Dictionnaires bibliques
Sanhédrin
Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Sanhédrin », un article après l’autre.
Dictionnaire de la Bible (Bost)
C’était, vers le temps de Jésus, le tribunal suprême des Juifs, celui qui jugeait en dernier ressort. Il siégeait à Jérusalem, et se composait de soixante et onze membres, sacrificateurs ou anciens, pharisiens, sadducéens, scribes, qui se réunissaient sur la convocation et sous la direction d’un président, lequel pouvait être, et était ordinairement, le souverain sacrificateur. Un vice-président et deux ou trois secrétaires complétaient le bureau du tribunal (Matthieu 26.57 ; Marc 15.1 ; Luc 22.4 ; Actes 5.21-27, 34 ; 23.6). À la droite du président (hannasi, le prince), siégeait le vice président ; à sa gauche, selon quelques auteurs, siégeait un membre du conseil qui portait le nom de sage par excellence, et Vitringa pense que c’est à cette fonction que notre Seigneur fait allusion lorsqu’il appelle Nicodème un maître en Israël, magister ; mais rien ne confirme ou ne justifie cette tradition. On peut en dire autant des soixante-dix langues que chaque membre du sanhédrin était, dit-on, obligé de comprendre (Gem. Sanhedr) ; cette vaste science se réduisait évidemment à des proportions plus humaines, et doit s’entendre soit, en général, de connaissances solides et étendues, soit surtout de l’intelligence du texte sacré (Hartmann).
Dans des cas pressants, le conseil s’assemblait dans la maison de son président (Matthieu 26.3) ; mais, hors de là, il se réunissait journellement dans une salle des sessions, située aux alentours du temple, du côté du midi. Plus tard, dans les quarante années qui précédèrent la chute de Jérusalem, il se réunit à Hanoth, dans certaines demeures (tabernœ) situées, selon les rabbins, sur la montagne du temple en descendant ; de là, il descendit plus bas encore dans la ville de Jérusalem, et, s’éloignant toujours plus du temple, il se fixa à Jéricho, puis à Usa, puis ailleurs, et enfin à Tibériade, où il demeura jusqu’à son entière extinction. Ce tribunal décidait seul des questions de droit qui pouvaient s’élever entre tribus ; les rois, les grands prêtres, les faux prophètes, les cas de guerre volontaire et de blasphème, appartenaient également à la connaissance de ce tribunal, et de lui seul.
Les accusés et les témoins étaient entendus, et, suivant les cas, le sanhédrin prononçait, soit l’une des quatre peines capitales, le feu, la corde, la décapitation et la lapidation, ou la peine du fouet (Matthieu 26.60 ; Actes 4.7 ; 5.40 ; 6.13). Jésus comparut devant ce tribunal comme faux prophète et faux Messie ; Pierre, comme thaumaturge, s’attribuant des forces divines ; Jean, comme faux prophète et séducteur du peuple ; Étienne, comme blasphémateur ; Paul, comme enseignant de fausses doctrines (Jean 11.47 ; Actes 4.8 ; etc.). Le droit d’arrestation était naturellement dans les attributions de ce conseil, et l’on voit, par Actes 9.2, qu’il s’étendait au-delà des limites de la Palestine.
Relativement à l’exercice de la justice criminelle, on a trouvé dans Jean 18.31, le texte de nombreuses difficultés ; malgré la précision des termes, portant que les Juifs (le sanhédrin) n’avaient pas le droit d’appliquer la peine de mort, plusieurs interprètes ont contesté ce fait, et n’y ont voulu voir qu’un échappatoire des Juifs pour se soustraire à la responsabilité du crime qu’ils voulaient pouvoir rejeter sur Pilate. Le passage (Matthieu 10.17), ne prouve rien dans cette question, ni pour, ni contre, et, quanta la condamnation d’Étienne, elle porte les caractères d’une vengeance populaire plutôt que ceux d’un jugement régulier. La tradition rabbinique est unanime à dire que, quarante ans avant la destruction de Jérusalem, le sanhédrin avait été dépouillé par les procurateurs du droit de vie et de mort, et Josèphe (Antiquités judaïques 20.9-1) raconte que lors de l’exécution de Jacques le Juste, quelques-uns des meilleurs membres de ce corps accusèrent le souverain pontife Anne auprès du procurateur Albinus, comme ayant outrepassé ses pouvoirs et sa compétence, en prononçant la peine de mort.
Ajoutons que si les paroles (Jean 18.31), n’ont pas le sens qu’on leur donne ordinairement, elles n’en ont aucun ; que si elles expriment une idée fausse, on ne comprend pas que ceux qui les ont prononcées aient osé le faire, et enfin que le silence de Pilate, en présence de cette réponse des Juifs, serait inexplicable si les Juifs avaient avancé un fait faux, lorsqu’il avait lui-même le plus grand intérêt à se débarrasser d’une affaire qui engageait sa responsabilité sans lui rapporter ni profit ni honneur. Il faut donc admettre que, du temps de notre Seigneur, le sanhédrin était dépouillé du droit de prononcer une condamnation à mort, quoique les causes qui pouvaient la provoquer fussent encore de son ressort, et qu’il fût chargé de l’instruction du procès pour les délits ou les crimes ecclésiastiques qui devaient être jugés d’après les principes de la loi mosaïque. Au reste, le grand sanhédrin n’était pas seulement une cour de justice, mais encore le pouvoir suprême en matière de législation et d’administration ecclésiastique ; il fixait le commencement des nouvelles lunes, et veillait, d’une manière générale, à tout ce qui concernait les besoins et l’exercice du culte.
Les talmudistes font remonter l’origine du grand sanhédrin à Moïse, qui, dans le voyage du désert (Nombres 11.16), nomma un collège de soixante-dix anciens chargés de le seconder dans l’administration de la justice, et dans l’application des règlements de la police juive ; ils prétendent que Esdras, après le retour de l’exil, pourvut à la réorganisation de cette assemblée. Mais il est probable que les fonctions de ce collège cessèrent avec l’entrée des Israélites en Canaan ; on n’en parle plus dans les saints livres, et l’on ne comprend pas, en effet, quel rôle il eût joué sous les juges et sous les rois, qui avaient un état civil bien organisé, des juges, des préfets, etc. La tradition rabbinique ne vient sans doute, comme tant d’autres, que du désir de donner à une institution nationale le lustre d’une haute antiquité. C’est au temps d’Antipater et d’Hérode que se rapporte la première mention qui est faite du sanhédrin (Josèphe, Antiquités judaïques 14.9-4) ; il était cependant plus ancien, et l’on doit convenir que le collège des anciens de Moïse a pu fréquemment être pris pour modèle d’une institution de ce genre ; car, avant l’exil déjà, le roi Josaphat avait établi à Jérusalem un tribunal supérieur de soixante-dix juges, composé de prêtres et de lévites (2 Chroniques 19.8). Les livres des Macchabées (2 Maccabées 1.10 ; 4.44) l’appellent le sénat (la vieillesse), et le font remonter aux temps de la domination séleucide, peut-être avec raison ; mais il n’est guère probable que les anciens mentionnés (1 Maccabées 7.33 ; 12.35 ; 13.36) aient eu, comme le pensent quelques-uns, aucun rapport avec le sanhédrin.
De plus petits collèges du même nom, de petits sanhédrins de vingt-trois membres, doivent avoir été établis dans toutes les villes de la Judée qui comptaient plus de cent vingt habitants (ou familles ?), pour juger tous les cas de blessures, d’homicides etc. ; il y en avait deux à Jérusalem même. Toutefois Josèphe n’en parle pas, non plus que du tribunal des trois, qui était chargé de s’occuper des petites causes, de régler les affaires d’argent, de statuer sur les dommages causés, etc. Il parle plutôt d’un tribunal de sept membres, dont deux au moins de la tribu de Lévi, établi dans les villes de province, et auquel il serait fait allusion (Matthieu 5.22 ; 10.17 ; Marc 13.9 ; 14.55 ; etc.). Ces petits sanhédrins ne pouvaient prononcer au-delà de quarante coups de fouet.
Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com
L’article dans BostDictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)
Ou Senhedria, mot corrompu, et formé sur le grec synédrion, qui signifie assemblée, comme celles des parlements et des cours souveraines, où plusieurs juges et plusieurs conseillers s’assemblent pour juger les grandes affaires. Les Juifs nomment sanhédrin, ou Beth-din, maison du jugement, une compagnie de soixante et dix, sénateurs qui s’assemblaient dans une salle du temple de Jérusalem et qui y décidaient les plus importantes affaires de la nation. Le chef de cette assemblée était appelé Nasi, ou prince ; son lieutenant, Ab-bethdin, père de la maison du jugement, et son sous-lieutenant, Chacam, c’est-à-dire, sage. Les autres se nommaient anciens, ou sénateurs. La salle où ils s’assemblaient était sphérique. La moitié était bâtie au dedans du temple, et l’autre moitié au dehors ; c’est-à-dire, qu’il y avait un demi-cercle de la salle qui était au dedans de l’enceinte du temple, et comme il n’était jamais permis de s’asseoir dans le temple, ils disent-que c’est là où les parties demeuraient debout. L’autre moitié ou l’autre demi-cercle de la salle s’étendait hors du lieu saint, et c’est là où les juges étaient assis.
Le Nasi ou prince était sur un trône au fond de la salle, ayant le lieutenant à sa droite et son sous-lieutenant à sa gauche. Les autres sénateurs étaient rangés de suite à ses deux côtés. Cette salle était appelée Liscath-haggazith, la salle au pavé de pierres, et quelques-uns croient que c’est elle qui est nommée dans saint Jean (Jean 19.13) lithostatos, pavée de pierres. Ils supposent, ce qui ne me paraît nullement probable, que les Juifs accusateurs de Jésus-Christ, n’ayant pas voulu entrer dans le prétoire, de peur de se souiller, Pilate eut la, complaisance de se transporter au sanhédrin pour écouter leurs accusations contre le Sauveur.
Les rabbins prétendent que le sanhédrin, a toujours subsisté dans leur nation depuis Moïse jusqu’après la ruine du temple par les Romains. Ils en trouvent l’établissement dans ce qui arriva dans le désert, quelque temps après que le peuple fut parti de Sinaï (Nombres 11.16). Moïse, rebuté par les murmures continuels des Israélites, s’adressa à Dieu, pour le prier de le décharger au moins d’une partie du poids du gouvernement. Alors le Seigneur lui dit : Assemblez-moi soixante et dix des anciens d'Israël ; vous les mènerez l’entrée du tabernacle, je vous y apparaîtrai, et je prendrai de l’esprit qui est en vous pour le leur communiquer, afin qu’ils vous aident à porter le poids du gouvernement. Le Seigneur répandit donc de son esprit sur ces hommes, qui commencèrent dès lors à prophétiser, et qui ne cessèrent plus depuis ce temps-là. Le sanhédrin était composé de soixante et dix conseillers, six de chaque tribu, et Moïse, comme président, faisait le soixante et onzième. Pour montrer une succession non interrompue des juges du sanhédrin, il n’y a rien que ses partisans ne mettent en œuvre. Ils le trouvent où d’autres n’en voient pas même l’ombre et l’apparence. On peut voir Grotius en plusieurs endroits de ses commentaires sur l’Écriture, et dans son premier livre de Jure belli et pacis, et Selden dans son grand ouvrage divisé en trois volumes, où il traite de Synedriis veterum Hebrœorum. Enfin on peut voir notre Dissertation sur la police des anciens Hébreux, imprimée à la tête de notre Commentaire sur les Nombres.
Quant aux qualités personnelles des juges de cette compagnie, leur naissance devait être pure. Souvent on les prenait de la race des prêtres ou des lévites, ou du nombre des juges inférieurs, ou du petit sanhédrin, qui n’était que de vingt-trois juges (Voyez l’article Juges). Ils devaient être savants dans la jurisprudence de la loi écrite et non écrite. Ils étaient obligés d’étudier la magie, la divination, les sortilèges, la médecine, l’astrologie, l’arithmétique et les langues. Les Juifs disent qu’ils devaient savoir jusqu’à soixante et dix langues ; c’est-à-dire, qu’ils les devaient savoir toutes ; car les Hébreux n’en reconnaissaient que soixante et dix, et peut-être en admettaient-ils un trop grand nombre. On excluait du sanhédrin les eunuques, à cause de leur cruauté ; les usuriers, les décrépits, les joueurs de jeu de hasard, ceux qui avaient des difformités corporelles, ceux qui dressaient des pigeons à en appeler d’autres dans les colombiers, et ceux qui faisaient trafic de fruits dans l’année sabbatique. Quelques-uns en excluent aussi le grand prêtre et le roi, à cause de leur trop grand pouvoir ; mais d’autres veulent que les rois y aient toujours présidé, tandis qu’il y en eut dans Israël. Enfin on voulait que les membres du sanhédrin fussent d’un âge mûr, riches et bien faits de corps et de visage. Nous parlons suivant l’idée des rabbins, sans prétendre garantir leurs sentiments. Nous nous en sommes assez expliqués dans la dissertation ci-devant citée.
L’autorité du grand sanhédrin était immense. Cette compagnie jugeait des grandes causes qui lui étaient portées par appel des tribunaux inférieurs. Le roi, le grand prêtre, les prophètes, y étaient soumis. Si le roi péchait contre la loi, par exemple, s’il épousait plus de dix-huit femmes, s’il avait trop de chevaux, s’il amassait trop d’or ou d’argent, le sanhédrin le faisait dépouiller et fouetter en sa présence. Mais la peine du fouet n’était pas, dit-on, ignominieuse parmi les Hébreux et le roi prenait ce châtiment par forme de pénitence, et choisissait lui-même celui qui devait lui donner les coups. Les affaires générales de la nation étaient aussi portées au sanhédrin. Le droit de juger à mort était réservé à cette compagnie, et ce jugement ne pouvait se prononcer ailleurs que dans la salle nommée Laschat-Haggazith ; d’où vient que les Juifs quittèrent cette salle, dès que le droit de vie et de mort leur fut ôté, quarante ans avant la destruction de leur temple, et trois ans avant la mort de Jésus-Christ.
Du temps de Moïse, cette assemblée se tenait à la porte du tabernacle du Témoignage. Depuis que le peuple fut en possession de la terre promise, le sanhédrin suivit le tabernacte. On le vit successivement à Galgal, à Silo, à Cariathïarim, à Nobé, à Gabaon, dans la maison d’Obédédoni ; et enfin il fut fixe à Jérusalem jusqu’à la captivité de Babylone. Durant la captivité, il subsista à Babylone. Au retour de Babylone, il demeura à Jérusalem jusqu’au temps des sicaires ou des assassins. Alors voyant que ces malheureux, dont le nombre se multipliait tous les jours, évitaient quelquefois la mort par la faveur du président ou des juges, on le transporta à Hanoth, qui était certaines demeures situées, disent les rabbins, la montagne du Temple. De là il descendit dans la ville de Jérusalem, en s’éloignant toujours petit à petit du temple. Après il alla à Jamnia, et successivement à Jéricho, à Usa, à Sép, liarvaïm, à Bethsanim, à Séphoris, et enfin à Tibériade, où il demeura jusqu’à son entière extinction. Voilà à-peu-près ce que les Juifs nous apprennent du sanhédrin.
Mais les savants ne conviennent pas de tout cela. Le père Pétau ne fixe le commencement du sanhédrin que sous Gainnius, gouverneur [lisez procurateur] de la Judée, qui établit des tribunaux dans les cinq principales villes de Judée ; à Jérusalem, à Gadare, à Arnathus, à Jéricho et à Séphora ou Séphoris, ville de Galilée. Grotius en met le commencement sous Moïse avec les rabbins ; mais il en fixe la fin au commencement du règne d’Hérode. M. Basnage dans son Histoire des Juifs, avait d’abord cru que le sanhédrin avait commencé sous Gabinius ; mais ensuite il le mit sous Judas Machabée, ou sous son frère Jonathas (1 Machabées 12.6). En effet, sous Jonathas Machabée, en 3860, nous voyons le sénat avec le grand prêtre qui envoient des ambassadeurs aux Romains. Les rabbins disent qu’Alexandre Jannée, roi des Juifs, de la race des Asmonéens, comparut devant le sanhédrin et voulut s’y asseoir malgré les sénateurs. Josèphe nous apprend qu’Hérode, n’étant encore que gouverneur de Galilée, fut cité devant le sénat et y comparut. Il faut donc avouer que le sanhédrin subsistait avant le règne d’Hérode. Il subsista encore depuis, ainsi qu’on le voit dans l’Évangile et dans les Actes. Jésus-Christ, dans saint Matthieu (Matthieu 5.22), distingue deux tribunaux : Celui qui se mettra en colère contre son frère sera coupable du jugement (c’est, dit-on, le tribunal des vingt-trois juges) ; et celui qui lui dira raca sera jugé devant le conseil, devant le grand sanhédrin, qui avait droit de vie et de mort, au moins ordinairement et avant qu’il lui eût été ôté par les Romains. Il y en a qui croient que le conseil des vingt-trois juges avait aussi ce droit ; mais il est certain que le sanhédrin était au-dessus de ce tribunal de vingt-trois juges. Voyez aussi saint Marc (Marc 23.9 ; 14.55 ; 15.1), et saint Luc (Luc 22.52-66) ; saint Jean (Jean 11 ; Actes 4.15 5.21), où il est parlé du synédrion.
De tout cela on peut conclure que l’origine du sanhédrin n’est nullement certaine ; car les soixante et dix anciens établis par Moïse n’étaient pas proprement ce que les Hébreux entendent sous ce nom. De plus on ne voit pas que cet établissement ait subsisté ni sous Josué, ni sous les juges, ni sous les rois. On n’en trouve rien après la captivité, jusqu’au temps de Jonathas Machabée. [Voyez Anciens d’Israël]. Les tribunaux établis par Gabinius étaient encore fort différents du sanhédrin. Celui-ci devait être unique et fixé à Jérusalem. Gabinius en établit cinq dans cinq villes différentes, et ces tribunaux ne paraissent pas avoir été subordonnés les uns aux autres. Enfin il est certain que ce sénat subsistait du temps de Jésus-Christ, et lorsque saint Matthieu, saint Marc, saint Luc et saint Jean écrivaient, puisqu’ils en parlent dans leurs écrits : mais les Juifs nous apprennent eux-mêmes (Jean 18.31) qu’alors ils n’avaient plus le droit de vie et de mort. Voyez les auteurs que nous avons cités auparavant sur cette matière.
Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com
L’article dans CalmetLexique de la Bible (Lelièvre)
Ce nom, dérivé du grec sunedrion (lieu où l’on siège ensemble), n’apparaît pas dans l’Ancien Testament et il n’est pas prouvé que dans le Nouveau il désigne, comme quelques-uns le croient, la même cour de justice dont l’établissement, par Josaphat, est raconté dans 2 Chroniques 19. Il y a trop de lacunes dans l’histoire du Judaïsme pour que cette identification soit certaine. Il importe assez peu, d’ailleurs, d’établir ce point, — l’existence et la juridiction de cette assemblée n’ayant d’autre intérêt, aujourd’hui, que celui qu’il tient de l’histoire de Jésus et des apôtres.
Le nom de Sanhédrin apparaît d’abord dans le texte Matthieu 5.22 : « Celui qui dira à son frère : Raca ! sera passible de la justice du Sanhédrin. » Ces mots n’ayant pas été prononcés dans la langue grecque, qui nous les a transmis, nous ne savons pas par quel terme Jésus désignait le tribunal auquel il fait allusion, mais comme il parlait à des Galiléens, il y a tout lieu de croire qu’il désignait non le Sanhédrin de Jérusalem, mais la petite assemblée qui administrait la justice dans chaque village et qui était composée des chefs de la synagogue.
Dans les trois autres textes où nous trouvons le nom de Sanhédrin, il s’agit du tribunal de Jérusalem, devant lequel comparaissent Jésus (Luc 22.66), Pierre et les autres apôtres (Actes 5.27), Etienne (Actes 6.12), et enfin Paul (Actes 23). Il est très difficile de préciser quelles étaient, au temps de Jésus, les attributions du Sanhédrin. Sous la domination romaine, il semble bien que l’administration des affaires publiques était partagée, d’une certaine façon, entre le Procurateur (voyez ce mot), représentant l’empire, les Tétrarques (voyez ce mot), représentant l’ancienne royauté, et enfin le Sanhédrin. On ne sait même pas si cette distribution du pouvoir donnait à chacun de ces éléments une fonction déterminée. La politique constante des Romains était de laisser, autant que possible, aux peuples conquis, leur indépendance religieuse et, par suite (les lois anciennes étant toujours des lois religieuses), l’administration de la justice traditionnelle. On ne peut donc douter que les attributions du Sanhédrin fussent très étendues et nombreuses. On pense assez généralement que les Romains avaient cependant enlevé au Sanhédrin le droit de mettre à mort, se réservant la ratification et l’exécution de toute condamnation à la peine capitale. C’est du moins ce qui semble impliqué par le récit de la condamnation de Jésus et particulièrement par la parole des Juifs à Pilate : « Il ne nous est pas permis de mettre à mort » (Jean 23.31). Il est vrai qu’Etienne, ayant comparu, lui aussi, devant le Sanhédrin, fut exécuté séance tenante, sans aucun appel au pouvoir exécutif du Procurateur. Etait-ce là une procédure admise par Rome, ou était-ce une irrégularité ? — Certains historiens croient que les Romains faisaient, à cet égard, une entière liberté aux Juifs, mais que, dans beaucoup de cas, les Juifs, eux-mêmes, préféraient abandonner leur droit à décréter la peine capitale. En effet, l’es crimes qu’avait à juger le Sanhédrin avaient souvent un caractère politique : il s’agissait de punir des fanatiques, des zélotes (voyez ce mot), des meurtriers que la passion patriotique et religieuse avait affolés. Le peuple, qui se sentait opprimé par Rome et n’avait qu’une demi-confiance dans les grands personnages du Sanhédrin, manifestait ouvertement son indulgence ou même sa sympathie à ces exaspérés du nationalisme juif. Les juges naturels de ces meurtriers pouvaient craindre d’être accusés d’antipatriotisme s’ils frappaient ceux dont le seul crime, pensait-on, était de travailler à la délivrance du peuple élu. Ainsi, dans nombre de procès, le Sanhédrin, par crainte des exaltés, si nombreux, et des Pharisiens, presque tous ardents nationalistes, aurait pris l’habitude d’obtenir de l’autorité romaine la condamnation, en tout. cas l’exécution, et telle aurait été son attitude dans le procès de Jésus, dont la popularité lui était connue.
Quelle était la composition du Sanhédrin ? Il était, paraît-il, composé de 71 membres. Le Nouveau Testament les répartit en trois classes : les Grands-Prêtres (c’est-à-dire le Grand-Prêtre en fonction, les anciens Grands-Prêtres et les membres de leurs familles), les Anciens (chef des grandes familles sacerdotales et laïques) et les Scribes (voyez ce mot). La tradition juive veut que la présidence du Sanhédrin ait toujours appartenu aux Scribes. Il en fut ainsi après la ruine du Temple, en 70. Mais au temps de Jésus et des apôtres, le président du Sanhédrin était certainement le Grand-Prêtre.
Lorsque Jésus fut condamné, Caïphe présidait le tribunal. — Au point de vue des opinions, il est certain que l’assemblée était partagée, sans que nous puissions dire dans quelles proportions, entre les Sadducéens (voyez ce mot), qui se recrutaient dans la caste sacerdotale, et les Pharisiens (voyez ce mot), très nombreux parmi les Scribes (Actes 23.6).
Lexique de la Bible — Charles Lelièvre, source levangile.com
L’article dans LelièvreDictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)
Nom
Le nom de Sanhédrin s’applique, à l’époque romaine, à la fois aux petits tribunaux communaux existant dans toutes les villes de la Palestine et au Grand Conseil de Jérusalem dont le rôle était infiniment plus important. Dans le Nouveau Testament, le mot se rapporte toujours au grand Sanhédrin, excepté dans Matthieu 10.17 ; Marc 13.9. Le terme de Sanhédrin est la déformation hébraïque du mot grec sunédrion qui, en dehors du judaïsme, désigne toute assemblée, et en particulier le tribunal. La Mischna emploie cette expression de sanhédrin ou sanhédrin gedola (signifiant : grand Sanhédrin) à côté de bet din haggadol (signifiant : maison du grand jugement). Le Nouveau Testament dit le plus souvent sunédrion (Matthieu 5.22 ; Marc 14.55 et parallèle Marc 15.1 et parallèle, Jean 11.47 ; Actes 4.15 ; Actes 5.21 ; Actes 6.12 ; Actes 22.30 ; Actes 23.1 ; Actes 24.20). C’est le terme dont se sert aussi l’historien Josèphe ; il l’emploie pour la première fois dans les Antiquités (XIV, 5.4), en parlant des cinq conseils de district institués par le proconsul Gabinius (57-55). Un synonyme de Sanhédrin est, pour Josèphe, boulé (signifiant : conseil). Dans le Nouveau Testament nous ne trouvons pas ce mot lui-même, mais un membre du Sanhédrin, Joseph d’Arimathée, y est appelé bouleutès (signifiant : conseiller, Marc 15.43; Luc 23.50). Les autres expressions synonymes pour Sanhédrin sont, dans le Nouveau Testament, presbutérion (signifiant : collège des anciens, Luc 22.66 ; Actes 22.5) et gérousia (signifiant : Sénat, Actes 5.21).
I Les petits sanhédrins
Des tribunaux locaux, sortes de conseils municipaux, existent en Israël depuis les temps les plus reculés. Les « anciens de la ville » sont souvent mentionnés dans les livres historiques de l’Ancien Testament, longtemps avant l’exil. Les réformes d’Esdras et de Néhémie n’y ont rien changé et, à l’époque romaine, l’existence de cette autorité locale appelée sanhédrin, ou « petit sanhédrin », ou boule, est attestée par le Nouveau Testament (Matthieu 10.17 ; Marc 13.9 : « Vous serez livrés aux sanhédrins » ; voir aussi les « anciens » de Capernaüm dans Luc 7.3), par Josèphe et la Mischna. Le « tribunal » auquel Jésus fait allusion dans Matthieu 5.21 est également le petit sanhédrin, opposé au grand Sanhédrin, mentionné au verset 32. D’après Josèphe (Antiquités judaïques, IV, 8.14 ; Guerre des Juifs, II, 20.5), ces tribunaux se composent d’au moins 7 membres. D’après la Mischna (Sanhédrin, 1 6), ce chiffre est porté à 23 pour les communes plus importantes.
II Le grand Sanhédrin
1. Histoire
Le grand Sanhédrin de Jérusalem, dont les décisions sont reconnues par tous les Juifs, est de date beaucoup plus récente. Les indications rabbiniques qui le font remonter jusqu’au temps de Moïse sont dénuées de fondement. Ni les 70 anciens adjoints à Moïse (Nombres 11.16), ni les notables mentionnés dans Deutéronome 17.8s et dont le rôle est exclusivement juridique ne constituent une autorité comparable à celle du grand Sanhédrin. Nous en rencontrons des traces seulement après l’exil. Encore faut-il descendre jusqu’à l’époque grecque pour trouver une indication sûre. Car il n’est pas certain que les « anciens » cités par Esdras (Esdras 5.5-9 ; Esdras 6.7 ; Esdras 6.14 ; Esdras 10.8) et les « magistrats » cités par Néhémie (Néhémie 2.16 ; Néhémie 4.14 ; Néhémie 5.7 ; Néhémie 7.5) aient été organisés en conseil. L’existence d’un Sénat (gérousia) est attestée par Josèphe depuis le règne d’Antiochus le Grand seulement (223-187). C’est une sorte de gouvernement aristocratique présidé par le grand-prêtre. Désormais, ce Sénat joue un grand rôle dans l’histoire du judaïsme ; surtout les deux livres des Macchabées en font souvent mention (voir notamment 2 Macchabées 11.27). Épurée des éléments hellénophiles, la gérousia survit aux guerres des Macchabées et elle exerce ses fonctions pendant tout le règne des Hasmonéens. Seulement, à la suite de la prise de Jérusalem par Pompée en 63 avant Jésus-Christ, le proconsul Gabinius (57-55), pour assimiler la Palestine aux autres provinces romaines, enlève son importance au Sénat de Jérusalem, en divisant le pays en cinq districts ou sunédria (Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XIV, 5.4 ; Guerre des Juifs, I, 8.5). De la sorte, la gérousia de Jérusalem est rabaissée au rang d’un conseil de district dont la compétence ne s’étend pas aux autres districts. Mais déjà en 47, César met fin à cette division, et l’ancien pouvoir du Sénat est rétabli. Non seulement la Judée, mais aussi la Galilée est, en ce temps, du ressort du Sénat. Ainsi Hérode est obligé de se présenter devant lui pour rendre compte d’actes commis en Galilée (Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XIV, 9.3 et suivants ; c’est à cette occasion que Josèphe applique pour la première fois le terme de Sanhédrin au Sénat de Jérusalem). Hérode, arrivé au pouvoir, tue les membres du Sanhédrin (Antiquités judaïques, XIV, 9.4), mais il les remplace par d’autres, et l’institution subsiste (Antiquités judaïques, XV, 6.2). Après la mort d’Hérode, le royaume étant partagé entre ses fils, la Judée seule dépend du Sanhédrin sous Archélaüs et les procurateurs romains. Mais en même temps, la puissance de ce conseil grandit beaucoup : le pouvoir effectif est désormais entre ses mains jusqu’à la catastrophe de 70. La destruction de Jérusalem entraîne la disparition du Sanhédrin, qui doit céder la place aux organes de l’administration provinciale des Romains.
À Jabné (Jamnia), les Juifs constitueront plus tard un nouveau Sanhédrin qui n’aura de commun que le nom avec le grand Sanhédrin. Composé seulement de scribes, il ne jouera plus de rôle politique et n’aura aucun caractère officiel.
2. Attributions et organistation
À l’époque de Jésus et des apôtres, le Sanhédrin est la plus haute autorité juridique et administrative. Toutes les questions trop importantes pour être réglées par les tribunaux locaux sont portées devant lui, à moins qu’elles ne soient du ressort exclusif des procurateurs romains. Juridiquement, sa puissance est limitée, en ce temps, à la Judée. Jésus n’est mis en accusation qu’à Jérusalem. Pourtant les décisions du Sanhédrin engagent moralement tous les Juifs ; ainsi Paul est porteur de lettres adressées par le Sanhédrin aux synagogues de Damas (Actes 9 2 22.5 26.12). Le Sanhédrin dispose de la police (Marc 14.43 ; Actes 4.3 ; Actes 5.17 et suivants). Il est autorisé à prononcer la condamnation à mort, même sur un citoyen romain lorsque celui-ci a franchi une certaine limite dans le temple (Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, VI, 2.4). D’après Jean 18.31, toutes les condamnations à mort doivent être confirmées par le procurateur romain. Mais cette question est fort controversée de nos jours. Les circonstances du martyre d’Étienne (Actes 7.57) ne sauraient être invoquées contre le caractère obligatoire de l’autorisation du procurateur, si vraiment il a été mis à mort au milieu d’un rassemblement tumultueux de la foule.
D’après la Mischna (traité Sanhédrin), le Sanhédrin se compose, conformément au nombre des « anciens » mentionnés dans Nombres 11.16 de 71 membres nommés probablement à vie et par cooptation, et reçus par le rite de l’imposition des mains. Sous la présidence du grand-prêtre, ils se réunissent dans une salle spéciale, à l’est de la place appelée Xyste (voir ce mot), probablement sur la colline du temple (Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, V, 4.2). C’est par exception que le procès de Jésus a lieu au palais du grand-prêtre.
D’après le Nouveau Testament et Josèphe, le noyau du Sanhédrin est formé par les représentants les plus influents du haut clergé, les « archiprêtres », cités toujours en premier lieu dans le Nouveau Testament Les autres membres sont des « scribes » ou des « anciens ». Puisque le Sanhédrin comprend avant tout l’aristocratie sacerdotale, l’influence du parti des Sadducéens (voir ce mot) y prédomine. Mais, depuis Alexandra, des scribes y entrent en plus grand nombre (voir Pharisiens), et désormais l’influence pharisienne grandit dans le Sanhédrin. À l’époque du Nouveau Testament, les deux tendances y sont représentées : (Actes 23.6) les Sadducéens ont une plus grande autorité extérieure dans l’assemblée, mais les Pharisiens inspirent l’esprit de ses décisions.
Bibliographie
Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com
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