Seventh-day Adventist Bible CommentaryGenèse 44
Francis D. Nichol (dir.) et contributeurs
Lire Genèse 44 dans la BibleGenèse 44:5
C’est par elle, en effet, qu’il devine. La coupe était un objet de grande valeur. Ce n’était pas une coupe ordinaire, mais une coupe censée pouvoir détecter toute substance toxique qu’on y aurait placée. De telles coupes étaient également utilisées pour pratiquer la magie. Le mot traduit par « devine » signifie « chuchoter », « marmonner », « prophétiser ». Les auteurs classiques parlent de
la pratique orientale consistant à verser de l’eau dans une coupe et à y regarder pour y discerner des représentations d’événements futurs (Jamblique, De mysteriis iii. 14). Une autre coutume décrite par les anciens consistait à verser de l’eau dans une coupe, à y jeter des morceaux d’or et d’argent ou des pierres précieuses, puis à observer et à interpréter l’aspect de l’eau (Pline, Histoire naturelle xxxvii. 73 ; Strabon, Géographie xvi. 2. 39). Le fait que l’intendant ait reçu l’ordre de mentionner aux frères la pratique de la magie n’implique pas que Joseph ait lui-même réellement adopté cette pratique superstitieuse. Comme précédemment (ch. 43:33), il voulait qu’ils croient qu’il pouvait lire leurs pensées. Cela tendrait à les déstabiliser et à les amener à abandonner toute feinte. En raison de sa grande sagesse, les Égyptiens attribuaient probablement à Joseph la pratique de la magie. N’avait-il pas prédit avec exactitude les années d’abondance et de famine, et veillé à ce que l’Égypte soit préparée à l’urgence ? Il surpassait certainement leurs meilleurs « magiciens » (ch. 41:8) et devait donc posséder une magie supérieure (voir Ex. 8:19). Peut-être sa réputation d’homme sage s’était-elle répandue au loin, jusque dans des pays étrangers, de sorte qu’on pouvait à juste titre demander aux prétendus voleurs de la coupe s’ils ignoraient ce fait (Gen. 44:15).
Genèse 44:9
Qu’il meure. Conscients de leur innocence totale, les frères n’hésitèrent pas à prononcer contre eux-mêmes la peine la plus sévère si l’objet manquant était trouvé en leur possession. Leurs paroles irréfléchies semblent quelque peu téméraires, particulièrement après avoir découvert que leur argent avait été mystérieusement placé dans leurs sacs. On aurait pu s’attendre à ce qu’ils se montrent méfiants et, par conséquent, un peu plus prudents. Cependant, l’amabilité sincère avec laquelle ils avaient été accueillis et traités lors de leur deuxième visite en Égypte, tant par le vice-roi lui-même que par ses subordonnés, avait dissipé tous les doutes concernant la sincérité des intentions de Joseph.
Genèse 44:10
Qu’il en soit ainsi. Affichant un sens élevé de l’équité et de la justice, l’intendant refusa de punir l’innocent avec le coupable, ou même le coupable aussi rigoureusement qu’ils l’avaient proposé. Lorsque d’autres parlent irréfléchiment, nous ne devrions pas profiter de leur imprudence. Il nous arrive nous-mêmes de prendre des engagements sans mûre réflexion, ce qui pourrait nous causer du tort, n’était la clémence d’autrui.
Genèse 44:12
Il fouilla. La fouille systématique de l’intendant dut leur rappeler leur étonnement de la veille en se découvrant assis selon leur âge. Elle dut également les maintenir dans la tension, car l’objet perdu ne fut trouvé qu’au tout dernier moment de la fouille. L’un après l’autre, les hommes se virent disculpés. Par leurs expressions faciales, et peut-être même par leurs paroles, ils exprimèrent probablement leur triomphe devant les preuves croissantes de leur innocence proclamée. Mais alors l’objet perdu fut trouvé dans le sac de Benjamin. Dans l’angoisse et l’alarme suscitées par ce nouveau malheur, ils déchirèrent leurs vêtements (voir la note sur le ch. 37:34), rechargèrent leurs ânes et retournèrent à la ville.
Genèse 44:13
13. Retour à la ville. On allait maintenant voir ce qu'ils pensaient au plus profond de leur coeur du favori de leur père, qui avait été si honoré par le grand homme d'Égypte. Allaient-ils l'abandonner, comme ils l'avaient fait pour Joseph, et conduire leur vieux père au tombeau avec douleur, ou bien seraient-ils prêts à renoncer à leur liberté et à leur vie pour qu'il puisse retourner en sécurité auprès de son père ?
Genèse 44:14
Ils tombèrent devant lui. Juda en tête, les hommes vinrent à la maison de Joseph, où ils se prosternèrent tous devant lui, implorant sa miséricorde. Plusieurs reliefs égyptiens anciens représentant des situations semblables ont été conservés. L’un d’eux montre des suppliants cananéens devant le général Haremhab au XIVe siècle av. J.-C. Certains sont étendus à plat sur le sol,
les bras étendus et la tête levée en signe de supplication vers le haut fonctionnaire. D’autres s’agenouillent ou s’inclinent profondément devant lui, tous les bras levés, afin de faire comprendre au général l’urgence de leur demande. Dans le cas de ceux qui se prosternèrent devant Haremhab, la demande était d’être autorisés à s’établir en Égypte, puisqu’ils avaient été expulsés de leur patrie.
Genèse 44:15
15. N'est-ce pas ? Joseph a parlé durement, ce qui devait rappeler l'accueil qui leur avait été réservé lors de leur première visite en Égypte. Sur le fait que Joseph n'était pas un adepte de la magie, voir au v. 5.
Genèse 44:16
16. Juda dit. Juda, chef de cette seconde mission en Égypte(ch. 43:8), s'avance en tant que porte-parole. Il ne cherche pas à se justifier ni à laver ses frères et lui-même de tout soupçon, mais il reconnaît librement leur culpabilité. Il se réfère sans doute au crime commis contre leur frère Joseph, crime qui hante leur conscience depuis qu'il a été perpétré(ch. 42:21, 22). Pour les spectateurs égyptiens, notamment l'intendant, les paroles de Juda signifient la reconnaissance de leur culpabilité, ce qui ne manque pas d'étonner les Égyptiens, car ils savent que ces hommes sont réellement innocents. Joseph dut ressentir l'angoisse de leurs âmes, comprenant qu'ils estimaient mérité le châtiment qui allait leur être infligé. En réponse à l'offre de Juda de les laisser tous comme esclaves en Égypte, où ils avaient déjà vendu leur frère en esclavage, Joseph déclara que sa sentence serait douce et juste. Seul le coupable serait son esclave ; les autres pourraient retourner auprès de leur père, sains et saufs.
Genèse 44:18
Juda s’approcha. Les 17 versets restants du chapitre rapportent le discours de Juda en faveur de son frère Benjamin. Ce discours a été appelé à juste titre l’un des chefs-d’œuvre de la composition littéraire hébraïque, l’un des plus beaux exemples d’éloquence naturelle au monde. Tu es comme Pharaon. Le discours de Juda commença par une demande d’écoute bienveillante. Il s’adressait à quelqu’un qui était l’égal de Pharaon, ayant autorité pour condamner ou pardonner. Puisque le monarque d’Égypte était considéré comme un dieu, le parangon de toute perfection, le plus grand honneur qui pouvait être conféré à une personne était de la comparer au monarque.
Genèse 44:19
Mon seigneur a interrogé ses serviteurs. Tout d’abord, Juda expliqua comment Benjamin s’était trouvé mêlé à cette affaire. Joseph s’était renseigné sur leur famille, et ils lui avaient dit en toute vérité ce qui concernait leur plus jeune frère, qui était encore à la maison. Joseph avait insisté pour qu’ils ne se risquent pas à retourner en Égypte sans leur frère, afin de prouver son existence et, par conséquent, l’exactitude de leurs déclarations. Bien que certains éléments de ce récit rapportent davantage que le récit plus bref de la conversation au chap. 42, Juda dut rapporter fidèlement la conversation originale, afin d’éviter toute déclaration fausse ou exagérée.
Genèse 44:25
Notre père a dit. Après avoir rappelé à Joseph, en termes courtois mais nets, que ses exigences étaient à l’origine de la présence de Benjamin en Égypte, il entreprit de dépeindre en termes affectueux et éloquents l’amour de leur père âgé pour le fils de sa vieillesse, ainsi que son chagrin lorsqu’ils lui avaient annoncé qu’ils ne pourraient pas retourner en Égypte sans Benjamin. Il relata l’angoisse intense avec laquelle, après une lutte acharnée, leur père avait finalement permis à Benjamin de venir. Il souligna le fait grave qu’ils feraient descendre dans la tombe, accablés de chagrin, les cheveux gris de leur père (voir chap. 37:35), s’ils retournaient sans le jeune homme.
Genèse 44:27
Vous savez que ma femme. Cette remarque, faite ici pour la première fois, implique que Jacob considérait Rachel davantage comme sa véritable épouse que Léa, Bilha ou Zilpa (voir chap. 46:19). Elle fut toujours la femme de son affection.
Genèse 44:28
Certainement, il a été déchiré. Jacob voulait dire ici que Joseph, s’il avait été vivant, aurait certainement pu revenir lui-même ou faire parvenir de ses nouvelles. Ne l’ayant jamais revu depuis le jour fatidique de son départ d’Hébron, Jacob ne pouvait que conclure que ses craintes étaient pleinement justifiées.
Genèse 44:33
À la place du jeune homme. Le sacrifice de Juda mérite certainement des éloges. Sa soumission volontaire à l’esclavage en faveur d’un frère qui jouissait d’une plus grande affection paternelle, afin d’épargner à son père âgé une nouvelle tristesse et une nouvelle angoisse, ne saurait être trop estimée. La magnanimité désintéressée de Juda n’a jamais été surpassée, et n’a été que rarement égalée. Juda apparaît ici comme un homme véritablement converti, un digne ancêtre de la descendance promise, digne aussi de donner son nom au peuple choisi de Dieu. Joseph ne pouvait plus douter qu’un changement complet s’était opéré chez ses frères, et particulièrement chez Juda, depuis le jour où celui-ci avait si éloquemment insisté pour vendre Joseph comme esclave. La stratégie de Joseph s’était révélée pleinement efficace. Il était désormais convaincu de l’attitude de ses frères et assuré que leur conversion était sincère. Il n’était plus nécessaire de les mettre à l’épreuve ; il était donc prêt à leur révéler son identité.
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Genèse 44:2
2. Mets ma coupe. C'était le test final et décisif de Joseph avant de se révéler à ses frères. Son but était de créer une situation dans laquelle il pourrait légitimement revendiquer le droit de retenir Benjamin en Égypte, afin que ses frères aient une excuse pour retourner en Canaan sans le favori de leur père. Ainsi, il apprendrait sans aucun doute quel genre d'hommes ils sont maintenant. Soit ils se conformeraient à la décision de Joseph de garder Benjamin en Égypte et retourneraient chez leur père avec le message déchirant qu'il doit se réconcilier avec la perte du dernier fils de sa Rachel bien-aimée, soit ils feraient tout ce qui est en leur pouvoir pour empêcher un tel malheur