Dictionnaires bibliques

Thyatire

Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Thyatire », un article après l’autre.

Dictionnaire de la Bible (Bost)

(Actes 16.14 ; Apocalypse 1.11 ; 2.18)

Ville de la province de Lydie, plus anciennement nommée Pélopia,· et Évippia, située sur le Lycus, à 49,5 km nord de Sardes. C’était une colonie macédonienne, assez importante sous le double point de vue militaire et commercial. Ses habitants s’occupaient surtout de fabriquer des étoffes de pourpre. Il se trouvait dans cette ville une petite communauté chrétienne à laquelle Jean reproche de s’être laissée envahir par les mœurs païennes. C’est maintenant un bourg nommé Akhissar, où l’on trouve encore quelques vieilles ruines, et des monuments grecs.

Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com

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Dictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)

Ville que les uns attribuent à la Mysie, et les autres à la Lydie ou à la petite Asie, parce qu’elle est sur les frontières de ces trois provinces. [Son nom de Thyatire lui fut donné par les Macédoniens. Auparavant elle s’appelait Pelopia ; maintenant c’est Ak-Hissar ou le Château-Blanc].

Voici ce que saint Jean dans l’Apocalypse dit à l’ange de Thyatire (Apocalypse 2.18-19) : Je sais quelles sont vos œuvres, votre foi, votre charité, l’assistance que vous rendez aux pauvres, votre patience, et que vos dernières œuvres ont surpassé les premières : mais j’ai quelque chose à vous reprocher, qui est que vous souffrez que Jézabel, cette femme qui se dit prophétesse, enseigne et séduise mes serviteurs, pour les faire tomber dans la fornication, et leur faire manger de ce qui est sacrifié aux idoles. Je lui ai donné du temps pour faire pénitence, et elle n’a point voulu se repentir de sa prostitution. Mais je m’en vais la réduire au lit, et accabler de maux ceux qui commettent l’adultère avec elle, s’ils ne font pénitence de leurs mauvaises œuvres. Je frapperai de mort ses enfants, et toutes les Églises connaîtront que je suis celui qui sonde les reins et les cœurs ; et je rendrai à chacun de vous selon ses œuvres. Mais je vous dis à vous, et à tous ceux qui sont à Thyatire, et qui ne suivez point cette doctrine, et ne connaissez point les profondeurs de Satan, ainsi qu’ils les appellent, que je ne mettrai point de nouvelles charges sur vous : mais gardez bien seulement ce que vous avez jusqu’à ce que je vienne, etc.

Quelques-uns croient que l’ange de Thyatire, ou l’évêque de cette Église, à qui ces paroles s’adressent, était saint Carpe, ou saint Irénée ; mais le premier est très-douteux, et le second n’a aucun fondement. On ne sait au juste qui était cet ange de Thyatire. Saint Épiphane dit que quelques hérétiques niaient l’authenticité de l’Apocalypse, parce que, de leur temps, il n’y avait plus d’Église chrétienne à Thyatire ; comme si c’était une preuve qu’auparavant il n’y en avait point. Quant à Jézabel, qui se disait prophétesse, on croit que Jézabel est un nom figuré, pour marquer une très-mauvaise femme ; mais on ignore qui elle était. Plusieurs manuscrits grecs lisent : Votre femme Jézabel, et quelques anciens Pères ont cru que c’était l’épouse même de l’évêque de cette ville. D’autres croient que c’était les nicolaïtes qui corrompaient les mœurs des fidèles, en les attirant dans leurs hérésies. Mais la plupart jugent avec plus de raison que sous le nom de Jézabel saint Jean a voulu marquer quelque femme puissante et présomptueuse, qui séduisait les peuples par ses vaines prophéties.

Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com

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Dictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)

(signifiant : encens broyé, ou, plus probablement, ville de thuya [bois d’encens]). À l’époque du Nouveau Testament, petite ville de Lydie, à = 50 km au nord de Sardes. Nommée auparavant Pelopia, puis Sémiramis. Dès le peuplement du pays, un village a dû s’établir en cet emplacement, pour son importance stratégique, sur un couloir qui réunit du nord au sud les vallées parallèles du Caïcus, avec Pergame, et de l’Hermus, avec Sardes et Magnésie en direction de Smyrne ; la ville est sur les berges d’un affluent de l’Hermus. Ce fut de tout temps une grande route, de Constantinople vers le sud : la voie postale romaine la suivait au Ier siècle ; aujourd’hui, c’est la voie ferrée. L’emplacement resserré de cette ville frontière, sans disposition défensive naturelle, lui valut à travers les vicissitudes des grandes guerres le rôle ingrat de sentinelle qui se fait tuer pour donner au pays le temps de mobiliser. Entre 300 et 282, Séleucus, pour se protéger contre Lysimaque, y établit une garnison macédonienne. La création du royaume de Pergame (282) accrût l’importance de Thyatire, au cours de rivalités qui durèrent plus d’un siècle entre l’Orient (Syrie) et l’Occident (Pergame). Plus tard elle vit les luttes entre chrétiens et musulmans, d’abord les Arabes, puis les Turcs. Aujourd’hui Akhissar

Son caractère militaire de ville-garnison s’exprimait dans sa religion. Les soldats macédoniens de Séleucus avaient donné au dieu local l’aspect nouveau de leur héros Tyrimnos, qui paraît sur les monnaies, souvent à cheval, la hache d’armes sur l’épaule gauche : figure anatolienne, mais qui prend peu à peu le caractère composite si fréquent en Asie Mineure, à la fois anatolien et grec, sous les titres d’Hélios Tyrimnaïos Pythios Apollon. Il était considéré comme l’ancêtre de la ville et de ses principales familles, et son temple était le lieu de fête et de jeux à la façon des jeux pythiques, auxquels on vit s’associer, au IIIe siècle après Jésus-Christ, le triste empereur Héliogabale et quelques-uns de ses successeurs.

Séleucus ayant admis une nombreuse colonie juive dans la ville qu’il avait fondée, il s’y trouvait une synagogue importante, avec des prosélytes « craignant Dieu », comme Lydie la marchande de pourpre qui reçut saint Paul à Philippes (Actes 16.14). Une sorte de syncrétisme religieux assez curieux avait dû s’établir à Thyatire, dont profita l’influence des Nicolaïtes.

Avec la paix romaine, la ville-garnison n’eut plus sa raison d’être ; l’esprit militaire céda devant l’artisanat, et c’est précisément au Ier siècle, à la fin duquel furent écrites les lettres de l’Apocalypse aux églises d’Asie, que Thyatire connut sa plus grande prospérité. Les monnaies de cette époque y attestent l’existence de nombreuses et florissantes corporations : tissage de laine et de lin, taille de vêtements, tannerie, travail du cuir poterie, fonderies renommées d’un bronze très fin et brillant, commerce des esclaves. Teinturerie aussi, de pourpre surtout, nom qui désigne plus exactement la garance, produit du rhizome de la rubia tinctoria, abondante dans la région. On a trouvé cette inscription sur une tombe de Thessalonique : « La corporation des marchands de pourpre, à Ménippe fils d’Ammias, de Thyatire, en souvenir. »

La lettre écrite à l’Église de Thyatire (Apocalypse 2.18-29) est la plus longue des sept : la plus obscure aussi, vu notre ignorance des circonstances locales. Le point capital en est la condamnation de la tolérance à l’égard des hérétiques que deux lettres précédentes (Apocalypse 2.6-15) ont appelés Nicolaïtes (voir ce mot). Ceux-ci, essayant de concilier les coutumes et les exigences de la société païenne avec celles du christianisme dans une sorte de syncrétisme à tendance gnostique (ils prétendaient connaître « les profondeurs de Satan »), rivalisaient avec les simples chrétiens de bonne volonté pour les œuvres extérieures de l’Église. D’où les éloges détaillés du début (Apocalypse 2.19). Mais ils étaient immanquablement entraînés au relâchement et aux désordres des repas, fêtes et relations du paganisme (Apocalypse 2.20) ; aussi la « prophétesse » qui les mène est-elle sévèrement qualifiée du nom de Tézabel (voir ce mot) et encore plus sévèrement condamnée, en termes crus qui rappellent les malédictions de l’Ancien Testament. L’infidélité de la doctrine et de la foi dans l’Église chrétienne est comparée à un adultère qui outrage l’Éternel (cf. Osée, etc.) ; du reste, l’hérésie doctrinale, en de tels milieux, s’accompagne souvent des pires tentations d’ordre moral. D’où l’annonce de souffrances, de maladies pour la femme coupable et pour ceux qu’elle entraîne, et de la mort pour « ses enfants », pour ceux qui ont pris parti définitivement et délibérément dans la corruption de leur temps (Apocalypse 2.21-23). Aux fidèles, l’auteur n’impose pas d’autres charges que celles du concile de Jérusalem, concernant les viandes consacrées aux idoles et l’immoralité (cf. Actes 16.28 et suivant), règles dont ladite prophétesse encourageait la violation.

Nous avons vu la faiblesse naturelle de la ville de Thyatire : à son Église, le Fils de Dieu promet la conduite des nations ; ce sera la faiblesse faite force. Il ne s’agit plus de glaive à deux tranchants, emblème de la ville officielle avec son dieu gréco-asiatique, mais de sceptre de fer (citation de Psaumes 2.9), image de la royauté du Messie. Noter les allusions aux industries de Thyatire : on y connaît l’« airain brillant » (voir Airain) auquel sont comparés les pieds du Fils de Dieu (Apocalypse 2.18), et la fragilité des poteries condamnées à être brisées (Apocalypse 2.27). Après cette rude prédiction des rétributions nécessaires, une douce promesse d’ineffable espérance : il lui sera donné « l’étoile du matin », lumineuse image du Christ lui-même (Apocalypse 22.16), qui garantit la fin de la nuit et la venue du nouveau jour. A. R.

Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com

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