Dictionnaires bibliques

Luc

Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Luc », un article après l’autre.

Dictionnaire de la Bible (Bost)

(abrégé pour Lucain, comme Silas pour Sylvain)

L’auteur de l’Évangile et des Actes, était d’après Eusèbe, Jérôme et Nicéphore, natif d’Antioche en Syrie, et médecin de profession. Juif de religion, mais païen par sa naissance (cf. Colossiens 4.14 ; 2 Timothée 4.11), il avait une culture lettrée qui se montre soit par la pureté de son style, soit par quelques réminiscences des profanes. On ignore comment il vint à la connaissance de la vérité, mais on peut croire que ce fut par le ministère de Paul, dont il fut toujours l’ami et le compagnon de travail. Parmi les traditions, il en est qui le font ami de la Vierge, vierge lui-même, peintre, l’un des soixante-dix disciples, et le compagnon de Cléopas sur la route d’Emmaüs ; c’est possible comme sont possibles toutes les choses dont on ne sait rien, mais c’est peu probable, et notamment sa mission au nombre des soixante-dix disciples paraît contredite par Luc 1.1-3 ; c’est encore moins probable, s’il est vrai qu’il fût d’origine païenne ; on ajoute qu’après avoir entendu les enseignements du Christ, il s’en détourna, scandalisé des paroles du maître : « Celui qui ne mange pas ma chair et ne boit pas mon sang, n’est pas digne de moi » ; mais il revint plus tard à la foi, à la suite d’une prédication de Paul. Son histoire ne commence pour nous qu’au voyage de Troas (Actes 16.10), probablement le premier qu’il fit avec l’apôtre, car ce n’est qu’alors qu’il commence à parler à la première personne ; il suit Paul à Philippes dans la maison de Lydie, et paraît avoir séjourné quelque temps dans cette ville, malgré la persécution qu’y essuyèrent Paul et Silas ; nous l’y retrouvons encore plusieurs années après (Actes 20.6). Il reprend alors avec l’apôtre le cours de ses voyages, et l’accompagne par Troas, Assos, Mitylène, Rhodes, Tyr, et Césarée, à Jérusalem (Actes 21.15), où il resta probablement jusqu’au départ de Paul pour Rome (27.1). Fidèle à son ami, Luc partagea tous les dangers et toutes les fatigues de cette périlleuse navigation ; et arrivé au terme du voyage, il continua de lui donner ses soins et demeura au moins quelque temps avec lui, comme on le voit par la mention qui en est faite deux épîtres écrites de cette ville (Phm. 24 ; Colossiens 4.14) ; enfin dans le moment suprême, lorsque Paul écrit sa dernière épître, son testament, il peut dire : « Luc est seul avec moi » (2 Timothée 4.11). C’est ici que s’arrêtent les indications de l’Écriture sur l’histoire du pieux médecin, du modeste et constant ami de Paul ; la tradition ne fournit que des données incertaines sur le reste de sa vie et sur sa mort. Saint Jérôme le fait mourir à l’âge de quatre-vingt-quatre ans ; d’après Epiptaane, il aurait prêché l’Évangile en Dalmatié et dans les Gaules, et d’après Nicéphore il aurait souffert le martyre en Grèce. Les pères de l’Église lui connaissaient déjà passablement de tombeaux, à Thèbes, en Béotie, en Bithynie, à Éphèse, à Eléé, dans le Péloponèse, etc. ; on sait l’estime qu’on devra faire de ces reliques.

C’est probablement à Rome, avant la rédaction des Actes, et par conséquent dans les deux premières années de son séjour, que Luc aura écrit l’Évangile auquel la tradition unanime a donné son nom. On le conclut de ce que les deux ouvrages sont adressés à la même personne, Théophile qui était Romain, et dont Luc avait sans doute fait la connaissance à Rome même ; l’auteur entre dans beaucoup de détails sur la géographie et l’archéologie juives, qu’il paraît supposer peu connues de son lecteur, tandis qu’il passe en courant et sans explications ni indications aucunes, sur tout ce qui regarde la topographie de l’Italie, comme étant trop connu pour qu’il faille caractériser ou préciser ; arrivé au séjour de Paul à Rome, le narrateur s’arrête et ne dit presque rien des épreuves, de l’action et de la vie de Paul, ce qui n’eût pas manqué d’intéresser les lecteurs de Jérusalem si Luc eût écrit pour eux, mais ce qui était aussi superflu pour des lecteurs romains qui étaient autant que Luc au courant des affaires de Paul. Nous avons parlé des Actes à leur article ; quant à l’Évangile, bien qu’il ait assez de rapports avec ceux de Matthieu et de Marc déjà composés, pour que l’on puisse apercevoir l’usage que Luc en a fait, il diffère de l’un et de l’autre par une tendance éminemment catholique, générale, universelle. Marc est à cet égard sans caractère bien prononcé, bien qu’il ait été écrit sous l’influencé de Pierre ; mais l’Évangile de Matthieu porte le cachet juif à chaque passage, tandis qu’on trouve dans Luc le caractère de Paul, le Christ de l’humanité, l’alliance de Dieu avec la terre toute entière. On aperçoit déjà cette différence dans leurs généalogies du Sauveur, Matthieu faisant remonter les ancêtres de Jésus jusqu’à Abraham, le père des Juifs, Luc les comptant jusqu’à Adam, le père des hommes ; Matthieu ne parle que des douze apôtres représentants des douze tribus, tandis que Luc y joint les soixante-dix disciples représentants de l’humanité ; Matthieu insiste partout sur le caractère juif du Messie, Luc sur son caractère humain, évitant de raconter ce qui aurait pu faire de son œuvre une œuvre particulière, une mission juive. Luc a aussi dans la forme, quelque chose de plus intime, de plus affectueux, son Messie est plus un Sauveur qu’un Roi ; il raconte volontiers ses conversations plutôt que ses discours, et fait parler les interlocuteurs, enregistrant leurs questions et leurs réponses ; il s’attache aux détails, il raconte la naissance de Jean-Baptiste et celle du Sauveur, le premier entretien de Jésus dans le temple, la résurrection du jeune homme de Naïn, l’envoi des soixante-dix, la parabole du Samaritain miséricordieux, l’histoire de Marthe et Marie, la guérison des dix lépreux, la visite de Jésus à Zachée, la conversion du brigand sur la croix, la rencontre qui eut lieu sur le chemin d’Emmaüs ; il donne un récit circonstancié et suivi d’un grand voyage missionnaire de Jésus, et parle souvent de la miséricorde divine et de l’efficacité de la prière.

L’authenticité de cet évangile n’a guère été contestée, et même les hérétiques antimosaïques, tels que Marcion, l’ont reconnue, comme cela était assez naturel à cause de sa tendance antijudaïque, tandis qu’ils rejetaient les trois autres évangiles ; mais encore l’ont-ils tronqué en plus d’un endroit, comme l’ont remarqué Tertullien et Épiphane, partout où les paroles du Messie étaient en désaccord avec leurs vues exagérées sur la loi et l’Ancien Testament.

Les Actes des apôtres sont la suite immédiate et naturelle des Actes du maître ; Luc les a écrits sans doute peu de temps après son premier ouvrage, et a réuni l’un à l’autre par le court avant-propos qui est en tête du second livre.

Outre ces deux ouvrages, on a attribué à ce disciple la composition de l’épître aux Hébreux, ainsi que celle d’autres écrits que nous ne possédons plus.

Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com

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Dictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)

Saint Luc évangéliste est nommé par quelques anciens ; Lucas, Lucius, ou Lucanus. Il était Syrien, natif d’Antioche, et médecin de profession (Colossiens 4.14). Ceux qui croient que c’est lui qui est nommé Lucius dans l’Épître aux Romains (Romains 16.21), doivent-reconnaître aussi qu’il était parent de saint Paul : Lucius et Jason… On n’est pasd’accord s’il était Juif ou païen de naissance. Ceux qui soutiennent qu’il était du nombre des septante disciples croient qu’il était aussi Juif de religion et d’origine, puisqne notre Sauveur n’en choisit point d’autres. Saint Épiphane croit qu’il fut un de ceux qui quittèrent Jésus-Christ, lui ayant entendu ces paroles : Celui qui ne mange pas ma chair, et ne boit pas mon sang, n’est pas digne de moi ; mais qu’il revint à la foi, ayant ouï les prédications de saint Paul à Antioche. Saint Grégoire le Grand et quelques autres, dans Théophylacte croient que saint Luc était le compagnon de Cleophas, et qu’il allait avec Iui à Emmaüs, lorsque Jésus-Christ se joignit à eux. On lit dans une addition qui se trouve à la fin des Hommes illustres de saint Jérôme, que saint Luc a toujours vécut vierge, n’ayant eu ni femmes, ni enfants.

Il fut le compagnon des voyages et de la prédication de saint Paul (2 Timothée 4.11 Phm 1.23-24) ; mais on ignore en quel lieu et en quel temps il commença à se joindre a lui. Ceux qui tiennent qu’il fut converti par saint Paul à Antioche croient que depuis ce temps ne le quitta plus. D’autres veulent qu’il se soit joint à lui à Troade ; et saint Luc, insinue lui-même cette opinion, lorsqu’il dit dans les Actes (Actes 16.8-10) : Nous cherchâmes aussitôt le moyen de passer de Troade en Macédoine. Il commence en cet endroit à parler en première personne, comme étant alors de la compagnie de saint Paul. On croit communément que saint Luc était peintre, et on montre en quelques endroits des portraits : de la Vierge de sa façon, ou du moins des copies prises sur des portraits de sa main. Les anciens n’ont point connu cette qualité de saint Luc, et Nicéphore est le premier auteur qui en ait fait mentian. Mais s’il n’a pas peint le visage de la Vierge et de son Fils, il nous a laissé plusieurs particularités de la sainte Vierge, et de l’enfance de Jésus-Christ, qui font juger qu’il avait pu voir et connaltre cette admirable Vierge, et qu’il avait même eu part à sa confidence.

Saint Épiphane croit qu’il annonça l’Évangile dans la Dalmatie, dans les Gaules [Voyez Gaule], dans l’Italie et dans la Macédoine. Métaphraste veut qu’il ait prêché dans l’Égypte, dans la Libye et dans la Thébaïde. On croit qu’il survécut de plusieurs années à saint Paul, étant mort en Achaïe, dans une extrême vieillesse, âgé de quatre-vingts ou de quatre-vine-quatre ans. Nicéphore dit qu’il mourut à Thèbes de Béotie, où l’on voit encore aujourd’hui un tombeau que l’on exoit être celui de saint Luc. Saint Hippolyte dit qu’il fut crucifié à Elée, dans le Péloponèse. Dorothée, dans sa Synopse, dit qu’il mourut et fut enterré à Éphèse. Bède, Usuard, Adon et le martyrologe romain disent qu’il mourut en Bithynie. On est partagé sur le genre de sa mort. Les uns croient qu’il souffrit le martyre, et les nouveaux Grecs veulent qu’il ait été crucifié à un olivier. Élie de Crête, au contraire, suppose comme constant qu’il ne mourut pas d’une mort violente, et c’est le sentiment de plusieurs modernes.

Outre l’Évangile de saint Luc et les Actes des Apôtres, on lui attribue encore quelques autres ouvrages, comme la traduction, ou même la composition, quant au style, de l’Épître aux Hébreux. Saint Clément d’Alexandrie croit qu’il est auteur de la dispute de Jason et de Papisque, que nous n’avons plus. D’autres enseignent que l’Évangile même de saint Luc était proprement l’Évangile de saint Paul, et que cet apôtre l’avait dicté à saint Luc ; et que quand saint Paul parle de son Évangile (Romains 2.16 ; 16.25 2 Thessaloniciens 2.13), il entend l’Évangile de Luc. Mais saint Irénée dit simplement que saint Luc rédigea par écrit ce que saint Paul prêchait aux nations ; et saint Grégoire de Nazianze, que l’Évangéliste écrivit, appuyé du secours de saint Paul. Il est certain que saint Paul cite ordinairement l’Évangile selon saint Luc. Comparer : (1 Corinthiens 11.23-25 Luc 22.18-20) et (1 Corinthiens 15.5 Luc 24.34) ; mais saint Luc ne dit nulle part qu’il ait été aidé par saint Paul. Il adresse l’Évangile et les Actes à un nommé Théophile, que nous ne connaissons point ; et plusieurs anciens même ont pris ce nom dans un sens appellatif, pour un homme qui aime Dieu. Les Marcionites ne recevaient que le seul Évangile de saint Luc, et encore le tronquaient-ils en plusieurs endroits, comme l’ont remarqué Tertullien et saint Épiphane.

Quant aux Actes des Apôtres, nous en avons déjà parlé ailleurs, sous l’article des actes. Le style de saint Luc est plus pur que celui des autres Évangélistes : mais on ne laisse pas d’y remarquer plusieurs expressions propres aux Juifs hellénistes, plusieurs traits qui tiennent du génie de la langue syriaque, et même de la langue latine, au jugement de Grotius. On peut voir M. de Tillemont pour la vie de saint Luc, et notre préface sur son Évangile, et sur les Actes des Apôtres.

Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com

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Dictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)

Compagnon de saint Paul, considéré par la tradition unanime de l’antiquité chrétienne comme l’auteur du 3e Évangile et du livre des Actes des Apôtres.

1. Le nom de Luc

Sa forme grecque dans le Nouveau Testament, Loukâs, était très rare chez les anciens ; on l’a trouvée dans quelques inscriptions chrétiennes et saint Augustin nomme aussi un Lucas (Épître, 179, 1), mais c’est à peine si l’on connaît aujourd’hui deux ou trois inscriptions faisant foi de l’emploi de ce nom antérieurement à saint Luc (VGT, p. 381). Loukâs est selon toute apparence un diminutif à nuance familière, l’abréviation d’un nom de composition plus classique (comparez Silas = Silouanos ou Silvain, Épaphras =Épaphrodite, Nymphas = Nymphodore, Démas = Démétrius, etc.). Mais son origine est encore obscure. On y voit généralement un abrégé de Loukanos (qui depuis la seconde moitié du 1er siècle supplanta peu à peu l’orthographe ancienne : Leukanos), transcription grecque du latin Lucanus Ce nom bien connu, qu’illustra le poète Lucain, neveu de Sénèque et contemporain de Néron, peut désigner un Lucanien, originaire de la province du sud de l’Italie appelée Lucanie, mais ce n’est pas une raison pour attribuer (comme Godet) cette origine à Luc : Lucain lui-même venait d’Andalousie. La forme Lucanus est employée par plusieurs manuscrits de la Vieille Version Latine dans le titre du 3e Évangile : secundum Lucanum (signifiant : selon Lucanus), au lieu de la traduction habituelle : secundum Lucam ou de la formule grecque kata Loukân (signifiant : selon Luc) ; elle est gravée aussi sur le bas-relief d’un sarcophage d’Arles (Ve siècle), dont un moulage est au musée de Saint-Germain, et qui porte les quatre noms d’évangélistes : Matteus, Marcus, Lucanus (non Lucas), Ioannes

Ces divers textes apportent sans doute des présomptions à la dérivation Lucanus-Lucas, mais sans en fournir, à vrai dire, une preuve décisive : Lucas pourrait aussi provenir d’autres noms, tels que Lucius, Lucilius, ou même Lucianus, et des arguments nouveaux sont plus favorables au premier de ces trois, Lucius, qui est, plus exactement, un prénom latin, fort répandu, porté même par plusieurs personnages bibliques (voir Lucius). Rendel Harris et Preuschen ont récemment découvert, dans une catène arménienne, sorte d’anthologie commentée des Actes des Apôtres datant du IIe siècle, la mention du nom de l’auteur présumé : un des passages écrits dans tous les manuscrits à la première personne du pluriel (« fragments en : nous  » ; voir Actes des Apôtres) adopte ici la première personne du singulier, déterminée par un nom propre : « Mais [moi], Lucius, et ceux qui étaient avec moi, nous nous embarquâmes » ; même si cette leçon, absolument isolée dans tous les manuscrits connus, est sans autorité historique, elle fournit cependant un témoin à la forme du nom propre. Or, de son côté W. Ramsay a trouvé près d’Antioche de Pisidie, en 1911/1912, des inscriptions de l’époque romaine d’où il ressort que dans cette région les noms Loukâs et Loukios pouvaient alors être interchangeables. Leur équivalence ne suffit point, du reste, à justifier l’identification (proposée par Origène, etc.) de Luc avec l’un ou l’autre des deux Lucius du Nouveau Testament : l’un, sans doute, était de Cyrène (Actes 13.1), grande ville africaine qui possédait une bonne école de médecine, mais si c’était Luc lui-même nous aurions une phrase à la première personne dès le verset 2 : « Pendant que nous célébrions le culte du Seigneur et que nous jeûnions, le Saint-Esprit nous dit…  » ; l’autre, parent de saint Paul (Romains 16.21), était évidemment juif, alors que Luc, comme on le verra, était grec. Au IVe siècle, les Constitutions Apostoliques (VI, 18.5) distinguent nettement de ces deux Lucius Luc l’évangéliste. Les inscriptions signalées par Ramsay laissent d’ailleurs une incertitude : si le personnage qu’elles appellent tantôt Loukios tantôt Loukâs était oriental ou grec, c’est un nom grec qu’il portait, sous sa forme officielle et sous sa forme intime ; mais s’il était citoyen de Rome, il portait le prénom romain officiel ainsi que sa forme abrégée. Cette deuxième conclusion tendrait à confirmer l’hypothèse souvent soutenue d’après laquelle Luc aurait été affranchi, peut-être grâce à son protecteur Théophile (voir ce mot).

En effet, les noms propres gréco-latins en âs (désinence contractée) étaient souvent donnés à des esclaves et des affranchis, dont un grand nombre sous l’empire durent leur affranchissement à leurs connaissances médicales : tels les médecins particuliers de Jules César et d’Auguste ; César avait même fait citoyens romains tous les médecins de Rome. Ce sont autant d’étroites analogies pour appuyer la possibilité que Luc le médecin eût ainsi obtenu la liberté civile avec la dignité civique ; cette vraisemblable conjecture est même indépendante de la dérivation controversée du nom d’affranchi, puisque l’appellation Lucanus est un nom romain aussi caractéristique que le prénom Lucius.

2. Luc dans les épîtres

Luc est nommé trois fois dans le Nouveau Testament, et il est à remarquer que c’est dans les trois passages où saint Paul parle aussi de Marc (voir ce mot, paragraphe 6, 7) ; ainsi se trouvent rapprochés les deux disciples non apôtres en qui la tradition chrétienne a reconnu des évangélistes. Dans Colossiens 4.14 et Philémon 1.24, deux épîtres écrites au même moment, soit déjà dans la prison de Césarée (voir Colossiens, III), soit plutôt (comme nous le croyons) pendant la première captivité de Rome, le grand apôtre présente Luc d’abord avec sa qualité : « le médecin », puis comme un ami qui lui est très cher : « le bien-aimé », ensuite comme un de ses « compagnons d’œuvre » (grec sunergoï, terme appliqué aussi à Marc, Aristarque et Démas dans Philémon 1.24, comme à Marc, Aristarque et Jésus Justus dans Colossiens 4.11, traduction  : qui travaillent avec moi), et ceux-ci envoient avec Paul leurs salutations aux destinataires des deux épîtres adressées en même temps à la communauté de Colosses et au frère qui la reçoit chez lui, Philémon. Au cours de sa seconde captivité de Rome (voir Pastorales), Paul a de nouveau Luc auprès de lui, mais alors c’est son seul compagnon (2 Timothée 4.11), plusieurs autres étant en mission au loin ; quant à Démas, qui se trouvait avec Luc parmi les compagnons d’œuvre dans les circonstances précédentes (Colossiens 4.14 ; Philémon 1.24), il a finalement abandonné l’apôtre et déserté l’évangélisation (2 Timothée 4.10).

De la remarque de Paul sur les trois « seuls » compagnons de travail « circoncis », c’est-à-dire Juifs d’origine (Colossiens 4.11), il s’ensuit que Luc nommé 3 versets plus loin était d’origine païenne. Il est loisible de supposer, mais rien ne permet d’affirmer qu’il ait d’abord été prosélyte de la synagogue avant de devenir chrétien : un esprit cultivé, comme un médecin et comme l’auteur du 3e Évangile et des Actes, ne devait avoir aucune peine à se familiariser avec les coutumes et les Écritures d’Israël, une fois converti au christianisme qui s’édifiait sur la base de la religion de l’Ancien Testament ; de plus, un compagnon de Paul était bien placé pour apprendre à bientôt connaître la perspective entre les deux alliances. En tout cas, issu du paganisme, Luc ne doit donc pas être identifié, comme divers auteurs anciens et modernes l’ont cru, avec des personnages de race juive : il ne peut avoir été l’un des 70 (ou des 72) disciples dont Luc (Luc 10) est seul à mentionner la mission (Idée fausse qui, sans doute, a fait choisir la péricope Luc 10.1 et suivants pour l’Évangile du jour de saint Luc évangéliste, dans le paroissien romain et dans le Prayer-Book anglais) ; ni le compagnon anonyme de Cléopas (voir ce mot) dans le tableau si vivant conservé seulement par Luc (Luc 24.13 ; Luc 24.35), mais qui dépeint clairement en ces deux hommes deux fidèles Juifs (Luc 24.27-32) ; ni le disciple Silas, l’un des judéo-chrétiens de Palestine les plus en vue (Actes 15.22), et qui aurait raconté, par exemple, dans ce chapitre 15, le Synode de Jérusalem à la première personne, s’il n’était autre que Luc lui-même. D’ailleurs, une fois que nous aurons admis en Luc le traditionnel auteur du 3e Évangile, le soin qu’il met dans sa préface à se distinguer des « témoins oculaires » du ministère du Seigneur (Luc 1.1 et suivants) exclut toute possibilité de le retrouver dans les Évangiles, non seulement parmi les Israélites précités, mais aussi bien parmi les prosélytes grecs qui obtinrent de Philippe et d’André d’être amenés à Jésus (Jean 12.30 et suivant). C’est pourquoi l’on ne saurait trouver de « passages-nous » dans l’Évangile de Luc : en définitive, Luc appartient à la seconde génération chrétienne et non à la première ; il fut disciple, non de Jésus, mais de saint Paul.

3. Luc dans le livre des Actes

C’est précisément en compagnon du grand missionnaire qu’il apparaît aussi, mais sans se nommer, dans le livre des Actes. Le constant témoignage des premiers siècles le désigne comme l’auteur de cet ouvrage d’histoire par lequel se continue son Évangile. Même les critiques qui croient devoir distinguer entre un rédacteur final inconnu, ami de Théophile, et l’auteur de la plus importante de ses sources, reconnaissent généralement en celle-ci, en tout cas, l’œuvre de Luc, récit des missions de Paul, dont il avait été témoin et qu’il relate donc en disant : « nous » (voir Actes des Apôtres, sources… ). Où donc et comment se trouvent répartis ces passages écrits à la première personne du pluriel, qui vont nous renseigner sur quelques-unes des époques les plus importantes de la carrière de Luc ? Si l’on fait abstraction d’une variante du texte dit béta (Codex de Bèze, divers manuscrits latin, etc.) dans Actes 11.28 : « comme nous étions réunis, l’un d’eux, nommé Agabus, se leva, etc. », ce qui révélerait en l’auteur un membre de l’Église d’Antioche, — erreur manifeste au milieu d’un tableau strictement impersonnel « des disciples » de cette ville (verset 26-39), — les fragments à la tournure « nous » interrompent au moins trois fois la narration générale à la troisième personne :

  1. à l’aller du second voyage, de Troas à Philippes (Actes 16.10 ; Actes 16.17) ;
  2. au retour du troisième, de Philippes à Jérusalem (Actes 20.5-21.18) ;
  3. pendant tout le voyage du prisonnier, de Césarée à Rome (Actes 27.1-28.16).

L’attribution traditionnelle de ces passages à Luc se confirme par la contre-épreuve, quand on cherche si quelque autre compagnon de Paul, plus ou moins connu comme tel par ses épîtres, ne se serait pas trouvé avec lui, plutôt que Luc, au cours de ces trois périodes : ce ne pourrait être Silas, car en ce cas il aurait écrit « nous » en d’autres longs morceaux (Actes 15 etc.) ; ni Timothée, car dans Actes 20.4 il était séparé du compagnon qui écrit « nous » ; ni Épaphrodite, car étant délégué vers Paul prisonnier à Rome (Philippiens 2.25) il n’avait pas fait avec lui le voyage de Actes 27 ; ni Tite, car, bien que passé sous silence dans les Actes, il occupa auprès de l’apôtre une place si notoire (cf. Galates 2.1 et suivant, 2 Corinthiens 2.13 ; 2 Corinthiens 7.6 ; 2 Corinthiens 7.13 ; 2 Corinthiens 8.6 ; 2 Corinthiens 8.23 ; 2 Corinthiens 12.18 Tite 1.4 etc. Voir Tite) que ses mémoires (s’il en avait écrit) n’auraient jamais pu dans l’Église être mis à l’actif d’un disciple plus obscur ; bref, pour que la tradition se soit décidément attachée, dans les milieux chrétiens, à un personnage de second plan comme Luc, c’est visiblement parce qu’il est en effet à l’origine de l’ouvrage.

En suivant donc les informations si précieuses de son journal de voyage fragmentaire complétées de leurs dates approximatives (voir Chronologie du Nouveau Testament, II, 3), on s’aperçoit de la présence de Luc :

  • D’abord aux côtés de Paul à Troas, au moment où sa seconde mission (fin de l’an 46), hésitante depuis la Phrygie, reçoit de l’appel du Macédonien une direction imprévue et tenue pour contraignante : (Actes 16.9 et suivant) Luc partage avec Paul la conviction que cet appel vient de Dieu ; il entre dans la petite troupe des évangélistes et raconte en témoin oculaire : la traversée jusqu’en Macédoine, l’arrivée à Philippes, la réunion des femmes, la réception de Lydie, l’importunité de la pauvre esclave que l’apôtre guérit ; puis, lorsque, sur la plainte des maîtres, Paul et Silas sont emprisonnés, Luc n’est pas englobé dans les mauvais traitements (Luc 16.19 et suivants) ; il semble être demeuré à Philippes, car il n’est plus question de lui pendant le reste du voyage, ni même pendant la plus grande partie du suivant (séjour de 3 ans de Paul à Éphèse, visite en Macédoine, 3 mois en Grèce).
  • Mais c’est encore à Philippes qu’on le retrouve, appartenant de nouveau à l’escorte missionnaire, au retour de ce troisième voyage (printemps 56), dont Luc décrit en témoin les émouvantes étapes, dominées par de sombres pressentiments : Troas, Milet (cependant, pas de pronom « nous » dans Actes 20.16 ; Actes 20.38), Tyr, Ptolémaïs, Césarée, Jérusalem, chez Mnason puis chez Jacques (Actes 21.18). Il est facile d’admettre qu’à ce point critique Luc n’ait pu suivre de près les troubles au temple juif, l’arrestation de Paul, ses comparutions successives et sa captivité de 2 ans à Césarée.
  • Mais ses notes de voyage reparaissent sitôt qu’est décidé le transfèrement du prisonnier devant le tribunal de César (Actes 27.1), et elles en rapportent avec une précision exceptionnelle les incidents mouvementés, difficultés de navigation, naufrage, hivernage a Malte, escales successives jusqu’à l’installation de Paul à Rome (Actes 28.16).
  • La plupart de ces renseignements historiques sur Luc se placent donc chronologiquement avant ceux que nous ont fournis les épîtres (ci-dessus, paragraphe 2) ; même, ils s’y placent tous si les épîtres aux Colossiens et à Philémon ont été écrites seulement pendant la captivité de Rome et non pas déjà pendant celle de Césarée. Durant les deux années d’immobilisation de l’apôtre à Césarée, il était facile à un de ses compagnons jouissant comme Luc d’une pleine liberté, de se documenter dans cette ville, à Jérusalem et dans le reste de la Palestine, en vue de l’ouvrage en deux volumes, Évangile du Seigneur et actes de ses apôtres, que l’auteur devait présenter à Théophile comme le résultat d’une minutieuse enquête (Luc 1.1 ; Luc 1.4). Lorsqu’on accepte ainsi la conviction de l’antiquité chrétienne quant à la composition de ces deux livres par Luc le médecin (voir Évangiles synoptiques, IV, 1, 2°, B), leurs caractères de forme et de fond fournissent de nouvelles indications sur la personne de l’auteur, en qui l’on voit un écrivain de race, de formation gréco-romaine et plus particulièrement grecque, qui ordonne tous ses récits en fonction de l’évangélisation de l’Empire, s’intéresse personnellement aux malades, aux malheureux, aux faibles, et subit la forte empreinte de la personnalité de saint Paul, sans toujours se rendre un compte très exact, semble-t-il, de l’immense portée révolutionnaire du paulinisme, mais sans jamais se départir d’un caractère égal et conciliant, plus désireux d’arrondir les angles que de les accuser (voir Luc [Évangile de]).

    4. L’origine de Luc

    Quant à son pays d’origine, ses deux brusques apparitions dans les Actes, avec le pronom « nous », ne pourraient-elles pas mettre le lecteur sur la voie ? La première fois, il surgit à propos de l’appel du Macédonien et se rend avec Paul à Philippes, où il demeure quand Paul repart ; la seconde fois, Paul se retrouve avec lui à Philippes ; sa façon de définir celle-ci dans sa narration : « la première ville du district de Macédoine » (Actes 16.12), prend évidemment position pour Philippes contre les cités voisines, Amphipolis et Thessalonique, qui lui disputaient alors le titre de « première » ; en ajoutant : « et une colonie romaine » (précision unique dans les Actes, alors qu’elle eût été aussi légitime pour Antioche de Pisidie, Lystre, Corinthe, etc.), ne trahirait-il pas une certaine fibre, pour ne pas dire fierté, patriotique ? On note encore, dans Actes 16.13, avec l’incertitude d’un ancien païen non initié aux pratiques juives : « nous pensions qu’on s’y rassemblait pour la prière », la connaissance des lieux qui amène pourtant les visiteurs juste au bon endroit. C’est pourquoi Renan déjà supposait Luc originaire de Philippes. Il aurait donc été macédonien. D’où l’ingénieuse hypothèse de Ramsay (St. Paul the Traveller, pages 200ss), qui peut se concevoir ainsi : on sait que saint Paul, au cours de ses voyages, était quelquefois malade ; (cf. Galates 4.13 ; 2 Corinthiens 12.7) en arrivant à Troas au terme d’un itinéraire mouvementé à travers les hauts-plateaux anatoliens, il consulte un médecin, Luc : esprit ouvert, cœur sympathique, celui-ci, gagné d’emblée au message apostolique du nouveau venu (en admettant qu’il ne fût pas déjà chrétien), souhaite et demande ce message pour son pays de Macédoine ; ses suggestions finissent par se dresser dans un songe de l’apôtre, sous les traits d’« un certain homme macédonien » (grec anêr Ma-kédôn tis) qui l’appelle au secours, et que Paul reconnaît pour tel… parce qu’il le connaît : c’est Luc, dont il rêve parce que Dieu confirme ainsi Lui-même l’appel de l’homme (la Pechitto dit ici : « Passe en Macédoine et viens me secourir ! »). Voilà le signe attendu des directions de son Esprit ! Conséquence : « Aussitôt après cette vision de Paul, nous cherchâmes (le premier nous de Luc) à partir pour la Macédoine, convaincus que Dieu nous appelait à y prêcher l’Évangile » (Actes 16.10). Cette hypothèse de Ramsay est tenue pour improbable dans l’article Paul [ses voyages], paragraphe III

    Sans doute, l’origine macédonienne de Luc est contredite par une très vieille et générale tradition qui le rattachait à Antioche de Syrie. Une sorte de biographie apocryphe (vers 225), annexée à divers manuscrits latin de l’Évangile de Luc le dit : Syrien d’Antioche. Pourtant, Eusèbe (Mort en 340) n’est pas très explicite : « Luc étant par sa famille [plutôt que : par sa naissance ; grec génos] de ceux qui sont d’Antioche » (Histoire ecclésiastique, III, 4.6). Cela « ne dit pas expressément qu’il y fût né, mais du moins qu’il y avait les droits et les devoirs résultant de l’origine » (Lagrange, Comment. Luc, p. XIII). Plus tard Jérôme (Mort en 420) dit : « Luc le médecin d’Antioche » (De vir. M., 7), et Isidore de Séville (Mort en 636) : « Luc, Syrien antiochien de nationalité, médecin de profession, etc. » (De vita et ob. sanct., 82). Mais cette tradition est à peu près abandonnée aujourd’hui, comme provenant vraisemblablement de la confusion entre Luc et le Lucius prosélyte d’Antioche (Actes 13.1), peut-être aussi d’une confusion entre le Théophile patron de Luc et l’évêque Théophile d’Antioche (Mort en 182). Quant à la connaissance que l’auteur des Actes aurait d’Antioche (Actes 11 ; Actes 13 ; Actes 15), loin d’être assez particulière pour révéler en lui un Antiochien, elle passe au contraire aux yeux des critiques pour une information de seconde main, de valeur moindre que celle des morceaux écrits à la première personne. De même l’argument que Luc aurait fait ses études médicales à Tarse, parce que la cité natale de l’apôtre possédait une école de médecine célèbre, pour intéressant qu’il puisse être, n’a pas de force probante : la science médicale était alors fort en honneur en bien des cités de culture hellénique.

    Un certain nombre de critiques, enfin, ont cru retrouver Luc dans l’un des deux « frères » que saint Paul délégua de Macédoine, avec Tite, auprès des Corinthiens, pour terminer la collecte destinée à l’Église de Jérusalem (2 Corinthiens 8.18-22). Il semble que les noms de ces deux hommes de confiance aient dû être exprimés par l’apôtre, et l’on se demande pour quel motif ils auraient pu disparaître dans les copies ultérieures de l’épître ; certains auteurs supposent qu’ils auraient démérité dans la suite (Bible du Centenaire). Une hypothèse désobligeante de cette nature n’est pourtant par contraignante dans l’état actuel de la question. Déjà Chrysostome et Jérôme voyaient Luc dans « le frère dont l’éloge est répandu dans les églises à cause de ce qu’il a fait pour l’Évangile » (verset 18). Il ne faut pas, toutefois, faire de ces derniers mots une allusion à la rédaction par Luc du 3e Évangile, allusion impossible dans une lettre écrite vers 55/56, longtemps avant les Évangiles ; c’est cette insoutenable interprétation qui s’est glissée dans le paroissien romain, où l’épître pour l’office de saint Luc évangéliste (18 octobre) modifie le texte de Paul par les termes que nous reproduisons en italiques : « Nous avons envoyé aussi notre frère Luc, qui est devenu célèbre dans toutes les églises par l’Évangile qu’il a publié  » (voir Évangile, pour les deux significations de ce mot). Indépendamment de cette explication singulièrement inexacte, il n’est nullement impossible que les compagnons de l’apôtre au retour du troisième voyage étant les délégués des diverses églises, porteurs de leurs contributions respectives (cf. 2 Corinthiens 8.18 et Actes 20.4 et suivants), Luc ait été l’un d’eux (voir le « nous » d’Actes 20.5 et suivant), ayant à son actif son témoignage de pagano-chrétien à l’Évangile, peut-être de beaux services de médecin chrétien, et sa collaboration avec l’apôtre des païens. Ceci viendrait appuyer son origine macédonienne, qui ne pouvait que renforcer son autorité de délégué d’une Église de Macédoine. Les anciens commentateurs qui conjecturaient Luc dans le premier de ces deux auxiliaires pensaient volontiers à Apollos pour le second ; mais Calvin préfère voir Luc dans ce second, considérant que le premier devait être Barnabas. Au reste, comme toujours en pareil cas, nombreuses ont été les suggestions pour assigner des noms connus à ces deux anonymes. L’hypothèse la plus digne d’attention, au sujet de l’éventuelle allusion à Luc lui-même dans 2 Corinthiens 8.18, est celle qui prend au sens propre l’expression « le frère », et fait de Luc le propre frère de Tite nommé plus haut (verset 16 ; comparez aussi 2 Corinthiens 12.18, où il faut lire : « avec Tite j’ai envoyé le frère  » (signifiant : son frère ?), et non pas : « l’un de nos frères »). Cette étroite parenté entre Luc, auteur du livre des Actes, et Tite (voir ce mot), l’un des principaux disciples de saint Paul, contribuerait à rendre compte du silence total de ce livre, si étrange à l’égard d’un pareil collaborateur : l’écrivain aurait tu par modestie le nom et l’œuvre de son frère comme s’il s’agissait de lui-même ; cette hypothèse, qui paraît ne se heurter à aucune impossibilité absolue, est soutenue par quelques autorités (Souter, etc.).

    5. Légendes sur Luc

    Pour le surplus, tout est pure légende, souvent contradictoire. Épiphane fait prêcher Luc « en Dalmatie et en Gaule, en Italie et en Macédoine, mais tout d’abord en Gaule » (Adv. Hoer., II, 51.11). D’après Jérôme et une vieille biographie latine, il ne se serait jamais marié. Une tradition qui a joui d’une grande fortune, jusqu’à nos jours, le gratifie du don de la peinture : d’après le plus ancien témoignage connu, celui d’un certain Théodore le Lecteur, de Constantinople, daté suivant les historiens soit du VIIIe siècle soit, au plus tôt, du VIe, l’impératrice Eudoxie aurait envoyé à sa fille Pulchérie, épouse de Théodose II, un portrait (icône) de la « mère de Dieu » peint par « Luc l’apôtre » (Pères grecs, coll. Migne, 86.165) ; ce portrait aurait été porté à Venise en 1204, d’après une Histoire Ecclésiastique (2.43) de Nicéphore Calliste (XIVe siècle). En 980, le ménologe du pape Basile II attribue aussi à Luc le portrait de la Vierge Marie ; dans la chapelle Pauline de Sainte-Marie-Majeure, à Rome, on en montre un très ancien attribué de même à Luc ; un autre, de la chapelle Saint-Laurent, a été certifié authentique par le pape Grégoire IX (1234), etc. Pourtant, saint Augustin, qui connaissait bien la Palestine, ignorait tout de telles œuvres ; il avait nettement déclaré : « Nous ne connaissons pas le visage de la Vierge Marie » (De Trin., 8.5-7). C’est au figuré que Luc avait le droit de passer pour peintre, et en particulier pour l’auteur d’un portrait de la mère du Seigneur ; car il est bien vrai que nul mieux que le 3e évangéliste n’a dépeint la mère dans l’Évangile de l’enfance, ni le fils d’un bout à l’autre de sa carrière, et c’est aux tableaux si nombreux et si vivants des personnages, des scènes et des paraboles rédigées par saint Luc, que l’art chrétien doit les plus beaux trésors de son inspiration à travers les siècles. La vérité cachée dans cette tradition fausse se rapportait donc à la plume de l’évangéliste et non pas à son pinceau.

    Divers témoignages, tout aussi sujets à caution, font mourir Luc à 74 ans, à 80 ou à 94, en Béotie, en Bithynie, en Achaïe, à Constantinople, etc. Une énumération oratoire de Grégoire de Nazianze semble en faire un martyr, mais le sens en est douteux. D’après Jérôme, ses restes auraient été transférés à Constantinople. On montre dans l’église de Sainte-Justine à Padoue son prétendu sarcophage, soi-disant rapporté de Constantinople.

    Jean Laroche

    Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com

    L’article dans Westphal