire que les caractères sont figuratifs lorsqu’ils donnent les images directes des objets, celle d’un bœuf, par exemple, pour désigner cet animal ; symboliques lorsqu’ils indiquent seulement le sens qu’on veut exprimer. Ainsi un homme courbé exprime l’idée d’âge ; une plume d’autruche l’idée de justice, parce que toutes les plumes de cet oiseau sont d’égale longueur. Enfin les caractères peuvent être déterminatifs, désignant des classes entières d’êtres ou d’objets (homme agissant, personnage sacré, parfums, astres, etc.).
2.
La complication de ces divers systèmes devait amener les hommes à fixer les sons plus que les idées et à créer ainsi une écriture phonétique. Pour une langue telle que le chinois qui comporte 1 260 syllabes, cette nouvelle écriture n’apportait pas une simplification bien grande. Les Assyriens et les Égyptiens ont eu recours, eux aussi, du moins partiellement, à l’écriture phonétique, mais sans réussir à dégager un système assez simple pour s’imposer à tous les peuples. Ce fut là l’œuvre des Sémites. L’alphabet par eux découvert constitue le grand pas dans l’histoire de l’écriture et l’une des plus prodigieuses inventions humaines.
II L’alphabet
Les savants discutent encore pour savoir de quelle écriture il dérive (égyptienne, égéenne, babylonienne) ; mais il est établi désormais que les Phéniciens en furent les géniaux inventeurs. En distinguant vingt-deux sons simples et en les notant, avec des caractères aussi simples que distincts, le petit peuple du littoral syrien se séparait radicalement par son écriture de tous les systèmes compliqués jusqu’alors usités. De l’alphabet phénicien sont nés tous les autres et il est remarquable que les Grecs l’aient imité très étroitement au cours du IXe siècle avant Jésus-Christ. L’alphabet phénicien, en même temps que phonétique, était figuratif : le daleth peut, par exemple, représenter une porte ; le lamed, un fouet ou un aiguillon. La plus ancienne inscription alphabétique que nous possédions actuellement (1930) est celle du sarcophage d’Ahiram, roi de Byblos (fouilles Montet, 1923), inscription gravée qui date vraisemblablement des environs de 1275-1280 avant Jésus-Christ. À noter aussi qu’à la 8e campagne des fouilles de Byblos (1929), une inscription énigmatique et non encore déchiffrée pourrait fort bien représenter un des stades antérieurs, témoins des essais qui précédèrent l’invention de l’alphabet. La découverte, en 1929, à Ras-Shamra (sur la côte, à 170 km au nord de Byblos), d’une écriture alphabétique, sans doute phénicienne, mais en caractères cunéiformes, est un élément nouveau qui doit s’ajouter à l’histoire encore peu nette de l’origine de l’alphabet.
III L’écriture en Israël
La Bible ne nous donne aucun renseignement sur l’origine de l’écriture. La Genèse, qui renferme les traditions hébraïques sur l’origine du monde et de certains arts, ne mentionne ni écriture ni livre, mais le cachet (Genèse 38.18) avec lequel on scellait les lettres. La première fois que nous rencontrons les mots écrire et livre, c’est dans l’Exode (Exode 17.14 ; Exode 31.18 ; Exode 32.16). Ce silence n’a rien d’étonnant si l’on songe que tous les peuples attribuent l’écriture à une révélation divine. Chez les Égyptiens c’est Thoth, chez les Babyloniens Oannès qui sont considérés comme les inventeurs divins de l’écriture. D’après Exode 32.15 et suivant une pareille tradition devait exister chez les Israélites. Ésaïe (Ésaïe 8.1) parle d’une écriture « humaine » (ènôch) pour la différencier probablement de l’écriture divine. Les caractères de l’hébreu archaïque offrent une frappante ressemblance avec l’écriture phénicienne, ce qui s’explique, car les Israélites empruntèrent l’écriture à leurs voisins de Phénicie. Quant à l’écriture hébraïque actuelle, à lettres carrées, que Jésus a connue, le Talmud la désigne sous le nom d’écriture assyrienne. Il prétend que les Juifs l’ont rapportée de l’exil et qu’Esdras s’en est servi pour transcrire les livres sacrés.
L’alphabet israélite comprend vingt-deux lettres qui correspondent à une trentaine de sons. Il ne comporte pas de voyelles. La plupart de ces lettres désignaient par leur nom des objets auxquels elles ressemblaient, tels le vâv, piquet, le tâv, croix. Sur l’ordre de succession de ces lettres nous sommes renseignés par les morceaux poétiques dits alphabétiques (voir ce mot).
Comme l’arabe et d’autres langues sémitiques, l’hébreu s’écrit de droite à gauche, et du haut en bas de la page comme toutes les langues européennes. On connaît de rares exemples, plus communs dans les vieilles inscriptions grecques, d’écriture changeant de direction à chaque ligne, c’est-à-dire tracée alternativement de droite à gauche et de gauche à droite, à la façon du laboureur creusant des sillons ; d’où le nom donné à ce genre d’écrit : boustrophédon (grec bous = bœuf, stréphe In = tourner).
L’Ancien Testament renferme quelques documents qui peuvent remonter à une époque antérieure à David (Genèse 4.23 et suivant, Nombres 21.17 ; Josué 10.12 et suivant, etc.). Mais ce n’est qu’avec David qu’il est question pour la première fois d’un scribe officiel (2 Samuel 8.17) ; quant à la date où l’écriture aurait été employée pour la première fois en Palestine, on en est réduit aux hypothèses, Il est probable que dès avant leur établissement en Canaan, les Israélites connaissaient, sans peut-être l’employer, l’écriture hiéroglyphique. Peut-être avaient-ils quelques spécialistes versés dans la connaissance de l’écriture ; lorsque les immigrés furent fixés en Canaan, ils empruntèrent sans doute le langage et l’écriture des habitants ; peut-être même des maîtres furent-ils mandés de Phénicie pour populariser leur science.
Les plus anciens documents en caractères hébraïques que nous possédions sont le « calendrier agricole » de Guézer, les « ostraca » de Samarie et de Beth-Sémès (IXe siècle), divers cachets (le plus connu est celui de Chema, serviteur de Jéroboam, VIIIe siècle) et la célèbre inscription de Siloé, commémorant la percée du tunnel d’Ézéchias (2 Rois 20.20 ; 2 Chroniques 32.2 ; 2 Chroniques 32.3 ; 2 Chroniques 32.30), du VIIIe siècle aussi.
On ne connaissait pas d’autres signes graphiques que des lettres, dont les diverses combinaisons représentaient des chiffres. La séparation des mots par des traits diviseurs n’était pas communément employée, ce qui a provoqué de nombreuses erreurs dans le texte de l’Ancien Testament. Quant à l’orthographe, elle a été fixée par l’histoire du mot, conservant ainsi, très probablement, des éléments d’une prononciation antérieure : elle est étymologique autant que phonétique. De l’influence de la phonétique on a un exemple caractéristique dans Juges 12.6 à propos de la prononciation du mot schibboleth
Tableau : Alphabet Hébreu et Grec
La diffusion de l’écriture et les circonstances historiques (Influence des peuples voisins, exil, etc.) modifièrent par la suite la forme de l’écriture archaïque (dont la variété s’est perpétuée dans l’écriture samaritaine). Des papyrus, récemment découverts à Éléphantine et datant du Ve siècle, portent une écriture plus aisée, plus cursive. L’hébreu dit carré, à cause de la forme de ses caractères, pourrait remonter, suivant la tradition, au temps d’Esdras, mais historiquement on doit le dater du IIe siècle avant notre ère (200-150). Il diffère considérablement de l’hébreu ancien. Un siècle environ après l’ère chrétienne, il fut supplanté par le syriaque, bien qu’on le retrouve postérieurement sur des pièces de monnaie. À ce moment, il fut élevé par les rabbins au rang d’écriture sacrée. Parmi les modifications qu’ils apportèrent pour renforcer le caractère hiératique de l’écriture, il faut signaler la création des points-voyelles. Cette création remonte probablement au VIe siècle de notre ère ; le Talmud, en effet, composé vers le IVe siècle, n’en porte pas de trace, mais les premiers manuscrits bibliques, qui sont du XIe siècle, ont ajouté au texte la notation nouvelle. Les Juifs du Caire, ayant transcrit le texte sacré en caractères arabes, n’eurent pas à utiliser les points-voyelles ; les documents profanes ne les comportent pas non plus, ce qui confirme le caractère hiératique de cette écriture.
Parmi les autres signes ajoutés aux lettres, il faut signaler les puncta extraordinaria, c’est-à-dire exceptionnels, sans doute assez anciens (par exemple dans le texte hébreu de Genèse 33.4). La rature est désignée par un terme signifiant essuyer, effacer (Exode 32.33), ce qui pouvait se faire parfois avec de l’eau (Nombres 5.23). Aux temps rabbiniques, on voit apparaître un mot signifiant gratter (comparez à l’image employée par saint Paul dans Colossiens 2.14). Après l’achèvement du Talmud, on crée tout un système de signes indiquant la vocalisation, en vue de la lecture publique. Les variantes connues sous le nom de qeri (signifiant : ce qui se prononce), par opposition à kethib (signifiant : ce qui est écrit), datent d’époques diverses. Pour le procédé d’écriture cryptographique appelé atbach, voir Sésac.
IV Les écrivains
Nous ne sommes pas renseignés explicitement sur le degré d’instruction des Israélites. Ce fut probablement d’abord le privilège des classes élevées. Mais l’écriture devait être assez généralisée aux IXe et VIIIe siècle (Jérémie 36 ; Deutéronome 6.9 ; Deutéronome 24.1). Les ostraca, les anses estampillées, prouvent que les simples travailleurs savaient écrire, de même qu’au XIIIe siècle un modeste contremaître pouvait déjà tracer une inscription sur le puits d’une tombe royale de Byblos. Si, d’après le Deutéronome (Deutéronome 31.24), Moïse transcrit lui-même la Loi, si les rois écrivent de leur propre main (Deutéronome 17.18), le livre de Samuel (2 Samuel 8.17) mentionne pourtant auprès de David la présence d’un secrétaire ou chroniqueur. Jézabel écrit des lettres (1 Rois 21.8), de même Jéhu (2 Rois 10.1) ; le roi de Syrie en expédie, lui aussi, au roi d’Israël (2 Rois 5.6) ; Ézéchias en reçoit de ses adversaires, les rois de Babylone et d’Assyrie (2 Rois 20.12 ; 2 Rois 19.14).
Jusqu’à l’exil l’écriture fut surtout employée dans les actes officiels : chroniques gravées sur la pierre, notes royales, contrats de vente, lettres de divorce (Jérémie 3.8 ; Jérémie 32.14). La conception de la Loi comme document écrit date d’après l’exil ; auparavant, c’est la tradition orale qui avait été le véhicule exclusif de l’histoire ; les événements du passé étaient commémorés par des cérémonies dont le sens était fourni oralement. Le père était l’instructeur du fils (Exode 13.8). La formule de la tradition historique est fourme par Psaumes 44.2 : « Nous avons entendu de nos oreilles et nos pères nous ont raconté. »
V Les matériaux
Comme les autres peuples, les Hébreux ont écrit sur toute surface, plane ou courbe, quelle qu’en fût la matière ou la forme : pierres, briques, tessons de poteries (appelées aujourd’hui ostraca), métal, feuilles ou écorces, tablettes de bois enduites de cire, peaux préparées, papyrus, parchemin, etc.
Le terme hébreu kâthàb ne nous apprend rien sur la nature des matériaux employés ; le terme, ainsi qu’il apparaît par l’analogie arabe katîbah (régiment), doit s’entendre d’une liste, d’un rôle (Juges 8.14 ; Ésaïe 10.19 ; Osée 8.12). L’Ancien Testament mentionne toutefois un certain nombre de matériaux communément employés. Nombres 17.3 signale de grossiers morceaux de bois ; ce procédé développé aboutit à des tablettes ou à des lames de bois poli (Ézéchiel 37.16). Les inscriptions dans la pierre furent remplacées par des textes, souvent assez longs, gravés selon la pratique des Babyloniens et des Assyriens (Exode 24.12), sur des tablettes d’argile, réservées d’abord aux actes juridiques, et généralisées après le VIIIe siècle, pour les relations épistolaires. Les tablettes de Tell el-Amarna datent de 1380 avant Jésus-Christ. Jérémie 32.10 ; Jérémie 32.12 fait allusion à une telle tablette d’argile, renfermée dans une enveloppe de même matière.
Les métaux, l’or, l’argent, mais surtout le plomb, taillés en lamelles polies, ont été très employés. On gravait ces lames au moyen d’un style ordinairement à pointe de fer, plus rarement à pointe de diamant (Jérémie 17.1). Parfois, dans les caractères ainsi tracés, on coulait du plomb pour en prolonger la durée (Job 19.24).
Pour de brèves lettres, contrats, notes scolaires, on utilisait des lames de bois enduites de cire (Luc 1.63), la surface de cire étant protégée par un cadre de bois en relief. On assemblait parfois, au moyen d’une lanière, deux ou trois tablettes (diptyque, triptyque), et on y joignait aussi une sorte de poignée pour les suspendre.
Vers la fin de la royauté, les tablettes de cire, encombrantes et fragiles, furent remplacées par des rouleaux de papyrus (Jérémie 36.2 ; Ésaïe 34.4 ; Apocalypse 6.14). Le papyrus (voir Jonc, Papyrus), fabriqué dès la plus haute antiquité en Égypte, avec la fibre d’un roseau de 4 à 5 mètres, apparaît en Palestine avant la fin du VIIe saint Pour le préparer, la plante était découpée en bandes très fines, dans le sens de la longueur ; ces bandes étaient placées les unes sur les autres en angle droit. Puis le tout, pressé et gommé, constituait une sorte de pâte homogène que l’on polissait à l’aide d’une pierre ponce ou d’un coquillage rugueux. Les dimensions ordinaires de chaque feuille étaient de 7 cm ½ à 22 cm ½ de large sur 15 cm à 48 cm de long. Pour la transcription de textes étendus, on collait les feuilles les unes à la suite des autres ; on cite des rouleaux qui dépassaient ainsi 40 mètres. Chaque rouleau constituait un livre (biblos). On écrivait généralement sur le côté du rouleau où les fibres étaient rangées horizontalement ; la feuille était enroulée ensuite autour d’un cylindre (omphalos) dont les bouts (kerata) dépassaient. Les bords du rouleau étaient enfin limés à la pierre et colorés, généralement en noir. Les rouleaux composant un même ouvrage portaient, sur leur bord extérieur, une petite bande avec le titre (sillubos) et étaient placés ensuite dans un coffret (kistè, kibôtos). L’absence d’étiquette provoquait naturellement des erreurs ; il est possible que le fragment Romains 16.1 ; Romains 16.23 ait ainsi formé un rouleau séparé, confondu à un certain moment avec les rouleaux contenant l’épître aux Romains (voir article).
Pour protéger les rouleaux des souris, on les trempait dans l’huile de cèdre ; mais on ne pouvait les garantir de l’usure et des cassures. Le bord extrême du rouleau se détériorait rapidement ; la perte de la finale de Marc peut être due à un accident de ce genre.
Parallèlement à l’emploi du papyrus, et peut-être à une époque plus ancienne, les Hébreux confièrent leurs écritures à des peaux (diphtkéraï). Le roi de Pergame, Eumène II, perfectionna le travail des peaux en vue de l’écriture, et les peaux ainsi travaillées, non tannées mais macérées dans du lait de chaux et polies, portèrent dans la suite le nom de leur lieu d’origine (pergamènè, adjectif), d’où le terme de parchemin.
Les instruments employés pour l’écriture variaient naturellement suivant les matériaux. Nous avons déjà parlé du stylet (stulos), tige pointue, en bois, en ivoire ou en métal, terminée parfois par une partie plate pour étaler la cire. L’Ancien Testament ne mentionne pas la plume ; le burin de fer de Job 19.24 est une sorte de ciseau à froid pour entailler la pierre ; et le crayon du charpentier de Ésaïe 44.13 devait être un style, ou pointe métallique, pour marquer le bois. Pour écrire sur le papyrus ou le parchemin, on employait le calante, roseau taillé en pointe. L’encre est mentionnée dans Jérémie 36.18. Elle était probablement faite de suie, de fine poussière de charbon de bois et de gomme, le tout dilué dans de l’eau. D’après Exode 32.33 et Nombres 5.23 cette encre pouvait être effacée. Le terme qu’emploie le Nouveau Testament pour encre (melari) se rencontre trois-fois : 2 Corinthiens 3.3 ; 2 Corinthiens 3.2 ; Jean 1.12 ; Jean 1.3 ; Jean 1.13.
L’écritoire de Ézéchiel 9.2 était un encrier attaché par une lanière à la taille. Nous aurons signalé tous les instruments utilisés par les Israélites en mentionnant enfin l’éponge (spoggos) pour nettoyer le calame et effacer, et le canif (xuron) pour tailler et gratter (Jérémie 36.23). Une règle de plomb (kanôn) servait à tracer les lignes et les marges (d’où l’expression figurée de saint Paul dans Galates 6.16) ; certains manuscrits portent encore les traces d’un compas dont l’écartement réglait les colonnes. Voir l’art, sur les Papyrus.
A. W. d’A. et A. P.
Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com
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