Dictionnaires bibliques

Néhémie

Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Néhémie », un article après l’autre.

Dictionnaire de la Bible (Bost)

Fils de Hacalia, d’une origine du reste incertaine, de la race des prêtres selon les uns, selon d’autres de la tribu de Juda et de la famille royale. Le livre qui porte son nom renferme presque toute son histoire. Il remplissait auprès d’Artaxercès-Longuemain la charge de Thirshatha ou d’échanson, et usa dignement de sa position pour le salut de ses frères. Ayant appris par Hanani et quelques Juifs revenus de Juda, le triste état dans lequel se trouvait sa patrie, et la misère de ses compatriotes, son cœur fut navré de leur récit, ses larmes coulèrent, il mena deuil, il jeûna, et recourut par la prière à celui qui devait bander les plaies de son peuple ; il s’humilia, mais rappela aussi à l’Éternel les promesses qu’il avait faites aux Juifs de les ramener après les avoir dispersés. Il pria Dieu de vouloir toucher le cœur de son roi, et sa prière fut exaucée.

Artaxerxès ayant remarqué la tristesse inaccoutumée de son serviteur, la lui reprocha d’abord, et peut-être assez sévèrement, comme une mauvaise disposition d’esprit inconciliable avec le devoir d’un homme de cour ; Néhémie craignit d’avoir déplu à son maître, mais il lui répondit avec douceur et simplicité : « Pourquoi mon visage ne serait-il pas triste, quand la ville, le lieu des sépulcres de mes pères, est dévastée, et que ses portes sont consumées par le feu ? » Et comme le roi lui demandait ce qu’il pouvait désirer de faire, Néhémie, après avoir invoqué encore le secours et l’assistance de son Dieu, demanda au roi de le renvoyer en Judée pour y rebâtir Jérusalem.

C’était une demande hardie, mais le roi dont Dieu avait disposé le cœur, l’accorda à son échanson ; il lui donna en outre une escorte militaire, des lettres pour les gouverneurs des provinces qu’il devait traverser, le droit de prendre du bois dans les forêts royales, et sa protection pour tout ce qu’il entreprendrait. Néhémie partit donc avec ses pleins pouvoirs, et arriva bientôt à Jérusalem. La main de l’Éternel était bonne pour lui (2.8-19). Il débute par un examen prudent et silencieux de l’état des choses ; les ennemis des Juifs sont trop puissants et trop nombreux pour qu’il puisse rien tenter avant d’avoir sondé le terrain ; le mal est trop grand pour que Néhémie prenne des mesures avant d’en avoir compris toute l’étendue.

Mais lorsque ses plans sont arrêtés, il rassemble les magistrats, les sacrificateurs et les principaux d’entre les Juifs, leur expose le but de sa mission, ses droits et ses desseins. Quelques étrangers, Samballat, Tobija, et Guéshem, essaient en vain de contrecarrer son œuvre par de méchantes moqueries et de perfides insinuations : Néhémie les repousse en leur rappelant qu’ils sont étrangers au peuple juif, et qu’ils n’ont aucune part dans les affaires de la ville et de la maison de Dieu. Le peuple qui a retrouvé un chef dont la voix l’inspire, dont l’exemple l’encourage, se met à l’œuvre ; les murs, les portes, les remparts, sont reconstruits. Jérusalem sort de ses ruines ; la ville sainte se relève malgré les efforts jaloux des peuples voisins, et paraît sur le point de se rendre indépendante et libre.

Mais les Arabes, les Ammonites et les Samaritains se liguent contre les Juifs, et projettent de fondre sur leur métropole avant que les remparts achevés ne rendent toute invasion plus difficile, toute victoire plus incertaine ; Néhémie, à qui les machinations de Samballat et de ses partisans n’ont point échappé, range le peuple en armes le long des murailles, ranime le courage des faibles, et rappelle à tous qu’ils ont à combattre pour Dieu, l’honneur, la patrie et leurs familles. Les ennemis sont déconcertés par cette solennelle manifestation qui leur a montré un chef vigilant, un général habile, et une armée résolue ; les travaux reprennent leur cours, mais depuis ce moment la moitié seulement des jeunes gens s’occupe des constructions, tandis que l’autre moitié se tient toujours prête en cas de surprise ; même les travailleurs gardent encore l’épée au côté.

À côté des ennemis extérieurs, Néhémie doit combattre aussi les ennemis intérieurs, l’usure, et l’abus que les riches avaient fait de leur position aux dépens du pauvre ; le peuple était opprimé, il avait dû mettre en gages ses champs, ses maisons, ses fils et ses filles. Une mesure héroïque devait être prise, et pouvait sauver seule Jérusalem d’une révolution ; Néhémie convoqua les grands, les magistrats, et les sacrificateurs ; il les censura pour le trafic infâme, pour la vente qu’ils avaient faite de leurs frères, et après leur avoir représenté le danger de la situation et l’opprobre dont leur conduite devait couvrir la nation sainte, il leur proposa la restitution complète des héritages, et la remise des dettes, se donnant lui-même à eux, et il en avait le droit, comme un exemple de désintéressement.

Sa voix fut écoutée, l’assemblée dit amen ! à la malédiction que Néhémie prononça contre ceux qui ne tiendraient pas la parole jurée, et Néhémie sauva le peuple d’une crise qui eût pu être terrible, dans un moment où l’étranger ne demandait pas mieux qu’un prétexte pour intervenir. Néhémie qui, depuis douze ans qu’il était gouverneur, avait renoncé à tous les avantages de sa place, engageant sa fortune particulière au service de Jérusalem, à la reconstruction des murs, aux frais de représentation exigés par sa position, Néhémie était bien placé pour demander à ceux pour lesquels il se sacrifiait, de se sacrifier aussi ; personne mieux que lui, ne pouvait s’écrier : « Dieu, souviens-toi de moi en bien, selon tout ce que j’ai fait pour ce peuple ». Le zèle courageux de cet homme sans peur et sans reproche, fut couronné, et malgré les intrigues réitérées de Samballat et des siens, malgré l’épouvante que de faux prophètes cherchaient à répandre parmi le peuple, la ville, ses murailles et ses portes furent achevées ; mais les habitants étaient trop peu nombreux pour l’enceinte immense de l’ancienne Jérusalem ; Néhémie dut songer à peupler ces murs qu’il venait de reconstruire, et à constater les droits des anciens habitants propriétaires.

Pendant les travaux et les recherches occasionnées par le dénombrement, Néhémie trouva un ancien registre des familles, qui lui fut utile pour les reconnaissances généalogiques. Ce registre est inséré dans le chapitre 7.6-73. Il est probable aussi que les trois chapitres qui suivent, 8, 9, et 10, sont hors de la place où ils devraient être ; nous verrons plus bas ce qui en est ; en tout cas ils renferment l’histoire de la lecture publique de la loi par Esdras, la célébration de la fête des tabernacles, la publication d’un jeûne solennel, une magnifique prière d’Esdras, et les serments prononcés en ce jour solennel, recueillis en forme de traité d’alliance.

Après cela nous voyons Néhémie continuer ses travaux de recensement, de classement, et d’organisation ; il ordonne aux principaux du pays de se fixer dans la ville, et jette le sort sur le reste des habitants, afin d’en obliger la dixième partie à s’établir dans Jérusalem ; puis il célèbre avec une grande pompe la fête de la dédicace des murailles ; tous les Lévites des villes de Juda et de Benjamin y sont conviés ; les prêtres purifient le peuple et la ville, les princes et les chefs du peuple s’assemblent sur les murs, et deux chœurs de chantres et d’enfants en font le tour au son des instruments, et aux chant des cantiques sacrés. L’un de ces chœurs est conduit par Esdras ; l’autre est accompagné par Néhémie, suivi des magistrats, des prêtres, et d’une partie du peuple. Ils s’arrêtèrent en face du temple, où de nouveaux chants s’élevèrent en l’honneur de l’Éternel ; de nombreuses victimes furent immolées, le peuple était plongé dans l’allégresse la plus vive, et ses bruyants cris de joie retentirent au loin ; de ce jour datait en effet pour lui la renaissance de sa patrie, sa restauration comme peuple (12.27-47). Une année avait suffi pour tous ces travaux au zèle persévérant et sage du réparateur des brèches d’Israël.

Le premier séjour de Néhémie à Jérusalem dura environ douze ans (1.1 ; 2.1 ; 5.14 ; 13.6), mais il est probable que dans l’intervalle il dut retourner une ou plusieurs fois à la cour de Perse ; on peut croire même que le premier voyage qu’il fit à Jérusalem ne fut guère qu’un voyage d’exploration, et qu’après avoir vu et raconté au roi le triste état de son pays, il obtint une prolongation de congé indéfinie. Mais après cela, il dut retourner auprès de Artaxerxès pour y reprendre ses anciennes fonctions, et quoique l’Écriture ne précise pas la durée de son absence, on suppose qu’elle fut longue, et qu’il ne revint en Judée que sous le règne de Darius Nothus (415 avant Jésus-Christ). Son retour fut nécessité par le retour de l’impiété, par le relâchement dans lequel le peuple et ses chefs étaient tombés ; ses réformes étaient oubliées, les sabbats n’étaient plus observés, on se refusait au paiement des dîmes, des mariages défendus étaient contractés, et le désordre en était venu au point qu’un chef samaritain, Tobija, avait été logé dans les bâtiments mêmes du temple.

Néhémie indigné fit jeter dehors les meubles de cet appartement ainsi profané, rendit aux Lévites les dîmes, rappela les prescriptions de la loi, et contraignit ceux qui avaient épousé des femmes étrangères à les renvoyer ; ceux qui refusèrent furent bannis, et dans leur nombre on compte, au dire de l’historien Josèphe, Manassé, fils du souverain sacrificateur et gendre de Samballat ; les réfractaires ainsi chassés allèrent s’établir en Samarie, où ils fondèrent sur le mont Garizim un culte rival de celui de Jérusalem. Ceux mêmes qui consentirent à rompre leurs alliances étrangères, furent punis et publiquement déshonorés pour les avoir contractées. « Mon Dieu, souviens-toi de moi en bien ! » s’écrie Néhémie en achevant le récit de cette nouvelle réformation.

C’est ici que se termine pour nous l’histoire du gouvernement et de la vie de Néhémie ; on ignore où et comment il mourut. Son nom est grand, et paraît au milieu de l’histoire juive comme celui d’un héros pacifique ; il fit plus que des conquêtes, il releva Jérusalem de ses ruines, et réorganisa un peuple tout entier qui n’avait plus ni rois, ni lois. Il se distingua par ses talents, sa prudence, son zèle, sa force, sa sagesse, son désintéressement et sa persévérance ; il se distingua surtout parce qu’il était animé d’un esprit de prière dont on voit peu d’exemples dans les autres livres de l’Ancien Testament, et si jamais homme fit de l’Éternel son bras et sou appui, ce fut Néhémie ; il agit, mais il agit par la foi et au nom de Dieu. Il est un type de l’amour du Sauveur pour son Église, comme les désordres qui se commettaient au milieu du peuple juif de son temps, étaient un type, triste, mais trop fidèle, de l’Église chrétienne dont l’histoire ne se compose que de chutes et de relèvements.

Le livre qui porte le nom de Néhémie est, en grande partie, son ouvrage ; on pourrait presque dire son journal, ses mémoires ; partout où il parle à la première personne, il est impossible de douter que ce ne soit aussi lui qui raconte. Quelques anciens auteurs et pères de l’Église avaient cru y voir l’œuvre d’Esdras, non celle de Néhémie, attendu que les Hébreux réunissaient en un seul cahier ce qu’ils appelaient, ce que les romains appellent encore les deux livres d’Esdras ; mais il y a, entre ces deux livres, de trop grandes différences de style pour qu’on puisse les attribuer au même auteur ; le style de Néhémie est beaucoup plus facile, plus large, plus abondant, et l’emploi qu’il fait de la première personne ne se comprendrait pas dans toute autre supposition.

Cependant, il ressort de la lecture même de ce livre que tout n’est pas de Néhémie ; mais, si l’on peut dire où le fragment intercalé commence (7.6), il est plus difficile d’établir où il finit ; à cet égard, les interprètes sont aussi divisés que possible. Le fragment le plus généralement reconnu comme étant d’une main étrangère, est 7.6-73 ; quelques auteurs y ajoutent les chapitres 8, 9 et 10 ; d’autres encore le chapitre 11 ; d’autres enfin, comme Eichhorn, en regardant les onze premiers chapitres comme l’ouvrage de Néhémie, attribuent le 12e et les cinq premiers versets du 13e à un chef du peuple, qui aurait fait l’histoire de Jérusalem pendant l’absence de Néhémie. Quelques critiques estiment aussi que des versets ont été intercalés, par ci, par là, dans le corps du livre, et, si on les en croyait, on n’aurait qu’à faire de Néhémie une seconde édition revue et corrigée par leurs soins. Au milieu de toutes ces incertitudes, une chose demeure, c’est que ce livre, tel qu’il existe, appartient au canon juif, et que l’Église chrétienne l’a accepté comme inspiré. Il importe donc peu que Esdras soit l’auteur de plusieurs de ces fragments, ou que ce soit Néhémie ; et, si l’on se rappelle le document que trouva Néhémie (7.5), on ne s’étonnera pas qu’il en ait peut-être joint à ses mémoires quelques extraits généalogiques ou historiques.

Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com

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Dictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)

Néhémie (1)

Fils d’Helcias ou de Chelcias, naquit à Babylone, durant la captivité. Il était, selon les uns, de la race des prêtres ; et, selon les autres, de la tribu de Juda, et de la famille royale. Ceux qui soutiennent le premier sentiment se fondent sur un passage des Machabées (2 Machabées 1.18-21), où il est dit que le prêtre Néhémie offrit des sacrifices. Et dans (Néhémie 10.1-10), il est encore compté au nombre des prêtres.

Mais ceux qui croient qu’il était de la race des rois de Juda, disent :

1° Que Néhémie ayant gouverné la république des Hébreux assez longtemps, il y a toute apparence qu’il était de la tribu qui avait jusqu’alors donné des rois aux Juifs.

2° Néhémie nomme ses frères Hanani et quelques autres Juifs qui arrivèrent à Babylone pendant qu’il y était, et qui lui racontèrent le triste état où était leur patrie.

3° La qualité d’échanson du roi de Perse que possédait Néhémie, est encore une preuve qu’il était d’une naissance illustre.

4° Enfin il s’excuse d’entrer dans l’intérieur du temple, apparemment parce qu’il n’était que laïque (Néhémie 6.11) : Un homme comme moi, dit-il, entrera-t-il dans le temple, sans qu’il lui en coûte la vie ?

Quant à ce que l’on a rapporté des Machabées, où il est nommé prétre, on répond que le texte grec ne porte pas le nom de prétre, mais seulement que Néhémie ordonna aux prêtres de faire leurs fonctions (2 Machabées 1.21). Quant à ce qu’on dit qu’il signe avec les prêtres, on répond qu’il le fait en qualité de chef et de gouverneur des Juifs ; ce qui lui donnait un rang ou égal, ou presqu’égal à celui des prêtres. Enfin on ne trouve le nom de Néhémie dans aucun catalogue, ni dans aucune généalogie des prêtres hébreux.

L’Écriture lui donne souvent le nom d’Athersata (Esdras 2.63 Néhémie 7.65), c’est-à-dire, l’Echanson, parce qu’il possédait cet emploi dans la cour du roi Artaxerxès à la longue main. Il avait pour la patrie de ses pères une très-grande tendresse, quoiqu’il ne l’eût jamais vue ; et un jour quelques Juifs, qui étaient venus de Jérusalem, lui ayant rapporté l’état où cette ville était réduite ; que ses murs étaient abattus et ses portes brûlées, et que les Juifs étaient l’opprobre des nations, il en fut très-sensiblement affligé ; il jeûna, il pria, il s’humilia devant le Seigneur, afin qu’il lui plût favoriser le dessein qu’il avait de demander au roi la permission de rebâtir Jérusalem (Néhémie 1.1-3). Le temps de son service étant arrivé, il présenta, selon sa coutume, la coupe au roi avec un visage morne et inquiet. Le roi en conçut du soupçon et craignit qu’il n’eût quelque mauvais dessein. Mais Néhémie lui ayant exposé le sujet de sa douleur, Artaxerxès lui accorda la permission d’aller à Jérusalem, et d’en réparer les murs et les portes ; à condition toutefois qu’il reviendrait à la cour dans un certain temps marqué. On lui fit expédier des lettres adressées aux gouverneurs de delà l’Euphrate, avec ordre à eux de lui fournir les bois nécessaires pour couvrir les tours et les portes de la ville, et la maison de Néhémie, qu’on établissait gouverneur de la Judée.

Néhémie arriva à Jérusalem (Néhémie 3.11-13) avec ces lettres et ces pouvoirs, et y fut trois jours sans rien dire à personne du sujet de son voyage. Mais la nuit du troisième jour, il fit le tour de la ville, et visita les murailles, pour savoir en quel état elles étaient. Après cela il assembla les principaux du peuple, leur montra ses pouvoirs et ses lettres, et les exhorta à entreprendre le rétablissement des portes et des murs de la ville. Il trouva tout le monde disposé à lui obéir ; et aussitôt on commença l’ouvrage. Les ennemis des Juifs, jaloux de ces heureux commencements, s’en raillèrent d’abord : mais enfin voyant que les principales brèches étaient réparées, ils employèrent et les ruses, et les menaces, pour détourner Néhémie de son entreprise, et même pour le faire périr. Les Juifs qui demeuraient au dehors en avertirent Néhémie ; et pour se tenir toujours en garde contre leurs attaques, il fit poster une partie de ses gens en armes derrière les murs, pendant que les autres travaillaient ayant leurs armes auprès d’eux, afin d’être tout prêts, en cas d’alarmes, pour se mettre en défense (Néhémie 4.7-8). Ses ennemis, voyant leur dessein découvert, n’osèrent employer la force ; mais ils mirent en œuvre la ruse, et tâchèrent de l’attirer dans une embuscade à la campagne, où ils disaient qu’ils voulaient terminer leurs différends à l’amiable (Néhémie 6.1-3). Mais Néhémie leur fit dire que l’ouvrage qu’il avait commencé, demandant nécessairement sa présence, il ne pouvait les aller trouver. Il fit la même réponse à quatre députations de suite qu’ils lui firent sur le même sujet.

Sanaballat, le principal des ennemis des Juifs, lui écrivit avec ses associés, que le bruit s’était répandu qu’il ne faisait rebâtir les murs de Jérusalem, que dans la vue d’en faire une forteresse, pour y soutenir sa révolte ; et qu’on disait aussi qu’il apostait de faux prophètes favorables à ses desseins, qui publiaient parmi le peuple qu’il fallait l’élire pour roi du pays : que pour arrêter le cours de tous ces mauvais bruits, ils lui conseillaient de les venir trouver, pour en conférer ensemble, et pour prendre les mesures convenables. Néhémie, sans se troubler, répondit que toutes ces accusations étaient fausses et inventées à plaisir. Il découvrit presqu’en même temps qu’un faux prophète nommé Séméias, était gagné par ses ennemis, et que quelques-uns des principaux de la ville avaient des liaisons secrètes avec eux. Tout cela ne fut pas capable de le décourager. Il continua son ouvrage, et l’acheva heureusement cinquante-deux jours après qu’on eut commencé à y travailler (Néhémie 6.8-15).

Alors il fit la dédicace des murs, des tours et des portes de Jérusalem, avec la solennité et la magnificence que cette action demandait ; il sépara les prêtres, les lévites et les princes du peuple en deux bandes, dont l’une marchait du côté du midi, et l’autre du côté du septentrion, sur les murs. Les deux bandes devaient se rencontrer dans le temple. La marche était accompagnée de voix et du son de toutes sortes d’instruments de musique. Lorsque tout le monde fut arrivé au temple, on y lut la loi, on y offrit des sacrifices, et on y fit de grandes réjouissances. Et comme la fête des Tabernacles se rencontra dans le même temps, on la célébra avec grande solennité. Néhémie ayant remarqué que l’enceinte de la ville.était trop grande pour le nombre d’habitants qui y étaient, il ordonna que les principaux de la nation y fixeraient leur demeure, et fit tirer au sort, pour y faire établir aussi la dixième partie de tout le peuple de Juda (Néhémie 11). Alors il s’appliqua à corriger les abus qui s’étaient glissés dans la république : il réprima la dureté des riches qui tenaient en esclavage les fils et les filles des plus pauvres et des plus malheureux, et qui gardaient leurs champs, que ces misérables avaient été obligés de leur engager ou de leur vendre (Néhémie 5.1-3)

Un autre abus qu’Esdras avait déjà tâché, mais inutilement, de corriger, était celui des mariages contractés avec des femmes étrangères et idolâtres. Néhémie réussit à les faire rompre, et à renvoyer les femmes que l’on avait prises contre la disposition de la loi (Néhémie 9). Ayant aperçu que les prêtres et les lévites, ne recevant plus les revenus ordonnés par la loi, pour leur entretien, et subsistance, avaient été obligés de se retirer chacun où ils avaient pu, ce qui était cause que le ministère du temple ne se faisait plus avec la décence et la majesté convenables, il obligea les peuples à payer exactement aux ministres du Seigneur ce qui leur était dû, et ordonna aux prêtres et aux lévites de se trouver dans le saint lieu, pour y faire leurs fonctions (Néhémie 13.10-11). Il rétablit l’observation du sabbat, qui avait été fort négligée à Jérusalem, et empêcha les étrangers d’y venir vendre, en tenant les portes de la ville fermées ce jour-là (Néhémie 13.15-16). Et pour perpétuer, autant qu’il serait possible, le bon ordre qu’il avait rétabli dans Juda, il engagea les principaux de la nation à renouveler solennellement l’alliance avec le Seigneur. La cérémonie s’en fit dans le temple, et on en dressa un acte qui fut signé des principaux des prêtres et du peuple (Néhémie 9 ; Néhémie 10).

On lit dans les livres des Machabées (2 Machabées 1-19-21) que Néhémie envoya chercher le feu sacré, que les prêtres, avant la captivité de Babylone, avaient caché dans un puits sec et profond ; mais que n’y ayant trouvé, au lieu de feu, qu’une eau boueuse et épaisse, il la fit répandre sur l’autel ; que le bois qui avait été arrosé de cette eau, s’enflamma aussitôt que le soleil commença à paraître, et que ce miracle étant venu à la connaissance du roi de Perse, ce prince fit fermer de murailles le lieu où le feu avait été caché, et accorda aui prêtres beaucoup de grâces et de grands priviléges. On voit, dans les mêmes livres (2 Machabées 2.13-14) que Néhémie amassa une bibliothèque, où il mit tout ce qu’il put trouver de livres des prophètes de David et des princes, qui avaient fait des présents au temple ; enfin il retourna à Babylone, ainsi qu’il l’avait promis au roi Artaxerxès, vers la trente-deuxième année de ce prince (Néhémie 5.14 ; 13.6). De là il revint à Jérusalem, où il mourut en paix, après avoir gouverné le peuple de Juda pendant environ trente ans.

Le second livre, qui est dans les bibles latines sous le nom d’Esdras, porte dans l’Hébreu celui de Néhémie. Cet auteur y parle presque toujours en première personne ; et d’abord, en le lisant, il paraît qu’il l’écrivait, pour ainsi dire, jour par jour, et qu’il y mettait tout ce qui lui arrivait. Mais quand on lit ce livre avec réflexion, on y remarque diverses choses qui n’ont pu avoir été écrites par Néhémie. Par exemple, on y cite des mémoires où étaient écrits les noms des prêtres du temps de Jonathan, fils d’Eliasib, et même jusqu’au temps de Jeddoa ou Jaddus, qui vivait sous Darius Codomanus et sons Alexandre le Grand. Il y a donc beaucoup d’apparence que Néhémie écrivit des mémoires de son gouvernement, lesquels sont cités dans le second livre des Machabées (2 Machabées 2.13) : lnferebantur autan in descriptio-vibus et Cominentariis Nehentice hcec eadem ; et que c’est de ces mémoires que l’on a tiré ce qui fait le gros de ce livre. Voyez notre Préface sur le second livre d’Esdras, où nous examinons tout cela dans un plus grand détail.

Néhémie (2)

Fils d’Azboc, citoyen considérable qui contribua largement à la reconstruction de Jérusalem, au retour de la captivité (Néhémie 3.16).

Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com

L’article dans Calmet

Dictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)

(hébreu Nekhêmyâh = JVHH console).

Israël au temps de Néhémie Voir Atlas 31

1.

Patriote juif qui, avec Esdras, travailla à la restauration de Jérusalem, au Ve siècle avant Jésus-Christ. Son œuvre nous est connue par le livre biblique qui porte son nom (voir Esdras et Néhémie [livres d’]).

Néhémie, fils de Hacalia, était échanson du roi perse Artaxerxès Ier Longuemain (465-425 avant Jésus-Christ). Comme il était avec la cour à Suse, il reçut la visite de son frère Hanani et de quelques Juifs venus de Jérusalem (Néhémie 1.2). Les nouvelles qu’ils lui apportèrent du triste état dans lequel se trouvait encore Jérusalem, dont les murailles n’étaient même pas rebâties, lui causèrent un profond chagrin ; pendant trois mois, il jeûna et pria. Lorsque le roi sut la cause de sa tristesse, il lui accorda un congé et l’envoya à Jérusalem, avec le titre de gouverneur et les pleins pouvoirs pour rebâtir la muraille (Néhémie 2.1 ; Néhémie 5.14). Arrivé à Jérusalem en été 445 avant Jésus-Christ, Néhémie convoqua immédiatement les prêtres, les magistrats et les notables et les invita d’une manière pressante à rebâtir les murs (Néhémie 2.16 ; Néhémie 2.18). Malgré les entraves incessantes que mettaient à ce travail les ennemis des Juifs, Samballat de Beth-Horon, Tobija l’Ammonite et Guésem l’Arabe, grâce au zèle déployé par chacun, grâce surtout à l’énergie de Néhémie, les murs détruits furent relevés en 52 jours (Néhémie 2.19-6.19). Néhémie organisa un service de sûreté de la ville, à la tête duquel il plaça son frère Hanani et le commandant de la citadelle de David, Hanania (Néhémie 7.1 ; Néhémie 7.4). La ville se peupla de nouveau. La sécurité étant revenue, Esdras put alors convoquer l’assemblée du peuple, dans laquelle fut lu le livre de la Loi et renouvelée l’alliance avec Dieu ; voir (Néhémie 8) Esdras. Les murailles furent solennellement consacrées par les prêtres et les lévites (Néhémie 12.27 ; Néhémie 12.45).

Néhémie paraît être retourné en Perse en 432 avant Jésus-Christ (Néhémie 5.14 ; Néhémie 13.6). Il fit plus tard un second séjour à Jérusalem et fut indigné de constater que les prescriptions morales et religieuses avaient été fort mal observées. Il stigmatisa les mariages avec des femmes étrangères, réclama une plus stricte observation de la loi du sabbat et réorganisa le service des dîmes et des revenus du temple (Néhémie 13). La Bible ne dit rien ni des dernières années de Néhémie, ni de sa mort.

Néhémie fut un laïque courageux, à la foi ardente, et qui ne chercha jamais à tirer un avantage personnel de sa situation (Néhémie 5.14 ; Néhémie 5.18 ; Néhémie 6.1 ; Néhémie 6.13).

Voir aux articles Esdras et Esdras-Néhémie (livres d’) la suggestion faite par quelques historiens d’intervertir l’ordre chronologique et de faire revenir à Jérusalem Néhémie avant Esdras. Le relèvement des murs de la ville par Néhémie aurait permis à Esdras son œuvre religieuse. Aug. G.

2.

Un des chefs du peuple qui, avec Zorobabel, ramenèrent en Juda les captifs de Babylone, libérés par Cyrus (Esdras 2.2 parallèle Néhémie 7.7).

3.

Chef judéen qui participa à la reconstruction des murs de Jérusalem (Néhémie 3.16).

Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com

L’article dans Westphal