Dictionnaires bibliques

Tabernacle

Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Tabernacle », un article après l’autre.

Dictionnaire de la Bible (Bost)

Ce mot qui a fini par prendre, dans notre langue, une signification, ou, pour ainsi dire, une couleur particulière, n’est autre que le mot latin qui signifie tente, et nous réunissons, dans un même article, ce qu’il y a à dire sur les tentes des Hébreux, et sur les divers tabernacles dont il est parlé dans l’Écriture.

Les tentes sont le plus ancien système d’habitations que la civilisation ait donné aux hommes ; comparées aux cavernes des hommes primitifs, elles sont le premier pas vers le progrès, et les peuplades nomades, les Arabes en particulier, en conservèrent l’usage longtemps après l’introduction d’un mode d’habitation plus solide (habakuk 3.7). Les soldats, les bergers et les voyageurs de l’Orient, continuèrent également de s’en servir, et ces derniers, au temps de Jésus, portaient souvent avec eux des tentes légères et faciles à transporter, n’étant pas toujours assurés de trouver pour la nuit un abri ou un gîte hospitalier.

Les patriarches demeuraient dans des tentes (Genèse 13.3-12 ; 18.1 ; 26.25), et plusieurs expressions du Pentateuque, qui n’ont pas dans nos traductions la même valeur, sont empruntées à la manière de planter, de dresser ou d’enlever les tentes. Elles étaient d’abord couvertes de peaux ; plus tard on y substitua des couvertures de laine ou de poil de chameau, ordinairement noires, ou du moins foncées (Cantique 1.4) ; celles qui étaient tissées avec du poil de chèvre passaient pour les meilleures contre la pluie ; les chèvres de Cilicie fournissaient, sous ce rapport, les matières les plus estimées, et l’on croit que c’est à faire des étoffes de ce genre que s’occupait l’apôtre Paul de Tarse.

La couverture, supportée par une ou plusieurs perches, était assujettie dans la terre par des pieux, et fortement tendue. La forme des tentes de l’Orient moderne, est ronde, ou ovale comme la coque renversée d’un vaisseau ; l’intérieur est divisé, par des rideaux ou tapis, en trois compartiments, dont le premier est réservé aux animaux délicats (les autres restent dehors), le second aux hommes, le troisième aux femmes. Les riches avaient même pour les femmes, et spécialement pour les veuves, des tentes séparées (Genèse 24.67 ; 31.33), comme les émirs de nos jours en Arabie.

La première division même, au lieu d’être affectée au bétail, sert quelquefois de vestibule chez les grands personnages, et de chambre pour les gens de service. Le sol est garni de tapis ou de nattes, qui font, la nuit, l’office de lits. L’ameublement de ces tentes est toujours fort simple : une lampe pour éclairer l’intérieur, et un tapis de cuir, coupé en rond, pour servir de nappe à l’occasion. Les villages nomades campent ayant leurs tentes disposées circulairement, et gardées par de gros et mauvais chiens. Il est parlé de villages semblables (Genèse 25.16 ; Ésaïe 42.11) ; ce sont plutôt des campements.

Le tabernacle d’assignation, appelé aussi tabernacle de l’assemblée, ou tabernacle de Dieu, parce que c’était là qu’Israël s’assemblait dans le désert pour le service divin, était une grande tente mobile, garantie des injures du temps par plusieurs couvertures que Moïse construisit d’après le modèle que Dieu lui-même lui en avait donné sur le Sinaï (Hébreux 8.5 ; Exode 25-27, surtout 26.13-30 et 36.3ss).

Le tabernacle était un rectangle dont la largeur et la longueur étaient entre elles comme 8 à 20 ; il était fermé de trois côtés, au nord, au sud, et à l’ouest, par des ais d’acacia couverts de lames d’or, avec des bases d’airain, hauts de 10 coudées, larges de 1,5 coudée, emboîtés l’un dans l’autre par deux tenons, l’un en haut, l’autre en bas, et portés par deux bases l’une supérieure, l’autre inférieure, où il y avait deux mortaises dans lesquelles ils s’emboîtaient ; pour soutenir le tout, comme le tabernacle devait être souvent démonté et remonté, il y avait à chaque ais cinq anneaux d’or à égales distances, dans lesquels on passait cinq bâtons de bois d’acacia, plaqués en or. La longueur du tabernacle était de 30 coudées (vingt ais de 1,5 coudée) 16,20 m ; sa largeur de 12 (huit ais de 1,5) 6,48 m ; l’intérieur n’avait que 10 coudées de large, 15,40 m, soit que l’on admette avec Bsehr que l’épaisseur des ais fut de 1 coudée, ce qui n’aurait pas rendu le tabernacle très portatif, soit que les ais du plus petit côté fussent posés horizontalement, et protégeassent par une saillie de 1 coudée de chaque côté les coins du tabernacle (voir Exode 26.24). L’entrée, tournée vers l’orient, se fermait par un magnifique voile ou tapis de fin lin, teint en pourpre, et brodé, attaché par des anneaux d’or à cinq colonnes de bois plaquées d’or.

Le tabernacle n’avait aucun jour ; d’épaisses tentures le recouvraient de toutes parts ; la première de ces draperies, celle de dessous, était la plus précieuse ; c’était un tapis de fin coton retors, bleu foncé, pourpre, et cramoisi, semé de figures de chérubins ; il garnissait l’intérieur du tabernacle, et retombait des deux côtés jusqu’à environ une coudée du sol ; il n’était visible au dehors que du côté de l’orient, fermant l’entrée du sanctuaire ; sa longueur était de 28 coudées (10,12 m), sa largeur de 40 (21,60 m). Par-dessus ce premier voile s’étendait, pour le préserver de la pluie, une tenture en poils de chèvre, ayant 30 coudées de long, et 44 de large ; puis une troisième couverture en peaux de moutons teintes en rouge, et enfin une quatrième, couleur de terre, de peaux de blaireaux, ou taissons. Les deux premiers tapis étaient fixés au tabernacle par des crochets ou agrafes d’or ; les autres couvertures étaient superposées, et n’avaient d’autre but que de protéger les premières contre les intempéries de l’air.

On y a vu cependant un type, la protection dont Christ couvre son Église, Christ aux enfers, Christ sur la croix, et Christ dans la gloire, successivement figuré par la couleur de terre, par le rouge, et par le bleu ; ou encore Christ (le rouge) servant d’intermédiaire entre Dieu et la terre, le bleu et le taisson. L’intérieur du tabernacle était divisé en deux compartiments, le lieu saint, long de 20 coudées, et au fond le saint des saints, long, large, et haut de 10 (5,40 m), séparé du lieu saint par un voile de pourpre, orné de figures de chérubins, supporté par quatre piliers d’acacia plaqués en or. Le lieu saint contenait la table des pains de proposition, le chandelier d’or, et l’autel des parfums ; dans le saint des saints était l’arche de l’alliance. (Mon frère, le pasteur J. Bost, de La Force, a reconstruit d’après les données bibliques, et en réduisant la coudée à 1 centimètre, le plan complet du tabernacle, avec tous ses accessoires, couleurs, boiseries, tentures, etc. C’est la meilleure manière de se former une idée exacte et précise de ce monument du mosaïsme. Il serait utile de le reproduire, et peut-être sur une échelle un peu plus grande. Je crois qu’on pourrait, malgré quelques difficultés d’exécution, faire un travail analogue pour le temple de Salomon.)

Le tabernacle était entouré d’une grande cour, le parvis des lévites et des sacrificateurs, qui seuls avaient le droit d’y entrer. Ce parvis avait 100 coudées de long, et 50 de large ; il était fermé par des courtines de fin coton retors, attachées à des colonnes, 20 dans la longueur, 15 dans le fond ; quatre piliers avec leurs soubassements d’airain servaient de porte sur le devant, et supportaient une tapisserie plus fine que le reste (Exode 27.9-18). Dans cette cour étaient la mer d’airain, les cuviers, l’autel des holocaustes, et quelques ustensiles destinés aux sacrifices.

On appelait enfin parvis du peuple tout l’espace environnant le parvis des prêtres, parce qu’il était permis au peuple d’aller jusque-là. Dans les campements, la tribu de Lévi entourait de tous côtés le parvis qui était son apanage, Moïse, Aaron et ses fils étant près de l’entrée, les Mérarites, les Guersonites, et les Kéhathites occupant les trois autres côtés. Les douze tribus avaient chacune leur place déterminée ; Juda était vis-à-vis de l’entrée ; les enfants de Rachel étaient derrière, etc. les Lévites étaient chargés d’assembler, de désassembler et de transporter les diverses pièces du tabernacle (Nombres 3.21 ; 10.17), nul autre qu’eux seuls n’eût osé y toucher.

Après que les Israélites furent établis en Palestine, le tabernacle fut d’abord fixé à Silo (Josué 18.1 ; 19.51), jusqu’au temps de Saül (Juges 18.31 ; cf. 20.18 ; 21.2 ; 1 Samuel 1.3 ; 2.14 ; 3.3 ; 4.3 ; 14.3). Cependant il n’était pas considéré comme unique sanctuaire, et d’autres lieux, tels que Nob et Sichem (Josué 24.26 ; 1 Samuel 21 ; Juges 17.5), servirent successivement ou simultanément de lieux de culte. Dès ce moment, l’arche paraît seule ; elle est portée à Kiriath-Jéarim, puis à Jérusalem, sans que les historiens sacrés nous disent positivement ce qu’est devenu le tabernacle. Peut-être était-il encore sous Saül à Nob dans la tribu de Benjamin, et fut-il transporté à Gabaon lors de la destruction de cette ville (1 Samuel 22). Il ressort en effet (de 1 Chroniques 16.39 ; 21.29), qu’aux jours de David le pavillon de l’Éternel était encore à Gabaon ; d’après 1 Rois 8.4, il aurait été déposé dans le temple de Jérusalem ; c’est la dernière notice biblique sur le sort de ce célèbre monument du désert.

Le rationalisme a voulu voir dans la description biblique du tabernacle une description faite après coup, ornée et embellie dans un temps où les pièces du procès avaient disparu, et où l’on ne pouvait plus en vérifier l’exactitude ; on s’appuie pour cela sur la magnificence de cette construction, la masse de métaux précieux qu’elle eût dû absorber, la rareté de plusieurs substances qu’on y a employées, la pourpre en particulier, et la difficulté de se les procurer dans le désert, le peu de temps employé à l’achèvement de tous ces travaux, neuf ou dix mois, les difficultés enfin du transport, si le tabernacle était tel qu’il est décrit. Il est aisé de répondre à toutes ces objections : le génie des chefs de travaux, l’or et l’argent emporté d’Égypte, les caravanes du désert, le grand nombre d’ouvriers mis en œuvre, toute une tribu employée au service matériel de transport et de rassemblement, font disparaître la plupart des difficultés.

Fête des Tabernacles. C’était l’une des trois grandes fêtes des Hébreux, l’une de celles que les Israélites devaient célébrer par leur présence personnelle à Jérusalem (Deutéronome 16.15 ; 31.10 ; cf. Zacharie 14.16 ; Jean 7.2). C’était aussi la plus réjouissante de ces fêtes annuelles. Comme elle était instituée en mémoire du voyage dans le désert, les Israélites quittaient leurs maisons, et s’établissaient pendant sept jours, le huitième était un sabbat, sous des tentes de feuillage et de peaux, qu’ils dressaient soit hors de la ville, soit dans les rues, dans les cours, ou même sur les toits (Lévitique 23.42 ; Néhémie 8.15). C’était aussi la fête de la récolte, parce qu’elle venait après que les Israélites avaient heureusement recueilli les fruits de leurs jardins, de leurs vignes, et de leurs champs ; on la célébrait en conséquence par des actions de grâces publiques, et des réjouissances auxquelles étaient invités les pauvres, les étrangers, les serviteurs et les orphelins (Deutéronome 16.11 ; Exode 23.16 ; Nombres 29.12). Outre les sacrifices ordinaires qui sont indiqués dans les passages ci-dessus, on devait prendre des fruits des plus beaux arbres, des branches de citronniers, de palmiers ou de saules (d’où son nom de fête des palmes), des rameaux d’arbres branchus, et les porter en signe de réjouissance (Lévitique 23.40). Les Juifs du temps de notre Seigneur chantaient aussi dans ces jours-là, des cantiques entremêlés d’Hosannas (sauve, je te prie !). La tradition ajoute que, depuis l’exil, les Juifs allaient, pendant les jours de cette fête, puiser de l’eau à la fontaine de Siloé, et qu’ils venaient en faire aspersion dans le temple, en chantant les paroles de Ésaïe 12 : Vous puiserez de l’eau avec joie des sources de cette délivrance ; peut-être le passage Jean 7.37, renferme-t-il une allusion à cette coutume. – La fête commençait au milieu du septième mois (tisri), le quinzième jour après la nouvelle lune de septembre ; les travaux de la campagne étaient finis, et la fraîcheur de la saison n’était pas encore assez sensible pour rendre incommode ou désagréable le séjour des pavillons de feuillage.

Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com

L’article dans Bost

Dictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)

Tabernacle (1)

En latin tabernaculum ; en grec scéné ; en hébreu ohel. Ce terme signifie proprement une tente. Les anciens patriarches ont habité dans des tabernacles, c’est-à-dire dans des tentes. Il y avait dans le camp d’Israël, du temps de Moïse, deux tabernacles ou tentes, dont il est souvent fait mention dans l’Écriture : le premier, nommé tabernaculum conventus la tente de l’assemblée, où le peuple s’assemblait pour ses affaires ordinaires ; le second, tabernaculum Testimonii, la tente du Témoignage ou le tabernacle du Seigneur ou simplement le Tabernacle, qui était le lieu où les Israélites, durant leur voyage du désert, faisaient leurs principaux actes de religion, offraient leurs sacrifices et adoraient le Seigneur.

Voici la description de ce tabernacle (Exode 26 Exode 27) : c’était un carré oblong, de trente coudées de longueur et de dix de largeur et de hauteur. Il était partagé en deux parties. La première s’appelait le saint, qui avait vingt coudées de long et dix de large. C’est là où étaient placés la table des pains de proposition, le chandelier d’or à sept branches, et l’autel d’or, où l’un servait le parfum. La seconde partie était le sanctuaire ou le saint des saints, long de dix coudées et large aussi de dix coudées. C’est là où était l’arche d’alliance. Le sanctuaire était séparé du saint par un voile précieux qui pendait à quatre colonnes de bois de séthim couvertes de lames d’or ; et le saint était aussi fermé par devant par un autre voile suspendu à cinq colonnes de bois de séthim couvertes de lames d’or, ayant les bases d’airain.

Le tabernacle était fermé du côté de l’occident, du septentrion et du midi, par des ais de bois de séthim couverts de lames d’or, ayant leurs bases d’airain. Ces ais étaient au nombre de huit du côté de l’occident, et il y en avait vingt, tant du côté du septentrion que du côté du midi. Ils étaient tous d’une égale hauteur, cest-à-dire de dix coudées et d’une coudée et demie de large, et emboîtés l’un dans l’autre par deux tenons, l’un en haut et l’autre en bas. Et comme toute la machine du tabernacle était amovible et devait se démonter souvent, ces ais étaient portés par deux bases, où il y avait deux mortaises dans lesquelles ils s’emboitaient ; et pour les soutenir, il y avait à chacun cinq anneaux d’or à différente distance, dans lesquels on passait cinq bâtons de buis de séthim couverts de lames d’or, qui soutenaient toute la machine.

Le tabernacle n’avait aucun jour. Il était couvert de divers rideaux (Exode 26.1-3), dont les premiers de dedans étaient de couleur d’hyacinthe, rayés de pourpre, d’écarlate ou de cramoisi. Au-dessus de ces voiles il y en avait d’autres de poil de chèvre qui empêchaient que la pluie ne pénétrât et ne mouillât les voiles précieux qui étaient au-dessous. Ceux-ci ne pendaient pas par devant, mais seulement par les côtés et par derrière ; en sorte qu’on voyait à l’entrée du tabernacle le premier voile précieux dont nous avons parlé et qui en fermait l’entrée. Au-dessus de ces voiles de poil de chèvre il y en avait deux autres : l’un composé de peaux de moutons teintes en rouge ; et l’autre de peaux de moutons teintes de couleur d’hyacinthe ou bleu céleste. Ainsi le tabernacle était couvert de quatre rideaux : le premier et le plus précieux était de couleur de pourpre d’hyacinthe et de cramoisi ; le second était de poil de chèvre ; le troisième, de peaux de moutons avec leurs toisons teintes en rouge ; le quatrième, aussi de peaux de moutons teintes en couleur d’hyacinthe ou bleu fort foncé.

Autour du tabernacle régnait un grand parvis carré oblong, de la longueur de cent coudées, et de la largeur de cinquante (Exode 27.9-12). Tout cet espace était environné de colonnes revétues de lames d’argent avec leurs chapiteaux de même matière ; mais leurs bases étaient d’airain. Il y avait dix colonnes du côté de l’occident, six du côté de l’orient, vingt du côté du septentrion et vingt du côté du midi. À ces colonnes pendaient des rideaux faits de fil de lin retors en manière de réseau, qui environnaient le tabernacle de tous côtés, à l’exception de l’entrée du parvis, qui était fermée par un autre rideau plus précieux, d’hyacinthe, de pourpre et d’écarlate, eu ouvrage de broderie. Cette entrée avait vingt coudées de large, et le voile dont nous avons parlé avait la même longueur et était soutenu par quatre colonnes revêtues de lames d’argent avec leurs chapiteaux et leurs bases d’airain.

C’est dans ce parvis, et vis-à-vis l’entrée du tabernacle ou du saint, qu’était placé l’autel des holocaustes, sur lequel on brûlait toutes les victimes qui étaient offertes au Seigneur. Il y avait aussi une piscine et une fontaine pour l’usage des prêtres. Il était, permis aux laïques d’amener leurs hosties jusqu’à l’autel. Là on les égorgeait, on les dépouillait et on les offrait au Seigneur, suivant les diverses cérémonies marquées dans le Lévitique. Voyez ci-devant les articles Autel des Holocaustes, Prêtres, Sacrifices, etc.

Le tabernacle était posé de manière que l’entrée regardait l’orient, le sanctuaire le couchant, et les deux côtés le septentrion et le midi. Cette tente était comme le palais du Très-Haut, la demeure du Dieu d’Israël, qui était considéré comme au milieu du camp de son peuple. Autour de lui étaient campées toutes les tribus, selon leur rang. Juda, Zabulon et Issachar étaient â l’orient ; Eptiraïm, Benjamin et Manassé étaient à l’occident ; Dan, Aser et Nephtali étaient au septentrion ; Ruben, Siméon et Gail étaient au midi. La tribu de Lévi comme étant tout entière occupée au sqrvice du Seigneur était répandue tout autour du tabernacle ; en sorte que Moïse et Aaron étaient à l’orient, la famille de Gerson à l’occident, celle de Mérari au septentrion et celle de Caalh au midi.

Les prêtres entraient tous les jours au matin dans le saint pour y présenter le parfum et pour y éteindre les lampes ; et le soir ils y entraient pour les allumer. Tous les matins ils offraient un agneau en holocauste, sur l’autel d’airain, et tous les soirs ils en offraient un autre sur le même autel.

Le tabernacle de l’alliance fut érigé et consacré au pied du mont Sinaï, le premier jour du premier mois de la seconde année après la sortie d’Égypte, l’an du monde 2514, avant Jésus-Christ 1486, avant l’ère vulgaire 1190.

Spencer a prétendu montrer que le tabernacle de l’alliance dans lequel Moïse avait enfermé l’arche, le chandelier d’or, les autels des pains de proposition, des holocaustes et du parfum, et où il voulait que les Israélites rendissent au Seigneur leurs adorations et leur culte public et solennel ; que ce tabernacle, dis-je, que l’arche, les chérubins et tout le reste, n’étaient qu’une imitation du culte que les Égyptiçns et d’autres peuples idolâtres rendaient à leurs dieux, et que le Seigneur ne les ordonna à son peuple que par pure condescendance et dans la vue de mettre une barrière au penchant qu’ils avaient à l’idolâtrie, en sanctiliant ces usages et en les rectifiant par le retranchement des pratiques impies, superstitieuses et idolâtres, dont les païens les accompa gnaient.

Il tâche de prouver ce sentiment par le parallèle qu’il fait des temples portatifs des païens ; des tentes dans lesquelles ils enfermaient ce qu’ils avaient de plus saint et de plus inviolable dans leur religion. Il lui est aisé de montrer que les gentils portaient leurs dieux dans leurs voyages, dans des processions, sur les épaules des prêtres. Apulée décrit la pompe ou la procession de la déesse Isis ; Virgile parle des divinités troyennes qu’Enée porta dans tous ses voyages.

Il se fonde sur le fameux passage d’Amos (Amos 5.26) : Maison d’Israël, m’avez-vous offert des sacrifices et des oblations pendant quarante ans dans le désert ? Mais vous avez porté le tabernacle de Moloch, et l’autel de votre Dieu Rempham, ces figures que, vous avez faites pour les adorer. Voilà, dit-il, le tabernacle de Moloch et de Rempham que les Israélites portent dans le désert aux yeux même de Moïse. Pour guérir donc cet entêtement prodigieux qu’ils avaient pour les divinités sensibles et pour leur culte, Moïse leur accorde un tabernacle, une arche, des sacrifices et des pratiques semblables à celles des idolâtres, mais épurées de supertition et d’idolâtrie. C’est le sentiment de ce savant. [Il est bien permis de ne pas l’adopter].

Tabernacle de Moloch. (2)

Voyez ci-devant les articles Niches et Moloch, et Socothbénoth.

Tabernacle (3)

Dans le sens d’une demeure ou d’une maison.

Les livres de l’Ancien Testament sont pleins de cette expression :

Israël demeura en paix dans ses tabernacles. Israël, retournez clans vos tabernacles. Japhet demeurera dans les tabernacles de Sem. Chacun s’en retourna dans ses tabernacles. Ces manières de parler doivent s’entendre à la lettre dans certains cas : par exemple, lorsqu’on parle des patriarches qui ont vécu dans la terre de Chanaan avant leur entrée en Égypte. Leur demeure ne fut que sous des tentes ; ils ne bâtirent point de maisons et ne demeurèrent point dans les villes. On doit l’expliquer de même quand il est question d’une armée en campagne, qui s’enfuit dans ses tabernacles ou dans ses tentes ; mais dans une infinité d’autres endroits le mot tabernacle ou tente doit s’entendre d’une maison. Le long temps que les Hébreux avaient demeuré sous des tentes avant leur venue en Égypte et depuis leur sortie de ce pays dans leur voyage du désert mit ces expressions en usage dans le langage populaire.

On donne aussi ce nom au temple de Salomon, quoique bâti d’une manière très-solide, parce qu’il avait dans sa construction beaucoup de rapport au tabernacle dressé par Moïse. Par exemple (Psaumes 131.3), David dit qu’il ne se donnera aucun repos qu’il n’ait bâti un tabernacle au Seigneur. Ailleurs (Psaumes 73.7) l’auteur du psaume soixante-treize dit que les Chaldéens ou les Syriens ont souillé le tabernacle du Seigneur.

Tabernacle (4)

Se met quelquefois pour le ciel, pour la demeure des bienheureux (Psaumes 14.6). Seigneur, qui habitera dans votre tabernacle… Celii qui a les mains innocentes et le cœur pur. Et ailleurs (Psaumes 9.5) : Seigneur, j’habiterai éternellement dans vos tabernacles. Et encore : Que vos tabernacles sont aimables ! mon âme tombe : en défaillance dans l’ardent désir qui la transporte de se rendre dans vos parvis (Psaumes 83.2). J’avoue que ces passages peuvent aussi s’expliquer à la lettre du temple de Jérusalem. Mais il paraît par les auteurs du Nouveau Testament, que les Juifs entendaient souvent le ciel sous ces manières de parler : par exemple, le Sauveur nous conseille de nous faire des amis des richesses d’iniquités, afin qu’ils nous reçoivent dans les tabernacles éternels (Luc 16.9). Et saint Paul aux Hébreux (Hébreux 8.2) dit que Jésus-Christ est le grand prêtre du vrai tabernacle bâti, non de la main des hommes, mais de celle de Dieu. Et encore (Hébreux 9.11) : Amplius et perfectius tabernaculum non manu factum, etc. Voyez aussi (Apocalypse 13.6 ; 21.3). Le même saint Paul parle de son corps comme d’une tente ou d’un tabernacle : Nous autres qui sommes dans cette tente, nous gémissons, etc. (2 Corinthiens 5.4) ; et saint Pierre (2 Pierre 1.13) Tandis que je suis dans cette tente, je crois qu’il est juste de vous avertir, etc. Et encore (2 Pierre 1.14) : cette tente doit être bientôt renversée.

Le Tabernacle de David (5)

Que Dieu doit relever (Amos 9.11 ; Actes 15.16), n’est autre que l’Église de Jésus-Christ, qui est la maison de Jésus-Christ, rejeton de David et héritier des promesses qui ont été faites à ce patriarche.

La fête des Tabernacles (6), nommée dans l’Évangile (Jean 7.2) la Scénopégie, qui signifie en grec, la tête où l’on dresse des tentes. Le nom Scenopegia se trouve aussi dans les Machabées (1 Machabées 10.21 2 Machabées 1.8-18). Les Hébreux l’appellent Chaghassuchoth, la féte des Tentes, parce qu’elle se célébrait sous des tentes de verdure, en mémoire de la demeure que les Israélites avaient faite sous des tentes dans le désert (Lévitique 23.42-44). C’était une des trois grandes solennités des Hébreux, où tous les mâles étaient obligés de se présenter devant le Seigneur. Elle se célébrait après les moissons, le quinzième jour du mois tizri, qui était le premier de l’année civile, et qui répond à la lune de septembre. On y rendait grâces à Dieu de toute la récolte qu’on avait faite (Exode 23.16). La fête durait huit jours ; mais le premier et le dernier jour étaient les plus solennels (Lévitique 23.34-35), etc. Il n’était pas permis d’y travailler, et on y offrait des sacrifices particuliers, dont nous donnerons le détail ci-après. [Voyez le Calendrier des Juifs, au 15, 21, 22 : de tizri, et au 19 de marschevan].

Le premier jour de la fête (Lévitique 23.40 ; Néhémie 8.16) on prenait des branches des plus beaux arbres, avec leur fruit, des branches de palmier, des rameaux des arbres les plus touffus et des saules qui croissent le long des torrents ; on choisissait les plus belles de ces branches, on les portait en cérémonie à la synagog.ue, et on faisait ce qu’ils appelaient Lulab ; c’est-à-dire en tenant de la main droite une branche de palmier, trois branches de myrte et deux de saule liées ensemble, et ayant dans leur main gauche une branche de citronnier avec son fruit ; ils les approchaient les unes des autres, en les agitant vers les quatre parties du monde et en chantant quelques cantiques. On appelait aussi ces rameaux Hosanna, parce qu’en les portant et les agitant, ils criaient Hosanna ; à-peu-près comme firent les Juifs à l’entrée de Notre-Seigneur à Jérusalem (Marc 21.8-9). Le huitième jour on faisait cette cérémonie plus souvent et avec plus de solennité que les autres jours de la fête. C’est pourquoi ils appelaient ce jour-là, Hosanna Babba, la grande Hosanna.

Les Juifs enseignent que chaque Israélite était obligé d’apporter dès le matin du jour de la fête, ces branches d’arbres dont nous avons parlé, sous peine de ne pas manger ce jour-là ; alors on faisait une procession autour de l’autel des holocaustes, en remuant ces branches et en chantant. À présent ils portent ces branches dans leur synagogue, el font provision d’oranges et de citrons dans les pays où il n’en croît point, afin qu’il ne manque rien à cette fête. Ils font en cérémonie le tour du pupitre, qui est au milieu de la synagogue, au moins une (ois par jour, et ils ne mangent point qu’ils ne l’aient fait.

Le psaume (Psaumes 117), paraît avoir été chanté à la fête des Tabernacles. Le Psalmiste y fait une allusion visible dans les versets 23, 24, 25, 26 : Ô Seigneur, sauvez-moi ; Ô Seigneur, donnez-moi un heureux succès : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. L’Hébreu : Ana Jehovah, hosiana ; ana, Jehovah, hat chila na, etc., qui sont les paroles que les Juifs chantent encore aujourd’hui, en faisant la procession autour de la tribune, à la fête des Tabernacles, et que l’on chanta au jour de l’entrée triomphante de Jésus-Christ à Jérusalem. Le Psalmiste continue : Nous vous bénissons de la maison du Seigneur, où nous sommes : le Seigneur est le vrai Dieu, et il a fait briller sa lumière sur nous. Faites des tentes de branches touffues au jour de votre solennité, faites-en jusqu’aux cornes de l’autel.

C’est apparemment de ces cérémonies que Plutarque a pris occasion de dire que les Hébreux faisaient cette fête en l’honneur de Bacchus. Ils entrent, dit-il, dans leur temple, ayant en main des branches de vigne et des thyrses ; mais je ne sais ce qu’ils y font. Il nomme cette fête Cladophoria, et Thyrsophoria et comme dans les fêtes de Bacchus on portait des branches de verdure qui enveloppaient des lances, ce que les Grecs appelaient thyrsus, il en a conclu qu’apparemment les Juifs voulaient honorer Bacchus dans cette solennité. Josèphe (Antiquités judaïques t. III chapitre 10, pages 92, g) en parlant de cette fête s’exprime en des termes particuliers. Il se sert du mot eirésiônen, qui signifie un bouquet composé d’une branche d’olivier, enveloppé de laine, duquel pendaient toutes sortes de fruits, qu’un enfant qui avait encore son père et sa mère allait mettre à la porte du temple d’Apollon. C’est là ce que voulait dire eirésônen chez les Grecs. Mais Josèphe s’explique en disant que, chez les Hébreux, c’était un bouquet de myrte, de saule et de palmier, d’où pendaient des citrons. Il est à remarquer qu’encore que Moïse ne parle point expressément de myrte, cependant Néhémie (Néhémie 8.16) et Josèphe, et après eux, les rabbins et le Syriaque, le marquent comme nécessaire dans cette cérémonie ; et les Juifs entendent de cet arbre ce que dit Moïse, des branches d’un arbre touffu (Lévitique 23.40).

Le premier jour de la fête, outre les sacrifices ordinaires, on offrait en holocauste (Nombres 29.12-14) treize veaux, deux béliers et quatorze agneaux, avec les offrandes de farine et les libations de vin, qui les devaient accompagner. On offrait aussi un bouc pour le péché.

Le second jour, on offrait douze veaux, deux béliers et quatorze agneaux, en holocauste, avec leurs offrandes de farine, d’huile et de vin, qui devaient toujours être joints à ces sacrifices. Outre cela, on offrait un bouc pour le péché, sans compter les sacrifices ordinaires du soir et du matin, qu’on n’interrompait jamais, ni ceux que les Israélites pouvaient offrir par dévotion, ou pour l’expiation de leurs fautes. Ceux dont nous parlons étaient immolés au nom de tout Israël. Les troisième, quatrième, cinquième, sixième et septième jours de la fête, on offrait les mêmes sacrifices que le second jour, avec cette différence que tous les jours ou diminuait d’un veau ; en sorte que le troisième jour, on en immolait onze ; le quatrième, dix ; le cinquième, neuf ; le sixième, huit ; et le septième, seulement sept veaux. Pour les autres victimes on en offrait le même nombre tous les jours. Mais le huitième jour, qui était plus solennel que les précédents, on n’offrait qu’un veau, un bélier et sept agneaux en holocauste, et un bouc pour le péché, avec les offrandes et les libations ordinaires.

On assure que le huitième jour de la fête les Juifs présentaient au temple les prémices des fruits tardifs, qu’on allait puiser de l’eau dans la fontaine de Siloé, qu’on l’apportait au temple, et que les prêtres la répandaient mêlée avec du vin, au pied de l’autel des holocaustes. Le peuple chantait cependant ces paroles du prophète Isaïe (Isaïe 12.3) : Vous puiserez des eaux des fontaines du Sauveur, etc. On prétend que cette cérémonie avait été instituée par Aggée et Zacharie, au retour de la captivité ; et quelques-uns ont cru que Jésus-Christ y faisait allusion, lorsqu’il criait dans le temple (Jean 7.37-38) le dernier jour de la solennité des Tabernacles : Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, qu’il boive. Si quelqu’un croit en moi, comme dit l’Écriture, il sortira de son ventre.des fleuves d’eau vive. Ce qui marquait, selon la réflexion de saint Jean, le Saint-Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui. Quelques commentateurs croient qu’on récitait pendant cette fête les psaumes intitulés : Proverbes torcularibus, pour les pressoirs ; qui sont le 20, le 80, et le 83, selon notre Vulgate. Mais Léon de Modène dit qu’on y récite les psaumes qui ont pour titre Alleluia, ou, Louez Dieu, qui sont, selon notre manière de compter, les 112, 113, 114, 115, 116, 117, 118, ou, selon les Hébreux, les 113, 114, 115, 116, 117, 119.

Le même auteur dit que les Juifs d’à présent, n’ayant plus la commodité d’aller au temple, ni de faire toutes les cérémonies ordonnées par Moïse, font chacun chez soi, en un lieu découvert, une cabane couverte de feuillages, tapissée à l’entour et ornée autant qu’on le peut. Ils y boivent et mangent ; quelques-uns même y couchent ; mais du moins on y passe tout le temps qu’on a accoutumé d’être à la maison, et cela, pendant les huit jours de la fête. On dispense de cette observance ceux qui sont malades ou qui sont accablés de vieillesse ; et lorsqu’il pleut bien fort, on peut se retirer dans la maison ; car ces cabanes ne sont pas tellement fermées, qu’il n’y pleuve point. Léon de Modène ajoute qu’encore que Moïse n’ait ordonné que huit jours pour cette fête, toutefois la coutume et la dévotion des peuples y en ont ajouté un neuvième. Les deux premiers et les deux derniers jours sont fort solennels ; mais les cinq d’entre deux ne le sont pas tant. Le septième jour de la fête, qu’ils appellent Hosanna Rabba, ils quittent les branches de myrte et de palmier, pour en prendre seulement de saules, avec lesquelles ils font sept fois le tour de la tribune, qui est au milieu de la synagogue, en chantant le psaume 28. Et ce jour de la fête est plus solennel de moitié que les autres. Le neuvième et dernier jour, qui est de l’institution des rabbins, est appelé la joie de la loi, parce qu’on y achève la lecture du Pentateuque. On peut voir sur cette matière les auteurs qui ont traité exprès des fêtes des Juifs ; la Misne, au titre Suca, avec ses commentateurs ; les écrivains qui ont fait des traités de la république des Hébreux, comme Sigonius, Bertrand, Cunteus et Godvin ; de Ritibus Hebroeorum, t. 5. chapitre 6 etc.

Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com

L’article dans Calmet

Lexique de la Bible (Lelièvre)

Tous les textes relatifs au Tabernacle ou le mentionnant appartiennent au plus récent des documents dont est composé le Pentateuque (voir ce mot), le Code sacerdotal, qui date du temps d’Esdras (voir Bible, formation de l’Ancien Testament). Le Tabernacle, selon cet écrit, aurait été comme un prototype, au désert, du futur temple de Jérusalem, un temple démontable et portatif, de fort grandes dimensions cependant, et que Moïse aurait dressé suivant les directions minutieuses reçues de Yahvé au Sinaï (Exode 25.10 ; 27.19). Comme le nom l’indique, on se représentait le Tabernacle comme une vaste tente ; mais la description détaillée qui nous en est donnée, soit dans le passage ci-dessus, soit dans Exode 36.8 ; 38.31, nous présente l’image d’une construction mi-partie bois, mi-partie toiles ou tapis. Nous ne résumerons pas cette description qui n’aurait d’ailleurs un très réel intérêt que si le Tabernacle avait existé. En fait, cette « Tente d’Assignation », comme l’appelle encore le Code sacerdotal (Exode 27.21, etc., etc.), n’a jamais été construite qu’en imagination, du moins sous cette forme et avec ces dimensions. Les plus anciens récits contenus dans le Pentateuque, et qui reproduisent les vieilles traditions populaires d’Israël, ne soupçonnent pas l’existence d’un tel sanctuaire. L’une d’elles (Exode 33.7ss) nous parle bien d’une tente où Yahvé se révèle à Moïse, mais, bien que cette tente ne soit pas décrite, nous la devinons modeste, car, loin. d’être le lieu où officie un nombreux clergé et où sert une armée de lévites (voir Prêtres et Lévites), elle n’a qu’un seul gardien qui est Josué serviteur de Moïse (Exode 33.11).

Lexique de la Bible — Charles Lelièvre, source levangile.com

L’article dans Lelièvre

Dictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)

Ce terme, qui primitivement signifie tente (lat tabernaculutn), est le nom réservé au sanctuaire du désert. Les passages du Pentateuque relatifs au tabernacle sont Exode 25 ; Exode 26 ; Exode 27 ; Exode 30 ; Exode 31.1-11 ; Exode 35.4 ; Exode 35.35 ; Exode 36 ; Exode 37 ; Exode 38 ; Exode 40 ; Nombres 3.21 ; Nombres 3.38 ; Nombres 4.1 ; Nombres 4.33 ; Nombres 7.1-8.4, provenant tous de la législation sacerdotale, cf en outre Exode 33.7-11, fragment d’une autre source Il est appelé généralement tente d’assignation parce qu’il est le lieu assigné à la rencontre de Dieu et de son peuple, ou bien tente (quelquefois demeure) du Témoignage, parce qu’il renferme le Témoignage, nom donné dans le Code sacerdotal aux deux tables de la loi contenues dans l’arche de l’alliance, ou bien demeure de l’Éternel, nom qui désigne tantôt l’ensemble du sanctuaire (par ex Lévitique 17.4 ; Nombres 16.9, où nos traductions disent « tabernacle » au lieu de « demeure »), tantôt la tente proprement dite (Exode 26.1-6 ; Exode 35.11 etc.) Le sanctuaire dans son ensemble comprenait :

  1. une tente,
  2. un parvis entourant la tente D’après Exode 25ss tout le détail et toutes les mesures de la construction avaient été indiqués par l’Éternel à Moïse sur le Sinaï d’après un modèle qu’il avait fait passer devant ses yeux. Le tabernacle était donc exactement conforme à ce que Dieu voulait comme lieu de rencontre entre lui et son peuple ; tout était calculé pour en faire une demeure digne de lui.

La tente (la Demeure au sens étroit) était en réalité plus qu’une simple tente ; c’était un édifice fait en partie de planches, un temple portatif, comme on l’a appelé.

Dimensions à l’intérieur : 30 coudées de long, 10 de large, 10 de haut, soit, si nous comptons, pour faciliter les calculs, la coudée à un demi-mètre, quoiqu’elle fût en réalité un peu plus courte (45-49 cm ; voir Poids et mesures) longueur 15 m, largeur et hauteur 5 m.

Trois côtés étaient entourés de planches recouvertes d’or à l’intérieur et à l’extérieur latéralement, c’est-à-dire (puisque le tabernacle était orienté vers l’E) du côte sud et du côté nord, on comptait 20 planches de bois d’acacia avant toutes 10 coudées de haut et une et demie (signifiant : 75 cm.) de large, et le côté ouest en comprenait 6 de mêmes dimensions, plus deux autres pour les angles nord et sud ; celles-ci avaient en tout cas la même hauteur, mais les interprètes ne sont pas d’accord sur la largeur, qui n’est pas expressément indiquée.

Il y a ici en effet une difficulté qui n’a pas encore été résolue d’une façon pleinement satisfaisante Les 6 premières planches indiquées faisant ensemble 9 coudées, il ne restait qu’une coudée à fournir pour fermer l’espace entre les deux parois latérales ; mais si les planches des angles avaient également une coudée et demie, cela faisait ensemble trois coudées, donc deux coudées de plus qu’il n’était nécessaire pour fermer l’espace vide. Une partie de ces deux coudées servait naturellement à couvrir le rebord de la dernière planche latérale nord et sud, mais il aurait fallu que toutes les planches fussent épaisses chacune d’une coudée pour que celles de l’angle ne fissent pas saillie sur les deux parois nord et sud. Une pareille épaisseur est inadmissible, car les planches auraient été des poutres et non plus des planches. On l’a admis cependant, mais à tort, car la tente n’aurait plus guère été transportable.

D’autres ont admis que les planches des angles n’avaient pas la même largeur que les autres, tout juste la largeur voulue pour recouvrir l’espace vide et l’épaisseur des planches latérales, qui n’est indiquée nulle part. Mais on s’attendrait à ce que le texte mentionnât cette différence de largeur, et il ne la mentionne pas. En revanche il a une phrase énigmatique (Exode 26.24) qui dit, d’après le texte samaritain, que les planches des angles doivent être doubles dans le bas et doubles dans le haut jusqu’au premier anneau (le texte massorétique dit : doubles dans le bas et pleines dans le haut, ce qu’on n’arrive pas à se représenter d’une façon quelque peu claire).

Si on admet le texte samaritain, le plus simple est de penser, comme déjà l’historien Josèphe, que les planches de l’angle étaient en forme d’équerre, qu’une partie de l’équerre achevait de couvrir l’espace vide (pour chaque planche ½ coudée) puis couvrait l’épaisseur de la planche latérale (¼ de coudée ?) et que la deuxième partie de l’équerre (3/4 de coudée ?) s’appliquait sur la paroi latérale, ce qui assurait la liaison étroite entre les parois latérales et la paroi du fond et donnait à l’édifice plus de solidité. L’anneau dont il est question (Exode 26.24) serait le premier anneau de la paroi latérale (voir plus loin).

Mais pour que les planches se tinssent solidement debout, il fallait qu’elles fussent fixées au sol ; elles étaient pourvues pour cela de deux tenons, non pas parallèles comme disent certaines traductions, mais rejoints l’un à l’autre (nous ne savons pas comment) et rattachés à la planche (nous ne savons pas non plus comment), s’ils ne faisaient pas corps avec elle. Ces tenons entraient dans deux socles d’argent, assez grands pour être en bonne partie enfoncés dans le sol, et assez lourds (ils pesaient chacun un talent d’argent = 43-44 kg) pour ne pas sortir de leur place.

D’autre part, pour que les planches fussent sans déjoints et eussent une surface unie et bien plane, elles étaient chacune pourvues d’anneaux d’or, dans lesquels on passait cinq barres transversales de bois d’acacia recouvert d’or. La barre du milieu allait d’une extrémité de la paroi à l’autre : les quatre autres (appelons-les des demi-barres) n’allaient que jusqu’au milieu de la paroi en la dépassant un peu ; il y avait donc trois rangées d’anneaux, une continue au centre, les deux autres disposées de telle façon que les demi-barres du bas et du haut ne se rencontraient pas au milieu de la paroi, mais pouvaient se dépasser de quelques centimètres pour assurer la solidité de l’ensemble. Le texte ne donne pas la longueur des barres et ne dit pas si elles étaient posées à l’intérieur ou à l’extérieur de la paroi ; le plus probable est qu’elles étaient à l’extérieur et que c’est jusqu’aux premiers anneaux, en partant de l’Ouest, que devait aller la partie de la planche de l’angle en forme d’équerre (voir ci-dessus).

Comme il convient à une tente, la couverture de la « Demeure » était faite de tapis. Il y avait quatre tapis superposés.

Le premier tapis, celui qu’on voyait de l’intérieur de la tente, était le plus précieux. Il se composait de dix bandes parallèles de fin lin retors, de pourpre violette, de pourpre écarlate et de cramoisi, le tout tissé avec art et formant des figures de chérubins, symboles de la présence divine. Chaque bande avait 28 coudées de long (signifiant : 14 m) et 4 coudées de large (signifiant : 2 m). Cinq bandes étaient cousues ensemble, de sorte que la couverture avait deux parties ; les deux parties étaient pourvues, sur les côtés où elles devaient se rencontrer, de 50 lacets (ganses) bleus (Version Synodale : nœuds ; Bible du Centenaire : brides), dans lesquels on passait des agrafes d’or pour les réunir. Quand tout était réuni, le tapis était long de 40 coudées et large de 28. Posé sur les parois de l’édifice en planches, à partir du côté est laissé ouvert, il n’atteignait nulle part le sol ; c’est évident pour les parois latérales, puisqu’elles avaient chacune 10 coudées de haut et que l’espace vide était également de 10 coudées : soit ensemble 30 coudées (et non pas 28) ; pour le côté ouest (fond du tabernacle) il faut tenir compte de l’épaisseur des planches, de sorte que les 40 coudées de longueur ne suffisaient pas pour recouvrir les 30 coudées (à l’intérieur) de la Demeure et les 10 coudées de la paroi : ici aussi il y avait un espace entre le sol et le bord du tapis. Évidemment on voulait éviter tout ce qui aurait pu souiller cette précieuse couverture. Nous notons que la réunion des deux parties du tapis au moyen d’agrafes se faisait à 20 coudées de distance à partir de l’entrée de la tente.

Le second tapis était fait d’un tissu de poils de chèvre, par analogie avec la couverture des tentes ordinaires. Il se composait de 11 bandes longues de 30 coudées et larges de 4 : six bandes étaient cousues ensemble et les cinq autres également, deux parties de largeur inégale, réunies par 50 lacets (ganses), dans lesquels on passait cette fois-ci des agrafes d’airain. On rempliait à l’est de deux coudées la première des six bandes de la première partie, qui formait ainsi comme un rebord, à l’entrée de la tente, sans doute pour que la couverture se déchirât moins facilement et offrît moins de prise au vent. Il en résulte que le raccord entre les deux parties se faisait à 22 coudées à partir de l’entrée, donc deux coudées plus loin que le raccord des deux parties de la première couverture. Sur les bords latéraux, le deuxième tapis dépassait le premier d’une coudée et le protégeait ainsi complètement, sans aller jusqu’au sol, si l’on tient compte de l’épaisseur des planches ; sur le côté ouest il le dépassait de deux coudées et atteignait en tout cas le sol.

Le troisième tapis était fait de peaux de bélier teintes en rouge.

Le quatrième était de peaux de dauphin (sens le plus probable) teintes en bleu. Les dimensions de ces deux tapis ne sont pas indiquées : le plus naturel est de penser qu’ils allaient jusqu’au sol pour les trois côtés à couvrir. Ils devaient évidemment protéger la tente contre les intempéries.

L’entrée de la tente se trouvait du côté E., qui n’était fermé ni par des planches, ni par les couvertures énumérées ci-dessus. Cependant il ne pouvait pas rester ouvert. On y pourvut par un grand voile tissé de fils de fin lin retors, de pourpre violette, de pourpre écarlate et de cramoisi, tissé avec art, mais sans chérubins ; le voile était fixé par des crochets et des tringles d’or à cinq colonnes de bois d’acacia recouvertes d’or (Exode 26.37), reposant sur cinq socles d’airain. D’après Exode 37.28, les chapiteaux des colonnes seuls étaient recouverts d’or.

Un autre voile de même tissu, mais avec chérubins, fixé par des crochets d’or à quatre colonnes de bois d’acacia recouvert d’or, reposant sur quatre socles d’argent, séparait à l’intérieur le lieu saint du lieu très saint. Ce voile était à 20 coudées de l’entrée, se trouvait donc immédiatement au-dessous des agrafes qui unissaient les deux parties de la première couverture. Le lieu saint avait ainsi 20 coudées de long, sur 10 de large et 10 de haut ; le lieu très saint était un cube de 10 coudées (5 m) dans tous les sens, symbole de la perfection.

Dans le lieu très saint était placée l’arche de l’alliance, faite de bois d’acacia recouvert d’or à l’intérieur et à l’extérieur, longue de 2 coudées ½, large et haute de 1 coudée ½. Elle avait, en haut sans doute, une bordure d’or, et aux quatre coins, vers le milieu ou le bas, quatre anneaux d’or, deux d’un côté, deux de l’autre, dans lesquels on passait des barres de bois d’acacia recouvertes d’or pour la transporter ; ces barres ne devaient jamais être enlevées. À l’intérieur étaient déposées (d’après Exode 25.15) les deux tables du Témoignage (Décalogue). L’arche servait de support au propitiatoire de même longueur et de même largeur, tout entier d’or, qui en formait le couvercle. Aux extrémités du propitiatoire étaient placés deux chérubins d’or battu, qui se faisaient face l’un à l’autre, donc regardaient tous les deux vers le propitiatoire, qu’ils recouvraient de leurs ailes étendues.

Dans le lieu saint était placée, du côté de la paroi nord, la table des pains de proposition, de bois d’acacia recouvert d’or, longue de deux coudées, large d’une coudée, haute d’une coudée et demie, avec une bordure (guirlande) d’or dans le haut et un châssis d’or de 4 doigts, sans doute à mi-hauteur ; près du châssis se trouvait à chaque pied un anneau d’or pour le transport de la table au moyen de deux barres d’acacia recouvertes d’or ; sur la table étaient différents ustensiles d’or : des plats pour recevoir les pains de proposition, offrande perpétuelle renouvelée chaque semaine, des godets contenant de l’encens (Lévitique 24.7), des cruches et des coupes pour les libations de vin. Du côté de la paroi sud : le chandelier, tout entier d’or battu, avec un pied, une tige centrale et six branches partant de la tige, trois d’un côté, trois de l’autre ; la tige et les branches portaient des ornements divers et arrivaient à la même hauteur ; elles étaient surmontées de sept lampes d’or, dont les mèches devaient être tournées vers le sanctuaire pour l’éclairer ; le chandelier était accompagné de mouchettes et de cendriers également en or. Le tout pesait un talent d’or, soit 49,11 kg (d’une valeur de 168 750 fr) ; d’après les passages les plus récents de la législation sacerdotale, l’autel des parfums se trouvait sur le devant du voile, en face de l’arche située de l’autre côté, au centre du lieu très saint ; l’autel des parfums, haut de deux coudées (1 m), large et long d’une coudée, était en bois d’acacia recouvert d’or avec une corne à chacun des quatre coins, attenante au bois, une guirlande d’or vers le haut et quatre anneaux d’or pour le porter avec les mêmes barres que celles de l’arche et de la table ; il était vide au milieu et on le remplissait évidemment de pierres et de terre pour pouvoir y brûler des parfums.

Autour de la tente proprement dite était le parvis, en forme de rectangle ayant 100 coudées (50 m) de long et 50 coudées (25 m) de large. Il était entouré de toiles de fin lin retors rattachées, au moyen de crochets et de tringles d’argent, à des piliers de bois avec socles d’airain, espacés de 5 coudées ; il y avait donc 20 piliers sur les longs côtés et 10 sur le côté ouest ; à l’est un espace de 20 coudées était réservé pour l’entrée ; les 15 coudées à droite et à gauche de l’entrée étaient fermées par des toiles et des piliers (3 de chaque côté) comme le reste du parvis. L’entrée elle-même était fermée par un voile tissé, comme celui qui fermait le tabernacle, de fils de fin lin retors, de pourpre violette, de pourpre écarlate et de cramoisi, et assujetti à 4 piliers semblables aux autres. À noter que d’après Exode 38.17 ; Exode 38.19 les chapiteaux des piliers des parvis étaient recouverts d’argent, ce que ne dit pas Exode 27.9 ; Exode 27.18. La hauteur de toute cette barrière de toile était de 5 coudées seulement, de sorte qu’elle n’empêchait pas de voir de loin le sanctuaire lui-même. On a contesté à tort le nombre des piliers. Il y en avait bien 60 en tout ; on les comptait en partant de l’angle sud-est : 20 piliers pour la rangée sud ; à l’angle sud-ouest était le premier pilier de la rangée ouest (10 piliers) ; à l’angle nord-ouest, le premier pilier de la rangée nord (20 piliers) ; à l’angle nord-est, le premier pilier de la rangée E. ; celle-ci se divisait en trois sections : la 1ère section (15 coudées) allait du 1er pilier au pilier 4, qui était le 1er pilier de la porte, la 2e section (20 coudées) allait du pilier 4 au pilier 8 qui était le 1er pilier de la 3e section : celle-ci (15 coudées) allait du pilier 8 au 1er pilier de la rangée sud. La porte (l’entrée) était ainsi au milieu de la rangée est et faisait face à l’entrée de la « Demeure ».

Dans le parvis, outre la tente d’assignation qui devait se trouver vers l’ouest à 50 coudées de l’entrée, de sorte que sur les trois côtés sud, ouest et nord en même espace de 20 coudées la séparait de la barrière du parvis, étaient encore placés :

  1. L’autel des holocaustes, de bois d’acacia recouvert d’airain, haut de trois coudées (1 m ½), long et large de 5 coudées (2 m ½), avec des cornes aux quatre coins, puis une grille ou treillis d’airain allant du bas jusqu’à mi-hauteur et, sur les quatre angles, quatre anneaux d’airain, adaptés au haut du treillis, pour le porter au moyen de deux barres d’acacia recouvertes d’airain ; nous ne connaissons pas exactement la forme du treillis, sans doute destine à laisser écouler le sang répandu sur l’autel. L’autel était creux (Exode 27.6 ; Exode 38.31) et devait être rempli de pierres ou de terre pour qu’on pût y brûler les offrandes présentées à l’Éternel. Il était accompagné de divers ustensiles nécessaires au prêtre officiant et à ses aides : cendriers, pelles, bassins, fourchettes et brasiers, le tout en airain. Comme il était un peu haut, il devait sur le devant être pourvu d’un tremplin, qui n’est mentionné nulle part. L’autel des holocaustes était placé dans la partie est du parvis (carré de 50 coudées = 25 m de côté), en face de l’entrée de la Demeure, à une distance qui n’est pas spécifiée.
  2. Une cuve d’airain avec sa base d’airain, entre l’autel des holocaustes et l’entrée de la Demeure, mais probablement pas en droite ligne ; elle était remplie d’eau pour les ablutions des prêtres avant leur entrée dans le lieu saint. La forme n’en est pas indiquée ; elle appartient, comme l’autel d’or, aux passages les plus récents de la législation sacerdotale.

À tous les éléments qui figurent ci-dessus dans la description de la Demeure et du parvis, il convient d’ajouter la mention de pieux (ou chevilles) d’airain, pour la Demeure et pour le parvis, et de cordes (Exode 27.19 ; Exode 38.29 ; Exode 35.18), dont l’usage n’est pas précisé. Mais comme, malgré tout, l’ensemble de la construction inspire quelques doutes sur sa solidité, on peut supposer que ces pieux (chevilles) et ces cordes servaient à mieux fixer les parois et le voile d’entrée du sanctuaire, puis la barrière de toile qui entourait le parvis.

Dans les campements du désert, le tabernacle d’assignation occupait le centre ; à l’entour immédiat campaient les lévites, le côté de l’Orient étant réservé aux prêtres ; plus loin campaient sur les quatre côtés les différentes tribus ; voir Nombres 2 et 3.

Pour la manière de transporter le tabernacle, voir Nombres 4.

Signification symbolique du tabernacle

La pensée centrale est évidente. Le tabernacle, dont l’établissement figure en tête de la loi (Exode 25 SS), était la demeure visible de l’Éternel au milieu de son peuple ; il garantissait par sa présence la protection et les bénédictions du Dieu de l’alliance ; il était le lieu des révélations et le lieu où il fallait adorer l’Éternel. C’était le sanctuaire unique d’Israël.

La division en trois parties, distinctes les unes des autres : parvis, lieu saint, lieu très saint, exprimait les différents degrés de la sainteté de l’ensemble et des conditions imposées à ceux qui y pénétraient ; le parvis était ouvert aux membres du peuple, qui était un peuple saint, consacré à l’Éternel (Exode 19.6) ; mais les fidèles n’y entraient que pour amener les victimes ou apporter les offrandes qui étaient brûlées sur l’autel des holocaustes ; c’était le lieu réservé aux fonctions des lévites, serviteurs des prêtres ; le lieu saint n’était accessible qu’aux prêtres, intermédiaires obligés entre Dieu et le peuple, revêtus par le sacerdoce d’une sainteté spéciale qui leur permettait d’entrer dans la première partie de la tente sans être consumés par le feu ; le lieu très saint était la demeure même de l’Éternel, invisiblement présent dans toute la grandeur de son être et sa suprême sainteté ; il était absolument fermé à tout contact profane ; même les prêtres n’osaient pas y pénétrer ; seul le grand-prêtre y entrait un jour par année, le grand jour des Expiations, et encore devait-il préalablement se munir d’un brasier ardent et faire brûler de l’encens pour que la fumée le dérobât en quelque sorte au regard de Dieu, ou que lui-même ne vît pas les symboles sacrés de la présence divine. Le lieu très saint était complètement obscur tandis que le lieu saint était éclairé par le chandelier à sept branches.

Ces différents degrés de sainteté, qui rendaient sensible le caractère redoutable de la présence directe de Dieu, commandaient la richesse plus ou moins grande des matériaux employés pour la construction des trois parties du sanctuaire. Dans le lieu très saint tout était en or ou recouvert d’or, sauf les socles des colonnes qui étaient en argent ; le voile qui le séparait du lieu saint et le tapis formant plafond étaient d’un travail particulièrement précieux ; dans le lieu saint il en était à peu près de même, mais déjà ici il y avait une différence en moins : le voile qui fermait l’entrée de la tente n’avait pas de chérubins, et les socles des colonnes qui le soutenaient étaient d’airain ; il appartenait déjà en partie au parvis, où le métal employé était l’airain, sauf pour les crochets et les tringles qui soutenaient les voiles du pourtour et les revêtements des chapiteaux des piliers, pour lesquels on avait eu de nouveau recours à l’argent ; les voiles étaient de fin lin retors sans autre couleur que le blanc, sauf pour le voile d’entrée qui était de même tissu que le voile d’entrée de la tente.

Le chiffre 10, qui exprime une totalité, était à la base de toutes les mesures ; il était seul employé pour le lieu très saint et en symbolisait la perfection ; pour les autres parties du sanctuaire (lieu saint et parvis), la moindre sainteté était rendue sensible par des multiples de 10 (20, 100, 50, 60) ou des sous-multiples (5). Mais le symbolisme des nombres (voir ce mot.) doit-il être poussé plus loin ?

Le chiffre sacré 7 apparaît seulement dans les sept lampes du chandelier d’or (voir le chandelier de Zacharie 4, spécialement verset 10b) ; le chiffre 3, seulement dans la division tripartite du sanctuaire, qui est donnée d’autre part par les degrés de sainteté. Le chiffre 4 indique le nombre des colonnes qui portent le voile du lieu très saint et celui des piliers qui portent le voile de l’entrée du parvis ; le multiple 4x7 (signifiant : 28), la largeur de la première couverture du sanctuaire ; mais faut-il attacher à ces chiffres une valeur symbolique ? C’est douteux, car ils étaient nécessités par l’ensemble de la construction.

On a trouvé une signification symbolique dans les différentes couleurs (voir ce mot) des tapis et des voiles ; le blanc est évidemment l’emblème de la pureté (cf. Ésaïe 1.18), mais pour les autres couleurs l’Ancien Testament ne nous donne lui-même aucune indication, pas plus que les peuples voisins d’Israël, pas même la Babylonie où les couleurs des différents étages des ziggourats (tours) ne sont pas encore vraiment expliquées. Il n’y a donc pas lieu d’y voir autre chose qu’un moyen de rendre plus belles et plus précieuses les étoffes employées. Les autres détails de la construction ne se prêtent pas davantage à une signification symbolique, qui serait justifiée par les données positives de l’Ancien Testament À ce propos nous relevons que le bois d’acacia était le seul qui pouvait être employé dans la péninsule de Sinaï, l’acacia y étant le seul grand arbre d’où l’on pût tirer des planches et des colonnes de grandeur suffisante.

Cependant l’ingéniosité des interprètes s’est donné libre carrière dans l’interprétation symbolique du sanctuaire et de ses divers éléments.

Déjà l’historien Josèphe et le philosophe Philon (1er siècle de notre ère) ont vu dans le tabernacle une image du monde :

  • le lieu très saint = le ciel ;
  • le lieu saint = la terre ;
  • le parvis = la mer ;
  • les 4 espèces de fils employés pour les tapis = les 4 éléments ;
  • la table avec les 12 pains de proposition = l’année avec ses douze mois ;
  • le chandelier aux 7 lampes = les 7 planètes, etc.

Après avoir subsisté pendant tout le Moyen âge, avec des variantes diverses, cette interprétation a été renouvelée de nos jours, spécialement par Bahr (Symbolik des Mosahchen Kultus, 1837, 1874).

D’autres ont vu dans le tabernacle une représentation externe et interne de l’être humain :

  • lieu très saint, 1° la tête, 2° l’esprit ;
  • lieu saint, 1° le tronc, 2° l’âme ;
  • parvis, 1° les membres, 2° le corps en opposition à l’âme ;
  • les planches et les colonnes représenteraient les os du squelette ; les couvertures, la peau.

C’est décidément trop d’imagination. À plus forte raison quand on veut retrouver dans le tabernacle une prophétie détaillée de la nouvelle alliance. L’auteur de l’épître aux Hébreux a été beaucoup plus sage, en se bornant à relever que le tabernacle était l’ombre des choses à venir, une figure des temps nouveaux dans lesquels le Christ ouvrirait aux hommes l’accès direct au trône de la grâce de Dieu (Hébreux 9.1 ; Hébreux 9.14).

Historicité

De nombreux interprètes ont insisté sur l’impossibilité de construire dans le désert un tabernacle aussi riche ; nous ne nous y arrêtons pas, mais nous constatons que, comme bien des prescriptions de la loi sacerdotale, le tabernacle d’Exode 25 est un mélange de théorie et de réalité.

Théorie, la place donnée au tabernacle au milieu du camp du désert, pour symboliser la présence de l’Éternel au milieu de son peuple ; la splendeur de l’intérieur de la tente, où ne sont employés que les métaux précieux et des étoffes artistement travaillées, pour en faire une demeure digne de Dieu ; la disposition tripartite de l’ensemble qui, comme celle du temple de Jérusalem, doit exprimer, avec ses différents degrés de sainteté, l’impossibilité pour l’homme pécheur de s’approcher directement de la divinité ; la distinction entre prêtres et lévites, qui n’a existé en réalité qu’après l’exil (voir Prêtres et lévites).

Réalité est l’existence même d’un tabernacle au temps du désert. Elle est garantie par le passage Exode 33.7 ; Exode 33.11, qui appartient à une des anciennes sources du Pentateuque. Exode 33 ne donne aucune description de la tente, mais il résulte du verset 6 qu’elle devait être faite de matériaux plus précieux que les tentes ordinaires, et du verset 11 qu’elle devait se diviser en deux parties, comme du reste bon nombre de sanctuaires païens, une partie postérieure qui était spécialement la Demeure de Dieu et où était certainement déposée l’arche (quoique celle-ci ne soit pas mentionnée Exode 33), et une partie antérieure, sorte de vestibule où se tenait continuellement Josué, le jeune serviteur de Moise, chargé de la garde du sanctuaire. L’idée de la sainteté divine qui interdisait les contacts profanes était exprimée par le fait que le tabernacle était placé hors du camp. Quand Moïse y entrait pour consulter l’Éternel, la nuée descendait et s’arrêtait à l’entrée de la tente ; le peuple resté dans le camp se levait, et chacun se prosternait à l’entrée de sa propre demeure. Ici aussi la tradition a sans doute quelque peu coloré la réalité, mais il n’y a aucune raison valable de mettre en doute l’existence de l’arche et de la tente qui l’abritait, pas plus que de nier l’activité médiatrice et sacerdotale de Moïse. La tente d’assignation est encore mentionnée dans Nombres 12.4 ; Nombres 12.10 et Deutéronome 31.14 et suivant par la même source que Exode 33.7 ; Exode 33.11, mais nous ne savons ce qu’elle est devenue au moment de l’entrée en Canaan. Elle n’a cependant pas cessé d’exister, car 2 Samuel 7.6 déclare positivement que, depuis le jour où il a fait sortir son peuple d’Égypte, l’Éternel a toujours habité dans une tente, et c’est en vertu de cette antique tradition que David, avant de penser à construire un temple, avait élevé sur la colline de Sion une tente pour abriter l’arche de l’Éternel transportée dans la nouvelle capitale (2 Samuel 6).

Toutefois, si nous sommes assez bien informés des destinées de l’arche d’abord à Guilgal, puis en tout cas à Silo, chez les Philistins, à Beth-Sémès, à Kirjath-Jéarim et enfin à Jérusalem, nous ne pouvons pas suivre de la même façon les destinées du tabernacle pendant la période des Juges. Il se trouvait peut-être à Silo, mais à Silo il y avait un temple (voir Sanctuaire), et on ne se représente pas très bien comment tabernacle et temple pouvaient se concilier. Plus tard les Chroniques le placent à Gabaon (2 Chroniques 1.5-9, cf. 1 Chroniques 16.39 ; 1 Chroniques 21.29 et suivant), mais ce renseignement manque dans le parallèle 1 Rois 3.4, et il est assez probable que le Chroniqueur cherche à expliquer par là l’importance du haut-lieu de Gabaon ; en tout cas il pense au tabernacle de Exode 25 ss. Après la construction du temple, il n’est naturellement plus question du tabernacle.

Il n’a repris vie que dans la théorie du Code sacerdotal, qui transporte au temps du désert les conceptions et les institutions postexiliques, et décrit le tabernacle à l’image du temple de Jérusalem, devenu seul sanctuaire d’Israël comme l’était la tente d’assignation à l’époque de Moïse.

Voir Temple. L. A.

Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com

L’article dans Westphal