Dictionnaires bibliques

Pharisiens

Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Pharisiens », un article après l’autre.

Dictionnaire de la Bible (Bost)

Trois classes, ou sectes, qui se retrouvent continuellement dans l’histoire de l’Église chrétienne sous différents noms, parce qu’elles correspondent à trois fausses tendances, à trois principes de corruption du cœur de l’homme, la superstition, l’incrédulité, et le mysticisme, trois sectes, disons-nous, se distinguaient parmi les Juifs au moment de l’apparition du christianisme ; c’étaient les pharisiens, les sadducéens, et les esséniens ou esséniens ; les premiers représentaient la superstition et la piété cérémonielle, tendance qui se retrouve dans la communion romaine ; les seconds représentaient l’incrédulité rationaliste, et le néologisme est de tous les temps ; les derniers n’étaient sous un autre nom que des mystiques. Les deux premières classes sont seules nommées dans l’Écriture ; il n’est parlé de la troisième que dans l’ouvrage rabbinique Sepher Jouchasin (liber genealogise) ; nous en dirons cependant quelques mots.

Le nom d’esséens s’explique de diverses manières, soit que d’origine syriaque il signifie bon et pieux, soit que d’origine chaldéenne il rappelle les occupations médicales des esséniens. Leur origine est tout à fait inconnue ; on pense que dans les guerres des Syriens (Séleueides) contre les Juifs, des hommes pieux, pour se soustraire à la tyrannie des ennemis, se retirèrent dans les déserts, et qu’ils y menèrent une vie austère et religieuse, à laquelle ils prirent goût, et qu’ils ne voulurent plus abandonner, même après que leurs ennemis se furent retirés. D’autres, éprouvant le besoin de se retirer du monde, se rendirent auprès d’eux pour servir Dieu dans la retraite. Il est probable qu’ils ne furent pas sans rapports avec les mystiques juifs des siècles précédents, et qu’ils aspirèrent à imiter, sinon à les remplacer, les nazariens, les fils des prophètes, les Récabites, et les Assidéens de 1 Macchabées 7.13ss, et 2Macchabées 14.6.Nous les trouvons, d’après le témoignage de Pline l’Ancien, formant une espèce de colonie religieuse, sur les rives occidentales de la mer Morte ; cependant ils ne restèrent pas longtemps dans ces limites, et s’étendirent de cette partie du pays dans différents lieux voisins. Ils s’occupaient surtout d’agriculture et de médecine. Josèphe et Philon en parlent avec détail, et Josèphe est d’autant plus digne de foi qu’il avait lui-même vécu parmi eux. Ils attachaient un prix excessif à certains usages tout à fait extérieurs ; on ne pouvait être reçu dans leur ordre qu’après un noviciat de trois années, et alors on devait prêter un serment solennel de ne révéler à personne le nom des anges ; c’était dans ce seul cas qu’ils autorisaient le serment. Ils mettaient aussi une grande importance à une certaine classification qu’ils avaient établie entre eux. D’autres détails encore de leur vie particulière, leurs vêtements blancs, leur haine du mariage, leur mépris des richesses, leur obéissance aveugle aux supérieurs de leur choix, etc., montrent qu’ils n’étaient pas libres de la véritable liberté, et qu’ils avaient recherché à plusieurs égards une sagesse faussement ainsi nommée.

Avant d’en venir à la secte qui fait le sujet de cet article, disons encore qu’il y avait à côté de ces trois classes d’hommes, une autre classe, le résidu selon l’élection de grâce, les enfants d’Israël qui avaient reçu la parole de Dieu, pour qui cette parole était vivante, et qui marchaient suivant ses préceptes ; sous le nom de caraïtes, ils ne formaient cependant pas une secte particulière, mais se trouvaient mêlés soit au milieu du peuple, soit quelquefois parmi les pharisiens et les esséniens ; ils attendaient la consommation d’Israël ; la parole de Dieu nous en offre quelques exemples, Siméon, Nicodème, Gamaliel, Paul, etc.

Quant aux pharisiens, ils étaient les plus considérés des théologiens juifs, et représentaient la superstition et la tradition. Leur nom dérivé de parash, distinguer, séparer, expliquer, signifie selon quelques-uns, interprètes, explicateurs (de la loi), docteurs ; mais la forme du nom ne favorise pas cette signification, d’autant moins que l’interprétation de la loi n’occupait pas les pharisiens plus qu’autre chose, et que c’était plutôt l’affaire des scribes. Il vaut donc mieux entendre par pharisiens, des hommes qui se séparent, qui se distinguent des autres. Leur origine n’est pas bien connue ; il est probable que bientôt après la captivité babylonienne, des hommes pieux ou feignant de l’être, commencèrent à se distinguer, surtout alors que la grande synagogue n’existait plus. Le commandement de la grande synagogue d’entourer la loi d’une haie et l’influence de la civilisation grecque, qui avait gagné du terrain dans l’Asie Antérieure depuis Alexandre le Grand, ne pouvaient pas manquer de provoquer parmi les Juifs, le zèle de plusieurs individus qui se crurent appelés à la défense de la vérité révélée à leurs pères. Il est encore probable que c’étaient au commencement de vrais fidèles, et les hommes pieux qui dans la guerre des Macchabées se sont mis en avant pour combattre et mourir en l’honneur de la religion des pères, appartenaient peut-être à cette secte. Mais en tout temps si une œuvre de Dieu a grandi, l’orgueil humain et l’hypocrisie la déshonorent ou la remplacent, et ceux qui étaient dans l’origine des hommes pieux, se présentent plus tard dans l’histoire comme pharisiens, mettant tous leurs efforts à être distingués des hommes.

Le caractère principal de leur doctrine était leur attachement aux traditions de leurs maîtres, à la Kabbala ; ils en faisaient plus de cas que de l’Écriture elle-même ; leur système théologique se composait ainsi de doctrines d’origine juive, et de doctrines d’origine étrangère, qu’ils savaient, au moyen d’une méthode allégorique, trouver, ou, pour mieux dire, mettre dans l’Ancien Testament. Ils prétendaient que plusieurs des faits de l’ancienne alliance n’étaient que des allégories grossières, qui révélaient à l’homme spirituel une doctrine d’un ordre plus élevé. Ils enseignaient, contrairement à l’erreur saducéenne, l’immortalité de l’âme, des rétributions et un jugement après la mort, et la résurrection des corps.

Leur culte était surtout extérieur ; c’était une observation exacte, mais formaliste, de la loi, des exercices ascétiques minutieux, des espèces de martyres qu’ils s’imposaient. La plupart ne cherchaient dans la pratique de ces minuties qu’une certaine réputation de sainteté ; quelques-uns cependant étaient sans doute sérieux, et pensaient mériter de cette manière la faveur divine ; mais c’était une erreur, dans un sens, tout aussi dangereuse que l’hypocrisie des autres, puisqu’elle introduisait cette idée de mérite, de justification propre, si fatale au salut comme à la sanctification de l’âme.

Il faut reconnaître que les pharisiens ont formé dans l’Assemblée juive une opposition absolument nécessaire, d’un côté, contre le bras séculier, de l’autre, contre l’esprit mondain et la civilisation incrédule des Grecs ; ils ont été les gardiens fidèles de la révélation écrite, et c’est à leur fermeté, à leur opiniâtreté, que nous devons peut-être en grande partie la conservation du recueil des auteurs sacrés de l’ancienne alliance.

Leur autorité était grande auprès du peuple, et les princes étaient obligés de les ménager et de compter avec eux.

On voit sous ces rapports que cette secte occupait au milieu de la communauté juive la même place que la secte romaine au milieu de l’Église chrétienne ; l’une et l’autre ont eu les mêmes qualités, les mêmes vices, le même genre d’influence, comme jusqu’à un certain point une origine semblable, et une même mission.

Le Talmud, à sa manière, donne le tableau suivant des diverses nuances ou subdivisions du pharisaïsme : 1° Ceux qui ont les épaules inclinées vers la terre ; 2° celui qui traîne les pieds à force de piété ; 3° celui qui se fait saigner : il ferme toujours les yeux pour ne rien voir qui l’induise en tentation, et souvent il se heurte et se blesse ; 4° le pilon : celui qui est tout retiré, recoquillé sur lui-même ; 5° le pharisien sincère, qui ne veut faire autre chose que son devoir ; 6° celui qui fait tout pour être récompensé de Dieu ; 7° ceux qui craignent l’Éternel : c’est la meilleure classe.

Les pharisiens disparaissent de l’histoire depuis l’époque de la destruction de Jérusalem par les Romains ; leur système et leurs doctrines, cependant, paraissent avoir été conservés par les talmudistes.

Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com

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Dictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)

La secte des pharisiens était une des plus anciennes et des plus considérables qui fussent parmi les Juifs. On n’en sait pas exactement l’origine. L’auteur du quatrième livre des Machabées, chapitre 6 dit que du temps du grand prêtre Jean Hircan, il y avait trois sectes parmi les Juifs ; savoir, celles des pharisiens, des saducéens et des esséniens. Josèphe, après avoir rapporté la lettre de Jonathas aux Lacédémoniens, parle des trois sectes que nous venons de nommer. Cette lettre est de l’an du monde 3860. Jouathas mourut l’année suivante. Simon lui succéda, et gouverna huit ans. À Simon succéda Hircan, qui gouverna pendant vingt-neuf ans. Ainsi on peut mettre l’origine des pharisiens vers l’an du monde 3820, avant Jésus-Christ 180, avant l’ère vulgaire 184.

Saint Jérôme met l’origine des Pharisiens assez tard, puisqu’il dit que les Scribes et les pharisiens sont sortis du partage des deux écoles fameuses d’Hillel et de Sammaï. À Billet succéda Akiba, maître d’Aquila de Pont, qui vivait au deuxième siècle de l’Église, et qui traduisit d’hébreu en grec les saintes Écritures de l’Ancien Testament. On sait par Josèphe que Samuraï ou Saméas vivait du temps d’Hérode le Grand, et par conséquent peu avant la naissance de Notre-Seigneur. Les rabbins reconnaissent aussi Hillel pour auteur des pharisiens, ou du moins comme le principal ornement de leur secte. Mais nous ne doutons point qu’elle ne soit plus ancienne. On voit par plusieurs endroits de Josèphe qu’ils étaient en crédit longtemps avant Hérode, sous les règnes d’Hircan, d’Alexandre Jannée et de Salomé, sa femme.

Les pharisiens tirent leur nom d’un mot hébreu qui signifie division ou séparation, parce qu’ils se distinguaient des autres Israélites par une manière de vie plus exacte, dont ils faisaient profession. Ils donnaient beaucoup au destin ou à la fatalité, et aux décrets éternels de Dieu, qui a ordonné toutes choses avant tous les temps. Josèphe, qui était pharisien, nous apprend que les sentiments decette secte approchaient assez de ceux des stoïciens ; qu’ils ne donnaient pas tout au destin, mais qu’ils laissaient à l’homme la liberté de faire ou de ne pas faire le bien ; de manière que leur sentiment sur la fatalité ne ruinait pas le libre arbitre, comme saint Épiphane semble l’avoir cru. Il ajoute qu’ils étaient fort adonnés à l’astrologie, comme si par la considération des astres ils eussent cru pouvoir parvenir à la connaissance des secrets de la Providence.

La secte des pharisiens était très-nombreuse et très-étendue. La réputation qu’ils s’acquirent par leur savoir et par la régulas rité de leur vie, les rendit d’assez bonne heure redoutables aux rois mêmes. Alexandre Jannée, roi des Juifs, avait été toute sa vie fort mal avec les pharisiens, et souvent il eut lieu de s’en repentir. En mourant il dit à son épouse que, si elle voulait régner heureuse, il fallait qu’elle gagnât les pharisiens. Elle suivit cet avis ; et les pharisiens, profitant de l’occasion, se rendirent maîtres du gouvernement, et la reine les laissa disposer de tout à leur fantaisie [Voyez le Calendrier des Juifs, au 28 de thebet et au 2 de sebath].

Lorsque Jésus-Christ parut dans la Judée, les pharisiens y étaient dans un grand crédit parmi le peuple, à cause de l’opinion que l’on avait de leurs lumières, de leur bonne vie, et de leur exactitude dans l’observance de la Loi, Ils panaient beaucoup, faisaient de longues prières, payaient exactement la dîme, distribuaient de grandes aumônes.

Mais tout cela était corrompu par l’esprit d’orgueil et d’ostentation, d’hypocrisie et d’amour-propre. Semblables à des sépulcres blanchis, ils paraissaient beaux au dehors pendant qu’au dedans ils étaient pleins de corruption et de laideur (Matthieu 23.27). Ils portaient sur le front et sur le poignet de larges bandes de parchemin où étaient écrites certaines paroles de la Loi, et affectaient de mettre aux coins et aux bords de leurs manteaux des houppes et des franges plus longues que celles du commun des Juifs, pour se faire distinguer par là comme plus grands observateurs des lois que les autres.

Il y en avait certains, dit saint Jérôme, qui attachaient des épines au bas de leurs robes, et qui, en marchant, s’ensanglantaient les jambes, afin de s’accoutumer à la mortification, et à penser continuellement à Dieu. Ils lavaient souvent leurs mains, et affectaient une grande pureté extérieure, ne rentrant jamais dans la maison et ne se mettant jamais à table sans laverleurs mains. Quand ils avaient été dans les rues ou dans le marché, de peur qu’ils n’eussent touché quelque chose d’impur, ils lavaient leurs mains depuis le coude jusqu’aux extrémités des doigts (Marc 7.4). Ils n’auraient pas voulu toucher un publicain ou un homme qu’ils croyaient de mauvaise vie, ni boire, ni manger, ni prier avec lui (Matthieu 9.11 Luc 7.39). Toute la vaisselle dont ils se servaient, les meubles qui étaient à leur usage, leurs lits de table, étaient souvent plongés dans l’eau. Eux-mêmes se baignaient soutient dans l’eau froide pour se purifier.

Ils faisaient plusieurs jeûnes de surérogation. Le pharisien de l’Évangile (Luc 18.2) se vante de jeûner deux fois chaque semaine, c’est-à-dire, le lundi et le jeudi, selon saint Épiphane ; et ils le faisaient avec plus de rigueur que les autres Juifs. C’est à eux que Jésus-Christ en voulait, lorsqu’il disait (Matthieu 15.5) : Lorsque vous jeûnez, n’imitez point les hypocrites, qui marchent avec un visage pale et défait, pour paraître grands jeûneurs. Pour vous, quand vous jeûnez, lavez votre visage, parfumez-vous d’huile, afin que votre Père, qui voit dans le cœur, voie votre action, et vous en donne la récompense. Les pharisiens se plaignaient qu’eux elles disciples de Jean-Baptiste jeûnaient beaucoup, au lieu que Jésus et ses disciples buvaient et mangeaient comme les autres hommes (Marc 7.11). Et Josèphe raconte qu’il se mit, étant jeune, sous la conduite d’un nommé Bannéus, homme fort sévère, qui ne mangeait rien de cuit ni d’apprêté, et se contentait de ce que la terre produit d’elle-même.

La tradition des anciens en fait de religion était le principal objet de leurs études ; et, ajoutant à ces traditions ce qu’ils jugeaient à propos, ils faisaient passer leurs propres sentiments pour ceux des anciens. Par ce moyen, ils avaient surchargé la Loi d’une infinité de pratiques frivoles, inutiles et gênantes, qui en rendaient le joug insupportable. Ils l’avaient même altérée par leurs dangereuses interprétations dans des articles importants, comme Jésus-Christ le leur reproche dans l’Évangile. Par exemple, la Loi ordonne d’honorer son père et sa mère. Les pharisiens enseignaient qu’en disant à leurs parents qui étaient dans le besoin : Mon père, ou ma mère, la chose que vous me demandez est vouée à Dieu ; elle n’est plus en mon pouvoir ; mais vous aurez part à mon offrande (Marc 7.10-12) ; ils étaient dispensés de l’obligation de secourir leurs parents. Voyez Corban.

L’observance du sabbat est un des points sur lesquels ils ont le plus raffiné, et le Sauveur a souvent eu des prises avec eux sur cela. Ils soutenaient que ce jour-là il ne lui était pas permis de guérir un malade (Luc 6.7 Jean 9.16), quoique Jésus-Christ le fit par sa seule parole. Ils trouvaient mauvais que les peuples amenassent ce jour-là leurs malades pour demander la santé. Ils se scandalisaient de ce qu’un paralytique, étant guéri, emportât son lit un jour du sabbat (Marc 9.12 Jean 5.8-9). Ils inféraient de tout cela que Jésus-Christ ne pouvait être un homme envoyé de Dieu, puisqu’il observait si mal ce saint jour (Jean 9.16). Saint Épiphane raconte des effets étonnants de leurs austérités pour conserver la pureté du corps. Il y en avait qui se privaient presque entièrement du sommeil ; d’autres ne se couchaient que sur un ais large d’un pied, afin que, s’ils s’endormaient trop profondément, ils tombassent par terre, et se réveillassent pour vaquer à l’oraison ; d’autres se couchaient sur des pierres pointues et inégales ; d’autres sur des épines, afin que, jusque dans le sommeil, ils ne cessassent de pratiquer la mortification.

Le Sauveur leur reproche de faire de longues prières, se tenant debout dans les synagogues ou au coin des rues, et, sous prétexte d’oraison, de consumer les maisons des veuves (Matthieu 23.14). Il leur reproche aussi (Matthieu 23.15) de courir la mer et la terre pour convertir un gentil, et pour faire un prosélyte, et, après cela, de le rendre plus grand pécheur qu’il n’était, en lui enseignant une pernicieuse doctrine, au lieu de lui montrer le vrai chemin de la vertu. Il dit qu’ils affectent de bâtir les tombeaux des anciens prophètes (Luc 11.47-48 Matthieu 23.29), et de publier hautement qu’ils désapprouvent la conduite de leurs pères, qui les ont persécutés, pendant qu’eux-mêmes, remplis du même esprit, font la guerre à ceux qui veulent les retirer de leurs désordres. Ceux de cettesecte ne condamnaient que l’action consommée du péché, et se croyaient permis les mauvais désirs, les pensées, les desseins qui n’avaient pas été suivis dereffet. Josèphe se raille de Polybe, qui s’imaginait que les dieux avaient puni Antiochus du dessein qu’il avait formé, mais non pas exécuté, de piller le temple de la déesse Diane.

Les pharisiens croyaient l’âme immortelle et l’existence des esprits et des anges (Actes 23.8), et admettaient une espèce de métempsycose des âmes des gens de bien, lesquelles pouvaient passer d’un corps dans un autre, au lieu que celles des méchants étaient condamnées à demeurer éternellement dans des cachots ténébreux. C’est par une suite de ces principes que quelques-uns des pharisiens disaient que Jésus-Christ était Jean-Baptiste, on Élie, ou quelqu’un des anciens prophètes (Matthieu 6.1-4) ; c’est-à-dire que l’âme d’un de ces grands hommes était passée dans le corps du Sauveur lis croyaient aussi la résurrection des morts (Matthieu 22.23), et en admettaient toutes les suites, contre les sadducéens, qui la niaient. Enfin Josèphe, qui était pharisien, croyait que les démons qui obsèdent les hommes ne sont autres que les âmes des méchants, qui entrent dans les corps d’autres hommes, et en sont quelquefois chassées par les exorcismes, On voit quelques vestiges de ce sentiment dans l’Évangile. Voyez le Commentaire sur saint Matthieu, 8.29-30, 31.

La secte des pharisiens n’a pas été éteinte par la chute du temple de Jérusalem et par la dispersion des Israélites : La plupart des Juifs qui vivent aujourd’hui sont de cette secte, attachés, comme les anciens, aux traditions, qu’ils appellent la loi orale. Celui qui rejette la loi orale est un apostat ; il mérite la mort, disent les nouveaux pharisiens ou rabanistes ; car c’est le nom qu’on leur donne communément. Benjamin de Tudèle, qui vivait sur la fin du douzième siècle, dit qu’il trouva dans son voyage des pharisiens qui déploraient sans cesse la désolation de Sion et de Jérusalem, qui s’abstenaient de chair, et allaient ordinairement vêtus de noir, jeûnant tous les jours, à l’exception du jour du sabbat, et priant sans cesse pour la délivrance d’Israël.

Les sentiments des pharisiens modernes sont les mêmes que ceux des anciens. Ils soumettent au destin toutes les choses qui ne dépendent point de la liberté. Ils disent que toutes choses sont en la main du ciel, excepté la crainte de Dieu ; c’est-à-dire que, l’exercice des actions de piété, ils ont le libre arbitre, et peuvent se déterminer librement au bien ou au mal. M. Basnage dit qu’ils ne sont pas éloignés de ceux que l’on appelle remontrants en Hollande. Ceux d’aujourd’hui sont moins rigides que les anciens sur la nourriture et les autres austérités du corps ; mais ils n’ont rien relâché de leur vanité et de leur entêtement pour les prétendues traditions de leurs pères. Ils tiennent aussi une manière de métempsycose et de révolution des âmes. Les Pères qui ont écrit sur les hérésies ont fait une hérésie des pharisiens, comme si ceux qui faisaient profession de cette secte, eussent été séparés du corps des autres Juifs, comme parmi nous les hérétiques sont rejetés et excommuniés par les orthodoxes. Mais il n’en était pas ainsi des sectes des Juifs. Quelques abus et quelques corruptions qui y régnassent, soit dans les mœurs, ou dans les sentiments, ils étaient unis de communion avec les autres Israélites. Les pharisiens et les saducéens même remplissaient les premières charges de la religion et de l’État. On peut voir notre dissertation sur les sectes des Juifs, imprimée à la tête du Commentaire sur saint Marc, et Serrarins et Basnage sur le même sujet.

Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com

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Lexique de la Bible (Lelièvre)

Ce terme est bien connu des lecteurs du Nouveau Testament, et chacun sait qu’il désigne une portion de l’élite religieuse du peuple juif au temps de Jésus. Mais les indications des Evangiles sont trop incomplètes pour nous donner une idée exacte du rôle que ces hommes ont joué dans l’histoire. Il est nécessaire de les compléter par les renseignements que nous fournissent les écrits des rabbins et des scribes (les Talmuds), ainsi que ceux de l’historien Josèphe. — On comprend alors que les Pharisiens ne formaient pas ce qu’on appelle une secte religieuse, car ce terme implique une dissidence de ceux auxquels on l’applique par rapport à la croyance ou à la pratique religieuse des adeptes de la même foi. Telle n’était en aucune mesure ta position des Pharisiens qui furent, depuis la première heure jusqu’à la fin, les plus fidèles représentants, les plus stricts défenseurs de l’orthodoxie juive. Ils ne se distinguaient de la masse des croyants que par cette attitude de farouche conservatisme. Le but qu’ils assignaient à leur effort spirituel était de maintenir et de renforcer l’autorité de la Loi mosaïque au sein de la nation. C’est ainsi que Jésus comprenait leur position quand il disait : « C’est dans la chaire de Moïse que sont assis les Scribes et les Pharisiens : observez donc ce qu’ils vous disent et faites-le ; mais n’imitez pas leurs œuvres, car ils disent et ne font pas » (Mat 23.2). Les Pharisiens étaient donc un parti religieux plutôt qu’une secte.

Ils avaient déjà une longue histoire à l’époque de Jésus. Pour saisir l’origine de leur mouvement, il faut remonter jusqu’au lendemain des temps d’Esdras et de Néhémie. Les hommes dévoués et sincères qui continuèrent l’œuvre de ces réformateurs, les Hassidim (les Pieux ou Dévots), furent amenés, après la conquête de la Palestine par Alexandre le Grand, à combattre la civilisation grecque qui s’infiltrait dans la nation juive et menaçait, pensaient-ils, de ruiner l’œuvre de reconstruction qui était leur héritage. Les partisans de la culture grecque étaient nombreux (voir Sadducéens). Les partisans de la fidélité à la tradition s’organisèrent fortement pour les combattre : les Hassidim s’appelèrent, à partir du milieu du IIe siècle avant J.-C., les Pharisiens, c’est-à-dire les Séparés. Au temps de Jésus, la haine du Grec avait fait place, dans leur cœur, à la haine du Romain.

L’histoire de la lutte de ces deux partis est trop longue pour être racontée ici. Il suffira de dire que la tendance des Pharisiens finit par l’emporter et qu’à l’époque évangélique des Sadducéens, affaiblis, ne comprenant plus guère que la caste des prêtres, étaient relégués dans le Temple d’où ils ne sortaient plus. La lutte entre les deux partis n’était plus qu’une lutte d’école, faite d’âpres discussions théologiques.

Ce qui distinguait particulièrement la doctrine pharisienne de celle des Sadducéens, c’était leur attachement à la Tradition. Au cours des siècles, la Loi écrite avait été grossie d’innombrables traditions orales, qui en étaient le commentaire ; commentaire plus volumineux, quand il fut à son tour mis en écrit, que la Loi primitive, et devenant toujours plus volumineux à mesure que les écoles de scribes et de rabbins, non contents du commentaire, entreprenaient le commentaire du commentaire. Or, les Pharisiens tenaient cette énorme masse de la tradition pour aussi sainte et aussi contraignante que la Loi elle-même. Et s’il semblait y avoir parfois quelque contradiction entre la Loi et la Tradition, certains Pharisiens étaient d’avis qu’il fallait donner la préférence à la Tradition. Ainsi s’expliquent les paroles bien, connues de Jésus : « Et vous, pourquoi transgressez-vous, au profit de votre Tradition, le Commandement de Dieu : Honore ton père et ta mère ? » (Mat 15.1-10).

Entre les mains des Pharisiens, la Loi était ainsi devenue un code formidable et minutieux, aux exigences innombrables, amplifié d’une casuistique dont les discussions nous paraîtraient aujourd’hui le comble du ridicule (voir : Sabbat) si nous ne savions pas que Jésus est mort pour avoir établi la glorieuse liberté des enfants de Dieu en face de ce monument effrayant d’oppression spirituelle et de bigoterie religieuse. Un mouvement dont tes origines étaient pures s’achevait dans l’épanouissement du formalisme le plus aveugle et parfois de l’hypocrisie la plus caractérisée (Mt 23).

Que les Pharisiens, contrairement aux Sadducéens, aient cru à la Résurrection des Justes, qu’ils aient attendu l’apparition d’un Messie temporel et politique et qu’ils aient favorisé le développement de la Synagogue (voyez ce mot), ne suffit pas à contrebalancer l’influence néfaste exercée par leurs doctrines sur le peuple juif. Ce qui peut être dit de meilleur pour leur défense, c’est qu’un petit nombre d’entre eux, sincères et clairvoyants, furent les amis de Jésus.

Lexique de la Bible — Charles Lelièvre, source levangile.com

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Dictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)

Sources

Les sources directes sur l’histoire des pharisiens sont peu nombreuses. L’Ancien Testament (surtout Esdras et Néhémie) et les deux derniers livres des Macchabées nous renseignent seulement sur l’origine lointaine de la secte. Quant aux caractères généraux du parti déjà constitué, nous avons à notre disposition les indications du Nouveau Testament. Les Évangiles sont une excellente source lorsqu’il s’agit de connaître les points faibles dont souffre réellement tout le système. En effet, Jésus a dû s’opposer précisément aux vices fondamentaux qui empêchaient les pharisiens d’être l’élite qu’ils s’efforçaient d’être. Cependant, il ne faut pas juger le pharisaïsme uniquement sur le témoignage de ses adversaires. Il faut avoir recours, en outre, aux écrivains juifs, avant tout à l’historien Josèphe. Sa Guerre Juive et ses Antiquités contiennent plusieurs passages relatifs aux pharisiens. Enfin, la littérature talmudique, qui est elle-même un produit du pharisaïsme, peut nous renseigner sur l’esprit général régnant dans le parti.

Histoire extérieure

Le pharisaïsme, en tant que tendance, remonte jusqu’aux premiers temps d’après l’exil, où une forte opposition se formait parmi les Juifs contre tout ce qui était étranger. En ce temps, les prophètes et les scribes se rencontraient dans la protestation contre l’infiltration d’éléments étrangers dans la religion d’Israël. Pour sauver le caractère spécifiquement juif du peuple de Dieu, il fallait lutter, non seulement contre les païens, mais contre un certain nombre de Juifs qui s’ouvraient trop facilement à l’influence païenne. Au parti qui tendait à favoriser les contacts avec le paganisme, des hommes comme Esdras et Néhémie devaient opposer un légalisme rigoriste. Dès ce moment nous rencontrons, au sein du peuple juif, l’antagonisme entre scribes et aristocrates, serviteurs de Dieu et « impies », et c’étaient les premiers qui donnaient l’empreinte à la religion officielle. En ce sens, les pharisiens représenteront, seulement d’une manière radicale, ce qui caractérise essentiellement tout le judaïsme postexilique, et, sous ce rapport, le pharisaïsme est donc aussi vieux que le légalisme juif lui-même.

En tant que parti, il apparaît dans l’histoire seulement à l’époque grecque. Lorsque Antiochus Épiphane essaya d’helléniser la Palestine par la force, un mouvement de révolte s’organisa pour protéger la foi des pères : sous le commandement des Macchabées, ce fut la guerre ouverte contre l’oppresseur. Désormais, il ne suffisait plus de défendre le judaïsme par l’observation individuelle des préceptes du légalisme, mais les stricts observateurs de la loi devaient se grouper : c’était la création d’un parti destiné à être l’âme de la résistance des Macchabées. Les membres de ce parti ne s’appelaient pas encore pharisiens, mais pieux, hasidim (voir ce mot) ; pourtant, on peut les considérer comme les ancêtres directs du parti des pharisiens. En effet, les hasidim étaient « entièrement dévoués à la loi » (1 Macchabées 2.42). C’était une ce association de scribes » qui « constituait l’élite d’Israël » (1 Macchabées 7.12 et suivant). Ils furent les alliés des Macchabées aussi longtemps que ceux-ci luttaient uniquement pour la défense de la foi ; mais ils ne les suivirent plus lorsque les successeurs de Judas commencèrent à avoir des ambitions politiques. Ainsi les pharisiens — nous rencontrons leur nom pour la première fois vers 145 — s’éloignèrent de leurs anciens alliés lorsque Simon continua la lutte pour le prestige de la famille qui allait devenir une véritable dynastie. Sous le règne de Jean Hyrcan, ancien ami des pharisiens, qui poursuivait avant tout des buts politiques, la rupture entre les pharisiens et les Macchabées fut complète (Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XIII, 10.5 et suivant). Sous Aristobule Ier et Alexandre Jannée, le conflit s’aggrava de plus en plus, en sorte qu’Alexandre Jannée se vit obligé de faire la guerre, pendant 6 ans, au peuple conduit par les pharisiens. Mais il n’arriva pas à briser leur puissance. Aussi sa veuve Alexandra, qui lui succéda après sa mort, dut-elle leur offrir la participation au pouvoir, qu’ils acceptèrent d’ailleurs sans abandonner leurs principes religieux. À partir de ce moment, les pharisiens exercèrent une certaine hégémonie spirituelle parmi les Juifs. Ils surent la maintenir même sous le gouvernement des Hérodes auxquels ils se montraient hostiles (Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XV, 10.4, XVII, 2.4 ; Marc 12.14 et suivants et parallèle). C’est que, tout en étant du temps d’Hérode le Grand au nombre de 6 000 seulement, d’après une indication de Josèphe (Antiquités judaïques, XVII, 2.4), ils avaient de leur côté la grande masse du peuple (Antiquités judaïques, XIII, 10.6). « Ils ont le plus de crédit auprès du peuple, dit Josèphe (Antiquités judaïques, XVIII, 1.3), et toutes les prières à Dieu et tous les sacrifices sont pratiqués d’après leurs

Interprétations

Leur puissance sur la foule est telle qu’ils se font écouter même lorsqu’ils parlent contre le roi ou le grand-prêtre » (Antiquités judaïques, XIII, 10.5), et leurs adversaires, les Sadducéens (voir ce mot), sont également obligés de se conformer, dans l’exercice de leur pouvoir, aux pratiques des pharisiens, sans quoi la= foule ne les supporterait pas » (Antiquités judaïques, XVIII, 14).

Nom

Pour la première fois, le nom de pharisaïoï est mentionné par Josèphe dans la partie des Antiquités (XIII, 5.9) qui traite de la dernière période de la domination de Jonathan (160-143), frère de Judas Macchabée. Ce nom (en hébreu perou-chim, en araméen periçhin) signifie « les séparés ». Les pharisiens doivent cette appellation non seulement au fait de s’être tenus à l’écart de toute impureté rituelle, mais avant tout à leur éloignement pour le « peuple habitant le pays », l’am haarets. Ils entendent par là, non pas ceux qui sont exclus de la communauté d’Israël, mais tous les Israélites qui ne sont pas aussi zélés pour la loi qu’eux-mêmes. Un traité de la Mischna (Khaghiga, 11,7) enseigne que même « les habits de l’am haarets sont impurs pour les perouchim  ». On peut se demander si l’appellation remonte aux pharisiens eux-mêmes qui auraient dû, semble-t-il, avoir une préférence pour l’ancien nom de hasidim (signifiant : pieux). Il se peut que les adversaires aient été les premiers à les qualifier de « pharisiens » dans le sens de « séparatistes ». Effectivement, le Talmud, qui est sorti des milieux des pharisiens, emploie ce nom en trois endroits seulement. L’appellation courante qu’on y trouve est celle de haberim (signifiant : prochains).

Le nom de pharisiens, qu’en tout cas ils ne refusaient pas, prouve que, tout en étant les représentants les plus fidèles de l’orthodoxie, ils formaient bien une « secte » (Actes 15.5 ; Actes 26.5) à cause de leur rigorisme même.

Doctrine

Cette secte se composait avant tout de scribes ; pourtant, il faut se garder d’identifier simplement pharisiens et scribes (voir ce mot). La manière dont ces deux groupes sont cités ensemble dans certains passages du Nouveau Testament (Actes 23.9 ; Marc 2.16; Luc 5.21) montre bien que les scribes sont une classe, tandis que les pharisiens sont un parti. Les scribes devaient se sentir naturellement attirés vers ce parti par la préoccupation qui est comme l’essence même du pharisaïsme : la soumission absolue à la loi.

Dans leur zèle, les pharisiens ne se contentent pas d’« interpréter les lois avec exactitude » (Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, II, 8.14), mais l’interprétation que leurs ancêtres ont donnée de l’Ancien Testament devient elle-même loi pour eux. Cette « tradition des anciens » (Marc 7.5), transmise dans les premiers temps par la voie orale et aboutissant finalement à la vaste littérature talmudique, a la prétention de n’être qu’une explication de l’Ancien Testament ; en réalité, elle introduit par ses innombrables distinguo une casuistique nouvelle. « Les pharisiens, dit Josèphe, ont imposé au peuple beaucoup de lois provenant de la tradition des pères et qui ne sont pas écrites dans la loi de Moïse » (Antiquités judaïques, XIII, 10.6). Le Talmud attribue même une plus grande importance à ces additions qu’à la loi elle-même (Sanh., XI, 3), ce qui présuppose évidemment qu’il n’y a pas de contradiction entre la loi divine et la tradition des anciens. Dans Marc 7.1 et parallèle, Jésus atteste également que, pour les pharisiens, la tradition passe avant la loi, mais il voit une opposition fondamentale entre l’esprit de la loi primitive et l’interprétation casuistique de la « tradition » (voir ce mot). « Vous anéantissez fort bien le commandement de Dieu, pour garder votre tradition » (Marc 7.9).

À côté de la loi, l’espérance messianique est la grande préoccupation du judaïsme contemporain de Jésus. Aussi n’est-il pas étonnant que les pharisiens insistent d’une manière particulière sur le messianisme. Surtout la croyance en la résurrection est un point essentiel de leur doctrine : c’est le principal sujet de controverse avec les Sadducéens. « Les ; pharisiens enseignent, dit Josèphe (G. J., II, 8.14), que toute âme est impérissable mais que seulement celle des bons passe dans un autre corps, tandis que celle des méchants est punie d’un tourment éternel ». Sous ce rapport, Jésus est du côté des pharisiens (Marc 12.18 ; Marc 12.27 et parallèle). Lorsque, après la mort de Jésus, la croyance en la résurrection prit une importance particulière pour les premiers chrétiens, ce point devait rapprocher les pharisiens de la communauté primitive (Actes 23.6), et nous trouvons effectivement d’anciens pharisiens dans l’Église de Jérusalem (Actes 15.5). Mais le principe de la piété pharisaïque n’était pas compatible avec l’Évangile.

Esprit général et piété

L’intention des pharisiens était bonne. Il faut rendre justice au rôle historique qu’ils ont rempli : ils ont préservé la religion d’Israël du danger d’être noyée dans le grand courant de l’hellénisme. S’ils ont enfermé la religion de Yahvé dans les cadres du légalisme, il ne faut pas oublier qu’ils ont sauvé en même temps l’héritage des prophètes. Leur réaction contre l’indifférence religieuse des Sadducéens était nécessaire. La foule comprenait instinctivement la mission qui revenait aux pharisiens, et c’est cela qui explique leur popularité. Ils avaient le courage de confesser leurs convictions, même en s’opposant aux rois (Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XV, 10.4 ; XVII, 2.4). « Ils méprisent, dit Josèphe (Antiquités judaïques, XVIII, 1.3), les commodités de la vie et n’accordent rien à la mollesse ». Ils paraissent avoir été les principaux organisateurs de la mission juive (Matthieu 23.15). On peut donc vraiment les considérer comme l’élite religieuse du judaïsme officiel. Peut-être la polémique virulente de Jésus contre les pharisiens s’explique-t-elle précisément ainsi. Par certains côtés, Jésus se sent très près des pharisiens, et pour cette raison il déplore d’autant plus le vice radical qui fait dévier leurs bonnes intentions. Les pharisiens se proposent, eux aussi, de faire entrer les hommes dans le Royaume des cieux, mais en réalité ils leur en ferment l’accès (Matthieu 23.13).

Jésus partage avec eux la soumission absolue à la volonté divine. Mais il voit que leur attachement casuistique à la lettre de la loi les empêche précisément de réaliser cette obéissance d’une manière radicale. Ils se rendent la tâche trop facile en obéissant à la lettre au lieu d’obéir à l’esprit (Luc 14.1 ; Luc 14.6). Les grandes antithèses du sermon sur la montagne introduites par : «  Moi, je vous dis » (Matthieu 5.20-48) sont dirigées contre la conception pharisaïque de l’observation de la loi. Les pharisiens prétendent eux aussi « accomplir » la loi, mais ils entendent cet accomplissement dans le sens quantitatif. Ils multiplient les commandements particuliers (Matthieu 23.23), mais ils négligent « ce qui est important dans la loi », à savoir la volonté divine qui a dicté chaque commandement de la loi mosaïque.

Cette fausse conception de l’observation de la loi entraîne le vice spécifiquement pharisaïque : l’hypocrisie (voir ce mot). En changeant la loi en casuistique, ils font, en dernière analyse, des concessions à leurs propres penchants ; en remplaçant « ce qui est important » par une foule de commandements particuliers, ils se trompent eux-mêmes et ils trompent les autres. Contrairement à l’apparence, ils agissent contre la volonté divine : « ils nettoient seulement le dehors et non pas l’intérieur de la coupe » (Matthieu 23.25). En présence des questions les plus graves, ils ressemblent à des gens qui « font du théâtre ». Voilà ce que signifie l’expression grecque d’« hypocrite ».

Leurs prétentions n’en deviennent que plus insupportables. Toutes les pratiques extérieures de la piété, les larges phylactères (voir ce mot), les longues franges de prière qu’ils portent (Matthieu 23.5), au lieu d’être les signes d’une piété particulièrement intense, révèlent leur orgueil spirituel. Cet orgueil ne se manifeste pas seulement à l’égard des hommes, parmi lesquels ils recherchent les places d’honneur dans les festins et les synagogues (Matthieu 23.6), mais, ce qui est plus grave, il détermine leurs rapports avec Dieu lui-même. La conviction de s’être conformés aux innombrables prescriptions rituelles leur donne l’assurance d’être parfaitement en règle avec Dieu : ils n’ont qu’à se réclamer de leurs mérites. L’attitude proprement religieuse du pharisien est bien celle du pharisien de la parabole (Luc 18.9-14), et cela explique que le conflit entre l’Évangile de Jésus et le pharisaïsme, malgré les points de contact ou plutôt à cause d’eux, était inévitable. Nul ne l’a mieux compris que l’apôtre Paul qui, lui-même, avait été pharisien (Philippiens 3.5 ; Actes 23.6 ; Actes 26.5). En songeant à la piété pharisaïque, il dit qu’« à cause de Christ il a regardé comme une perte ce qui autrefois avait été pour lui un gain » (Philippiens 3.7).

Bibliographie

  • G.F. Moore, Judaism, 1927.
  • R. Travers Herford, Les Pharisiens (traduction de l’anglais), 1928.

O. C.

Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com

L’article dans Westphal