Dictionnaires bibliques
Samson
Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Samson », un article après l’autre.
Dictionnaire de la Bible (Bost)
Israélite de la tribu de Dan, et juge d’Israël pendant vingt ans (Juges 13 à 16), apparaît dans l’histoire comme un homme à part. Sa naissance miraculeuse est presque la moindre des merveilles de sa vie. Nazaréen, et béni de Dieu, il fut la Providence des tribus méridionales, qu’il protégea par divers exploits contre les brigandages des Philistins ; mais elles lui surent si peu gré d’être l’ennemi de leurs ennemis, qu’elles essayèrent une fois de le livrer entre leurs mains. Vif et bouillant de caractère, emporté, mais gai, ironique, presque bouffon, il se fait un jeu des travaux les plus gigantesques, et dépense parfois ses forces en pure perte, pour étonner plutôt que pour nuire, avec ironie et malice.
C’est presque toujours à l’improviste, d’une manière inattendue qu’il apparaît, et ses vengeances particulières servent souvent la vengeance nationale. Sans armes il tue un lion, et n’en tire d’autre profit que de proposer une énigme à ses amis de noce, et de manger le miel que les abeilles ont déposé dans la carcasse. Trompé au jeu, il tue trente Philistins pour avoir les trente robes de rechange qu’il doit payer. Trompé par son beau-père, qui donne sa femme à un autre, il prend trois cents chacals qu’il attache deux à deux avec un flambeau entre les deux queues, les lâche au milieu des blés et des plantations des Philistins et détruit en un jour les récoltes de l’année. Livré aux Philistins par les hommes de Juda qui trouvent qu’il les défend trop bien (fidèle image de ces protestants relâchés qui marchent plutôt contre leurs conducteurs avec leurs ennemis, que contre leurs ennemis avec leurs conducteurs), il se laisse conduire par 3000 hommes jusqu’en présence de l’ennemi ; les cordes neuves qui l’enchaînent tombent alors de ses bras, et d’une mâchoire d’âne il abat mille Philistins qui ne s’y attendaient pas ; il célèbre sa victoire par ses chants, mais il oublie que sa force lui vient de Dieu ; Dieu doit lui rappeler sa faiblesse.
Enfermé à Gaza, il n’essaie point de fuir en cachette ; il sort par la porte de la ville, qu’il enlève en passant et qu’il va placer, à quelque distance de là, sur une colline qui se trouve sur la route de Hébron. Il plaisante Délila sur sa curiosité, mais finit par céder à la persistance de ses intrigues féminines ; il lui livre son secret, il est nazarénien, et la marque de son nazaréat, son énorme chevelure, tombe sous les ciseaux philistins ; à son réveil, sentant sa tête dégarnie, il sent qu’il n’est plus nazaréen, il comprend que Dieu s’est retiré de lui, et il va faire dans la prison de Gaza de sérieuses réflexions sur sa coupable et malheureuse légèreté. Mais pendant que ses ennemis s’affaiblissent par leur orgueil, il se fortifie par son humiliation ; privé de la vue et tournant la meule, il sent flotter de nouveau sur ses épaules le symbole du nazaréat ; la paix est rentrée dans son cœur et avec elle le sentiment de sa force. Les Philistins, en un jour de fête, le font venir pour se réjouir de sa honte ; ils dansent, mais ils ne savent pas que c’est sur un volcan ; Samson aveugle les amuse, mais quel jeu ! Ses bras puissants saisissent les piliers sur lesquels la maison est appuyée, et trois mille Philistins périssent ensevelis avec lui sous les décombres de ce vaste bâtiment. Sa mort fut pour ses ennemis un coup fatal qui les affaiblit considérablement, et permit à sa famille de venir sans crainte réclamer son corps ; il fut enseveli dans le sépulcre de son père, entre Eshtaol et Tsorha.
De nombreuses difficultés sont à résoudre dans cette vie ; de nombreuses réflexions se pressent dans l’esprit lorsqu’on la lit avec sérieux, et en se rappelant que Samson fut un juge choisi de Dieu ; on a vu ailleurs la solution de quelques difficultés, la réponse à quelques questions, voir Lékhi, Nazaréen, Manoah, Lion, Abeilles, etc. Nous résumerons ce qui reste à dire sur ce sujet.
1°. Samson, dont le nom signifie petit soleil, était le type du soleil de justice ; il n’a pas été le libérateur d’Israël, il n’a fait que préparer, commencer sa délivrance et sa restauration, que Samuel au point de vue juif, Jésus-Christ au point de vue chrétien, ont achevée entièrement.
2°. Comment a-t-il pu, malgré son vœu de nazaréat, s’approcher du cadavre du lion, et manger le miel qu’il y a trouvé ? On peut répondre de deux manières. Il est presque sûr, d’abord, que ce cadavre n’était plus un cadavre, mais un squelette désinfecté ; autrement les abeilles n’y seraient pas venues ; or un squelette ne pouvait pas le rendre impur. Puis, il faut le dire, et plusieurs détails de la vie du héros nous y autorisent, Samson n’y regardait pas de très près, et après avoir avalé le chameau il avait du moins la droiture et le bon esprit de ne pas couler le moucheron.
3°. Le mariage de Samson avec une Philistine, ses désordres à Gaza, ses relations illicites avec Délila, sont une preuve évidente des passions voluptueuses du juge d’Israël, et pèsent sur lui beaucoup plus que le contact du lion décharné. Il est impossible de l’absoudre, car Dieu lui-même l’a condamné ; des tromperies, la prison, le supplice, la mort ont été la suite de son péché, et il a pu comprendre que les pieds de la femme débauchée conduisent à la mort (Proverbes 5.5 ; 7.27). Mais nous ne devons pas non plus nous montrer plus sévère que Dieu même ; Samson, comme notre Seigneur, a été seul à fouler au pressoir ; seul pendant toute sa carrière, sans secours, sans sympathie chez ses compatriotes, isolé comme un prophète, combattant pour la vérité, mais abandonné de ceux qui l’auraient dû défendre, il a souffert en son âme de son isolement, et ses faiblesses s’expliquent sans l’excuser. Si Dieu ne lui a jamais fait défaut, c’est que le juge d’Israël n’a jamais manqué ; l’homme a péri, le juge a triomphé. La foi de Samson brille en quelque sorte d’un éclat d’autant plus vif que ses fautes comme individu ont été plus grandes, et si l’auteur de l’épître le compte au nombre des héros de la foi (Hébreux 11.32), ce n’est bien sûrement pas à cause de ses fautes, mais parce que malgré ses fautes il n’a jamais désespéré des promesses et de la fidélité divines. La foi du chrétien, c’est de croire que Dieu est toujours fidèle, alors même que nous cessons de l’être.
4°. La chute si prompte et si complète du temple de Dagon, occasionnée par le seul ébranlement de deux piliers, peut à juste titre causer une surprise mêlée de doute, lorsqu’on se représente ce bâtiment construit dans les conditions ordinaires de l’architecture moderne. Mais il est facile de se représenter une construction et une architecture différente ; le voyageur Shaw raconte qu’il a vu, à Alger et ailleurs, des maisons et même de grands édifices construits de telle sorte que le tout croulait si les colonnes du centre étaient enlevées ; l’architecte Christophe Wren a décrit la manière dont une pareille construction pouvait se faire, et Pline mentionne un théâtre immense construit à Rome par Curion partisan de César, et dont toute la solidité dépendait de celle d’une simple charnière.
5°. Les cheveux de Samson ne faisaient pas sa force ; ils en étaient l’emblème naturel, car la force de l’homme est presque toujours accompagnée d’un grand développement chevelu ; ils en étaient en outre le sceau divin, car ils étaient le signe de son nazaréat, de la mission dont il était revêtu, et de l’assistance que Dieu devait lui prêter ; en perdant ses cheveux, Samson n’a perdu ses forces que parce qu’il sentait qu’il avait mérité d’être abandonné de Dieu ; il n’avait plus de foi en Dieu.
6°. Il est dit, à plusieurs reprises, que l’Esprit de Dieu fut sur Samson quand il s’apprêtait à faire le mal, ou que ses inclinations vicieuses venaient de l’Éternel ; la réponse à cette difficulté est du ressort de la dogmatique ; disons seulement que si l’Éternel dirige le cœur de l’homme comme des ruisseaux d’eau, il ne lui enlève point sa liberté. L’homme, esclave naturel du péché, suivait les désirs de la chair, et Dieu le laissait faire, sachant qu’il tirerait le bien du mal.
7°. La force miraculeuse du fils de Manoah, a été regardée par plusieurs comme une force fabuleuse, et peu s’en faut que les rationalistes n’aient fait de Samson un être imaginaire, un héros fantastique, un mythe, comme on dit de nos jours. De ce que presque toutes les nations ont conservé le souvenir d’un homme aux exploits prodigieux, on a failli conclure qu’il n’y a jamais eu de Samson, ou tout au moins, et c’est alors une critique et une exégèse à part (on pourrait dire rétroactive), que le Samson des Juges a été emprunté à l’Ovide des Romains, aux traditions grecques sur Hercule, ou au Rama des Indiens.
Le lion de Némée, en effet, la biche de Diane, le taureau crétois, la défaite de l’armée d’Ergine par Hercule et sa massue, la naissance miraculeuse d’Hercule, Hercule aux pieds d’Ompliale, le Crotoniate Milon, les exploits de Thésée qui charge sur ses épaules un taureau vivant et le porte à Athènes, l’histoire du roi Nisus de Mégare qui perd ses forces avec les boucles rouges de son éclatante chevelure, la source d’Aganippe qui jaillit sous les pieds de Pégase, les énigmes que Rama propose à ses amis de noce, la source miraculeuse qui jaillit à ses côtés pour apaiser son ardente soif, les renards sauvages qu’on avait l’habitude de lâcher à Rome, au milieu du théâtre, avec des brandons attachés à la queue pour célébrer la fête d’Hercule, tous ces détails, et d’autres encore que nous racontent les anciens poètes, rappellent à divers titres l’histoire de Samson, et quant aux usages dont Ovide dit qu’il n’en connaît pas l’origine, il aurait pu la trouver dans les livres sacrés des Hébreux. Si l’on veut nier absolument la possibilité des faits, à la bonne heure ; c’est un système, et Vatke a pu démontrer comme quoi Samson n’avait jamais existé, comme quoi Samson est une allégorie, un type du soleil, comme Napoléon. Mais si l’on admet la possibilité de la chose, qu’on en laisse au moins, avec l’histoire, l’initiative au peuple hébreu ; qu’on reconnaisse que ce ne sont pas les plus anciens qui ont emprunté leurs traditions aux plus modernes, les Juifs aux Romains, les Juges à Diodore de Sicile.
Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com
L’article dans BostDictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)
Fils de Manué, de la tribu de Dan, et d’une mère dont l’Écriture ne dit pas le nom (Juges 3.2-4). Cette femme était stérile, et l’ange du Seigneur lui apparut et lui dit qu’elle deviendrait mère d’un fils, mais qu’elle prît bien garde de ne boire ni vin, ni aucune autre liqueur capable d’enivrer, et de ne manger rien d’impur ; et que quand Dieu l’aurait rendue mère, elle observât la même chose envers son enfant ; qu’elle le consacrât à Dieu dès son enfance, qu’elle lui fit garder les règles du nazaréat, et que le rasoir ne passât point sur sa tête ; car, ajouta l’ange, ce sera lui qui commencera à délivrer Israël de la main des Philistins. Cette femme alla aussitôt trouver son mari, et lui raconta ce qui lui était arrivé, et ce qui lui avait été dit. Manué pria le Seigneur de lui faire la grâce d’envoyer une seconde fois son ange, afin d’apprendre de lui-mê ne ce qu’il devait faire du fils qui lui devait naître. Le Seigneur l’exauça ; l’ange apparut à la femme, et elle courut aussitôt en donner avis à Manué. Celui-ci vint et parla à l’ange, qui lui répéta ce qu’il avait déjà dit à sa femme. Voyez ci-devant l’article Manue.
Samson naquit l’année suivante (Juges 13.24-25), et l’esprit de Dieu commença à se faire remarquer dans lui par la force extraordinaire de son corps. Il demeurait dans un lieu nommé le camp de Dan, entre Saraa et Esthaol. Un jour Samson étant allé à Thatrinata, ville des Philistins (Juges 14.1-3), il y vit une fille qu’il souhaita d’épouser. Il pria son père et sa mère d’en faire la demande. Ils lui dirent : N’y a-t-il point de femmes parmi toutes les tilles de vos frères les Israélites, pour vouloir épouser une fille parmi les Philistins, qui sont incirconcis ? Samson leur dit : Donnez-la-moi, je vous prie, parce qu’elle a plu à mes yeux. Or ses parents ne savaient point que ceci se faisait par l’ordre de Dieu, et que c’était un moyen dont il voulait se servir pour perdre les Philistins, qui dominaient alors sur les enfants d’Israël. Il alla donc avec ses parents à Thamnata ; ils firent la demande de la fille, et elle fut accordée à Samson.
Comme ils y allaient, Samson se détourna du chemin ; et tout d’un coup il vint un jeune lion qui voulait se jeter sur lui ; mais Samson l’ayant saisi, le mit en pièces, comme il aurait fait à un jeune chevreau, quoiqu’il n’eût rien à la main. Ensuite il revint joindre son père et sa mère, et ne leur dit rien de ce qu’il venait de faire. Quelque temps après, étant retourné à Thamnata, pour célébrer son mariage, il passa par le même endroit, pour y voir le cadavre du lion ; mais il le trouva tout sec, et un essaim d’abeilles qui s’était mis dans sa gueule, et y avait formé un rayon de miel. Il en prit, en mangea, et en porta à son père et à sa mère, qui en mangèrent aussi ; mais il ne leur voulut rien dire de sa première aventure, ni de ce qui était arrivé depuis. Elant arrivés à Thamnata, on fit la cérémonie et le festin des noces, et les habitants du lieu donnèrent trente jeunes hommes à Samson, pour lui faire honneur.
Or Samson dit à ces jeunes hommes : Je m’en vais vous proposer une énigme, et si vous pouvez me l’expliquer pendant les sept jours-du festin, je vous donnerai trente robes et autant de tuniques ; que si vous ne pouvez pas me l’expliquer, vous me donnerez aussi trente robes et trente tuniques, ou trente tuniques et trente manteaux : en un mot, trente habits complets (Juges 14.13), qui consistaient en une tunique ou une robe, et un manteau. Ils lui répondirent : Proposez votre énigme, afin que nous sachions ce que c’est. Samson leur dit : La nourriture est sortie de celui qui dévore, et la douceur est sortie du fort. Ils furent jusqu’au septième jour à chercher inutilement le sens de ce problème. Alors ils s’adressèrent à la jeune femme de Samson, et la pressèrent d’abord par prières, et ensuite par menaces, de tirer le secret de son mari et de le leur découvrir. Elle pressa, elle sollicita Samson : Samson se défendit d’abord ; mais enfin, vaincu par ses importunités et ses larmes, il lui découvrit le sens de son énigme, et elle l’alla redire aussitôt à ceux de sa ville. Ceux-ci avant le soleil couché, vinrent dire à Samson : Qu’y a-t-il de plus doux que le miel, et de plus fort que le lion ? Alors Samson leur répondit : Si vous n’aviez pas labouré avec ma génisse, vous n’eussiez jamais trouvé ce que mon énigme voulait dire. Il voulait dire par là qu’ils ont abusé de sa femme et qu’elle lui a manqué de fidélité.
En même temps l’esprit de Dieu le saisit ; il alla à Ascalon ville des Philistins, et y ayant tué trente hommes, il donna leurs habits à ceux qui avaient expliqué son énigme ; il quitta sa femme, et s’en retourna chez son père. Quelque temps après cette femme épousa un des jeunes hommes qui avaient accompagné son mari durant les jours de sa noce. La colère de Samson étant passée, il revint pour voir sa femme (Juges 15.1-3), et lui apporta un chevreau ; et lorsqu’il voulut entrer dans sa chambre, le père de la femme l’empêcha et lui dit : J’ai cru que vous la haïssiez, et je l’ai donnée à un autre. Mais elle a une sœur, qui est plus jeune et plus belle qu’elle ; je vous la donnerai pour femme au lieu d’elle. Samson répondit : Ci-après les Philistins n’auront plus sujet ae se plaindre de moi, si je leur rends le mal qu’ils m’ont fait. Après cela, il alla prendre trois cents renards, qu’il lia l’un à l’autre par la queue, et y attacha des flambeaux ; et les ayant allumés, il lâcha les renards dans les champs des Philistins. Aussitôt le feu se prit aux blés qui étaient mûrs, et dont une partie était déjà ramassée dans les aires, prête à battre ; la flamme se communiqua même aux vignes et aux oliviers, et consuma tout. Les Philistins, ayant su que Samson avait fait cela pour se venger de l’insulte que lui avait fait son beau-père de Thamnata, allèrent chez cet homme, et le brûlèrent lui et la femme de Samson. Celui-ci ne se contenta pas encore de cela ; il leur dit qu’il voulait encore porter plus loin sa vengeance, et qu’après cela il demeurerait en repos.
En effet il en tua un grand nombre, et demeura dans la caverne d’Etham, dans la tribu de Juda. Les Philistins l’ayant su, vinrent en grand nombre sur les terres de Juda pour y faire le ravage ; et ceux de Juda étant venus leur demander pourquoi ils étaient venus en armes contre eux, les Philistins répondirent : Nous sommes venus pour lier Samson, et pour lui rendre le mal qu’il nous a fait. Alors trois mille hommes de la tribu de Juda vinrent à la caverne d’Etham, et dirent à Samson qu’ils étaient venus pour le lier, et pour le livrer aux Philistins. Il leur répondit : Promettez-moi avec serment que vous ne me tuerez point. Ils le lui jurèrent ; et l’ayant lié de deux grosses cordes neuves, ils le menèrent au lieu où étaient les Philistins. Dès qu’ils le virent, ils jetèrent do grands cris, et vinrent fondre sur lui. Mais l’esprit de Dieu ayant tout d’un coup saisi Samson, il rompit en pièces les cordes dont il était lié, et ayant trouvé à ses pieds une mâchoire d’âne, il la prit, et en tua mille Philistins. Alors il chanta ce cantique : Avec une mâchoire d’âne d’un fils d’une ânesse, avec une mâchoire d’âne j’ai défait mille hommes. Et ayant jeté là cette mâchoire, il donna à ce lieu-là le nom de Ramat-lechi, c’est-à-dire, l’élévation de la mâchoire. Il fut ensuite pressé d’une grande soif ; il cria au Seigneur, et le Seigneur ouvrit un rocher qui était en ce lieu-là, et qui s’appelait Machtès, c’est-à-dire, la dent mâchelière, d’où il sortit de l’eau pour le désaltérer. Il y a sur cela (Juges 15.19) quelque difficulté qu’on a examinée sur l’article Lechi et sur Machtes. Voyez aussi les commentateurs sur (Juges 15.19).
Après cela Samson alla à Gaze, ville des Philistins (Juges 16.1-3), et y ayant vu une courtisane, ou une cabaretière, il entra chez elle. Les Philistins l’ayant appris, mirent des gardes autour de la maison, et aux portes de la ville, pour le tuer le lendemain au matin, lorsqu’il voudrait sortir. Mais Samson s’étant levé sur le minuit, alla prendre les deux portes de la ville, avec les deux montants, la barre et les liens qui l’attachaient, et les porta sur la montagne qui est du côté d’Hébron.
Quelque temps après (Juges 16.4-6), il aima une femme nommée Dalila, qui demeurait dans la vallée de Sorec. Plusieurs anciens ont cru que Samson l’avait prise à titre de femme légitime ; mais la plupart prétendent que Dalila était une débauchée et qu’elle ne fut jamais mariée à Samson. Les Philistins vinrent donc trouver cette femme, et lui promirent une grande somme d’argent, si elle pouvait leur découvrir en quoi consistait cette force si extraordinaire de Samson. Elle le leur promit, et n’oublia rien pour tirer ce secret de son amant. Samson éluda pendant assez longtemps ses demandes, et lui fit accroire que sa force consistait tantôt dans une chose, et tantôt dans une autre ; et lorsque les Philistins étaient prêts de fondre sur lui, il rompait ses liens, et effrayait ses ennemis. Il se laissa lier pendant qu’il dormait, tantôt avec des cordes faites de nerfs encore tout frais, tantôt avec des cordes, qui n’avaient jamais servi ; puis on fit une tresse de ses cheveux avec le fil dont on fait la toile, et on la ficha fortement en terre avec un clou ; mais tout cela n’y fit rien. Enfin Dalila l’importuna tant, qu’il lui dit que sa force consistait dans ses cheveux, parce qu’il était nazaréen dès le ventre de sa mère ; et que si on lui coupait la chevelure, il deviendrait faible comme un autre homme. Dalila les lui coupa, comme il dormait sur ses genoux ; et les Philistins étant tombés sur lui, le lièrent, lui crevèrent les yeux, et le menèrent à Gaze, où ils l’enfermèrent dans une prison, lui faisant tourner la meule, comme à un vil esclave.
On demande si les cheveux de Samson étaient la cause physique et naturelle de sa force, ou s’ils en étaient seulement la cause morale, et comme un gage de la présence du Saint-Esprit, qui avait bien voulu lui donner cette force prodigieuse comme une qualité permanente, tandis qu’il observerait les lois du nazaréat, et qu’il porterait sans y toucher sa chevelure, qui en était la marque la plus apparente. La plupart des Pères et des interprètes soutiennent ce dernier sentiment, qui paraît, en effet le plus vraisemblable : car encore que la chevelure rude, épaisse et bien nourrie, puisse être une marque naturelle de force, celui qui est naturellement fort ne le sera pas moins quand ses cheveux seront coupés qu’auparavant ! Mais cela n’était pas dans Samson. Ses cheveux n’étaient donc ni la cause ni la marque naturelle de sa force ; cette force était surnaturelle et miraculeuse, et Dieu avait bien voulu l’attacher à la chevelure de Samson.
Samson demeura dans la prison à Gaze environ un an. Alors ses cheveux étant revenus (Juges 16.22), Dieu lui rendit sa première force et les princes des Philistins firent une grande assemblée de religion dans leur temple de Dagon pour lui rendre grâces de ce qu’il les avait délivrés de leur ennemi. Après avoir fait des festins de réjouissance, ils firent venir Samson, afin qu’il jouât devant eux pour les divertir. On l’amena donc de prison ; et après qu’il leur eut donné assez longtemps le divertissement qu’ils jugèrent à propos de prendre après un aveugle qui ne savait où il allait, ni ce qu’on lui faisait, Samson pria celui qui le conduisait, de lui laisser un peu toucher les colonnes qui soutenaient tout le temple, afin qu’il se reposât un moment. Or le temple était tout plein de monde, qui élait tant dessous que dessus les galeries. Nous croyons que le temple était rond, et environné peut-être d’un double péristyle. Alors Samson, invoquant le nom du Seigneur, lui dit : Ô Seigneur mon Dieu, souvenez-vous de moi : rendez-moi maintenant ma première force, afin que je me venge en une seule fois mes ennemis qui m’ont fait perdre mes deux yeux ; et prenant les deux colonnes sur lesquelles le temple était appuyé, tenant l’une de la main droite, et l’autre de la gauche, il dit : Que je meure avec les Philistins, et ayant fortement ébranlé les colonnes, le temple tomba sur tous les princes et sur tout le peuple qui était là, au nombre d’environ trois mille personnes, et il en tua beaucoup plus en mourant, qu’il n’avait fait pendant sa vie. Il vécut en tout environ trente-huit ans, et fut juge d’Israël pendant vingt ans (Juges 16.20), depuis l’an du monde 2867 jusqu’en 2887.
On forme quelque difficulté sur le salut de Samson. A-t-il pu se donner la mort et souhaiter en mourant de se venger de la perte de ses deux yeux ? Saint Bernard soutient que s’il n’avait eu pour cela une inspiration particulière du Saint-Esprit, il n’aurait pu sans péché se donner la mort. Saint Augustin ne l’excuse non plus que dans la supposition qu’il y a été poussé par le mouvement intérieur de celui qui est maître de notre vie et de notre mort. D’autres soutiennent que, sans recourir à cette voie surnaturelle, on peut justifier Samson sur sa qualité de juge et de défenseur d’Israël, qui, sans faire attention au danger auquel il s’exposait, pouvait n’envisager que la merl de ses ennemis et l’avantage de son peuple. Enfin, de quelque manière qu’on l’excuse, il faut avouer qu’il est au nombre des saints, puisque saint Paul (Hébreux 11.32) le met parmi ceux dont la foi est louée et récompensée.
L’histoire de Samson devait être, on le comprend sans peine, exploitée par les poètes. Delort de Lavaur s’est attaché à faire voir qu’Hercule n’est qu’une copie de Samson. Voici ce qu’il dit là-dessus dans sa Conférence de la Fable avec l’Histoire sainte, chapitre 18 intitulé Hercule, seconde édition, in-8°, Avignon, 1835.
Les poêtes, dit-il, pour former à leur manière un héros qui fût un prodige de force et de valeur, composèrent leur Hercule sur le fond et sur le modèle de la vérité des histoires saintes, qui étaient la source Commune où ils puisaient. Ils la défigurèrent par leurs fictions ; et comme par son origine et par ses exploits ce héros se trouva élevé au-dessus de la nature, il fut mis par ces mêmes poêtes, et reçu par les peuples, au rang de leurs dieux, même du premier ordre. Ils lui attribuèrent les merveilles de plusieurs illustres chef du peuple de Dieu, qu’ils trouvaient décrites dans nos histoires saintes, plus anciennes que leurs plus anciens ouvrages, ou qu’ils apprenaient par la tradition et par le commerce des Égyptiens et des Phéniciens, fort répandus en divers pays, et surtout dans la Grèce.
C’est aussi au temps de ces chefs et du gouvernement des israélites par les juges que les héros et les grands événements de la Fable doivent leur origine, et qu’ils sont rapportés par le sentiment commun des auteurs sacrés et profanes.
Chaque nation ancienne qui eut des écrivains et qui a laissé des monuments de sa gloire voulut avoir un Hercule de son pays, forgé sur ce même modèle. Varron en comptait plus de quarante. Cicéron en compte six, dont le second est Égyptien, sorti du Nil, un Phénicien, et un Grec, fils de Jupiter, non pas, dit-il, du plus ancien, mais du troisième Jupiter et d’Alcmène ; et il est en peine de savoir lequel de ces six on honorait à Rome comme un de leurs dieux.
Hérodote, en son second livre, ne.parle que de l’Égyptien et du Grec ; et ce père de l’histoire (comme Cicéron l’appelle), le plus voisin des temps qu’il décrit, nous apprend, tout Grec qu’il est, que la Grèce avait emprunté son Hercule de l’Égypte, et qu’Amphitryon, son père, et Alcmène, sa mère, étaient Égyptiens. Ainsi, malgré l’affectation des Grecs de faire passer Hercule pour leur compatriote, ils n ont pu effacer son origine égyptienne ou hébraïque ; car les Grecs et les Phéniciens traitaient d’Égyptiens les Israélites établis dans le pays de Chanaan ou de Phénicie, dont les ancêtres étaient effectivement venus d’Égypte, où ils avaient demeuré plusieurs siècles.
Diodore de Sicile parle au long de l’Hércule grec, et en a ramassé presque tout ce que les poêtes en avaient conté dans leurs différents ouvrages. Plusieurs de ceux qui ont examiné ce fantôme de l’imagination de tant de poêtes y Ont trouvé bien des traité sensibles de Moïse, de Josué et de quelques autres.
M. Jacquelot, dans son traité de l’Existence de Dieu, croit que l’Hercule tyrien, le plus ancien de tous (comme dit Arrien, dans son second livre), pourrait bien être Josué.
Mais saint Augustin a reconnu que c’était particulièrement d’après Samson (à cause de sa force prodigieuse et incomparable) qu’ils avaient forgé leur Hercule, premièrement en Égypte, de là dans la Phénicie ; et qu’enfin les écrivains et les peuples de la Grèce avaient ramassé dans le leur les exploits et les merveilles de tous les autres Hercule.
Il paraît en effet que Samson, juge des Hébreux, à-peu-près depuis l’an du monde 2867 jusqu’en 2887, célébré dans le livre des Juges de l’Écriture sainte, et dans le chapitre 10 du livre v de l’Histoire des Juifs de Josèphe, est l’original du fond et de l’essentiel de l’Hercule de la Fable ; et quoiqu’on y ait rassemblé bien des traits de Moïse et de Josué, et qu’on y en ait aussi ajouté de l’invention des poêtes, les traits principaux et les plus considérables appartiennent à Samson, et sont marqués par des caractères si particuliers, qu’il est impossible de ne l’y pas reconnaître.
Considérons le nom, la naissance et la mort si singulières de Samson, ses caractères les plus propres, particulièrement sa force et ses faiblesses, avec quelques-uns de ses plus considérables exploits et des merveilleux prodiges de son histoire.
Hérodote, dans son second livre, enseigne que les Grecs ont pris des Égyptiens le nom même de leur Hercule, qu’ils faisaient fils d’Amphitryon et d’Alcmène, et qu’ils lui en ont donné un de la même signification qu’avait chez les Égyptiens ou chananéens le nom du héros sur lequel ils ont copié leur Hercule : ce qui est conforme à la remarque de Platon dans le Critias, rapportée ailleurs.
Le nom de Samson, en hébreu, dire soleil, et en syriaque, subjection à quelqu’un, et service. Macrobe nous apprend que le nom d’Hercule ne veut dire que le soleil ; car, en grec, heraclés, dit-il, c’est la gloire de l’air, ou la clarté du soleil.
Les Grecs et les Égyptiens ont aussi exactement suivi la signification syriaque, par la nécessité qu’ils ont imposée à leur Hercule, de la part même des destins et par la loi de sa naissance, d’être toute sa vie et dans tous ses exploits soumis à Eurysthée, et d’en dépendre pour tous ses fameux travaux.
Il n’y a qu’à voir la naissance de Samson dans l’Histoire sainte (Juges 11) et dans l’Histoire des Juifs. Manué, qui était le premier homme de sa tribu, avait épousé une belle femme qu’il aimait fort. Comme ils demandaient à Dieu des enfants, un jour que cette femme était seule à la campagne, un ange lui apparut sous la figure d’un beau jeune homme, et lui promit de la part de Dieu un fils d’une force extraordinaire, qui relèverait la gloire de sa nation et en humilierait les ennemis. Lorsque son mari vint, elle lui fit part de cette ambassade et de ce discours ; il en prit de la jalousie, et, pour l’en guérir, l’ange revint lorsque ces deux époux étaient ensemble dans leur maison. Manué le vit de ses yeux, et pour calmer entièrement sa peine et ses soupçons, l’ange s’éleva à leur vue dans les cieux, après leur avoir confirmé les promesses qu’il avait faites à la femme, qui devint bientôt grosse et accoucha de Samson.
La naissance d’Hercule, singulière et prodigieuse dans la Fable, est la même, avec une petite altération prise de l’idée que les païens avaient de leurs dieux. Amphitryon, le plus considérable et le chef des Thébains, avait épousé Alcmène, qu’il aimait éperdument, et n’en avait point encore d’enfants. Jupiter, voulant en faire naître Hercule, se rendit durant la nuit chez Alcmène en l’absence et sous la figure du mari ; au retour d’Amphitryon, elle lui conta qu’elle l’avait déjà vu. Amphitryon, transporté de jalousie et de chagrin contre sa femme (quelque bonne opinion qu’il eût de sa vertu), ne put être apaisé et consolé que lorsque Jupiter revint pour la justifier, qu’il parut ce qu’il était, et s’éleva dans le ciel à la vue d’Amphitryon. Ce dieu l’assura que lui seul avait vu Alcmène ; il lui répondit de sa vertu, et lui promit un fils distingué par sa force, et dont la gloire honorerait sa maison et son pays, humilierait leurs ennemis, et serait immortelle.
On peut aussi remarquer dans cette figure de Samson comme Dieu a permis qu’on y conservât les traits de celui dont Samson était lui-même la figure. De saints personnages ont observé que par ces origines fabuleuses de quelques hommes extraordinaires qui n’avaient aucun homme pour père, comme Hercule, Persée, etc., Dieu a voulu accoutumer et disposer ceux qui avaient revu ces fables à croire la naissance de Jésus-Christ d’une vierge, sans avoir aucun homme pour son père.
L’esprit de Dieu, qui fut d’abord dans Samson, lui fit produire dès sa première jeunesse des prodiges de force. Il trouva sur son chemin un jeune lion furieux qui vint à lui ; Samson, sans se détourner et sans aucune arme dans ses mains, déchira ce lion (Juges 14) comme il aurait déchiré un agneau. Il prit la résolution de faire tout le mal qu’il pourrait aux Philistins, qui accablaient les Israélites sous le joug d’une dure domination (Juges 20) ; il en fit de grands carnages ; il les affaiblit prodigieusement, èt commença à délivrer Israël de leurs mains (Juges 13.5), comme l’ange l’avait prédit.
De même la Fable fait faire à Hercule des exploits d’une force prodigieuse ; mais comme elle exagère sans bornes, elle lui fait saisir,. étant encore enfant, deux serpents monstrueux qui se jetaient sur lui, et le premier et le plus illustre travail de sa jeunesse fut la défaite d’un lion affreux dans la forêt de Némée, qu’il abattit et déchira de ses mains, sans le secours d’aucune arme ; il en porta sur lui la dépouille toute sa vie. Il forma et exécuta le dessein de délivrer son pays de la domination tyrannique des Minyens ; il les vainquit et mit sa patrie en liberté.
On ne doit pas être surpris que la Fable, qui déguise et qui veut faire des ouvrages de sa façon, altère les autres aventures de Samson, et qu’elle y en ajoute de son invention ; qu’elle lui en attribue de plusieurs autres chefs, et en applique aussi de Samson à d’autres qu’à Hercule. Ainsi trouvons-nous dépaysée, mais conservée, l’histoire des trois cents renards que Samson prit et lia les uns aux autres par leurs queues, en y attachant des flambeaux allumés, et qu’il poussa ensuite dans les champs des Philistins, au milieu des blés, des vignes et des oliviers (Juges 15), qui furent entièrement consumés.
C’est l’origine de la cérémonie rapportée par Ovide, dans laquelle, tous les ans, à Rome, on faisait paraître et courir dans le cirque des renards liés ensemble avec des torclies attachées à leurs queues. Cela venait, dit ce poële, d’un pays où des renards attachés dans de la paille et du foin qu’on avait allumés, avaient porté le feu dans les moissons, et les avaient consumées ; de là s’était établi l’usage de faire périr, tous les ans, à la vue du peuple, des renards, de la même manière qu’ils avaient fait périr les blés de ce pays. Cette cérémonie avait été transportée à Rome avec les religions et les superstitions de tons les pays que les Romains avaient subjugués. Il ne restait d’autre preuve de cet événement que cette fête annuelle et une vieille tradition. Voilà ce qu’Ovide en conte, et ce qui attestait la vérité de l’histoire de Samson. Mais la Fable a aussi mêlé cette aventure de Samson déguisée parmi celles d’Hercule ; car elle a conté qu’à la considération d’Omphale, reine des Méoniens, il prit et lui amena attachés un grand nombre de certains brigands qui ravageaient ses terres, et qu’il brûla toutes leurs vignes. Elle appelle ces brigands, Cercopes, qui veut dire rusés et malins, et animtiux à longue queue, tels que sont les renards. C’est ainsi qu’on travestit les renards liés par Samson avec le dégât des fruits des champs et des vignes. La Fable, dans Ovide, fait métamorphoser ces Cercopes en singes.
Ensuite la Fable a emprunté en faveur d’Hercule la merveille que Dieu fit en faveur de Josué, lorsqu’il combattait pour les Gabaonites contre les cinq rois amorrhéens. Le ciel fit tomber sur ceux-ci de grosses pierres épaisses comme de la grêle, qui tuèrent tous ceux qui avaient échappé aux Israélites, en plus grand nombre qu’il n’en avait péri par l’épée.
Ainsi parmi les merveilles de la vie d’Hercule on a inséré que dans un combat contre les Liguriens, Jupiter lui envoya le secours d’une pluie de cailloux ; et la quantité de ces pierres qu’on voit encore dans la plaine de Crau en Provence a donné lieu aux poétes de regarder cette plaine comme le théâtre de ce prodige.
La fameuse mâchoire d’âne avec laquelle Samson défit mille Philistins a été changée en la célèbre massue d’Hercule, avec laquelle il abattit les géants et défit tant d’autres ennemis contre lesquels il avait à combattre. La ressemblance des noms grecs peut y avoir donné lieu : corré veut dire mâchoire, et cormos, massue ; le passage d’un de ces noms à l’autre n’a pas été difficile ; et l’on y a été porté par la liberté de la tradition et de la Fable, d’autant qu’il a paru plus convenable d’armer Hercule d’une massue que d’une mâchoire d’âne.
Mais la Fable a conservé plus clairement la merveille de la fontaine que Dieu fit sortir d’une dent de cette mâchoire pour empêcher Samson de périr de la soif qui le pressait après la défaite des Philistins. Quand Hercule eut défait le dragon qui gardait les pommes d’or du jardin des Hespérides, et qu’il se vit en danger de périr de soif dans les ardeurs de la Libye, les dieux firent sortir une fontaine d’un rocher qu’il frappa de son pied.
Le caractère de la force prodigieuse de Samson était accompagné d’une faiblesse surprenante et continuelle pour les femmes. Ces deux caractères composent son histoire et règnent également dans toute sa vie. Le dernier l’emporta ; et après l’avoir souvent exposé, il causa enfin sa chute et sa perte.
La Fable n’a pas oublié ce même caractère de faiblesse pour les femmes, dans son Hercule. Il en avait pour toutes celles qui se présentaient ; elle le porta à des bassesses indignes, et après l’avoir précipité en plusieurs occasions dangereuses, elle le fit enfin périr misérablement et dans la fureur.
Samson, de qui la force était attachée à ses cheveux (Juges 16.19-21) et qui devait la perdre si on les lui coupait, ayant confié ce secret à Dalila, sa maîtresse, elle le trahit, lui coupa les cheveux pendant qu’il dormait, et le mit, dépouillé de toute sa force, entre les mains des Philistins, qui lui ôtèrent la liberté et la vue, et le firent servir comme le plus vil et le plus misérable des esclaves.
La tradition, qui met en lambeaux les histoires anciennes et des pays éloignés, a transporté cette aventure à Nisus, roi de Mégare, et à Scylla, sa fille (Mégare était aussi le nom d’une des femmes d’Hercule, fille de Créon, roi de Thèbes) ; le nom de Scylla est pris du crime et de l’impiété de cette fille de Nisus, du verbe grec scylao, qui peut dire dépouiller avec impiété. La fortune de Nisus était attachée à un cheveu couleur de pourpre ; Scylla ayant pris de la passion pour Minos, qui assiègeait Nisus dans sa capitale, trahit son père, lui coupa ce cheveu fatal dans le temps de son sommeil, et le livra entre les mains de son ennemi. Nisus perdit la raison et la vie ; suivant les fables, il fut changé en oiseau.
Le trait de l’histoire de Samson le plus éclatant et le plus singulier est celui par lequel il finit sa vie : lorsque les Philistins, faisant des sacrifices solennels en l’honneur de leur dieu pour lui rendre grâces de leur avoir livré leur redoutable ennemi, le firent amener de la prison pour s’en divertir, Samson pria ceux qui le conduisaient de le laisser s’appuyer, pour prendre quelque repos, sur l’une des deux colonnes qui soutenaient l’édifice, rempli d’une grande multitude de peuple et des princes des Philistins. Alors ayant invoqué le Seigneur, et ramassant ses forces, qui lui étaient revenues avec ses cheveux, il prit ces colonnes de ses deux mains et les ébranla si vigoureusement, que l’édifice tomba sur toute la multitude qui y était assemblée. Samson fit mourir de ce seul coup beaucoup plus de Philistins qu’il n’en avait tué pendant toute sa vie.
La Fable ou la tradition n’avait pu effacer ce trait dans la copie de Samson qui est Hercule. Hérodote le rapporte comme une tradition fabuleuse de l’invention des Grecs, et le rejette comme n’ayant point de fondement dans l’histoire ni dans les mœurs des Égyptiens, chez qui les Grecs contaient qu’elle s’était passée. Ils rapportent, dit cet historien dans son second livre, qu’Hercule étant entre le mains des Égyptiens, ils l’avaient destiné à être sacrifié à Jupiter ; qu’ils l’avaient orné comme une victime, et fait amener avec pompe au pied de l’autel ; que s’étant laissé conduire jusque-là ; et s’y étant reposé un moment pour ramasser ses forces, il avait massacré tous ceux qui étaient assemblés, au nombre de plusieurs milliers, pour être les acteurs ou les spectateurs de la pompe et du sacrifice.
La ressemblance de ces aventures de Samson et d’Hercule est visible et fait sentir, à n’en pouvoir douter, que la fable de l’un a été composée d’après l’histoire de l’autre. Ce qu’Hérodote y remarque de l’impossibilité de cette dernière aventure, suivant la tradition des Grecs, et de la ridiculité de l’attribuer aux Égyptiens, confirme qu’elle est empruntée et qu’elle n’est qu’une copie défigurée dont il faut chercher ailleurs l’original.
L’histoire de Samson a fourni aussi plus d’un sujet à ce que M. Cyprieu Robert appelle la hiéroglyphique chrétienne.
Les apôtres, dit-il, terrassant les dieux sous la massue de la doctrine, sont quelquefois figurés par Samson, que des archéologues ont pris pour Hercule, et qui écrase sous sa massue les monstres et le lion : c’est ainsi qu’il est sculpté en ivoire à la chaire de bois de Saint-Pierre, conservée à la basilique vaticane. Les premiers chrétiens croyaient que les Grecs menteurs avaient emprunté à l’histoire du héros juif leur fable d’Alcide. Une autre fois, dans une peinture des catacombes, on voit cet Atlas juif emporter de nuit, sur ses épaules, au haut des montagnes, les portes de Gaza, la ville païenne, comme Jésus montant au Calvaire enleva, les portes de la mort. « Car, dit saint Grégoire, que signifie Samson, si ce n’est le Sauveur ? Que représente la ville de Gaza, si ce n’est l’enfer ? Et, ajoute saint Augustin, qu’est-ce qu’enlever les portes de l’enfer, si ce n’est reculer l’empire de la mort ? »
Samson exprimait encore la puissance de l’homme du peuple sur qui la grâce divine descend. Mais comme ses exploits réveillaient trop l’idée de luttes et de triomphes matériels, l’Église s’en servit peu jusqu’au moyen âge, ou l’esprit chevaleresque développa ce symbole en l’incarnant dans saint Christophe, le géant des cathédrales. Espèce d’Hercule chrétien, d’abord au service d’un simple seigneur féodal, Christophe le quitta pour l’empereur ; puis, dédaigneux du César même qui a peur de Dieu, il ne veut plus que Dieu, seul être à qui la frayeur est étrangère. Portant son Verbe enfant sur ses épaules, il traverse avec lui les monts neigeux, les fleuves, les mers, sans avoir de l’eau jusqu’aux genoux : énergique symbole que le peuple semble avoir d’un air railleur opposé, comme son image, à saint Georges et aux autres emblèmes aristocratiques. » M. Cyprien Robert, Cours d’hiéroglyphique chrétienne, dans l’Université catholique, tome 7, page 199.
Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com
L’article dans CalmetDictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)
Héros israélite (Juges 13-16), dont la tradition a fait un juge en Israël (Juges 15.20 ; Juges 16.31), le dernier avant Héli et Samuel.
I Sa personnalité
Le nom de Samson dérive de la racine sémès = soleil. Bien des auteurs en ont conclu, un peu hâtivement, que son histoire développe une légende solaire ; on cite, dans le territoire primitif de Dan (la tribu de Samson), la ville de Beth-Sémès (signifiant : maison ou temple du soleil, Josué 15.10 ; cf. Ir-Sémès, Josué 19.41) ; on voit dans l’épisode des renards mettant le feu aux champs des Philistins (Juges 15.5) une dramatisation de la rouille estivale brûlant les moissons ; on rapproche de Samson le nom apparenté de Sésaï, un des géants pré-israélites de la région d’Hébron (Nombres 13.22 ; Juges 1.10 ; cf. Adolphe Lods, Israël, pages 147, 406). Samson serait un héros légendaire comme celui de la mythologie grecque, Hercule : doué comme lui d’une force surhumaine, capable de terrasser un lion ; choisissant comme lui son genre de mort, après une trahison de femme, etc. Rapprochements artificiels, sortis d’une idée préconçue. Samson est bien un véritable nom de personne ; l’Ancien Testament en contient d’autres de la même racine (ex. : Simsaï = mon soleil, Esdras 4.8) ; l’étymologie des noms propres, vite oubliée, ne justifie pas l’hypothèse de créations tellement élaborées. Tout au plus faudrait-il admettre la possibilité que sur certains points de détail les anciennes traditions aient été influencées par le sens du nom de Samson.
Les récits sur Samson appartiennent tous à la même source d’histoire (J). La situation qu’ils impliquent est celle de cette longue époque d’anarchie qui suivit l’occupation de Canaan. Le lien commun entre les tribus, leur foi en Jéhovah, faiblissait souvent sous l’influence des peuples païens voisins. Les paysans danites devaient avoir affaire plus fréquemment avec les Philistins, fortement installés au pied de leurs collines dans la riche vallée de Sorek, qu’avec les autres tribus d’Israël, trop éloignées. Samson lui-même ne descendit pas toujours en ennemi dans la plaine, puisqu’il y alla chercher femme et participer au festin de noces à côté des invités philistins. Ces relations furent néfastes pour le développement religieux du peuple élu : l’histoire de Samson, si peu édifiante à bien des égards, en est une preuve. On ne peut donc voir en Samson un juge à proprement parler, un magistrat qui aurait gouverné tout Israël. Les passages qui le laissent entendre sont les notices d’un rédacteur (D) qui interprète l’histoire longtemps après les événements. Comment Samson eût-il pu régner sur tout Israël ? il n’y a aucune unité politique entre tribus, même entre Dan et Juda pourtant toutes proches : les hommes de Juda trouvent naturel de leur livrer Samson pour se débarrasser des Philistins ; il n’est pas vraiment un des leurs. Sa vie est d’ailleurs celle d’un aventurier et non d’un chef militaire, moins encore d’un chef de tribu, à plus forte raison d’un chef de tout Israël (voir Juges).
Samson fut un guerrier danite, de force peu commune, mais sans moralité. Attiré chez les Philistins par ses aventures sentimentales, il combat ces soldats redoutables avec un acharnement où ceux de son peuple devaient voir, et où il pouvait en effet se trouver, un réel enthousiasme religieux et patriotique. Samson avait la haine du Philistin, l’ennemi de sa race. Sa foi dans le Dieu des pères, Jéhovah, se réveilla au cours de ses batailles ; sa mère l’avait, dès avant sa naissance, consacré à l’Éternel ; il eut le sentiment que Dieu faisait de lui un héros de l’indépendance, appelé à lutter jusqu’à la mort pour la victoire de sa race (cf. Alexandre Westphal, Jéhovah, 4e édition, p. 262s). Ses exploits suscitèrent l’enthousiasme populaire, sa renommée franchit les frontières de sa tribu, il devint en Israël le type du héros de Jéhovah, et plus tard, pour un rédacteur deutéronomiste (D), le libérateur de tout Israël.
L’épître aux Hébreux l’a placé dans sa galerie de tableaux des héroïques croyants de l’ancienne alliance, parce qu’il était dans la tradition un champion du patriotisme israélite ; il y fait contraste avec les nobles figures du prophète Samuel et du roi David (Hébreux 11.32).
II Sa carrière
Après le récit de sa naissance (Juges 13.2 ; Juges 13.24), la vie aventureuse de Samson se répartit en épisodes morcelés et de longueur très inégale.
1. Naissance (Juges 13)
Sa famille résidait à Tsoréa, 14 km à l’ouest de Jérusalem. Cette région avait été 10rs de la conquête occupée par la tribu de Dan (Josué 19.41), qui, refoulée ensuite dans la montagne par les Amoréens maîtres de la vallée du Sorek (Juges 1.34-36), avait dans sa plus grande partie émigré au nord de Canaan (Juges 18). La famille de Samson appartenait aux restes de cette tribu, qui sous la pression philistine devaient être absorbés dans Juda ; voir (Josué 15.33) Dan, Tribus.
D’après le pittoresque récit de Juges 13, la naissance du héros fut expressément voulue de Dieu, comme une grâce faite à sa mère, jusque-là sans enfant. Les parents, pieux Israélites, reconnaissent leur Dieu dans le mystérieux « ange de Jéhovah », lui offrent un sacrifice sur la pierre-autel du village, redoutent de lui désobéir par ignorance ; et Manoah, le mari, ose demander la confirmation d’une seconde apparition. Chaque fois Dieu se révèle d’abord à la femme, à cause de sa détresse, censée déshonorante, de n’avoir pas d’enfant. Le messager divin lui annonce la naissance d’un fils, qui dès avant sa naissance (comparez Samuel, 1 Samuel 1.11) devra être « consacré » à Jéhovah : en hébreu, nazir. Samson est en Israël un des premiers naziréens (voir ce mot). Leur consécration à Jéhovah se marquait par leur chevelure non coupée et par leur abstinence de toute boisson (cf. Nombres 6). Mais cette abstinence est ici prescrite à la mère elle-même (Juges 13.4 ; Juges 13.7), cas unique et curieux. De plus, lorsque Manoah demande ce que l’enfant devra faire, l’ange semble répondre à côté de la question : « La femme s’abstiendra de tout ce que je lui ai dit » (verset 12 et suivants). On a supposé (Bible du Centenaire) qu’un rédacteur, forcé de constater que Samson n’avait point observé ces abstinences, aura substitué le féminin au masculin dans le verset 13, et reporté les règles de vie de l’enfant à la mère.
2. Vocation
Juges 13.25 est comme une préface au récit de sa carrière. Le rédacteur ne se contente pas de voir à l’œuvre l’esprit de Dieu dans les exploits les plus incroyables (Juges 14.6 ; Juges 14.19 ; Juges 15.14 ; Juges 16.28) ; c’est la vie entière de Samson qu’il considère comme une manifestation de la puissance divine : ce n’est pas surtout son goût des aventures qui l’entraîne en pays philistin, c’est Jéhovah lui-même (Juges 14.4) qui pousse le guerrier vers ces païens belliqueux pour provoquer par ses querelles avec eux un sursaut de foi en Israël. Piètre idée, certes, de la mission d’un serviteur de l’Éternel ! et pourtant, sens profond d’une réalité : l’absorption graduelle du peuple de Dieu par les Philistins risquant de compromettre l’œuvre divine, une réaction séparatiste s’imposait, que les hauts faits de Samson pouvaient amorcer, et Dieu a dû s’en servir.
3. Mariage (Juges 14.1-16.19)
Le mariage de Samson et les faits qui s’ensuivirent ont pour centre Thimna, à 120 m plus bas que Tsoréa ; cette localité, attribuée à Dan (Josué 19.43), fut longtemps occupée par les Philistins. Samson y fait la connaissance d’une Philistine qu’il veut épouser. Ses parents le lui déconseillent, en vrais croyants hébreux : un fils d’Israël commet une infidélité en s’unissant avec une fille d’incirconcis (cf. Genèse 24.3). Samson passe outre et, d’après J, emmène sa famille à Thimna pour les noces (Juges 14.5). Les parents y allèrent-ils vraiment ? Quelques commentateurs en doutent, à cause de certaines anomalies : ses père et mère ne semblent pas avoir vu sa lutte contre le lion (verset 6) ; au verset 8, il paraît se rendre à Thimna pour revoir la femme, mais il arrive chez ses parents (verset 9) ; et surtout, s’il célèbre ses noces chez la fiancée contrairement aux traditions de son peuple, ne serait-ce pas que ses parents, en pieux jéhovistes, se sont refusés à recevoir la Philistine à Tsoréa ? Il est cependant plus simple d’admettre avec le texte biblique que son père, malgré sa répugnance, se résigna à ce mariage irrégulier. L’antiquité sémitique possède une coutume, survivance déformée du matriarcat (régime où la femme était le centre de la famille, les enfants appartenant au clan de la mère ; ex. : Gédéon et la Sichémite, Juges 8.31 ; Juges 9.28). Ce n’était pas un vrai mariage : point de dot, le mari se bornant à des présents lors de ses visites (Juges 15.1) ; la femme (qu’en ce cas les Arabes appellent sadika = l’amie) restait chez son père, qui conservait tous ses droits de chef de famille (comme celui de la donner à un autre homme, cf. Juges 15.2). C’était pourtant plus qu’une union libre : la cérémonie était entourée de quelque solennité ; le mari prétendait avoir des droits sur son épouse (Juges 15.1), d’où une source de conflits entre lui et l’entourage de la Philistine (Le droit romain reconnaissait aussi, à côté du vrai mariage, une forme d’union accompagnée de réjouissances et de cérémonies symboliques, qui n’était au fond que la constatation d’un état de fait : la femme ne tombait pas sous la puissance du mari et restait attachée à sa famille ; elle pouvait divorcer de son plein gré.).
Les détails du repas de noces ont une saveur tout orientale et rappellent des coutumes qui sont de tous les temps. Lors d’une visite ultérieure à sa femme, Samson trouve dans son union avec un autre un motif de guerre à mort contre les Philistins (verset 2 et suivant). Son stratagème pour incendier leurs moissons et leurs oliviers est, paraît-il, commun en Orient ; on pense qu’il y employa plutôt des chacals que des renards (voir ce mot). Les Philistins répondirent par de terribles représailles et la lutte devint sans merci, Samson comptant pour se venger sur sa force indomptable.
Après un nouvel exploit Samson se réfugia en Juda, dans la sûre retraite d’une caverne : elle devait s’ouvrir dans une paroi presque verticale n’offrant d’accès que par en haut (cf. Juges 15.11 ; Juges 15.13). Le héros fut trahi par des habitants de Juda, peu désireux de s’attirer des ennuis de la part de leurs puissants voisins ; les Philistins criaient déjà victoire à la vue de leur ennemi lié de cordes, lorsque Samson, saisi par l’esprit de Jéhovah, se débarrassa de ses liens et mit leur troupe en déroute en attaquant avec une mâchoire d’âne. Son chant de victoire, fier et sauvage, contient un jeu de mots intraduisible : le terme khamor (signifiant : monceau, d’où : un grand nombre) veut dire aussi ; âne (Juges 15.16). Les noms de lieux sont mis par le narrateur en rapport avec cet exploit : Ramath-Léchi (signifiant : colline de la mâchoire) aurait été appelé ainsi par Samson ; et la source où il se rafraîchit après avoir imploré Dieu, En-Hakkoré (signifiant : source de la perdrix), est interprétée « source de celui qui invoque ».
La notice de Juges 15.20, du rédacteur de D, semble terminer l’histoire de Samson, et sera répétée après le récit de sa mort (Juges 16.31).
4. Visite à Gaza (Juges 16.1-3)
Samson se trouve ici en pays philistin, à une quarantaine de km de son village, dans la grande ville située au bord de la mer, sur la route d’Égypte. En quittant de nuit la maison d’une courtisane, il échappe à la surveillance de ses ennemis, non sans les avoir une fois de plus défiés : par un tour de force digne d’Hercule, il soulève les battants d’une porte de la cité et va les déposer sur un sommet aux environs d’Hébron, à plus de 50 km de là !
5. Samson et Dalila ; mort de Samson (Juges 16.4 ; Juges 16.31)
Le nom de Dalila doit être d’origine philistine et son étymologie est incertaine (signifiant : pauvre, faible ?). C’est encore en pays philistin qu’était la vallée de Sorek (voir ce mot), à quelques km de Tsoréa. La femme dont s’éprit Samson devait être une créature vénale incapable d’un véritable amour ; le sang-froid et le cynisme ironique de sa trahison en sont la preuve. Elle fut l’instrument des Philistins pour venir enfin à bout, par la ruse, de leur terrible adversaire. L’affaire fut menée par les « princes » (voir ce mot, I, 9), titre des cinq chefs de la confédération philistine (Juges 16.5, cf. Juges 3.3). Leur démarche auprès de Dalila, ainsi que l’importance de la somme promise pour prix de la trahison (environ 16 500 fr-or, le sicle d’argent valant 3 fr), montrent quelle terreur superstitieuse leur inspirait le héros : ils se figurent que s’il a pu jusqu’à présent leur échapper sans aide aucune, c’est grâce à un secret magique. L’écrivain hébreu attribue à Dieu lui-même la force de l’ancien naziréen, qui sera soutenu par Jéhovah tant qu’il n’aura pas rompu son vœu, mais qui n’est plus consacré si ses cheveux sont coupés : (Juges 16.17) alors Dieu l’abandonne aux incirconcis (Juges 16.20) ; mais quand la chevelure aura repoussé, la vigueur lui reviendra (Juges 16.22). Dans cette conception, le naziréat perd sa valeur religieuse et relève de la magie.
Scène dramatique : le farouche guerrier faiblit peu à peu devant l’enjôleuse, et après quelque résistance se laisse vaincre par la tenace et cruelle volonté de Dalila. Noter le rôle du 7, chiffre sacré, ou magique (cf. Juges 16.7 ; Juges 16.13). Le verset 13 n’est pas clair : il s’agit sans doute du métier à tisser, où Dalila aurait serré les cheveux de Samson entre les fils de la chaîne comme les tisserands serraient leur trame avec le battant (voir Filage et tissage), ou bien peut-être d’un simple clou, d’une cheville, qu’elle aurait plantée dans le mur ou le sol (d’après Bible du Centenaire). Capturé, Samson subit les outrages de ses vainqueurs, qui lui crèvent les yeux, le mènent à Gaza et l’y condamnent à tourner une meule de moulin, supplice d’esclave.
Lors d’une fête religieuse en l’honneur de Dagon, dieu des Philistins, occasion de divertissements assez grossiers, où l’on exposait en spectacle les ennemis vaincus avant de les mettre à mort, la foule en liesse contraint Samson de danser devant elle dans un grand bâtiment (qui ne devait pas être le « temple » de Dagon : la demeure du dieu ne pouvait servir de lieu de réunion). Le captif sans espoir saisit cette possibilité de vengeance et, retrouvant sa vigueur dans un dernier sursaut de haine qu’il exhale en prière, il réussit à ébranler les colonnes de l’édifice, et il entraîne avec lui dans la mort de nombreux spectateurs.
C’est sa liaison avec Dalila et ses conséquences jusqu’au suicide meurtrier qui ont fait de l’histoire de Samson un thème célèbre dans l’art et la littérature.
A. Ch.
Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com
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