Dictionnaires bibliques

Mages

Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Mages », un article après l’autre.

Dictionnaire de la Bible (Bost)

Ce mot est mède ou persan, et signifie grand ; il désignait primitivement, comme nom propre, une tribu mède qui avait en quelque sorte le monopole des choses saintes, le soin des objets relatifs au culte, et le devoir d’instruire la jeunesse et l’âge mûr dans les mystères de la superstition, comme la famille de Lévi était chez les Hébreux la tribu dépositaire des oracles de Dieu et chargée de la cure des âmes. La caste des mages passa des Mèdes chez les Perses, à qui elle communiqua la civilisation ; elle acquit bientôt un développement et une puissance prodigieux, et accapara l’instruction publique, la religion, la divination et la magie ; ils jouirent d’un grand crédit auprès des rois, mais se servirent de leur influence pour intervenir dans la politique, et présidèrent à plusieurs révolutions (Hérodote 3.61), comme il est arrivé à tant d’ordres ecclésiastiques qui se sont rendus successivement aimables à force de souplesse, nécessaires à force d’habileté, et redoutables à force d’audace et d’intrigues. Zoroastre, au septième siècle avant l’ère chrétienne, introduisit plusieurs réformes chez les mages mèdes, qui s’adonnaient particulièrement à l’astrologie et à l’interprétation des songes ; il les divisa en trois classes, les herbeds ou élèves, les mobeds ou maîtres, et les desturmobeds ou maîtres parfaits.

Il est aussi parlé de mages chez les Chaldéens (Jérémie 39.3-13), et les auteurs profanes nous montrent la même caste chez un grand nombre d’autres peuples de l’antiquité : Pline parle de mages de l’Arabie, de l’Égypte et de l’Éthiopie ; l’interprète grec Aquila donne le même nom à ceux qui interrogeaient les morts (Deutéronome 18.11) ; de même encore Théodotion pour désigner les astrologues de Babylone (Daniel 2.2 ; cf. Matthieu 2.1). Il n’est pas à croire que les mages perses et mèdes aient volontairement abandonné leurs prérogatives à d’autres, mais on peut supposer que ce nom est devenu d’un usage plus étendu, et qu’il a servi plus tard à désigner d’une manière générale les sages d’autres nations ; les Chaldéens appelaient probablement ainsi leurs savants, et Jérémie aura répété ce titre comme il l’avait entendu de leur bouche. Les Chaldéens possédaient en effet une caste de prêtres savants très distingués, et organisés à peu près de la même manière que celle des Perses (cf. Jérémie 30.15 ; Daniel 2.12), et ils étaient indifféremment nommés mages ou chaldéens par les Romains et les Grecs. Ils vivaient dispersés dans toutes les villes du pays, et pouvaient posséder. Comme leur religion était passablement une affaire d’étoiles, ils avaient construit de bonne heure sur le temple de Bélus un observatoire qui était le complément obligé de leur culte ; c’est de là qu’ils prédisaient des calamités publiques ou des bouleversements de la nature, lisant dans les astres, dans le vol des oiseaux, et dans les entrailles des victimes, tout à la fois prêtres, augures et devins (Ésaïe 47.9-13 ; Daniel 2). Ils apparaissent dans le livre de Daniel sous plusieurs noms différents qui se rapportent sans doute aux différentes classes ou branches de l’ordre, à leurs diverses spécialités, mais que nous ne sommes pas en mesure de déterminer d’une manière précise. Au-dessus de la caste se trouvait un chef ou surintendant (Jérémie 39.3), et nous voyons que Daniel, un étranger, un Hébreu, fut établi dans cette haute dignité par la faveur royale (Daniel 2.48).

Le nom de mages fut donné plus tard, sous les Romains, à tout ce qui s’occupait de théosophie ou de magie orientale, à tous les astrologues, devins et jongleurs ambulants de l’Asie, qui joignaient à tous ces titres déjà usés, le mérite d’être un peu médecins. On voit (Actes 8.9 ; 13.6-8) qu’ils avaient pénétré bien avant dans la faveur et l’estime publique.

On s’est perdu en conjectures pour savoir quels pouvaient être les mages qui vinrent chercher, pour l’adorer, le Sauveur du monde (Matthieu 2.1). Ils venaient d’Orient, nous dit Matthieu, et cette expression vague (v. 9), de même que celle du verset 12, montrent qu’il ne pouvait, ou qu’il ne voulait pas en dire davantage. Quelques auteurs ont cru trouver, dans les dons qu’ils apportaient, une preuve qu’ils venaient d’Arabie ; mais cette preuve est ridicule ; car de l’or, de la myrrhe et de l’encens, on peut en acheter partout. L’opinion qui se justifie le plus est celle qui les fait venir de Perse ou des contrées voisines de la Perse ; le système de la religion Zend est celui des systèmes païens qui renfermait peut-être le plus de germes de la vérité ; on y trouvait, entre autres, l’idée d’un Sosiosh, d’un Rédempteur qui devait venir. Les rapports des Perses avec les Juifs avaient favorisé pour eux une certaine fusion des doctrines israélites dans le système de leur religion populaire. L’étoile qui sert de guide aux mages, rappelle cette religion astronomique des Perses, et peut avoir été choisie de Dieu comme un flambeau qui ne leur était pas inconnu, et qui devait, plus sûrement qu’un autre, en tenant compte de leurs préoccupations habituelles, les amener vers une lumière plus grande, la seule véritable ; enfin, peut-être, le souvenir des calculs de Daniel, qui avait été chef des mages, et dont les travaux avaient été sans doute étudiés et médités par les plus fidèles de ses adhérents, aura contribué à donner aux mages cette assurance et cette foi qui ne les abandonna jamais, qui surprend celui qui n’entend rien aux choses de Dieu, mais qui ne saurait étonner celui pour qui la parole divine est une règle suffisante de doctrine et de conduite. On sait combien, d’après le témoignage des auteurs profanes, le monde entier était dans l’attente d’un roi puissant qui devait se lever dans les mêmes contrées où le soleil se lève ; mais cette attente, vague et incomprise chez ceux mêmes qui la partageaient, était plus claire et plus grande chez les mages ; le roi qu’ils attendaient n’était pas un conquérant qu’ils dussent fuir, c’était un sauveur qu’ils devaient chercher. L’ancienne église a vu, dans cette visite des mages, la salutation reconnaissante et respectueuse avec laquelle le monde païen devait accueillir celui qui venait rompre la clôture de la paroi mitoyenne, rendre à Dieu l’humanité, aux hommes l’espérance et leur Dieu. La tradition, l’on ne sait trop pourquoi, a fait de ces mages des rois, et a fixé leur nombre à trois, qu’elle a baptisés : Gaspard, Melchior et Balthasar. Ce seraient les seuls rois qui eussent adoré le Roi des rois pendant son séjour sur la terre, et rien ne justifie une tradition qui n’a pris naissance que tard, et que Calmet et d’autres catholiques regardent à la fois comme indifférente en elle-même, et sans fondement dans l’histoire. C’est toujours la même passion de vouloir introduire la grandeur terrestre dans la grandeur céleste. L’adoration des mages a heureusement inspiré M. L. Delàtre dans un morceau de ses Chants de l’exil (chez Gosselin) :

Le voyage est fini, l’étoile aux ailes d’or

Sur l’humble Bethléem arrête son essor, etc.

Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com

L’article dans Bost

Dictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)

Les mages de Perse sont les adorateurs du feu, et disciples de Zoroastre, qu’ils confondent avec Abraham. Ils ont trois livres qui contiennent toute leur religion. Les noms de ces livres sont Zend, Pazend et Abesta. Ils les attribuent à Abraham ; et Abesta est le commentaire des deux autres. La tradition des mages est qu’Abraham lisait des livres au milieu de la fournaise où Nemrod l’avait fait jeter. Les mages, après Zoroastre, leur maître, reconnaissent dans le monde deux principes : l’un du bien, nommé Orotnase ; et l’autre du mal, nominé Ahertnan. Ils adorent le feu dans des temples nommés atesch-kanah ou alesch-kadé, c’est-à-dire, maison du feu, où ils ont très-grand soin d’entretenir le feu. Il y avait autrefois grand nombre de ces édifices sur la montagne d’Alborz, dans la province d’Adherbigran, qui est la Médie. Ils donnent au feu le nom de Bab, c’est-à-dire part, parce qu’ils reconnaissent cet élément pour le principe de toutes choses, système qui a été suivi, parmi les Grecs, par Anaxagore.

Les mages observent un silence mystérieux, lorsqu’ils se lavent ou qu’ils mangent, après avoir dit quelques paroles. Ce silence, qu’ils ne rompent jamais, fait une partie de leur religion. Pythagore pourrait bien avoir imité ce silence des mages, de même que le respect qu’il voulait que ses disciples portassent au feu. Ils attribuent chaque mois de l’année, à chaque jour, et même à chaque astre, aux montagnes, aux mines, aux eaux, aux arbres, des génies ou de ces anges qui, ayant été créés avant l’homme, sont tombés dans l’infidélité et dans la désobéissance, et ont été confinés dans un pays qu’ils nomment le pays des génies, comme qui dirait le pays des fées. Nous parlerons encore des mages sous l’article de Zoroastre. Il est bon de remarquer ici que les trois livres dont on a parlé, et que les Guèbres ou adorateurs du feu attribuent à Abraham, mais qui sont effectivement de Ibrahim Zerdoust, autrement nommé Zoroastre par les Grecs ; que ces livres, dis-je, sont très-rares et très-inconnus, les Guèbres les gardant très-religieusement entre eux et ne les communiquant pas aux étrangers. Ils sont écrits en ancien persan, et on n’en a point encore vu en Europe.

On prétend que le nom de mage signifie un homme qui a les oreilles coupées : en effet, mige-gusch à cette signification dans la langue qui était en usage dans la Perse au temps où le faux Smerdis, qui était mage, usurpa le trône de Cyrus. On sait que cet usurpateur n’avait point d’oreilles, et que c’est cela qui le fit reconnaître par la fille d’Ozanès pour un des grands de la Perse. Les mages portaient donc un autre nom auparavant, et leur crédit était très-grand dans la Perse : il tomba considérablement après le désastre de Smerdis.

Quoique ces philosoples reconnussent dans la nature deux principes, l’un du bien et l’autre du mal, le premier représenté par la lumière, et le second par les ténèbres, tous deux dieux et recevant parmi eux des prières et des adorations, toutefois ils étaient partagés de sentiments, en ce que les uns les croyaient tous deux de toute éternité, et les autres que le bon principe seulement était éternel, et que le mauvais avait été créé, comme nous croyons que le démon est une créature déchue de sa pureté primitive.

Ils conviennent de plus que les deux principes sont dans une opposition continuelle, qui durera jusqu’à la fin du monde, et qu’alors le bon aura le dessus ; qu’après cela chacun d’eux aura son monde, savoir, le bon avec tous les gens de bien, au milieu desquels il régnera ; et le mauvais aussi son monde avec tous les méchants. Les mages rendaient des honneurs souverains à la lumière, au soleil, au feu sacré de leurs temples, et même au feu de leurs maisons, devant lesquels ils faisaient tous les actes de leur religion.

Ils avaient au contraire une horreur parfaite pour les ténèbres, qu’ils regardaient comme le symbole du mauvais principe, et qu’ils haïssaient comme nous faisons le démon. Lorsqu’ils trouvaient dans leurs écrits lé nom d’Aherman, qui est celui du mauvais principe, ils l’écrivaient à rebours ; et quand Xerxès sut que les Athéniens avaient chassé Thémistocle de leur ville, il adressa sa prière à ce mauvais dieu, et non à Oromarde, le dieu bon ; il le pria d’inspirer toujours à ses ennemis de chasser tout ce qu’il y avait de plus braves gens parmi eux.

Voilà quels étaient les anciens mages des Perses, et quels sont encore aujourd’hui les Guèbres ou adorateurs du feu dans la Perse et dans les Indes, qui sont apparemment ceux que saint Matthieu a eu dessein de désigner sous le nom de mages. [Voyez l’article suivant] [Les lignes suivantes, qui sont de M. Eugène Boré, jettent du jour sur les mages. Elles sont tirées de son mémoire intitulé : De la Chaldée et des Chaldéens, adressé à l’Académie des inscriptions et belles-lettres, et inséré dans le recueil de sa Correspondance et de ses Mémoires ; Paris, 2 vol in-8° 1840.

Parmi les découvertes qu’a faites M. Boré d’ans son voyage en Orient, une des plus intéressantes est celle du pays des Mogs, en Arménie. Il expose dans le paragraphe 8 de la première partie de son mémoire, ce qu’était ce pays et pourquoi il avait reçu ce nom. C’est à cette occasion qu’il s’exprime en ces termes :

À l’ouest de Gordjaïk s’étend un canton-arménien, dont le nom était aussi inconnu que le pays qui le portait. C’est la contrée que l’historien Thomas Ardzerouni (qui vivait vers l’an 908 de notre ère) appelle la région des Mogs… Le nom de Mog est un mot zend et pehlvi, qui a passé dans la langue chaldéenne, à l’époque où le symbole religieux de la Perse fut adopté par le peuple de Babylone. Il représentait la classe pontificale, initiée, sans doute, à des doctrines secrètes, dont l’abus et l’imposture firent tom-lier ensuite ce titre en discrédit (page 174).

Mog ou Mag, dont le composé Mobed est encore usité dans la langue persane avec la signification de docteur, a été rapporté au radical Meh, Mah, grand, auguste. Les Hébreux, dans la transcription de ce mot, ont changé une lettre ce qui nous donne Mag (Jérémie 39.13), orthographe plus conforme au nom arménien Mog. En syriaque c’est Magoucha, forme moderne, et qui semble être refaite sur le mot latin Magus).

Les prêtres ainsi désignés (par le mot Mogs) étaient ces anciens desservants du temple de Bélus qu’avait visités et entretenus Hérodote, et qu’il nomme Chaldéens, aussi bien que le prophète Daniel (Daniel 2.4-5, 8). Ils avaient encore les noms de Sages et de Philosophes (Daniel 2.12-18, 24, 27 ; 4.3-15 ; 5.7-8 ; Jérémie 50.35 ; Isaïe 44.25), de Voyants et d’Astronomes (Isaïe 47, 13). Lorsqu’ils mêlèrent aux principes élevés de la science et de la sagesse les superstitions de l’idolâtrie et toutes les erreurs de l’astrologie et de la divination, ils furent appelés Enchanteurs, Interprètes de songes, Sorciers, en un mot Magiciens (Daniel 1.20 ; 2.2-10, 27 ; 4.4 ; 5.7-11).

… Le nom de la contrée arménienne des Mogs est la traduction du mot persan Mage, et les Arméniens l’ont donné au pays, comme étant habité par les Chaldéens, c’est-à-dire, par la race dominatrice de Babylone, qui reçut des nations étrangères le même nom que les prêtres dont ils avaient accepté la croyance reformée du magisme. Un district de Djulamerk, et une petite ville suspendue, comme le nid d’un faucon, à un roc aride, qu’environnent et que menacent d’autres rocs gigantesques, sont encore appelés le canton et la ville des Mogs ou Moks… Tous les habitants, à l’exception de quelques curdes, sont chrétiens… Leur principale église est dite l’Église de l’Universel Rédempteur… Ce lieu est le but d’un pèlerinage célèbre, comme possédant la châsse de saint Gaspar, l’un des trois rois mages, venus de l’Orient à Bethléem de Juda (Géogr mod de l’Arménie. Certains auteurs syriens élèvent à douze le nombre de ces nobles pèlerins, et nous ont transmis soigneusement leurs noms, dont les uns, chaldéens, et les autres, persans, prouvent que la tradition leur assigue justement pour patrie ces contrées orientales. Voyez Wheloci, note Pers ad Mat. 2.1 ; L’emper. Midd. 175. » (Page 183, 184). Voyez Caldée, addition].

Mages, qui vinrent adorer Jésus-Christ nouveau-né à Bethléem (1)

On forme plusieurs questions sur le sujet des mages. [Voyez Étoile]. On demande qui ils étaient, d’où ils venaient, combien ils étaient et en quel temps ils arrivèrent à Jérusalem, et quelle était l’étoile qui leur apparut. On croit communément que les mages étaient des philosophes et des devins dont la principale étude était l’astronomie ; que ceux qui vinrent adorer Jésus-Christ étaient des disciples et des descendants de Balaam, qui avait prophétisé plusieurs siècles auparavant qu’il naîtrait une étoile de Jacob, et qu’il sortirait du milieu d’Israël un Dominateur (Nombres 24.17) qui frapperait les chefs de Moab, et qui détruirait tous les enfants de Seth, ou tous les enfants de l’orgueil. Ce sentiment est fondé sur l’Écriture, qui dit expressément que les mages vinrent de l’Orient (Matthieu 2.1), c’est-à-dire, de l’Arabie Déserte ou de la Mésopotamie, que les auteurs sacrés comprennent sous le nom d’Orient. Balaam lui-même dit qu’il est venu du pays d’Aram, des montagnes d’Orient (Nombres 23.7). Or il était venu de la ville de Pelhora, située sur l’Euphrate (Nombres 24.5). Isaïe, parlant de la venue d’Abraham dans la terre promise, dit qu’il est venu de l’Orient : Qui a fait venir le Juste de l’Orient ?

Les Arabes, les Iduméens orientaux, les Chaldéens, peuples orientaux par rapport à la Judée, se piquaient de sagesse. Le nom de mage était consacré, dans ces pays-là, pour désigner un philosophe, un homme qui faisait profession de sagesse. Tertullien, saint Justin le Martyr, saint Épiphane et parmi les nouveaux, Tostat, Mariana, Barradius, Grotius, Cornelius à Lapide et plusieurs autres, font venir comme nous les mages de dessus l’Euphrate, ou de la Mésopotamie, en un mot, de l’orient de la Judée. Nous ne nous arrêtons point à réfuter ici ceux qui les font venir de la Perse ou de l’Arménie [Voyez la fin de, l’article précédent, celle de l’addition à ce même article, et l’addition au mot Caldée], ou de l’Afrique,. ou de l’Éthiopie, ou des trois parties du monde ; de l’Asie, de l’Afrique et de l’Europe. Ceux quitelésirent de voir cette matière traitée plus à fond peuvent consulter ceux qui ont écrit exprès sur cela, et en particulier la dissertation que nous en avons fait imprimer à la tête du Commentaire sur saint Matthieu.

Quelques anciens Pères semblent avoir cru que les Mages étaient au nombre de trois, et qu’ils étaient rois dans leur pays. Tertullien paraît assez fort pour la royauté des mages, mais il la prouve mal. Il suppose que pour l’ordinaire les Orientaux avaient des mages pour rois, ce qui n’est nullement certain. Saint Ambroise, ou plutôt saint Césaire d’Arles, leur donne le nom de rois ; mais on soupçonne que ce nom a été ajouté à son texte. On cite saint Cyprien dans un sermon sur le Baptême, qui dit qu’ils étaient rois ; mais ce sermon est d’un abbé de Bonneval, nommé Arnaud, qui vivait du temps de saint Bernard. Pascase Radhert, qui vivait au neuvième siècle dans l’abbaye de Corbie, dit que personne de ceux qui ont lu l’histoire des Gentils n’ignore que les mages n’aient été rois. Enfin Théophylacte, parmi les Grecs, a soutenu expressément qu’ils étaient rois. Voilà ce que l’on a de plus positif parmi les anciens ; car la plupart des autres que l’on cite ne sont nullement exprès ; et pour les modernes, leur autorité n’est d’aucun poids. Ce qui a le plus contribué à faire donner le nom de rois aux mages, ce sont ces paroles du psaume qu’on leur a appliquées (Psaumes 71.10) : Les rois de Tharsis et les îles lui offriront des présents ; les rois d’Arabie et de Saba lui apporteront des dons.

On est assez partagé sur la profession des mages. Les uns ont cru qu’ils exerçaient, les arts curieux et diaboliques de la divination, de l’astrologie judiciaire et des enchantements. L’ancien Évangile de l’enfance du Sauveur dit qu’ils étaient disciples de Zoroastre ; mais d’autres en ont porté un jugement plus favorable. Ils ont cru que leur magie était permise et naturelle. Saint Épiphane croit qu’ils étaient de la race d’Abraham et de Céthura, L’abbé Rupert leur donne le nom de prophètes et d’hommes inspirés. Origène a cru que les mages s’étant aperçus, dans leurs opérations magiques, que le pouvoir du démon était fort affaibli, s’appliquèrent à en découvrir la cause ; et qu’ayant remarqué dans le même temps un nouvel astre dans le ciel, ils jugèrent que c’était cet astre dont avait parlé Balaam, et qui désignait le naissance d’un nouveau roi d’Israël : c’est ce qui les détermina à l’aller chercher, pour lui rendre leurs adorations. Saint Basile et saint Ambroise ont eu à peu, près la même pensée. Saint Jérôme, sur Isaïe, chapitre 19 dit qu’ils apprirent des démons, ou plutôt de la prophétie de Balaam, que le Christ était né ; et Tertullien semble dire que c’est par l’astrologie qu’ils apprirent la naissance du Messie, puisqu’il avance que jusqu’à Jésus-Christ cette science était permise ; mais que depuis ce temps elle est défendue, afin que personne désormais ne s’avise de chercher dans les astres l’horoscope de quelqu’un.

Le nombre des mages est fixé à trois depuis fort longtemps. Saint Léon le suppose en plusieurs endroits. Saint Césaire le dit aussi très-expressement. On voit la même chose dans deux sermons attribués autrefois à saint Augustin, mais dont l’un est de saint Léon, et l’autre se trouve ailleurs sous le nom d’Eusèbe d’Emèse. Bède, l’abbé Rupert, et après eux une foule de commentateurs, l’enseignent de la même sorte. Ce sentiment paraît fondé principalement sur les trois sortes de présents qui sont marqués dans l’Évangile. Ils lui présentèrent de l’or, de la myrrhe et de l’encens. Nous leur donnons communément les noms de Gaspar, Melchior et Balthasar ; mais ces noms sont inconnus à l’antiquité aussi bien que ces autres, qu’on leur attribue dans quelques ouvrages peu autorisés et assez nouveaux, comme ceux-ci qu’on donne comme noms grecs : Magalat, Galgalat, Saraïm, ou en hébreu, Apellius, Amerus et Damascus ; ou enfin Ator, Salo, Paratoras.

On lit, à la fin du troisième tome des ouvrages de Bède, dans un livre intitulé : Extraits des Pères, etc que Melchior, le premier des mages, était un vieillard chauve, ayant une grande barbe et de grands cheveux blancs, qui avait une robe couleur d’hyacinthe ou de bleu céleste, un manteau jaune ou orangé (saga mileno, ou plutôt melino), une chaussure de couleur mêlée de bleu et de blanc, et un bandeau royal de différentes couleurs. Il offrit de l’or au Roi Jésus-Christ. Le second mage s’appelait Gaspar. Il était jeune, sans barbe, vermeil, vêtu d’une robe orangée et d’un manteau rouge ; sa chaussure était couleur d’hyacinthe. Il offrit de l’encens, pour reconnaître la divinité de Jésus-Christ. Le troisième s’appelait Balthasar. Il était brun, portait une grande barbe, était vêtu d’une robe rouge, d’un manteau de différentes couleurs ; sa chaussure était jaune. Il offrit de la myrrhe au Sauveur, pour marquer sa mortalité. Mais l’ouvrage où ces particularités se rencontrent est indigne du vénérable Bède, et est sans doute plus nouveau que lui.

Jérôme Osorius, évêque d’Algarbe en Portugal, raconte qu’un roi de la ville de Cranganor, dans le royaume de Calécut, nommé Chéripérimale, s’étant mis à voyager pour expier un inceste qu’il avait commis avec sa geur, vint dans la Carmanie, où il trouva deux mages fameux qui étaient sur le point de s’en aller en Judée, pour y adorer un enfant nouvellement né d’une Vierge, et qui devait racheter le genre humain. Chéripérimale les pria de trouver bon qu’il les accompagnât. Ils allèrent donc ensemble, et ayant adoré Jésus-Christ, ils revinrent dans leur pays. Le roi de Cranganor, étant de retour dans sa ville, y fit bâtir une église en l’honneur de la Vierge, y fit représenter cette sainte Mère de Dieu, tenant son Fils entre ses bras, et ordonna qu’autant de fois que l’on prononcerait à voix haute le nom de Marie, tout le monde eût à se prosterner. C’est ce qu’Osorius assure avoir appris de personnes très-instruites de ce qui regarde les Indes, et qui assurent que cela se trouve ainsi dans les anciens monuments des Indiens. Il ajoute que les Indiens dépeignent les trois mages de cette sorte. Il y en a d’abord deux qui marchent ensemble, ayant le teint blanc, vêtus à la royale, ayant leurs présents avec eux ; et derrière eux, le troisième de couleur brune, à-peu-près comme un Éthiopien, portant aussi ses présents. Le père Maffée, dans son Histoire, fait aussi mention de cette histoire. Il nomme Péri-male le roi de Calécut.

L’auteur de l’Ouvrage imparfait sur saint Matthieu cite d’anciens livres apocryphes, qui portaient le nom de Seth, qui disaient que les mages avaient été douze, choisis de toute leur nation, et se succédant de père en fils depuis plusieurs siècles, pour observer le moment de l’apparition de l’étoile prédite autrefois par Balaam. Ils montaient pour cela sur une montagne d’où ils observaient le lever des astres. Enfin l’étoile leur apparut, ayant au milieu de soi un jeune enfant et une croix au-dessus. L’enfant leur parla et leur ordonna de se transporter en Judée. L’auteur de la Glose ordinaire, sans limiter le nombre des mages, se contente de dire qu’ils étaient plusieurs. Le même écrivain, qui a composé le Commentaire imparfait sur saint Matthieu, que nous avons déjà cité plus d’une fois, enseigne que saint Thomas, étant allé en Perse, y instruisit et baptisa les triages ; après quoi ils s’appliquèrent avec lui à prêcher l’Évangile. On tient qu’ils furent martyrisés dans une ville d’Arabie. Les Arméniens soutiennent qu’ils ont prêché et souffert le martyre dans leur pays. Le connétable d’Arménie écrivait au roi saint Louis qu’ils étaient venus de Tangat dans l’Arménie.

Le temps auquel les mages arrivèrent dans la Judée est un point qui a beaucoup exercé les chronologistes. Ceux qui les font venir du fond de la Perse leur donnent deux ans pour faire leur voyage (h) ; supposant que l’étoile apparut aux mages deux ans avant la naissance du Sauveur. En cela le texte de l’Évangile leur paraît favorable, puisqu’il y est dit qu’Hérode fit mourir les enfants de Bethléem depuis deux ans et au-dessous, selon le temps que les mages lui avaient marqué (Matthieu 2.16). D’autres croient qu’étant partis au moment de la naissance du Sauveur, ils n’arrivèrent à Bethléem que deux ans après. Enfin d’autres les font partir au moment de la naissance du Sauveur, et pour les faire arriver à Bethléem treize jours après cette naissance, ils leur donnent des dromadaires pour faire plus de diligence. Quelques-uns ont cru que l’étoile leur était apparue dès le temps de la conception de saint Jean-Baptiste, ou dès le temps de l’Incarnation de Jésus-Christ : mais je ne pense pas que personne ait osé fixer le temps précis de leur départ, quoique la plupart aient déterminé le jour de leur arrivée à Bethléem, au treizième jour depuis la naissance de Jésus-Christ. En les faisant venir des bords de l’Euphrate, nous croyons qu’ils ont pu arriver à Jérusalem en moins de vingt jours, en traversant l’Arabie Déserte sur des chameaux, qui est la monture ordinaire de ce pays-là ; car de l’Euphrate à Jérusalem il n’y a pas plus de deux cents lieues.

Venons à présent à l’étoile qui apparut aux mages. Quelques anciens ont avancé que c’était un astre nouveau, créé exprès pour annoncer aux hommes la naissance du Messie. Origène, livre 1 contre Celse, Maldonat et Grotius croient que c’était une espèce de comète qui avait paru extraordinairement dans l’air. Ligtfoot croit que la même lumière qui apparut aux anges près de Bethléem se fit voir aussi de loin sur la Judée aux mages, et les attira aux pieds du Sauveur. D’autres ont prétendu que c’était un ange revêtu d’un corps lumineux en forme d’étoile, laquelle, ayant pris sa route du côté de la Judée, détermina les mages à la suivre. L’auteur de l’Ouvrage imparfait sur saint Matthieu, et saint Épiphane ont suivi une ancienne tradition qui se trouvait dans le livre apocryphe de Seth, qui portait que cette étoile avait paru ayant au milieu de soi un jeune enfant, et au-dessus la figure de la croix. L’auteur de l’ouvrage intitulé : Des Merveilles de la sainte Écriture, publié sous le nom de saint Augustin, assure que quelques écrivains ont cru que cette étoile était le Saint-Esprit, qui apparut aux mages sous la figure d’un astre, comme il apparut dans le baptême de Jésus-Christ sous la figure d’une colombe. Saint Ignace, dans son Épître aux Éphésiens, dit que cette étoile surpassait par son éclat toutes les autres étoiles, et que le soleil et la lune formaient en quelque sorte son cortége, et que tout le monde était dans l’admiration, en considérant cette nouvelle lumière.

Chalcidius, philosophe platonicien, qui a fait un commentaire sur le Timée de Platon, parle de ce phénomène en ces termes : Il faut remarquer une autre histoire bien plus sainte et plus digne de vénération ; c’est celle qui nous parle de l’apparition d’une étoile qui ne présageait ni des maladies, ni la mortalité, mais la descente de Dieu sur la terre, pour vivre parmi les hommes et pour les combler de ses foreurs. Des sages de Chaldée ayant aperçu cette étoile durant la nuit, comme ils étaient instruits dans la science de l’astronomie, ils se mirent à chercher ce Dieu nouveau-né ; et l’ayant trouvé, ils lui offrirent des présents convenables à une si haute majesté.

On dispute si l’étoile se fit voir à tout le monde, ou seulement aux mages. Les uns croient qu’elle ne fut vue que des seuls mages ; d’autres, qu’ils ne la virent même que deux ou trois fois ; savoir dans leur pays, et ensuite au sortir de Jérusalem, lorsqu’ils se mirent en chemin pour aller à Bethléem. Saint Chrysostome, saint Ambroise ; saint Augustin, saint Bernard, l’auteur de l’Ouvrage imparfait sur saint h Matthieu tiennent qu’ils la virent toujours depuis qu’elle commença à leur paraître, jusqu’à ce qu’étant disparue à leur arrivée à Jérusalem, cela les mit dans la nécessité de s’informer du lieu où le Messie devait naître. Saint Ignace le martyr, et le faux Évangile de l’enfance de Jésus, croient qu’elle parut à la face de tout le monde, que tous les peuples la virent, et qu’il ne tint qu’à eux de la suivre. Les mages, arrivant à Jérusalem, semblent supposer qu’il n’y a rersonne qui ne l’ait vue. Où est le roi des Juifs nouveau-né ? Car nous avons vu son étoile dans l’Orient.

Pour nous, nous croyons que cette étoile était un météore enflammé dans la moyenne région de l’air, qui, ayant été remarqué par les mages avec des circonstances miraculeuses et extraordinaires, fut pris par eux pour l’étoile prédite longtenis auparavant par Balaam, et qu’ensuite ils se déterminèrent à la suivre et à chercher le roi nouveau-né, dont elle annonçait la venue. C’était donc une lumière qui marchait dans l’air devant eux, à-peu-près comme la colonne de nuée dans le désert. L’inspiration intérieure, la lumière du Saint-Esprit, l’attrait de la grâce furent les motifs qui les engagèrent à suivre ce phénomène.

Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com

L’article dans Calmet

Dictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)

Les mages ne figurent en nom qu’une seule fois dans la Bible, au chapitre 2 de l’Évangile selon saint Matthieu, où l’on montre quelques-uns d’entre eux, au moment de la naissance de Jésus, arrivant à Jérusalem et cherchant le roi des Juifs dont la naissance leur avait été annoncée par une étoile en Orient (Matthieu 2). Cette expression « Orient », par son vague, a donné libre cours aux conjectures sur leur patrie. On s’est efforcé de déterminer celle-ci par la nature des dons qu’ils ont offerts au nouveau-né : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. On a pensé parfois à l’Arabie, d’autres fois à la Perse, d’autres fois encore à l’Égypte. Certains commentateurs ont voulu trouver à ces dons surtout un sens symbolique religieux ; on est allé jusqu’à supposer qu’il y avait eu là un secours providentiel qui fut utile à la famille pauvre de Jésus dans son voyage en Égypte.

La légende relative aux mages n’a pas cessé de s’enrichir dans la première Église. Comme les mages avaient offert trois espèces de présents, on raconta qu’ils étaient au nombre de trois, qu’ils correspondaient, d’une part, aux trois personnes de la Trinité, d’autre part, aux trois races descendant des trois fils de Noé et aux trois parties de l’ancien monde. Peu à peu, on en est venu à préciser au point de donner à chacun d’eux un nom : Balthasar, Melchior et Gaspard. L’un d’eux, généralement Gaspard, représentait la race nègre. Plus tard, les mages deviennent des « princes », puis des « rois ». Quand l’art des peintres s’est emparé de la légende, il l’a encore embellie : il les a montrés arrivant à Bethléhem suivis d’une foule de courtisans, splendidement vêtus, montés sur des chameaux et des chevaux, apportant avec eux de riches trésors, s’agenouillant dans leurs robes royales et adorant l’enfant couché dans la crèche et qui les bénit. On a raconté longtemps que leurs dépouilles étaient restées à Sainte-Sophie de Constantinople, puis, au moins pendant un temps, c’est la ville de Milan qui a prétendu posséder les précieuses reliques. Finalement, on a représenté la cathédrale de Cologne comme construite au-dessus de leurs ossements et symbolisant, par le caractère inachevé de sa beauté, ce qu’il y avait d’incomplet dans la pensée de ces païens venant adorer le Christ.

Ce qu’il y a de plus certain dans les enrichissements successifs de la légende, c’est que l’Église chrétienne, dès ses débuts, avait rompu complètement avec la croyance que Dieu ne s’était révélé qu’au seul peuple d’Israël, et elle a professé tout de suite que Dieu, en Jésus-Christ, parlait à toute l’humanité. La mention de l’étoile miraculeuse semble même indiquer que, selon la pensée des premiers chrétiens, une révélation particulière avait été accordée aux mages de Caldée, ou que Dieu pouvait, pour les conduire à la vérité, se servir de leurs superstitions concernant les rapports entre telle ou telle étoile et tel ou tel événement de l’histoire. Primitivement, le nom de « mages » désignait une tribu de la Médie, qui semble avoir été consacrée au service religieux médique. Ce mot ne paraît pas appartenir à l’ancien culte de Zoroastre et ne se trouve pas avec ce sens dans le Zend-Avesta. D’abord désignation ethnique, le terme de « mages » est devenu peu à peu synonyme de « prêtres, sacrificateurs, devins », par suite de l’importance qu’avait acquise cette caste dans les fonctions sacerdotales. Les Perses les considéraient avec raison comme des étrangers, et Strabon montre le rôle que ces étrangers jouaient chez les Perses, en les comparant aux Caldéens qui exerçaient les fonctions sacrées chez les Assyriens. Ce sont ces Caldéens dont il est parlé dans le livre de Daniel (Daniel 1.4 ; Daniel 2.2, etc.) ; comparer le Rab-Mag, ou chef des mages, de Jérémie 29.3 ; Jérémie 29.13

Ce n’est pas le lieu d’exposer, même en résumé, la religion ancienne des Mèdes ; on dira seulement que cette religion était arrivée à une forme stable et constituait un organisme défini : les prêtres y jouaient un rôle important bien avant l’époque perse. Sous la dynastie des rois perses, il y eut une grave révolte des mages. L’un d’eux, Gaumatès, voulut se faire passer pour Smerdis, frère de Cambyse, et s’empara frauduleusement du trône (522 avant Jésus-Christ). Darius, qui était perse, lutta contre l’usurpateur et le vainquit. Le succès de Darius fut le triomphe des Perses sur les mages et par conséquent sur les Mèdes. Un massacre s’en était suivi, et, d’après Hérodote (III, 79), chaque année, au jour anniversaire de ce massacre, les mages n’osaient parcourir les rues. À la cour des Achéménides, les mages représentaient les traditions cultuelles, procédaient aux sacrifices, aux incantations, aux cérémonies divinatoires, etc. Ils apparaissent comme sorciers ou magiciens plutôt que prêtres proprement dits ; de là le sens restreint qui est resté attaché au terme de « mage » et à son dérivé « magie ». Il est probable pourtant que leur religion ne s’est pas réduite aux pratiques superstitieuses notées par Hérodote. Rien n’empêche de supposer que Zoroastre, le réformateur religieux, ait été un mage, car il semble bien avoir été d’origine médique.

Il y avait probablement des mages parmi les initiateurs de génie qui, de l’antique panthéon aryen, faisaient sortir, autour de la figure d’Ahoura-Mazda, une doctrine qui s’avoisinait de plus en plus au monothéisme. Cela n’a pas été sans conséquence dans l’histoire d’Israël. « Si les Juifs, a dit le Père Dhorme, furent soutenus et encouragés par les Perses, ce n’est pas seulement parce que les Perses trouvaient leur propre intérêt dans cette attitude. C’est bien plutôt parce que les Juifs leur apparurent en possession d’une religion éminemment supérieure, dont les caractères généraux aussi bien que les tendances de l’heure se rapprochaient singulièrement plus de leur idéal religieux que les cultes grossiers de la Caldée, de l’Élam et de l’Égypte. Les Perses furent les premiers à profiter de ce qu’ils firent pour Israël, car ils ne furent pas englobés dans les anathèmes et les sarcasmes que les prophètes lancèrent à la tête des Caldéens. Aux sombres récits de la captivité de Babylone s’opposent, dans les livres sacrés, les explosions de joie qui pressentirent et saluèrent l’accession de Cyrus au trône de Nabonide et de Belsatsar. La religion des Achéménides les prédisposait, non seulement à témoigner aux fidèles de Jéhovah un sentiment de tolérance, mais encore à user à leur égard d’un traitement de faveur. » (Rev. Bbl, 1913).

Malgré les rancunes laissées par la tentative du faux Smerdis, le nom de « mage » fut peu à peu appliqué aux prêtres de la religion zoroastrienne et il se perpétua sous cette forme. De nos jours encore, les Arabes désignent les sectateurs de la religion mazdéenne sous le titre : madjous. Le nom s’introduisit peu à peu en Caldée. Les nations étrangères à la Mésopotamie en vinrent à entendre par « mages » les représentants du sacerdoce caldéen. Le nom de « mage » devint alors synonyme rigoureux de « sorcier » et d’« enchanteur ». Mais un grand nombre de mages de l’époque achéménide rendaient probablement à Jéhovah un hommage qui annonçait à sa façon celui que, d’après la vieille tradition de l’Église primitive, d’autres mages ont apporté au Christ naissant.

R. A.

Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com

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