Dictionnaires bibliques
Serpent
Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Serpent », un article après l’autre.
Dictionnaire de la Bible (Bost)
La Palestine et les contrées qui l’avoisinent, surtout les lieux déserts de l’Égypte et de l’Arabie, étaient, dans les temps anciens, fort riches en serpents, gros et venimeux. Forskal a distingué, en Égypte et en Arabie seulement, huit espèces de couleuvres. Les serpents de Syrie ont, d’après Russel, la réputation de n’être que peu ou point malfaisants. Toute cette espèce d’animaux fut naturellement classée parmi les viandes dont l’usage était interdit aux Israélites (Lévitique 11.10-41). On compte au moins huit noms hébreux pour désigner différentes sortes de serpents. Calmet va jusqu’à onze ; mais il met dans cette catégorie le képhir, qui signifie jeune lion (Ézéchiel 19.2-3), le tsabouah, c’est-à-dire l’hyène, ou des bêtes sauvages en général (Jérémie 12.9), le tsïtnmaôn, un lieu désert et aride (Ésaïe 35.7), et le shachal, qui est encore un lion. Il convient, du reste, pour ces quatre mots, que la traduction de sa Vulgate est fort loin d’être sûre. Quant à une désignation bien claire des sept ou huit espèces mentionnées dans la Bible, on ne saurait la donner, et l’on doit se borner à des présomptions, les noms de ces espèces n’étant généralement pas accompagnés de détails qui les fassent reconnaître ; cependant, lorsqu’à ces détails qui mettent sur la voie, se joint une analogie du nom dans les langues voisines, l’arabe surtout, la présomption devient vraisemblable, et la possibilité devient probabilité.
1°. Le tsèphah ou tsiphehoni, et
2°. le shephiphon, désignent le céraste ou couleuvre cornue.
3°. Le péthen, voir Aspic.
4°. Le kippoz, que le prophète représente comme pondant des œufs et les couvant (Ésaïe 34.15). On a cru d’abord que c’était une espèce d’hirondelles ; nos versions même l’ont traduit par martinet. On est d’accord maintenant à penser qu’il s’agit du serpent que les Grecs nommaient « le dard », et les Latins anguis jaculus ; il est très commun en Arabie et en Afrique ; il se jette sur sa proie avec la rapidité de la flèche. Les Septante, le chaldéen et saint Jérôme, traduisent par hérisson.
5°. Le haksoub (Psaumes 140.3), serpent venimeux, dont l’espèce ne saurait être déterminée de plus près.
6°. Le ephehéh, serpent venimeux (Job 20.16 ; Ésaïe 30.6 ; 59.5). On le trouve, entre autres, en Égypte. D’après Avicenne, le mot arabe correspondant désigne la vipère à tête plate, au col étroit, à la queue émoussée, qui fait du bruit en rampant, et fait entendre un léger sifflement ; c’est le coluber vipera d’Égypte, de Hasselquist, et l’animal nommé dans le Nouveau Testament (Matthieu 3.7 ; 12.34 ; 23.33 ; Luc 3.7 ; Actes 28.3).
7°. Le nachash (Genèse 3.1 ; Exode 4.3 ; 7.15) ; d’après l’étymologie, ce serait un serpent qui siffle ; d’après le contexte des divers passages où il est nommé, ce serait un serpent en général, sans désignation spéciale ; il est probable que c’était en effet le nom de l’espèce et non celui d’un genre en particulier. Il rappelait cependant l’idée de grandeur, et a donné son nom à la constellation du serpent, voir Astres. Cf. aussi Ésaïe 27.4, et ce qui en sera dit plus loin.
8° Le saraph, ou serpent brûlant, que les Israélites rencontrèrent dans les déserts de l’Arabie (Nombres 21.6-8 ; Deutéronome 8.15). Le même saraph est désigné comme un animal qui vole (Ésaïe 14.29 ; 30.6), mais par le contexte même, on doit reconnaître dans ces mots une image poétique plutôt qu’une description zoologique ; car, bien que plusieurs auteurs, les anciens surtout, Hérodote, Élien, et même quelques modernes, aient soutenu l’existence de serpents volants en Arabie et en Égypte, cet animal n’a pas été vu de ceux en l’assertion desquels on pourrait avoir le plus de confiance ; et comme les plus dignes de foi de ces témoins ajoutent expressément que ces serpents ailés ont des pieds, il est fort à croire qu’ils auront confondu des serpents avec des lézards. Il paraît, en effet, que dans certaines parties du sud de l’Asie, on trouve une espèce de lézards volants, dont les pattes parallèles sont unies par une fine membrane semblable à celle des ailes de la chauve-souris. Les théologiens ne sont pas d’accord sur l’espèce de serpents désignée sous le nom de serpents brûlants. Le voyageur Laborde pense que les Israélites furent mordus par des scorpions, fort abondants dans cette contrée, où ils ont même donné leur nom à la vallée d’Hakrabbim, et que ces scorpions furent nommés brûlants (saraph), à cause de la douleur cuisante que causaient leurs morsures ; mais cette explication est inadmissible, et l’on doit se contenter de l’idée générale exprimée par saraph, de serpents très venimeux.
Le serpent d’airain, que sur l’ordre de Dieu, Moïse dressa à la vue de tout le camp, afin que ceux qui le regarderaient fussent guéris, a naturellement fort préoccupé les interprètes. Les uns ont mis la force curative du remède dans la force d’imagination du malade, aidée de quelques herbes ou potions administrées conjointement avec la foi au serpent ; d’autres ont pensé que c’était un échantillon, un modèle destiné à faire connaître aux Israélites la forme de l’animal, de manière à ce qu’ils pussent le distinguer et l’éviter ; pour d’autres, le mouvement que se donnaient les Israélites mordus dans la campagne pour arriver au plus tôt en présence de l’image, était le véritable remède ; la course faisait transpirer, et le venin sortait avec la sueur, comme on dit en Italie que le mouvement de la danse guérit de la tarentule celui que la piqûre de cette araignée a affligé de la rage de la danse. D’autres, beaucoup plus simplement encore, prétendent que le serpent d’airain était l’enseigne de l’hôpital général où ceux qui avaient été mordus, étaient sûrs de trouver tout ce dont ils avaient besoin, médecins, médecines, infirmiers, etc. On voit que ces explications sont tout à fait naturelles et passablement ridicules.
Quelques Juifs en ont donné de plus recherchées, et ils expliquent la vertu du serpent d’airain par l’influence des constellations sous lesquelles il avait été fondu et travaillé. Mais la vraie vertu du remède, le vrai sens dans lequel doivent être prises les paroles de Moïse, nous est indiqué dans le chapitre même ; le peuple s’était repenti, Moïse avait supplié l’Éternel, et Dieu, pour guérir des blessures inguérissables, devait intervenir miraculeusement ; il ne mettait à la guérison de tous qu’une condition, la foi ; il guérissait par sa puissance tous ceux qui, en faisant acte de confiance, montraient qu’ils regrettaient leurs rébellions et leurs murmures passés. Le serpent d’airain n’était qu’une image, un signe visible ; mais comme il a plu à Dieu, même sous la nouvelle alliance, de rattacher à des signes visibles des grâces réelles, de même, la contemplation de ce signe, acte d’obéissance et de foi, procurait aux malades croyants la guérison de leurs corps. Le signe n’était rien en lui-même, et les Juifs, en s’en faisant une relique, voir Nehushtan, se sont montrés infidèles à leur foi ; Ézéchias a brisé la relique, Rome l’a raccommodée. Jean (3.14-15), nous apprend, quant à ce détail de l’histoire juive, ce que Paul nous dit de l’histoire juive tout entière (1 Corinthiens 10.41 ; Hébreux 3.4), que le serpent d’airain était un type de Jésus-Christ. Le venin est le symbole du péché qui donne la mort ; les serpents brûlants rappellent le serpent ancien qui est Satan, et Jésus, comme le serpent d’airain, de même forme et non de même nature, a dû être élevé, crucifié pour être vu de tous, et guérir tous ceux qui auraient confiance en lui.
Ajoutons encore ici quelques observations détachées.
1°. Satan est appelé le serpent ancien, le dragon (Apocalypse 20.2), parce qu’il prit la forme d’un serpent pour séduire nos premiers parents. La condamnation qui frappa l’animal est-elle juste ? Quelle est-elle ? Le serpent avait-il des pieds avant cette époque ? Le serpent se nourrit-il réellement de terre, etc. ? Bien des questions curieuses ont été faites, et il n’est pas nécessaire d’y répondre. Quant à la justice de la condamnation, l’on ne discute pas avec Dieu ; pourtant on peut dire que la complicité la plus indirecte établit déjà parmi les hommes une solidarité, et que Satan choisit le serpent, parce qu’il était le plus rusé des animaux ; être distingué par le diable, c’est une condamnation, comme être reconnu de Dieu c’est une grâce. Quant à la nature de la peine, il est probable que le serpent avait avant cette époque ses quatre pieds, dont on peut encore reconnaître les rudiments sous sa peau ; il ne paraît pas, quoique ce fût une opinion répandue chez les Grecs et les Romains, qu’aucun serpent mange de la terre ; dans sa condamnation (Genèse 3.14 ; Michée 7.17 ; cf. Ésaïe 65.25), il n’est pas dit qu’il mangera volontiers de la terre ; on peut entendre, au contraire, que la privation de ses pieds, le forçant de ramper, l’obligera souvent à avaler de la poussière malgré lui ; il y a cependant aussi une terre grasse et argileuse que certaines espèces de serpents aiment à manger.
2°. La ruse et la prudence du serpent sont indiquées dans l’Écriture comme des qualités qui le distinguent de tous les autres animaux (Genèse 3.1 ; Matthieu 10.16), et l’ancien Orient a développé cette même idée sous toutes les formes ; il n’est sorte de fables qu’on n’ait inventées ; le serpent a l’art de se rajeunir ; quand il boit, il jette sa première gorgée de peur de s’empoisonner ; il se bouche les oreilles pour ne pas entendre la voix de l’enchanteur (cf. Psaumes 58.4-5 ; etc.). Dans ce dernier passage, le psalmiste fait allusion aux préjugés reçus, sans entendre ni les partager, ni les confirmer. La docilité du serpent entre les mains des enchanteurs de l’Orient, aura aussi contribué à lui donner cette merveilleuse réputation de prudence et d’habileté.
3°. Le serpent a été autrefois l’un des principaux objets du culte et des superstitions païennes ; les Égyptiens l’employaient dans tous leurs symboles, dans la coiffure d’Osiris, autour de son sceptre, dans leurs représentations de l’Être suprême, etc. De même, chez les Grecs et les Romains, Anchise, devenu dieu, envoie un serpent goûter aux oblations mortuaires que lui offre son fils, le pieux Enée ; et deux serpents annoncent la ruine de Troie, puis se retirent sous le bouclier de Minerve après la mort de Laocoon. Esculape, le dieu de la médecine, était représenté sous la forme d’un serpent ; et le caducée, emblème de la paix, était un bâton, ou une croix, autour de laquelle deux serpents entrelaçaient leurs corps annelés. On a voulu faire intervenir la fable du dieu de la médecine dans l’explication des motifs qui dictèrent à Moïse le symbole destiné à guérir les Israélites mordus par les serpents du désert. Trop de gens sont encore tentés d’expliquer la Bible par la mythologie plutôt que par la Bible elle-même.
4°. Le passage Ésaïe 27.1, est traduit d’une manière peu claire et peu littérale dans nos versions, qui ont ajouté les mots dis-je pour donner de la clarté au sens, et n’ont fait que l’obscurcir. L’Éternel, y est-il dit, punira de sa forte épée trois nations qui, selon l’usage prophétique, sont représentées par autant d’animaux, le léviathan, serpent traversant (le crocodile qui désigne l’Égypte), le léviathan, serpent tortu (le serpent en général, qui paraît désigner l’Assyrie ou la Babylonie), et il tuera la baleine qui est dans la mer (ou à l’Occident, car le même mot désigne les deux choses ; ce serait l’empire d’Occident, la Rome païenne, et la Rome papale). Le mot léviathan est pris ici dans son sens le plus général, puis, il est déterminé deux fois par le mot serpent avec deux épithètes dont la seconde est facile à comprendre, mais dont la première n’a pas toujours été bien saisie : l’hébreu bariaoh signifie selon les uns s’enfuir, s’étendre, et on a traduit serpent fugitif, ou droit, ou encore traversant ; selon d’autres il se rapporte au mot verrou qui marque en général la raideur et l’inflexibilité, et il renfermerait une allusion aux mouvements gênés et raides du crocodile.
Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com
L’article dans BostDictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)
En latin serpens ; en grec ophis en hébreu nachasch. Les intérprètes ont fort raisonné sur la nature du premier serpent, qui tenta Ève. Quelques-uns ont cru qu’alors le serpent avait deux, ou quatre, ou plusieurs pieds ; mais il n’y a aucune apparence que cet animal ait jamais été autre qu’il est aujourd’hui ; et on ne peut douter que sous le nom de serpent on ne doive entendre le démon, qui se servit d’un serpent réel pour séduire la première femme. Dans la malédiction que Dieu donna au serpent, il lui dit : La postérité de la femme te brisera la tête (Genèse 3.15) ; parce qu’en effet le serpent ayant le cœur sous la gorge, et tout près de la tête, le moyen le plus sûr pour le tuer est de lui écraser ou de lui couper la tête. Plusieurs font consister sa principale finesse, ou sa prudence, comme parle l’Évangile (Matthieu 10.16), en ce qu’il expose tout son corps pour sauver sa tête.
Jésus, fils de Sirach, dit qu’il n’y a point de tête pareille à celle du serpent (Ecclésiaste 25.22) mais sous le nom de tête, en cet endroit, il faut entendre le venin, parce que l’hébreu rosch, qui signifie la tête, signifie aussi le venin du serpent (Deutéronome 22.33) que les uns mettent dans son fiel, les autres dans sa langue et les autres dans ses dents. L’Écriture, en différents endroits, s’exprime tantôt comme supposant que le fiel du serrent est son venin (Job 21.14). David semble le placer dans la langue (Psaumes 139.4) ; et Salomon dans ses dents (Proverbes 23.32) : Le vin entre agréablement ; mais à la fin il mord comme un serpent, et il répand son venin comme un basilic.
Une autre malédiction que Dieu donna au serpent, c’est qu’il se nourrirait de terre (Genèse 3.14). Isaïe dit de même que la nourriture du serpent est la poussière (Isaïe 65.25). Et Michée (Michée 7.17), : Ils lécheront la poussière de la terre comme les serpents. Il est pourtant vrai qu’ils mangent de la viande, des oiseaux, des grenouilles, du poisson, des fruits, de l’herbe, etc. Mais comme ils rampent continuellement sur La terre, il est impossible que leur nourriture ne soit souvent gâtée par la poussière et par la terre. Il y en a même qui mangent réellement de la terre dans la nécessité, ou du moins des vers de terre, qu’ils ne peuvent prendre qu’en avalant aussi de la terre.
La ruse, la prudence, les finesses du serpent, sont marquées dans l’Écriture comme des qualités qui le distinguent des autres animaux. Moïse (Genèse 3.1) voulant disposer l’esprit de son lecteur à entendre le récit de la tentation d’Ève, dit que le serpent était le plus fin de tous les animaux ; et Jésus-Christ recommande à ses apôtres d’avoir la prudence du serpent (Matthieu 10.16). On rapporte diverses marques de cette finesse du serpent. On dit que le céraste se cache dans le sable pour mordre le pied du cheval et pour renverser le cavalier. Jacob, dans la bénédiction qu’il donne à Dan (Genèse 49.17), fait allusion à cela.
Saint Épiphane rapporte quatre effets de la prudence du serpent.
1° Quand il est vieux, il a le secret de rajeunir, et de se dépouiller de sa vieille peau, en passant entre deux rochers.
2° Il se sauve quand il voit un homme vêtu, et il l’attaque quand il le voit nu. Mais il y a quelque apparence qu’il y a faute dans cet endroit de saint Épiphane, et qu’il a voulu dire tout le contraire ; car la plupart enseignent que le serpent craint l’homme nu, et attaque celui qui a ses habits.
3° Lorsqu’il est attaqué ; sa principale attention est de conserver sa tête ; ce qui est aussi attesté par un grand nombre d’auteurs.
4° Que quand il va boire à une fontaine, il vomit premièrement son venin, de peur de s’empoisonner lui-même en buvant. Cette remarque n’est pas avouée de tout le monde, quoiqu’elle ait grand nombre de défenseurs.
On raconte encore d’autres ruses du serpent ; par exemple, qu’il se bouche les oreilles, pour ne pas entendre la voix de l’enchanteur. Le Psalmiste (Psaumes 57.7) relève cette finesse de l’aspic : Aspidis surdoe, quoe obturat aures suas quoe non exaudiet vocem incantatium. On dit qu’il applique fortement une de ses oreilles contre terre, et bouche l’autre avec le bout de sa queue. Nous avons fait une Dissertation sur cela, qui est imprimée dans notre second tome sur les psaumes. Voyez aussi Bochart, de Anim sacr., part n, tome 3 chapitre 6 et les commentateurs sur le psaume 57.
D’autres disent que la finesse du serpent consiste dans son agilité et dans sa souplesse, ou dans ce qu’il a le secret de recouvrer la vue par le suc du fenouil. Enfin chacun propose sur cela ses conjectures.
Nous avons parlé en particulier des serpents dont il est fait mention dans l’Écriture, sous leurs articles. On connaît onze espèces de serpents parmi les Hébreux ; savoir :
1° Ephé, la vipère.
2° Chéphir, une sorte d’aspic, ou un lion.
3° Ascub, l’aspic.
4° Pethen, l’aspic.
5° Tzeboa, un serpent tacheté, nommé hyène par les Grecs et par les Égyptiens.
6° Tzimmaon ; selon saint Jérôme, c’est le serpent nommé dipsas, à cause de l’altération qu’il cause par sa morsure ; mais Bochart soutient qu’il ne signifie pas un serpent, mais un lieu aride et brûlé.
7° Tzepha ou Tziphoni, un basilic ; non ce serpent fabuleux dont on raconte tant de puérilités, mais le vrai regulus, ou basilic, qui est un serpent fait comme les autres, mais plus dangereux, et dont le poison est lins subtil. Voyez ci-devant basilic, et Bochart, de Animal sacr., pageu, tome 3 chapitre 9.X.
8° Le kippos que les Septante, saint Jérôme, le Chaldien, entendent de l’hérisson, mais que le même Bochart croit être le serpent nommé par les Grecs acontias c’est-à-dire le dard, ainsi nommé à cause qu’il saute fort loin et fort haut après sa proie. Voyez Bochart, de Animal sacr., part. 2.1.3 c. 2 et les auteurs qu’il a rapportés. [Voyez Acontias, et Serpent flèche].
9° Le schephiphon, que saint Jérôme a traduit par céraste (Genèse 49.17). Ce serpent est de la couleur du sable dans lequel il se cache, et où il attend sa proie. Le nom de céraste lui vient de ce qu’on lui voit des espèces de cornes de chair, ou deux éminences en forme de grains d’orge.
10° Le sachal, dont il est fait mention dans le psaume (Psaumes 90.13) : Super aspidem et basiliscum ambulabis, etc. : Vous foulerez aux pieds l’aspic et le basilic. Les Septante, le Syriaque et l’Arabe l’entendent ainsi. Bochart appuie leur sentiment, et montre que le nom de noir, car c’est la signification de sachal, convient à plusieurs serpents et en particulier à l’aspic, au dipsas, à l’hydre, etc. Mais la plupart des plus savants interprètes croient que le terme sachal signifie en cet endroit un lion, et non un serpent, et ce sentiment nous paraît beaucoup plus probable ; il est certain que ce nom hébreu signifie tout communément un lion noir, comme cet auteur le montre lui-même.
11° Le saraph est un serpent volant, et c’est le seul serpent que nous connaissions qui ait des ailes. Le nom de saraph signifie proprement brûler, et on croit qu’on lui a donné ce nom, ou à cause de sa couleur, ou à cause de l’ardeur et de l’altération qu’il cause par sa morsure. Hérodote, qui avait vu de ces serpents, dit qu’ils avaient assez de ressemblance avec celui que les Grecs et les Latins ont appelé hydre. Bochart s’étend fort pour prouver que c’étaient de véritables hydres. Le même Hérodote dit qu’il fut exprès à la ville de Butus pour voir ces serpents volants, dont il avait ouï parler. Il vit près de cette ville de grands amas d’os et d’échines de ces animaux, qui avaient été mis à mort et dévorés par les ibis. Le lieu, dit-il, où on les voit, est une gorge assez étroite qui s’ouvra du côté de l’Égypte. Lors donc qu’au commencement du printemps ces serpents veulent se jeter de l’Arabie dans l’Égypte, les oiseaux nommés ibis se jettent dessus, et en font périr un grand nombre. Les ailes de ces serpents ne sont pas de plumes, comme celles des oiseaux, mais semblables à celles des chauves-souris.
Il dit ailleurs que ces serpents ne sont pas grands ; qu’ils sont tachetés ou de diverses couleurs ; qu’il y en a une si grande quantité dans l’Arabie, que les hommes n’y pourraient pas subsister si la Providence avait permis qu’ils se multipliassent autant qu’ils le devraient naturellement : mais les Arabes racontent que la femelle fait mourir le mâle dans leur accouplement, et que les petits font mourir leur mère en naissant. Ils aiment les odeurs, et assiègent les arbres qui portent les aromates et les marais où croît la casse aromatique. Les Arabes les chassent d’autour des arbres par la fumée du styrax ; et pour aller cueillir la casse, ils se couvrent de peaux et s’enveloppent la tête, à l’exception des yeux ; puis vont dans ces marais, d’où ils chassent les serpents ailés, dont le vol a quelque chose de terrible et dont la morsure est très-dangereuse.
Nous nous sommes un peu étendus sur ces serpents nommés saraph dans l’Écriture (Nombres 21.9 Isaïe 6.2 ; 14.29 ; 30.6), parce que ce sont eux qui firent tant de dégat dans le camp d’Israël et qui firent mourir tant de monde dans le.désert. C’est un de ces saraph que Moïse fit élever dans le désert, et à la vue duquel les Israélites recouvrèrent la santé. On peut voir sur ce sujet Bochart, de Animal sacr., page I. 3 et Cicéron, I. 1, de Nalura deortum ; Méla, 3 chapitre ; Lucain, 1.4 ; Solin, chapitre 32 ; Ammien Marcellin, chapitre 22 ; AÉlien, tome 2 chapitre 38, et d’autres nouveaux, cités dans le même Bochart, qui parlent de ces serpents volants.
Serpent D’airain. C’est une figure du serpent saraph dont on vient de parler, que Moïse fit mettre au-dessus d’une pique (Nombres 21.9), assurant les Hébreux que tous ceux qui auraient été mordus des serpents et qui le regarderaient seraient guéris. L’effet suivit sa promesse. Le Sauveur, dans saint Jean (Jean 3.14), nous avertit que ce serpent ainsi élevé était une figure de sa passion et de son crucifiement. Ce serpent d’airain fut conservé parmi les Israélites jusqu’au temps du roi Ézéchias, qui, ayant appris qu’on lui rendait un culte superstitieux, le fit mettre en pièces et lui donna par dérision le nom de nohestan, c’est-à-dire, un certain je ne sais quoi d’airain (2 Rois 18.4). Voyez ci-devant Ézechias, Nohestan et l’article suivant.
Le Serpent flèche, nommé en grec acousias, est un serpent volant qui est appelé par les Turcs olcian ; on en voit souvent dans l’Archipel, et principalement dans l’île de Mételin, qui se battent en l’air, mais qui ne font point de mal aux hommes. C’est cette même espèce de serpents qui attaqua les Israélites dans le désert. Un savant anglais a prétendu que l’activité et l’éclat qui accompagnent ces animaux a servi d’emblème pour exprimer le zèle et la pureté des anges, qui sont nommés séraphitra dans l’Écriture, qui est le nom que les Hébreux donnent aux serpents dont, nous parlons. Il croit que les anges, lorsqu’ils ont apparu aux hommes, étaient revêtus de la forme des saraphs ou serpents volants ; que le démon parla à Ève sous là même forme, et que c’est ce qui la trornpa.et lui fit donner dans le piège, irnagina.nt que c’était un ange ou un séraphin ; il ajo.ute que c’est cela qui a donné origine à la bizarre pensée de quelques anciens hérétiques qui prétendaient que le serpent qui avait tenté Ève était le Fils de Dieu, ou le Christ fort différent de Jésus, et qu’elle l’avait cru comme tel. Mais laissons toutes ces rêveries.
Je crois qu’on peut mettre dans le même rang une autre opinion d’un savant qui s’est imaginé que le serpent d’airain était une espèce de talisman, c’est-à-dire, de ces pièces de métal qui sont fondues et gravées sous certaines constellations, d’où elles tirent une vertu extraordinaire de se faire aimer, de guérir les maladies ; les uns attribuent ces effets au démon, d’autres à la nature du métal et à l’influence de la constellation. Cet auteur voudrait donc faire croire que le Serpent d’airain élevé par Moïse guérissait les Hébreux, mordus des serpents de la même sorte que les talismans guérissent certaines maladies par la proportion qui se rencontre entre les métaux dont ils sont composés, ou les influences des astres sous lesquels ils sont formés, et la maladie qu’ils guérissent. Buxtorf au contraire çroit que la vue de ce serpent d’airain devait naturellement augmenter le mal des blessés, au lieu de le guérir, et que Dieu fit éclater doublement sa puissance en guérissant par un moyen qui devait produire un effet contraire. Mais il est inutile de multiplier ici les miraçles ; celui que Dieu produisit par le moyen du serpent d’airain, n’est que trop sensible.
On prétend garder à Milan, dans l’église de Saint-Ambroise, un serpent d’airain qu’on montre comme étant celui de Moïse ; mais on en croit ce que l’on veut. Le serpent qu’on représente toujours avec Esculape et avec la déesse Santé, et souvent avec les divinités égyptiennes, est un symbole de la guérison, et de la santé, venu peut-être du serpent d’airain de Moïse.
Le culte du serpent est connu dans toute l’antiquité païenne. Le démon, q.ui tenta la première femme sous la figure d’un serpent, a pris plaisir de diviniser cet animal comme un trophée de sa victoire sur les hommes. Les Babyloniens, du temps de Daniel, adoraient un dragon que ce prophéte fit mourir (Daniel 14.26). On sait le culte qu’on rendait, au serpent à Epidaure, la manière prétendue miraculeuse dont il fut amené à Rome. Les Égyptiens représentaient quelquefois Leurs dieux avec des corps de serpents, et rendaient un culte superstitieux à ces animaux si odieux et si dangereux. Ils les appelaient les bons démons et les, regardaient comme le symbole de la médecine, du soleil, d’Apollon ; on les mettait au char de Cérès et de Proserpine. Hérodote dit que de son temps on voyait près de Thèbes des serpents privés et consacrés à Jupiter. Ils ne font mal. à personne ; après leur mort on les enterre dans le temple de Jupiter. C’étaient des cérastes ; ils avaient deux cornes et étaient assez petits.
Élien parle d’un dragon sacré qu’on nourrissait en Phrygie dans un bois consacré à Diane ; il parle aussi des serpents domestiques qui étaient dans les maisons des Égyptiens, qu’on y nourrissait et qui étaient regardés comme des divinités domestiques ; et d’un autre serpent adoré dans une tour à Mélite en Égypte. Il avait un prêtre et des officiers : on lui servait tous les jours sur, une table ou un autel de la farine détrempée avec du miel, qui se trouvait mangée le lendemain. Encore aujourd’hui les serpents sont honorés dans le Calicut ; les rois et les bramins les regardent comme des animaux créés de Dieu pour affliger les hommes et les punir de leurs péchés.
Les ophites tiraient leur nom d’ophis, qui en grec signifie un serpent. Ces anciens hérétiques, adoraient le serpent qui séduisit Ève, et attribuaient à cet animal toutes sortes de sciences lis croyaient qu’il en était l’auteur et le maître. En un mot, ils prétendaient que le serpent qui tenta Ève était le Christ qui dans la suite descendit et s’incarna dans Jésus ; que c’était Jésus et non le Christ qui avait souffert. C’est pourquoi ils faisaient renoncer Jésus à tous ceux qui entraient dans leur secte. Lorsque leurs prêtres célébraient leurs mystères, ils faisaient sortir d’un trou l’un de ces animaux, et aprés qu’il s’était roulé sur les choses qui devaient s’offrir en sacrifice, ils disaient que Jésus-Christ les avait sanctifiées, et les donnaient au peuple qui les adorait.
Serpent long comme une barre, serpens rectis. Ce serpent se trouve en deux endroits dans l’Écriture : 1° dans Isaïe (Isaïe 27.1) l’Héhreu : Nachas beriach, et nachas aklaton, Job (Job 26.13) parle du même serpent ; mais saint Jérôme a traduit l’hébreu par serpentem tortuosum. Quelques-uns rendent l’hébreu nachas beriach par serpent fuyant, ou serpent fermant, comme une barre qui ferme la porte. Bochart croit que ce serpent vectis n’est autre que la baratelle, poisson connu dans Oppien, Élien, Galien, Suidas, sous le nom de zygœna. Il n’a la tête ni ronde, ni haute, ni plate, ni eu pointe, mais élargie des deux côtés et étendue transversalement comme une barre. On sait que les Hébreux rangent les poissons parmi les reptiles et parmi les serpents, et que le crocodile ou léviathan est aussi mis de ce nombre.
Serpent
Se prend pour le démon. Le serpent invisible qui tenta Ève par l’organe du serpent sensible était le démon, comme l’Écriture et tous les commentateurs le remarquent. Quelques-uns expliquent aussi du démon ce que Job (Job 26.13 Isaïe 27.11) dit du serpent tortueux et ce que dit Isaïe du serpent vectis. Voyez l’article précédent. Saint Jean, dans l’Apocalypse (Apocalypse 12.9-14), marque clairement que le serpent ancien est le démon et Satan : Draco ille magnus, serpens antiquus, qui vocatur diabolus et Satanas, et seducit universum orbem. Les Juifs appellent aussi le démon l’ancien serpent.
Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com
L’article dans CalmetDictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)
Au moins huit mots dans l’Ancien Testament, trois dans le Nouveau Testament, s’appliquent à des serpents : ce nombre témoigne de leur grande quantité en Orient. Les termes grecs sont traduits exactement dans nos versions ; les termes hébreux le sont beaucoup moins, étant d’ailleurs moins précis.
1.
Le plus fréquent, nâkhach (Genèse 3.1 ; Genèse 3.3 etc.), n’implique aucune distinction d’espèce. En Palestine, pays sec et chaud qui convient à merveille aux serpents, on n’en compte pas moins de 33 variétés. Quelques-uns ont des livrées magnifiques ; presque tous sont de taille moyenne ; la plupart sont inoffensifs. Les serpents venimeux sont : le terrible cobra égyptien (naja haje), deux vipères (vipera Euphratica et vipera ammodytes), un daboia (daboia xanthina) et le dangereux echis arenicola, spécial aux régions chaudes et sèches. Tous ces ophidiens, sauf le daboia, appartiennent à la faune du pourtour méditerranéen.
2.
Le pèthèn figure dans six passages (Deutéronome 32.33 ; Job 20.14-16 ; Psaumes 58.5 ; Psaumes 91.13 ; Ésaïe 11.8) il y apparaît comme un serpent venimeux distinct, gîtant dans les trous, recherché par les charmeurs de serpents. C’est probablement le cobra égyptien (naja haje), commun en Palestine méridionale. Il a la faculté de gonfler son cou et, quand il est excité, il se dresse sur sa queue pour s’élancer : les monuments égyptiens le représentent souvent dans cette attitude. Il symbolise l’immortalité ; il est aussi l’emblème de la déesse protectrice de la vallée du Nil et de l’univers. Un globe ailé flanqué de deux cobras surmonte l’entrée des temples égyptiens. L’art du charmeur remonte à la plus haute antiquité ; il est encore pratiqué en Afrique et dans l’Inde. On attire le cobra par les sons aigus d’une flûte, les seuls perceptibles à son ouïe imparfaite ; dès que l’animal a quitté son trou, on le saisit par l’extrémité de la queue et on le tient à bout de bras, posture dans laquelle il ne peut ni se retourner ni mordre ; quand il s’est épuisé en vains efforts, on le lance dans une corbeille. La mélodie se poursuit. Quand il se dresse et fait mine de s’élancer, on rabat le couvercle. La bête finit par rester tranquille sur sa queue, se balançant de droite à gauche et de gauche à droite aux sons de l’instrument. Aussitôt que le reptile manifeste de l’inquiétude, on lui enlève ses crochets. Mais, comme ils repoussent vite, les charmeurs opèrent en général avec des sujets offensifs. Ce métier exige du sang-froid, de la dextérité, une grande douceur dans le maniement des animaux ; il est des plus dangereux et fait souvent des victimes (cf. Siracide 12.13). Certaines espèces d’ophidiens sont absolument réfractaires à l’apprivoisement ; les cobras sont les plus faciles à dompter, mais il se trouve parmi eux des individus indomptables. Le serpent « sourd », de Psaumes 58.5, est celui qui ne se laisse pas apprivoiser. En réalité, il n’existe pas de serpents sourds ; seulement l’ouïe de ces reptiles est peu développée, surtout du fait que leur système auditif est dépourvu de pavillon extérieur. On prétend que les jongleurs, en serrant le cou du cobra, parviennent à le faire tomber en catalepsie, à le rendre aussi rigide qu’un bâton (cf. Exode 4.1 ; Exode 4.5 etc.).
3.
Le chephîphân, nommé une seule fois dans l’Ancien Testament (Genèse 49.17), est le siffoun des Arabes ou vipère cornue (cérastes Haselquistii). Il doit cette épithète à deux protubérances qui surmontent ses yeux. Il est long de moins de 50 cm., grisâtre avec des taches sombres irrégulières. En Afrique il habite l’Égypte, l’Abyssinie, le Sahara, en Asie l’Arabie Pétrée et la Palestine méridionale, de préférence dans les déserts sablonneux. Il se cache dans les trous des chemins (ornières, empreintes) et se jette sur tout passant. Il inspire aux chevaux la plus vive terreur ; dès qu’ils aperçoivent un céraste, ils tremblent de tous leurs membres et refusent d’avancer ! Cette vipère est très venimeuse : sa morsure fait mourir un homme en trente minutes. Son attaque sans provocation la rend plus redoutable que le cobra. Les Danites lui sont comparés pour leurs procédés de guerre : embuscade, agression précipitée. On suppose que c’est le genre de serpents qui envahit le campement des Hébreux au désert ; voir (Nombres 21.6) ci-dessous, paragraphe 8. L’aspic de Cléopâtre était probablement un céraste.
4.
Le terme ahchoub ne figure également qu’une fois dans l’Ancien Testament (Psaumes 140.4) ; sa signification est difficile à déterminer : il n’a pas d’équivalent en arabe et son étymologie ne précise rien. Saint Paul en citant ce passage (Romains 3.13) rend le mot hébreu par le grec aspis, terme qui peut s’appliquer à l’une des deux autres vipères de la faune palestinienne (vipera Euphratica et vipera ammodytes)
5.
Tsèpha, tsipheânt, qui se retrouvent cinq fois dans l’Ancien Testament (Proverbes 23.32 ; Ésaïe 11.8 ; Ésaïe 14.29 ; Ésaïe 59.5 ; Jérémie 8.17), pourraient représenter la vipère jaune (daboia xanthina), la plus grande, et la plus redoutable pour sa taille et ses habitudes nocturnes.
6.
Le mot èpheèh (arabe afa), cité trois fois dans l’Ancien Testament (Job 20.16 ; Ésaïe 30.6 ; Ésaïe 59.5). et généralement rendu par vipère, désignerait d’après Tristram celle des sables (echis arenicola), très commune dans les régions désertiques de l’Afrique du nord, de l’Arabie et de la Syrie. De petite taille (environ 30 cm.), elle est très venimeuse mais moins redoutable que le cobra ou le céraste.
7.
Le qippôz, mentionné une seule fois (Ésaïe 34.15), est bien un serpent, mais on ne saurait préciser lequel.
8.
Le nom de sârâph (Nombres 21.6-8 ; Deutéronome 8.15), serpent brûlant, fait allusion à la sensation produite par sa morsure. La presqu’île Sinaïtique compte plusieurs espèces de serpents venimeux, et il est difficile de désigner à coup sûr celle à laquelle ce terme convient ; mais on y voit généralement le céraste (paragraphe 3 ; voir Serpent d’airain). Le sârâph volant de Ésaïe 14.29 ; Ésaïe 30.6 n’a rien de commun avec celui du Sinaï ; c’est un animal fabuleux. En plus de ces expressions qui s’appliquent exclusivement à des ophidiens, certains termes imprécis peuvent en divers passages désigner des serpents. Ainsi :
- Thannîn signifie serpent (Exode 7.9 ; Exode 7.10 ; Exode 7.12), certainement un de ces serpents venimeux que les magiciens égyptiens avaient l’habitude de charmer. Peut-être a-t-il le même sens dans Deutéronome 32.33 ? Ailleurs il est rendu par monstre marin ou grand poisson (Genèse 1.21 ; Job 7.12 ; Psaumes 148.7 ; Ésaïe 27.1, etc., Version Synodale) ou par dragon (Psaumes 91.13 ; Jérémie 51.34, Version Synodale) ; dans les passages où il est question de l’Égypte, il désigne probablement le crocodile ; voir (Psaumes 74.13 ; Ésaïe 51.9 ; Ézéchiel 29.3 ; Ézéchiel 32.2) Crocodile, Dragon.
- Les expressions zôkhalé âphâr = rep- tiles de la poussière (Deutéronome 32.24), zôkhalé èrèts = reptiles du sol (Michée 7.17), désignent ou comprennent aussi des serpents.
- La ville de Nahas ou du Serpent (1 Chroniques 4.12), le rocher de Zohéleth ou du Reptile (1 Rois 1.9) gardaient peut-être dans leurs noms le souvenir d’un culte cananéen primitif.
Dans le grec du Nouveau Testament, ophis s’applique aux serpents en général, échidna à tous les serpents venimeux (Matthieu 3.7, etc.). La « vipère » de saint Paul à Malte (Actes 28.3) est généralement identifiée à la vipera aspis, répandue dans toutes les grandes îles méditerranéennes, et aujourd’hui disparue de Malte ; toutefois, d’après Ramsay (Luke the Physician, London 1908, pages 63ss), il faudrait y voir un petit serpent constrictor, ressemblant beaucoup à une vipère mais sans crochets à venin, qui se fixe solidement par les mâchoires et reste suspendu au membre attaqué sans pourtant en endommager la peau : le texte dit précisément « s’attacha à sa main » (kathêpsen) et non « la mordit ». Pour l’aspis de Romains 3.13, voir plus haut, paragraphe 4. Dans les LXX, le basilikos (signifiant : [serpent] royal) est sans doute l’uraeus doré qui ornait la couronne pharaonique. Le nom de basilic, qui pour l’antiquité représentait un reptile fabuleux, est employé dans quelques anciennes versions comme synonyme de vipère ou d’aspic.
La Bible, en dehors des traits relevés ci-dessus, tire des applications figurées : des cachettes des serpents dans les trous des murailles (Amos 5.19, Ecclesiaste 10.8) ; de leurs œufs à l’éclosion dangereuse (Ésaïe 59.5) ; de leur venin, souvent attribué par l’erreur populaire à la piqûre de leur langue (Job 20.16) ; de leur reptation qui semble les condamner à lécher la poussière (Genèse 3.14 ; Ésaïe 65.25 ; Michée 7.17), et qui ne laisse aucune trace derrière eux (Proverbes 30.19) ; dé leur voisinage effrayant, symbole des châtiments de Dieu (Siracide 10.11 ; Siracide 25.16 ; Siracide 39.30 ; Sagesse 17.9). Considéré comme le plus rusé des animaux (Genèse 3.1), il représente le Tentateur dans le récit de la chute (voir ce mot), la tentation à fuir (d’après Siracide 21.2). Jésus fait plusieurs allusions au péril mortel du serpent, des vipères (Matthieu 7.10 parallèle Luc 11.11; Luc 10.19 ; Marc 16.18), où il voit après Jean-Baptiste une image saisissante de la funeste méchanceté des Pharisiens formalistes (Matthieu 3.7 parallèle Luc 3.7 ; Matthieu 12.34 ; Matthieu 23.33). En une occasion, cependant, il donne en exemple à ses disciples la « prudence » du serpent (Matthieu 10.16), — précaution pour ne pas s’exposer, habileté à se dissimuler et à s’échapper ; mais en ajoutant aussitôt l’exemple complémentaire : simplicité de la colombe (voir ce mot), il indique bien la nécessité d’un correctif à l’emblème du serpent, qui demeure malgré tout péjoratif.
Le serpent a joué un grand rôle dans les antiques cosmogonies (voir ce mot), en Égypte, Caldée, Perse ; l’allusion d’Amos (Amos 9.3) au serpent qui habite le fond de la mer pourrait viser le mythe babylonien de Tiâmat. Le serpent apparaît souvent dans l’histoire des religions comme l’emblème du mal (Bible : Genèse 3 ; Apocalypse 12.9 ; Apocalypse 12.14 et suivant ; Zoroastrisme), ou comme un mystérieux être malfaisant à apaiser par offrandes et cultes (fétichisme, taoïsme, hindouisme, Égypte [cf. Sagesse 11.15], Grèce, etc.) ; c’est quelquefois un attribut, tenu dans la main des statues d’Astarté ; il est aussi associé à la médecine et à la pharmacie : temple d’Esculape, caducée de Mercure, etc. (voir article suivant).
E.D. et Jean Laroche
Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com
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