Dictionnaires bibliques
Tyr
Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Tyr », un article après l’autre.
Dictionnaire de la Bible (Bost)
La plus méridionale, la plus grande, la plus puissante des villes phéniciennes, déjà nommée (Josué 19.29 ; cf. 2 Samuel 24.7 ; 1 Rois 9.12 ; Ésaïe 23.1 ; Osée 9.13). Les déclarations de l’Écriture à son égard sont remarquables ; quelques-unes de ses prophéties sont obscures, et le rôle de cette célèbre cité a été assez important pour que Hengstenberg ait consacré à son histoire un ouvrage spécial.
Il y avait, à proprement parler, deux villes de ce nom : Tyr ou Turza, l’uros, en hébreu Tsor (rocher). L’ancienne Tyr, ou Palaeo-Tyrus, était à une lieue environ de la nouvelle. Elle fut bâtie par les Sidoniens, ce que rappelle Ésaïe 23.12, en l’appelant fille de Sidon ; mais elle devait éclipser sa mère. Construite sur le continent, au sommet d’un rocher de 16 m de hauteur et dans une position très forte, elle était la première ville de commerce et la plus grande ville maritime de l’ancien monde. Elle s’enrichissait par le négoce et par ses fabriques, dont les principales étaient celles de verre, de fin lin et d’étoffes teintes en pourpre ; elle était puissante par ses nombreuses colonies ; elle était le marché des productions d’Israël.
Ses ouvriers étaient habiles dans l’art de tailler les pierres, de travailler le bois, et de mettre en œuvre les métaux. David et Salomon eurent des rapports d’amitié avec Hiram, roi de Tyr, qui contribua directement à la construction du palais royal et du temple de Jérusalem, ainsi qu’à l’extension de la marine juive (2 Samuel 5.11 ; 1 Rois 9.11-27 ; 10.22 ; 2 Chroniques 2.3-11). Cinquante ans plus tard, Achab, roi d’Israël, épousa une princesse tyrienne, Jézabel, qui est sidonienne (1 Rois 16.31), parce que Ethbahal, son père, régnait à la fois sur Tyr et sur Sidon (Ménandre). Après plusieurs siècles de prospérité, la cupidité tyrienne, ne connaissant plus de bornes, s’imposa d’une manière intolérable aux Israélites eux-mêmes ; Tyr se mit à acheter et à revendre des prisonniers Israélites faits par d’autres peuples, et s’attira par là la colère du Dieu d’Abraham, qui lui fit adresser de sévères avertissements (Amos 1.9 ; Joël 3.4-8), et finit par la frapper ; Nebucadnetsar marcha contre elle et l’assiégea ; le siège dura treize ans, et l’ancienne Tyr fut détruite. Mais ses habitants, avant d’être réduits à la dernière extrémité, s’étaient retirés dans une île voisine de la côte : le manque d’espace les obligea de donner aux habitations une hauteur considérable ; ce fut Tyr la nouvelle ; l’ancienne, rasée jusqu’aux fondements, ne présenta plus qu’un village. La jeune ville qui s’élevait du milieu des flots, raide et fière, riche et populeuse, avait atteint au même degré de puissance et de gloire que la première ville, quand Alexandre le Grand vint, à son tour, en faire le siège. Désespérant de l’atteindre par mer, il résolut de la réunir à la terre, et se servit des matériaux de l’ancienne Tyr pour construire un môle ou une chaussée, qui donnât passage à ses troupes. Au bout de sept mois la ville fut prise. Cependant elle redevint encore florissante, et fut pendant longtemps une ville chrétienne. Mais les oracles de Dieu sont accomplis ; la domination destructive des Turcs a exécuté les jugements annoncés par les prophètes (Ésaïe 23 ; Jérémie 25 et 27 ; Ézéchiel 26-28).
On a suivi dans ce qui précède l’opinion la plus répandue et la plus généralement reçue ; mais il y a des contradicteurs importants sur presque tous les points de cette grande existence si mystérieusement détruite. Sans les discuter, nous indiquerons, en terminant, les opinions divergentes. Hengstenberg, Hœvernick, et d’autres, soutiennent que l’ancienne Tyr fut bâtie dans l’île ; son nom, quelques détails, l’antiquité du temple d’Hercule qui s’y trouvait, une correspondance de Hiram et de Salomon, quelques passages de Josèphe, de Ménandre et de Bius, sont les autorités dont ils s’appuient ; l’ancienne Tyr, ou Paléo-tyr, le Tsor de Josué 19.29, qui marque la frontière septentrionale d’Israël, remonterait également à des temps fort recules, soit comme ville indépendante, soit comme annexe ou banlieue de la ville insulaire ; leurs destinées auraient été différentes ; l’île aurait été vainement assiégée pendant cinq ans par Shalmanéser, qui, en définitive, aurait été obligé de se contenter de Paléotyr. Les difficultés de cette opinion ont amené Hitzig, et presque Hœvernick, à reconnaître que Paléotyr est plus ancienne, mais qu’une ville ayant ensuite été bâtie sur l’île, et ayant reçu de cette île le nom de Tsor, rocher, Paléotyr aurait pris le même nom ; d’où il résulterait que Paléotyr serait la vieille ville, mais que la ville insulaire aurait eu la première et le plus anciennement le nom de Tyr.
Une seconde divergence porte sur la formation de la digue ; les uns pensant, comme Hengstenberg, que ce sont les Tyriens eux-mêmes qui l’ont formée pour se mettre en rapport direct avec la terre ferme, les autres estimant avec les plus anciennes données historiques que cette digue fut une œuvre ennemie ; d’autres enfin pensant : – ou que l’œuvre ennemie d’Alexandre étant pour les Tyriens un précédent indestructible, ils n’avaient qu’à en tirer le meilleur parti possible, soit pour leurs relations avec le continent, soit au point de vue militaire, – ou qu’une digue naturelle ayant été formée avec le temps par les flots de la mer, Alexandre n’eut qu’à profiter de cette facilité inattendue pour achever un travail si bien commencé.
Une troisième divergence se rapporte à l’accomplissement des prophéties. Nous avons vu l’ancienne Tyr frappée par Nebucadnetsar à la suite des oracles de Joël et d’Amos, et la nouvelle par Alexandre et par les siècles à la suite des prophéties d’Ésaïe, de Jérémie et d’Ézéchiel. D’autres pensent que Shalmanéser accomplit les premières prophéties (Grotius et Gesenius), et Nebucadnetsar les secondes. Ces deux opinions sont également erronées ; les oracles sont accomplis aujourd’hui, mais ils ne le furent à aucune de ces deux ou trois époques. Le siège de Shalmanéser, qui dura cinq ans, ne fut pas couronné de succès ; ce fut un blocus qui n’eut d’autre résultat que d’entraver quelque temps le commerce tyrien, comme le blocus général de Napoléon gêna le commerce de l’Angleterre. Le siège de Nebucadnetsar dura treize ans, mais le résultat ne paraît pas en avoir été fort satisfaisant (Ézéchiel 29.18). Tyr ne fut pas détruite ; car après la mort du roi Ithabal, qui mourut la dernière année du siège, l’histoire énumère encore des rois et des juges de Tyr. Sans doute Nebucadnetsar n’était pas homme à se retirer après des efforts de treize années, n’emportant que la honte de son expédition ; sans doute il obtint quelque satisfaction ; sans doute il avait gravement compromis la prospérité tyrienne : mais enfin Tyr était encore là, debout, et elle sut si bien reconquérir tout ce qu’elle avait perdu, qu’à l’approche d’Alexandre le Grand elle osa résister seule au conquérant de l’Asie, et ne fut prise qu’après un siège de sept mois, en 332. Alors encore elle ne fut pas détruite ; elle ne perdit son importance commerciale que peu à peu, surtout par suite de la concurrence d’Alexandrie en Égypte ; elle n’entassa plus de trésors, elle ne fonda plus de colonies ; elle déclina lentement, pour mourir de vieillesse.
On voit par Actes 21.3, qu’il s’y forma de bonne heure une Église chrétienne. Guillaume, archevêque de Tyr vers 1180, auteur d’un ouvrage historique sur les Croisades, dépeint Tyr comme une ville encore riche et florissante. Ce ne fut qu’après la défaite des chrétiens dans l’Orient qu’elle tomba entre les mains des mahométans et qu’elle fut définitivement détruite. Cette histoire peut se lire presque entière, verset par verset (Ésaïe 23). Ce n’est plus aujourd’hui, sous le nom de Sour, qu’un misérable village de 1500 habitants, vivant de la pêche et du cabotage ; et encore à peine est-on sûr qu’il soit bien situé sur l’emplacement de l’ancienne reine des mers.
Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com
L’article dans BostDictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)
Ville fameuse de Phénicie. Son nom hébreu est Zor ou Tzor, qui signifie un rocher. Aulu-Gelle dit que son ancien nom était Sara. Plaute l’appelle Sara ; et Silius Italicus met Sarranus murex pour Tyrius. La ville de Tyr fut attribuée à la tribu d’Aser (Josué 19.29), de même que les autres villes maritimes du même canton ; mais il ne parait pas que les Asérites en aient jamais chassé les chananéens. Il y a toutefois de fort habiles gens qui soutiennent que Tyr n’était pas encore fondée du temps de Josué, et que Mibzarzor, que l’auteur de la Vulgate a traduit par urbem munitissimam Tyrum, n’est point la ville de Tyr. Isaïe (Isaïe 23.12) nomme Sidon la fille de Tyr, c’est-à-dire sa colonie. Homère ne parle jamais de Tyr, mais seulement de Sidon. Josèphe dit que Tyr ne fut bâtie que deux cent quarante ans avant le temple de Salomon ce qui revient à l’an du monde 2760, et à deux cents ans depuis Josué. Hérodote dit que les prêtres de Tyr disaient que le temple d’Hercule de cette ville avait été bâti avec la ville deux mille trois cents ans avant le temps auquel il écrivait, c’est-à-dire, avant l’an 3596. En sorte que Tyr aurait été fondée en l’an du monde 1296, et trois cent soixante ans avant, le déluge, ce qui est insoutenable.
Mais il semble qu’on peut concilier ces diversités, en reconnaissant deux villes de Tyr, l’une ancienne, connue des anciens sous le nom de Paloe-tyros ; et l’autre nouvelle, nommée simplement Zor ou Tyr. La première était bâtie sur le continent, et c’est là où était le temple d’Hercule, dont les prêtres de Tyr vantaient avec exagération l’antiquité à Hérodote. C’est dans ce temple où les Tyriens répondirent à Alexandre qu’il pouvait aller sacrifier, lorsqu’il leur fit dire qu’il souhaitait aller dans leur ville pour offrir ses sacrifices à Hercule. L’autre Tyr était dans une île, vis-à-vis de l’ancienne, dont elle n’était séparée que par un bras de mer assez étroit. Pline dit qu’il n’y avait que sept cents pas de distance de l’île à la terre ferme. Alexandre le Grand avait comblé tout cet espace pour prendre la ville, et l’île était encore jointe à la terre ferme du temps de Pline.
C’est donc de l’ancienne Tyr que parle Josué. La nouvelle n’était pas encore bâtie du temps de Salomon. Il n’y avait dans l’île qu’un temple dédié à Jupiter Olympien. Dius et Ménandre Ephésien, qui a écrit l’histoire phénicienne, racontent que Hiram, ami de Salomon, avait joint à la ville de Tyr le temple d’Hercule, qui était seul dans l’île, par une levée qu’il fit en jetant dans la mer beaucoup de terre et d’autres matières. Il est vrai que Hiram écrivant à Salomon, lui demanda du blé, parce, dit-il, que nous en avons besoin, demeurant dans une île où notre ville est bâtie mais il y a beaucoup d’apparence que cette circonstance a été ajoutée par Josèphe, puisqu’on lit les mêmes lettres dans Eupolème d’un style assez différent, et où cette circonstance ne se trouve point. On voit encore aujourd’hui quelques vestiges de l’ancienne Tyr, comme de grandes citernes et des restes d’un aqueduc qui conduisait l’eau depuis la terre ferme jusque dans l’île. Cette île avait vingt-deux stades ou 3190, pas de tour, et l’ancienne Tyr avait dix mille pas.
Ménandre d’Éphèse, raconte que Salmanasar, roi d’Assyrie, subjugua toute la Phénicie. Car les habitants de Sidon, d’Ace et de quelques autres villes de ce pays, s’étant séparés de l’alliance des Tyriens, et s’étant donnés auroi d’Assyrie, Salmanasar marcha contre ces derniers, qui ne voulaient pas se soumettre à sa domination, avec une flotte de soixante vaisseaux et de huit cents rameurs. Les Tyriens, n’ayant que douze vaisseaux, lui livrèrent la bataille et la gagnèrent, ayant dissipé la flotte du roi et lui ayant pris cinq cents prisonniers. Salmanasar fut donc obligé de s’en retourner à Ninive, mais. Il laissa au siège de Tyr son armée de terre, qui se saisit des eaux du fleuve et des aqueducs, ce qui ayant duré cinq ans, les Tyriens furent obligés de creuser des puits dans leur ville. Ussérius met cette expédition de Salmanasar sous l’an du monde 3287, sous le règne d’Ézéchias, roi de Juda, avant Jésus-Christ 713, avant l’ère vulgaire 717.
Ézéchiel (Ézéchiel 27 ; Ézéchiel 28) nous décrit assez au long le siège de Tyr formé par Nabuchodonosor l’an du monde 3419, avant Jésus-Christ 581, avant l’ère vulgaire 585. Les savants sont partagés, savoir s’il parle de l’ancienne Tyr ou de la nouvelle. Saint Jérôme croit que c’est de la nouvelle, puisqu’il dit que Nabuchodonosor joignit l’île au continent par la terre, les pierres et le bois qu’il jeta dans l’eau. Marsham, Périsonius et quelques autres croient au contraire que c’est de l’ancienne. Il faut convenir qu’il y a des expressions dans Ézéchiel qui favorisent l’un et l’autre sentiment ; ce qui fait que nous n’osons rien déterminer sur cela. Quoi qu’il en soit, Nabuchodonosor ruina la ville de Tyr ; et les prophètes (Isaïe 23, Jérémie 27.3 ; 47.4, Ézéchiel 26, Ézéchiel 27, Ézéchiel 28) marquent assez-clairement qu’elle ne fut jamais rétablie : ce qui ne peut s’entendre à la rigueur que de l’ancienne Tyr ; car on sait que la nouvelle fut très-florissante depuis Nabuchodonosor. Elle se releva même de sa chute depuis Alexandre.
Isaïe (Isaïe 23.15-17) dit que Tyr demeurera en oubli pendant soixante et dix ans, et qu’après cela le Seigneur la visitera, qu’il la mettra en état de recommencer son premier trafic, et qu’elle se prostituera comme autrefois à tous les royaumes qui sont sur la terre ; mais enfin que tout le gain qui reviendra de son commerce sera consacré au Seigneur et à l’entretien de ses ministres. Il n’est pas aisé de fixer ni le commencement ni la fin de ces soixante et dix ans de l’oubli de la ville de Tyr ; car si l’on en met le commencement à sa prise sous Nabuchodonosor ou sous Alexandre le Grand, il faudra prendre le mot d’oubli dans un sens exagéré, puisque nous lisons que Nabuchodonosor laissa Ithobal pour roi à Tyr, et qu’Alexandre y laissa Abdalonyme, ou Ballonyme, ou Straton ; Car ou trouve tous ces noms dans les anciens, et que ces princes et leurs successseurs y ont régné longtemps ; et nous ne voyons pas que les Tyriens, avant le temps de Jésus-Christ, aient fait paraître aucun zèle pour le Seigneur ni pour son culte. Pour concilier donc les prophéties entre elles, il faut dire que, lorsque les prophètes parlent de la ruine totale de Tyr, ils l’entendent de l’ancienne Tyr, qui ne s’est jamais rétablie ; et que, quand ils prédisent le rétablissement de la même ville, il faut l’entendre de la nouvelle, qui devint très-florissante et qui se releva toujours de ses malheurs ; et qui, ayant enfin embrassé la religion chrétienne, offrit au Seigneur le fruit de ses travaux et de son commerce. Dès le temps de saint Paul (Actes 21.3-4), il y avait déjà un bon nombre de fidèles dans Tyr ; et dans la suite l’Église de Tyr devint très-célèbre. Elle a donné quantité de martyrs, des évêques illustres, et on y a tenu des conciles.
Tyr fut assiégée et prise par les croisés en 1125. Dans un conseil tenu à Jérusalem, dit M. Michaud (Histoire des croisades, tome 2. pages 67-71), en présence du régent du royaume et du doge de Venise, on proposa d’aller assièger Tyr ou la ville d’Ascalon. Comme les avis étaient partagés, on convint d’interroger Dieu et de suivre sa volonté. Deux billets de parchemin sur lesquels on avait écrit les noms d’Ascalon et de Tyr furent déposés sur l’autel du saint sépulcre. Au milieu d’une foule nombreuse de spectateurs, un jeune orphelin s’avança vers l’autel, prit l’un des deux billets, et le sort tomba sur la ville de Tyr…
L’armée chrétienne partit de Jérusalem, et la flotte des Vénitiens du port de Ptolémaïs, vers le commencement du printemps. L’historien du royaume de Jérusalem, qui fut longtemps archevêque de Tyr, s’arrête ici pour décrire les antiques merveilles de sa métropole. Dans son récit à la fois religieux et profane, il invoque tour à lotir le témoignage d’Isaïe et de Virgile ; après avoir parlé du roi Hiram et du tombeau d’Origène, il ne dédaigne point de célébrer la mémoire de Cadmus et la patrie de Didon. Le bon archevêque vante surtout l’industrie et le commerce de Tyr, la fertilité de son territoire, ces teintures si célèbres dans l’antiquité, ce sable qui se changeait en vases transparents, et ces cannes à sucre [Voyez Sucre et Tripoli] dont le miel, dès ce temps-là, était recherché dans toutes les régions de l’univers. La cité de Tyr au temps du roi Baudouin rappelait à peine le souvenir de cette ville somptueuse, dont les riches marchands, au rapport d’Isaïe, étaient des princes ; mais on la regardait comme la plus peuplée et la plus commerçante des villes de Syrie. Elle s’élevait sur un rivage délicieux que les montagnes mettaient à l’abri des vents du nord ; elle avait deux grands môles qui, comme deux bras, s’avançaient dans les flots pour enfermer un port où la tempête ne trouvait point d’accès. La Ville de Tyr, qui avait soutenu plusieurs sièges fameux, était défendue d’un côté par les flots de la mer et des rochers escarpés, de l’autre par une triple muraille surmontée de hautes tours…
Les musulmans, sans espoir de secours, furent obligés de se rendre après un siège de cinq mois et demi. Les drapeaux du roi de Jérusalem et du doge de Venise flottèrent ensemble sur les murailles de Tyr ; les chrétiens firent leur entrée triomphante dans la ville, tandis que les habitants, d’après la capitulation, en sortaient avec les femmes et leurs enfants.
Le jour où l’on reçut à Jérusalem la nouvelle de la conquête de Tyr fut une fête pour tout le peuple de la ville sainte. Au bruit des cloches on chanta le Te Deum en actions de grâces ; des drapeaux furent arborés sur les tours et sur les remparts de la ville ; des branches d’oliviers et des bouquets de fleurs étaient semés dans les rues et suries places publiques ; de riches étoffes ornaient les dehors des maisons et les portes des églises. Les vieillards rappelaient dans leurs discours la splendeur du royaume de Juda, et les jeunes vierges répétaient en chœur les psaumes dans lesquels les prophètes avaient célébré la ville de Tyr.
Plus tard Saladin, voulant faire la conquête de Tyr sur les chrétiens, assiègea deux fois cette ville, et ce fut en vain ; mais dans la suite elle fut détruite par un tremblement de terre (Voyez Tremblement de terre), et tomba enfin au pouvoir des musulmans.
Dans la description que M. de Lamartine a faite de son voyage de Bayruth à Jérusalem, au mois d’octobre 1832, nous lisons (Voyage en Orient, tome 1 pages 290-296) un passage que nous devons rapporter ici. L’illustre voyageur marque son itinéraire de Bayruth « à Saïde, l’antique Sidon, belle ombre encore de la ville détruite, dont elle a perdu jusqu’au nom ; » puis « à une fontaine charmante, au bord de la mer, nommée el-Kantara. Nuit sous la tente… De Kantara parti avant le jour. Gravi quelques collines arides et rocailleuses, s’avançant en promontoire dans la nier, puis, du sommet de la dernière et de la plus élevée de ces collines, voilà Tyr qui m’apparaît au bout de sa vaste et stérile colline.
Entre la mer et les dernières hauteurs du Liban, qui vont ici eu dégradant rapidement, s’étend une plaine d’environ huit lieues de long, sur une ou deux de large : la plaine est nue, jaune, couverte d’arbustes épineux, broutés en passant par le chameau des caravanes. Elle lance dans la nier une presqu’île avancée, séparée du continent par une chaussée recouverte d’un sable doré apporté par les vents d’Égypte. Tyr, aujourd’hui appelée Sour par les Arabes, est portée par l’extrémité la plus aiguë de ce promontoire, et semble sortir des flots mêmes ; de loin vous diriez encore une ville belle, neuve, blanche et vivante, se regardant, dans la mer ; mais ce n’est qu’une belle ombre, qui s’évanouit en approchant. Quelques centaines de maisons croulantes et presque désertes, où les Arabes rassemblent le soir les grands troupeaux de moutons et de chèvres noires, aux longues oreilles pendantes, qui défilent devant nous dans la, plaine, voilà la Tyr d’aujourd’hui ! Elle n’a plus de port sur les mers, plus de chemina sur la terre ; les prophéties se sont dès longtemps accomplies sur elle.
Nous marchions en silence, occupés à contempler ce deuil et cette poussière d’empire que nous foulions. Nous suivions un sentier au milieu de la campagne de Tyr, entre la ville et les collines grises et nues que le Liban jette au bord de la plaine. Nous arrivions à la hauteur même de la ville, et nous touchions un monceau de sable qui semble aujourd’hui lui fournir son seul rempart, en attendant qu’il l’ensevelisse. Je pensais aux prophéties, et je recherchais dans ma mémoire quelques-unes des éloquentes menaces que le souffle divin avait inspirées à Ézéchiel. Je ne les retrouvai pas en paroles, mais je les retrouvai dans la déplorable réalité que j’avais sous les yeux. Quelques vers de moi, jetés au hasard en partant de la France pour visiter l’Orient, remontaient seuls dans ma pensée :
Je n’ai pas entendu sous les cèdres antiques
Les cris des nations monter et retentir,
Ni vu du noir Liban les aigles prophétiques
Descendre au doigt de Dieu sur les palais de Tyr.
J’avais devant moi le noir Liban ; mais l’imagination m’a trompé, me disais-je à moi-même : je ne vois ni les aigles ni les vautours qui devaient, pour accomplir les prophéties, descendre sans cesse des montagnes, pour dévorer toujours ce cadavre de ville réprouvée de Dieu et ennemie de son peuple. Au moment où je faisais cette réflexion, quelque chose de grand, de bizarre, d’immobile, parut à notre gauche, au sommet d’un rocher à pic qui s’avance en cet endroit dans la plaine jusque sur la route des caravanes. Cela ressemblait à cinq statues de pierres noires, posées sur le rocher comme sur un piédestal ; mais à quelques mouvements presque insensibles de ces figures colossales, nous crûmes, en approchant, que c’étaient cinq Arabes bédouins, vêtus de Leurs sacs de poil de chèvre noire, qui nous regardaient passer du haut de ce monticule. Enfin, quand nous ne fûmes qu’à une cinquantaine de pas du mamelon, nous vîmes une de ces cinq figures ouvrir de larges ailes et les battre contre ses flancs, avec un bruit semblable à celui d’une voile qu’on déploie au vent. Nous reconnûmes cinq aigles de la plus grande race que j’aie jamais vue sur les Alpes, ou enchaînés dans les ménageries de nos villes. Ils ne s’envolèrent point, ils ne s’émurent point à notre approche : posés comme des rois de ce désert sur les bords du rocher, ils regardaient Tyr comme une curée qui leur appartenait, et où ils allaient retourner. Ils semblaient la posséder de droit divin ; instruments d’un ordre qu’ils exécutaient, d’une vengeance prophétique qu’ils avaient mission d’accomplir envers les hommes et malgré les hommes. Je ne pouvais me lasser de contempler cette prophétie en action, ce merveilleux accomplissement des menaces divines, dont le hasard nous rendait témoins. Jamais rien de plus surnaturel n’avait si vivement frappé mes yeux et mon esprit, et il me fallait un effort de ma raison pour ne pas voir, derrière les cinq aigles gigantesques, la grande et terrible figure du poète des vengeances, d’Ézéchiel, s’élevant au-dessus d’eux et leur montrant de l’œil et du doigt la ville que Dieu leur donnait à dévorer, pendant que le vent de la colère divine agitait les flots de sa barbe blanche, et que le feu du courroux céleste brillait dans ses yeux de prophète. Nous nous arrêtâmes à quarante pas : les aigles ne firent que tourner dédaigneusement la tête pour nous regarder aussi : enfin deux d’entre nous se détachèrent de la caravane et coururent au galop, leurs fusils à la main, jusqu’au pied même du rocher ; ils ne fuirent pas encore. Quelques coups de fusil à balle les firent s’envoler lourdement, mais, ils revinrent d’eux-mêmes au feu, et planèrent longtemps sur nos têtes, sans être atteints par nos balles, comme s’ils nous avaient dit : Vous ne nous pouvez rien, nous sommes les aigles de Dieu.
Je reconnus alors que l’imagination poétique m’avait révélé les aigles de Tyr moins vrais, moins beaux et moins surnaturels encore qu’ils n’étaient, et qu’il y a dans le mens divinior des poètes, même les plus obscurs, quelque chose de cet instinct divinateur et prophétique qui dit la vérité sans la savoir.
Nous arrivâmes à midi, aprèsiine marche de sept heures, au milieu de la plaine de Tyr, à un endroit nommé les Puits de Salomon…
Parti à cinq heures des Puits de Salomon marché deux heures dans la plaine de Tyr ; arrivé à la nuit au pied d’une haute montagne à pic sur la mer et qui forme le cap ou Raz-El-Abiad ; la lune se levait au-dessus du sommet noir du Liban, à notre gauche, et pas assez haut encore pour éclairer ses flancs ; elle tombait, en nous laissant dans l’ombre, sur d’immenses quartiers de rochers blancs où sa lumière éclatait comme une flamme sur du marbre ; ces roches, jetées jusqu’au milieu des vagues, brisaient leur écume étincelante, qui jaillissait presque jusqu’à nous ; le bruit sourd et périodique de la lame contre le cap retentissait seul et ébranlait à chaque coup la corniche étroite où nous marchions suspendus sur le précipice ; au loin, la mer brillait comme une immense nappe d’argent, et, çà et là, quelque cap sombre s’avançait dans son sein, ou quelque antre profond pénétrait dans les flancs déchirés de la montagne ; la plaine de Tyr s’étendait derrière nous ; on la distinguait encore confusément aux franges de sable jaune et doré qui dessinaient ses contours entre la mer et la terre ; l’ombre de Tyr se montrait à l’extrémité d’un promontoire, et le hasard, sans doute, avait seul allumé une clarté sur ses ruines, qu’on eût prise de loin pour un phare ; mais c’était le phare de sa solitude et de son abandon, qui ne guidait aucun navire, qui n’éclairait que nos yeux et n’appelait qu’un regard de pitié sur des ruines. Cette route sur le précipice, avec tous les accidents variés, sublimes, solennels, de la nuit, de la lune, de la mer et des abîmes, dura environ une heure, une des heures les plus fortement notées dans ma mémoire, que Dieu m’ait permis de contempler sur sa terre ! sublime porte pour entrer le lendemain dans le sol des miracles dans cette terre du témoignage, tout imprimée encore des traces de l’ancien et du nouveau commerce entre Dieu et l’homme. [Voyez Keith, Accomplissement des prophéties, et Poujolat, Correspondances d’Orient, lettr. 136, tome 5, pages 489-510].
Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com
L’article dans CalmetDictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)
Aujourd’hui Soûr (signifiant : rocher), petite ville de Phénicie, entre le Carmel et Sidon.
L’antique cité bâtie dans une île qu’Alexandre le Grand rattacha à la côte par une grande chaussée, lors du siège mémorable de 333, fut, d’après la mythologie, fondée par un certain Ousoos. Hérodote (II, 44) rapporte que les Tyriens faisaient remonter l’origine de leur ville et du temple de leur dieu Melkart à une date qui pour nous serait voisine de 2750 avant Jésus-Christ ; ce qui n’est pas impossible, si l’on se rappelle que Blos, autre cité phénicienne, est déjà en relation avec l’Égypte vers 3200 avant notre ère.
Les renseignements de Josèphe et de Justin, indiquant l’un et l’autre le XIIe siècle, ne sauraient être retenus, puisque Tyr est déjà mentionnée dans la correspondance d’el-Amarna (XIVe -XVe siècle avant Jésus-Christ), sous la forme Sur-ri. À juste titre Ésaïe pouvait donc dire de l’origine de Tyr qu’elle remontait aux temps les plus reculés (23.7). Comme Sidon, dont Ésaïe dit aussi qu’elle était la ce fille » (23.12) — sur les monnaies, Sidon est dite « mère de Tyr » — , Tyr était une double ville : maritime, dans l’île, ou mieux dans les deux îles, et continentale, sur la terre ferme, en face.
On distingue ainsi souvent Tyr et Palas-Tyr. À l’abri des îles, deux ports étaient aménagés, l’un dit port sidonien, l’autre dit port égyptien, permettant aux bateaux de s’abriter alternativement des vents du nord ou du sud. La Phénicie était, au temps de la XVIIIe dynastie égyptienne, menacée par le « pays d’Amurru ». Les tablettes d’el-Amarna nous conservent l’écho des craintes d’Abimilki, roi de Tyr, qui réclame au pharaon vingt hommes de renfort ! Les pharaons de la XIXe dynastie envoyèrent de fréquentes expéditions en Phénicie (stèles de Ramsès II au Nahr el-Kelb), mais le pays n’échappa pas aux ravages des Peuples de la Mer et très probablement, comme sa voisine Sidon, Tyr fut détruite par eux (XIIe siècle avant Jésus-Christ).
Quand les Israélites arrivèrent en Palestine, le territoire de Tyr fut attribué à la tribu d’Asser (Josué 10.29), qui ne l’occupa certainement pas (Juges 1.31). Tyr était une ville forte (Josué 19.29 ; 2 Samuel 24.7), que l’invasion philistine avait dévastée mais qui s’était relevée, et sans doute rapidement.
Au temps de David, Hiram, fils d’Abibaal, roi de Tyr, est un monarque puissant. Il a agrandi sa capitale, qui supplante désormais Sidon, restauré ses murs et ses temples, réuni les deux îles en une seule, aménagé les deux ports. Il envoya à David des ouvriers et des cèdres (2 Samuel 5.11 ; 1 Chroniques 14.1) et rendit le même service à Salomon, lors de la construction du Temple de Jérusalem (1 Rois 5 ; 2 Chroniques 2). Le district de Galilée qu’il reçut en échange fut apprécié comme on sait (1 Rois 9.11 ; 1 Rois 9.13), mais Hiram maintint cette alliance avec Israël, puisqu’il encadra les marins débutants de la flotte salomonienne (1 Rois 9.26 ; 1 Rois 10.22). Ses vaisseaux sillonnaient depuis longtemps la Méditerranée, et le Xe siècle marque le plein développement du commerce de Tyr qui trafique avec Chypre, la Sicile, la Sardaigne, Malte, Gozzo, franchit les « colonnes d’Hercule » (détroit de Gibraltar) et remonte jusqu’en Cornouailles.
Après Hiram règnent successivement Baalutsur, puis Abdashtart qu’une révolution détrône. La dynastie n’est restaurée, vers 875, qu’après une période d’anarchie. Ithobaal, prêtre d’Astarté et roi de Tyr, donne sa fille Jézabel au roi d’Israël, Achab (1 Rois 16.31), et ce mariage marque une recrudescence des cultes païens en Israël et en Juda (1 Rois 16.32 ; 1 Rois 18.19 ; 2 Rois 8.18). À Tyr, la mort d’Ithobaal est suivie d’une nouvelle série de troubles auxquels on rattache la fondation de Carthage (vers 814 avant Jésus-Christ), par Elissa, arrière-petite-fille d’Ithobaal.
On connaît le fameux récit de Virgile (En., 1, 341ss), qui donna au personnage de Didon le relief que l’on sait ; si de cette histoire bien des traits sont légendaires, on peut noter que Carthage (Qart Hadasht = la nouvelle ville), fondée par des Tyriens, se réclama longtemps de sa métropole. Chaque année les Carthaginois envoyaient une ambassade pour offrir des sacrifices à Tyr, dans le temple de Melkart. Ce lien ne se relâcha qu’au VIe siècle, au moment où Tyr fut abattue par le roi de Babylone. Depuis le IXe siècle, la menace assyrienne pesait sur la cité phénicienne. Comme Sidon, Tyr apporta son tribut à Ashour-nazirpal (876 avant Jésus-Christ), à Salmanasar II (860-825), à Tiglath-Piléser III qui, en 741, nomme Hirom de Tyr (donc Hiram II, dont le nom se retrouve encore sur une coupe trouvée à Chypre).
Par contre, son roi Elulaeus (en assyrien, Luli), qui était en même temps celui de Sidon, tint tête à Salmanasar V (727-722). Malgré l’appui que lui prêtaient les villes de la côte, le roi assyrien vit sa flotte détruite (12 navires de Tyr avaient eu raison de 60 bateaux de Salmanasar) et il ne put que bloquer l’île. Sargon II (722-705) n’eut pas plus de succès, quoi qu’il en dise. Ésaïe annonçait pourtant la ruine de Tyr (Ésaïe 23). Elle fut l’œuvre de Sanchérib, qui remplaça le roi Luli par Ithobaal II (701 avant Jésus-Christ). Assarhaddon, qui fit périr Abdmilkut, roi de Sidon, rebelle, traita avec Baal, roi de Tyr, mais les Assyriens, ayant à tenir tête aux Babyloniens, n’étaient plus aussi redoutés. Les Phéniciens regardèrent vers l’Égypte, dont ils recherchèrent l’alliance. Tyr se révolta contre Assourbanipal (vers 668), mais dut traiter après un siège. La ruine de Ninive et l’avènement de la dynastie néobabylonienne lui rendirent son indépendance et sa prospérité. Ézéchiel nous a donné un tableau qui reste unique en son genre (Ézéchiel 27 et Ézéchiel 28) ; c’est en même temps une complainte, car Tyr et Sidon, toujours alliées avec l’Égypte, connaîtront à nouveau les guerres. Nébucadnetsar, vainqueur à Carkémis (605 avant Jésus-Christ) du pharaon Néco (2 Rois 23.29), réoccupa la Phénicie et, après avoir tenu tête à une révolte générale, s’empara de Jérusalem (586 avant Jésus-Christ) et mit le siège devant Tyr. La ville tint treize ans ; sans doute les Babyloniens ne purent la prendre — du moins la ville insulaire — car Palas-Tyr fut certainement ravagée (Ézéchiel 26.7 ; Ézéchiel 26.12).
L’armée de Nébucadnetsar avait été durement éprouvée par ce siège prolongé (Ézéchiel 29.18), mais Tyr avait souffert tout autant. « Ce rocher… qui avait vu décamper de la plaine voisine Salmanasar et Nabuchodonosor » (Renan), n’était pourtant pas mis à nu comme l’avaient espéré les prophètes (Ézéchiel 26.4 ; Ézéchiel 26.14 ; Ézéchiel 26.21). Ceux-ci n’avaient jamais eu de sympathie pour la ville orgueilleuse (Ézéchiel 28.2), qui vendait aussi bien de l’ivoire (Ézéchiel 27.6) que des esclaves (Amos 1.9). Tyr, devenue une république, administrée par des suffètes, passa sous la tutelle perse. Cyrus autorisa les Tyriens à fournir des cèdres du Liban aux Juifs pour reconstruire leur Temple (Esdras 3.7). Les Phéniciens, d’abord vassaux soumis — leur flotte fut aussi bien à la disposition de Cambyse contre l’Égypte (526) qu’à celle de Xerxès contre la Grèce — , se montrèrent de plus en plus récalcitrants.
En 302, Tyr s’était rendue au Grec Évagoras. En 362, elle dut suivre avec sympathie la révolte des satrapes. La répression d’Artaxerxès III, brûlant Sidon, l’épargna. La Phénicie, lasse de la domination perse, accueillit avec joie Alexandre le Grand. Tyr lui envoya des présents mais, seule, refusa de lui ouvrir ses portes. Alexandre mit alors le siège devant la ville rebelle et, pour l’atteindre, rattacha l’île au continent, en lançant contre elle une énorme chaussée. Les Tyriens résistèrent furieusement ; mais après sept mois d’une lutte acharnée — en plus de son armée, Alexandre avait réuni 224 bateaux — la ville fut prise d’assaut et sa population durement traitée (2 000 personnes furent crucifiées, 8 000 massacrées et 30 000 emmenées en esclavage). Ces chiffres sont certainement forcés. Ils attestent l’acharnement de la lutte et la rigueur des représailles.
La digue d’Alexandre a subsisté et aujourd’hui nul ne soupçonnerait que Tyr fut d’abord et pendant longtemps une île. Comme Sidon, Tyr appartint tantôt aux Ptolémées, tantôt aux Séleucides. Indépendante en 126 avant Jésus-Christ, puis soumise à Tigrane (83 à 69 avant Jésus-Christ), elle fut sous la puissance romaine qui lui laissa toutes ses franchises. Elle est quelquefois mentionnée dans le Nouveau Testament (Marc 3.8 ; Matthieu 11.21). en compagnie de Sidon. Jésus parcourut son territoire (Marc 7.24 ; Matthieu 15.21). Lorsque saint Paul rentra de son 3e voyage missionnaire, il aborda à Tyr où il demeura sept jours avec les chrétiens de l’endroit (Actes 21.3 ; Actes 21.6)
Une église fut construite sur le site du temple païen. Tyr était un centre florissant aussi bien pour le christianisme d’alors (Origène, le maître de l’école d’Alexandrie, y vint finir sa vie) que pour la philosophie païenne (Maxime, Porphyre). Les musulmans y entrèrent en 638, mais les croisés s’en emparèrent (1124) et repoussèrent l’assaut de Saladin (1187). Frédéric Barberousse y mourut, et la tradition place son tombeau dans l’église des croisés (aujourd’hui ruinée) qui avait succédé sans doute à la basilique du IVe siècle. En 1291, après avoir perdu Saint-Jean-d’Acre, les Francs quittèrent Tyr, que détruisirent les musulmans.
Aujourd’hui c’est une petite ville de 7 000 hab., sans importance, où les vestiges encore apparents des monuments antiques sont presque inexistants (figure 287). La digue d’Alexandre ensablée, des débris de colonnes dans le port, un prétendu « tombeau de Hiram » dans la campagne environnante, le Tell Maachouq, qui fut peut-être au centre de Palae-Tyr, approvisionné en eau par les réservoirs de Ras el-Ain, c’est tout ce qui reste de Tyr. Les fouilles de Renan (1861) et celles qu’on y reprit en 1921/22 n’ont dégagé que des objets insignifiants en regard de la prospérité de cette ville assise « sur un trône digne des dieux » (Ézéchiel 28.2). Pour la Tyr ancienne, la prophétie se vérifie littéralement : « Quand on te cherchera, on ne te trouvera plus jamais » (Ézéchiel 26.21).
A. P.
Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com
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