Dictionnaires bibliques

Baptême

Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Baptême », un article après l’autre.

Dictionnaire de la Bible (Bost)

Ce mot indique primitivement l’acte de plonger, de tremper, puis de laver et de nettoyer. Dans l’original du passage (Marc 7.8), il y a « le baptême des pots et des coupes ». Pris dans le sens religieux, ce mot n’implique pas nécessairement, quoique certaines congrégations le prétendent, l’idée d’une immersion totale. Tous les passages allégués en faveur de cette assertion peuvent admettre une interprétation moins littérale, et indiquer seulement que celui qui devait recevoir le baptême, et celui qui devait l’administrer, entraient l’un et l’autre des pieds dans l’eau à une hauteur indéterminée, et que ce dernier répandait peut-être avec la main de l’eau sur la tête du néophyte (voir Actes 8.38). Le mot de l’Évangile, que Jean baptisait à Énon « parce qu’il y avait là beaucoup d’eau » (Jean 3.23), ne prouve pas davantage cette immersion absolue. Dans ces pays brûlants, les torrents, et jusqu’à un certain point les rivières, sont sujets à se dessécher presque entièrement dans certaines saisons de l’année ; on vit un roi, Achab, et l’un de ses principaux officiers, se mettre personnellement en chemin pour aller chercher des endroits un peu arrosés, (1 Rois 18.5-6. v. encore 2 Rois 3.9), etc.). Dans le passage de l’Évangile qu’on vient de citer le mot beaucoup pourrait donc parfaitement signifier ce qu’ici, dans la zone tempérée, nous appellerions un peu, d’autant plus que le mot eaux est dans le grec au pluriel ; ce qui semblerait indiquer, presque avec certitude, non pas une eau profonde, mais une grande ramification du torrent, qui permettait peut-être à Jean-Baptiste de faire baptiser simultanément en plusieurs endroits. La raison la plus puissante peut-être pour repousser l’idée des baptêmes par immersion totale, c’est l’obligation absolue où aurait été la multitude qui venait se faire baptiser par Jean au désert (Marc 1.5), d’apporter des vêtements de rechange et de se déshabiller ainsi complètement, hommes et femmes. La chose semble inadmissible et impraticable. À combien plus forte raison dans nos climats, et dans les profondeurs du Nord ! On allègue que le baptême chrétien devant être l’image d’un ensevelissement, et de la mort à une vie précédente, à laquelle succède une résurrection, l’immersion totale représente mieux la chose. Mais l’Évangile n’est pas si matériel qu’il s’asservisse à représenter à ce point-là les idées qu’il veut figurer. Il donne quelques signes, et celui qui a de l’intelligence comprend.

Nous venons de dire quel est le sens du baptême, du moins du baptême chrétien ; et pour nous borner à ce qui regarde l’Écriture sainte, il nous semble que c’était même la signification de toutes les espèces de baptêmes religieux dont nous parle la Bible ; car elle en indique plusieurs à différentes époques de la vie théocratique, et différents peut-être dans les cérémonies qui en accompagnaient l’application. Jacob et sa famille se lavèrent avant de s’approcher de Dieu à Béthel (Genèse 35.2). Les Hébreux en firent autant avant d’entrer dans l’alliance de l’Éternel en Sinaï (Exode 19.14 ; 1 Corinthiens 10.2). Aaron et ses fils se lavèrent également lorsqu’ils furent initiés à la sacrificature (Exode 29.4). Enfin, sous le ministère de Jean, même avant le baptême chrétien proprement dit, le baptême devint le sceau de la nouvelle alliance, ayant alors déjà la même signification qu’il eut plus tard, bien qu’il n’annonçât pas aussi clairement la doctrine du Père, du Fils et du Saint-Esprit (Actes 19.3). Dans ces différents cas, et quel que soit le sens spécial que pourraient donner à la chose ceux qui étaient lavés, le baptême était toujours un rite d’initiation.

Quant au baptême chrétien, la belle signification dont nous venons de parler est positivement indiquée par Paul (Romains 6.3-11) ; elle est pleine de grandeur et correspond exactement aux idées que se faisaient déjà les esséniens, et que se sont faites, après eux, les moines catholiques romains, du renoncement au monde qui doit caractériser toute âme vraiment pieuse. Seulement les deux sectes que nous indiquons ici bornaient ce renoncement à quelques individus dont elles faisaient une sorte d’élite, tandis que Jésus et son Évangile imposent cette sainte et douce obligation à tout fidèle. Dans ce sens-là, le baptême d’un homme qui embrasse la foi correspond presque en tout point à ce qu’est la prise du voile chez une religieuse, l’endossement de l’uniforme chez un militaire, la robe virile chez les Romains. Ce n’est qu’un type, un symbole, mais un symbole parlant. Et c’est par ces considérations qu’on doit expliquer ce qui est dit dans l’endroit de l’épître aux Romains, indiqué plus haut, « que nous sommes ensevelis avec Christ par le baptême : » c’est évidemment par la foi en Christ, et par le don que nous lui faisons de nous-mêmes, que nous sommes ensevelis avec lui, et non par la cérémonie même. Mais comme le symbole se liait étroitement, pour ceux à qui Paul écrivait, à la foi dont il s’agit, l’apôtre argumente de l’un comme de l’autre. Cela se fait tous les jours : il n’est pas un militaire à qui l’on ne puisse dire : Tes épaulettes, ta cocarde, ton uniforme t’ont fait renoncer à ton père et à ta mère, au foyer de ta famille, et à ses douceurs ; tu es mort à la vie civile, tu ne vis plus que pour défendre ta patrie et pour obéir à tes nouveaux supérieurs.

Sans doute cette signification symbolique du baptême s’applique bien plus naturellement et plus réellement à ceux qui ont reçu le baptême après avoir embrassé l’Évangile par conviction, qu’à ceux qui l’ont reçu enfants. Mais, dans les deux cas, elle reste pourtant. Et peut-être, ce qu’on peut dire de plus sage en faveur du baptême des enfants (la Bible laissant cette question pour le moins indécise), c’est que la foi étant un devoir aussi bien que le moyen du salut, l’enfant du chrétien peut être consacré au Seigneur, même avant son consentement, comme on voit un enfant né dans la troupe, porter dès ses plus jeunes années le costume de soldat, quitte à lui de refuser plus tard, ou même de déserter. Ce n’est du reste pas ici le lieu d’examiner la question difficile et délicate du baptême des enfants.

Un passage assez obscur, relatif à ce sujet, et qui est, selon nous, généralement mal traduit, est celui où Pierre dit que le baptême qui nous sauve n’est pas celui par lequel sont nettoyées les impuretés de la chair 1 Pierre 3.21). On ajoute ensuite : « Mais c’est la promesse faite à Dieu d’une conscience pure » (ou quelque autre version semblable). Il faut traduire : Mais c’est la recherche que fait de Dieu une conscience pure.

Le baptême n’est qu’un symbole, mais ce serait se tromper grandement que d’en conclure qu’il peut être négligé ou aboli, comme chez les quakers, par exemple. Les symboles sont une des choses qui ont les racines les plus profondes dans la nature humaine ; le peuple est plein de cette idée. Des barbares font un pacte, et ils élèvent une pierre sur le lieu de la transaction, « afin qu’elle soit témoin de leurs promesses ». Un juge prononce une sentence de mort, il brise un bâton en la prononçant ; tous les assistants frémissent. Un manœuvre revêt l’uniforme, c’est un homme nouveau. Un prêtre romain élève son idole, et chacun peut apercevoir le frémissement qui parcourt l’église au moment où la foule adore, sans s’en douter, le Numen... Satan, qui s’est mis sous le symbole à la place de Dieu !

Les symboles, la représentation des choses spirituelles par des objets ou des actes matériels, se retrouvent dans l’Écriture, comme ils se trouvent dans la nature. Ils sont un besoin, et souvent un moyen, un secours, une obligation ; ils sont aussi une profession, un acte public, et c’est dans ce sens, mais dans ce sens seulement, que Jésus parlant à Nicodème (Jean 3.3), met le baptême d’eau sur la même ligne que le baptême d’esprit.

La controverse relative au baptême des adultes, toujours fort vive en Angleterre, aux Etats-Unis et aux Indes Orientales, n’a jeté qu’une lueur fugitive sur le continent, où des questions malheureusement bien plus graves, ont dû forcément accaparer et absorber l’attention des chrétiens. C’est à Genève, en 1825, que cette question a été le plus chaudement discutée (la Famille Baptiste, la Famille Baptisée, etc.) ; dès lors les baptistes suisses, tout en conservant leurs principes, se sont fondus dans les troupeaux déjà existants ; quelques Eglises pédo-baptistes ont même pris des mesures spéciales, destinées à faciliter aux baptistes leur admission sans gêner en rien leur conscience. Parmi les rares ouvrages publiés en France en faveur du baptême exclusif des adultes, nous citerons, comme complet et curieux, le « Catéchisme du Baptême » d’après les saintes Écrituress et un grand nombre d’auteurs pédobaptistes (Douai 1843), Des rapports entre le Baptême et la Cène (1849), Recherches sur le Baptême, par J.-B. Crétin.

Au reste, la question de fond ne peut sérieusement souffrir de difficultés ; le baptême des petits enfants est la conséquence logique du système des Eglises nationales ; le baptême des adultes, des adhérents, des professants, est la conséquence logique du système des Eglises de professants, quelque nom qu’on leur donne d’ailleurs, Eglises indépendantes, libres, dissidentes ou autres. L’Eglise primitive baptisait ceux qui croyaient, parce qu’alors, l’accession à l’Eglise était un fait individuel et volontaire ; si l’on fait de l’Eglise, en en dénaturant la notion, un établissement d’évangélisation et d’appel, point de vue qui peut se soutenir par des raisons spirituelles et morales plutôt que scripturaires et ecclésiastiques, le baptême des enfants est justifié ; les baptisés sont les appelés ; mais si l’Eglise ne comprend que les adhérents ou les élus, le baptême n’appartient plus qu’aux adultes. L’honorable B. Noël, en quittant l’Eglise anglicane, s’est fait rebaptiser ; il a été plus logique dans sa conduite que ceux qui l’ont précédé ou suivi en Suisse, en Ecosse et en France ; il n’a pas quitté un nationalisme pour un autre.

Les baptistes compromettent souvent leur cause par l’étroitesse et l’exclusivisme avec lequel ils s’attachent, non seulement à leur point de vue quant au baptême des adultes, mais encore au baptême par immersion. Une forme n’est pas un dogme fondamental. À cet égard, ils subiront aussi l’influence de l’alliance évangélique.

Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com

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Lexique de la Bible (Lelièvre)

Le Nouveau Testament nous parle du baptême de Jean et du baptême chrétien ; mais la Bible (Ancien et Nouveau Testaments) nous fait connaître des coutumes analogues, pratiquées dans le judaïsme, fort en vogue au temps de Jésus, et qui n’ont certainement pas été sans influence sur l’apparition du baptême de Jean (Le 14 ; Nombres 19 ; 2Ro 5.10 ; voir Ablutions). Nous savons par d’autres témoignages, extra-bibliques, que les prosélytes (voir ce mot) n’étaient admis dans la communauté juive qu’après une cérémonie purificatrice qui était un véritable baptême. La secte des Esséniens usait aussi de bains purificateurs. La Bible parle d’ailleurs souvent de l’eau comme d’un symbole de la purification (Esa 1.16 ; Zac 13.1 ; Eze 36.24-30).

Si ces coutumes et ces textes ont contribué à inspirer à Jean l’idée de son baptême, il faut cependant remarquer qu’aucune indication biblique ne nous permet de préciser la signification qu’il donnait à cet acte. Y voyait-il une purification rituelle, analogue à celle des prosélytes, ou simplement un symbole de la repentante ? Les évangélistes établissent bien un rapport entre le baptême et la repentante, mais ne songent pas à en préciser la nature. On notera néanmoins que la repentante devant, une fois pour toutes, inaugurer une vie meilleure chez le disciple de Jean, le baptême qui l’accompagne ne sera pas un acte à reproduire sans cesse, comme la plupart des ablutions cultuelles de l’époque : il marquera, d’un signe unique, l’orientation nouvelle d’une vie transformée.

Sur la question des origines du baptême chrétien, les livres du Nouveau Testament ne nous apportent que très peu de clarté. A cet égard, le baptême de Jésus par Jean-Baptiste ne nous apprend rien, car il ne nous fait pas sortir dur cercle d’activité du Précurseur. Pour des raisons que nos Evangiles ne précisent pas, Jésus a voulu être baptisé par Jean, mais il n’en résulte pas qu’il ait introduit le baptême de Jean dans sa propre activité missionnaire. Nulle part les trois synoptiques (Mt Marc et Luc) ne nous montrent Jésus ou ses disciples baptisant ceux qui se laissent gagner par leur prédication. Un seul texte, dans l’Evangile de Jean (Jean 3.1-3), nous présente un tableau différent de leur ministère : « Ayant su que les Pharisiens avaient ouï-dire qu’il faisait plus de disciples et baptisait plus que Jean (quoiqu’il ne baptisât pas lui-même, c’étaient ses disciples qui baptisaient), le Seigneur quitta la Judée et repartit pour la Galilée ». Si ces lignes sont historiquement vraies, il n’y a qu’un moyen d’en maintenir le témoignages côté de celui qui se dégage du silence absolu des trois premiers évangiles c’est d’admettre que Jésus ait d’abord autorisé ses disciples, particulièrement peut-être ceux qui avaient été disciples de Jean, à baptiser, mais que cette autorisation ne concerne que les premiers temps de son activité, auxquels se rapporte le texte ci-dessus. Dans la suite, Jésus aurait entièrement rayé le baptême de son programme d’Évangélisation. On comprendrait alors que les anciens disciples du Baptiste n’ayant continué l’activité de leur premier maître que fort peu de temps, les Synoptiques aient pu négliger de rapporter ce fait ou même l’avoir oublié, et le témoignage de leur silence garderait toute sa valeur : le baptême n’a pas eu de place dans le ministère proprement dit de Jésus. Mais il faut bien voir aussi qu’une autre conclusion découlerait de là : c’est que Jésus, à un moment de son ministère, et de fort bonne heure, aurait pris position contre le baptême, et cette considération serait absolument concluante dans la question, souvent discutée, de savoir si Jésus, selon l’expression consacrée, a « institué » le baptême.

En faveur de cette institution du baptême par Jésus, on ne peut invoquer qu’un texte, Mt 28.19. Jésus, ressuscité, dit aux onze : « Allez faire de toutes les nations mes disciples, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du saint Esprit ». Ce texte est appuyé par tous les manuscrits et toutes les versions que nous possédons, mais ne l’est pas avec la même unanimité par les citations des Pères de l’Église et il est certain que ces citations ont été tirées de manuscrits plus anciens qu’aucun de ceux que nous possédons. Il faut alors tenir compte du fait qu’Eusèbe de Césarée (mort en 340), qui cite vingt-cinq fois le texte en question, le reproduit vingt et une fois sous une forme où il n’est pas question du baptême. Quatre fois seulement le texte apparaît avec la forme que nous lui connaissons, mais deux fois dans des ouvrages dont l’authenticité n’est pas certaine et une fois dans une traduction en langue syriaque où la citation peut être imputable au traducteur. Ajoutons que ces quatre cita lions sont de la dernière période de la vie d’Eusèbe. Il semble donc bien que jusqu’au commencement du IVe siècle beaucoup de manuscrits aient mis dans la bouche du Christ ressuscité une recommandation dernière à ses disciples où il n’était pas fait mention du baptême. Si telle fut, comme il est probable, la forme primitive de Mt 28.19, la question de l’institution du baptême par Jésus est tranchée par la négative et toute contradiction disparaît entre la pratique de l’évangélisation par Jésus durant son ministère et la suprême recommandation du Ressuscité à ses disciples. La forme actuelle du texte serait le fait d’un copiste prêtant au Christ la doctrine de l’Église de son temps.

Reste alors la question de savoir pourquoi l’Église naissante a, dès l’abord adopté le baptême que Jésus avait répudié.

A cette question, ni les Actes des Apôtres ni les Epîtres ne nous donnent de réponse. Peut-être la seule conjecture qui explique, en une certaine mesure, ce fait surprenant doit-elle être tirée de la composition même de l’Eglise des premiers jours, beaucoup plus nombreuse qu’on ne l’imagine souvent, même avant la Pentecôte (1Co 15.6), et où les apôtres, malgré le respect dont ils étaient entourés, peuvent avoir été débordés, quant à leur influence sur le développement des idées, par une masse journellement croissante, au sein de laquelle figuraient sans doute des personnages plus instruits qu’ils ne t’étaient eux-mêmes (Ac 6.7 ; 15.5). Comment auraient-ils résisté à la pression d’une opinion dont ils étaient sans doute à peine détachés eux-mêmes et qui fit prévaloir dans la jeune Eglise une tendance rituelle largement répandue dans le judaïsme de l’époque ?

Ce baptême, que l’Eglise primitive a pratiqué dès ses origines, comment l’administrait-elle ? Le Nouveau Testament est très sobre de détails à cet égard, et son silence absolu sur certains points, très controversés dans la suite de l’histoire chrétienne, explique les divergences de doctrine et de pratique auxquelles la question du baptême a donné lieu.

Méthode. — Baptisait-on par immersion ou par aspersion ? Aucune description biblique de la cérémonie ne nous permet de répondre à cette question de façon péremptoire. Le fait que le baptême était, — dans certains cas tout au moins — administré en un lieu où se trouvait une eau courante (Ac 8.36), et qu’alors le néophyte et celui qui le baptisait entraient tous deux dans l’eau, n’implique pas nécessairement une immersion totale, que le peu de profondeur de la plupart des rivières orientales rend d’ailleurs improbable. Debout dans l’eau, le baptisé, dans de telles circonstances, devait simplement être aspergé. Ainsi déjà pouvait avoir pratiqué Jean-Baptiste, même dans la rivière profonde qu’était le Jourdain. En tous cas, le récit du baptême de Jésus (Mt 3.16 et Marc 1.9-10) ne permet pas d’affirmer le contraire.

Nous savons en outre que les Juifs, qui connaissaient et pratiquaient, dans certains cas, le bain purificateur, en étaient venus, dans la plupart des cas, sans cloute à cause de la rareté des eaux profondes, à se contenter d’aspersions ou d’ablutions partielles, symbolisant l’immersion. On sait quel rôle joue le symbole dans les rites religieux de la plupart des religions et l’on sait en particulier qu’à la base de beaucoup de pratiques rituelles de caractère magique se trouve l’idée que la partie équivaut au tout. On peut s’expliquer ainsi la substitution, chez les Juifs, du rite d’aspersion au rite d’immersion ; et il ne serait pas surprenant qu’une semblable substitution ait passé de l’usage juif à l’usage chrétien.

Il faut ajouter qu’en grec, la langue du Nouveau Testament, le verbe baptiser ne s’applique pas seulement au baptême proprement dit (celui de Jean-Baptiste ou celui de l’Eglise), mais également aux ablutions partielles des Juifs. Dans l’Evangile de Luc (Lu 11.33), nous voyons les Pharisiens s’étonner que les disciples de Jésus « ne se soient pas baptisés » avant le repas. Nos versions françaises traduisent avec raison : « qu’ils ne se soient pas lavés » ou « qu’ils n’aient pas pratiqué les ablutions ». Le mot baptême, dans la langue du Nouveau Testament, n’implique donc pas par lui-même, l’idée d’immersion.

En faveur de la pratique du baptême par immersion, dans l’Eglise primitive, on invoque parfois un texte de l’Apôtre Paul : « Nous avons été ensevelis avec lui (Jésus-Christ) par le baptême en sa mort » (Romains 6.3). L’image de l’ensevelissement, dit-on, ne peut s’appliquer qu’à un baptême où le corps disparaît momentanément dans l’eau. Mais si cet argument devait être retenu, impliquerait-il que l’immersion, pratiquée quand les circonstances le permettaient, n’ait pas été remplacée, dans des circonstances moins favorables et peut-être dans la généralité des cas, par l’aspersion ? Il se pourrait qu’en droit le baptême eût impliqué l’immersion et qu’en fait il fît souvent place à l’aspersion. Si la comparaison de Paul"comporte la conclusion qu’on en tire, il pouvait encore la faire en songeant au baptême dans sa forme la plus complète.

Ce qui résulte de l’examen des textes c’est qu’aucun d’entre eux ne nous contraint d’attribuer l’introduction du baptême par aspersion à l’Eglise du IIe ou du IIIe siècles et de l’expliquer par son infidélité aux usages primitifs.

Age. — Baptisait-on les adultes seuls ou aussi les enfants ? A cette seconde question les textes ne répondent pas davantage.

Assurément le baptême était en principe administré aux nouveau-convertis, aux hommes et aux femmes qui se repentaient de leurs péchés, devenaient disciples du Christ et entraient dans l’Eglise, ce qui semble bien exclure le baptême des petits enfants.

En faveur de ce baptême des enfants les seuls textes que l’on invoque sont loin d’être décisifs : ce sont ceux où il est spécifié que tel ou tel converti a été baptisé « avec sa famille » (Lydie Ac 16.15), « avec tous les siens » (le geôlier de Philippes : Ac 16.33) ou « avec sa maison » (Stéphanas : 1Co 1.16). Il est à peine nécessaire de faire remarquer que les familles ci-dessus désignées pouvaient fort bien ne pas comprendre d’enfants, et il faut ajouter que les écrivains sacrés n’auraient pas hésité à parler de familles baptisées même si les enfants en bas âge qui en faisaient partie n’avaient pas reçu te baptême. Il n’y a rien à tirer de ces textes pour trancher la question qui nous occupe.

Il faut, croyons-nous, en dire autant de la comparaison faite par l’Apôtre Paul entre le baptême et la circoncision (Colossiens 2.11-12). Du fait que la circoncision était, en principe, pratiquée sur les nouveau-nés, on tire la conclusion que Paul n’en aurait pas rapproché par la pensée le baptême, si celui-ci n’avait été donné qu’aux adultes. L’argument est loin d’être probant : non seulement parce qu’une comparaison ne comporte pas nécessairement le degré de précision qu’on lui prête ici, mais encore parce que la circoncision n’était pas, selon la loi cérémonielle des Juifs, réservée aux petits enfants seuls, mais qu’elle était exigée des païens adultes qui embrassaient le judaïsme.

On ajoute, il est vrai, que si le judaïsme était si soucieux d’imprimer, par la circoncision, sa marque sur les petits enfants pour les agréger ainsi visiblement à la communauté sainte d’Israël, il n’était guère possible que le Christianisme naissant, avec sa doctrine de l’Eglise corps du Christ et avec sa sollicitude pour les enfants, « saints » comme les adultes (1Co 7.14), n’ait pas eu la même préoccupation et n’ait pas étendu le baptême aux nouveau-nés. Nous savons, certes, que c’est à des vœux semblables que l’Eglise donna satisfaction à l’époque, quelle qu’elle soit, où elle commença à baptiser les enfants ; mais aucun texte ne nous autorise à affirmer qu’elle le fit dès la première heure. Il est vrai qu’aucun ne nous permet davantage de le nier. Ici encore, la Bible ne répond pas à nos questions.

Formule. — On sait quelle est la formule traditionnelle du baptême chrétien, administré « au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ». Cette formule apparaît de très bonne heure dans l’Église où l’on n’a cessé de la justifier par le texte Matthieu 28.19. Nous avons vu ce qu’il faut penser de ce texte. A ce que nous avons dit de sa forme originelle la plus probable, nous devons ajouter maintenant que la formule trinitaire n’apparaît nulle part dans la pratique du baptême telle qu’elle nous est décrite dans le Nouveau Testament et particulièrement dans le livre des Actes des Apôtres. Dans tous les cas où une formule baptismale est indiquée, cette formule ne mentionne que Jésus seul. On baptisait alors « au nom de Jésus-Christ » (Ac 2.38 ; 10.48) ou « au nom du Seigneur Jésus » (Ac 8.16 ; 19.5 ; comparez 1Co 1.13 ; Romains 6.3 ; Galates 3.27). Aucun indice ne nous permet de conclure à l’emploi d’une autre formule dans l’Eglise primitive.

Signification. — C’est surtout Paul qui nous renseigne sur la signification du baptême pour les premiers chrétiens.

1° Le baptême est le signe de l’union mystique du chrétien avec le Christ mort et ressuscité, le symbole d’une mort et d’une résurrection spirituelles (Romains 6.1 ; Colossiens 2.11) et même d’une identification morale avec le Christ (Galates 3.27).

2° Le baptême est accompagné du don du saint Esprit (1Co 12.12).

3° Il signifie l’agrégation au corps du Christ qui est l’Église (ibid.).

Lexique de la Bible — Charles Lelièvre, source levangile.com

L’article dans Lelièvre

Dictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)

1.

L’Ancien Testament ne contient aucune indication laissant supposer que le baptême existait comme rite avant l’époque où Jean-Baptiste le pratiqua au Jourdain. Mais le judaïsme ordonnait des ablutions et leur donnait non pas seulement une valeur d’ordre hygiénique, mais aussi un sens religieux (Lévitique 14.8 ; Nombres 31.21-24) ; cf. aussi l’épisode de Naaman le Syrien (2 Rois 5.8 ; 2 Rois 5.14). La secte des Esséniens (voir ce mot) observait la purification par l’eau et il y avait une cérémonie analogue imposée aux prosélytes (voir ce mot) au moment de leur entrée dans le judaïsme. En tout cas les mêmes termes grecs (baptizeïn, etc.) sont employés dans le Nouveau Testament pour désigner les ablutions juives (Marc 7.4; Luc 11.38 ; Hébreux 9.10 ; Hébreux 6.2) et le baptême de Jean ou plus tard le baptême chrétien. Les prophètes ont souvent employé l’image de l’eau quand ils parlaient du changement de vie et du renouvellement du cœur qu’ils espéraient voir se réaliser chez les Israélites (Ésaïe 1.16 ; Zacharie 13.1 ; Ézéchiel 36.24-30) ; ils avaient l’habitude d’appuyer leurs prédications par une démonstration concrète et accompagnaient les images et paraboles dont ils se servaient de gestes et d’actes symboliques. Jean-Baptiste (voir ce mot) est bien à cet égard de la lignée des prophètes quand il ajoute à sa prédication le baptême. Mais que son habitude de baptiser ait pu faire ajouter à son nom de Jean le surnom de Baptiste, voilà qui semble prouver qu’il y avait cette fois dans cet acte symbolique quelque chose de caractéristique et de nouveau (Marc 1.4-8 ; Matthieu 3.1-12; Luc 3.3-17 ; Jean 1.19-28). Et cette impression ne peut pas être expliquée seulement par le fait que Jean-Baptiste groupe autour de lui, en une sorte de confrérie, quelques disciples pour lesquels le baptême devait être un rite d’initiation et qui pratiquaient, en outre, certaines formes de prières (Luc 11.1) et le jeûne : (Matthieu 9.14; Luc 5.33) il n’est pas douteux que pour les évangélistes « le baptême de Jean est un acte prophétique, accompli en vue d’un pardon des péchés qui ne sera réalisé que plus tard après l’achèvement de l’œuvre rédemptrice du Christ » (Goguel). Le baptême de Jean n’est pas le baptême chrétien (Actes 19.1-6) ; il en appelle à la conscience individuelle, y provoque la repentance, mais ne procure pas le pardon des péchés, ni une force de vie nouvelle. Il a, essentiellement, une signification messianique. La prédication, aux accents si fortement messianiques, qui l’accompagnait, indique nettement ce caractère du baptême de Jean. En vue du jugement qu’effectuera le Messie, il faut que chacun, même l’Israélite le plus pieux et si fier de ses privilèges religieux, prenne conscience de ses péchés et s’en repente. À ce titre Jean-Baptiste est le précurseur de l’Agneau qui ôte les péchés du monde (Jean 1.29). D’ailleurs Jean-Baptiste annonce lui-même qu’il y aura un autre baptême (Marc 1.8 ; Matthieu 3.11; Luc 3.16). La différence est nettement établie entre les deux baptêmes dans Actes 1.5 ; Actes 11.16 ; Actes 13.24 ; Actes 19.1-6.

2.

Cependant Jésus lui-même vient se faire baptiser par Jean-Baptiste. Or une difficulté se présente, car les baptisés confessaient leurs péchés (Marc 1.5 ; Matthieu 3.6). Jésus, en raison de son absolue sainteté, ne pouvait confesser ses péchés. L’émotion et le geste de refus de Jean-Baptiste (Matthieu 3.14) s’expliquent bien naturellement et font penser que Jean n’a pas exigé de Jésus la confession habituelle. Si Jésus demande à Jean le baptême, ce n’est pas parce qu’il a besoin de se repentir, mais c’est à cause du caractère messianique du baptême de Jean. C’est une occasion pour Jésus de se manifester comme Messie et pour Dieu de consacrer Jésus comme son Fils bien-aimé (Matthieu 3.13-17 ; Marc 1.9-11 ; Luc 3.21 et suivant). Le baptême de Jésus est accompagné de l’effusion de l’Esprit sur Jésus. Cependant il est inadmissible que Jésus ait été jusqu’à ce moment-là privé de l’Esprit de Dieu ; mais c’est à ce moment-là qu’est confirmée et proclamée la prise de possession de la personnalité de Jésus par l’Esprit. On comprend alors que le baptême chrétien ait été considéré comme impliquant le don de l’Esprit (Actes 1.5 ; Actes 11.16 ; Actes 19.1 ; Actes 19.6). Il est probable que Jésus a voulu accomplir un acte de solidarité avec ses frères, mais il y a aussi, de sa part, un acte d’obéissance envers Dieu (Matthieu 3.15). C’est son intronisation mystérieuse dans le ministère qu’il va commencer ; c’est une consécration officielle. Signalons que l’Église romaine admet que, par sa sainteté, Jésus a sanctifié l’eau dans laquelle il était plongé et l’a ainsi rendue propre à accomplir les merveilleux effets du sacrement.

3.

Jésus baptisait-il ? Il y a contradiction à ce sujet entre Jean 3.22 ; Jean 4.1 qui affirment que Jésus baptisait et Jean 4.2 qui dit : « ce n’est pas Jésus qui baptisait, mais ses disciples », évidemment avec l’autorisation de leur Maître. Si lui-même a baptisé, ce ne put être que tout à fait au début de son ministère et pendant peu de temps : son baptême dut être analogue à celui de Jean-Baptiste. Il n’est pas mentionné qu’il ait baptisé ses disciples. En tout cas aucun texte n’attribue à Jésus l’institution du baptême pendant son ministère. Dans ses instructions aux douze apôtres et aux soixante-dix disciples envoyés en mission, il n’en est pas question. Plus tard saint Paul dira que Jésus-Christ, ne l’a pas fait apôtre pour baptiser, mais pour prêcher l’Évangile (1 Corinthiens 1.17). C’est seulement après sa résurrection que, selon Matthieu 28.19, Jésus a donné l’ordre de baptiser. Ni Jean, ni Luc ne rapportent cet ordre et Marc 16.18 fait partie d’une conclusion ajoutée après coup au 2e Évangile (voir Marc, Évangile), qui était resté inachevé à Marc 16.8. On peut d’ailleurs se demander si la formule de Matthieu 28.19, « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit », ne provient pas d’une modification ou d’une adjonction ultérieure, quand on constate que les passages du livre des Actes faisant allusion au baptême montrent que le baptême était donné « au nom du Seigneur Jésus-Christ » (Actes 2.38 ; Actes 8.16 ; Actes 10.48 ; Actes 19.5) cf aussi 1 Corinthiens 1.13) ; nous avons là probablement la forme la plus ancienne du baptême chrétien. Il n’est pas possible de trouver dans les Évangiles, ni même dans le Nouveau Testament tout entier, une doctrine systématique du baptême. Jésus, qui a réclamé pour Dieu des adorateurs en esprit et en vérité (Jean 4.23 et suivant), qui voulait une religion du cœur et de la conscience, qui a mis l’accent sur la pureté intérieure (Marc 7.1-23), n’a pu attribuer au baptême qu’il ordonnait une vertu spéciale et magique. C’est pour lui un symbole. Il déclare ses disciples purs non pas à cause du baptême, que peut-être d’ailleurs ils n’ont pas reçu, mais « à cause de la parole » (Jean 15.3), c’est-à-dire de l’Évangile qu’ils ont reçu et accepté. Quand il parle de sa mort prochaine, il l’appelle un baptême, et c’est évidemment là encore une image (Luc 12.50 ; Marc 10.38 ; Matthieu 20.22 ; Matthieu 20.23.

4.

Dans l’Église primitive, le baptême chrétien ressemble, pour sa forme extérieure, au baptême de Jean, mais dans son sens profond et dans son essence il est tout autre chose : il est le symbole du renouvellement spirituel qui se produit dans l’âme du baptisé ; il marque un attachement personnel à Jésus-Christ, il suppose la foi chrétienne et l’acceptation de la grâce de Dieu, du pardon. Il devient l’acte officiel de l’entrée dans l’Église (Actes 2.41). Il est difficile, cependant, de se rendre compte de l’idée qu’apôtres et fidèles se faisaient de l’efficacité du baptême ; Actes 2.38 ne prouve pas que le don du Saint-Esprit était lié d’une façon absolue au baptême : car parfois ce don suit le baptême (Actes 8.16 ; Actes 19.5), d’autres fois, il le précède (Actes 10.48). Donc : autre était le baptême de l’Esprit — baptême de feu — lié parfois à l’imposition des mains (Actes 8.17 ; Actes 19.6), autre était le baptême d’eau, cérémonie d’introduction dans l’Église chrétienne. Jésus distingue l’un de l’autre, tout en les rapprochant l’un de l’autre (Jean 3.5). Du moins le baptême coïncidait-il avec le pardon des péchés ? Actes 2.38 ; Actes 22.16 le font penser ; mais la question est de savoir si le baptême était la condition du pardon des péchés ou un symbole de ce pardon. Dans le premier cas, le baptême deviendrait un rite magique. Or, Pierre s’exprime formellement contre cette idée : « le baptême qui sauve n’est pas celui qui ôte les souillures du corps, mais l’aspiration d’une bonne conscience vers Dieu » (1 Pierre 3.21, Oltramare). Que le baptême fût dans l’Église primitive un symbole d’un changement d’état d’âme et de vie, cela ressort surtout des images employées par saint Paul dans ses épîtres.

5.

Saint Paul, qui a la mission non de baptiser, mais de prêcher l’Évangile (1 Corinthiens 1.17), a néanmoins baptisé Lydie et sa famille (Actes 16.15), la famille de Stéphanas (1 Corinthiens 1.16), le geôlier de Philippes et tous les siens (Actes 16.33), Gaïus et Crispus (1 Corinthiens 1.14), en somme peu de personnes. Mais il se peut que cette énumération ne soit pas complète. Cependant il considère comme ayant été baptisés en Christ tous ceux qui sont devenus chrétiens par la foi en Jésus-Christ (Galates 3.27 ; Romains 6.3). S’agit-il du baptême rituel qui marquait l’entrée dans l’Église, ou du baptême de l’Esprit comme le laisse supposer 1 Corinthiens 12.13 ? Peu importe, si le baptême rituel n’est qu’un symbole ; il indique une transformation totale du cœur et de la vie (1 Corinthiens 6.11 ; Tite 3.5) ; c’est le seul baptême valable (Éphésiens 4.5). C’est la même idée que Paul exprime sous d’autres formes : dépouillement du vieil homme pour revêtir le nouvel homme (Colossiens 3.10), ou pour revêtir Christ. « Quiconque est en Christ est une nouvelle créature » (2 Corinthiens 5.17). Il compare le baptême à la circoncision (Colossiens 2.11). Dans un passage devenu classique, il compare, enfin, le baptême à une mort, un ensevelissement, et une résurrection ; le fait que, dans l’Église chrétienne primitive, le baptême était pratiqué par une totale immersion du corps dans l’eau facilitait cette comparaison (Romains 6.3-11 ; Colossiens 2.12). Le vieil homme a disparu sous l’eau, c’est un nouvel homme qui en sort ; il est mort au péché ; il vit d’une vie nouvelle en Jésus-Christ. Mais le baptême n’agit pas d’une façon magique, n’opère pas de lui-même cette révolution morale : car c’est par la foi que l’on devient fils de Dieu et par la foi que l’on est sauvé (Galates 2.16 ; Galates 3.26 ; Éphésiens 2.8). Le baptême suppose cette foi ; le baptême est l’affirmation et la traduction de ce qui se passe au fond du cœur : les deux sont nécessaires (Romains 10.9 et suivant). Paul est bien ici dans la tradition évangélique : Jésus n’a-t-il pas dit que pour entrer dans le Royaume de Dieu il faut naître d’eau et d’esprit ? (Jean 3.5)

6.

Saint Paul fait allusion à une coutume étrange de l’Église primitive dans laquelle on doit peut-être discerner l’influence des mystères grecs : certains se faisaient baptiser pour les morts (1 Corinthiens 15.29). Parce qu’il en fait un argument en faveur de la résurrection des morts, cela ne prouve pas qu’il approuvait cet usage (qui se continua assez longtemps dans certaines communautés dissidentes).

Il ne discute pas si les Corinthiens ont raison, il signale ce fait et il en profite pour dire l’inconséquence des chrétiens qui ne croient pas à la résurrection et qui cependant sollicitent un baptême par procuration en faveur de personnes décédées sans avoir été baptisées. Il apparaît bien ici que les chrétiens de Corinthe, en pratiquant ce rite, s’écartaient de la notion évangélique et apostolique du baptême telle que nous avons essayé de la dégager des textes.

7.

Le baptême, administré par immersion et quelques fois suivi de l’imposition des mains, n’était en général conféré qu’à des adultes : il était précédé d’une instruction religieuse ; après un plus ou moins long temps de préparation, le catéchumène recevait le baptême. Mais, tout à fait au début de l’Église chrétienne, les apôtres ont donné le baptême sans qu’il y ait eu un très long enseignement : après une réunion ou une conversation, il leur a suffi, de constater le désir de devenir chrétien pour qu’ils aient accordé le baptême : le geôlier de Philippes, l’Éthiopien, Corneille (Actes 16.33 ; Actes 8.36-38 ; Actes 10.44-48) ; ils n’exigent aucune autre garantie. « On conçoit la haute et merveilleuse idée qu’ils se faisaient de la grâce divine » (Fallot), offerte à tous ceux qui la recherchent. La foi ne constitue pas un mérite, elle est un don de Dieu. Aucun texte, dans le Nouveau Testament, ne prouve d’une façon formelle que le baptême ait été conféré à des petits enfants. D’ailleurs, ce baptême ne devait pas paraître nécessaire à Paul puisqu’il considérait les enfants comme purs du seul fait qu’ils avaient des parents chrétiens (1 Corinthiens 7.14) ; ils appartenaient à l’Église en raison de leur origine et avant même d’avoir été introduits par une cérémonie spéciale. Il se peut cependant — mais c’est seulement une supposition indémontrable — que les familles baptisées par Paul : celles de Lydie (Actes 16.15), de Stéphanas (1 Corinthiens 1.16), du geôlier de Philippes (Actes 16.33), comprissent des enfants ; s’il y en avait, ces enfants ont été baptisés sur le fondement de la foi de leurs parents ; s’il n’y en avait pas, le mot famille implique alors le cercle étendu des serviteurs et esclaves — c’était courant dans l’antiquité — et ceux-ci sont baptisés sur ce fondement : la foi de leurs maîtres. Il est probable, en tout cas, que le baptême fut conféré aux enfants d’assez bonne heure dans l’Église chrétienne ; ceci pour plusieurs raisons :

  1. Si devenir chrétien nous fait participer à la grâce de Dieu, établit un lien entre Dieu et nous, et nous met au bénéfice de l’œuvre rédemptrice du Christ, il est très naturel que des parents aient voulu que leurs enfants aient part à ces privilèges et à ces richesses spirituelles ; parlant du baptême des enfants, Fallot dit : « La femme chrétienne en trouva sans doute la première inspiration dans son cœur de mère. »
  2. Ne se rappelait-on pas l’accueil que Jésus faisait aux enfants et sa parole : « Laissez venir à moi les petits enfants » ?
  3. Paul compare le baptême à la circoncision dans Colossiens 2.11 : et suivant. Le judaïsme avait ce signe extérieur qui distinguait le Juif du païen et était comme le sceau de la race d’Abraham. Le baptême devient quelque chose d’analogue, le signe visible qui distingue le chrétien du Juif ou du païen, le sceau de la race des hommes nouveaux créés par le Christ. En résumé, si le Nouveau Testament n’institue pas le baptême des enfants, il ne le défend et ne le contredit pas. Baptiser un enfant ne signifie pas forcément que l’on fait du baptême un rite magique accomplissant une opération miraculeuse dans l’enfant. Le baptême de l’enfant marque le commencement de cet enfantement dont parle saint Paul : (Galates 4.19) « jusqu’à ce que le Christ soit formé » en lui. « C’est le sacrement de l’éducation chrétienne » (Fallot).

L’histoire de l’Église montre comment a évolué la notion du baptême, à quelles discussions elle a donné lieu, quels schismes elle a provoqués au sein de la chrétienté, comment le baptême des enfants a amené la confirmation du baptême, etc. C’est un des domaines sur lesquels s’est livrée la bataille des dogmes. L’histoire du baptême chrétien est celle de l’éternelle lutte entre le spiritualisme de l’Évangile et le réalisme magique des religions formalistes. P. D.

Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com

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