Dictionnaires bibliques
Psaumes
Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Psaumes », un article après l’autre.
Dictionnaire de la Bible (Bost)
(hébreu Sépher Thehiilim, livre des hymnes, ou des louanges)
Cet admirable ouvrage, dont l’éloge épuiserait toutes les épithètes, si celle d’ouvrage inspiré de Dieu ne faisait pas sa plus grande beauté, et ne résumait pas tout ce que l’on peut dire et sentir de plus profond, a été dans tous les siècles l’objet d’un amour et d’un respect tout particulier dans l’Église. C’est une bibliothèque spirituelle, dit Cassiodore, où l’on rencontre tout ce qui est nécessaire pour le salut. Il contient un abrégé de tout ce que l’on trouve dans les autres livres, dit saint Augustin. Et Ambroise : L’histoire sacrée nous instruit, la prophétie annonce l’avenir, les corrections répriment les méchants, la morale persuade ; mais les Psaumes produisent tous ces effets à la fois : l’utile et l’agréable y sont partout si sagement mêlés qu’il est difficile de décider lequel des deux l’emporte sur l’autre.
Saint Athanase écrivant à Marcellin, et lui recommandant la lecture des Psaumes, dit que telle partie des Écritures nous porte à imiter le bien dont telle autre nous donne l’exemple ou le précepte, mais qu’en lisant les Psaumes, il semble que ce soient nos propres prières et nos propres désirs que nous exprimions ; ce volume, ajoute-t-il, est comme un paradis dans lequel on trouve toutes les espèces d’arbres et de plantes. Saint Basile : Le livre des Psaumes contient tout ; il annonce les choses futures par des oracles non équivoques ; il rappelle l’histoire des temps passés ; il sanctionne les lois d’une vie sainte ; il renferme les préceptes et les exhortations les plus admirables, et pour tout dire en un mot, il abonde en toute bonne doctrine, rappelant et développant avec un soin plein de grâce et d’intelligence tout ce qui peut le plus nous conduire au salut. Luther, dans son langage si simple et si plein, appelle les Psaumes une petite Bible, un manuel, un abrégé de tout ce qu’il y a de plus beau ; et Calvin dit qu’ils sont comme une anatomie de toutes les parties de l’âme, tellement qu’il n’est aucun de nos besoins auquel ils ne répondent, aucune de nos dispositions intérieures qu’ils ne reflètent ; de sorte que ce livre peut servir à l’étude de la plus belle et la plus difficile de toutes les sciences, celle que Socrate résumait en ces mots : Connais-toi toi-même.
Les Psaumes ne sont pas tous du même auteur, quelque grande que soit à cet égard l’autorité de saint Augustin, d’Aben Esra, d’Euthymius, qui les attribuent tous à David. David, l’homme qui composait les doux cantiques d’Israël (2 Samuel 23.1), en est, il est vrai, le principal auteur ; c’est lui, dit Athanase, qui reçut le premier le don de psalmodier à l’Esprit, d’écrire et de composer des psaumes ; c’est encore lui qui a composé le plus grand nombre de ceux qui se trouvent dans le recueil qui porte son nom (2 Chroniques 7.6 ; 29.30 ; Amos 6.5), mais il ressort des inscriptions mêmes de plusieurs de ces psaumes, qu’ils ont été écrits par d’autres que lui. Cinq auteurs sont nommés outre David. Le psaume 90 est de Moïse ; le 127 de Salomon ; le 88 de Héman, Ezrakhite, peut-être un petit-fils de Samuel (1 Chroniques 6.33 ; 2 Chroniques 5.12) ; le 89 est d’Ethan, Ezrakhite, et Asaph, un prophète (1 Chroniques 25.2), a composé le psaume 50, et les psaumes 73 à 83.On a discuté beaucoup sur le sens de la préposition hébraïque qui sert à désigner l’auteur (le Lamed auctoris).
On peut traduire en effet : psaume d’Asaph, ou psaume pour Asaph ; mais comme c’est la même formule ordinairement employée pour les psaumes de David, et que d’ailleurs on se sert d’une autre tournure pour indiquer les cantiques destinés à Asaph, comme fait la tradition qui donne les psaumes 96, 103 et 106 comme devant être chantés par Asaph, sans que les titres indiquent qu’ils soient d’Asaph, on peut ne pas attacher une grande importance à cette controverse philologique. Les noms de Jeduthun, et des trois fils de Coré (Assir, Elkana, et Abiasaph, Exode 6.24) sont encore en tête de quelques psaumes, non qu’ils en soient les auteurs, mais parce qu’ils devaient en être les chantres ; c’est pour eux que ces psaumes avaient été composés, comme d’autres le furent aussi pour le maître chantre, c’est-à-dire pour celui qui dirigeait dans le temple les chœurs des chantres lévites. Vingt-cinq psaumes environ sont sans aucune inscription ; on peut croire qu’ils sont de David, quoique saint Jérôme pense qu’ils appartiennent plutôt au même auteur que celui ou ceux qui précèdent ; d’autres, et spécialement les commentateurs anglais, attribuent le psaume 44 à Ézéchias, le 102 à Daniel, le 1 et le 119 à Esdras, le 129 à Néhémie, le 137 à Aggée ou à Zacharie, etc. ; mais, non seulement ce n’est pas prouvé, c’est encore peu probable.
Les Psaumes n’ont tous été, ni composés dans les mêmes circonstances, ni destinés au culte public. Souvent le roi-prophète ne chante que ses propres impressions, celles du moment, l’effet que produit sur lui la pensée de Dieu contemplé dans ses ouvrages, ou celle des dispensations de Dieu à l’égard de ses enfants, et de ses ennemis ; ailleurs il se réjouit dans l’attente d’un Sauveur, et dans la perspective du règne messianique. Il a composé plusieurs de ses psaumes pendant son séjour à la cour de Saül, d’autres pendant qu’il fuyait devant ce roi qu’il avait déjà remplacé, d’autres à Hébron, d’autres à Jérusalem, plusieurs pendant qu’il fuyait devant les troupes de son fils Absalom ; quelques-uns de ses cantiques appartiennent à la partie la plus agitée de sa carrière, d’autres ont été composés dans le calme et la tranquillité d’un règne heureux ; toute la vie de David est rappelée dans ses hymnes, et souvent cet homme élu de Dieu, ce type de Jésus-Christ, parle de lui-même en termes qui annoncent un autre roi d’Israël, un autre règne, un autre temps, et que le Saint-Esprit rapporte à celui qui devait venir de la tribu de Juda et de la famille de Jessé (Isaï) ; l’image et la réalité se confondent dans la perspective prophétique ; les douleurs et le triomphe de David disent les douleurs et le triomphe de Jésus.
On a fait différentes tables des psaumes par ordre de matières, mais la nature même du psaume qui embrasse souvent plusieurs sujets et passe de l’un à l’autre, ne permet pas toujours d’insister beaucoup sur une division de ce genre. Quelques psaumes s’y prêtent, d’autres s’y refusent. Une division générale en prières, actions de grâces, cantiques d’adoration, psaumes sentencieux, psaumes prophétiques, psaumes historiques, est naturelle ; c’est à peu près la division d’Athanase ; Bickersteth subdivise encore chacune de ces parties en plusieurs autres, et alors sa table n’est plus un guide très sûr.
On a fait également quelques essais de classification des psaumes par ordre chronologique, mais comme la date d’un assez grand nombre est inconnue et fort douteuse, il est inutile de s’y arrêter ; il faut se contenter d’un à peu près. Nous ne reproduirons donc pas des listes de ce genre ; on les trouvera dans l’Introduction de Home, dans l’ouvrage anglais, Companion to the Bible (trad. par Mmc Rilliet-Constant), et dans plusieurs commentaires français sur les Psaumes. La Polyglotte française de Bagster, et la Concordance de Mackenzie, indiquent aussi l’ordre chronologique.
Les Juifs divisaient les Psaumes comme la loi de Moïse, en cinq livres qui finissaient aux psaumes 41, 72, 86, 106, et 150.Les quatre premiers se terminent par les mots Amen, Amen, le cinquième par Alléluia ! Epiphanes, en conséquence de cette division, appelait les Psaumes un second Pentateuque. À ce propos encore, on a voulu parler de tables des matières, et l’on a dit que le premier de ces cinq livres chantait des sujets tristes, le second des sujets de joie, le troisième des sujets tristes, le quatrième des sujets de joie, et le cinquième la tristesse et la joie tout ensemble ; mais il y a une futilité qui saute aux yeux de tout lecteur attentif dans cette manière de parquer les psaumes. On admettrait plus volontiers le sentiment d’Augustin qui, divisant les Psaumes en trois cinquantaines, voit dans la première la vocation, dans la seconde la justification, dans la troisième la sanctification et la glorification des saints. Au reste la division du Psautier en cinq livres n’est pas même prouvée ; Eusèbe et Ambroise l’admettaient comme fort ancienne, mais Hilaire, Jérôme et Augustin la repoussaient comme contraire à l’Écriture qui ne cite jamais les Psaumes que comme formant un seul livre. Quoi qu’il en soit de cette division, qu’elle remonte aux auteurs de la collection, ou qu’elle soit d’une date plus moderne, le recueil des Psaumes n’a jamais compté que comme un seul livre dans l’énumération des livres canoniques de l’Écriture.
Les versions grecque et romaine ont réuni en un seul les psaumes 9 et 10, séparés dans le texte hébreu, de sorte qu’à partir de ce psaume, il y a entre ces versions et les nôtres traduites sur l’original, une différence dans la manière de noter les psaumes. Pour retrouver les 150, ceux qui ont réuni deux psaumes en un, ont dû en dédoubler un en deux, et ils ont choisi le 147 (leur 146) qu’ils partagent au verset 12.Les catholiques réunissent encore les Psaumes 114 et 115 en un seul, et partagent le 110 en deux au verset 10.
Plusieurs psaumes portent en hébreu des inscriptions qui leur servent de titre, et que nos versions ont quelquefois transcrites, quelquefois traduites (plus ou moins bien) ; l’édition française de Bagster les a même supprimées. Voici les principales.
Ajéleth-Hashakhar, Psaumes 22, (la biche de l’aurore), peut-être le commencement d’un ancien cantique sur l’air duquel ce psaume devait être chanté.
Al-Tashkheth, Guitthith, Psaumes 75, voir ces mots.
Héduth (témoignage), Psaume 80, voir Musique 2° g).
Jeduthun, Psaumes 77.
Lammed. Nos versions le rendent par « propre à enseigner », Psaume 60 : c’est en effet sa signification, comme celle de Maskil, Psaume 32, que nos versions ne traduisent pas.
Leannoth, Psaumes 88, Alamoth, 46, Sheminith, 6, et 12, désignaient peut-être des modulations de la voix, des modes de chanter, des voix particulières ; le premier de ces mots indiquerait des entre-répons, le second des voix de jeunes filles, ou de soprano, le dernier des voix grasses, ou basses. Selon quelques-uns Muth-Labben serait le ténor.
Mictam. Psaumes 16, 56, 57, 58, 59, 60. On a donné à ce mot obscur bien des significations. Les Juifs entendent : cantique de David qui a été humble et intègre ; ce sens obtenu à grand-peine par la décomposition du mot, n’est qu’un expédient rabbinique. D’autres, tels que les Septante et la Vulgate, traduisent inscription, titre qui ne signifierait rien. D’autres encore, dont Heidegger, le rendent par cantique d’or, cantique précieux, en s’appuyant sur un sens possible de son étymologie. Nos savants modernes enfin, lisant Mictab (selon Ésaïe 38.9), le traduisent simplement par écrit. L’opinion de Heidegger nous paraîtrait le plus conforme au génie de l’hébreu, et ne serait pas en désaccord avec le contenu de ces psaumes. La dernière est cependant plus simple.
Mismor, Psaumes 3, 4, 5, 6, 8, 9, que nos versions traduisent par psaume, et Shiggaïon, Psaume 7, (chant, cantique), (cf. habakuk 3.1 ; Jérémie 7.16). On ne connaît pas la différence qu’il y avait entre ces deux mots.
Muth-Labben, Psaume 9.Psaume donné au maître chantre sur Muth-Labben, littéralement en hébreu : « sur la mort de Labben. » On a voulu lire Natal au lieu de Labben, par la transposition des lettres ; d’autres lisent Halamoth Labben, ce qui signifierait : pour être chanté par les filles de Ben (cf. 1 Chroniques 15.18), etc., voir aussi plus bas.
Neguinoth, Psaumes 6, voir Musique 3°.
Nehiloth, Psaumes 5, Mahalath, 53 et 88, voir Musique 2° d) Nehil.
Shoshannim, Psaumes 45, 69.
Le maître chantre, ou Menazèach, voir Chantres.
Cantiques des degrés, ou des montées Psaumes 120-134.On ne saurait pas dire au juste ce que signifie ce titre, au milieu de tous les essais d’explication que l’on a mis en avant. Les uns ont cru que c’étaient les cantiques que l’on chantait sur les quinze degrés du temple, dont parle Josèphe, degrés qui conduisaient de l’enclos des femmes dans le grand parvis ; d’autres entendent ces degrés de ceux qui conduisent du parvis des prêtres au vestibule qui était devant le lieu saint, mais on ne voit nulle part qu’il y en eût quinze ; le contraire ressort de Ézéchiel 40.22-26, 31, 37, 49.On ne voit d’ailleurs nulle part non plus que les lévites chantassent sur les degrés du temple. D’autres pensent qu’on chantait ces cantiques sur la tribune de laquelle les lévites faisaient quelquefois la lecture de la loi (Néhémie 9.4) ; mais ce n’est qu’une conjecture, et rien ne lui donne un air de vraisemblance.
Quelques rabbins, et quelques commentateurs traduisent mahaloth par cantiques d’élévation, soit qu’on les chantât sur un ton élevé, soit qu’à chaque psaume on élevât la voix d’un ton. Calroet enfin et beaucoup d’autres avec lui, traduisent cantiques de la montée, ou du retour de la captivité de Babylone ; on voit en effet par plusieurs passages (Esdras 1.3-5 ; 2.1 ; 7.6-7 ; Néhémie 7.5-6 ; Jérémie 27.22 ; Ézéchiel 39.2 ; Psaumes 122.4), que pour exprimer l’idée du retour de Babylone, on se servait souvent de l’expression monter, et comme ces quinze psaumes ont presque tous un rapport direct avec ce grand événement de l’histoire juive, il est bien possible que ce soit à cette opinion que l’on doive s’arrêter. Heidegger la spiritualise en l’appliquant à l’Église chrétienne qui s’élève au-dessus de toutes les autres ; il dit que ces psaumes sont ainsi nommés à cause de l’excellence de l’Église.
Le Hazkir (pour faire souvenir, Psaumes 38 et 70). Ce titre peut avoir plusieurs sens, cantique destiné à être appris par cœur, cantique destiné à rappeler un certain événement ou une certaine époque de la vie, etc.
Thephiloth (prière, Psaumes 17, 86, 90, et 102).
Thodah (action de grâces, Psaumes 100).
Thehillah (louange, Psaumes 143). Alleluia (louez l’Éternel, Psaumes 106, 111, 112, 113, 133, etc.).
Yedidoth (cantique nuptial ?, Psaumes 43). D’autres psaumes enfin ont des inscriptions plus développées, disant les circonstances dans lesquelles ils ont été composés. On a discuté longuement sur la date, la valeur et l’autorité de ces inscriptions. Augustin, Hilaire, Théodoret estiment, que non seulement chaque titre correspond exactement au sujet du psaume, qu’il en est en quelque sorte la clef, mais encore que ces titres sont inspirés comme le reste du psaume, quoiqu’ils aient été ajoutés peut-être après coup par les auteurs inspirés de la collection, notamment par Esdras ; les Juifs, les Septante, la Vulgate et nombre d’autres traducteurs ou commentateurs de la Parole divine, ont parlé à peu près de la même manière. Origène parle autrement ; il ne conteste pas l’utilité de ces titres en général, mais il estime qu’il y a eu diverses transpositions, « que chaque pièce de ce grand appartement a une clef à sa porte, mais que cette clef n’est pas celle qui convient, et qu’il faut souvent la chercher ailleurs ». Calmet, cherchant un juste milieu entre les opinions contraires des Pères, dit qu’il faut parler des titres des psaumes avec beaucoup de respect, quoiqu’on ne puisse pas les regarder tous comme canoniques. Mais en parlant ainsi, il parle des Septante et de la Vulgate qui ont souvent ajouté quelques mots, quelques explications aux paroles du texte hébreu, et sa réserve ne saurait porter sur les titres de l’original, tels que nous les avons conservés dans nos versions. Nous pouvons donc nous borner dans cette discussion, à reconnaître comme authentiques et inspirés les titres hébreux, laissant le champ libre sur l’exactitude des additions et changements ajoutés par voie de commentaires dans les versions grecque et latine.
Mentionnons encore, comme se distinguant par un caractère extérieur, les psaumes acrostiches dont chaque pause, verset ou demi-verset commence par une des lettres de l’alphabet, rangées selon l’ordre alphabétique ; ce sont les Psaumes 23, 34, 37, 111, 112, 119 et 143.Sur cet arrangement, qui se reproduit ailleurs encore, voir ce que nous avons dit à l’article Jérémie (Lamentations).
Les psaumes sont des poésies, mais dont la forme est perdue pour nous, voir à l’article Poésie. On y reconnaît d’une manière générale des vers, quelquefois des strophes, un certain parallélisme de pensées et même d’intonations, mais il faut renoncer à y trouver des pieds et ce qu’on appelle même la quantité dans les syllabes. Les découvertes que l’on a cru faire sous ce rapport, n’ont pas résisté à un examen plus approfondi, et si l’on se rappelle que la véritable prononciation hébraïque est encore un problème, on comprendra que la versification, le rythme, la prosodie des Hébreux, le soit également.
L’authenticité et la canonicité du livre des Psaumes ont toujours été reconnues par les Juifs et par les chrétiens ; quelques sectes, les nicolaïtes, les gnostiques, les manichéens, parfois des anabaptistes, ont seuls contesté que David ait été prophète, et que les psaumes soient l’ouvrage du saint Esprit. L’une des raisons que l’on a fait valoir avec une apparence de solidité contre l’inspiration de quelques psaumes, ce sont les imprécations du prophète contre ses ennemis et contre les méchants. Les Pères expliquent ordinairement ces passages comme ne contenant que de simples prédictions des maux que Dieu réserve à ceux qui font le mal ; Chrysostome dit que le prophète n’exprime pas ses propres sentiments, mais ceux des autres ; Athanase spiritualise ces ennemis et pense qu’il ne s’agit pas des hommes, mais des démons.
Cette opinion n’est pas un expédient, mais une vérité peut-être trop spiritualisée ; il est probable que David pensait aux hommes visibles et non à des ennemis invisibles, mais pour le roi théocratique, les ennemis de la théocratie étaient les ennemis de Dieu, les agents et les représentants du malin, et celui qui, vivant, pardonnait comme individu à Shimhi, prophète, sur son lit de mort, ne lui pardonnait plus. Au point de vue de la théocratie, et il importe que l’on s’y place, les paroles du prophète ont, non pas une signification, mais une portée toute différente de celle qu’elles auraient dans le langage ordinaire ; elles partent de la glorification de Dieu, et lui subordonnent tout ; l’établissement du règne de Dieu a une bien autre importance que la vie ou la mort de ses ennemis, et d’ailleurs, ce n’est pas de leur mort qu’il s’agit, mais de leur cessation, de leur destruction, sous quelque forme qu’elle se présente ; ce peut être la mort, ce peut être la conversion, ce doit être une fin d’opposition et d’antagonisme. Nous n’oublions pas que l’Église romaine, qui confond habituellement sa cause avec la plus grande gloire de Dieu, a pris l’habitude aussi, depuis qu’elle s’est manifestée, de vomir la mort contre ses ennemis et qu’elle conclut facilement de l’usage à l’abus, en matière d’autorité. Mais Dieu et l’Église romaine sont deux choses distinctes, et les droits de l’un ne font pas les privilèges de l’autre. Nous ne pouvons confondre l’Église avec son chef sous aucun rapport, et celui-ci peut seul mettre toutes choses sous ses pieds. L’Église chrétienne même ne saurait adopter à son usage une pareille doctrine, et elle l’a répudiée depuis qu’elle a répudié le Moyen Âge, Rome et ses traditions. Il suffirait, d’ailleurs, de voir l’usage que le papisme a fait de la formule ad majorent Dei gloriam, pour être bien persuadé que l’Église de Rome n’a rien à démêler avec la sainte indignation du psalmiste contre ses ennemis.
On trouve des difficultés de plus d’un genre dans l’étude des psaumes, mais ce n’est pas à ces difficultés qu’il faut attribuer, comme le fait Calmet, le grand nombre de commentaires qui ont paru sur ce livre. S’il a mérité de fixer l’attention des théologiens de tous les temps, c’est, non point à cause de ce qu’on n’en comprend pas, mais à cause de ce qu’on en comprend. Ce livre est unique, seul de son espèce dans la Parole de Dieu. Tous les autres nous représentent Dieu parlant à l’homme, celui-ci nous montre l’homme parlant à Dieu. Les psaumes sont en quelque sorte la réponse de l’homme aux révélations divines, à la loi, à la grâce, à la sainteté, à l’amour, à la justice, et à la vérité de Dieu. Et chaque homme peut trouver dans chaque psaume l’expression de ses sentiments chrétiens, de ses désirs, de ses actions de grâces. De là vient cette vénération, cet amour universel, presque exclusif chez quelques-uns, que l’on rencontre pour cette portion de l’Ancien Testament ; et plus le fidèle croît dans la grâce et dans l’expérience, plus il ajoute de prix à la méditation de ces pensées de Dieu, devenues les pensées de l’homme régénéré.
Parmi les deux mille commentaires, et plus, qui ont été faits sur les Psaumes, nous n’indiquerons que ceux d’Ambroise, d’Athanase, de Basile, entre les Pères, celui de Luther, et ceux de Bucer. Bullinger, Calvin, Étienne et Zwingle, entre les réformateurs. Les commentaires modernes les plus estimés sont, en anglais, Henry et Scott, en allemand, Stier et surtout Hengstenberg. M. A. de Mestral annonce une traduction française de cet important travail.
On a essayé, à diverses reprises, de mettre les Psaumes en vers français. Le psautier, tel qu’on le chante maintenant dans nos églises, a paru, pour la première fois, en 1562, avec privilège du roi, « traduit selon la vérité hébraïque, et mis en rime française et bonne musique, comme il a esté veu et cognu par gens doctes en les S. Escriptures et es dites langues, et aussi en l’art de musique ». Les cinquante premiers ont été traduits par Marot, les cent autres par Théodore de Bèze (Crottet, Chronique prot., p. 130). Le dernier essai qui a été fait en ce genre, est la traduction de M. Malan, publiée sous le titre de Chants d’Israël. La réputation des Chants de Sion, du même auteur, a jeté de l’ombre sur son dernier recueil. On peut recommander aussi les traductions en prose de Vivien, et de Perret-Gentil.
Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com
L’article dans BostDictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)
Le livre des psaumes est appelé dans l’Hébreu Sepher Tehillim, livre des hymnes (liber hymnorum. Psalterium, Luc 20.40). Dans l’Évangile on le nomme quelquefois le livre des psaumes, et quelquefois simplement, le Prophète, ou David, du nom de son principal auteur. Ce livre est regardé avec justice comme une espèce de précis de toute l’Écriture. Il contient en raccourci tout ce que l’on trouve dans les autres livres sacrés : Psalmorum liber quoecumque utilia sunt ex omnibus continet, dit saint Augustin. C’est une bibliothèque générale où l’on rencontre tout ce que l’on cherche pour le salut : In hoc libro spiritualis bibliotheca instructa est, dit Cassiodore. L’histoire sacrée nous instruit, dit saint Ambroise ; la prophétie annonce l’avenir, les corrections répriment les méchants, la morale persuade ; mais les psaumes produisent tous ces effets. L’utile et l’agréable y sont partout si sagement mêlés, qu’il est malaisé de décider lequel des deux l’emporte sur l’autre. De là vient le souverain respect qu’on a toujours eu pour les psaumes. C’était une règle presque générale que les évêques, les prêtres, les religieux devaient savoir le Psautier par cœur. L’Église en a fait la principale partie de son office, et a obligé les ecclésiastiques d’en réciter tous les jours quelque partie.
I. Division du livre des psaumes
Les Hébreux partagent ordinairement le Psautier en cinq livres ; et plusieurs Pères admettent cette division, et la croient très ancienne. Eusèbe dit qu’elle se remarque dans l’original hébreu et dans les meilleures éditions des Septante. Saint Ambroise réfute expressément ceux qui rejetaient cette division, et qui la croyaient contraire au Nouveau Testament, qui ne cite le Psautier que sous le nom d’un seul livre. Cette dernière raison a suffi à saint Hilaire, à saint Jérôme, à saint Augustin, pour leur faire abandonner ce partage du Psautier en cinq livres, comme étant contraire à l’Écriture. Les nouveaux commentateurs sont partagés sur cette question, de même que les anciens. Les uns croient que le Psautier a été distribué en cinq livres par les auteurs mêmes de la collection des psaumes, et les autres veulent que cela soit plus nouveau, postérieur même au temps des apôtres. Au fond cette difficulté n’est pas d’une grande importance.
Mais ce qui nous persuade que cette distribution est très-ancienne et du temps même des premiers auteurs qui ont recueilli les psaumes en un corps, c’est qu’à la fin de chaque livre on lit la même conclusion, qui semble y avoir été mise par Esdras ou par ceux qui travaillèrent au recueil des livres sacrés depuis la captivité de Babylone. Ce qui est certain, c’est que ni les Juifs ni les chrétiens n’ont jamais compté que pour un livre le recueil des psaumes dans le dénombrement des livres de l’Écriture. Le premier livre du Psautier, selon les Hébreux, finit à notre quarantième psaume ; le second, au soixante et onzième ; le troisième, au quatre-vingt-huitième ; le quatrième, au cent cinquième ; le cinquième, au cent-cinquantième. Les quatre premiers livres finissent par ces mots : Amen, amen, dans l’hébreu ; et par : Fiat, fiat, dans le latin. Le cinquième, par Alleluia, dans l’hébreu et dans le latin.
II. Nombre des psaumes fixé à cent cinquante
Le nombre des psaumes canoniques a toujours été fixé chez les Juifs, comme chez les chrétiens, à cent cinquante ; car le cent cinquante et unième, qui se trouve dans le grec, n’a jamais passé pour canonique. Mais quoiqu’on convienne sur ce nombre de cent-cinquante psaumes, on n’est pas d’accord sur la manière de les partager. Les Juifs en font deux du neuvième, et commencent leur dixième à ces mots du psaume 9 v. 22 : Ut quid, Domine, recessisti longe ? En sorte que depuis cet endroit jusqu’au psaume 113 leurs citations et leurs nombres sont différents des nôtres et de ceux des Grecs. Ils avancent toujours d’un psaume, et ce qui est le dix-neuvième pour nous est le vingtième pour eux, et ainsi des autres. Les protestants, qui suivent la division des Hébreux, les citent de même ; et c’est-ce qu’il est bon de remarquer en lisant leurs livres.
Au psaume 113 : In exitu Israël de AÉgypto, ils s’éloignent encore davantage de nous, parce qu’ils coupent ce psaume en deux, et qu’ils commencent le 114 à ces mots : Non nobis, Domine, non nobis. De manière que le psaume 114 des Grecs et des Latins est pour eux le 116. Mais ensuite ils se rapprochent de nous, en joignant en un le psaume 114 Dilexi quoniam exaudiet, et le 115 : Credidi propter quod locutus sum. En sorte qu’ils ne diffèrent plus que d’un nombre jusqu’au 146 ; et alors du 146.Laudate Dominurn, quoniam bonus est psalmus, et du 147 Lauda, Jerusalem, Dominum ; les Juifs n’en faisant qu’un, ils reviennent avec nous, et continuent de compter ainsi que la Vulgate jusqu’à la fin du Psautier.
Il y a aussi quelque différence entre les anciens exemplaires grecs et latins sur la division du premier et du second psaume, les uns n’en faisant qu’un des deux, el les autres les partageant en deux, comme nous faisons encore aujourd’hui. Il est certain qu’en général la division du Psautier n’est pas aussi ancienne qu’on pourrait se l’imaginer, et que quelquefois on est obligé, pour donner à certains psaumes un sens bien suivi, de les unir à quelque autre, ou de les en séparer, selon que la matière le demande. Saint Hilaire dit que de son temps la distribution des psaumes n’était pas encore fixée parmi les Hébreux, et que les uns les partageaient d’une manière, et les autres d’une autre. Origène l’ait la même remarque. Il dit que dans l’Hébreu les psaumes ne sont point chiffrés par premier, second, troisième ; et du temps de Kimchi, c’est-à-dire, au douzième siècle, la chose était encore indéterminée. On peut voir dans notre Préface-sur les psaumes, article 2 et dans le Commentaire, que souvent on a fait plusieurs psaumes de ce qui n’en devait faire qu’un dans l’intention de l’auteur qui l’a composé.
III. Auteur de la compilation des psaumes
La tradition des Hébreux et des chrétiens est qu’Esdras est le seul ou du moins le principal auteur de la collection du livre des psaumes. Eusèbe, saint Hilaire, Théodoret, l’auteur de la Synopse imprimée sous le nom de saint Athanase, Bède le Vénérable, et divers autres lui attribuent cet honneur. Saint Philastre dit que les sages de la nation juive les ayant recueillis, les rangèrent dans le même ordre qu’ils les avaient reçus de leurs ancêtres, qui les avaient sauvés de la main de leurs ennemis. Dès avant la captivité il y avait un recueil de psaumes de David, puisque Ézéchias (2 Chroniques 29.25-26), en rétablissant le culte du Seigneur dans le temple, y fit chanter les psaumes de David. Néhémie mit dans la bibliothèque qu’il forma à Jérusalem les psaumes de David.
IV. Ordre et arrangement des psaumes entre eux
Les spéculatifs ont fort raisonné sur l’ordre et l’arrangement que les psaumes tiennent entre eux. Ils y ont trouvé du mystère et du dessein, les uns d’une manière, et les autres d’une autre. Les uns ont cru y remarquer une suite d’événements de ta vie de David. D’autres ont prétendu qu’on y avait égard à l’ordre des solennités qui se célébraient dans le temple. Saint Chrysostome remarque que les premiers psaumes, généralement parlant, ont pour objet des sujets plus tristes, et les derniers des sujets plus gais et plus consolants. Saint Augustin avoue qu’il n’a pu encore découvrir le mystère de l’arrangement des psaumes entre eux, mais qu’il lui semble que les trois cinquantaines de psaumes ont rapport à la vocation, à la justification et à la glorification des saints, parce que le cinquantième est de la pénitence, le centième de la miséricorde, et le cent cinquantième de la louange de Dieu dans ses saints. Mais saint Jérôme remarque qu’il est inutile de chercher dans le Psautier une suite chronologique des cantiques qui aient rapport à certains événements de l’histoire, puisque ce n’est point l’usage des auteurs lyriques de suivre cet ordre dans leurs ouvrages ; et certes, pour peu qu’on examine le texte et l’esprit des psaumes, on verra aisément que ceux qui ont travaillé à ce recueil n’ont point eu d’autre dessein que de nous donner, avec une exactitude scrupuleuse et un scrupule religieux, tous ces saints cantiques comme ils les rencontraient, sans se mettre en peine ni de supprimer ce qui était déj à répété, ni de suppléer ce qui paraissait défectueux, ni de réunir ce qui était séparé, ni de séparer ce qui était mal à propos uni. Ils ont laissé le soin de.faire ces remarques à ceux qui devaient étudier la lettre des psaumes. Voyez notre Préface sur les psaumes, art. 3.
V. Canonicité du livre des psaumes
L’authenticité et la canonicité du livre des psaumes ont toujours été reconnues par les Juifs et par les chrétiens. Saint Philastre dit que les nicolaïtes, les gnostiques et les manichéens niaient que David eût été prophète, ni que ses ouvrages fussent inspirés du Saint-Esprit. Quelques anabaptistes ont aussi nié l’inspiration des psaumes. Mais le sentiment général de l’Église chrétienne a toujours été que tous les cent cinquante psaumes contenus dans le Psautier, étaient l’ouvrage du Saint-Esprit. Une seule chose fait de la peine à quelques personnes de piété, c’est que dans les psaumes on trouve quelquefois des espèces d’imprécations contre les méchants et les ennemis du prophète. Mais les Pères et les interprètes expliquent d’ordinaire ces endroits comme si c’était des prédictions du malheur qui leur doit arriver, ou des souhaits de leur conversion ; comme si l’on disait : Ils périront certainement, s’ils continuent dans leurs désordres ; ou : Qu’ils puissent périr, s’ilsne se convertissent. Saint Chrysostome dit que le prophète dans ces passages n’exprime pas ses propres sentiments mais ceux des autres. Saint Athanase dit qu’il fait des imprécations, non contre les hommes, ses ennemis visibles, mais contre les démons, ses ennemis invisibles. On peut voir M. Bossuet, évêque de Meaux, Préface sur les psaumes, et notre Commentaire sur le psaume 34 page 373, 374.
VI. Commentaires sur les psaumes
Rien ne prouve mieux l’obscurité des psaumes que le grand nombre de commentaires que l’on a faits et que l’on continue de faire pour les expliquer. Bocchiuset Drodius en ont compté plus de cinq cents. Le R. P. le Long de l’Oratoire nous en a montré, dans le second tome de sa Bibliothèque sacrée, jusqu’à six cent trente, sà ns compter ceux qui ont écrit généralement sur toute l’Écriture, ni ceux qui n’ont commenté qu’une partie des psaumes ; en sorte que, à tout prendre, on peut avancer qu’il y a plus de mille écrivains qui ont travaillé sur les psaumes. La difficulté de réussir dans l’explication de ces divins cantiques vient de plusieurs sources : la première est l’obscurité du texte hébreu ; la seconde, la nature du style, qui est très-élevé, et en même temps très-éloigné de nos manières ; la troisième est la profondeur de la matière. Le texte hébreu des psaumes est plus obscur que celui des autres livres de l’Écriture, comme en général le style des poésies est plus malaisé que celui de la prose. Les copistes d’ailleurs l’ayant moins entendu, et l’ayant copié plus souvent, y ont fait glisser plus de fautes. Il n’y a qu’à confronter la manière dont les Septante, le Syriaque et saint Jérôme ont traduit ce texte, avec ce qu’on y lit aujourd’hui, pour apercevoir cette différence.
VII. Auteurs des psaumes
On est d’accord sur l’authenticité des psaumes, et on convient qu’ils ont eu pour auteurs des hommes inspirés du Saint-Esprit ; mais on ne convient pas s’ils sont d’un ou de plusieurs écrivains, ni qui est celui ou qui sont ceux qui les ont composés. Les uns soutiennent qu’ils sont tous de David. D’autres le nient. Saint Chrysostome, saint Ambroise, saint Augustin, Théodoret, Cassiodore, Euthyme, Philastrius, et plusieurs nouveaux soutiennent que David seul en est l’auteur. Saint Hilaire, l’auteur de la Synopse attribuée à saint Athanase, et plusieurs autres prétendent le contraire. Il faut examiner les raisons de l’un et de l’autre sentiment.
Ceux qui croient que David a écrit tout le Psautier se fondent,
1° Sur l’Écriture, qui désigne ce saint roi par sa qualité de chantre d’Israël (2 Samuel 22.1).
2° Dans toutes les cérémonies ou il est parlé de chantres, de psaumes, on ne marque d’ordinaire que les psaumes de David. Ainsi à la dédicace du temple de Salomon (2 Samuel 7.7 1 Chroniques 23.5), les lévites récitaient les cantiques que David avait composés. Lorsque Ézéchias voulut rétablir le culte du Seigneur dans le temple (2 Chroniques 29.30), il ordonna aux lévites de louer le Seigneur par les paroles de David et d’Asaph le Voyant. Asaph était un chef de la musique du temps de David à qui ce prince envoyait les cantiques pour les chanter et pour y donner l’air. À la dédicace du second temple, après le retour de la captivité (Esdras 3.10 ; Néhémie 12.35-39), on chanta les louanges du Seigneur par les cantiques que David avait composés. Néhémie (2 Machabées 2.13) mit dans sa bibliothèque les psaumes de David. Jésus, fils de Sirach, loue le zèle de David qui a composé des hymnes pour être chantés devant le Seigneur (Ecclésiaste 47.10). Dans le Nouveau Testament, notre Sauveur et les apôtres citent toujours les psaumes sous le nom de David (Matthieu 22.42 Luc 20.41 Marc 3.36) ; et ils en usent ainsi en présence des Juifs, qui ne se sont jamais avisés de les contredire en cela, quoiqu’en presque tout le reste ils ne fussent que trop disposés à contester ce qui venait de la part de Jésus-Christ ou des siens. Et ils n’en citent pas seulement de ceux qui sont inscrits du nom de David ; ils en allèguent même sous son nom de ceux qui n’ont aucun titre particulier, comme saint Pierre cite le second psaume (Actes 4.25).
3° L’usage ancien, uniforme et perpétuel de l’Église, qui donne au Psautier le nom de psaumes de David, est encore une preuve de la persuasion où l’on a été dès le commencement, que ce saint roi et prophète était auteur de ces divins cantiques. Saint Philastre a poussé cela si loin, qu’il met au nombre des hérétiques ceux qui niaient que David fût auteur de tous les psaumes. Pérez, dans son Commentaire sur les Psaumes, avance que Josèphe l’historien, le paraphraste Jonathan et tous les anciens Juifs étaient persuadés que David avait composé tout le Psautier ; mais que les rabbins abandonnèrent cette opinion, lorsqu’ils se virent pressés par Origène, qui les battait par des passages tirés de ce saint livre. Mais que gagnaient les rabbins en niant que David fût auteur de tous les psaumes, puisqu’ils les reconnaissaient tous pour inspirés et pour l’ouvrage des prophètes ? Nous ne voyons pas distinctement dans ce qui nous reste d’Origène quel était son sentiment sur cette question : mais Génébrard assure que les talmudistes et les rabbins enseignent communément que tous les psaumes ne sont point de ce saint prophète.
Voilà ce qu’on dit pour montrer qu’il a écrit tout le Psautier. Mais le sentiment contraire ne manque pas de bonnes preuves, et le nombre de ceux qui veulent que David ait partagé cet honneur aveç plusieurs autres n’est pas moindre que celui des défenseurs de l’opinion que nous venons de proposer. Saint Hilaire dit nettement que les psaumes ont pour auteurs ceux dont ils portent le titre : Absurdum est psalmos David dicere vel nominare, cum ibi auctores eorum ipsis inscriptionum titulis commendantur. Saint Jérôme dans sa lettre à Sophrone, qui est une préface sur le Psautier, dit la même chose que saint Hilaire ; et dans un autre endroit il regarde comme une erreur de dire que tous les psaumes sont de David. On lit dans une note sur le titre du premier psaume, au Commentaire de saint Augustin sur le Psautier, que tous les psaumes ne sont pas de David. Mais les savants croient que cette annotation n’est point de lui, et qu’il faut chercher son véritable sentiment dans le livre 17 de la Cité de Dieu, chapitre 14.Où il s’exprime nettement en faveur de David.
Les Pères grecs ne sont pas moins favorables au sentiment qui reconnaît plusieurs auteurs des psaumes, que les latins. Saint Athanase désapprouve le sentiment contraire. Il ne compte que soixante-douze psaumes de David, et croit que ceux qui n’ont point de titre sont du même auteur dont le nom se trouve à la tête du psaume précédent. Dans sa Synopse, si toutefois elle est de lui, il dit qu’il y a des psaumes d’Idithun, d’Asaph, des fils de Coré, d’Aggée, de Zacharie et d’Eman ; qu’il y en a même qui sont de tous ces auteurs ensemble, comme ceux qui ont pour titre Alleluia. Il ajoute que ce qui a fait donner au Psautier le nom de psaumes de David, c’est que c’est lui qui est le premier auteur de ces sortes d’ouvrages, et qu’il régla l’ordre, le temps et les fonctions de quelques autres écrivains, dont on voit les noms à la tete de certains psaumes. Eusèbe de Césarée ne donne à David que soixante-douze psaumes. Il croit que les autres sont de ceux dont ils portent le nom. Les fils de Coré en composèrent onze ; Asaph douze ; Salomon deux ; Moïse un ; Ethan Jezraïte un. Il nous représente David au milieu d’une troupe de musiciens tous inspirés, chantant tour à tour suivant que le Saint-Esprit les animait, pendant que tous les autres et David lui-même demeuraient dans le silence et se contentaient de répondre à la fin Alleluia.
À ces autorités des Pères on peut joindre le suffrage d’une infinité d’auteurs plus modernes, comme les rabbins et plusieurs commentateurs chrétiens de toutes les communions, dont la plupart reconnaissent qu’il y a dans le Psautier plusieurs cantiques écrits depuis le temps de David, et qui portent en eux-mêmes des preuves de nouveauté, puisqu’ils parlent, par exemple, de la captivité de Babylone, qui est de beaucoup postérieure au temps de David. Il est certain que les litres des psaumes sont assez anciens. Or il y en a plusieurs qui portent d’autres noms que David. On en peut donc conclure au moins que dès ce temps-là on ne croyait pas que tous les psaumes fussent de David. Et ce raisonnement a encore beaucoup plus de force contre ceux qui tiennent les titres des psaumes comme inspirés, ainsi que nous l’allons voir.
VIII. Titres des psaumes
Les titres des psaumes sont une des choses qui ont le plus exercé les interprètes, et sur lesquelles on a le moins de lumière et de certitude. Les uns ont un souverain respect pour les titres des psaumes et les regardent comme faisant partie de ces saints cantiques. Les autres les croient ajoutés après coup et de peu d’utilité. Quelques-uns s’imaginent que ces titres sont comme la clef du psaume, et que qui les entendrait bien entrerait aisément dans le sens de l’auteur sacré. Quelques autres les croient très-peu importants pour l’intelligence du texte, comme ayant été ajoutés par des auteurs assez récents, et souvent au hasard. D’autres disent que quand on avouerait que ces inscriptions sont très-utiles pour l’intelligence des psaumes, nous n’en pourrions tirer qu’un très-petit avantage, puisque la plupart sont si obscures, que les plus savants interprètes n’osent se flatter de les entendre, et qu’ils avouent qu’elles ne servent de rien pour éclaircir le psaume.
La plupart des Pères, conviennent assez de l’obscurité de ces titres, mais ils ont une bien autre idée de leur utilité. Origène rapporte une pensée qu’il avait apprise d’un Juif touchant l’obscurité des Écritures en général, et qui convient admirablement au livre des psaumes. L’Écriture, disait-il, est comme un édifice vaste et magnifique, composé de plusieurs appartements et de plusieurs chambres dont chacune a sa clef ; maïs la clef que vous trouvez auprès de chaque porte n’est pas celle qui lui convient. Souvent elle est ailleurs. Il s’agit de la trouver et de la démêler parmi plusieurs autres. Saint Augustin dit que le titre annonce le sujet du psaume : Tamquam prœco psalrni, est tituba psalmi. Le titre du psaume et le psaume sont deux choses qu’il ne faut pas séparer, dit saint Hilaire ; elles doivent s’entr’aider et se prêter mutuellement la main. Le titre est la clef du psaume, dit l’auteur du Commentaire sur les psaumes, imprimé sous le nom de saint Jérôme. Comme on ne peut entrer dans la maison sans la clef, ainsi on ne peut entendre le cantique, si on n’en explique le titre.
Saint Augustin va encore plus loin, puisqu’il semble regarder ces titres comme inspirés, de même que le reste du psaume. Sur le psaume 64, qui a pour titre Cantique de Jérémie et d’Ézéchiel, etc., il dit : On doit reconnaître ici la voix de l’inspiration sainte par le titre de ce psaume. Et ailleurs, parlant du titre du psaume 50 qui est intitulé : Psaume de David, lorsque Nathan le vint reprendre du péché qu’il avait commis avec Bethsabée, il dit : Cela ne se dit pas dans le corps du psaume ; mais on le trouve plus au long dans les livres des Rois. Or l’un et l’autre est Écriture divine : Utraque autem Scriptura canonica est. Théodoret est encore plus exprès, puisqu’il dit que ces titres sont de la main d’Esdras, qui était inspiré du Saint-Esprit, et qu’ils ont été lus et conservés par les Septante interprètes, qui avaient reçu aussi l’inspiration du ciel, et qui n’auraient eu garde de vouloir mêler des pensées humaines aux paroles du Saint-Esprit.
Les Juifs dans leurs synagogues lisent en chantant les titres des psaumes, de même que le reste de l’Écriture. Leurs rabbins les expliquent dans leurs commentaires. Les Septante et saint Jérôme les ont conservés dans leurs versions et dans les textes sacrés. La plupart des anciens et des modernes les ont considérés comme la clef des psaumes. Sans eux, comment discernerions-nous qui sont les auteurs de chaque psaume ? M.Bossuet, évêque de Meaux, dit positivement qu’ils ont été mis à la tête des psaumes par l’inspiration du Saint-Esprit, afin de nous faire connaître les auteurs et le sujet de chacun de ces divins cantiques, et qu’on ne doit point séparer les inscriptions des psaumes du corps des Écritures, puisqu’on les lit tout de suite et sans distinction dans l’Hébreu et dans toutes les versions. On peut voir pour le même sentiment M. Du Pin, Préface sur les psaumes, article 3.
Mais ce serait, ce me semble, outrer la matière que de prétendre que tous les titres des psaumes généralement sont canoniques et inspirés. Plusieurs théologiens catholiques ont dit tout net que la plupart ne servaient de rien à l’explication du psaume. Les Pères, entre autres saint Augustin, saint Hilaire, Théodoret, Cassiodore, ont reconnu que souvent ces titres n’avaient aucun rapport au corps du cantique, et qu’ils ne faisaient aucun sens dans l’endroit où on les mettait. L’Église catholique ne s’est jamais fait une loi de les chanter dans son office ; elle n’a jamais décidé qu’ils fussent canoniques ; car on convient que le concile de Trente, en déclarant canonique et authentique le texte latin de la Vulgate, n’a jamais prétendu canoniser tous les titres des livres saints. Les Septante, ou d’autres Grecs postérieurs ont ajouté des titres à certains psaumes qui n’en ont point dans l’Hébreu. Ces titres ont souvent varié. La version syriaque, qui est si ancienne, diffère souvent et de l’Hébreu et des Septante. Notre Vulgate n’est pas toujours d’accord avec l’Hébreu. Si les titres des psaumes avaient été regardés comme canoniques, aurait-on permis d’y toucher, de les altérer, de les supprimer, d’y ajouter ? Qui est le commentateur juif, catholique ou protestant, qui se fasse une obligation de suivre le titre du psaume dans son commentaire ? et cependant les Juifs et tous les chrétiens tiennent le Psautier pour Écriture divine.
Il faut donc dans cette question tenir un juste milieu.
1° Parler des titres des psaumes avec beaucoup de respect, puisqu’il y en a un bon nombre d’authentiques.
2° Reconnaître que ceux qui sont des premiers auteurs, des anciens prophètes, ou enfin d’Esdras, sont inspirés et canoniques.
3° Que ceux qui y ont été ajoutés, avant ou après Esdras, par des Juifs non inspirés ou par les Grecs, ceux qui sont manifestement contraires ou à l’histoire ou à l’esprit du psaume, ne méritent par eux-mêmes aucune considération particulière.
4° Enfin que les Pères mêmes qui ont paru les croire canoniques ou inspirés n’ont entendu parler que de ceux qui étaient dans le texte original et écrits de la main d’Esdras on des anciens prophètes ; car pour les autres, ils ne font nulle difficulté de les abandonner, comme on le voit dans Théodoret dans plusieurs occasions. On peut voir notre dissertation sur les titres des psaumes pages 29.30, et suivantes, où nous avons examiné cette question plus au long. Voyez aussi le P. Alexandre, Histoire vet. Test. Dissert. 24. quest. 1, art. 1.
En suivant les titres des psaumes qui se trouvent dans nos Bibles, il y en a soixante-douze qui portent le nom de David, cinquante qui sont sans nom d’auteur ; mais les rabbins croient qu’on doit les rapporter à celui dont le nom se lit immédiatement auparavant ; et cette tradition des Juifs est rapportée et suivie par Origène par saint Jérôme, par Eusèbe, par saint Hilaire et par saint Athanase.
On attribue aux enfants de Coré les psaumes 41, 43, 44, 45, 46, 47, 48, et les 83, 84, 87.
On attribue à Salomon le Psaume 71 : Deus, judicium tuum regi da ; et le 126 : Nisi Dominus oedificaverit domum.
On attribue à Ethan le Psaume 88 : Misericordias Domini in oeternum cantabo.
À Idithun le Psaume 76 : Voce mea ad Dominum clamavi.
À Moïse le Psaume 89 : Domine, refugiutn foetus es nobis.
À Asaph, le Psaume 49 : Deus Deorum Dominus locutus est.
Le Psaume 72 : Quam bonus Israël Deus.
Le Psaume 73 : Ut quid, Deus, repulisti in finem ?
Le Psaume 74 : Confitebimur tibi, Deus.
Item les 75, 76, 77, 78, 79, 80, 81, 82, 83.
On attribue à Adam le Psaume 91 : Bonum est confiteri Domino.
À Melchisédech le Psaume 109 : Dixit Dominus Domino meo sede a dextris meis.
À Jérémie et à Ézéchiel le Psaume 64 : Te decet hymnus.
À Jérémie le Psaume 136 Super flumina Babylonis, etc., qui est aussi attribué à David.
À Aggée et à Zacharie le Psaume 111 : Beatus vii qui timet Dominuml in mandatis ejus volet nimis ; et le Psaume 145 : Lauda, anima mea, Dominum ; laudabo Dominum in vita mea, etc.
IX. Psaume apocryphe
Outre les cent cinquante psaumes dont nous avons parlé, et qui sont reconnus pour canoniques, il y en a un cent cinquante et unième, qui n’est point dans le canon et qui ne se trouve ni dans l’Hébreu, ni dans le Chaldéen, ni dans la Vulgate : mais on le lit dans le Syriaque, dans la plupart des exemplaires grecs, dans l’Arabe, dans la version anglosaxonne, dans les livres de prières des Grecs. Saint Athanase, Euthyme, Vigile de Thapse, l’auteur qui a interpolé les Épîtres de saint Ignace, en font mention et le citent. Saint Chrysostome y fait allusion dans l’homélie 17, au peuple d’Antioche. Il a pour titre : Cantique d’actions de grâces de David, lorsqu’il eut vaincu Goliath. Il commence ainsi : J’étais le plus petit de mes frères et le plus jeune de la maison de mon père, et je paissais les brebis de mon père, etc. Nous l’avons donné en latin et en français avec une explication, à la fin de notre commentaire sur les psaumes.
X. Autres psaumes attribués à David
L’auteur de la Synopse attribuée à saint Athanase dit que David avait composé trois mille psaumes, du nombre desquels le roi Ézéchias en choisit cent cinquante, et supprima les autres. Il cite cela comme tiré des Paralipomènes, où nous ne lisons rien de semblable. Un auteur grec nommé Joseph Chrétien dit la même chose, et la cite comme des l’aralipomènes. Michel Glycas cite Psellos, qui le dit aussi ; et il paraît qu’il le croit lui-même. Il ajoute qu’après la captivité Esdras choisit les cent cinquante psaumes que nous lisons dans nos Bibles, du nombre de trois cents, ou même davantage, qu’il avait en main. L’auteur de la version syriaque dit que quelques-uns ajoutent à la fin du Psautier douze psaumes : mais il les rejette comme inutiles et sans autorité.
Psaumes de Salomon, ou Psautier de Salomon. Il faut voir le titre de Salomon.
Psaumes graduels
On donne Ce nom à quinze psaumes du Psautier, qui sont le 119 et les suivants, jusqu’au 134 inclus. Le texte hébreu les nomme : Cantique des montées ; le Chaldéen : Cantique qui fut chanté sur les degrés de l’abîme. Cette explication est tirée de la tradition des Hébreux, qui racontent que quand on voulut jeter les fondements du temple au retour de la captivité de Babylone, il sortit de la terre une si prodigieuse quantité d’eau, qu’elle s’éleva à la hauteur de quinze coudées, et qu’elle aurait abîmé tout le monde, si Achitophel ; le fameux Achitophel qui s’était pendu sous David près de cinq cents ans auparavant, n’en eût arrêté le progrès en écrivant sur les quinze degrés du temple le nom ineffable de Jéhovah. Ils rapportent au même événement le psaume 129, De profundis clamavi, etc., qui est un des graduels. Voilà ce que disent les Juifs. Junius et Trémellius traduisent l’Hébreu par : Cantique des excellences, ou, Cantique excellent ; traduction qui n’est point désapprouvée par De Muis et par d’autres habiles interprètes ;, mais la traduction commune qui porte : Cantique des degrés, est plus généralement suivie.
Mais d’où leur vient cette dénomination ? Les interprètes croient que c’est parce qu’on les chantait sur les quinze degrés du temple. On n’est pas d’accord sur le lieu où étaient ces degrés. Les uns les prennent au dehors de ce saint lieu ; les autres, à son entrée. D’autres croient que ce sont les quinze degrés que Josèphe marque, pour monter de l’enclos des femmes dans le grand parvis D’autres enfin veulent que ce soit sur les degrés qui montaient du parvis des prêtres au vestibule qui était au-devant du saint ; mais on ne peut montrer ni par Josèphe, ni par l’Écriture, que ni lus degrés du vestibule, ni ceux des portes du temple, ni ceux du dehors fussent au nombre de quinze. On voit par Ézéchiel (Ézéchiel 40.22-26,31,37,49), que les uns étaient de huit, et les autres de sept degrés. D’ailleurs on ne voit par aucun endroit des Écritures que les lévites chantassent sur les degrés du temple. Leur place était autour de l’autel des holocaustes dans le parvis des prêtres.
Quelques-uns ont cru que ces psaumes étaient appelés Cantiques des degrés, parce qu’on les chantait sur une tribune qui était dans le parvis d’Israël, où les lévites lisaient quelquefois la loi (Esdras 9.4). Mais on ne voit par aucun endroit de l’Écriture, que l’on ait placé des chantres sur cette tribune, ni qu’on y ait chanté ces psaumes en particulier. L’auteur du Commentaire sur les psaumes, imprimé sous le nom de saint Jérôme, dit que dans le temple il y avait plusieurs degrés de dignités entre les prêtres et les lévites. Cela est vrai : mais en aucun endroit on ne dit qu’il y en ait eu quinze. Il y avait certainement ving-quatre familles sacerdotales, et autant de familles des lévites. Mais qu’est-ce que tout cela fait aux quinze psaumes graduels ? Quelques rabbins et un bon nombre de commentateurs traduisent l’Hébreu par Cantiques d’élévation, parce que, disent-ils, on les chantait d’un ton fort élevé ? ou parce qu’à chaque psaume on rehaussait sa voix.
Mais pour ne pas multiplier ici les conjectures, nous allons exposer notre système sur cela. Nous traduisons l’Hébreu par Cantique de la montée, ou du retour de la captivité de Babylone. L’Écriture emploie ordinairement le verbe monter lorsqu’elle parle de ce retour. Qui de vous est du peuple du Seigneur ? dit Cyrus dans son édit en faveur des Juifs : Qu’il monte à Jérusalem. Et il se présenta un assez bon nombre de personnes pour monter, dit Esdras ; Sassabasar partit avec ceux qui montaient de la captivité ; et voici les noms des enfants de la province qui montèrent ; et Esdras monta de la captivité (Esdras 7.9) et le premier jour du premier mots fut le fondement de la montée de Babylone. Dans le psaume 121, qui est un des graduels, il est dit que les tribus sont montées à Jérusalem. Enfin Jérémie (Jérémie 27.22), prédisant le retour de la captivité, dit Alors je les ferai monter et revenir dans leur pays. Ézéchiel s’exprime de même (Ézéchiel 39.2).
Toutes ces expressions montrent assez que les Hébreux se servaient ordinairement du verbe monter, en parlant du voyage de Babylone à Jérusalem, parce que Babylone était dans une plaine, et la Judée dans un pays de montagnes. Ainsi il est fort naturel de nommer Cantiques des montées les psaumes qui ont été composés à l’occasion de la délivrance de la captivité de Babylone, soit pour la demander à Dieu, soit pour lui en rendre grâces ; et c’est en effet ce que l’on remarque dans les psaumes graduels. Ils ont tous rapport à ce grand événement. Ils eu parlent en plusieurs endroits, et la plupart ne peuvent s’expliquer que dans cette hypothèse. Cela seul suffirait pour nous déterminer à expliquer en ce sens le terme de Cantiques des montées. Nous ne rapportons pas ici un grand nombre de passages tirés de ces psaumes, pour prouver ce que nous avançons ; il n’y a qu’à ouvrir le Psautier, pour s’en convaincre. Voyez notre dissertation, qui sert de préface aux psaumes graduels.
Psaumes acrostiches
Ce sont ceux qui, dans l’Hébreu, commencent chaque verset ou chaque demi-verset par une lettre de l’alphabet rangée selon l’ordre alphabétique. Ces psaumes sont :
Le Psaume 24 : Ad te, Domine, levavi animam meam.
Le Psaume 33 : Benedicam Dominum in omni tempore.
Le Psaume 36 : Noli oemulari in malignantibus.
Le Psaume 110 : Confitebor tibi, Domine, in toto corde meo, in concilio justorum.
Le Psaume 111 : Beatus vir qui timet Dominum ; in mandatis ejus volet nimis.
Le Psaume 118 : Beati immaculati in via.
Le Psaume 144 : Exaltabo te, Deus meus Rex.
Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com
L’article dans CalmetDictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)
Le livre des Psaumes est le monument le plus important de la poésie hébraïque. Non seulement il renferme quelques-uns des plus beaux poèmes lyriques de toute la Bible, mais on y trouve réunis tous les genres de poésie dispersés dans les divers livres de l’Ancien Testament. Il constitue en outre le recueil des chants sacrés d’Israël, dont un grand nombre présentent un caractère liturgique indéniable.
Le Psautier est rangé par le Canon hébreu dans la troisième partie de la Bible (Ketoubim, Écrits, ou Hagiographies) et vient généralement dans les manuscrits en tête de cette catégorie de livres sacrés. Il se divise en cinq livres (Psaume 1-41,42-72,73-89,90-106,107-150). La fin de chaque livre est marquée par une doxologie ajoutée au dernier psaume ; seule la doxologie du cinquième livre est formée par un psaume entier, le 150e. Ces cinq livres sont mis en parallèle par le Talmud avec les cinq livres du Pentateuque (voir Canon de l’Ancien Testament).
Nombre des Psaumes. Le texte hébreu offre 150 psaumes. Un 151e est fourni par la version des LXX, mais expressément classé par elle « hors du nombre » ; attribué à Daniel, il est probablement la traduction d’un original hébreu, mais qui n’a jamais fait partie du Psautier.
Le texte hébreu et le texte grec, d’accord sur le total, diffèrent dans les détails de la numération. Le texte grec unit les Psaumes 9-10, et 114-115 ; en revanche, il sépare en deux les Psaume 116 et Psaume 147. De là vient que le texte grec soit en retard d’une unité sur le texte hébreu dans la majeure partie du Psautier. Les versions protestantes suivent le texte hébreu ; la Vulgate et les versions catholiques le texte grec.
Il est certain que plusieurs compositions poétiques sont arbitrairement coupées en deux psaumes dans le texte hébreu (ex. : Psaume 9 et Psaume 10, restes mutilés d’un seul psaume alphabétique restitué par le texte grec ; Psaume 42 et Psaume 43 qu’unit un même refrain). D’autre part, d’assez nombreux psaumes se décomposent facilement en plusieurs morceaux qui diffèrent par leur genre poétique et par leur sujet (ex. : Psaumes 19.1 ; Psaumes 19.7 la gloire de Dieu manifestée dans la nature, et Psaumes 19.8 ; Psaumes 19.14 la loi de Yahvé et ses bienfaits ; — Psaumes 27.1-6 chant de victoire, et Psaumes 27.7 ; Psaumes 27.14 prière intime introduite par la formule : Yahvé, écoute ma voix ! — Psaumes 107.1, 32 psaume de louanges avec refrain, et Psaumes 107.33-43 paroles d’un sage — Psaumes 115.1, 8 discours prophétique, et Psaumes 115.9 ; Psaumes 115.10 bénédictions liturgiques ; Psaumes 144.1 ; Psaumes 144.11 prière pour obtenir la délivrance, et Psaume 144 12-15 actions de grâces pour une période de prospérité).
Au reste, le nombre de 150 n’est pas absolument exact, plusieurs psaumes étant identiques ou ne présentant entre eux que de légères divergences (Psaume 14 = Psaume 53 Psaume 70 = Psaumes 40.14 Psaume 108 = Psaumes 57.8-11 et Psaumes 60.5 ; Psaumes 60.12). Le Psaume 18 reproduit le cantique de David (2 Samuel 22).
Genres des Psaumes
Le Psautier porte dans les éditions de la Bible hébraïque le nom de séphèr tehillim (livre de louanges), d’après la majorité des manuscrits. La Massore emploie le pluriel féminin tehilloth, plus conforme à l’hébreu tehillah, qui est le titre du Psaume 145. Ce nom paraît être inspiré d’une des dernières collections de psaumes, qui débutent par l’expression halelou-Yah (signifiant : louez l’Éternel). Les LXX et le Nouveau Testament nomment ce livre Psalmoï ou Biblos Psalmôn (Vulgate, Liber Psaltno-rum), d’après la traduction grecque habituelle de l’hébreu mizmor. Ce dernier titre étant généralement appliqué à des psaumes de David, le Psautier est assez souvent appelé ta toû Daveid (2 Macchabées 2.13) ou simplement Daveid (Actes 2.25 ; Actes 4.25 etc.). Quant au terme psalterion (nom grec d’un instrument de musique), il est fourni par le codex Alex, des LXX, où il désigne assez improprement le Psautier. Nos versions se conforment à l’usage grec et non à l’usage juif.
Ces deux noms : louanges, psaumes, rapportent le Psautier dans son ensemble à la poésie lyrique. Et en effet, les psaumes appartiennent pour la plupart à ce genre poétique, surtout ceux des premiers livres. Cependant on distingue dans le Psautier des genres très différents. Un assez grand nombre de psaumes se rapprochent du genre prophétique, ce qui n’a rien de surprenant, la prophétie ayant été à ses débuts accompagnée de chants et de musique (1 Samuel 10.5). Les chefs musiciens de David : Asaph, Héman, Jedoutoun sont appelés « voyants du roi », et ils prophétisent avec la harpe (1 Chroniques 25.1 ; 1 Chroniques 25.5). Au temps d’Ezéchias, Asaph est appelé un prophète (2 Chroniques 29.30). Les psalmistes revêtent souvent leurs paroles d’une autorité prophétique. Certains psaumes, quoique du genre lyrique, contiennent de courts oracles (ex. : Psaumes 2.5 ; Psaumes 2.9 ; Psaumes 46.11 ; Psaumes 50.7 ; Psaumes 110.1). D’autres constituent tout entiers des discours prophétiques, consistant, comme les prophéties habituelles, en reproches, avertissements et menaces. Ces discours sont dirigés contre l’impiété (14 = 53, 50), contre l’idolâtrie (Psaumes 115.1-8), contre un méchant (52 contre Doëg ; cf. Ésaïe 22.15 contre Shebna, Jérémie 20.3 contre Pashkour). À ce genre appartiennent les psaumes messianiques (promesses faites à la dynastie davidique : 2, 72, 89, 110, 132, ou à Jérusalem : 87).
Le genre didactique est représenté par les Psaume 37 (sentences morales conformes au type des Proverbes), 49 (appelé par l’auteur : paroles de sagesse, verset 4 ; mâchai = sentence, et khidâh = énigme, verset 5), 73, 119. Le genre historique fournit les Psaume 78 (histoire d’Israël jusqu’à David, psaume également rattaché par son titre au genre didactique, mâchai et khidoth, verset 2), 105 et 106, 136 (curieux mélange du genre historique et de la litanie), 89 (les versets 20, 38 complètent remarquablement le Psaume 78). Le genre liturgique offre des litanies (Psaume 136, Psaumes 118.1 ; Psaumes 118.4 ; Psaumes 118.25-29 Psaume 148), des bénédictions (Psaumes 115.9-18) et des malédictions (Psaumes 109.6 ; Psaumes 109.19).
Titres des Psaumes
La plupart des psaumes ont un ou plusieurs titres se rapportant soit au caractère du poème, soit à son usage musical et liturgique, soit à son auteur.
Les principaux titres relatifs au caractère du poème sont :
- Mizmor = psaume (poésie accompagnée de musique), terme dérivé d’une racine zâmar, appliqué à la musique instrumentale par opposition à la musique vocale (57 psaumes). Ce titre est presque toujours accompagné d’un nom d’auteur, ordinairement du nom de David.
- Chîr = cantique (grec, ôdê), poésie chantée (30 psaumes), titre assez souvent précédé ou suivi de mizmor pour indiquer que le chant est soutenu par la musique instrumentale (cf. 30, 65-68, etc.).
- Maskil (grec, eïs sunésin, latin ad intellectum ; Jérôme, eruditio), titre de 13 psaumes appartenant principalement au recueil des Fils de Coré (Psaume 42) et au genre didactique (Psaume 32, Psaume 78), ce qui justifie le sens d’instruction (cf. Psaumes 2.10 : et nunc erudimini ) ou plutôt de méditation (cf. Psaumes 41.1), sens dérivé de la racine sâkal. Le sens de poème habilement ou artistiquement composé (anglaise, skilfulpsalm), adopté par quelques-uns, ne convient guère, l’intelligence étant dans l’Ancien Testament rarement synonyme d’habileté et désignant plutôt la piété ; d’où : psaume destiné à l’édification religieuse.
- Mictam = poème précieux (terme dérivé de kétem = joyau, or), est le titre des Psaume 16 et Psaume 56-60 (6 psaumes) qui portent le nom de David et justifient cette appellation par la distinction de leur style et de leur pensée (grec, stèlographia, latin inscriptio, confondant mictam et mictab). C’est aussi le titre du cantique d’Ézéchias (Ésaïe 38.9).
- Chiggaïon (Psaume 7), dont le sens est incertain, peut désigner non une complainte (Segond), mais un poème sur un mode irrégulier ou dithyrambique. La prière d’Habacuc (Psaumes 3.1 et suivants) est composée selon ce mode (al-chigionoth)
- Tephillah = prière, est le titre de 5 psaumes, et tehillah = louange, du Psaume 145.
Les instruments d’accompagnement sont parfois désignés dans le titre : neguinoth, instruments à cordes (6 fois) ; nekhiloth, instruments à vent, flûtes (Psaume 5) ; guittith, la Guittienne (Psaume 8, Psaume 81, Psaume 84), peut-être la harpe de Gath importée de Crète par les Philistins et empruntée à l’antique civilisation égéenne. Il est à remarquer que les principaux instruments de musique servant pour le culte n’apparaissent jamais dans un titre, savoir : (d’après Psaumes 81.3) kinnor = harpe, nébèl = luth, toph = tambourin, chophar = trompette. La voix de soprano était probablement désignée par alamoth (Ostervald, Halamoth) = jeunes femmes (Psaume 46), et la voix de basse par cheminith= octave inférieure (Psaume 6 et Psaume 12).
Le titre offre aussi fréquemment les premiers mots de chants populaires sur la mélodie desquels le psaume devait être chanté ; on écarterait difficilement cette explication, qu’appuie la préposition al (signifiant : sur, ou selon), quelquefois el. Sur : « Ne détruis pas ! » (Psaume 57-59, mictam de David ; 75, Psaume d’Asaph). Sur : « Lis du témoignage » (Psaume 45, Psaume 60, Psaume 69, Psaume 80). Sur : « Colombe muette parmi les exilés » (Psaume 56, mictam de David) ; grec : « Pour le peuple exilé loin du sanctuaire » (Version Synodale : « Colombe des Térébinthes lointains », substitue Élim à Élem). Sur : « Biche de l’aurore » (Psaume 22). Sur : « Meurs pour le fils » (Psaume 9). Sur : « Blessure » (Psaume 53 ; verset 5. : « Sur un mode triste » ; lire mahéleth ; Psaume 88, « Blessure pour l’humiliation »). La plupart de ces formules sont obscures et le texte peut avoir été altéré. La préposition al, qui accompagne le nom du musicien Jeditoun ou Jedoutoun dans Psaume 62 et Psaume 77, est rectifiée par la préposition le dans Psaume 39 (signifiant : de ou selon Jeditoun).
D’autres formules se rapportent à l’usage liturgique. Pour le sabbat (Psaume 92), pour la dédicace du temple (Psaume 30), pour la commémoration (Psaume 38, Psaume 70), pour la louange (Psaume 100, Psaume chanté lors des sacrifices d’actions de grâces), pour l’enseignement (Psaume 60). Dans les LXX, d’autres psaumes sont rapportés aux divers jours de la semaine. C’est sans doute aussi à un usage liturgique que s’applique le titre : Cantique pour les mahaloth (signifiant : montées), qui est celui d’une collection de 15 psaumes (Psaume 120-134). L’ancienne version : « Cantique des degrés » paraît devoir être abandonnée. Ces psaumes étaient sans doute chantés lors des pèlerinages montant au temple de Jérusalem à l’occasion des grandes fêtes religieuses (cf. Psaumes 122.4 ; Psaumes 125.2 Psaume 133 Psaume 134). Ces diverses formules sont caractérisées par la préposition le (signifiant : pour).
On peut attribuer à l’usage musical et liturgique le mot Sélah, qui revient fréquemment dans le texte des psaumes (71 fois en 39 psaumes, et trois fois dans la prière d’Habacuc : Psaumes 3.3, Psaume 9, Psaume 13). Il ne se trouve que dans les psaumes appartenant aux plus anciennes collections et accompagnés d’indications musicales.
Le sens est assez obscur (grec, diapsalma ; Talmud, ad ôlam = à toujours ; Jérôme, semper). La version diapsalma peut désigner soit un interlude, soit une élévation du son (rinforzando). Ce dernier sens est le plus conforme à l’étymologie (sélah, impératif : élève… la mélodie). La version talmudique a suggéré au Hébrew and English Lexicon d’Oxford (p. 699) une hypothèse destinée à concilier les deux traditions ; Sélah signifierait : « Élevez vos voix », et, par cette indication liturgique, le clergé serait invité à interrompre le psaume pour prononcer la formule de bénédiction, qui se termine par l’expression ad ôlam (Néhémie 9.5 : Bénissez Yahvé d’éternité en éternité). Quant à Higgaïon, joint à Sélah dans Psaumes 9.17, il doit avoir comme celui-ci quelque analogie avec l’usage musical, mais son sens est aussi difficile à déterminer (LXX, ôdè diapsalmatos). Mis en parallèle dans Psaumes 92.4 avec le luth et associé à la harpe, il paraît devoir désigner soit un jeu d’instruments de musique (Segond, Bible du Centenaire : en sourdine), soit plutôt, d’après son étymologie, une mélodie destinée à favoriser la méditation (c’est le sens du mot hébreu dans Psaumes 19.14 ; Lamentations 3.62).
On n’attribue guère aujourd’hui à la même catégorie l’expression : lamenatséakh, relative au Maître-chantre, prise jadis en ce sens que les indications musicales, dont elle est généralement accompagnée, étaient destinées au Maître-chantre (ex. : Psaume 4, au Maître-chantre, sur des instruments à cordes ; 5, sur des flûtes ; 9, sur : « Meurs pour le fils », etc.). Cette explication ne peut servir pour les cas assez nombreux où lamenatséakh n’est ni précédé ni suivi d’aucune indication d’ordre musical ou liturgique (ex. : 11 ou 14). Au reste, la préposition le établit une analogie indiscutable avec les épithètes : le-David, le-Asaph, etc., qui se rangent naturellement dans la catégorie des noms d’auteurs. Rien n’empêche que le chef de la musique instrumentale du temple ait eu comme eux, ou comme la corporation des Fils de Coré, sa propre collection de psaumes.
Un grand nombre de psaumes nous fournissent en effet des noms d’auteurs, surtout dans les premiers livres : Moïse (1 Psaume) ; David (73 ; Psaumes) ; Asaph (12 ; Psaumes) ; les Fils de Coré (11 ; Psaumes) ; Salomon (2 ; Psaumes) ; Héman et Éthan, Ezrahites (sages mentionnés dans 1 Rois 4.31), auteurs des Psaume 88 et 89 ; Jeditoun (39, 77) ou Jedoutoun (62), nommé à côté d’Asaph et de Héman comme un des trois chefs musiciens de David (1 Chroniques 16.40-42). Il faut ajouter sans doute à cette liste le Maître-chantre.
La préposition le, qui accompagne tous ces noms propres, semble attribuer à ces personnages, soit la composition poétique, soit la composition musicale des psaumes en question. Cependant, le pluriel : « Des fils de Coré » et l’attribution d’un même psaume à deux personnages différents laissent entrevoir une autre interprétation. Or ces doubles attributions de psaumes ne sont pas rares ; elles sont même assez fréquentes, si on y fait rentrer tous les psaumes qui se réclament à la fois du Maître-chantre et de David ou des Fils de Coré. Le Psaume 88 se réclame des Fils de Coré, du Maître-chantre et de Héman l’Ezrahite. Dans le cas des doubles attributions, l’un des noms pourrait désigner l’auteur du poème, l’autre l’auteur de la musique, mais cette interprétation n’est pas valable pour les triples attributions.
On est ainsi conduit à penser que ces noms désignent des collections de psaumes et qu’un certain nombre de psaumes étaient communs à plusieurs collections avant d’entrer dans le Psautier. Cette opinion est fortement appuyée par le fait que des psaumes mis sous deux noms différents sont aussi désignés comme appartenant à deux genres différents (Psaume 65 : Du Maître-chantre psaume, de David cantique ; Psaume 68, id. ; Psaume 88, mizmor des Fils de Coré, maskil de Héman l’Ezrahite). L’exemple du Psaume 88 montre qu’un même psaume pouvait être emprunté à plusieurs recueils différents, à un recueil de Mizmorim (psaumes) et à un recueil de Maskilim (méditations), lorsque son genre n’était pas particulièrement accentué. La plupart des noms figurant dans les titres s’appliquent à des musiciens connus ou à des corporations de choristes, de sorte que les formules : Des Fils de Coré, d’Asaph… , désignent des psaumes recueillis et conservés dans la famille ou dans la corporation musicale d’Asaph ou des Fils de Coré.
Formation du Psautier
Le Psautier s’est formé graduellement par la juxtaposition ou même le mélange de plusieurs collections de psaumes. Cette conception est confirmée par la notice qui clôt le deuxième livre : « Fin des prières de David, fils d’Isaï » (72.20). Un même rédacteur, sachant qu’il avait encore d’autres psaumes davidiques à utiliser, n’aurait pas clos ici les œuvres de David. En outre, la présence dans le Psautier de poèmes semblables ou identiques ne s’explique pas autrement que par une formation graduelle. Enfin, ce qui vient à la fois étayer cette conception et entraîner des complications, c’est l’influence élohistique qui s’est exercée à une certaine époque sur toute une partie du Psautier (voir Dieu [les noms de]).
Le nom de Yahvé est employé presque exclusivement dans le livre I (Yahvé 278 fois, Élohim 15), à la fin du livre III (Psaume 84 à 89 : Y. 31, E. 7), exclusivement dans le livre IV et dans le livre V (sauf Psaume 108, qui est formé de deux psaumes du groupe élohistique) La portion élohistique du Psautier comprend le livre II (E. 164, Y. 30) et la majeure partie du livre III (Psaume 73 à 83 ; E. 36, Y. 13), soit tout le bloc des Psaume 42 à 83. Or ces psaumes élohistes ne sont pas tels du fait de leurs auteurs ; le nom d’Élohim y a été substitué au nom de Yahvé qui était primitif. Et, en effet, nous possédons au moins deux psaumes élohistes qui se retrouvent ailleurs dans le Psautier sous la forme yahviste (Psaume 53 = Psaume 14 Psaume 70 = Psaumes 40.14 et suivants). La preuve que leurs auteurs employaient le nom de Yahvé, c’est que l’expression « Yahvé mon Dieu » ou « Yahvé ton Dieu », si fréquente dans tout l’Ancien Testament et si naturelle, est devenue dans ces psaumes : « Dieu, mon Dieu » (Psaumes 43.4), ou « Dieu, ton Dieu » (Psaumes 45.8 ; Psaumes 50.7). Les psaumes élohistes, provenant eux-mêmes de plusieurs collections, ont appartenu à un recueil qui est entré en bloc dans le Psautier, après avoir subi cette transformation du nom de Dieu, transformation qui ne s’est pas étendue à l’ensemble du livre.
La division actuelle du livre n’est pas purement artificielle et manifeste assez bien, même au point de vue chronologique, le processus de sa formation. D’une part le livre I renferme à lui seul une collection spéciale de psaumes de David qui paraît bien la plus ancienne, le noyau primitif ; d’autre part, les deux derniers livres nous fournissent assurément les psaumes les plus récents. Mais la division en cinq livres ne saurait servir de base à l’étude de la formation du Psautier. Il s’agit d’établir une division réelle qui tienne compte des divers recueils dont il se compose. On peut distinguer trois parties :
- le noyau primitif des psaumes de David, livre I ;
- les psaumes élohistes (42-83), suivis d’un complément à ce recueil (84-89), livres II et III ;
- les collections récentes, d’un caractère liturgique plus prononcé, livres IV et V Le noyau primitif a été transmis par le Maître-chantre, dont le nom figure en tête de presque tous les psaumes de David. Plusieurs des collections suivantes doivent provenir de la même source. On en compte quatre dans la 2e partie : 1ère de Coré (42-49), 2e de David (51-72), Asaph (50 et 73-83), 2e de Coré (84-89). La 3e partie comprend un assez grand nombre de collections dispersées : psaumes dits théocratiques (90-100) ; 3e collection de David, divisée en plusieurs groupes (101-103, 108-110, 138-145) ; 1ère collection de psaumes de louanges, avec la formule Halelou-Yah, en deux groupes (104-107, 111-118), à laquelle peut se rattacher le Psaume 119 ; psaumes des Mahaloth = degrés ou montées (120-134) 2e collection de psaumes de louanges en deux groupes (135-136, 146-150). Le Psaume 137 peut être rattaché à la collection des Mahaloth, avec lesquels il offre quelque analogie.
La date des psaumes, ou des diverses collections de psaumes, ne saurait être déterminée d’une façon précise, en l’absence d’informations sûres fournies par le texte. Les noms de personnages connus désignent des recueils que la tradition taisait remonter jusqu’à eux, mais dont la formation s’est étendue sur plusieurs siècles. Treize psaumes offrent des notices relatives à l’événement historique ayant donné lieu à leur composition. Ces notices se rapportent toutes à la vie de David, soit à l’époque de sa persécution par Saül (ordre chronologique : Psaume 7, Psaume 59, Psaume 56, Psaume 34, Psaume 52, Psaume 57, Psaume 142, Psaume 54), soit à ses victoires (Psaume 18, Psaume 60), à sa pénitence (Psaume 51), à sa fuite devant Absalom (Psaume 3, Psaume 63). Seulement, ces notices sont rarement confirmées par le contenu des psaumes auxquels elles sont affectées. Titres et notices doivent être sérieusement contrôlés par l’étude exégétique du texte.
Le style des psaumes peut donner d’utiles indications. Il est certain que les derniers livres se distinguent, sauf exception, par un style moins classique, exempt d’archaïsmes, semé de réminiscences et rempli de phrases conventionnelles, dénotant une époque postérieure. Mais ces indications sont trop générales, les psaumes de la plus belle facture poétique pouvant provenir de la période entière qui s’étend de David à Jérémie ou à la captivité. Les notions religieuses exprimées ne sont pas davantage un critère infaillible, la limite étant souvent délicate à fixer pour l’éclosion ou le déclin de telle ou telle conception et les psaumes se répartissant entre les diverses tendances qui ont eu cours en Israël. Le critère le meilleur pourrait être trouvé dans les allusions historiques ; mais peu nombreux sont les psaumes qui en renferment, et les allusions s’appliquent en bien des cas indifféremment à des événements historiques très distants les uns des autres. La fixation de la date d’un psaume ne peut s’énoncer qu’avec une extrême prudence et en utilisant les divers critères selon l’ordre de leur valeur.
Au reste, toute une école estime que ces méthodes d’investigation ne peuvent donner pour les psaumes aucun résultat, les titres et notices qui se réfèrent à des noms d’auteurs anciens n’ayant aucune valeur et le Psautier ayant été composé tout entier durant la période post-exilique pour servir de livre de cantiques dans les cérémonies du Temple restauré. Il est vrai que l’opinion récente des commentateurs se détourne de cette exagération, et l’on reconnaît que le premier temple a dû posséder un ou plusieurs recueils de psaumes, dont un certain nombre peuvent avoir été conservés. Le Psaume 137 montre avec évidence que les Israélites avaient emporté en Babylonie leurs hymnes religieux et que les « Cantiques de Sion » étaient célèbres. Ésaïe II fait nettement allusion aux chants de louanges antérieurs à l’exil (Ésaïe 64.10). Bien plus, Jérémie, prédisant la restauration du temple démoli, cite comme étant déjà en usage de son temps une doxologie chantée, que fournissent également, bien que légèrement modifiée, les psaumes des derniers livres (Jérémie 33.11, cf. Psaumes 106.1, etc.). Déjà auparavant Ésaïe (Ésaïe 30.29) et Amos (Amos 5.23 ; Amos 8.10) font allusion tant aux cantiques du royaume de Juda qu’à ceux du royaume de Samarie. Et de fait, les particularités de certains psaumes s’expliquent mieux si l’on admet qu’ils proviennent des sanctuaires du royaume du Nord. Les questions de date et d’auteur restent libres de tout a priori et soumises aux règles habituelles de la critique.
À cette première difficulté s’en est ajoutée une autre, aussi grave. Selon une opinion courante, la plupart des psaumes des premiers livres expriment non les sentiments ou les pensées d’un auteur individuel, qui pourtant emploie la première personne du singulier, mais de la communauté israélite. Celui qui parle, se plaint, se repent et prie, c’est Israël, soit dans son ensemble, soit dans sa partie fidèle, c’est le serviteur collectif de Dieu. Assurément Israël est souvent personnifié dans l’Ancien Testament, spécialement chez les prophètes, et il en est de même dans un grand nombre de psaumes, par exemple au Psaume 129, où le peuple s’exprime comme un individu : « Ils m’ont assez opprimé dès ma jeunesse… » Les LXX et le Targum ont appliqué à la nation entière des psaumes qui apparaissent comme fortement individuels (Psaume 23 Psaume 56 etc.). Cependant il ne paraît pas possible d’appliquer cette théorie à tout le Psautier, et il suffit d’admettre que des poésies anciennes, émanant de personnalités religieuses et composées dans des circonstances déterminées, ont été plus tard utilisées pour l’édification de la communauté et adaptées, avec ou sans modifications importantes, au culte israélite.
L’attention a été attirée d’une manière toute spéciale sur les plaintes des psalmistes et sur le grand nombre de psaumes où s’exhalent des lamentations soit collectives soit personnelles. Le sujet de ces plaintes paraît souvent difficile à définir. Les lamentations collectives ont le plus souvent pour sujet les péchés du peuple qui ont attiré sur lui la colère divine et sur Jérusalem l’opprobre et la ruine. Mais les lamentations individuelles soulèvent plus de difficultés. Quels sont les maux dont se plaint le psalmiste ? Qui sont les oppresseurs qui l’accablent, les ennemis qui le persécutent, les adversaires qui le calomnient, le raillent et lui tendent des pièges ? On a cru trouver la clef du mystère dans la situation des Anavim (signifiant : humbles), dont il est fait fréquemment mention. Ces humbles sont les « pauvres d’Israël », opprimés de tout temps par les grands, méprisés par les hautes classes et dont le sort misérable avait déjà rempli d’indignation les prophètes préoccupés de justice sociale.
Toutefois ces plaintes refléteraient spécialement la situation des Anavim à une époque récente, soit pendant la période perse, lorsque se formèrent des partis séparés par de graves dissensions, soit pendant la période grecque, quand s’éleva la lutte entre les partisans du vieil hébraïsme et les hellénisants qui pactisaient sur le terrain philosophique et social avec l’étranger. Nul doute qu’alors les humbles, fidèlement attachés aux traditions yahvistes et adversaires de la civilisation nouvelle, n’aient eu à souffrir socialement et religieusement du mépris et de l’oppression des grands, spécialement du parti Sadducéen, enrôlé sous la bannière de l’hellénisme. Mais ici encore une discrimination s’impose ; les psaumes où cette théorie trouve sa complète application sont trop peu nombreux pour qu’on puisse en faire la clef de toutes les lamentations rangées dans la même catégorie. Au reste le terme Anavim désigne rarement une classe de pauvres, auxquels les épithètes Ebionim, Dallim sont mieux appropriées ; il s’applique plus habituellement aux humbles de cœur, qui s’humilient non devant les hommes mais devant Dieu. Or les souffrances des piétistes, exposés aux railleries et aux persécutions, n’ont pas attendu les périodes grecque ou perse pour s’exhaler en plaintes amères, et il peut s’en trouver dans le Psautier comme chez Jérémie ou dans d’autres ouvrages antérieurs à l’exil.
Une explication plus récente a été fournie qui fait l’objet de vifs débats. Elle transpose le problème du point de vue moral au domaine des superstitions populaires. Le mot avèn, traduit ordinairement par méchanceté ou malice et mis en parallèle avec rechaïm = les méchants ou impies, est interprété dans le sens de sortilège, pouvoir magique ; l’expression poalé-avèn (signifiant : ouvriers de méchanceté) désignerait ceux qui se livrent aux pratiques magiques. Comme dans plusieurs psaumes babyloniens, avec lesquels on les compare, les lamentations individuelles exprimeraient les plaintes de malheureux exposés aux entreprises et aux représailles des sorciers ou d’ennemis particuliers, usant contre eux d’un pouvoir magique par les incantations ou par les gestes rituels. Ces plaintes auraient pour complément nécessaire les rites de purification ; elles auraient été prononcées en vue d’obtenir par la purification la délivrance de l’ensorcellement. Voir Prière, I
Notons que dans cette hypothèse les psaumes envisagés devraient être reportés à une assez haute antiquité, à une époque où le monde religieux était encore dominé par les superstitions de la religion populaire et où le sacerdoce ne craignait pas de prêter son concours à des pratiques d’exorcisme. De fait, l’opinion se répand de plus en plus qu’en Israël comme ailleurs le rite est primitif, qu’il a précédé les conceptions morales introduites ou appuyées spécialement par le prophétisme, et que certaines cérémonies rituelles fournies par le Pentateuque offrent un cachet d’archaïsme inobservé jusqu’ici.
Cela dit, on ne peut nier que certains psaumes, en particulier les psaumes de malédictions, présentent quelque analogie avec les formules magiques (cf. Psaumes 140.10-12 ; Psaumes 109.6-16 ; Psaumes 83.14-18). Toutefois des malédictions du même genre se lisent assez souvent au cours de psaumes où elles n’ont aucun caractère rituel (cf. Psaumes 79.12 ; Psaumes 125.5 ; Psaumes 137.8 et suivant) et voisinent avec des appels directs à la délivrance de Dieu. Ce sont plutôt les cris d’une âme tourmentée et qui se plaint d’être aux prises avec la calomnie ou l’injustice. Le mot avèn est trop souvent en parallélisme avec chèqèr = mensonge, mirmah = fraude, khamas = violence, toutes expressions de l’ordre moral, pour qu’on soit autorisé à lui donner partout un sens magique. Dans bien des cas avèn désigne des actes coupables formellement mentionnés dans le psaume ou qui en ressortent clairement et qui n’ont rien à voir avec les sortilèges. Quant aux rites purificateurs destinés à détourner l’action magique, il n’y est fait aucune allusion. Ici encore, il serait vain de chercher une clef, une explication globale, d’où s’évaderaient trop de cas particuliers.
Date des diverses collections
Les investigations quant à la date des psaumes sont donc libres de tout a priori. Seulement, nos observations précédentes nous engagent à procéder par collections, à rechercher pour chacune d’entre elles ses origines et la date de sa clôture, plutôt qu’à suivre chaque nom d’auteur à travers tout le Psautier. De fait, chaque collection est assez facile à délimiter et porte son cachet spécial. Des rapprochements peuvent cependant s’opérer entre plusieurs d’entre elles, en particulier entre la 1ère collection de David (livre I) et la 2e (Psaume 51 à 72). Ces deux collections offrent de telles ressemblances de style et de pensée qu’il est difficile de les étudier séparément. Elles présentent ensemble tous les psaumes pourvus d’une notice historique relative à la vie de David, à l’exception d’une seule qui se trouve en tête du Psaume 142 de la 3e collection, mais doit y avoir été ajoutée postérieurement (cf. l’expression récente biheïôtô = quand il était… dans la caverne) et paraît provenir de l’analogie entre ce psaume et le Psaume 57 (quand il s’enfuit loin de Saül dans la caverne). La seule différence à noter, c’est le caractère élohistique de la 2e collection. On peut en conclure qu’elle faisait primitivement suite à la 1ère et ne formait qu’un seul recueil terminé par la notice : « Fin des prières de David » (Psaumes 72.20). Le rédacteur élohiste l’aura séparée de la 1ère pour la faire entrer dans son recueil, où elle est malencontreusement placée entre le Ier psaume d’Asaph (50) et la suite de la collection d’Asaph (Psaume 73). S’il en est ainsi, il n’y a qu’avantage à reconstituer ce recueil de David pour en faire une étude spéciale.
Le recueil de David qui forme le noyau primitif du Psautier débute avec le Psaume 3, les Psaume 1 et Psaume 2 servant de préface à l’ouvrage tout entier, ou tout au moins aux trois premiers livres, qui semblent se distinguer assez nettement des deux derniers. Peut-on faire remonter les débuts de ce recueil à l’époque du roi David ? Aucune objection de principe ne l’interdit. Bien des critiques, qui l’admettent, ne diffèrent que par le nombre plus ou moins étendu de psaumes considérés par eux comme davidiques. Si l’on étudie les 12 psaumes avec notices biographiques, on se convainc que la plupart sont anciens et assez bien adaptés à la vie de David, à sa situation et à l’état d’âme que lui assignent les sources de l’histoire sainte. Cependant plusieurs se rapporteraient mieux à une autre période de l’histoire de David qu’à celle fournie par la notice (Psaume 3 ne paraît pas inspiré par la révolte d’Absalom, mais par une invasion étrangère ; Psaume 34 ne fait aucune allusion au stratagème de David contrefaisant l’insensé à la cour d’Abimélec). Dans l’ensemble du recueil, bien des psaumes se présentent avec le même cachet d’antiquité et s’adaptent sans effort au règne de David.
De cette disparité entre les notices et le contenu des psaumes on pourrait donner l’explication suivante. Il aurait existé à l’origine une biographie de David faite à la fois de récits et de poèmes. Lors de la formation du recueil de psaumes davidiques, ces poèmes auraient été empruntés à la biographie et dispersés sans ordre chronologique dans le recueil, les récits étant réduits à de sommaires indications. Dans la biographie primitive, le rédacteur avait utilisé ces poèmes attribués à David par la tradition, et quelques erreurs se seraient glissées dans son choix ; mais d’une manière générale, comme dans le reste du recueil, ces poèmes nous donnent par leur style et leurs notions religieuses une image assez juste de la poésie davidique.
Il faut remarquer seulement que plusieurs psaumes contre l’authenticité desquels aucune objection grave ne peut être élevée, ne sont pas nécessairement pour cette raison l’œuvre personnelle du roi David. C’est le cas par exemple pour le Psaume 18, identique au cantique de David (2 Samuel 22). En outre, quelques-uns des psaumes les plus anciens ont subi des modifications et des adjonctions, qui rendent difficile la reconstitution du texte primitif. Enfin des psaumes davidiques ont passé dans d’autres recueils : le Psaume 110, dont le noyau est formé d’un oracle adressé à David, a passé dans une collection postérieure à la faveur d’une interprétation messianique et a subi des adjonctions ; le Psaume 132, relatant le transfert de l’arche à Jérusalem, a passé dans la collection des Mahaloth.
L’ensemble du recueil présente une masse intéressante de psaumes à caractère archaïque prononcé, où Dieu est présenté comme donnant à un roi la victoire sur ses ennemis, où abondent les allusions à des guerres contre les peuplades voisines d’Israël, dont le rôle a été bien réduit dans la suite, et où se remarquent des théophanies que leur genre assigne sans conteste au yahvisme primitif.
Mais à côté du noyau central, qui reflète le langage et les idées de l’antique hébraïsme, le recueil renferme des psaumes dirigés contre l’idolâtrie ou contre la corruption des mœurs, qui se placent dans la période prophétique (14-17), des psaumes du temps d’Ézéchias (65-68), toute la série des psaumes dits de Jérémie, qui sont inspirés par les souffrances de ce prophète ou de quelque autre prophète persécuté, et qui se distinguent par le style deutéronomique (Psaume 29, Psaume 31, Psaume 35, Psaume 40, Psaume 69 Psaume 70 Psaume 71). Ce recueil n’a donc pas été clos avant la ruine de Jérusalem, mais ne paraît rien renfermer d’important qui lui soit postérieur.
Les psaumes des Fils de Coré sont également divisés dans le texte actuel en deux collections (Psaume 42-49 et Psaume 84-89). Dans la 1ère, le plus ancien paraît être le Psaume 45, qui célèbre le mariage de Salomon avec une princesse phénicienne. Si les deux psaumes portant le nom de Salomon ne remontent pas jusqu’à lui, en revanche le Psaume 45 ne peut se rapporter qu’à ce roi. Les Psaume 42 et Psaume 43 (un seul poème) sont l’œuvre d’un lévite emmené en captivité dans la région de l’Hermon, à une époque où le temple était dans toute sa splendeur et le clergé puissant, mais où Israël avait subi une défaite de la part des Araméens (probablement vers 810 ; 2 Rois 12). Les autres psaumes (dont le 46, qui a inspiré le cantique de Luther) reflètent le temps d’Ézéchias. Dans la 2e collection, le 84 offre les plus grandes ressemblances avec les 42 et 43 et pourrait avoir le même auteur, ce lévite du temps de Joas qui, après avoir gémi sur la terre étrangère, se réjouit de fouler à nouveau les parvis (verset 3 : « Mon âme avait langui… »). Le 87 s’associe aux conceptions prophétiques du VIIIe siècle, selon lesquelles Jérusalem deviendra la métropole religieuse du monde, les 88 et 89 s’appliquent à la ruine de Jérusalem, les 85 et 86 remercient Dieu pour le retour de l’exil. Dans l’ensemble, les psaumes des Fils de Coré offrent un caractère moins populaire que ceux de David, et plus sacerdotal ; c’est bien un recueil fait par des lévites, les sentiments y sont plus profonds et les pensées plus élevées. Il n’a été clos qu’au temps de la restauration.
Les psaumes d’Asaph (Psaume 50, Psaume 73 à 83) forment une transition au genre des psaumes post-exiliques. Plusieurs, dont le style est de la bonne époque, se rapportent à la période assyrienne (Psaume 83), reproduisent les reproches d’Ésaïe dans son chapitre 1er (Psaume 50, Psaume 82), célèbrent la délivrance de Jérusalem au temps d’Ézéchias (Psaume 75 Psaume 76) à peu près comme les Psaume 46 Psaume 47 Psaume 48 de Coré et Psaume 65-67 de David. Mais une époque postérieure est indiquée par le Psaume 73 et par les lamentations sur la ruine de Jérusalem (Psaume 74, Psaume 77, Psaume 79).
Les psaumes appelés théocratiques (Psaume 90-100) peuvent se diviser en deux groupes : Psaume 90-92 qui réclament la délivrance de Dieu (Psaumes 90.13 : « Jusques à quand, Seigneur ? »), et Psaume 93-100 qui célèbrent le règne de Dieu et sa victoire. Seul le Psaume 94, appel au Dieu des vengeances, offre un caractère assez différent.
La 3e collection de David (Psaume 101-103, Psaume 108-110, Psaume 138-145) semble avoir été intentionnellement dispersée dans cette partie du recueil pour justifier l’appellation de Psaumes de David donnée par la tradition à l’ensemble du Psautier. Mais, si l’on y sent une utilisation des psaumes davidiques, aucun d’eux ne peut être antérieur à l’exil sous sa forme actuelle, et ils offrent des rapports indéniables avec leur contexte. Le Psaume 101 débute comme les psaumes théocratiques qui le précèdent, et le Psaume 103 comme le groupe de psaumes de louanges qui le suit ; le Psaume 102 (anonyme) exprime les mêmes pensées que le Psaume 90 (prière de Moïse). Tous trois sont d’ailleurs dans la note théocratique et affirment que Yahvé règne (Psaumes 102.13 ; Psaumes 103.19). Les Psaume 138-145 sont essentiellement des psaumes d’imitation. Il faut excepter le très beau Psaume 139, où l’auteur s’élève jusqu’à la notion de la toute-présence de Dieu.
Les Mahaloth constituent une collection d’une assez grande valeur littéraire et religieuse. Les allusions au retour de la captivité, à la reconstruction des remparts et des palais (Psaumes 122.3-7) nous transportent à l’époque de Néhémie (Néhémie 6.15).
Les psaumes de louanges, divisés en plusieurs groupes, ne devaient aussi former qu’un seul recueil, le plus récent. La coupure entre les livres IV et V est si artificielle qu’elle sépare deux psaumes de louanges appartenant au 1er groupe (Psaume 106 et Psaume 107). Malgré l’uniformité de l’exclamation Halelou-Yah, ils appartiennent à des genres assez différents et sont d’une valeur religieuse très inégale (le Psaume 107 est d’une grande beauté ; les derniers psaumes sont parmi les plus faibles : tout y est sacrifié à l’usage liturgique et à l’idéal sacerdotal).
Clôture du Psautier
La date à fixer pour la clôture des dernières collections et de l’ensemble du Psautier est sujette à controverse. La préface du Psautier (Psaume 1 et Psaume 2), composée de deux psaumes à caractère davidique interprétés dans le sens messianique, et les doxologies ajoutées lors de la division en cinq livres, semblent indiquer une époque antérieure aux grandes épreuves des périodes grecque et romaine. Cependant bien des critiques en trouvent des échos dans certaines portions du Psautier. La controverse porte sur un assez grand nombre de psaumes qui reflètent les préoccupations exclusivement ecclésiastiques d’une époque très récente (dernier livre) et sur plusieurs psaumes appartenant à la 2e partie du Psautier qui exposeraient les souffrances d’Israël durant la période macchabéenne. La persécution d’Antiochus Épiphane (voir article) aurait inspiré particulièrement les Psaume 44, Psaume 60, Psaume 74, Psaume 79, Psaume 83.
Remarquons-le d’emblée, le Psautier s’étant formé graduellement, il serait surprenant que la collection d’Asaph eût été déjà rangée dans la 2e division, si elle n’avait été close qu’à cette époque tardive. Sans doute, il se pourrait que des psaumes plus anciens eussent été remaniés à l’époque macchabéenne pour les adapter aux circonstances spéciales et à l’état d’âme des Israélites persécutés. Toutefois, il ne paraît pas qu’il en soit ainsi, ces psaumes s’expliquant fort bien par les désastres militaires et la ruine du royaume de Juda, tandis qu’il n’y est fait aucune allusion certaine aux événements caractéristiques de l’époque macchabéenne, aux funestes dissensions des Juifs, au culte idolâtrique et à la civilisation que les Grecs prétendaient leur imposer. On constate en outre que ces psaumes appartiennent pour la plupart à la catégorie des psaumes élohistes ; or, le Psaume 108 étant une compilation de deux psaumes élohistes, il en résulte que ces derniers sont nécessairement plus anciens. Au reste, l’hébreu de la seconde division du Psautier n’indique nullement une période de décadence littéraire.
En réalité, la question ne peut être tranchée que par des arguments empruntés à l’histoire du texte et du canon de l’Ancien Testament. L’auteur du livre des Chroniques, qui vivait vers l’époque d’Alexandre le Grand, a dû connaître le Psautier sous sa forme actuelle. Il a inséré, en effet, à la suite du récit du transport de l’arche à Jérusalem un cantique qui aurait été chanté par « Asaph et ses frères » dans cette circonstance (1 Chroniques 16.8 ; 1 Chroniques 16.36). Ce cantique est en réalité une compilation de morceaux empruntés à des psaumes de la 3e division (Psaumes 105.1 ; Psaumes 105.15 ; Psaumes 106.1 ; Psaumes 106.47), preuve que ces psaumes étaient relativement anciens à son époque. En outre ce cantique se termine par la doxologie du livre IV, d’où il résulte que le Psautier était déjà muni de ses doxologies et divisé en cinq livres. Le chroniqueur cite plus loin deux psaumes du dernier livre ; dans 2 Chroniques 6.40 ; 2 Chroniques 6.42, il mêle à la prière de Salomon des phrases empruntées aux Psaume 130 et Psaume 132 (Psaumes 130.2 et Psaumes 132.8 ; Psaumes 132.10).
Plusieurs autres livres antérieurs aux Macchabées offrent des allusions aux psaumes les plus récents comme aux plus anciens. Le livre de Jonas fourmille de citations et offre, en particulier dans la prière de Jonas (Jonas 2.3 ; Jonas 2.10), un tissu de réminiscences de trois psaumes récents, appartenant à trois groupes ou recueils différents : Psaume 116 (louanges), Psaume 120 (Mahaloth), Psaume 142 (David). Les livres apocryphes Baruch, Tobit, Ecclésiastique sont dans le même cas. Le Ier livre des Macchabées, à propos du massacre des Juifs par Alcimus et Bacchidès (en l’an 162), cite Psaumes 79.2 et suivant : preuve que ce psaume n’était pas contemporain des événements. La version des LXX assigne un certain nombre de psaumes, qui dans le texte hébreu sont anonymes, à Jérémie, Aggée, Zacharie ; aucun n’est assigné à l’époque macchabéenne. La préface du 2e livre des Macchabées, qui date de l’an 144, désigne déjà l’ensemble du Psautier sous l’appellation « œuvres de David ». Enfin, les Psaumes de Salomon, qui ne datent guère (d’après les évaluations les plus avancées) que d’une cinquantaine d’années après la période macchabéenne, offrent un contraste si frappant avec le Psautier et marquent un tel progrès sur ses conceptions religieuses qu’il n’est pas permis de passer sous silence un semblable argument.
Dans le prologue de l’Ecclésiastique, le traducteur grec de l’ouvrage, qui écrivait en Égypte vers l’an 130, assure que son aïeul l’avait composé après avoir soigneusement étudié « la loi, les prophètes et les autres livres nationaux ». On doit en conclure que Jésus ben-Sirach (écrivant soit en l’an 180, soit plus probablement déjà en 250) possédait un texte de l’Ancien Testament renfermant les trois parties du canon hébreu. Ce texte était traduit en grec avant 130, preuve qu’il possédait déjà depuis de longues années une grande autorité dans le monde judéo-alexandrin.
Caractère poétique des Psaumes
Les Psaumes présentent en abondance les diverses variétés de la poésie hébraïque (voir article). Les règles poétiques anciennes et récentes qui ont été découvertes ou préconisées trouvent dans les Psaumes leur application la plus riche et leur justification la plus sûre. Nulle part, sauf dans les Proverbes, on ne trouve mieux développés les divers genres de parallélisme reconnus jadis comme le fondement de la poésie des Hébreux, en l’absence presque totale de la prosodie classique et de la rime. Mais aussi nulle part on ne trouve une meilleure adaptation du système récemment proposé et qui consiste à scander les vers hébreux selon le nombre de syllabes accentuées contenues dans chaque hémistiche. Le calcul des brèves et des longues n’a rien donné, mais le calcul des syllabes toniques paraît aboutir à des résultats satisfaisants et fournir, au moins pour un grand nombre de psaumes, la solution tant cherchée. Les uns, en effet, présentent des vers à deux membres symétriques : savoir 2 et surtout 3 syllabes toniques dans chaque hémistiche (ex. : Psaume 3). D’autres présentent des vers à deux membres asymétriques : principalement à 3 syllabes toniques pour le Ier hémistiche et 2 pour le 2e ; c’est le mode de la complainte. D’autres enfin des vers à trois membres symétriques (ex. : Psaume 23, tristiques à 3 syllabes accentuées). Bien des psaumes varient leurs versets ou leurs strophes suivant ces divers modes (ex. : Psaume 121, verset 1 [3 + 3], verset 2 [3 + 3], verset 3 [3 + 2], verset 4 [3 + 2], etc.). On le voit, les vers asymétriques ne sont pas exclusivement réservés au mode élégiaque ; toutefois leur place dans le Psautier se justifie par les plaintes que tant de psalmistes font monter vers Dieu. Au reste, l’inspiration poétique des Hébreux usait de trop de liberté pour s’astreindre à l’application rigoureuse d’un système.
À noter encore les strophes à refrains, qui donnent si noble allure à plusieurs des plus beaux psaumes (Psaume 42, Psaume 43, Psaume 107, voir aussi Psaume 46, Psaume 49, Psaume 57, Psaume 80), et la structure alphabétique (acrostiche), qui est celle, plus ou moins déformée, de 8 ou 9 psaumes (Psaume 9 et Psaume 10, Psaume 25, Psaume 34, Psaume 37, Psaume 111, Psaume 112, Psaume 119, Psaume 145) ; ce dernier mode de composition, qui se retrouve dans d’autres littératures anciennes, ne saurait être un indice d’une date tardive (voir Alphabétique [poème]).
Quant à la valeur poétique des psaumes, elle est diversement appréciée. Les uns dénient aux Hébreux un tempérament poétique, qui semble pourtant l’apanage des peuples orientaux. Ces poèmes leur paraissent trop dépourvus d’envolées imaginatives ou encore trop pauvres en descriptions de la nature pour supporter la comparaison avec la poésie grecque et latine. D’autres situent la valeur des psaumes dans la profondeur des sentiments exprimés et dans l’élévation de la pensée, qui souvent touche au sublime. On fait seulement remarquer le petit nombre des sujets abordés et la monotonie des plaintes toujours les mêmes qui se succèdent d’un psaume à l’autre. En réalité les psaumes sont le reflet très authentique de l’état d’âme de l’Israélite, toujours épris de liberté et de justice, gémissant sous l’oppression, implorant de l’Éternel une délivrance que sa faiblesse et ses principes lui interdisent de rechercher par lui-même, ployé sous l’adoration d’un Dieu souverain qui tient en ses mains la destinée des hommes et des nations, les yeux tournés vers le ciel, ouvrage du Créateur, vers cette « porte des cieux » d’où descendra avec le Messie la révélation de tous les mystères. N’y a-t-il pas dans ces aspirations du cœur et dans cette attitude spirituelle un fonds poétique auquel sont sensibles toutes les âmes qui unissent la poésie et l’idéal ?
La piété des psalmistes
Les Psaumes reflètent aussi la pensée hébraïque dans sa complexité et dans son évolution. La religion populaire y domine dans les premiers livres et la religion sacerdotale dans les derniers. Les conceptions morales du vieil hébraïsme n’y sont nulle part dépassées et les visions apocalyptiques n’y ont pas encore leur place. L’évolution s’arrête au seuil du judaïsme pharisaïque et Sadducéen. Voir aussi Psalmistes [message des].
Le Yahvé des psalmistes, comme de la religion populaire, est avant tout le Dieu libérateur, dont les délivrances se marquent par des prodiges et dont « l’ange campe autour de ceux qui le craignent » ; le Dieu miséricordieux, qui « prête l’oreille » aux gémissements de ses fidèles ; le Dieu juste, qui fait « droit et justice » aux opprimés de son peuple et auquel l’innocent n’a jamais recours en vain. Les psaumes dits « pénitentiaux » expriment en termes inégalables le profond repentir de l’homme et le pardon de Dieu, à l’occasion d’une faute grave (Psaume 32, Psaume 51 etc.) ; mais le psalmiste distingue nettement entre les méchants (ou impies) à qui Dieu réserve sa colère, qu’il disperse « par le souffle de sa bouche », et les justes à qui il accorde sa grâce (sa faveur), vers lesquels il « tourne sa face ». De là la confiance absolue du juste (du hasid, homme pieux) en la faveur constante de l’Éternel (voir Hasidim).
Avec le yahvisme primitif, les psaumes nous offrent aussi l’écho de la prédication prophétique à son apogée : l’absolue souveraineté de Dieu, sa royauté (Yahvé, le roi de gloire : Psaume 24), son triomphe sur les ennemis d’Israël, l’inviolabilité de Sion, la montagne sainte. C’est ensuite le Dieu créateur (Psaume 8, Psaume 19, Psaume 104), omniscient ou omniprésent (Psaume 139), le Dieu unique dont le règne va faire disparaître le culte des idoles. Les épreuves de l’exil inspirent aux psalmistes des pensées nouvelles d’humiliation, posent devant eux le grand problème de la destinée du peuple élu et du plan divin, comme aussi le problème de la justice de Dieu. Le principe hébraïque de la rémunération s’ébranle, et le Psaume 73 expose le trouble où le malheur des justes, contrastant avec la prospérité des méchants, jette les âmes jusque-là confiantes. La liaison s’établit entre les psaumes et le livre de Job. La conclusion est la même : Dieu seul possède la sagesse, l’homme ne saurait percer les mystères divins, la seule voie qui subsiste est celle de la foi.
Mais des perspectives nouvelles sont ouvertes en Israël : Job réfléchit à la destinée future de l’âme humaine, il entrevoit la possibilité pour elle de sortir du Cheol (voir ce mot), à l’expiration d’un terme fixé par Dieu (Job 14.13 et suivants), et c’est l’aube qui se lève sur la conception de l’immortalité. Aucun psaume ne paraît présenter cette espérance d’une résurrection de l’âme ; mais au moins deux d’entre eux nous révèlent le secret espoir qui soutenait quelques hommes de Dieu, l’espérance d’obtenir à leur tour le privilège qui fut celui d’un Hénoc, d’un Moïse et d’un Élie. De même que Hénoc « ne fut plus parce que Dieu le prit » (hébreu lâqakh), l’auteur du Psaume 49 (verset 16 : Seulement Dieu rachètera mon âme de l’emprise du Cheol, car il me prendra) et celui du Psaume 73 (verset 23 : Je serai toujours avec toi, tu m’as saisi par la droite, tu me conduis par ton conseil, après quoi tu me prendras en gloire) emploient le même terme pour exprimer l’espoir d’obtenir le même sort. Ceux que Dieu a « saisis » échappent au Cheol ; il les « prend » auprès de lui. Cette récompense accordée aux hommes de Dieu dont l’histoire fait mention peut se renouveler pour quelques privilégiés. Mais à cette conception du psalmiste, le judaïsme a substitué celle de la résurrection des corps.
L’espérance messianique trouve enfin dans le Psautier son expression la plus fervente. Les psaumes messianiques sont répartis dans les diverses collections ; ils appartiennent à tous les temps et à tous les milieux. La foi populaire a saisi, comme une ancre de salut, la promesse d’une alliance éternelle faite à David et à sa dynastie ; elle a vu, dans cette immutabilité du trône de David, la sauvegarde de Jérusalem et la perspective d’un avenir glorieux pour le peuple élu. Ni l’infidélité de ses rois, ni les désastres nationaux, ni les épreuves de l’exil n’ont pu ébranler cette foi, qui se retrouve identique dans les psaumes les plus récents. Le parallélisme est frappant avec les développements donnés par les prophètes à l’espérance messianique. Les psalmistes appliquent au Messie futur, qui rétablira le trône de David, les prédictions prophétiques du VIIIe siècle. Le Psaume 2 est un écho de la prédication d’Ésaïe : « J’ai établi mon roi sur Sion, ma montagne sainte. L’Éternel a dit : Tu es mon fils ! » (Psaumes 2.6). Le Messie exercera, au nom de l’Éternel, comme fils du roi des cieux, la domination sur Israël, et prononcera le jugement des nations ; il étendra son règne jusqu’aux extrémités de la terre. Plus tard, le Psaume 110, en accord avec la prophétie de Zacharie, ajoute à la royauté glorieuse du Messie la prérogative d’un sacerdoce perpétuel.
Mais plus encore que dans cette espérance d’une gloire future Jésus s’est retrouvé dans bien des traits où les psalmistes ont décrit les souffrances des justes et leur inébranlable fidélité. Afin que fût accompli ce qui est annoncé dans les prophètes et dans les psaumes (Luc 24.44), Jésus a fait passer dans sa vie et dans sa mort les expériences des psalmistes opprimés, comme les douleurs du Serviteur de l’Éternel dépeintes dans l’hymne immortel d’Ésaïe 53. La scène de la crucifixion relate plusieurs faits, dont l’équivalent figure dans le Psautier, spécialement au Psaumes 22.9 ; Psaumes 22.18 ; Psaumes 22.19. Sur la croix, Psaumes 22.2 et Psaumes 31.6 ont inspiré au Sauveur deux de ses sept paroles ; son cri d’angoisse devant l’abandon de Dieu et l’ultime appel par lequel il a remis son esprit entre les mains de son Père. Par là se justifie la prédilection des chrétiens de tous les temps pour ces chants d’Israël, devenus le principal livre de cantiques de l’Église. Ed. B.
Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com
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