Seventh-day Adventist Bible CommentaryEsdras 7
Francis D. Nichol (dir.) et contributeurs
Lire Esdras 7 dans la BibleEsdras 7:2
Que Néhémie ne dit rien des exilés revenus avec Esdras. Dans son effort pour repeupler la capitale du pays, Néhémie examine le recensement des différents groupes revenus avec Zorobabel près d'un siècle auparavant (Néh. 7), mais semble ignorer complètement ceux qui, selon Esdras 7 et 8, ne seraient revenus que 13 ans plus tôt, si le retour d'Esdras avait eu lieu en 457 av. J.-C. Si, toutefois, Esdras était venu avec environ 5 000 ou 6 000 personnes à l'époque d'Artaxerxès II, Néhémie aurait pu fonder ses mesures de repeuplement sur le seul recensement disponible, celui de Zorobabel.
Esdras 7:3
Qu'Esdras trouve une commission instituée par Néhémie. À son arrivée à Jérusalem, Esdras remit à quatre Lévites les trésors que lui avait confiés Artaxerxès, lesquels étaient apparemment chargés des fonds du Temple (Esdras 8:33). Néhémie rapporte que, durant son second mandat, il nomma une commission de quatre personnes chargée des trésoreries (Néh. 13:13), ce qui implique qu'une telle institution n'existait pas avant son époque. Il en est donc conclu qu'Esdras a dû arriver à Jérusalem après la création de la commission, c'est-à-dire après le premier mandat de gouverneur de Néhémie.
Esdras 7:4
Que la muraille avait été construite avant l'arrivée d'Esdras. Esdras exprima sa gratitude à Dieu de lui avoir donné « une muraille en Juda et à Jérusalem » (Esdras 9:9), qui, apparemment, venait tout juste d'être achevée. Néhémie, en revanche, ne trouva que des ruines et dut reconstruire la muraille dès la première année suivant son arrivée à Jérusalem.
Esdras 7:5
Que le grand prêtre Johanan appartenait à une génération ultérieure. Johanan est généralement cité comme le principal témoin en faveur de l’opinion selon laquelle Esdras a suivi Néhémie. Johanan, fils d’Eliashib, est l’un des derniers dignitaires, probablement des grands prêtres, mentionnés dans le livre de Néhémie (Neh. 12:22, 23). Puisque Eliashib était grand prêtre pendant le gouvernorat de Néhémie (Neh. 3:1, 20, 21; 13:4, 7), Johanan, qui était soit son fils, soit son petit-fils (Joiada est placé entre Eliashib et Johanan dans Neh. 12:22), appartenait à une génération ultérieure. Cette conclusion s’accorde avec le fait que Johanan est mentionné dans un document juif comme ayant été grand prêtre en 410 av. J.-C. Parmi les papyri d’Éléphantine (voir pp. 79–83) se trouve une lettre écrite le 25 novembre 407 av. J.-C. (selon le calendrier perse) et adressée à Bigvai, le gouverneur perse de Judée. Cette lettre indique que les auteurs avaient écrit trois ans auparavant à « Johanan, le grand prêtre, et à ses collègues, les prêtres qui sont à Jérusalem » (édition de Cowley, No. 30). De plus, Johanan, fils d’Eliashib, avait une chambre dans le Temple de Jérusalem lorsque Esdras arriva dans cette ville (Ezra 10:6). Si Esdras arriva à Jérusalem en 457 av. J.-C. et y trouva Johanan en possession d’une chambre du Temple, ce dernier devait être un prêtre officiant âgé d’au moins 20 ans (voir Ezra 3:8), vraisemblablement beaucoup plus âgé. Si, selon le papyrus mentionné, Johanan était grand prêtre en 410 av. J.-C., il devait alors être âgé d’au moins 67 ans et, puisque son successeur Jaddua (Neh. 12:11, 22) était grand prêtre lorsque Alexandre le Grand parcourait la Palestine (332 av. J.-C. ; voir Josephus Antiquities xi. 8. 4, 5), 78 ans plus tard, Jaddua devait avoir environ 100 ans. Ceux qui soutiennent que Néhémie a précédé Esdras déclarent que la difficulté apparente de concevoir que Jaddua ait exercé comme grand prêtre à l’âge de 100 ans peut être résolue en supposant qu’Esdras arriva à Jérusalem sous Artaxerxès II (405/04–359/58 av. J.-C.). On peut alors dire que Johanan devint grand prêtre peu avant 410 av. J.-C., comme successeur de Joiada, fils d’Eliashib, contemporain de Néhémie. En supposant que Johanan avait environ 30 ans en 410, il aurait atteint l’âge de 43 ans lorsque Esdras arriva à Jérusalem durant la 7e année de règne d’Artaxerxès II, et aurait ainsi eu un local dans le Temple, que Esdras pouvait utiliser (Ezra 10:6). Si nous supposons en outre que Jaddua était né tard dans la vie de Johanan,
peut-être lorsque Johanan avait 40 ans, il aurait atteint l’âge d’environ 70 ans au moment de la visite d’Alexandre. Ce sont les cinq arguments les plus importants que les spécialistes avancent en faveur de l’inversion de l’ordre traditionnel des expéditions d’Esdras et de Néhémie. Ces arguments vont maintenant être examinés du point de vue de l’ordre traditionnel Esdras-Néhémie. 1. La position d’Esdras à l’époque de Néhémie était une position normale. Esdras arriva à Jérusalem en 457 av. J.-C. investi de grands pouvoirs, mais pas en tant que gouverneur comme Néhémie, 13 ans plus tard. Esdras avait gagné la faveur du roi, qui l’autorisa à retourner en Judée et à réorganiser le système judiciaire conformément aux lois juives (voir Ezra 7:26). Il reçut également d’importantes subventions financières et, apparemment, le droit de fortifier la ville. Pendant la rébellion de Megabyzos, satrape de « Au-delà du Fleuve » (voir p. 62), à laquelle appartenait la province de Judée, les Samaritains ont peut-être saisi l’occasion de communiquer directement avec le roi, l’assurant de leur propre loyauté tout en accusant les Juifs d’intentions malveillantes en reconstruisant la muraille de leur ville. Artaxerxès, naturellement indécis et opportuniste, a peut-être accepté avec reconnaissance la déclaration des Samaritains, espérant que leur loyauté causerait des difficultés à Megabyzos rebelle dans sa propre satrapie, et a permis aux Samaritains de mettre fin à la reconstruction de la muraille de Jérusalem. Toutefois, ne se contentant pas d’arrêter l’activité des Juifs, les Samaritains en ont peut-être démoli certaines parties et brûlé certaines portes (voir le commentaire sur Neh. 1:3). Après qu’une réconciliation eut eu lieu entre Megabyzos et Artaxerxès, les relations normales avec la satrapie « Au-delà du Fleuve » furent rétablies, et Néhémie apprit de son frère (voir le commentaire sur Neh. 1:2) ce qui s’était passé en Judée pendant la période où les communications avec cette province avaient été interrompues. Néhémie demanda alors au roi, dont il avait la faveur, de l’envoyer à Jérusalem avec pleine autorité pour reconstruire la muraille (Neh. 1 et 2). Bien que Néhémie ait reçu pleine autorité pour reconstruire la muraille, il procéda avec la plus grande prudence à son arrivée à Jérusalem, pleinement conscient de la puissance et de la persévérance de ses ennemis. Son secret initial (Neh. 2:12–16), ainsi que la détermination avec laquelle il fit plus tard face à l’opposition à son œuvre, montrent à quel point il était qualifié pour achever la tâche dans laquelle Esdras s’était engagé, mais qu’on l’avait empêché de terminer. Pour cette raison, Esdras a peut-être estimé qu’il était sage de rester en retrait jusqu’à l’achèvement des travaux de la muraille. Ses ennemis parmi les Juifs l’ont peut-être aussi accusé de provoquer des troubles et des frictions entre Juda et les nations voisines parce qu’il avait renvoyé les femmes païennes des foyers juifs lorsqu’il était retourné à Jérusalem (Esdras 9 et 10). La prudence a donc peut-être dicté une ligne de conduite qui, au premier abord, donnait l’impression que Néhémie avait peu à voir avec Esdras. Cependant, une fois la muraille achevée et tout danger sérieux écarté, Néhémie devait naturellement accorder à Esdras la place qui lui revenait dans les affaires de la nation. Lors de la dédicace de la muraille, il demanda à Esdras de conduire l’un des deux chœurs processionnels de louange, tandis qu’il dirigeait lui-même le second (Néh. 12:36, 38). Il était tout à fait naturel que les deux processions soient conduites par les deux hommes qui avaient joué un rôle si important dans la restauration de la muraille. Plus tard, lorsque la saison des fêtes arriva, Esdras était le chef religieux incontesté et dirigeait les activités du peuple (Néh. 8:1–6, 9, 13). Cela montre que Néhémie n’a pas
ignoré Esdras, mais lui a accordé la place qui lui revenait dès que les circonstances l’ont permis. Il n’est pas vrai, comme on l’a prétendu, que le nom d’Esdras puisse être supprimé de Néh. 8 et 12 sans la moindre conséquence pour le récit. Si cela était fait, l’une des deux processions au moment de la dédicace de la muraille n’aurait pas de chef. L’explication qui fait d’Esdras d’abord le prédécesseur, puis le collaborateur, de Néhémie est pleinement conforme aux faits connus. 2. Néhémie a utilisé la plus ancienne liste de recensement disponible. Le fait que Néhémie ait utilisé la liste de recensement de l’époque de Zorobabel comme base de ses mesures visant à repeupler Jérusalem (Néh. 7) n’implique pas qu’il ait ignoré les exilés qui étaient récemment revenus avec Esdras, ni qu’ils ne soient pas encore revenus. Notre connaissance des événements de cette époque n’est que fragmentaire. Il est possible que les exilés qui accompagnaient Esdras aient été davantage disposés à vivre à Jérusalem que ceux de l’époque de Zorobabel, situation qui aurait conduit Néhémie à examiner la précédente liste de recensement. Une autre raison de consulter la plus ancienne liste disponible pouvait être le fait que les 50 000 exilés de l’expédition de Zorobabel étaient répartis plus également dans le pays que le groupe comparativement plus restreint arrivé à Jérusalem avec Esdras. Puisque la liste de Zorobabel mentionne 45 groupes, sans compter les serviteurs et les chanteurs, et que la liste d’Esdras n’en mentionne que 18, il est évident que la première liste représentait mieux les quotas de population que la seconde. Le fait que la liste d’Esdras ne soit pas mentionnée dans Néh. 7 ne prouve pas qu’elle n’existait pas à l’époque de Néhémie. 3. Néhémie n’a pas créé un nouveau service de trésorerie. Il est faux de supposer que Néhémie, durant son second mandat de gouverneur, ait institué des trésoriers pour la première fois. Le rapport de Néh. 13:10–14 affirme clairement qu’à son arrivée à Jérusalem pour la seconde fois, Néhémie constata que depuis quelque temps le peuple ne versait plus la dîme et que le personnel du Temple avait donc été contraint de cultiver les champs pour subsister. Néhémie remédia immédiatement à cette situation à son retour. En persuadant les Juifs de reprendre le paiement de la dîme, il réussit à faire revenir les Lévites et les chanteurs au Temple. Des trésoriers seraient nécessaires pour gérer les fonds, et quatre hommes furent donc nommés. La mention de quatre trésoriers dans Esdras 8:33 ne justifie pas la conclusion qu’il était nécessairement d’usage de faire gérer tous les fonds du Temple par une commission de quatre personnes. Supposer qu’une telle commission n’existait pas avant le second mandat de Néhémie est dépourvu de fondement factuel. 4. Esdras remercia Dieu de lui avoir permis de construire une muraille. Si la reconstitution de l’histoire de l’activité d’Esdras, brièvement examinée sous n° 1 concorde avec les faits, Esdras fut autorisé à reconstruire la muraille de Jérusalem au moment de son retour en 457 av. J.-C. Dans ce cas, il n’est pas étrange de le trouver remerciant Dieu (Esdras 9:9) pour avoir incité les rois de Perse à accorder à Israël un « renouveau » (Cyrus et Artaxerxès I), à aider Israël à établir la maison de son Dieu (Cyrus et Darius I), et à leur « donner » « un mur en Juda et à Jérusalem » (Artaxerxès I). Il convient de noter qu’Esdras ne dit pas que le mur était déjà achevé. Ses paroles ne pourraient être comprises dans ce sens que si d’autres éléments prouvaient que la construction du mur avait été achevée avant qu’il ne prononce sa prière. Mais, prise isolément, cette déclaration peut tout aussi bien être interprétée comme signifiant que, par la grâce de Dieu, l’autorisation avait été accordée de poursuivre la reconstruction du mur. Ces paroles n’impliquent pas que le mur était déjà achevé, et ce texte ne peut être considéré comme une preuve que la réforme d’Esdras, décrite aux chap. 9 et 10, eut lieu après les événements rapportés dans le livre de Néhémie.
5. L’âge de Johanan n’avait rien d’anormal. Il n’y a aucune raison de douter que le Johanan mentionné dans un document juif d’Éléphantine comme grand prêtre en 410 av. J.-C. soit le Johanan, fils d’Éliashib, de Néh. 12:22, 23. Très probablement, c’était également l’homme dans le bureau duquel Esdras pleura (Esdras 10:6). Même à l’époque du retour d’Esdras à Jérusalem en 457 av. J.-C., si Johanan était déjà un prêtre respecté d’environ 30 ans et disposait de son propre bureau adjacent au Temple, il pouvait encore être grand prêtre en 410 av. J.-C., âgé de 70 à 80 ans, lorsque la lettre susmentionnée des Juifs d’Éléphantine lui fut envoyée. La seule difficulté de cette interprétation concerne Jaddua, s’il était le successeur de Johanan comme grand prêtre et exerçait encore ses fonctions à l’époque d’Alexandre, 75 ans après la lettre d’Éléphantine adressée à Johanan, comme semble l’indiquer Josèphe (Antiquités XI, 8, 4, 5). Toutefois, cette difficulté paraît plus grave qu’elle ne l’est en réalité. Même si Josèphe a raison d’affirmer que le grand prêtre de l’époque d’Alexandre était Jaddua, rien ne prouve qu’il s’agissait du même Jaddua que celui mentionné dans Néh. 12:11, 22. Le livre de Néhémie lui-même connaît un autre Jaddua, mentionné comme chef de famille ayant signé l’alliance du temps de Néhémie (Néh. 10:21). Ainsi, le Jaddua de Néh. 12:11, 22, qui succéda à Johanan comme grand prêtre, aurait pu être le grand-père d’un grand prêtre nommé Jaddua qui officiait dans le Temple à l’époque de la visite d’Alexandre. Il faut se rappeler que l’historien Josèphe commit au moins une grave erreur dans son récit de l’histoire de cette époque en faisant de Sanballat un contemporain d’Alexandre (Antiquités XI, 8, 2, 3). Nous savons, d’après la Bible et les documents contemporains trouvés à Éléphantine, que Sanballat vivait à l’époque de Néhémie (voir Néh. 2:10). Il est donc tout à fait possible qu’il ait également confondu les noms des grands prêtres juifs, bien qu’il ne soit pas nécessaire pour autant de supposer que le récit de la visite d’Alexandre à Jérusalem doive être considéré comme légendaire. Il ressort clairement de la discussion précédente que les éléments avancés en faveur d’un Esdras postérieur à Néhémie sont, au mieux, très faibles. Reconnaissant ce fait, de nombreux spécialistes ont refusé d’inverser l’ordre traditionnel. En outre, une telle inversion proposée confronte les défenseurs de la théorie de l’inversion à certaines des mêmes difficultés qu’ils cherchent à éviter. Cela se voit dans les deux points suivants. 1. L’âge de Meremoth. Lorsque Esdras arriva à Jérusalem en 457 av. J.-C., il remit les trésors rapportés de Babylone au prêtre Meremoth, fils d’Urie (Esdras 8:33). Ce même Meremoth est mentionné 13 ans plus tard comme un soutien actif de Néhémie et un constructeur enthousiaste de deux sections du mur (Néh. 3:4, 21). Le même homme pouvait sans difficulté accomplir les diverses tâches qui lui sont attribuées dans les textes susmentionnés au cours des 13 années allant de 457 à 444. Toutefois, si, comme on le prétend, Esdras arriva en 397 av. J.-C., durant la 7e année d’Artaxerxès II, 47 ans après la construction du mur de Néhémie, c’est un Meremoth très âgé qui reçut les trésors d’Esdras. Même si Meremoth avait 25 ans lorsqu’il fut chargé de construire deux sections du mur, il aurait atteint l’âge de 72 ans lorsqu’il exerça ses fonctions comme l’un des trésoriers au moment du retour d’Esdras. Cela serait certes possible, mais il convient de noter que la nouvelle théorie attribue automatiquement à Meremoth un âge que les partisans de cette théorie déclarent incroyable pour Johanan.
Autre point à retenir : à l’époque d’Esdras et de Néhémie, chaque grand prêtre servait vraisemblablement à vie, et il faut donc s’attendre à ce que ceux qui occupaient cette fonction fussent âgés vers la fin de leurs mandats successifs. Ainsi, Aaron servit comme grand prêtre jusqu’à l’âge de 123 ans, Éli jusqu’à l’âge de 98 ans, et Jehojada jusqu’à l’âge de 130 ans (Nombres 33:39; 1 Samuel 4:15; 2 Chroniques 24:15). 2. L’âge d’Esdras. Une difficulté bien plus grande pour les défenseurs de la théorie de l’inversion se présente concernant l’âge d’Esdras, s’il est arrivé à Jérusalem 47 ans après Néhémie. Les partisans de la nouvelle théorie présentent Esdras comme le grand chef religieux dans les activités décrites dans Néh. 8, et comme l’un des deux dirigeants lors de la dédicace du mur. Mais celui qui était choisi pour diriger ces activités à la place du grand prêtre devait être un homme distingué et une personne très influente — donc pas un jeune homme. Il est difficile d’imaginer que quelqu’un choisi pour ces fonctions ait eu moins de 40 ans, ou que Néhémie l’aurait choisi à moins qu’il ne fût connu pour des réalisations précises et importantes accomplies auparavant. Pourtant, attribuer à Esdras un âge respectable à l’époque de Néhémie conduit inévitablement à lui donner un âge ridiculement avancé au moment de son prétendu retour de Babylone 47 ans plus tard, en 397 av. J.-C. Conscients de cette grave difficulté, de nombreux spécialistes qui inversent l’ordre biblique d’Esdras et de Néhémie suppriment soit le nom d’Esdras des textes qui l’associent à Néhémie, soit attribuent arbitrairement son expédition à la 37e année d’Artaxerxès Ier. Pour les lecteurs de ce commentaire, il suffit de souligner que ces deux propositions reposent sur des altérations délibérées du texte biblique. L’étudiant conservateur de la Bible ne trouve aucune raison d’inverser l’ordre de l’arrivée d’Esdras et de Néhémie tel qu’il est donné dans la Bible. Une telle transposition non seulement ne résout pas toutes les difficultés qu’elle prétend résoudre, mais en crée de nouvelles et rend très difficile la reconstitution de l’histoire de cette époque. Nous ne pouvons ignorer ni les déclarations de l’Inspiration ni les faits historiques connus.
Esdras 7:6
Ellen G. White
6-10. Esdras publia des copies de la Loi—Esdras était issu des fils d’Aaron, un prêtre que Dieu choisit pour être un instrument de bien envers Israël, afin de mettre en honneur le sacerdoce, dont la gloire avait été fortement éclipsée pendant la captivité. Esdras était un homme d’une grande piété et d’un zèle saint. C’était aussi un homme instruit et un scribe habile dans la loi de Moïse. Ces qualifications firent de lui un homme éminent.
Esdras 7:10
Ellen G. White
10. Un exemple en matière de connaissance et de pratique—L’exemple d’Esdras nous enseignera-t-il l’usage que nous devons faire de notre connaissance des Écritures ? La vie de ce serviteur de Dieu devrait nous inspirer à servir le Seigneur de tout notre cœur, de toute notre âme et de toute notre force. Chacun de nous a une œuvre assignée à accomplir, et celle-ci ne peut l’être que par un effort consacré. Nous devons d’abord nous appliquer à connaître les exigences de Dieu, puis à les mettre en pratique. Alors nous pourrons semer des graines de vérité qui porteront du fruit pour la vie éternelle (The Review and Herald, February 6, 1908).
Seventh-day Adventist Bible Commentary — Francis D. Nichol (dir.) et contributeurs. Review and Herald Publishing Association · tous droits réservés
Esdras 7:1
Après ces événements. L'auteur établit une nette division entre les première et deuxième sections du livre au moyen d'une expression employée nulle part ailleurs dans le livre d'Esdras. L'intervalle réel entre les événements décrits aux ch. 6 et 7 semble avoir été de près de 58 ans — du printemps de 515 av. J.-C. (voir ch. 6:15) aux premiers mois de 457 av. J.-C. (voir ch. 7:7). Artaxerxès. Pour l'orthographe du nom du roi, voir la Note supplémentaire sur le chapitre 4. Avec la majorité des spécialistes conservateurs, ce commentaire considère que l'Artaxerxès mentionné ici est Artaxerxès Longimanus, qui régna de 465–423 av. J.-C. Pour un
résumé des éléments en faveur de ce point de vue, voir la Note supplémentaire à la fin de ce chapitre. Esdras, fils de Seraïa. Esdras était probablement l'arrière-arrière-petit-fils de Seraïa. Dans le langage des auteurs bibliques, tout descendant est un « fils », et tout ancêtre un « père ». Christ est « le fils de David », et David « le fils d'Abraham » (Matt. 1:1). Joram « engendra Ozias [Uzziah] » (Matt. 1:8), son arrière-arrière-petit-fils (voir 1 Chron. 3:11, 12, où l'autre nom d'Ozias, Azaria, est employé). Esdras omet probablement les noms de son père, de son grand-père et de son arrière-grand-père, qui n'étaient pas distingués, et revendique sa descendance de Seraïa, le dernier grand prêtre à avoir exercé son ministère dans le Temple de Salomon (2 Kings 25:18). Azaria, père de Seraïa, n'est mentionné que dans la liste généalogique de 1 Chron. 6:13, 14 et dans Ezra 7:1, mais le père d'Azaria, Hilkija, est sans aucun doute le grand prêtre du temps de Josias (2 Kings 22:4–14; 2 Chron. 34:14–22). 5. Fils d'Aaron. Aux v. 1–5, Esdras retrace sa généalogie jusqu'à Aaron, le premier grand prêtre. Une comparaison avec la liste généalogique présentée dans 1 Chron. 6:3–15 montre qu'Esdras a omis six noms entre Azaria et Maraioth du v. 3, qui se trouvent dans 1 Chron. 6:7–10, et un autre nom (Meraioth) entre Tsadok et Ahitub du v. 2 (voir 1 Chron. 9:11). L'abrègement des généalogies par l'omission de noms sans importance était une pratique courante chez les Juifs. Un cas notable est l'omission de plusieurs noms dans la généalogie du Christ selon Matthieu (voir le commentaire sur Matt. 1:5, 11, 15, 17). Bien qu'Esdras fût un descendant d'Aaron et appartînt ainsi à la famille sacerdotale, il n'était pas lui-même grand prêtre, mais seulement un « prêtre » (Ezra 7:11, 12; Neh. 8:2). 6. Esdras monta. Voir ch. 2:1, où la même expression, « monta », est employée à propos du premier groupe d'exilés de retour. Prêt. Héb. mahir, mot également employé en araméen et en égyptien pour désigner un scribe habile qui écrit rapidement. Dans les papyrus d'Éléphantine, Ahiqar se désigne lui-même comme « un scribe sage et prompt », et emploie le même mot mahir. Il voulait ainsi indiquer qu'il n'était pas seulement un scribe, mais aussi un homme instruit. En Égypte, où mahir était devenu un titre professionnel pour les scribes habiles, un tel homme était hautement formé dans tous les domaines du savoir profane. Esdras employa cependant ses talents dans le domaine religieux, étant un érudit « dans la loi de Moïse ». Voir le commentaire sur le v. 11. Que le Seigneur Dieu. Il est caractéristique de la piété d'Esdras de ne jamais oublier que la loi n'était pas un simple code humain donné par un législateur terrestre, mais un don direct et divin — « la loi du Seigneur » (v. 10), « les paroles des commandements du Seigneur et de ses statuts pour Israël » (v. 11), et « la loi que le Seigneur avait prescrite par Moïse » (Neh. 8:14). Toutes ses demandes. Esdras avait fait une impression favorable sur le roi et avait gagné sa confiance. On ignore comment cela s'est produit. 7. Les enfants d'Israël. Les mêmes six catégories de colons sont ici mentionnées comme revenant avec Esdras et qui, selon le récit antérieur (ch. 2:70), avaient accompagné Zorobabel. L'ordre de mention est presque le même, mais pas tout à fait. Septième année d'Artaxerxès. Esdras a probablement compté la 7e année d'Artaxerxès selon la coutume juive, c'est-à-dire en fonction de l'année civile juive, qui commençait à l'automne (voir Vol. II, pp. 110, 112, 138, 140). La 7e année de règne d'Artaxerxès Ier commença à l'automne de 458 av. J.-C. et s'acheva à l'automne de 457, selon le tableau de la page 108 de ce volume. Pour une explication de ces dates et de celles des v. 8 et 9, voir pp. 100– 103 de ce volume.
8. Il vint à Jérusalem. D’après le v. 9, il semble que le premier jour du premier mois (Nisan) de l’année religieuse avait été choisi pour le début du voyage. Cela n’a rien de surprenant, puisque la saison sèche était habituellement choisie pour un tel voyage, qu’une caravane mettait plusieurs mois à accomplir. De même, toutes les campagnes militaires commençaient au printemps. Le jour du départ, selon le calendrier juif de la p. 108, était très probablement le 27 mars 457 av. J.-C. Le voyage dura près de quatre mois. Les exilés arrivèrent à Jérusalem le premier jour du cinquième mois (Ab), soit environ le 23 juillet 457 av. J.-C. Que le groupe d’Esdras ait mis quatre mois pour atteindre Jérusalem semble à première vue très long, mais il ne faut pas oublier qu’une caravane comme la sienne devait avoir pris plusieurs repos prolongés, dont l’un est mentionné à Ahava (chap. 8:15). Le journal de marche de l’armée de Cyrus le Jeune, d’Éphèse à Cunaxa près de Babylone, fournit le compte rendu réel d’un tel voyage. Bien que Cunaxa ait été atteinte en 91 jours de marche, le voyage entier, jours de repos compris, dura environ six mois (Xénophon, Anabase ii. 1. 6). Il ne faut donc pas s’étonner que le voyage d’Esdras ait duré quatre mois. Certains retards ont presque certainement été causés par les dangers de la route (voir chap. 8:31). Quant à l’itinéraire probable, voir le commentaire du chap. 2:68. 9. La bonne main. La faveur divine particulière mentionnée ici comprend probablement la réponse royale à la demande d’Esdras (voir v. 6), ainsi que la délivrance des ennemis qui avaient l’intention d’attaquer la caravane en chemin (voir chap. 8:21–23, 31). 10. Il disposa son cœur. Esdras était un homme consacré. Le but et l’ambition de sa vie étaient de connaître la volonté de Dieu, de coopérer avec Dieu et d’enseigner aux autres à faire de même. C’est cet homme que Dieu appelait maintenant à accomplir une œuvre particulière. 11. Le prêtre. La généalogie des versets 1–5 implique qu’Esdras était prêtre, mais le v. 11 fournit la seule affirmation précise de ce fait. Néhémie désigne également Esdras de cette manière (chap. 8:2, 9). Le scribe. Ici, pour la première fois, sopher est employé au sens néotestamentaire de grammateus, « scribe », c’est-à-dire un homme formé à l’interprétation des Écritures. Esdras est à la tête d’une lignée de célèbres érudits hébreux, qui, à l’époque du Christ, comprenait des hommes tels que Hillel et Gamaliel, que les Juifs considéraient comme de dignes successeurs d’Esdras. 12. Roi des rois. Le décret lui-même est cité aux versets 12–26, rédigé en araméen exactement tel qu’il sortit de la chancellerie perse. Il est étroitement apparenté, par sa forme et son contenu, aux documents trouvés dans les chapitres 4 à 6 et, à la suite de la découverte de documents similaires à Éléphantine, il est désormais reconnu comme authentique même par les spécialistes les plus critiques. « Roi des rois » était un titre reconnu des monarques perses et se trouve dans toute inscription perse d’une certaine longueur. Le titre fut d’abord employé par les rois assyriens, qui exprimaient ainsi le fait qu’ils régnaient sur de nombreux rois vassaux qu’ils maintenaient sur leurs trônes respectifs dans les territoires conquis. Le titre fut ensuite repris par les rois de Babylone (voir Dan. 2:37), puis par les rois perses lorsqu’ils devinrent les maîtres du monde. Esdras le prêtre. Il est intéressant de noter que le décret n’emploie pas le mot araméen ordinaire kumra’, « prêtre », mais le mot emprunté kahen, tiré de l’hébreu kohen. Dans les documents araméens d’Éléphantine, les auteurs établissent également une nette distinction entre les prêtres païens, pour lesquels ils employaient le mot araméen ordinaire kumra’, et les
vrais prêtres de Dieu, qu’ils désignaient par le mot kahana’. L’emploi de ce mot dans le document d’Ezra 7 indique donc que le décret, bien qu’approuvé et promulgué par le roi et en son nom, avait été composé par un Juif à la chancellerie impériale. D’autres éléments de preuve trouvés dans ce décret vont dans le même sens. Un scribe de la loi du Dieu des cieux. En araméen, saphar datha’ di–’elah shemayya’. Une explication correcte de ce titre fut proposée dans les années 1930 par H. H. Schaeder. Sur la base de titres analogues, il montre qu’il désigne un haut fonctionnaire de la chancellerie perse chargé des affaires relatives à « la loi du Dieu des cieux ». En conséquence, Esdras était chargé de rendre compte des affaires religieuses juives auprès du gouvernement perse. De même, dans les gouvernements parthe et sassanide ultérieurs, le chef de la population juive (resh galutha’, « chef des exilés ») occupait parfois un rang égal à celui des plus hauts fonctionnaires du gouvernement. Neh. 11:24 témoigne également de l’existence d’une telle fonction à l’époque d’Artaxerxès Ier. Nous sommes incapables de dire comment Esdras reçut cette nomination, mais il est évident que sa nomination à cette fonction ferait de lui le Juif le plus influent de Babylone. Qu’il ait utilisé son influence dans l’intérêt de son peuple est prouvé par le contenu du décret. Parfait. L’araméen ne contient que le mot gemir, qui signifie « achevé », et la plupart des spécialistes le considèrent soit comme une formule abrégée indiquant la fin d’un document, soit comme un mot signifiant « émis ». Dans le premier cas, il faut ajouter le mot « paix », comme l’a fait la KJV, mais la seconde interprétation considère le texte comme complet tel quel. Et à un tel moment. Voir le commentaire sur le chap. 4:17. 13. Tous ceux du peuple. Le décret d’Artaxerxès est aussi vaste dans sa portée que la proclamation de Cyrus (chap. 1:3), et donne la permission non seulement aux Juifs, mais aussi à tous les Israélites de chaque tribu d’accompagner Esdras à Jérusalem. Que des Israélites de toutes les tribus soient effectivement montés à Jérusalem à cette occasion est suggéré par la mention de « douze taureaux pour tout Israël », que ceux qui revinrent avec Esdras offrirent à leur arrivée au « Dieu d’Israël » (voir le commentaire sur le chap. 8:35). 14. Sept conseillers. Dans Esther 1:14 les sept conseillers apparaissent comme sept princes, qui « voyaient le visage du roi » et « occupaient les premières places dans le royaume ». Aucune inscription n’a jusqu’à présent été découverte pour expliquer davantage les fonctions de ce groupe. On a émis l’hypothèse qu’il s’agissait des chefs des sept grandes familles perses qui, selon Hérodote (iii. 84), jouissaient de privilèges allant au-delà de ceux des autres familles, notamment du droit d’accéder sans restriction à la présence royale. La loi de ton Dieu. La mission d’Esdras comprenait le devoir d’enquêter sur les conditions religieuses dans la province de Judée. Pour cela, la loi de Dieu servirait naturellement de norme. Les paroles concernant la loi ont souvent été comprises par les spécialistes critiques comme impliquant qu’Esdras en était l’auteur, ou du moins l’éditeur. Que cette opinion soit incorrecte se voit au v. 25, qui indique que cette loi était déjà bien connue des Juifs palestiniens avant l’arrivée d’Esdras. Il est donc évident que « la loi de ton Dieu » était un livre, ou des livres, déjà en possession d’Esdras et des Juifs de Palestine également. La nature de cette loi, déjà connue des Juifs de Babylone et de Palestine, est révélée dans Néh. 8.
15. L’argent et l’or. Les affaires financières jouent un rôle des plus importants dans ce décret. Les dons qu’Esdras avait reçu mission d’emporter à Jérusalem provenaient de trois sources — le roi et ses conseillers, une collecte faite auprès d’amis non juifs dans la satrapie de Babylonie, et des offrandes volontaires faites par des Juifs résidant hors de Palestine (v. 16). Dans l’Antiquité, le transport de grandes sommes d’argent se faisait par des caravanes bien protégées. Les routes n’étaient jamais à l’abri des brigands, et plus l’envoi était important, plus le risque qu’il soit intercepté était grand. Josèphe rapporte (Antiquités xviii. 9. 1) qu’à l’époque romaine, les dons envoyés chaque année à Jérusalem depuis Babylone étaient escortés par un grand nombre d’hommes armés. La demeure de qui. Cette expression est semblable, mais non identique, à celle qu’a employée Cyrus au ch. 1:2, 3. Elle ne signifie pas nécessairement qu’Artaxerxès considérait le Dieu des Juifs comme une divinité locale, mais simplement que l’emplacement de son Temple se trouvait à Jérusalem. Si un Juif tel qu’Esdras était l’auteur véritable de ce décret, ensuite approuvé par Artaxerxès (voir v. 12), il aurait naturellement employé une formulation de ce genre. 17. Achète rapidement. Il faudrait plutôt traduire « achète judicieusement » ou « avec toute diligence » (RSV). Artaxerxès ne se préoccupait pas de la rapidité avec laquelle l’argent serait dépensé, mais de la qualité de son emploi. Le but premier de l’argent envoyé par Esdras était de maintenir le rituel juif (voir ch. 6:9, 10). 18. Tout ce qui semblera bon. Le reste de l’argent devait être dépensé de la manière qu’Esdras, agissant sous la direction divine, jugerait appropriée. Esdras était ainsi libre d’employer autant d’argent qu’il le jugeait raisonnable aux fins qu’il considérerait nécessaires, sans devoir demander une autorisation particulière à chaque fois. Le décret lui donnait donc le droit d’utiliser l’argent pour des travaux tels que la réparation du Temple ou la reconstruction de la muraille. Au moment où le décret fut rédigé, Esdras a peut-être jugé souhaitable cette liberté d’action. Plus tard, lorsque les Samaritains montrèrent leur hostilité, il a peut-être regretté que le décret n’ait pas mentionné d’objectifs précis devant être financés par l’allocation royale. 19. Les vases également. Il ne semble pas qu’il s’agisse de vases sacrés appartenant à l’origine au premier Temple, comme ceux que Cyrus avait confiés à Zorobabel. Il semblerait plutôt qu’ils aient fait partie de l’offrande volontaire (v. 15), dans laquelle ils sont expressément inclus (voir ch. 8:26–28). Les vases envoyés avec Zorobabel s’étaient peut-être révélés trop peu nombreux pour les grandes fêtes. L’histoire ancienne offre des parallèles, avec des rois envoyant des vases précieux en cadeau à d’autres rois ou aux temples de nations alliées. Le cadeau d’Artaxerxès n’avait donc rien d’inhabituel. 20. Tout ce qui sera encore nécessaire. La souplesse du décret apparaît ici clairement. Esdras se voit accorder un accès illimité aux revenus royaux de la province de Judée, afin de les employer à toute fin liée au Temple. Dans les limites énoncées au v. 22, Esdras devait décider lui-même de ce qu’il convenait de faire. Maison du trésor du roi. Il ne s’agissait pas du trésor royal de Suse ou de Persépolis, où était entreposé le tribut des différentes provinces, mais du trésor local de Judée, auquel les Juifs versaient leurs remises et dans lequel Esdras était désormais autorisé à puiser. 21. Tous les trésoriers. Le « décret » inclus dans l’autorisation accordée à Esdras fut probablement envoyé séparément au trésorier royal établi en Judée et à ceux du bureau du satrape qui s’occupaient des affaires financières de cette province. Il était peu probable qu’Artaxerxès ait voulu qu’Esdras réclame les revenus de provinces telles que la Samarie ou Ammon, dont les habitants étaient les ennemis de la Judée. Le titre araméen traduit par « trésorier » apparaît également sur des objets provenant de Persépolis. Esdras … le scribe. Sur le titre officiel d’Esdras, voir la note sur le v. 12.
22. Jusqu’à cent talents d’argent. Selon le poids du talent babylonien léger, cela représentait 3 013 kg, soit 3,32 tonnes. En outre, Esdras pouvait exiger 100 kors de blé (22 000 litres, soit 624 boisseaux), ainsi que 100 baths (2 200 litres, soit 581 gallons) de vin et d’huile chacun. Dans les tablettes de contrats babyloniennes, l’huile et le vin sont généralement mesurés en « jarres », dont la contenance est inconnue. Le prix du vin variait de un à huit sicles la jarre, selon sa qualité et la saison de l’année. Comparer vol. I, p. 169. Une réquisition adressée au trésorier pour du blé, du vin, de l’huile et du sel semble étrange aujourd’hui, mais elle était tout à fait naturelle dans le système perse, où les impôts étaient en partie perçus en nature et où chaque province devait envoyer à la cour royale la meilleure partie de ses récoltes. Le vin, les céréales, l’huile et le sel étaient tous produits en abondance en Palestine, qui était « un pays de blé et de vin, un pays de pain et de vignes, un pays d’oliviers et de miel » (2 Rois 18:32), et, dans la région autour de la mer Morte, regorgeait de sel. 23. La colère contre le royaume. La septième année d’Artaxerxès Ier, une « colère contre le royaume » de Perse, d’une gravité exceptionnelle, se manifesta. L’Égypte s’était révoltée contre les Perses vers 463 av. J.-C. et, l’année suivante, avec l’aide des Athéniens, avait chassé le dernier Perse du pays. Vers la fin de 459, une tentative infructueuse fut faite pour contraindre Athènes à rappeler ses troupes. En 458, Artaxerxès résolut de tenter de reconquérir le pays révolté. Peu après, il publia ce décret autorisant l’expédition d’Esdras à Jérusalem. L’histoire rapporte qu’à partir de l’année 457 av. J.-C., les choses tournèrent en faveur des Perses en Égypte. Memphis fut reprise cette année-là et, en 456, les troupes athéniennes furent finalement vaincues et la province d’Égypte reconquise. Et ses fils. Lorsqu’Artaxerxès monta sur le trône, il était encore très jeune, et l’on ignore combien de fils il avait la septième année de son règne. Finalement, leur nombre atteignit 18 (Ctesias Excursus Persika 44). 24. Nous certifions. Les anciens commentateurs ont vu dans le pronom « nous » soit un pluriel de majesté, encore couramment employé par la royauté et peut-être comparable au « nous » éditorial, soit une indication qu’Artaxerxès inclut ici ses fils. Ces deux interprétations sont cependant incorrectes. Une meilleure compréhension de l’araméen montre que le sujet du participe actif « certifier », ou « notifier », est indéfini et que la phrase devrait être traduite au passif : « vous êtes avisés ». Il ne sera pas permis. Concernant les trois impôts mentionnés ici, voir le commentaire sur chap. 4:13. Les documents montrent que le clergé égyptien fut exempté d’impôts pendant la majeure partie de son histoire (voir le commentaire sur Gen. 47:22). Bien qu’aucun document ne confirme l’existence de la même coutume en Perse, le fait que ce privilège ait été accordé au personnel du Temple juif implique que la prêtrise perse était elle aussi exemptée d’impôts. Esdras n’aurait guère obtenu une telle concession pour les prêtres de son peuple si la prêtrise perse n’avait pas bénéficié de privilèges similaires. Que la politique d’exemption fiscale des prêtres ne soit pas sans parallèle, même à l’époque des Perses, se voit dans une inscription grecque où Darius Ier réprimande un certain Gadatas pour avoir ignoré la politique royale en prélevant un « tribut sur les cultivateurs sacrés d’Apollon ». Antiochos le Grand accorda également des privilèges similaires à la prêtrise juive (Josephus Antiquities xii. 3. 3). 25. Magistrats et juges. La dernière partie du décret (v. 25 et 26) autorise Esdras à réorganiser le système judiciaire de la Judée et à être responsable de toutes les futures nominations des fonctionnaires judiciaires dans cette province. Le mot shapheṭin, « magistrats », est
simplement l’équivalent hébreu aramaïsé du mot traduit par « juges ». Ce mot n’a pas été trouvé dans des documents non juifs rédigés en araméen, mais son verbe racine apparaît dans des documents juifs trouvés à Éléphantine. Son emploi dans le décret d’Ezra 7 est une preuve supplémentaire qu’un Juif parlant hébreu, probablement Esdras, était responsable de la rédaction de ce document. Au-delà du fleuve. Voir le commentaire sur Ezra 4:10Cela. La compétence d’Esdras n’était pas destinée à couvrir toute la région de « l’Au-delà du Fleuve », comme le montre la clause explicative supplémentaire : « tous ceux qui connaissent les lois de ton Dieu ». Elle limite la compétence d’Esdras à la partie juive de la population, y compris les prosélytes juifs. Enseignez-les. Esdras, qui était probablement responsable de la formulation du décret, devait connaître quelque peu les conditions spirituelles qui prévalaient en Judée, ce qui l’avait convaincu de la nécessité d’instruire les exilés revenus dans la loi de Dieu. Sachant que sa conviction personnelle sur cette question pourrait ne pas avoir beaucoup de poids auprès des dirigeants de Judée, il obtint l’autorisation royale d’accomplir cette œuvre, afin que les Juifs ne soient pas tentés de négliger cet aspect de son programme de réforme. Le fait que l’initiative de ces dispositions du décret venait d’Esdras est sous-entendu aux v. 6 et 28. 26. Que le jugement soit exécuté. Enfin, Esdras fut autorisé à faire appliquer la loi, avec le pouvoir d’infliger des amendes, d’emprisonner, de bannir ou d’exécuter les coupables, selon ce qu’il jugerait bon. Les Perses confiaient toujours ces pouvoirs aux administrateurs civils des provinces, qui gouvernaient en autocrates dans leurs territoires respectifs et n’étaient responsables que devant le roi. L’attribution à Esdras de responsabilités aussi étendues montre qu’Artaxerxès ne le considérait pas simplement comme un chef religieux. Il était investi d’une autorité séculière sur tous les secteurs de l’administration de la province de Judée, à l’exception peut-être des finances. 27. Béni. Après avoir cité l’important document en araméen, langue dans laquelle il avait été initialement publié, Esdras poursuit maintenant en hébreu, qui se prolonge sans interruption jusqu’à la fin du livre. Véritable homme de Dieu, il exprime sa gratitude pour la prière exaucée. Embellis la maison. Les paroles de gratitude d’Esdras indiquent qu’Artaxerxès avait autorisé de nouvelles activités de construction liées au Temple. On ignore si ces travaux consistaient uniquement en décorations ou s’ils comprenaient également des bâtiments. Ce texte explique sans doute pourquoi Esdras a inclus Artaxerxès parmi les rois dont le « commandement » fit construire le Temple (voir ch. 9:9 et l’explication de ch. 6:14). 28. À moi. De nombreux commentateurs modernes ont estimé que seules les parties du livre d’Esdras écrites à la première personne du singulier pouvaient lui être attribuées, et que les parties qui parlent d’Esdras à la troisième personne du singulier avaient été écrites par quelqu’un d’autre (voir ch. 7:1–11 ; 10:1). Cependant, une étude attentive des documents anciens montre qu’un changement de pronoms ne prouve pas un changement d’auteur. On peut citer des exemples tirés de documents égyptiens (le récit de Sinouhé, voir l’explication de «Ex. 2:15), assyriens (Annales de Sargon II), araméens (récit d’Ahikar), hébreux (Dan. 4), et grecs (Thucydide), dans lesquels apparaît la même particularité. Même dans certaines œuvres littéraires modernes, les auteurs passent brusquement de la première à la troisième personne, ou inversement, comme l’a montré Kittel. Devant le roi. Voir l’explication du v. 15. C’est une preuve supplémentaire qu’Esdras s’était présenté devant Artaxerxès et son cabinet en qualité de suppliant (voir aussi v. 6). Bien qu’il faille reconnaître que le tact et la sagesse d’Esdras furent responsables d’une grande partie du succès qui couronna ses efforts, notamment pour obtenir le décret, la main de la Providence le guida pas à pas.
Il reconnaissait volontiers que son succès était dû à la bonté de Dieu et que Dieu avait agi sur le cœur du roi et des dirigeants devant lesquels il s’était présenté. NOTE ADDITIONNELLE SUR LE CHAPITRE 7 Jusqu’aux dernières années du XIXe siècle, Juifs et chrétiens considéraient pareillement l’Artaxerxès du livre d’Esdras comme le premier roi perse à avoir porté ce nom. Les Grecs l’appelaient Artaxerxès Longue-Main (ce qui signifie « longue main »), et il régna de 465 à 423 av. J.-C. Depuis 1890, toutefois, la situation a considérablement changé. Cette année-là, un érudit belge, A. van Hoonacker, publia sa première étude sur l’ordre chronologique d’Esdras et de Néhémie, plaidant pour une inversion de l’ordre traditionnel et cherchant à faire d’Esdras l’un des successeurs de Néhémie. Cette opinion sur les successeurs de Néhémie. Cette opinion a gagné de nombreux partisans dans le monde savant. Ceux qui inversent l’ordre traditionnel sont désormais à peu près aussi nombreux que ceux qui y adhèrent encore. Compte tenu de l’importance de cette question, notamment en ce qui concerne la prophétie deDan. 9:24–27 et sa datation exacte, une analyse plus détaillée du problème est présentée ici. Les spécialistes qui pensent qu’Esdras a succédé à Néhémie peuvent être répartis comme suit : (1) ceux qui datent les événements de Esdras 7 dans les dernières années du règne d’Artaxerxès Ier, généralement durant sa 37e année de règne (427 av. J.-C.) plutôt que durant la 7e, comme l’indique le texte biblique, et (2) ceux qui attribuent l’expédition d’Esdras à la 7e année du règne d’Artaxerxès II (405/04–359/58 av. J.-C.). Les opinions du premier groupe n’ont pas besoin d’être examinées dans ce commentaire, car elles ne consistent en rien de plus qu’une correction conjecturale du texte, qui rejette la date indiquée dans Esdras 7 et en substitue un autre à sa place. La majorité des spécialistes qui pensent que l'activité d'Esdras à Jérusalem a suivi celle de Néhémie appartiennent à ce premier groupe. Plus convaincants sont les arguments des spécialistes appartenant au second groupe. Ils soulignent que la Bible n'indique pas lequel des trois Artaxerxès de l'histoire est désigné dans Esdras 7, et qu'ils ne violent en rien le récit biblique en plaçant les événements de Esdras 7 et 8 au cours de la 7e année d'Artaxerxès II au lieu de la 7e année d'Artaxerxès I. Puisque tout étudiant de la Bible admettra que les événements rapportés ne sont pas toujours présentés dans l'ordre chronologique, on n'est pas en droit, a priori, de rejeter une opinion qui attribue Esdras 7–10 à une période postérieure aux événements décrits dans Néhémie. Une étude attentive de tous les éléments est essentielle pour parvenir à une décision valable sur cette question. Pour commencer, il convient de s'interroger sur les raisons pour lesquelles les spécialistes ont abandonné la position longtemps défendue selon laquelle Esdras était venu à Jérusalem la 7e année d'Artaxerxès I, et Néhémie la 20e année du même roi. Parmi les nombreux arguments avancés en faveur de l'inversion de l'ordre traditionnel, seuls cinq revêtent une importance particulière. Ceux-ci affirment : 1. Que Néhémie connaît peu Esdras. Si Esdras était venu à Jérusalem muni de vastes pouvoirs administratifs, religieux et judiciaires, comme Esdras 7 le laisse entendre, pourquoi ne joue-t-il pas un rôle plus important à l'époque de Néhémie ? Il est vrai qu'Esdras est mentionné comme lecteur de la loi (Néh. 8:1–6, 9), et comme l'un des chefs des deux chœurs processionnels lors de la dédicace de la muraille (Néh. 12:36), mais ses activités sont complètement éclipsées par celles de Néhémie. Si, en revanche, il était un prêtre relativement jeune, de lignée aaronique, à l'époque de Néhémie, il était tout naturel qu'il soit lecteur de la loi, mais sans occuper une place importante dans l'administration civile. Plus tard, semble-t-il, il obtint l'écoute du roi perse et fut envoyé en Juda avec les vastes pouvoirs énumérés dans Esdras 7.
Ellen G. White
L’Esprit de Dieu poussa Esdras à étudier les livres historiques et poétiques de la Bible, et par ce moyen il se familiarisa avec le sens et la compréhension de la loi. Durant la captivité, la connaissance de la volonté de Dieu avait été en partie perdue. Esdras rassembla toutes les copies de la loi qu’il put trouver. Il en publia des copies parmi le peuple de Dieu et devint un enseignant de la loi et des prophéties dans les écoles des prophètes. La Parole pure, ainsi enseignée avec diligence par Esdras, apporta à cette époque une connaissance inestimable (Letter 100, 1907).