Dictionnaires bibliques
Philistins
Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Philistins », un article après l’autre.
Dictionnaire de la Bible (Bost)
Peuplade des bords de la Méditerranée (Sophonie 2.5 ; mer qui est aussi appelée à cause de cela la mer des Philistins, Exode 23.31). Ils habitaient au sud-ouest de la Judée (Ésaïe 11.14), le ruban compris entre Hékron et le torrent d’Égypte, le penchant occidental des montagnes de Juda, touchant aux tribus de Dan, de Siméon et de Juda (Josué 13.3). Le nom hébreu de ce pays était Pelèsheth, que nos versions ont malheureusement rendu par Palestine (Exode 15.14 ; Psaumes 60.8 ; Joël 3.4) ; en l’absence d’un autre nom, nous le rendrions plutôt par Philistie ; on l’appelait aussi tout simplement le pays des Philistins (1 Samuel 27.1 ; 29.11 ; etc.). Les Septante traduisent souvent le nom hébreu par étrangers, non seulement à cause des données historiques (Genèse 10.14 ; Amos 9.7), mais encore et surtout à cause de sa signification étymologique, palash signifiant émigrer, comme en éthiopien falasa. D’après Genèse 10.14, les Philistins seraient les descendants des Caslukhim, tandis que d’après Jérémie 47.4 et Amos 9.7, ils descendraient des Caphtorim ; on suppose que dans le premier de ces passages il y a eu transposition d’un mot, ce qui serait rendu assez probable par le fait que Moïse lui-même les fait ailleurs aussi descendre de Caphthor (Deutéronome 2.23) ; mais s’il y a eu transposition, l’erreur est fort ancienne, puisqu’elle se trouve, non seulement dans la version samaritaine, mais encore dans 1Chronoques 1.12, où le passage de la Genèse est répété. Une faute de copiste ancienne se comprend, du reste, aussi bien qu’une faute plus moderne ; si l’on veut maintenir la double descendance, on peut voir, à l’article Caphtor, la solution la plus probable de cette difficulté. Quoi qu’il en soit, on ne met pas en doute que les Philistins ne soient aussi descendants de Caphtor, et toute la question est de savoir quel est le pays ou le peuple ainsi désigné ; nous l’avons examinée à l’article Caphtor.
Les Philistins, qu’Abraham trouva déjà dans ces contrées, constitués en royaume à Guérar (Genèse 21.34 ; 26.1 ; etc.), sont célèbres dans l’histoire des Israélites comme leurs ennemis implacables. Affranchi de la captivité d’Égypte et marchant vers Canaan, le peuple de Dieu n’osa point aborder le territoire des Philistins, quoique ce fût le chemin le plus court, celui que suivent encore de nos jours les caravanes qui se rendent d’Égypte en Judée, et Dieu les conduisit par une route plus longue, afin que leurs troupes nombreuses, mais embarrassées, ne fussent pas exposées aux attaques de cette peuplade forte et courageuse (Exode 13.17). Sous Josué, les Philistins apparaissent comme une espèce de confédération d’États réunis sous cinq chefs dont les résidences sont Gaza, Asdod, Askélon, Gath et Hékron (Josué 13.3 ; cf. Juges 3.3) ; leur territoire comprend d’ailleurs d’autres villes non murées (1 Samuel 6.18). On ne voit pas que Josué ait eu des conflits avec eux, et la division du pays telle que ce général l’ordonna, n’était sans doute qu’un projet dont la réalisation devait s’effectuer à la longue, au fur et à mesure que quelques tribus seraient solidement établies (Josué 15.45 ; 19.43). La lutte commença presque avec le gouvernement des juges, et parcourut bien des phases diverses ; les tribus méridionales eurent surtout à souffrir de leur belliqueux voisinage (Juges 3.31) ; les Philistins s’avancèrent assez avant dans le pays (voir Thimna), et asservirent parfois, pour longtemps les tribus devenues infidèles au vrai Dieu (Juges 10.7-11 ; 13.1 ; 14.1 ; 15.11).
Sous Éli ils s’emparèrent même de l’arche sainte, mais une défaite sanglante qu’ils éprouvèrent à Mitspa mit fin à leur domination de quarante ans, que les travaux de Samson n’avaient pu suffire à repousser complètement (1 Samuel 4 et 7). Le règne de Saül n’en eut pas moins à compter avec eux, et il les vit aussi souvent vainqueurs que vaincus (1 Samuel 13.17 ; 23.28 ; 24.2) ; le courage intelligent de Jonathan son fils, et la vaillance de David portèrent de rudes coups aux agresseurs (14.1 ; etc. 17.1 ; 18.27 ; 19.8). Ce dernier, même après s’être séparé de Saül, continua de tenir les Philistins en échec (23.1), jusqu’au moment où, contraint de chercher à Gath un refuge, il fut presque amené à faire cause commune avec les Philistins contre son roi légitime, mais abandonné de Dieu (27.1).
Vainqueurs dans un dernier combat, les Philistins mirent à mort les fils du roi vaincu, qui lui-même se tua pour ne point survivre à son honneur et à sa famille (31.1). Leurs attaques ne se ralentirent point sous le règne de David, mais elles furent infructueuses ; ils furent battus à plusieurs reprises et perdirent même leur ville de Gath (2 Samuel 5.18-21 ; cf. 1 Chroniques 18.1 ; et 2 Samuel 15.18) ; des guerriers Israélites se signalèrent dans ces luttes par des faits d’armes isolés (2 Samuel 23.11). Ils furent tranquilles sous Salomon et sous le règne des premiers rois d’Éphraïm, quoique nous les voyions pendant cette époque résider assez avant sur le territoire d’Israël (1 Rois 15.27 ; 16.15). Tributaires du vaillant Josaphat (2 Chroniques 17.11), ils se relèvent sous Joram, se joignent aux Arabes, marchent contre Jérusalem, pillent les trésors royaux et enlèvent le sérail et les enfants de la famille royale (2 Chroniques 21.16 ; cf. Joël 3.4-6), mais Gath est menacée sous Joas par la Syrie, qui menace aussi Jérusalem (2 Rois 12.17) ; les Philistins sont de nouveau vaincus sous Ozias (2 Chroniques 26.6), puis vainqueurs sous Achab, à qui ils enlèvent quelques villes de la Judée occidentale (2 Chroniques 28.18 ; cf. peut-être Ésaïe 14.29). Ézéchias, dans les premières années de son règne, regagne le terrain perdu, et reprend ses avantages (2 Rois 18.8). Asdod tombe entre les mains de l’Assyrie qui, préparant une expédition contre l’Égypte, s’empare de cette place forte (Ésaïe 20.1), et Psamméticus, roi d’Égypte, l’arrache à ses nouveaux possesseurs après un siège de vingt-neuf ans. La Philistée est en souffrance pendant tout le temps que durèrent les luttes de l’Égypte avec les conquérants asiatiques, qui trouvent sur son territoire un chemin commode et sûr ; Pharaon Neco, d’abord, puis Alexandre le Grand s’emparent successivement de Gaza (Jérémie 47.1). Au retour de l’exil enfin, les haines s’étant apaisées chez les uns, les autres ayant oublié les défenses de leur Dieu, les Philistins et les Juifs contractèrent des alliances qui sont vivement reprochées à ces derniers (Néhémie 13.23).
Les livres des Macchabées nous montrent encore les Philistins comme sujets de la Syrie ; quelques-unes de leurs villes sont conquises par des rois juifs, Pompée les incorpore à la province romaine de la Syrie, Auguste les donne à Hérode, et le nom du pays lui-même se perd, ou plutôt il change de forme et de signification ; la Palestine désigne dès lors toute la contrée située entre le Liban et l’Égypte, la mer et le Jourdain. Ainsi s’éteignit ce petit peuple de guerriers qui, tantôt vainqueurs orgueilleux, tantôt vaincus et soumis, mais jamais domptés et abattus, s’occupèrent toujours de réparer leurs pertes ou d’agrandir leurs conquêtes, et revinrent à la charge contre Israël aussi longtemps qu’ils existèrent l’un et l’autre comme nation, et qu’une occasion favorable leur parut offrir une chance de succès.
Nous ne savons que peu de chose de leur vie intérieure et nationale ; ils paraissent avoir été un peuple cultivé et industrieux, surtout pour ce qui tient à la guerre ; une tradition leur attribue l’invention de l’arc et des flèches ; ils s’occupaient d’agriculture et notamment des vignobles (Juges 15.5 ; cf. Genèse 26.4) ; peut-être aussi faisaient-ils un commerce de transit avec l’Égypte. Aux jours de Saül leurs fabriques fournirent aux Israélites des armes et des instruments d’agriculture (1 Samuel 13.20), par où l’on voit qu’ils connaissaient l’art de travailler le fer. Quant à leur culte, il ne devait pas être très différent de celui des Phéniciens ; Astarté, et les dieux-poissons de Dagon et d’Atergatis (Derceto) paraissent avoir reçu leurs hommages. Baal-Zébub résidait à Hékron. Ils possédaient en assez grand nombre des prêtres et des devins (1 Samuel 6.2) ; leurs enchanteurs étaient célèbres (Ésaïe 2.6), et quelques-uns de leurs oracles étaient visités par des gens du dehors (2 Rois 1.2). On voit par 2 Samueluel 5.21, qu’ils avaient l’habitude de porter à la guerre les images de leurs dieux. La circoncision leur était étrangère (1 Samuel 18.25 ; 2 Samuel 1.20). Leur langue appartenait à la même famille que le phénicien et l’hébreu, car tous leurs noms propres s’expliquent par la connaissance de cette dernière langue, mais elle constituait, ou elle constitua peut-être avec le temps, un dialecte qui en différait d’une manière assez notable (Néhémie 13.24).
Les prophètes ont dû s’occuper des Philistins dans leurs oracles ; outre les passages déjà cités, nous voyons qu’ils leur reprochent leur haine, leur cruauté, et leurs superstitions (Ésaïe 2.6 ; Amos 1.8 ; Ézéchiel 25.15 ; Michée 1.10-14), qui nomme pour la dernière fois Gath démolie par Ozias. Dans un chant guerrier, Jérémie (47.1) menace les Philistins de la désolation de leur pays (cf. Sophonie 2.4-7). Ézéchiel annonce que ces maux leur arriveront à cause des dispositions hostiles qu’ils ont manifestées lors de la calamité qui renversa Juda, et Sophonie promet à sa nation la possession du pays des Philistins après leur retour de l’exil (cf. Abdias 9). Mais Zacharie 5.6 et Psaumes 87.4, donnent l’espérance que les Philistins se convertiront au vrai Dieu ; l’accomplissement de cette prophétie appartient aux derniers temps.
La maladie qui affligea les Philistins pendant que l’arche séjournait au milieu d’eux (1 Samuel 5.6), est difficile à déterminer ; nos versions traduisent l’hébreu par hémorroïdes, ulcères à l’anus, et il est assez probable en effet que c’est de cette affreuse maladie qu’il est question ; la plupart des anciens auteurs l’entendent ainsi. D’autres cependant traduisent dysenterie, ténesme, varices, fistules, etc. On a voulu expliquer d’une manière naturelle comment cette maladie, quelle qu’elle soit, a pu atteindre à la fois toute une population, ou du moins une fort grande partie d’entre elle. Lichtenstein y voit une espèce de plaie d’Égypte, la multiplication prodigieuse d’une sorte d’araignée, la solpuga fatalis, de la grandeur d’une musaraigne, dont la morsure est extrêmement douloureuse ; il regarde en même temps cette plaie comme identique avec celle des souris qui ravageaient le pays (6.4) ; mais outre que dans ce dernier passage il ne peut être question que de souris proprement dites, la solpuge fatale n’a été observée qu’au Bengale ; l’espèce perse et asiatique n’est point aussi dangereuse que la première, qui s’en prend surtout aux parties secrètes, et cause des blessures enflammées, qui occasionnent souvent la mort. Cette opinion est donc abandonnée, et l’on ne saurait trouver aucune autre explication naturelle du châtiment divin. Que les Philistins aient fait et suspendu dans leur temple des représentations des souris et de leurs hideux ulcères, il n’y a rien là d’étrange ; les païens n’en font pas d’autres, et Diodore de Sicile, nous dit que toutes les nations de l’antiquité offraient dans leurs temples, en ex-voto, des images des parties de leur corps qui avaient été guéries de maladies.
Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com
L’article dans BostDictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)
Peuples venus de l’île de Caphthor dans la Palestine (Amos 9.7 Jérémie 47.4), et descendus des Caphthorim, qui sont sortis des Chasluim enfants de Mizraïm, comme Moïse nous l’apprend (Genèse 10.13-14) ; et par conséquent originairement sortis de Mizraïm, père des Égyptiens. Mais le texte de Moïse est autrement expliqué. Voyez Caphthor, fils de Mizraïm.
Le même Moïse dit ailleurs (Deutéronome 2.23) que les Caphthorim sortis de Caphthor chassèrent les Hévéens qui demeuraient depuis Hazérim jusqu’à Gaza, et qu’ils s’établirent dans ce pays. Ce n’est donc que depuis les Hévéens ou chananéens que les Philistins sont venus dans la Palestine, et qu’ils ont occupé le pays dont ils ont été maîtres si longtemps. On ne sait point précisément l’époque de leur sortie de l’lle de Caphthor mais il y avait déjà. longtemps qu’ils étaient dans la terre de Chanaan, lorsque Abraham y vint l’an du monde 2083 avant Jésus-Christ 1917, avant l’ère vulgaire 1921. Nous avons essayé de montrer dans l’article de Caphthor ou Caphthorim, que ce nom marque l’île de Crète.
Le nom de Philistins n’est point hébreu. Les Septante le traduisent ordinairement par Allophyli, étrangers (Philistin). Les Péléthéens et les Céréthéens étaient aussi Philistins ; et les Septante traduisent quelquefois Céréthim (Ézéchiel 25.16 ; Sophonie 2.5-6) par Crétois. Voyez ce que nous avons dit sous l’article Pheleti et sous Cerethi. Les Casluim ou Casluchim, pères des Caphthorim, demeuraient originairement dans la Pentapole Cyrénaïque, selon le paraphraste Jonathan, ou dans le canton Pentaschénite de la basse Égypte, selon le paraphraste Jérosolymitain. Nous trouvons dans la Marmarique la ville d’Axilis ou d’Azilis : et dans la Libye, voisine de l’Égypte, Sagilis ou Satylis : tout cela dans Ptolémée. Ces noms ont un rapport sensible avec Casluim. Ce pays est situé près de l’Égypte, où tous les enfants de Mizraïm ont eu leur demeure ; il est assis vis-à-vis de l’île de Crète. Strabœr,I. 17 p.387 ; ne met que mille stades de distance entre le port de Cyrène, et celui de Crète, nommé Criou metôpon, ou Front de bélier. Le commerce était autrefois grand entre la Cyrénaïque et l’île de Crète, comme if paraît par Strabon et par Pline. Il y a donc beaucoup d’apparence que les Casluim envoyèrent de la Cyrénaïque des colonies de cette île lesquelles passèrent de là sur les côtes de la Palestine. Ce système me paraît le plus probable de tous ceux qui ont été proposés jusqu’ici.
Outre la conformité qui se remarque entre les noms de Cérethim et de Crétois, nous trouvons aussi beaucoup de ressemblance entre les mœurs, les armes, les divinités, les coutumes des Philistins et des Crétois, ainsi qu’on le peut voir dans notre dissertation sur l’origine et les divinités des Philistins, imprimée à la tête du premier livre des Rois [D. Calmet avait voulu d’abord que Caphthor fût l’île de Chypre contre la plupart des interprètes qui croyaient la trouver dans la Cappadoce. Changeant d’opinion, il soutint que Caphthor était plutôt l’île de Crète, et ses raisons parurent assez plausibles à plusieurs, notamment à l’abbé de Vence. Mais depuis, l’abbé de Vence a adopté le sentiment de Pluche qui paraît en effet plus probable. Il entend par Caphthor un territoire occupé en illesrdim ou en Égypte par Caphthor et ses descendants. Cette nouvelle opinion sur le pays ou Ille de Caphthor ne détruit pas celle d’après laquelle les Philistins sont venus des Caphthorim ; au contraire elle l’établit mieux. Voyez les deux articles de Caphthor].
Les Philistins étaient déjà puissants dans la Palestine dès le temps d’Abraham, puisqu’ils y avaient des rois et y possédaient plusieurs villes considérables. Ils ne sont point exprimés dans le nombre des peuples dévoués à l’anathème, et dont le Seigneur abandonna le pays aux Hébreux. En effet ils n’étaient pas de la race maudite de Chanaan. Toutefois Josué ne laissa pas de donner leur pays aux Hébreux (Exode 15.45-47), et de les attaquer par le commandement du Seigneur, parce qu’ils occupaient un pays qui était promis au peuple de Dieu (Josué 13.2-3). Mais il faut que les conquêtes de Josué n’aient pas été bien défendues, puisque sous les Juges, sous Saül et au commencement du règne de David, les Philistins avaient des rois ou des satrapes qu’ils appelaient Sazenim ; que leur État était divisé en cinq petits royaumes ou satrapies, et qu’ils opprimèrent les Israélites pendant le gouvernement du grand prêtre Héli et de Samuel, et pendant le règne de Saül. Il est vrai que Samgar, Samson, Samuel et Saül leur tinrent tête et leur tuèrent quelque monde : mais ils n’abattirent pas leur puissance ; ils demeurèrent indépendants jusqu’au règne de David (2 Samuel 5.17 ; 8.1-2), qui les assujettit à son empire.
Ils demeurèrent dans la soumission aux rois de Juda jusqu’au règne de Joram, fils de Josaphat ; c’est-à-dire, pendant environ deux cent quarante-six ans (2 Chroniques 21.16). Joram leur fit la guerre et les réduisit apparemment sous son obéissance, puisqu’il est remarqué dans l’Écriture qu’ils se révoltèrent de nouveau contre Ozias, et que ce prince les contint dans le devoir pendant tout son règne (2 Chroniques 26.6-7). Durant les malheurs du règne d’Achaz, les Philistins firent le dégât dans les terres de Juda (2 Chroniques 28.18) : mais Ézéchias, fils et successeur d’Achaz, les assujettit de nouveau (2 Rois 18.8). Enfin ils se mirent pleinement en liberté sous les derniers rois de Juda ; et nous voyons par les menaces que leur font les prophètes Isaïe, Amos, Sophonie, Jérémie et Ézéchiel, qu’ils avaient fait mille maux aux Israélites, et que Dieu devait châtier leur cruauté par les plus grandes calamités.
Assaradon, successeur de Sennachérib, assiègea Azoth, et la prit par les armesde Thartitan, général de ses troupes (Isaïe 20.1). Psammétichus, roi d’Égypte [le premier de la vingt-sixième dynastie, dit-on, prit la même ville après un siège de vingt-neuf ans, suivant Hérodote ; et c’est le plus long siège de ville que l’on connaisse. Pendant le siège de Tyr, qui dura treize ans, Nabuchodonosor employa une partie de son armée à soumettre les Ammonites, les Moabites, les Égyptiens et les autres peuples voisins des Juifs. Il y a assez d’apparence que les Philistins ne lui résistèrent pas, et qu’ils lui demeurèrent assujettis avec les autres peuples de la Syrie, de la Phénicie et de la Palestine. Ils tombèrent ensuite sous la domination des Perses ; puis sous celle d’Alexandre le Grand, qui ruina la ville de Gaze, la seule ville des Phéniciens qui osa lui résister. Après la persécution d’Autiochus Épiphane, les Asmonéens démembrèrent petit à petit diverses villes, du pays des Philistins qu’ils assujettirent à leur domination. Tryphon, régent du royaume de Syrie, donna à Jonathas, Asmonéen, le gouvernement de toute la côte de la Méditerranée, depuis Tyr jusqu’à l’Égypte (1 Machabées 9.59), et par conséquent tout le pays des Philistins. Le nom de Palestine est venu des Philistins, quoiq ue ces peuples n’en possédassent qu’une assez petite partie [Voyez Anus, Dagon, Josué, addition, passim ; Liber, addition, paragraphe 12. « Le petit empire des Philistins se composait de cinq cités, Gaza, Ascalon, Asoth, Geth, Accaron ou Acron. C’était une colonie égyptienne qui, à une époque fort reculée, avait envahi les fertiles rivages de la Palestine ; j’iinagine que les Philistins étaient des Arabes semblables aux Arabes répandus aujourd’hui dans les déserts d’Égypte et le long des côtes de la mer Rouge ; ils émigrèrent en Palestine, partagés en tribus qui chacune avait un cheik ou un satrape ; ils adoraient Dagon et toutes les idoles des bords du Nil et des pays arabiques ; le peuple israélite, venu aussi de l’Égypte, se plaisait quelquefois à retourner au culte des idoles, et les mœurs des Philistins ne lui inspiraient pas une grande répugnance. Mais les conducteurs des Hébreux, qui avaient mission d’exterminer les adorateurs des idoles, prêchaient au peuple de Jéhovah de rompre tout pacte avec eux. Un million de chananéens avaient disparu sous le glaive destructeur des enfants d’Israël ; nn seul ennemi restait à combattre, c’étaient les Philistins. Que d’efforts, que de travaux pour les anéantir ! sous les Juges, sous les Rois, que de fois Israël s’arma de toute sa puissance contre quelques tribus de Philistins qui jamais ne furent entièrement soumises ! Il a fallu à ces Philistins un puissant génie pour résister si longtempsà une nation vingt fois plus nombreuse et plus riche que la leur. Il est curieux de voir comment une poignée d’hommes dictait quelquefois à tout Israël des traités humiliants ; ils étaient parvenus à désarmer les Hébreux, à leur défendre de travailler le fer et l’acier, à les forcer de venir acheter dans leurs villes les instruments les plus indispensables pour le commerce et le labourage ; on y venait de tous les lieux de la Palestine, même pour faire aiguiser le soc des charrues. C’était une véritable servitude. Les documents nous, manquent pour déterminer quel fut le destin suprême des Philistins. On peut présumer que les cinq satrapies philistéennes ne s’effacèrent que sous le coup de l’invasion romaine. En voyant les différentes races.arabes répandues dans les cantons méridionaux de la Palestine, j’ai pensé quelquefois qu’il doit y avoir là quelques restes des anciens Philistins ; il est rare, il est difficile qu’une race puisse entièrement disparaître ; les familles humaines durent toujours plus longtemps que les cités. » M. Poujoulat, Correspond d’Orient, lettre 131, tome 5]
Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com
L’article dans CalmetDictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)
1. Géographie
Le pays des Philistins comprenait, d’après Josué 13.2 et suivant, la plaine maritime s’étendant de la frontière égyptienne au sud jusqu’à Ékron au nord et possédait cinq villes principales (cf. 1 Samuel 6.17). Il est probable qu’à certaines époques leurs domaines s’étendaient jusqu’au Carmel. Leur nom, depuis la période grecque, désigne cependant tout le pays de Canaan (Palestine). Avant l’arrivée des Philistins, le pays était habité par des Sémites ; les villes de Gaza, Ascalon (figure 195), Gath. Guézer, et d’autres encore, sont nommées dans la correspondance de Tell el-Amarna (vers 1400 avant Jésus-Christ) ; c’est par anticipation et anachronisme que les Philistins sont cités dans Exode 13.17 ; Exode 15.14, où nos anciennes versions ont lu inexactement : la Palestine.
2. Origine
Vers 1196, d’après une inscription du pharaon Ramsès III, les Philistins (Pourasati) et d’autres peuples de la mer pénétrèrent avec leurs bateaux dans le delta du Nil, tandis que les Libyens attaquaient l’Égypte de leur côté. Trois ans plus tard, il y eut une nouvelle tentative d’invasion, qui échoua également : partant de la côte méridionale de l’Asie Mineure, les Philistins et d’autres peuplades avancèrent vers l’Égypte le long de la mer ; ils ravagèrent le royaume hittite (qui disparaît à cette date), Carkémis, Arvad, Chypre, la Syrie. Repoussés par Ramsès III, les Philistins occupèrent le littoral de Canaan peu de temps après l’invasion des Israélites. D’après Amos 9.7 (cf. Jérémie 47.1 ; Deutéronome 2.23, Genèse 10.14), Caphtor serait le pays d’origine des Philistins. Caphtor semble désigner la Crète (cf. les Keftyv, Crétois, des documents égyptiens) ; il se peut que quelques groupes de Philistins, en partant de l’Asie Mineure, aient passé par la Crète : en tout cas, les Philistins ne sont pas des Crétois (1.xx dans Sophonie 2.5 et Ézéchiel 25.16 ; cf. Tacite, Hist., 5.2), mais des Cariens (comparez ces deux passages et 2 Samuel 20.23 ; 2 Rois 11.4 ; 2 Rois 11.19 où le texte hébreu lit Kart, c’est-à-dire probablement Cariens : c’est en suivant la variante en marge du texte hébreu, Kéréthiens [voir ce mot], que nos versions y ont vu des Crétois ; comparez aussi Beth-Car dans 1 Samuel 7.11).
3. Histoire
Après avoir pris possession de la côte, les Philistins formèrent le dessein de conquérir le pays de Canaan. Les Cananéens, peuple paisible et habitué à la domination étrangère, n’auraient pas pu opposer à ces soldats, admirablement organisés et puissamment armés (cf. l’armure de Goliath, 1 Samuel 17.5-7), une résistance bien sérieuse. Mais les Israélites n’avaient pas encore subi l’influence amollissante d’une civilisation en décadence : fiers de leur indépendance, bien que sans gouvernement central stable, sans organisation militaire, sans armement considérable, dès qu’ils se rendirent compte des intentions des Philistins, ils leur opposèrent une résistance acharnée. Les débuts du conflit n’ont laissé que des souvenirs vagues dans l’histoire légendaire de Samson (Juges 13-16) ; il semble pourtant que la migration de la tribu de Dan (Juges 18), à laquelle appartenait Samson, ait été le résultat de la pression des Philistins. Dans la première bataille rangée à Aphek, « Israël fut battu,… l’arche de Dieu fut prise » (1 Samuel 4). Dans une deuxième bataille, les Israélites furent vainqueurs, grâce à un orage (1 Samuel 7.7-11). Néanmoins les Israélites étaient les sujets des Philistins, qui mirent un gouverneur à Guibéa de Benjamin (1 Samuel 13.3 « Jonathan tua le gouverneur [littéralement, la colonne) des Philistins », cf. 1 Samuel 10 5 « où se trouve le gouverneur [littéralement, la colonne] des Philistins »). Dans cette crise, les tribus d’Israël se virent forcées de s’unir sous le sceptre d’un roi. Saül, aidé par un coup hardi de Jonathan et par un tremblement de terre, mit en déroute l’armée philistine (1 Samuel 14). Le succès fut éphémère : quelques années plus tard, les Philistins marchèrent contre les Israélites avec toutes leurs forces : pour Israël ce fut une débâcle. Saül, qui avait perdu trois fils dans la mêlée, se tua de sa propre main (1 Samuel 31). David était alors un chef de bande aux ordres d’Akis roi de Gath (1 Samuel 27) ; après la mort de Saül, il se fit couronner roi de Juda (2 Samuel 2.4) et régna comme vassal des Philistins. Mais lorsque Isboseth fut tué, sept ans plus tard, et que David fut devenu roi sur toutes les tribus d’Israël, les Philistins, alarmés par la puissance de ce royaume rival et indépendant (2 Samuel 5.17), marchèrent contre lui, mais sans succès. C’est que David avait fait son apprentissage militaire chez les Philistins : il avait, sans doute, organisé son armée d’après leur modèle et s’était préparé pour le conflit inévitable. David « battit les Philistins depuis Guéba (ou plutôt Gabaon, d’après LXX et 1 Chroniques 14.16) jusqu’à Guézer » (2 Samuel 5.25 ; dans 2 Samuel 5.17 ; 2 Samuel 5.25 les versets 20, 24 semblent être interpolés ; d’autre part, l’histoire qu’on lit dans 2 Samuel 23.13 ; 2 Samuel 23.17 pourrait bien se rattacher à cette bataille). La suite du conflit ne nous a été transmise que sous la forme d’allusions vagues (2 Samuel 8.1) et de quelques anecdotes (2 Samuel 21.1-5 ; 2 Samuel 21.22 ; 2 Samuel 23.8-38). Ce qui est certain, c’est qu’avant la mort de David, les Philistins cessèrent pour toujours d’être maîtres en Israël et ne jouèrent désormais dans l’histoire qu’un rôle bien secondaire. Tout ce que nous savons des Philistins après David provient des inscriptions assyriennes (800-625) et de quelques allusions isolées comme Ésaïe 14.2 ; Ésaïe 14.9-31 ; Jérémie 47.1; Joël 3.4 ; Psaumes 60.10 ; Psaumes 83.8 ; Psaumes 87.4 ; Psaumes 108.10 ; Néhémie 13.23, 1 Macchabées 10.83 ; 1 Macchabées 11.4.
4. Civilisation
Les Philistins, les « incirconcis » de race non sémitique, apportèrent avec eux une culture de type mycénien, semblable à celle des poèmes homériques. Un seul mot de leur langue a survécu : sérèn = « prince » (1 Samuel 5.8 etc.), que l’on compare volontiers avec le grec turannos (tyran). Parmi les noms propres, Akis est le plus typiquement philistin ; ils sont, pour la plupart, sémitiques. Sur les bas-reliefs égyptiens, les Philistins se distinguent par un turban à plumes ; Goliath a des jambières métalliques (comme les cnémides des héros homériques) et une cuirasse (1 Samuel 17.5). L’arrivée des Philistins en Palestine marque la transition de l’époque du bronze à celle du fer (cf. 1 Samuel 17.7 ; le passage obscur 1 Samuel 13.19-22 semble indiquer que les Philistins défendirent aux Israélites l’usage du fer). Ils avaient (à en juger par Juges 16.23 ; Juges 16.30) le goût des jeux athlétiques, auxquels assistaient les femmes aussi bien que les hommes ; chez les Israélites, ces luttes de gladiateurs devenaient des massacres (2 Samuel 2.14-16). Les Philistins étaient maîtres dans l’art de la divination (2 Rois 1.2 ; Ésaïe 2.6). Leurs dieux (Dagon, Béel-Zébub, Astoreth) ont des noms sémitiques : ce sont probablement les dieux du pays, avec lesquels ils identifièrent ceux de leur patrie d’origine.
Bibliographie
- M.A. Meyer, History of the City of Gaza, New York 1907.
- R.A.S. Macalister, The Philistines, Londres 1914.
- A. Moret et G. Davy, Des Clans aux Empires, Paris 1923.
Voir aussi article Israël, Assyrie et Babylonie.
R.H. Pf.
Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com
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