Dictionnaires bibliques
Pentateuque
Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Pentateuque », un article après l’autre.
Dictionnaire de la Bible (Bost)
Les cinq livres de Moïse forment un ouvrage unique, que nous nommons le Pentateuque (d’après le nom que les Grecs lui donnèrent). Les Juifs le nommaient ordinairement le livre de la loi (sépher hatthorah), parce que la loi mosaïque en forme pour ainsi dire le centre. Les Juifs de Palestine désignaient chacun des cinq livres qui le composent par le mot qui les commence ; ainsi Beréschith (la Genèse, littéralement : au commencement), etc. ; mais ceux d’Alexandrie leur donnèrent des noms en rapport avec leur contenu, revins ou Genèse (origine de toutes choses), Exode (sortie d’Égypte), Aswîtizoî (lois du culte lévitique), Apifyjst ou Nombres (parce que ce livre commence par un dénombrement), et répétition de la loi (Deutéronome) ; ce sont ces derniers noms qui ont passé dans notre langue.
Pour nous convaincre que ces cinq livres forment un tout bien lié, un ouvrage sorti de la plume d’un même auteur, et composé d’après un plan régulier, et non pas, comme on l’a prétendu, un recueil de fragments, il suffit de jeter un coup d’œil sommaire sur son contenu. On peut y distinguer un certain nombre de sections principales.
Section. I. – Relation primitive de l’homme avec Dieu ; rupture de cette relation par le premier péché ; développement et châtiment du péché ; premières promesses d’un Rédempteur (Genèse 1-11).
Section. II. – Préparation du salut annoncé dans la section IV, par le choix d’un peuple qui doit être le dépositaire de la révélation, et donner naissance au Rédempteur. Cette section laisse pressentir une suite, car, à la fin, nous trouvons le peuple d’Israël en Égypte, hors du pays qui lui a été assigné par la promesse (Genèse 42-50).
Section. III. – Dans cette section nous voyons le commencement de l’accomplissement de la promesse relative au pays de Canaan. L’auteur, après avoir montré comment Moïse, qui devait être l’instrument de la délivrance, fut préparé pour cette mission, raconte les miracles qui précédèrent et déterminèrent la sortie d’Égypte, l’institution d’un mémorial de ce bienfait (la pâque), et enfin le voyage jusqu’au mont Sinaï, où le peuple, maintenant préparé par l’épreuve et la reconnaissance, doit recevoir la loi qui fixe ses rapports avec son Dieu (Exode 1-18).
Section. IV. – Cette section, qui a pour sujet la législation, forme proprement le noyau du Pentateuque. Elle embrasse à peu près les événements d’une année. L’auteur, après avoir donné la loi fondamentale (Exode 19 à 24.11), raconte comment Moïse reçut sur la montagne des directions très détaillées sur la construction de l’édifice qui devait être le centre du culte, et l’habitation visible du Dieu avec lequel Israël venait de contracter alliance (Exode 24.12 à 31). Ensuite le récit de la révolte du peuple, qui vint retarder l’exécution de cet ordre (Exode 32-34), devait naturellement précéder le morceau qui traite de la construction du tabernacle (Exode 35, jusqu’à la fin du livre).
Après la construction du tabernacle, c’était le lieu de placer les ordonnances relatives au culte qui devait s’y célébrer, et c’est ce qui forme le sujet du Lévitique, dans lequel, avec un peu d’attention, il ne sera pas non plus difficile de reconnaître un ordre bien suivi. Après les lois sur les sacrifices, signes et gages de la grâce divine (1-7), on devait attendre celles sur les personnes sacrées chargées de les offrir (8). La consécration solennelle du tabernacle accompagnée d’une manifestation sensible de la divinité, racontée au chapitre 9, justifie en quelque sorte le sévère châtiment infligé aux deux fils d’Aaron qui manquèrent au respect dû à l’Éternel (10). Viennent ensuite les lois sur la pureté, d’après lesquelles devait se régler l’admission dans l’édifice sacré (11-15) ; et à ce morceau se rattachent très directement le chapitre 16, contenant la description de la grande fête annuelle, par laquelle devaient être expiées toutes les souillures du peuple, et le chapitre 17, qui attribue au tabernacle le privilège exclusif de servir au culte, et défend l’usage alimentaire du sang, à cause de son emploi dans les expiations. Suit une énumération des péchés dont la souillure rendrait les Israélites indignes de porter le nom de peuple saint à l’Éternel, et de posséder au milieu d’eux la demeure du Très-Haut (18-20) ; dans les deux chapitres suivants, les lois sur la pureté, tant morale qu’extérieure, sont appliquées particulièrement aux personnes chargées du culte (21-22). Le chapitre 23 contient le catalogue des fêtes solennelles, qui toutes devaient se célébrer auprès du tabernacle. Le chapitre 24, après quelques détails sur les objets sacrés qui devaient se trouver dans le tabernacle, raconte un fait qui se passa dans ce temps-là, la punition d’un blasphémateur ; enfin, les trois derniers chapitres renferment les lois sur le jubilé, l’année sabbatique, etc., qui devaient rappeler aux Israélites les droits de Dieu sur le pays de Canaan dans lequel ils allaient entrer.
Après avoir parlé du tabernacle et du culte qui s’y rattachait, Moïse était conduit à indiquer sa place dans le camp et la manière de le transporter pendant le voyage (Nombres 1-4) ; il raconte comment, en conséquence des lois sur la pureté mentionnées dans le Lévitique, un certain nombre de personnes furent en effet exclues du camp (5.1-4) ; il énumère diverses ordonnances qui furent données occasionnellement à cette époque (3.5-31 ; 6) ; puis, comme les dons faits par les douze chefs de tribus pour le service du tabernacle, furent alors seulement remis aux lévites pour cet usage, ils sont inscrits et énumérés (7) ; la consécration solennelle des lévites et leur entrée en charge trouve naturellement ici sa place (8). Le chapitre 9 contient quelques détails sur la célébration de la Pâque et sur la nuée merveilleuse, et quelques prescriptions amenées par les circonstances ; enfin, comme les Israélites allaient se remettre en route, les dix premiers versets du chapitre 10 devaient parler des trompettes sacrées. (Cette section va ainsi d’Exode 19 à Nombres 10.10).
Section. V. – Les événements qui s’écoulèrent depuis le départ de Sinaï jusqu’au commencement de la quarantième année du voyage, sont assez brièvement racontés ; le plus saillant est la révolte du peuple, lors du retour des espions, pour laquelle, après être arrivé à la frontière du pays de Canaan, il fut condamné à errer encore trente-huit ans dans le désert, et tous les Israélites âgés de plus de vingt ans exclus du pays promis (Nombres 10.11 à 19).
Section. VI. – Le récit du voyage de la nouvelle génération, depuis Kadès-Barnéa jusqu’aux plaines de Moab, occupe le reste du livre. Les deux premiers chapitres nous montrent que la nouvelle génération, était non moins que celle qui avait été condamnée à périr peu à peu dans le désert, l’objet des manifestations de la justice aussi bien que de la grâce de Dieu ; eaux miraculeuses, victoires sur les ennemis, serpent d’airain, etc. (20 et 21) ; l’histoire de Balaam est racontée avec beaucoup de détails pour montrer comment toutes choses doivent concourir au bien des enfants de Dieu (22-24), mais immédiatement après, Moïse doit raconter comment Dieu châtie aussi d’une manière terrible les péchés de son peuple (25). Un dénombrement de la nouvelle génération qui allait entrer en possession du pays de Canaan, devait naturellement avoir lieu, et se trouve ici à sa place (26). Il fallait raconter encore comment, dans la prévision de la prochaine mort de Moïse, Josué fut désigné et consacré comme son successeur (27). Les trois chapitres qui suivent (28-30), sont consacrés à l’exposé général de tout ce qui concernait les sacrifices et les vœux, parce que le moment approchait où, étant entrés en possession de la terre promise, les Israélites pourraient s’acquitter de ces obligations, là beaucoup plus complètement qu’ils n’avaient pu le faire dans le désert. Le chapitre 31 rapporte comment le châtiment que les Madianites méritaient à cause de leurs tentatives de séduction, fut exécuté ; le chapitre 32, comment le pays déjà conquis en deçà du Jourdain, fut partagé entre les tribus de Gad, Ruben, et la moitié de Manassé. Le livre des Nombres se termine par une énumération sommaire des principales stations du voyage, et quelques ordres relatifs aux frontières et au partage du pays de Canaan dans lequel on allait entrer (33-36).
Section. VII. – L’ouvrage de Moïse aurait été évidemment incomplet, s’il ne nous avait pas conservé le souvenir des derniers efforts qu’il fit pour le bien spirituel des Israélites, dans ce moment solennel où ils allaient, après leur long pèlerinage, voir se réaliser enfin les promesses faites à leurs pères. C’est aussi là le but et l’objet du Deutéronome.
Les quatre premiers chapitres sont une sorte d’introduction, et renferment un discours dans lequel Moïse récapitule l’histoire des quarante dernières années, en en déduisant des enseignements et des applications pour la conduite future du peuple. Nous voyons ensuite, c’est là le noyau du livre, comment Moïse rappelle les lois déjà données précédemment au pied du Sinaï, insistant sur leur observation, avec de nouveaux motifs empruntés à l’histoire et aux circonstances, les appliquant toutes directement au séjour en Canaan, quelquefois les développant, et ajoutant de nouvelles directions, ainsi celles des chapitres 13 et 18 sur la prophétie qui devait continuer l’œuvre de la révélation, et celles du chapitre 17 sur le gouvernement monarchique dont il fallait prévoir la possibilité (5-27). Les trois chapitres suivants contiennent les dernières et touchantes exhortations du législateur, dans lesquelles, pénétré de l’esprit prophétique, il découvre au peuple, d’un côté les bénédictions, de l’autre les terribles jugements qui lui sont réservés dans l’avenir (28-30). On sent que la fin de Moïse approche toujours plus ; au chapitre 31, il nous raconte comment il transmit solennellement son office à son successeur Josué, et remit le livre de la loi entre les mains des prêtres. Le chapitre 32, nous conserve le magnifique cantique dans lequel il prophétise la chute et le rétablissement final de son peuple, et dans le chapitre 33, nous lisons les bénédictions qu’il prononça sur les douze tribus.
Section. VIII. – Le chapitre 34 est un appendice écrit par une main étrangère, probablement par Josué, et complète les longs mémoires de la vie de Moïse, par le récit succinct de sa mort.
Les adversaires de la révélation, reconnaissant bien que le Pentateuque était la pierre angulaire de la Bible, ont mis tout en œuvre pour l’ébranler. Hobbes et Spinosa avaient déjà dirigé contre lui quelques attaques partielles ; ces attaques devinrent toujours plus hardies vers la fin du siècle dernier. On trouva que le moyen le plus simple était d’en contester l’authenticité ; c’est ce que firent Bauer, Paulus, Berchtold, encore avec une certaine modération, et en laissant subsister, comme authentiques, quelques fragments assez considérables, jusqu’à ce qu’enfin De Wette et de Bohlen prirent le parti de tout contester à Moïse, et d’attribuer la composition du Pentateuque à un auteur d’une époque beaucoup postérieure. L’authenticité du Pentateuque a été, en revanche, défendue par Jahn, Rancke, et surtout d’une manière victorieuse par le docteur Hengstenberg (Beytrœge zur Einleitung in das. A. T.), et par Haevernick (Einleit. in das. A. T.). Vu la grande importance de cette controverse, qui n’est, pour ainsi dire, pas connue en France, nous donnons le résumé des principaux arguments pour et contre.
L’authenticité s’établit par les raisons suivantes :
1°. Moïse se donne lui-même clairement comme l’auteur de ces livres. Cela est évident d’abord quant à certaines parties de l’ouvrage (Exode 34.27 ; Nombres 33.2 ; Deutéronome 31.22) ; mais il y a, comme nous l’avons montré, une liaison si étroite, si intime, entre toutes ses parties, que de ces passages on peut conclure plus loin. Le passage (Exode 17.14), où il est question du livre, est aussi à remarquer.
2°. Le contenu du Pentateuque ne peut s’expliquer qu’en admettant que Moïse en est l’auteur. En effet, l’auteur montre une si exacte connaissance de l’Égypte, de son sol, de ses mœurs, qu’il faut supposer qu’il y a fait un séjour plus ou moins long, comme c’était le cas pour Moïse. La vérité du Pentateuque, sous ce rapport, a été mise dans tout son jour par les découvertes de Champollion. On voit que l’auteur connaissait à fond l’histoire des douze tribus Israélites, et qui était mieux placé pour cela que Moïse ? Il y a tellement d’allusions au voyage dans le désert, tout est tellement basé sur les circonstances de ce temps-là, qu’il est impossible d’attribuer la composition de ce livre à une époque postérieure.
3°. Le Pentateuque est attribué à Moïse par tous les autres livres de l’Ancien Testament. Ici, nous pouvons alléguer d’abord un grand nombre de passages directs (Josué 1.7 ; 8.31 ; 23.6 ; 2 Rois 14.6 ; 2 Chroniques 23.18 ; etc.). Quant aux citations d’Esdras et Néhémie, nous pouvons nous dispenser de les énumérer, parce que les adversaires nous accordent que le Pentateuque existait de leur temps. Mais il sera facile de remarquer que tout, dans les livres postérieurs, lois, usages, jugements moraux, etc., est basé sur le Pentateuque ; sans le Pentateuque, toute l’histoire d’Israël est inexplicable.
4°. Notre Seigneur et les Apôtres attribuent le Pentateuque à Moïse d’une manière si claire, que l’on ne peut plus attaquer l’authenticité de ce livre, sans porter atteinte à leur autorité et à leur infaillibilité. Voyez, par exemple (Matthieu 19.8 ; Jean 5.45-46 ; etc.).
Contre l’authenticité, l’on allègue :
1°. Que du temps de Moïse les Hébreux ne connaissaient pas l’écriture. Mais ne pouvaient-ils pas l’avoir empruntée, comme d’autres connaissances, aux Égyptiens ou à quelque peuplade sémitique ? Des passages prouvent que cet art (voir Écriture) était non seulement connu du temps de Moïse, mais qu’il avait passé dans la vie ordinaire (Deutéronome 6.9 ; 11.20) ; le passage (Deutéronome 24.1) où il est question des lettres de divorce, l’existence d’une classe d’employés appelés sopherim, espèce de scribes, etc.
2°. On trouve que la langue du Pentateuque a trop de rapports avec celle des livres postérieurs. Mais observons que cette immutabilité de la langue s’explique d’abord par la structure des langues sémitiques, si différente de celles de l’Occident ; puis, par cette circonstance que les Hébreux restèrent, beaucoup plus que d’autres peuples, à l’abri des influences étrangères. D’ailleurs, l’assertion même n’a pas toute la force qu’on lui suppose, témoin le nombre assez grand d’archaïsmes que l’on peut observer ; ainsi le mot kèseb (pour agneau), ainsi l’expression : « être recueilli vers ses pères », et beaucoup d’autres encore, de même que certaines formes de langage, ne se trouvent que dans le Pentateuque.
3°. On a prétendu trouver, dans beaucoup de passages, des traces d’une époque postérieure ; mais quand on y regarde de près, cet argument s’écroule aussi. Nous en citerons quelques exemples : on a dit qu’en nommant la ville de Dan (Genèse 14.14), l’auteur postérieur se trahit, puisque cet endroit ne reçut le nom de Dan que lors de la circonstance mentionnée en Juges 18.29 ; mais on n’a pas fait attention qu’il existait une seconde ville de Dan à peu près dans la même contrée, comme on peut le conclure de 2 Samueluel 24.6, où l’une des deux villes est appelée Dan-Jahan, pour la distinguer de l’autre. On s’est étonné de trouver (Exode 23.19), l’expression : « maison de l’Éternel », qui semble faire allusion au temple de Jérusalem ; mais ne peut-elle pas s’appliquer tout aussi bien au tabernacle qui allait se construire ? On a encore allégué que le chapitre 17 du Deutéronome ne peut pas avoir existé du temps du prophète Samuel, puisqu’il déclare la royauté inconciliable avec la théocratie ; mais il faut remarquer que la polémique de Samuel ne se dirige point contre le gouvernement monarchique en général, mais contre son introduction dans les circonstances d’alors, et les dispositions qui le faisaient désirer, etc.
4°. On a dit encore que l’état moral du peuple, tel qu’il nous est représenté dans les livres postérieurs, ne peut se concilier avec la supposition que le Pentateuque fût connu. Mais la loi s’accorde-t-elle donc tant avec les inclinations de l’homme naturel, que l’on ne puisse pas comprendre que, tout en étant connue, elle n’était pas mise en pratique ? Avec cet argument-là ne pourrait-on pas renverser aussi l’authenticité du Nouveau Testament, et prouver que la chrétienté contemporaine n’en a pas eu connaissance ?
5°. Enfin, on a fait grand bruit de cet exemplaire du livre de la loi trouvé dans le temple sous le roi Josias (2 Chroniques 34.14), et l’on en a conclu que ce livre pouvait bien avoir été fabriqué par les prêtres. Mais que le Pentateuque (car c’est de ce livre tout entier qu’il s’agit dans ce passage) existât du temps de Josias et avant, c’est ce que prouvent les nombreuses allusions des prophètes, et en particulier de Jérémie. Il est naturel de supposer que c’était l’exemplaire sacré, écrit de la main même de Moïse, qui avait été égaré sous des rois impies, et l’on comprend que sa découverte, surtout dans les circonstances où se trouvait le royaume, ait dû faire une profonde impression.
Sous le rapport littéraire, nous nous bornerons à citer ici les paroles d’un écrivain qui, sans négliger peut-être le fond, s’attache davantage à la forme, et dont le témoignage, en pareille matière, est intéressant, quoiqu’il ne soit pas neuf : « Il n’est pas nécessaire, dit-il dans sa Bibliothèque sacrée, d’insister sur l’excellence du Pentateuque, à le considérer seulement sous le rapport littéraire. On sait que tous les peuples se sont accordés à y chercher les modèles du sublime, et que l’histoire de Joseph, qui termine la Genèse, est un chef-d’œuvre de naïveté, d’éloquence et de sentiment, auquel rien ne peut être comparé dans l’ancienne littérature. » (Nodier).
Grandpierre, dans ses Éssais sur le Pentateuque (que leur titre ne caractérise pas d’une manière très exacte), a examiné la plupart des questions qui, dans les livres de Moïse, soulèvent des difficultés morales, historiques ou naturelles. Son travail, sur les points qu’il traite, est bon à consulter comme commentaire ; c’est même à peu près le seul ouvrage que nous possédions dans ce genre.
Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com
L’article dans BostDictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)
Ce terme est tiré du grec (de pente, cinq, et instrument), et signifie à la lettre le recueil des cinq instruments ou des cinq livres de Moïse, qui, sont la Genèse, l’Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome. Nous avons parlé de chacun de ces livres sous leurs articles. Voyez aussi Moïse et les commentateurs sur le Pentateuque, oh ils s’étendent à prouver que Moïse est l’auteur de ces cinq livres, et à réfuter ceux qui les lui ont contestés.
Voici les raisons de quelques nouveaux critiques qui ont contesté le Pentateuque à Moïse. On trouve, disent-ils, dans cet ouvrage, plusieurs choses qui ne conviennent pas au temps et au caractère de ce législateur : l’auteur parle de Moïse d’une manière très-avantageuse ; il loue sa modération et sa douceur (Nombres 12.3). Il parle toujours en troisième personne : Le Seigneur parla à Moïse, et lui dit, etc. Moïse parla Pharaon, etc. Moïse n’aurait osé parler ainsi de lui-même, il aurait au moins de temps en temps parlé en première personne.
De plus, l’auteur du Pentateuque abrége quelquefois sa narration, comme un écrivain qui écrit sur des Mémoires plus anciens ; d’autres fois il interrompt la suite de son discours ; par exemple, il fait dire à Lamech le bigame (Genèse 2.23) Écoutez, femmes de Lamech, faites attention à mes discours J’ai tué un homme pour ma blessure et un jeune homme pour ma meurtrissure, etc, sans nous dire auparavant à quoi cela pouvait avoir rapport. Ces remarques, par exemple (Genèse 12.6) : Alors le Chananéen était dans le pays, ne peuvent convenir à Moïse, puisque tout le temps de la vie de ce législateur les chananéens demeurèrent maîtres de la Palestine. Le passage du livre des Guerres du Seigneur, cité dans le livre des Nombres (Nombres 21.14), y paraît mis après coup, de même que les premiers versets du Deutéronome. Le récit de la mort de Moïse, qui se trouve à la fin du même livre, n’est certainement pas de ce législateur. On peut faire le même jugement de quelques autres passages, où il est dit que les lieux dont on parle étaient situés au delà du Jourdain : que le lit d’Og était à Ramatha jusqu’aujourd’hui ; que les Havoth de Jaïr (Nombres 32.41 Deutéronome 3.14), ou les villes de Jaïr étaient connues à l’auteur, quoique apparemment elles n’aient porté ce nom que depuis Moïse.
On remarque aussi dans le texte du Pentateuque quelques endroits défectueux ; par exemple, dans l’Exode (Exode 12.8) on voit Moïse qui parle à Pharaon, sans que l’auteur marque le commencement de son discours. Le Samaritain ajoute au même endroit ce qui manque à l’Hébreu. Dans d’autres endroits, le même Samaritain semble suppléer à ce qui manque au texte hébreu ; et ce qu’il a de plus que l’Hébreu paraît si bien lié au reste du discours, qu’il serait difficile de l’en séparer. Enfin on croit remarquer dans le Pentateuque des traits qui ne peuvent guère convenir à un homme comme Moïse, né et élevé dans l’Égypte ; comme ce qu’il dit du paradis terrestre, des fleuves qui l’arrosaient et qui en sortaient ; des villes de Babylone, d’Arat, de Resen et de Chalanne ; de l’or du Phison, du Bdellium, de la pierre de Sohein que l’on trouvait en ce pays-là : ces particularités, si curieusement recueillies, semblent prouver que l’auteur du Pentateuque était de delà l’Euphrate. Ajoutez ce qu’il dit de l’arche de Noé, de sa construction, du lieu où elle s’arrêta, du bois dont elle fut bâtie, du bitume de Babylone, etc.
Ces dernières remarques ont fait croire à quelques-uns que le lévite envoyé par Assaradon aux Cuthéens établis dans la Samarie (2 Rois 17.24-27), pourrait bien avoir composé le Pentateuque, et que les Juifs auraient pu le recevoir avec quelques petites différences de la main des Samaritains. D’autres se sont imaginé que le Pentateuque, en l’état où nous l’avions, n’était qu’un abrégé d’un plus grand ouvrage, composé par des écrivains publics chargés de cette fonction dans la république des Hébreux.
Mais sans prétendre entrer ici dans l’examen de toutes ces preuves et dans la réfutation de ces sentiments, sur lesquels on a tant écrit, nous nous contentons de faire trois réflexions,
1° Que, pour débouter Moïse de la possession où il est depuis tant de siècles, de passer pour auteur du Pentateuque, possession appuyée du témoignage de la Synagogue et de l’Église, des écrivains sacrés de l’Ancien et du Nouveau Testament, de Jésus-Christ et des apôtres, il faut certainement des preuves sans réplique et des démonstrations. Or, il est évident que les objections que l’on forme contre ce sentiment sont fort au-dessous même de preuves solides.
Car 2°, les additions, les dérangements, les confusions, les omissions que nous voulons bien ne pas refuser d’y reconnaître, ne décident pas que Moïse ne soit pas l’auteur du livre ; elles prouvent seulement que l’on y a retouché quelque chose, soit en diminuant ou en ajoutant : Dieu a permis que les livres sacrés ne soient pas exempts de ces sortes d’altérations, qui viennent de la main des copistes, ou qui sont une suite de la longueur des siècles. Si une légère addition, ou quelque changement fait au texte d’un auteur suffisait pour lui ôter son ouvrage, quel écrivain serait sûr de demeurer en possession de son ouvrage pendant un siècle ?
3° Les systèmes de M. Le Clerc et de M. Simon sur l’auteur du Pentateuque ont été si souvent réfutés, qu’il nous paraît inutile de retoucher ici cette matière. Les écrivains publics de M. Simon sont une chimère. Le prêtre ou le lévite envoyé par Assaradon Cuthéens ne peut pas avoir composé le Pentateuque ; ce livre était écrit longtemps avant lui : il est cité dans des ouvrages antérieurs au temps de ce lévite. La Loi a toujours été pratiquée depuis Moïse jusqu’à la captivité, elle était donc écrite : on en mit un exemplaire dans l’arche, et il fut trouvé sous Josias. Les Juifs et les Samaritains avaient trop d’éloignement les uns pour les autres pour se communiquerleurs écrits sacrés. En comparant le Pentateuque samaritain à celui des Juifs, on voit bien qu’ils sont pris de la même source et sur le même original ; mais il est aussi aisé de s’apercevoir que l’un n’est pas copié sur l’autre, et que les Samaritains ont retouché leur exemplaire pour appuyer certaines prétentions qu’ils ont contre les Juifs au sujet du mont Garizim, où était placé leur temple.
Les Samaritains ont conservé le Pentateuque hébreu écrit en anciens caractères phéniciens, qui sont les caractères hébreux, usités avant la captivité de Babylone. Voyez sous le titre Samaritain, Pentateuque samaritain. Voyez aussi Absalon, à la fin de mon addition et Asimah.
Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com
L’article dans CalmetLexique de la Bible (Lelièvre)
Ce terme, dérivé du grec et signifiant « les cinq rouleaux », ne se trouve pas dans la Bible. Il désigne les cinq premiers livres de l’Ancien Testament que les Juifs désignaient d’un seul mot : la Loi.
Lexique de la Bible — Charles Lelièvre, source levangile.com
L’article dans LelièvreDictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)
1. Introduction
Le mot Pentateuque (dérivé du grec pente = cinq, et teukhos = rouleau de papyrus), qu’on lit déjà dans Origène, désigne les cinq premiers livres de l’Ancien Testament (Genèse, Exode, Nombres, Lévitique et Deutéronome) et représente probablement une adaptation de l’expression « les cinq cinquièmes de la loi » par laquelle les Juifs désignaient parfois ces livres. Dans l’Ancien Testament le Pentateuque est appelé ce la Loi de Moïse » (2 Chroniques 23.18 ; 2 Chroniques 30.1-6) ou « le Livre de Moïse » (2 Chroniques 35.12) ; plus tard on l’appela simplement « la Loi » (thora en hébreu, nomos en grec) : voir le prologue de l’Ecclésiastique, Philon, Josèphe, le Nouveau Testament. Le Pentateuque n’est, en réalité, que la première partie d’une grande histoire du peuple élu, depuis la création du monde jusqu’à la destruction de Jérusalem en 586 (Spinoza). La séparation établie entre le Pentateuque, d’une part, et les « prophètes antérieurs » (Josué, Juges, Samuel, Rois), de l’autre, fut faite vers 400 avant Jésus-Christ, quand « la Loi », qui comprenait la littérature de l’âge mosaïque et se terminait avec la mort du grand législateur, fut canonisée ; le reste de l’ouvrage (Josué, Juges, Samuel, Rois) ne fut canonisé que deux siècles plus tard avec les livres des prophètes. La division du Pentateuque en cinq livres (antérieurs aux LXX, vers 250, bien que Philon soit le premier témoin de cette subdivision), quoique assez logique, fut le résultat de circonstances pratiques : les rouleaux de papyrus dont on se servait ne pouvaient contenir plus d’un cinquième de la Loi ; ce ne fut que plus tard qu’en se servant de parchemin on put écrire te Pentateuque tout entier sur un seul rouleau.
2. Le contenu du Pentateuque
Il peut se résumer en quelques mots comme suit :
- Les origines du monde et des nations : Genèse 1 à Genèse 11 (1-2, création du monde et des êtres vivants ; Genèse 3-5, les premiers hommes ; Genèse 6-9, le déluge ; Genèse 10, table des nations ; Genèse 11, la tour de Babel).
- Les patriarches, ancêtres des Israélites : Genèse 12 à Genèse 50 (Genèse 12-25, Abraham ; Genèse 25.12 ; Genèse 25.18, Ismaël ; Genèse 25.19-36.1, Isaac et Ésaü ; Genèse 37-50, Jacob et ses fils, notamment Joseph).
- Moïse délivre les Israélites de leur oppression en Égypte : Exode 1-15 (1-2, l’oppression, la naissance de Moïse ; Exode 3-7, la vocation de Moïse ; Exode 7.8-11.10, les plaies d’Égypte ; 12-15, la délivrance).
- Les Israélites au désert du Sinaï : Exode 16 à Exode 40 (16-18, le voyage jusqu’au Sinaï ; Exode 19-24, la première révélation au Sinaï, le Décalogue et le Livre de l’Alliance ; Exode 25-31, la deuxième révélation, les prescriptions pour le culte ; Exode 32-34, le veau d’or ; Exode 35-40, le tabernacle).
- La législation lévitique : Lévitique 1 à Lévitique 27 (1-7, les sacrifices ; Lévitique 8-10, les prêtres ; Lévitique 11-15, animaux purs et impurs, purifications ; Lévitique 16, le rituel de l’expiation annuelle ; Lévitique 17-26, les lois de sainteté ; Lévitique 27, vœux, dîmes, etc.).
- Dispositions pour le départ : Nombres 1-10 (Nombres 1-4, dénombrement des Israélites ; Nombres 5-6, lois sur la pureté, la jalousie, le naziréat ; Nombres 7, offrandes ; Nombres 8, les lampes, consécration des Lévites ; Nombres 9, la Pâque, la nuée sur le tabernacle ; Nombres 10.1 ; Nombres 10.10, les deux trompettes).
- Le voyage du Sinaï aux plaines de Moab : Nombres 10.11-22.1 (Nombres 10.11 ; Nombres 10.36, départ du Sinaï ; Nombres 11, les cailles ; Nombres 12, murmures de Miriam et d’Aaron ; Nombres 13, les espions ; Nombres 14, murmures du peuple, qui restera 40 ans au désert ; Nombres 15, offrandes ; Nombres 16-17, révoltes ; Nombres 18-19, le sacerdoce, la vache rousse ; Nombres 20, à Qadèsh et à Hor ; Nombres 21, le serpent d’airain, victoire sur Sihon).
- Dans les plaines de Moab : Nombres 22.2-36.13 (Nombres 22-24, Balaam ; Nombres 25, Baal-Péor ; Nombres 26, nouveau dénombrement ; Nombres 27-30, lois sur les héritages, les sacrifices, les vœux ; Nombres 31, victoire sur les Madianites ; Nombres 32, attribution du pays de Galaad ; Nombres 33, itinéraire ; Nombres 34, le partage de Canaan ; Nombres 35, villes lévitiques et villes de refuge ; Nombres 36, le mariage des filles qui héritent).
- Les derniers discours de Moïse et sa mort dans les plaines de Moab : Deutéronome 1-34 (Deutéronome 1.1-4.43, le premier discours ; Deutéronome 4.44-26.19, deuxième discours ; Deutéronome 27-30, bénédictions et malédictions, paroles d’adieu de Moïse ; Deutéronome 31-34, les derniers actes de Moïse et sa mort).
3. L’auteur du Pentateuque
D’après une tradition répandue dans le judaïsme aussi bien que dans le christianisme, serait Moïse. Cette théorie repose sur des bases bien précaires. En effet ce n’est qu’un millénaire après l’époque du législateur qu’on rencontre la première allusion à cette tradition (2 Chroniques 23.18 ; 2 Chroniques 30.16 ; 2 Chroniques 35.12). Dans le reste de l’Ancien Testament. Moïse est considéré comme l’auteur de courtes sections particulières (Exode 17.14 ; Exode 24.4 ; Exode 34.27 ; Nombres 33.2 ; Deutéronome 31.22), du code deutéronomique (Deutéronome 31.9-13 ; Deutéronome 31.24-26 Malachie 4.4 ; les allusions à la Loi de Moïse dans Josué et Rois), de la législation lévitique (Esdras 3.2 ; Esdras 6.18 ; Esdras 7.6 ; Néhémie 8.1). Dans le Nouveau Testament (Matthieu 19.8 ; Marc 12.26; Luc 24.27-44 ; Jean 5.46 et suivant), dans Philon et dans Josèphe, Moïse est considéré comme l’auteur du Pentateuque : ces deux derniers auteurs affirment même que Moïse écrivit l’histoire de sa propre mort et de sa sépulture dans Deutéronome 34.5 ; Deutéronome 34.12 (Phil., Vie de Moïse, III, 39 ; Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, IV, 8.48) ; dans le Talmud au contraire (Baba Bathra, 14b) ces 8 versets sont attribués à Josué. Sans nous arrêter à une autre tradition d’après laquelle Esdras serait l’auteur du Pentateuque (Pseudo-Esdras 14.21,48), nous devons constater qu’il y a, dans le Pentateuque, bon nombre d’expressions postérieures à la conquête du pays de Canaan, voire même à l’institution de la monarchie israélite. Isaac de Tolède (Mort en 1057) reconnut que Genèse 36.31 avait été écrit après Saül ; Ibn Ezra (Mort en 1167) admet que les expressions : « de l’autre côté du Jourdain » (Deutéronome 1.1) pour indiquer le côté où Moïse se trouvait, « Moïse écrivit » (Deutéronome 31.9), « les Cananéens étaient alors dans le pays » (Genèse 12.6), « à la montagne de l’Éternel » (Genèse 22.14), « voici son lit, un lit de fer… » (Deutéronome 3.11), sont incompréhensibles sous la plume de Moïse. « Personne, disait Carlstadt en 1520, sauf un homme tout à fait fou, ne pourrait attribuer à Moïse Deutéronome 34.5 ; Deutéronome 34.12 ». Le catholique Masius (1574) montre que la ville de Laïs reçut le nom de Dan (qu’on lit dans Genèse 14.14 ; Deutéronome 34.1) au temps des Juges (Juges 18.29) et que Kirjath-Arba n’était pas appelée Hébron (Genèse 13.18 ; Genèse 23.2 ; Genèse 23.19 etc.) à l’époque de Moïse (Josué 14.15). Hobbes, dans son Léviathan (1651), montre que les expressions qu’on lit dans Genèse 12.6 ; Nombres 21.14 ; Deutéronome 34.6 ne peuvent pas avoir été écrites par Moïse. Isaac de la Peyrère (1655) note la date postérieure à Moïse de Nombres 21.14 ; Deutéronome 1.1 ; Deutéronome 2.2 ; Deutéronome 2.7 ; Deutéronome 3.11 ; Deutéronome 3.14, et quelques anachronismes (Sara avait 90 ans quand Abimélec la fit enlever, Genèse 20.2). Spinoza (1671) discute les passages cités par Ibn Ezra et observe que le Pentateuque parle de Moïse à la troisième personne et chante son éloge (Nombres 12.3 ; Nombres 14.14 ; Deutéronome 33.1) ; il fait remarquer le mélange de législation et d’histoire, sans aucun ordre, les anachronismes, les répétitions de récits qui prouvent que le Pentateuque est une compilation. Ainsi Spinoza prépare le terrain aux travaux de la critique littéraire du Pentateuque ;
Episcopius (Mort en 1643), Richard Simon, de l’Oratoire (1685), et Jean Le Clerc (1685) précisent quelques détails, sans changer sensiblement les conclusions de Spinoza.
4. Aperçu historique de la critique du Pentateuque
Les auteurs que nous venons de nommer avaient constaté que le Pentateuque dans son ensemble ne pouvait pas être l’œuvre de Moïse ; Spinoza pensait qu’Esdras était le compilateur de l’ouvrage tel que nous l’avons, tandis que Richard Simon préférait l’hypothèse d’une succession de scribes inspirés. Après ces observations de détail et ces intuitions vagues, vint, la critique littéraire et historique : à travers des tâtonnements et des hypothèses successives, on arriva à la détermination des sources du Pentateuque et du travail de compilation progressive.
On reconnaît généralement quatre phases successives de l’analyse critique du Pentateuque.
1° Hypothèses des sources
Le fondateur de la critique fut le médecin français Jean Astruc qui, en 1752 fit paraître anonymement à Bruxelles un ouvrage intitulé : Conjectures sur les mémoires originaux dont il paroit que Moyse s’est servi pour composer le Livre de la Genèse, etc. En s’appuyant sur l’emploi alterné de deux noms de Dieu dans la Genèse, Elohim (la divinité) et JVHH (Yahvé, Jéhovah), il reconnaît deux sources principales ; grâce à d’autres indices il crut reconnaître 10 autres sources secondaires. Eichorn (1780) précisa les caractères des deux sources principales ; Ilgen (1798) établit que la source élohiste n’est pas homogène, mais qu’elle consiste en deux documents différents : le premier Élohiste (qu’on appelle maintenant P) et le deuxième Elohiste (maintenant E).
2° Hypothèse des fragments
Alexandre Geddes, théologien catholique anglais, en 1792 et 1800, divisa les deux grandes sources et le Pentateuque tout entier en un grand nombre de fragments indépendants provenant de deux cercles principaux, ce qui explique l’alternance des noms de la divinité. J.S. Vater Commentaire sur le Pentateuque (1802-1805), le considère comme une compilation de fragments d’âges différents, faite au cours de l’exil. W.M.L. de Wette (1806 et 1807) combine l’hypothèse des sources avec celle des compléments : Genèse et Exode sont un ancien récit épique ; Le est une collection de lois tardives, Nombres, un supplément postérieur, et Deutéronome le code trouvé dans le temple par Hilkija en 621 (cette théorie sur l’origine du Deutéronome est encore fondamentale dans la critique du Pentateuque).
3° Hypothèse des compléments
En 1823, H. Ewald réagit contre les conjectures subjectives de Geddes et de Vater : il insiste sur l’unité essentielle de la Genèse (Vater l’avait déchirée en 39 fragments). Procédant sur cette voie (que de Wette avait déjà indiquée), P. von Bohlen (1835), J.J. Stahelin (1835), F. Bleek (1836), F. Tuch (1838), et d’autres encore, considèrent la source élohiste d’Astruc comme l’écrit primordial et fondamental qui fut augmenté par des suppléments jéhovistes composés ad hoc par le rédacteur.
4° Nouvelle hypothèse des sources
Déjà C.P. Gramberg (1828), J.J. Stahelin (1830) et, en particulier, Ewald, dans son Histoire d’Israël (1843-1851), avaient combiné l’hypothèse d’Astruc avec celle des compléments : ils admettaient dans le Pentateuque trois sources principales, complétées par des rédacteurs subséquents. Mais le vrai fondateur de la théorie critique contemporaine (celle de Graf-Wellhausen) est H. Hupfeld (1853) : un rédacteur amalgama trois sources indépendantes (l’Écrit fondamental, l’Élohiste et le Yahviste) en « un tout bien articulé et organique, un corps vivant ». E. Böhmer (1860 ; 1862) accepte ces conclusions ; Knobel (1851-1862) les modifie (l’Écrit fondamental fut supplémenté par le Yahviste, qui combina deux sources séparées, et par le Deutéronomiste). Désormais le progrès dans les recherches critiques consistera à déterminer les relations, le contenu et la date des sources principales, à fixer les rédactions et à découvrir les documents incorporés dans les sources. Le résultat le plus important fut la découverte que l’Écrit fondamental (qu’on appelle P, ou code des prêtres) n’est pas la source la plus ancienne, mais au contraire la dernière en date : J.F.L. George, en 1835, avait déjà reconnu que la partie législative de P est postérieure au code deutéronomique (qu’il place, avec de Wette, aux environs de 621) ; Vatke et von Bohlen firent la même découverte ; E. Reuss (1834) la professa dans ses cours et son élève K.H. Graf (1866) fixa la date de la législation lévitique à l’époque d’Esdras. Quant aux portions narratives de P, que Graf regardait encore, au début, comme anciennes, J.W. Colenso, évêque de Natal, souleva des doutes sérieux sur leur crédibilité (1862-1879). Enfin le Hollandais A. Kuenen (1828-1891) soutint victorieusement la date postexilique de P dans son ensemble, et Th. Noldeke (1869), sans accepter cette date, détermina le contenu et les caractéristiques de l’Écrit fondamental. Dans la législation de P, Graf reconnut la présence d’un code spécial (qu’on appelle H ou loi de sainteté : Lévitique 17 à 26). L’unité de la source jéhoviste ou yahviste (J) fut contestée par E. Schrader (1863) ; K. Budde (1883), Ch. Bruston (1885), B. Stade (1894) séparèrent J 1 de J 2. Récemment, O. Eissfeldt (1922) a indiqué ces deux couches par L (source laïque) et J, et R.H. Pfeiffer (1930) a cru trouver dans la Genèse une source d’origine édomite (indiquée par S : sud ou Séir) correspondant dans ses grandes lignes à J 1 ou L. De même Kuenen reconnut deux, couches dans l’Élohiste (E 1 et E 2). E. Riehm (1854) détermina les caractères de la source deutéronomique (D) et fit l’observation importante que les rédacteurs qui combinèrent les diverses sources ne sont pas les auteurs mêmes de ces sources. Ces travaux préliminaires et spéciaux rendirent possibles les vastes ouvrages d’ensemble de Kuenen (1861 et suivant), de J. Wellhausen (1876 et suivant), de A. Dillmann (1875 et suivant), vrais monuments d’érudition et de critique sur lesquels reposent les ouvrages de synthèse où l’on trouve exposée, dans ses grandes lignes, la conception moderne de l’origine du Pentateuque : nous faisons allusion aux ouvrages de Alexandre Westphal (1888 et 1892), de H. Holzinger (1893) et de J.E. Carpenter-G.H. Battersby (1902). En résumé, d’après la théorie Graf-Wellhausen, le Pentateuque Il atteignit sa forme actuelle que vers 400 avant Jésus-Christ, après un développement plusieurs fois séculaire : les sources J (environ 850) et E (environ 750) furent amalgamées vers 650 (JE) ; on y ajouta le code deutéronomique (D, publié en 621) vers 550 (JED) et le code sacerdotal (P, 500-450) quelques années avant 400 (JEDP). Les rédacteurs qui combinèrent ces sources sont désignés par les symboles Rj e, R d et Rp. Parmi les opposants de cette théorie, il faut nommer H.-E. Wiener, qui soutient la mosaïcité du Pentateuque, J. Orr et Edouard Naville, dont le point de vue est moins extrême, et B.D. Eerdmans, A. Klostermann, J. Dahse, moins conservateurs que les précédents. Il va sans dire qu’il n’y a pas unanimité d’opinion parmi les critiques sur les questions de détail : bien des conclusions, voire même la date de D, ont été remises en question (voir Deutéronome) ; on a même développé une nouvelle méthode, la critique « matérielle » (Stoffkritik), par opposition à la critique littéraire (ou Quellkritik), dont les représentants les plus en vue sont H. Gunkel, H. Gressmann, E. Sellin ; mais, somme toute, la théorie Graf-Wellhausen, que nous allons exposer avec plus de détails en tenant compte des recherches récentes, n’a pas été ébranlée.
5. Les poèmes contenus dans le Pentateuque
Les morceaux poétiques (de même que quelques collections de lois) incorporés dans les livres de Moïse doivent être considérés à part des documents narratifs ; bien qu’ils soient parfois contenus dans ces sources, ils n’en forment pas nécessairement une partie intégrante, et, en tout cas, ont des auteurs différents. Dans l’impossibilité de préciser la date de ces compositions, nous donnons ici une classification chronologique générale.
- Avant 1000. Genèse 4.23 ; Genèse 9.25 ; Genèse 9.27 ; Exode 15.21 ; Exode 17.16 ; Nombres 10.35 ; Nombres 21.14 ; Nombres 21.17 ; Nombres 21.27-30.
- De 1000 à 900. Genèse 49 ; Nombres 24.3-9 ; Nombres 24.15-19 (20-24 ?) Genèse 8.22 ; Genèse 16.24 ; Genèse 25.23 ; Genèse 27.27-29 ; Genèse 27.39 ; Genèse 27.40.
- De 900 à 700. Nombres 12.6 ; Nombres 12.8 ; Nombres 23.7 ; Nombres 23.10 ; Nombres 18.24 ; Deutéronome 33.
- De 600 à 400. Deutéronome 32 ; Exode 15.1 ; Exode 15.18.
6. La législation
La critique a identifié, dans le Pentateuque, les codes de lois suivants :
- Le Livre de l’Alliance (Exode 20.23-23.19), qui contient un fragment d’un code civil et pénal (Exode 21.2-22.19) et un recueil de prescriptions rituelles (Exode 22.29-31 ; Exode 23.10-19) [reproduit en bonne partie dans Exode 34.18 ; Exode 34.26]. Ces deux collections semblent être d’origine cananéenne et datent de 1100 au moins ; ce qui reste, à part quelques prescriptions archaïques comme Exode 20.24 ; Exode 20.26, consiste en règles morales et religieuses de date postérieure.
- Le « décalogue de J » (Exode 34.10-26), compilation basée sur le Code de l’Alliance et datant, sous sa forme actuelle, d’environ 600 à 550.
- Le Décalogue (Exode 20.1 ; Exode 20.17 ; Deutéronome 5.6 ; Deutéronome 5.21). La rédaction dans Exode 20 est postérieure à celle de Deutéronome 5, qui date d’environ 630 (voir article : Alliance (Livre de l’) et Décalogue).
- Les dix malédictions (Deutéronome 27.16 ; Deutéronome 27.25 ; le verset 15 et le verset 26 ne font pas partie du recueil original) semblent dater de la période des Juges et peuvent être d’origine cananéenne.
- Le code deutéronomique, D (Deutéronome 12-26, et Deutéronome 28 dans une forme plus brève), fut écrit vers 630 et publié en 621.
- Le code de sainteté, H ou S (Lévitique 17 à 26), date d’environ 550.
- Le code sacerdotal, P, fut compilé vers 450. Seuls, le code deutéronomique avec le Décalogue et le code sacerdotal furent composés par les auteurs de deux des grandes sources, D et P ; les autres sont des ouvrages indépendants placés par les rédacteurs où nous les trouvons.
On peut constater, par une comparaison des ordonnances parallèles, que le Livre de l’Alliance, D et P (4-H) représentent trois époques successives ; voyez par exemple : Exode 21.31 ; Deutéronome 14.21 ; Lévitique 17.15 ; Lévitique 11.39 (loi sur les bêtes mortes) ; Exode 21.2 ; Exode 21.6 ; Deutéronome 15.12-18 ; Lévitique 25.39-46 (loi sur les esclaves hébreux) ; Exode 22.29-30 ; Deutéronome 15.19-23 ; Lévitique 27.26 et suivant, Nombres 18.15 ; Nombres 18.18 (loi sur les premiers-nés) ; Exode 22.29 ; Exode 23.19 ; Deutéronome 26.1-10-12 ; Deutéronome 14.22 ; Deutéronome 14.28 ; Lévitique 27.30-33 ; Nombres 1.12 ; Nombres 1.21 ; Nombres 1.25-28 (loi sur les prémices et les dîmes).
7. Le Yahviste (J)
Les morceaux les plus importants et les plus caractéristiques de J sont les suivants (les crochets indiquent les chapitres contenant quelques versets appartenant à une autre source) : Genèse [12-13] [16] 18 [24-27] [29-30]
[32-33] [37. 39- 40 43-44. 47] ; Exode [1-2 4-5, 7-10] ; Nombres [24] [32]. Ordinairement on considère comme appartenant à J ce qui reste de Genèse 1-11 après qu’on en a séparé P ; mais cette attribution nous semble bien incertaine, puisqu’on doit y distinguer deux couches séparées (J 1 et J 2 ; Eissfeldt : L et J) ; nous préférons y voir une source différente (S = Séir ou sud) d’origine édomite, datant du temps de Salomon et à laquelle appartiennent aussi en bonne partie Genèse 14 ; Genèse 19.1-26 ; Genèse 19.30-38 ; Genèse 34 ; Genèse 35.5 ; Genèse 35.21 ; Genèse 36.9-39 ; Genèse 38. J2 gérait alors une couche rédactionnelle. Le style de J réunit, comme celui d’Homère, la simplicité et la noblesse, la naïveté et la perfection artistique : il est évocateur, limpide dans la description des caractères et des émotions, charmant dans les dialogues, et, selon les circonstances, sobre, éloquent, poétique, touchant. À la perfection littéraire de J correspond la grandeur épique de son sujet : l’évocation des origines modestes et des triomphes du peuple d’Israël sous l’égide de son dieu. Ce thème grandiose est proclamé sans ambages dans Genèse 12.1-4 ; si nous ne nous trompons pas, ce passage représente le début même de la composition. Dès lors l’action de Jéhovah dans le monde humain a pour but la réalisation de cette promesse faite à Abraham : Jéhovah est le Dieu d’Israël, l’ennemi de ses ennemis, le champion de son peuple à l’exclusion de tous les autres (malgré Genèse 18.25 ; Genèse 24.3 ; Genèse 24.7). Ce favoritisme à l’égard des personnes de la nation qui lui appartient en propre est, dans la personnalité divine, un des traits humains qui se transforment avec les autres anthropomorphismes de la conception jéhoviste, dans le Dieu spirituel et universel des prophètes. Dans la simplicité du culte, sans sacerdoce et sans liturgie, du document jéhoviste, où la prière prend la place du sacrifice, il semble qu’on pressente l’idéal prophétique.
L’auteur de J, d’après l’opinion courante, aurait écrit vers 850 dans le royaume de Juda ; cependant, si les parties plus anciennes des livres de Samuel (notamment 2 Samuel 9-20) sont les produits de sa plume (ce qui n’a pas encore été démontré), il aurait vécu un siècle plus tôt, à l’époque glorieuse de Salomon.
8. L’Elohiste (E)
On peut se rendre compte des caractères de cette source en lisant les chapitres suivants, qu’on a attribués, en bonne partie, à E : (Genèse 20-22, Genèse 28, Genèse 40-42, Genèse 45, Genèse 48, Exode 3, Exode 17-24, Exode 32-33, Nombres 11-12, Nombres 21-23). Quoique E rappelle J par son nationalisme enthousiaste et par la pureté de son langage, il en diffère néanmoins sensiblement : son style est moins poétique, moins évocateur, moins naïf. Il vit dans un milieu plus civilisé, plus raffiné, plus mûr. Moins réaliste et plus réfléchi que J, E est plus sentimental, plus tendre, plus grave : que de mélancolie dans ses histoires d’Agar et du sacrifice d’Isaac ! Il évite les anthropomorphismes enfantins de J : son Dieu (qu’il appelle Elohim avant la révélation du nom JVHH à Moïse, et aussi, généralement, après) n’apparaît plus visiblement aux hommes ; il leur parle dans des visions et des rêves, ou par la bouche d’un ange, sauf dans le cas unique de Moïse (Exode 33.11 ; Nombres 12.8). E idéalise les patriarches : Abraham devient un prophète (Genèse 20.7) et n’est plus coupable de mensonge comme dans J (Genèse 20.12 E, cf. Genèse 12.19 J) ; Jacob devient riche non point par une ruse (Genèse 30.37 ; Genèse 30.43 J), mais grâce à la bénédiction divine (Genèse 31.5 ; Genèse 31.16 E). Le surnaturel joue un rôle plus important dans E que dans J, notamment dans la vie de Moïse ; il y a déjà, dans E, de la réflexion théologique, une notion de progrès dans la révélation, un intérêt porté à la pureté du culte et aux fonctions sacerdotales et prophétiques, que l’on chercherait en vain dans J. Cependant la polémique contre les « hauts-lieux » et les rites cananéens, comme on la trouve dans Osée, manque complètement dans E ; cette source fut donc écrite un peu avant Osée, c’est-à-dire vers 750, dans le royaume d’Israël.
9. Le Deutéronomiste (D)
La plupart des critiques admettent que « le livre de la loi » trouvé dans le temple en 621 (2 Rois 22.8) était le noyau du Deutéronome (Deutéronome 5-26,28 dans sa majeure partie, mais où l’on trouve pourtant des matériaux postérieurs, D 2). En effet les réformes de Josias (2 Rois 22.8-23.24) sont fondées sur les lois deutéronomiques ; en particulier, la destruction des sanctuaires en dehors de Jérusalem (2 Rois 23.12) est ordonnée dans Deutéronome 12.2 et suivant. D est un oracle prophétique attribué à Moïse : son style est homilétique, prolixe, éloquent, et Deutéronome 8 en est un bon exemple ; son idée centrale est que l’alliance entre Dieu et le peuple élu a pour condition l’obéissance du peuple à la loi divine (contenue dans Deutéronome 17-26), et pour conséquence les bénédictions de Deutéronome 28.1-14 ; les malédictions qui résultent de la désobéissance sont énumérées dans Deutéronome 28.15 ; Deutéronome 28.68. La religion spirituelle des prophètes, avec sa conception élevée de la divinité et sa morale sévère, est placée par D à la portée des masses au moyen d’institutions, de rites, d’ordonnances bien définis et concrets. Ce livre idéaliste n’est pas un code de lois, mais un sermon, un effort pour régler la vie de tout un peuple d’après les plus nobles principes moraux et religieux de l’époque ; sa publication en 621 marque le commencement de la canonisation des livres de l’Ancien Testament et les débuts du judaïsme (amalgame de légalisme et de prophétisme).
10. Le Document Sacerdotal (P)
Les passages suivants, d’une façon générale, appartiennent à cette source : Genèse 1.1-2.4 ; Genèse 5 ; Genèse 6.9-22 ; Genèse 7.6 ; Genèse 7.11 ; Genèse 7.13-24 ; Genèse 8.1-5 ; Genèse 8.13-19 ; Genèse 9.1-17 ; Genèse 9.28 ; Genèse 10.1-7 ; Genèse 10.20-23 ; Genèse 10.31 ; Genèse 11.10-27 ; Genèse 11.31 ; Genèse 16.3 ; Genèse 16.15 ; Genèse 17 ; Genèse 19.29 ; Genèse 21.1-5 ; Genèse 23 ; Genèse 25.7-20 ; Genèse 26.34 ; Genèse 28.1-9 ; Genèse 35.9-15 ; Genèse 35.22-29 ; Genèse 36.5-8 ; Genèse 36.40-43 ; Genèse 37.1 ; Genèse 46.6-27 ; Genèse 47.7-11 ; Genèse 48.3-6 ; Genèse 49.29-33 ; Genèse 50.12 ; Exode 1.1-5 ; Exode 1.13 ; Exode 2.23 ; Exode 2.25 ; Exode 6 ; Exode 7.1-13 ; Exode 7.19-22 ; Exode 8.1-3 ; Exode 8.11-15 ; Exode 9.8 ; Exode 9.12 ; Exode 11.9 ; Exode 12.1-20 ; Exode 12.40-51 ; Exode 13.1 ; Exode 13.2 ; Exode 13.20 ; Exode 14.1-4 ; Exode 14.8-10 ; Exode 14.15-18 ; Exode 14.21-23 ; Exode 14.26-29 ; Exode 16 ; Exode 24.13 ; Exode 24.18 ; Exode 25.1-31.18 ; Exode 34.29-35 ; Lévitique en entier, Nombres 1.1-10.28 ; Nombres 13.1-17 ; Nombres 14.1 ; Nombres 14.5-7 ; Nombres 14.10 ; Nombres 14.26-38 ; Nombres 15 à Nombres 20 ; Nombres 25.6-31.54 ; Nombres 32.11 ; Nombres 32.19 ; Nombres 32.28-30 ; Nombres 33 à Nombres 36 ; Deutéronome 32.48-52 ; Deutéronome 34.1 ; Deutéronome 34.7 ; Deutéronome 34.9. P est le squelette du Pentateuque, les autres sources en sont la chair ; P est une histoire schématique, sans lacunes et presque sans détails, du peuple d’Israël et de ses ancêtres, depuis la création du monde jusqu’à la conquête du pays de Canaan, histoire dans laquelle les institutions sacrées occupent la place principale. Les chapitres 13-24 de Josué forment la conclusion de P. Comme document narratif, P est précis dans les généalogies et dans la chronologie, exact dans les mesures, les chiffres et les catalogues, mais dépourvu de valeur pour faire connaître l’histoire réelle de l’époque qu’il embrasse. Son style est pédant, stéréotypé, sans couleur, érudit, laconique, géométrique. Au point de vue législatif, cependant, P fait époque : il est, bien plus qu’Ézéchiel, le fondateur du judaïsme légaliste et rabbinique, de cette religion de la Loi contre laquelle saint Paul, dans Romains et Galates, s’élève si vigoureusement. Si la narration n’est qu’un cadre dans P, la législation sinaïtique en forme le tableau. Les institutions sacrées (rites, organisation du clergé, tabous, sanctuaire, etc.), même les plus récentes (comme l’institution du grand-prêtre, inconnue à Ézéchiel), telles qu’elles s’étaient cristallisées entre 520 et 450 dans le temple de Jérusalem, sont rapportées à l’époque de Moïse ou plus en arrière encore : le sabbat daterait de la création du monde (Genèse 2.3) ; la défense de manger la viande avec le sang et de verser le sang humain, du temps du déluge (Genèse 9.4 6) ; la circoncision, du temps d’Abraham (Genèse 17.10 ; Genèse 17.14) ; tout le reste, du temps de Moïse. L’importance capitale que P attribue aux actes du culte nous paraît une rétrogression par rapport à l’idéal des prophètes, mais le système bien défini de P, en empêchant la fusion des Juifs avec leurs voisins, fit d’eux les champions du monothéisme.
11. Les Rédacteurs
Ri, en fondant J et E, préfère généralement J (sauf dans Exode 19 à 33) et s’efforce de les harmoniser (Genèse 16.9) ; dans la Genèse, il laisse souvent les deux sources intactes ; dans Exode et Nombres, il les fond en un seul récit (sauf dans l’histoire de Moïse recevant les tables de la loi : Exode 24.12-13 ; Exode 24.18 ; Exode 31.18 E Exode 34.1 ; Exode 34.2 ; Exode 34.4-28 J Exode 32.8-14 34 1b Rj e). Son style ressemble à celui de D, qu’il précède de peu (Rj e écrivit vers 650). R d combina JE avec D vers 550 ; il est en même temps le rédacteur qui publia Juges et Rois. Son point de vue est celui de D. Rp (voyez Genèse 15.18-20 ; Genèse 26.5 ; Exode 34.5-27) ajouta P à JED vers 430. Sa tâche n’était pas facile : entre JE et P il y a un abîme. Il sacrifie très peu de JED, il harmonise de son mieux, il transpose, retouche, combine, mais, par sa méthode réservée et circonspecte, il n’a pas effacé les contradictions, les répétitions, les anachronismes qui ont rendu possible l’analyse critique du Pent, et la reconstruction des documents qui en font partie.
Bibliographie
- Voir les articles sur chacun des livres du Pentateuque, et l’article Sources.
- Alexandre Westphal, Les sources du Pentateuque, 2 volumes, 1888 et 1892.
- Carpentek et Battersby, The Compos. of the Hexateuch, 1902.
- L. Gautier, Introduction Ancien Testament, volume I (2e édition), 1914.
- E.C. Bissell, The Pentateuch, New York, 1885 (contient une bibliographie de 2 000 ouvrages).
- R.H. Pfeiffer, The oldest Décalogue (Journ, of Bibl. Lit., 1924) ; À Non-Israelitic Source of the Book of Genesis (ZATW, 930).
R.H. Pf.
Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com
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