Dictionnaires bibliques

Vengeance

Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Vengeance », un article après l’autre.

Dictionnaire de la Bible (Bost)

C’est sous ce nom qu’il est parlé (Actes 28.4), de la déesse grecque et romaine de la Justice (δίκη, ης, ἡ), fille de Jupiter et de Thémis, presque égale au premier, à la puissance (c’est, en germe, la distinction des pouvoirs, la justice indépendante de l’État). Comme puissance vengeresse, elle est souvent confondue avec Némésis ; on lui attribuait spécialement la punition du meurtre. Les Hébreux et les chrétiens ne connaissent pas cette divinité ; ils se rappellent qu’elle n’est qu’un attribut de Dieu, que c’est à Dieu seul que la vengeance appartient, que l’homme ne saurait se faire justice à lui-même. Le chrétien reconnaît cette vérité sans restriction, le Juif l’admettait comme règle générale, à deux exceptions près :

  • Le talion légal qui reconnaît le droit de vengeance, mais pour le modérer, et
  • Le droit du goël, ou vengeur.

Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com

L’article dans Bost

Dictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)

La vengeance, en tant qu’elle enferme du ressentiment et de la douleur de l’injure qu’on nous a faite, ne convient point à Dieu. Nulle créature ne peut troubler sa paix, ni lui causer de la douleur et du ressentiment. Ultio doloris confessio est, dit Sénèque. L’homme ne cherche à se venger, que parce qu’il est blessé et sensible à l’injure. Lors donc que l’Écriture dit que Dieu se venge, elle parle d’une manière impropre et populaire. Il venge les injures faites à sa justice, à sa majesté, à l’ordre qu’il a établi dans le monde, mais sans émotion et sans plaisir. Il venge les torts faits à ses amis, parce qu’il est juste, et qu’il doit conserver l’ordre et la justice. L’homme se venge parce qu’il est faible, qu’il est blessé, qu’il s’aime trop. Une âme grande méprise les injures ; une âme éclairée des lumières de la foi en laisse la vengeance et le jugement à Dieu.

Dans l’Ancien Testament, Dieu tolérait la vengeance dans certains cas, pour éviter de plus grands maux. Par exemple, il voulait qu’on donnât dent pour dent (Exode 21.24), œil pour œil, etc. [Voyez Talion]. Il permettait, ou plutôt il tolérait que les parents d’un homme qui avait été mis à mort tirassent vengeance du meurtrier (Nombres 25.16-18). Et si un meurtrier volontaire s’était sauvé dans une ville d’asile, on l’en arrachait, et on le livrait entre les mains des parents du mort, pour en faire justice (Deutéronome 19.12). La parenté se croyait obligée de poursuivre la vengeance de tels meurtres, et les Hébreux appelaient Goel ou Rédempteur celui à qui cette sorte de vengeance appartenait. [Voyez Rédempteur et Vengeur (I)].

Mais ces tolérances n’étaient accordées qu’à la dureté du cœur des Juifs : Ad duritiam cordis vestri, comme dit Jésus-Christ à l’occasion du divorce. Dieu s’était assez déclaré pour faire comprendre aux gens de bien que la vengeance lui appartenait : (Deutéronome 33.35). Il défend la haine et la vengeance en termes exprès ; il ne veut pas que l’on conserve de l’animosité dans son cœur contre son frère (Lévitique 19.17-18). Et lorsque Dieu semble établir la loi du talion, il ne permet pas la vengeance, mais il la modère Non fomes, sed limes furoris est, dit saint Augustin. Il n’entend pas irriter la colère, mais en arrêter les progrès et les suites.

Le jour de La vengeance, marque quelquefois le dernier jour de son jugement, auquel Dieu se vengera de tous ses ennemis ; et quelquefois le jour de la vengeance marque la peine que Dieu tire de ses ennemis, lorsque les iniquités sont montées à leur comble. Voyez (Exode 32.34 ; Isaïe 34.8 61.2 63.4 ; Luc 21.22).

La vengeance est ordinairement exprimée dans l’Hébreu sous le nom de consolation ; et quoique saint Jérôme ait ordinairement mis le mot de venger, il n’a pas laissé quelquefois de laisser les mots de consoler et de consolation dans le sens de vengeance. Par exemple (Isaïe 1.24). Et dans les Machabées : (2 Machabées 7.6). Et dans Isaïe : (Isaïe 57.18). Mais les exemples en sont bien plus fréquents dans l’Hébreu.

La vengeance se met quelquefois dans l’Écriture pour la sainte attaque, ou pour l’injure que l’on fait à un autre, mais que l’on ne manque pas de colorer du titre de juste vengeance. Ainsi Nabuchodonosor jure par son trône qu’il se vengera de ceux qui n’ont pas voulu se soumettre à son empire (Judith 1.12 ; 2.1), comme s’il avait eu droit d’exiger d’eux cette soumission. De même les Iduméens ont exercé leur vengeance contre Juda (Ézéchiel 25.12). Il faut entendre sous ces expressions, exercer sa haine, satisfaire sa mauvaise volonté.

Quand on dit que Dieu accorde la vengeance à quelqu’un (Psaumes 17.48), cela marque, ou qu’il lui livre ses ennemis entre les mains pour en tirer vengeance, ou qu’il punit lui-même, par un effet de sa justice, ceux qui ont affligé ses serviteurs.

(1) Voici quelques détails sur le droit de la vengeance particulière parmi les Arabes de nos jours, d’après John Lewis Burckhardt, Notes on the Bedouins and Wahabys, Notes sur les Bédouins et les Wababys, in-4., 1830.

Le principe de la vengeance particulière, avec tous ses détails, le droit du sang et le prix du sang, ne sont nullement le fait seul des Arabes. Il a lieu dans chaque communauté où un gouvernement régulier et la force de la justice n’ont pu encore l’emporter. Mais il semble qu’on ne pourrait pas trouver une seule nation, excepté celle des Arabes, où l’on en ait fait un système aussi régulier. Le Koran a voulu le limiter aux coupables ; cette modification n’a jamais été admise par les Bédouins, qui continuent a étendre à toute la parenté des deux côtés le droit et le devoir d’exiger et de payer le sang. M. Burckardt a construit des figures qui expliquent comment ces droits se ramifient ; d’où l’on peut généralement conclure qu’ils ne s’étendent point latéralement au delà du cinquième cousin, mais que la progression descendante ne cesse jamais que l’on n’ait obtenu satisfaction. La satisfaction régulière, et strictement la satisfaction honorable, est celle de répandre le sang du meurtrier, ou de tous ceux qui sont alliés avec lui dans le Khornse ou à des degrés déterminés, Cependant on leur accorde l’intervalle sacré de trois jours ; et un tiers, dont souvent ils profitent pour s’enfuir jusqu’aux tentes d’une tribu éloignée. En général depuis quelque temps on aperçoit une disposition croissante à négocier. Divers principes commencent à agir même sur ces cœurs altiers. Les prétentions élevées de vengeance et d’affection blessée cèdent aux plus vils motifs, et l’on fonde sur toutes les parties de l'offense des calculs pour satisfaire l’avarice. On a l’habitude de prendre entre les amis communs des arrangements pour le payement du desy ou le prix du sang. Les tableaux de M. Burckardt varient quant au montant, probablement selon la différence des tribus ; quelquefois c’est 50, et quelquefois 100 chameaux, auxquels on ajoute quelques articles de peu d’importance. On obtient ordinairement quelque rabais par grâce et par faveur. Tous les parents qui sont enveloppés dans la dette du sang et orgueilleux d’un allié qui a toit son homme, contribuent à former le montant exigé. Dès qu’on est d’accord sur les conditions, les amis des deux côtés se réunissent on tue la femelle d’un chameau ; et quand la fête est finie, le débiteur ou le meurtrier attache un mouchoir blanc au fer de sa lance comme un témoignage qu’il a acquitté sa dette du sang.

Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com

L’article dans Calmet

Lexique de la Bible (Lelièvre)

Dans les nations de civilisation avancée, la loi ne laisse aucune place à l’exercice de la vengeance.

C’est à la justice, qui est entre les mains de l’État, qu’incombe le devoir de châtier les coupables. Chez les peuples plus arriérés, au contraire, le châtiment est infligé par celui qui a eu à souffrir de la part du criminel ; en cas d’homicide, le plus proche parent de la victime, ou sa famille entière, ou même son clan, suivant les cas, out le devoir sacré, en même temps que le droit, de tuer le meurtrier. Ce devoir est de ceux auxquels ni l’honneur ni la religion ne permettent de renoncer : il est voulu par la coutume, et la coutume est une loi divine.

Telles sont les mœurs qui régnaient en Israël et dont témoignent une foule de récits de l’Ancien Testament : vengeance de Gédéon (Juges 8.18-21), vengeance d’Absalom (2Sa 13.1-34), vengeance de Joab (2Sa 3.27), vengeances de David, exécutées par Salomon (1Ro 2.5-6, 8-9, 23-25, 28-35, 36-46), etc. Le parent chargé d’exercer les représailles était le « vengeur du sang » (2Sa 14, en particulier 2Sa 14.11).

Dans les temps les plus anciens, rien ne paraît avoir limité l’étendue que pouvait prendre la vengeance: Sous l’impulsion de la colère, dé la rancune ou de la haine, le vengeur pouvait frapper non seulement le meurtrier, mais un nombre indéterminé de ses proches : Lemek se vante de se venger soixante-dix-sept fois (Genèse 4.24) ; l’acte de vengeance peut être hors de proportion avec l’offense : le même Lemek tue un homme qui l’a blessé (Genèse 4.23) ; l’homicide accidentel, suscitait les mêmes représailles que le crime prémédité : le sang répandu appelait toujours une nouvelle effusion de sang, si bien que la bête de somme, elle-même, devait être abattue si elle avait tué un homme (Ex 21.28).

Cependant, à mesure que se développait l’esprit de justice, les lois, qui codifiaient la coutume, entreprenaient aussi de la modifier. Le plus ancien des codes israélites (celui qu’on appelle « le Livre de l’Alliance », Ex 21-23), spécifie qu’un homicide entraînera la mort du meurtrier seul (Ex 21.12) ; il veille, en même temps, à ce que le châtiment soit proportionné au crime : on ne se vengera pas d’une blessure en tuant le coupable, « vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, meurtrissure pour meurtrissure » (Ex 21.23-25), c’est ce qu’un appelle aujourd’hui, d’après les termes du droit romain, la loi du Talion. Le Livre de l’Alliance protège contre le vengeur du sang tout homme qui aura tué involontairement et lui ménage un lieu d’asile où il pourra se réfugier (Ex 21.13-14 ; voir le mot asile) ; enfin, il prévoit des cas où, une amende, payée devant les Juges pourra servir de compensation à certains délits (Ex 21.22,30.).

Mais la justice ne parvint jamais, en Israël, à se substituer entièrement à la coutume de la vengeance en assumant à elle seule le châtiment des coupables : les lois les plus récentes, celles qui datent d’après l’exil (et qu’on appelle « le Code Sacerdotal »), continuent à légitimer le rôle du vengeur du sang. Après avoir énuméré les cas où l’homicide doit être tenu pour un meurtre, ce code déclare, après chaque cas envisagé : « Le meurtrier sera puni de mort. » Mais on se tromperait en imaginant que la justice va étendre sa main sur le criminel et exécuter la sentence ; le texte continue, en effet, par ces mots : « Le vengeur du sang fera mourir le meurtrier ; quand il le rencontrera, il le tuera » (Nombres 35.16-21).

Plus tard encore, lorsque la justice sera rendue par les Sanhédrins (voyez ce mot) et que la peine de mort sera le plus souvent la lapidation, la sentence du tribunal continuera à être exécutée par l’accusateur : c’est lui qui devra jeter la première pierre sur la tête du condamné afin de le tuer le plus rapidement possible (Talmud de Babylone ; voyez aussi Deutéronome 13.9-10 ; 17.7 ; Jean 8.7 ; Ac 7.58).

Il ne faut pas s’étonner qu’au sein d’un peuple qui ne réussit jamais à séparer complètement le sentiment de la justice du sentiment de la vengeance, ce dernier ait toujours été, comme le premier, étroitement associé à la religion. Si quelques esprits, après l’Exil, ont su s’élever au-dessus de cette conception primitive comme le prouve, par exemple, cette prescription du Lévitique : « Tu ne te vengeras point..., tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Le 19.18), on voit partout, dans les écrits des prophètes comme dans ceux des psalmistes, qu’on fait appel indifféremment à la justice ou à la vengeance de Yahvé (Esa 34.8 ; 61.2 ; Jer 50.15 ; 51.6 ; Eze 25.14 ; Psaumes 58.11 ; 79.10 ; etc.). La religion justifiait donc, chez le pieux Israélite, le désir des justes représailles et pouvait inspirer les sauvages accents du Psaume 137 : « Fille de Babylone, la dévastée, heureux qui te rendra la pareille..., heureux qui saisira tes enfants et les écrasera sur le roc ! »

Il faudra attendre l’Evangile pour que la justice et l’amour condamnent à tout jamais le sentiment de la vengeance et proclament la bienveillance même pour les ennemis (Mt 5.21-26, 38-48). Et cette condamnation sera complète et définitive, en dépit du fait que de séculaires habitudes de langage ramènent parfois sur les lèvres des mots qui ne s’accordent plus avec le Message que l’on prêche (Luc 21.22 ; 18.7 ; 1Th 4.6).

Lexique de la Bible — Charles Lelièvre, source levangile.com

L’article dans Lelièvre

Dictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)

1.

Peine infligée à un offenseur pour la satisfaction de l’offensé ; représailles. Ainsi : comprise, la vengeance n’est jamais équitable (cf. Genèse 4.23 ; Genèse 34.27 et suivants, Esther 8.13 ; Psaumes 137.7-9), et la Bible la défend : « Tu ne te vengeras point » (Lévitique 19.18 ; Matthieu 5.38 et suivants, Romains 12.17 et suivant).

2.

Châtiment auquel est soumis quiconque a fait le mal. Ici la vengeance se confond avec la rétribution ; mais Dieu se réserve de l’exercer : « À moi la vengeance et la rétribution, dit le Seigneur » (Romains 12.19, cf. Deutéronome 32.35 ; Hébreux 10.30 etc.).

L’Ancien Testament nous parle fréquemment de la vengeance que Dieu exerce contre ses ennemis I (Deutéronome 32.41 et suivants, Ésaïe 59.18) et contre les ennemis de son peuple (Ésaïe 35.4 ; Nombres 31.3 ; Juges 11.36 ; Jérémie 46.10 ; Jérémie 51.6 et suivants, Nahum 1.2 etc.). La vengeance divine s’appelle parfois le Jour de Jéhovah (Joël 2.31 ; Amos 5.18 ; Amos 5.20 ; Abdias 15 ; voir Jour de l’Éternel).

Le Nouveau Testament annonce le jour où Dieu vengera ses élus (Luc 18.7 ; Luc 18.21:22). Mais tandis que les justes de l’ancienne alliance appellent la vengeance divine contre leurs ennemis, les justifiés de la nouvelle sont appelés, à l’exemple de leur Sauveur (Luc 23.24) et sur son ordre (Matthieu 5.43 et suivants), à décliner toute vengeance et à s’en remettre à Dieu qui seul juge justement (1 Pierre 2.23). Pardonnés, ils doivent pardonner à leur tour (Matthieu 6.12 ; Éphésiens 4.32). Voir Talion, Rétribution, et l’article suivant.

Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com

L’article dans Westphal