Dictionnaires bibliques
Pourceau
Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Pourceau », un article après l’autre.
Dictionnaire de la Bible (Bost)
Voir Porc.
Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com
L’article dans BostDictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)
Animal fort connu, et dont l’usage était expressément défendu aux Hébreux (Lévitique 11.7 Deutéronome 14.8). [Voyez animaux]. Ils ont tant d’horreur de la chair de cet animal, qu’ils ne daignent pas même prononcer son nom. Ils disent : Cette bête, cette chose. Le saint vieillard Eléazar (2 Machabées 6.18) ayant été pris par les gens d’Autiochus Épiphane, fut fortement sollicité de goûter, ou même de faire semblant de goûter de la chair de pourceau. On lui ouvrit de force la bouche, pour l’obliger d’en manger ; mais il aima mieux souffrir la mort que de violer la loi de Dieu et de scan danser les faibles de sa nation.
Porphyre disait que les Hébreux et les Phéniciens s’abstenaient du porc, parce qu’il n’y en avait point dans leur pays. Il aurait été bien plus juste de dire qu’il n’y en avait point, ou du moins qu’il y en avait peu, parce qu’ils n’en nourrissaient point, à cause de l’horreur qu’ils en avaient ; car il est certain qu’on y en peut fort bien nourrir, et on sait par l’Évangile (Matthieu 8.30-31 Marc 5.11 Luc 8.32-33 ; 15.15) qu’il y en avait des troupeaux du temps de Notre-Seigneur. Quelques autres anciens ont cru que les Juifs ne s’abstenaient de chair de porc que parce qu’ils rendaient à cet animal des honneurs divins.
Mais c’est une calomnie qui ne mérite pas même que l’on prenne la peine de la réfuter. Les profanes se raillaient de cette abstinence, et disaient que les Juifs auraient autant aimé tuer un homme qu’un pourceau.
Auguste disait qu’il aurait mieux valu être le pourceau que le fils d’Hérode, parce que ce prince avait fait mourir deux ou trois de ses enfants. L’horreur du porc n’était pas particulière aux Juifs. Les Égyptiens l’avaient si fort en horreur, que si quelqu’un, même par hasard, venait à le toucher, il allait aussitôt se plonger tout vêtu dans la rivière. Ils ne permettaient point aux porchers l’entrée de leurs temples, et ne voulaient avoir aucun commerce avec eux. Les Arabes Scénites ne mangeaient point de porc ; et Solin assure même que si l’on en portait dans leur pays, il mourait aussitôt. On sait qu’Adrien ayant rebâti Jérusalem, fit mettre sur les portes de cette ville un porc en relief, afin que les Juifs n’en approchassent point, et pour marquer un plus grand mépris de ce misérable peuple.
Le Sauveur dans l’Évangile (Matthieu 7.6) défend à ses disciples de jeter leurs perles devant les pourceaux, de peur, dit-il, qu’ils ne les foulent aux pieds, et qu’ils ne se tournent contre vous, et ne vous déchirent ; c’est-à-dire, qu’il ne faut pas inconsidérément parler des choses divines, et annoncer certaines vérités devant des auditeurs mal disposés. Cela ne fera que les irriter, et exposer la vérité au mépris et à l’insulte. L’Ecclésiastique (Ecclésiaste 32.6) dit dans le même sens, Ne parlez point quand vous ne trouvez pas l’auditeur disposé à entendre : Ubi auditus non est, ne effundas sermonem. C’est sur cette maxime qu’est fondée la maxime des anciens Pères de l’Église, de ne pas parler devant les païens des mystères du christianisme, de n’en parler qu’avec une très-grande circonspection et en présence de gens disposés à les reconnaître et à les respecter. L’enfant prodigue dont parle saint Luc (Luc 15.15) est réduit, après avoir dissipé tout son bien, à paître les pourceaux, et trop heureux s’il eût eu de quoi se rassasier des carouges dont on nourrit ces animaux. Voyez ci-devant gousses, et ci-après Siliquae.
Comme un cercle d’or au groin d’un pourceau est chose très-mal placée, aussi est la beauté dans une femme qui manque de sagesse (Proverbes 11.22). Les femmes juives et arabes mettent quelquefois des anneaux dans leurs narines pour se parer. Mais on ne peut rien de plus ridicule que d’en mettre au groin d’un pourceau.
Saint Pierre (2 Pierre 2.22) compare le pécheur qui retombe dans son péché au pourceau qui, après avoir été lavé, va de nouveau se vautrer dans la boue. C’est une espèce de proverbe. Le pourceau aime la boue et s’y vautre volontiers.
Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com
L’article dans CalmetDictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)
Espèce domestique du mammifère pachyderme dont le type sauvage est appelé sanglier. Celui-ci (hébreu khazîr, arabe khanzir) est le sus scrofa, qui persiste dans les régions de Palestine où il peut s’abriter (Thabor, rives du Jourdain, du lac de Génézareth, de la mer Morte). Sa nourriture est végétale ; il ne devient omnivore que par nécessité. Il fait dans les cultures d’énormes dégâts (témoin l’image fort appropriée du psalmiste : Psaumes 80.14, cf. Pseudo-Esdras 15.30) ; aussi est-il l’objet de poursuites acharnées qui l’ont rendu très méfiant : il ne quitte guère les couverts, où il est presque en sécurité. Pour le mythe du sanglier de Thammuz, voir ce mot.
Du sanglier provient le porc domestique, ou pourceau (grec khoïros), dont la femelle est la truie (grec hus), et qui paraît avoir été tenu pour sacré et offert aux dieux dès la plus haute antiquité : dans une caverne reliée au plus ancien sanctuaire de Guézer (plus de 2 000 ans avant Jésus-Christ), on a trouvé de nombreux ossements de porc. Les Cananéens le sacrifiaient et mangeaient sa chair ; il semble avoir été la bête préférée pour les sacrifices de Babylone et de l’ancienne Grèce ; il était consacré au dieu Adonis et à la déesse Aphrodite. C’est sans doute pour cette raison, plus encore que par précaution hygiénique contre les maladies de peau que peut provoquer la consommation de sa viande mal cuite, que la loi israélite classait le porc parmi les animaux impurs et en interdisait l’offrande (Lévitique 11.7 ; Deutéronome 14.8 ; Ésaïe 65.4 ; Ésaïe 66.3-17). Enfreindre cette défense était une apostasie, à laquelle leurs maîtres païens tentèrent quelquefois d’entraîner les Juifs (1 Macchabées 1.47 ; 2 Macchabées 6.18). Mais ceux-ci éprouvaient une véritable horreur pour cet animal, qui devint l’emblème de l’impureté (Proverbes 11.22 ; Matthieu 7.6 ; 2 Pierre 2.22) ; des Juifs stricts le désignaient, pour éviter de le nommer, par le terme d’« abomination » (voir ce mot, 2e) ou par l’euphémisme. « une autre chose ». Le métier de porcher leur était pratiquement interdit.
Si deux exemples semblent prouver qu’au temps de Jésus les Juifs étaient devenus moins scrupuleux et que parfois, comme les païens, ils faisaient l’élevage du porc, Jésus désapprouvait certainement ce relâchement, comme son attitude paraît le suggérer dans la scène de Gérasa, où le troupeau est détruit tout entier (Marc 5.11 ; Marc 5.16 ; Matthieu 8.30 ; Matthieu 8.34; Luc 8.32 ; Luc 8.34), et comme il l’indique lui-même dans la parabole de l’enfant prodigue en faisant du métier de gardeur de pourceaux le comble de la dégradation. Pour (Luc 15.15 et suivant) le mot attribué à Auguste sur « le pourceau d’Hérode », voir Massacre des innocents.
Après les Juifs, les musulmans ont hérité de cette aversion pour le porc et dépassent même les Israélites à cet égard : ils s’abstiennent totalement d’en manger, et khanzir est pour eux une épithète injurieuse ; les colons étrangers seuls en élèvent et en consomment. Aussi les porcs sont-ils rares aujourd’hui en Palestine.
C’est très probablement dans l’Asie centrale que le porc a été domestiqué sous le type du porc des tourbières (sus palustris). Les fouilles d’Anau (Turkestan) en ont livré de nombreux restes. De là il aurait gagné à la fois l’Europe centrale, car il apparaît dans les cités lacustres suisses à la fin du néolithique, et aussi l’Asie antérieure et l’Égypte. Il a dû être introduit par des envahisseurs dont le flot dévastateur aurait laissé dans l’âme des vaincus les plus amers souvenirs, ce qui pourrait expliquer l’horreur générale inspirée par cet animal. Plus tard, dans les symboles du Moyen âge, son goût pour les ordures fit du porc le type proverbial des plaisirs immondes, la représentation du diable, ou des démons de la gourmandise et de la volupté ; l’imagerie pieuse le plaçait quelquefois aux pieds d’un saint, non comme compagnon mais comme ennemi vaincu, marquant par là que le saint avait triomphé des tentations de la chair.
E. D.
Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com
L’article dans Westphal