Dictionnaires bibliques
Jacques
Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Jacques », un article après l’autre.
Dictionnaire de la Bible (Bost)
Outre le frère de Jésus (Matthieu 13.55), le Nouveau Testament nous fait connaître, au sein de l’Église apostolique, trois hommes de ce nom, savoir : Jacques frère de Jean et fils de Zébédée, bientôt décapité (Actes 12.2) ; Jacques, fils d’Alphée, sur la vie duquel nous n’avons aucun détail ; et Jacques, frère du Seigneur (Galates 1.19), le conducteur de l’Église de Jérusalem, et le chef de la portion encore judaïsante de cette Église. Plusieurs théologiens regardent ces deux derniers comme identiques, d’autres les distinguent (Sardinoux) ; d’autres regardent le Jacques frère du Seigneur, comme son cousin, et par conséquent distinct encore du Jacques de Matthieu 13.55. Sans entrer dans un examen approfondi de cette question, que j’ai fini par trouver insoluble à force de l’avoir examinée, il convient de dire au moins quelles sont les raisons qui paraissent établir plutôt leur identité. Luc, dans son Évangile et dans les Actes, distingue toujours Jacques fils d’Alphée, de Jacques fils de Zébédée, jusqu’à la mort de ce dernier ; mais depuis lors (Actes 12.2), il ne se sert plus que de la simple dénomination de Jacques. Il paraît donc que depuis la mort du fils de Zébédée il ne resta plus dans l’Église qu’un seul Jacques assez distingué, et il est peu probable que ce seul Jacques ait été le troisième, le frère du Seigneur, car on ne saurait alors ce que serait devenu Jacques fils d’Alphée ; on se verrait obligé de construire un édifice d’hypothèses comme De Wette qui fait mourir le fils d’Alphée subitement, et sans que les auteurs sacrés en disent rien, et qui élève rapidement au plus haut degré d’estime dans l’Église apostolique, le frère du Seigneur jusqu’alors inconnu. Luc n’est pas le seul non plus qui, depuis la mort du fils de Zébédée, semble ne reconnaître qu’un seul Jacques dans l’Église (voir 1 Corinthiens 15.7 ; Galates 2.9-12 ; Jude 1.1). Le passage de Galates 1.19, semble contredire cette manière de voir, et établir l’existence d’un troisième Jacques, différent du fils d’Alphée et de celui de Zébédée, d’un Jacques frère germain de Jésus. Mais ce seul passage ne saurait suffire, et il s’explique assez facilement sans cela. Paul parle d’un temps où le fils de Zébédée était encore en vie ; en nommant Jacques il était donc obligé de dire duquel il voulait parler, et il donne au fils d’Alphée le nom de frère du Seigneur, parce que sa relation avec Jésus était alors une marque plus caractéristique et plus connue, d’autant plus qu’Alphée était un homme obscur (c’est pour la même raison que le fils de Zébédée est quelquefois appelé le frère de Jean). Reste à savoir pourquoi Jacques est appelé le frère du Seigneur s’il n’était que son cousin ; et ici la difficulté est réelle ; car, quoiqu’on puisse dire et même prouver que le mot frère s’employait quelquefois pour désigner une parenté collatérale plus éloignée (Genèse 13.8 ; 29.15), cependant la chose n’était point passée en loi, ni même en usage, et dans le cas particulier, comme il est constant que Jésus avait non seulement des cousins, mais des frères de mère (cf. Matthieu 13.55), Jacques était peut-être l’un d’entre eux, et il serait possible que celui qui est mentionné (Galates 1.19), comme une des colonnes de l’Église, et qui par conséquent se retrouve partout comme seul Jacques depuis la mort du fils de Zébédée, fût le même que Matthieu 13.55 ; la chose est possible en elle-même, mais elle n’est que cela, et il faudrait prouver qu’elle est sûre, il faudrait lever l’invraisemblance qu’il y a dans l’apparition subite d’un nouveau Jacques, accompagnée de la disparition également subite du fils d’Alphée. Ajoutons que dans ce passage (Galates 1.19 ; cf. Actes 9.27), Jacques est appelé apôtre, et que nous ne voyons nulle part qu’un Jacques, frère de Jésus, ait été élevé à cette dignité, jusqu’à être mis au même rang que Pierre. Nous nous en tenons donc à l’opinion généralement reçue qui pense qu’il n’y a eu que deux Jacques.
1°. Jacques, fils de Zébédée et de Salomé, surnommé le Majeur, frère de Jean l’évangéliste, raccommodait ses filets sur les bords du lac de Génésareth, lorsqu’il entendit l’appel de Jésus, auquel il obéit sans hésitation (Matthieu 4.21 ; 10.2 ; Marc 1.19-3.17 ; Luc 5.9 ; 6.14). Il fut toujours un des trois plus intimes confidents du Seigneur, malgré l’orgueil et l’intolérance qui signalèrent par deux fois ses premiers pas dans la carrière évangélique (Matthieu 20.20 ; Luc 9.54). On le trouve auprès de son maître à la guérison de la belle-mère de Pierre, dans la maison de Jaïrus, sur le mont Thabor, sur la colline où Jésus annonce la ruine de Jérusalem et les signes des derniers temps, en Gethsémané, lors de la réintégration de saint Pierre, et enfin à Jérusalem après l’ascension (Marc 1.29 ; 5.37 ; 9.2 ; 10.35 ; 13.3 ; 14.33 ; Jean 21.2 ; Actes 1.13). Décapité par l’ordre d’Hérode Agrippa (44 ans après Jésus-Christ), il mourut à Jérusalem, après avoir porté la prédication de l’Évangile, si l’on en croit une tradition peu probable, en Espagne et jusqu’en Angleterre. Jésus l’avait surnommé Boanergès.
2°. Jacques le Mineur, fils d’Alphée et de Marie sœur de la mère de Jésus, succéda au précédent comme conducteur de l’Église de Jérusalem (Matthieu 10.3 ; 13.55 ; 27.56). Les évangélistes ne donnent sur sa personne et sur son caractère aucun détail particulier. Ses rapports de parenté avec Jésus, ses convictions religieuses qui conservèrent autant que possible les formes du judaïsme, qui établirent le christianisme sur des bases qui n’étaient point hostiles ou directement opposées au précédent ordre de choses, enfin son caractère personnel et ses principes ascétiques, tout contribua à le rendre propre au rang élevé qu’il occupait dans Jérusalem et dans l’Église. Le chapitre 15 des Actes est celui qui nous fait le mieux connaître et comprendre son influence et son autorité (cf. 21.18), et la manière honorable dont en parle saint Paul (Galates 1.19 ; 2.9-12). Il paraît avoir été un homme non seulement ferme dans la foi, mais aussi irrépréhensible dans sa conduite à l’égard des Juifs incrédules. Selon Hégésippe, sa vie était celle d’un vrai Nazaréen ; il jouissait du privilège d’entrer à toute heure dans le temple, et il y passa beaucoup de temps en prières ferventes ; on l’avait surnommé le Juste, et le rempart de son peuple. Il vécut jusqu’à la ruine de la nation et de l’Église juive. Peu d’années avant que la guerre fatale éclatât, le souverain sacrificateur Ananus, sadducéen, profita de l’intervalle qui s’écoula entre la mort du gouverneur Festus et l’arrivée de son successeur Albinus, pour faire lapider l’apôtre. La majorité du peuple protesta contre cet acte de violence ; Albinus étant arrivé écrivit à Ananus une lettre de reproches et de menaces, et Agrippa le destitua de son pontificat. D’après Hégésippe, les pharisiens auraient aussi pris part à la mort du juste ; il raconte qu’on le précipita du haut du temple, que Jacques n’ayant pas été tué par la chute, on se mit à le lapider, et que pendant qu’il priait pour ses persécuteurs, un tanneur lui asséna sur la tête un coup qui mit fin à ses jours et à ses souffrances. C’était vers l’an 64. Eusèbe raconte sa mort d’une manière un peu différente. Beaucoup de Juifs, après le siège et la destruction de Jérusalem, attribuèrent cette catastrophe à la malédiction divine que le peuple avait attirée sur lui par le supplice de cet homme si saint et si respecté.
C’est probablement à ce Jacques, fils d’Alphée, que se rapporte le passage de 1 Corinthiens 15.7, où il est fait allusion à un fait que les évangélistes ne nous ont pas conservé.
3°. Jacques, un des frères de Jésus (Matthieu 13.55), complètement inconnu ; il s’est joint à l’Église après l’Ascension.
Épître de Jacques. Elle fut probablement écrite de Jérusalem par Jacques, le frère du Seigneur, vers l’année 61 ; elle est adressée à des judéo-chrétiens qui pouvaient être tentés de se laisser tomber dans le relâchement et dans le mépris des œuvres et de la loi ; on n’y trouve pas un plan proprement dit, mais une suite d’exhortations telles que les circonstances les demandaient, et telles que l’Esprit les lui inspirait.
Chapitre 1 : il est dirigé contre la faiblesse de foi, l’irrésolution en doctrine, la pusillanimité ; depuis le verset 19 l’auteur relève la nécessité d’une vie chrétienne.
Chapitre 2 : Après s’être élevé contre les privilèges que le cœur humain est trop facilement porté a accorder aux riches, Jacques reprend ce qu’il a déjà dit sur la nécessité de montrer sa foi par ses œuvres.
Chapitre 3 : Exhortations relatives à la tempérance de la langue.
Chapitre 4 : Contre la frivolité, la légèreté, l’esprit mondain, etc.
Chapitre 5 : Condamnation des richesses iniques, avertissements aux riches ; diverses autres exhortations.
Les sujets que traite cette épître sont importants à méditer, particulièrement en certaines époques. On peut dire, je crois, que Jacques ne suscitera jamais un réveil religieux, mais c’est surtout dans un temps de réveil religieux qu’il pourra exercer une grande et salutaire influence, parce que la foi étant le grand et vrai levier de tout réveil, comme elle est aussi le seul moyen de salut, on risque, à force de relever l’importance de la croyance, de la doctrine, d’oublier que la croyance seule n’est pas la foi, et que pour mériter ce nom elle doit être accompagnée de ce qui en constitue la réalité, c’est-à-dire des bonnes œuvres. Jacques ne diffère point de Paul sur ce point, ni Paul de Jacques ; l’un veut la foi et les œuvres, l’autre veut les œuvres et la foi, et chacun insiste sur celui des points de vue qui lui paraît le plus négligé dans les circonstances où il écrit, et le plus important à mettre en saillie.
Quant à l’authenticité de l’épître, elle a été attaquée par des hommes de couleurs bien différentes ; cependant De Wette lui-même, qui avait d’abord émis quelques doutes, les a complètement rétractés dans la deuxième édition de son Einleitung etc., p. 316 et suiv. Clément de Rome et Hermas, l’auteur du Berger, connaissaient déjà cette épître, et Irénée a fait une allusion à 2.23, en se servant d’expressions empruntées presque littéralement à cette épître ; Origène, Denys d’Alexandrie et Eusèbe la mentionnent également et l’attribuent à Jacques ; enfin une circonstance très favorable à l’authenticité de cette épître, c’est qu’elle se trouve déjà dans la Peschito, ce qui prouve que l’Église syrienne au deuxième siècle la connaissait et l’avait acceptée.
Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com
L’article dans BostDictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)
Jacques surnommé le majeur (1)
Ou l’aîné, pour le distinguer de saint Jacques le Mineur, ou le plus jeune ; il était frère de saint Jean l’Évangéliste (Matthieu 4.21), et fils de Zébédée et de Salomé. Il était de Bethzaïde en Galilée, et quitta toutes choses pour suivre Jésus-Christ. Sa mère Salomé, qui était une des femmes qui suivaient Jésus-Christ dans ses voyages, demanda un jour à Jésus-Christ, que Jacques et Jean, ses deux fils, fussent assis à sa droite, lorsqu’il serait dans son royaume. Mais le Fils de Dieu lui répondit que c’était au Père céleste à donner ces places d’honneur (Matthieu 20.21). Saint Jacques et saint Jean son frère faisaient le métier de pêcheurs avec Zébédée leur père, avant leur vocation ; ils ne quittèrent absolument leur profession que lorsque Jésus-Christ les appela, comme ils étaient dans leur barque occupés à raccommoder leurs filets (Marc 1.18-19). Ils furent témoins de la transfiguration du Sauveur (Matthieu 17.2) ; et un jour quelques Samaritains n’ayant pas voulu recevoir Jésus-Christ dans leur ville, Jacques et Jean lui demandèrent s’il voulait qu’ils fissent descendre le feu du ciel pour les consumer (Luc 9.54). On croit que c’est là ce qui leur fit donner le nom de Boanergès, ou fils du tonnerre. Mais Jésus-Christ réprima leur zèle, en leur disant qu’ils ne savaient pas l’esprit qui les animait, ou qui devait les animer.
Quelques jours après la résurrection du Sauveur, Jacques et Jean allèrent pécher dans la mer de Tibériade. Ils assistèrent à l’Ascension du Sauveur ; et on dit que saint Jacques prêcha à toutes les douze tribus d’Israël dispersées dans le monde. Mais cela n’est pas autrement certain. Son martyre est rapporté dans les Actes des Apôtres (Actes 12.1-2), en l’an 42 ou 44, de Jésus-Christ ; car la date n’est pas bien fixée. Hérode Agrippa, roi des Juifs, et petit-fils du Grand Hérode, le fit arrêter et le fit mourir par l’épée à Jérusalem, vers le temps de Pâque ; et voyant que sa mort avait fait plaisir aux Juifs, il arrêta aussi saint Pierre. Saint Clément d’Alexandrie raconte que celui qui avait mené saint Jacques devant les juges, fut si touché de sa fermeté à confesser Jésus-Christ, qu’il avoua qu’il était aussi chrétien, et qu’il fut condamné comme lui à avoir la tête tranchée. Comme ils allaient ensemble au supplice, cet homme demanda pardon à saint Jacques ; celui-ci délibéra un peu s’il devait traiter comme frère un homme qui n’avait pas encore reçu le sacrement de Jésus-Christ. Mais aussitôt il l’embrassa et lui dit : la paix soit avec vous. Ils eurent ensuite tous deux la tête tranchée.
Les Grecs font sa fête le 30 d’avril, et les Latins le 25 de juillet. Saint Épiphane dit que saint Jacques conserva une virginité perpétuelle, aussi bien que saint Jean, son frère ; qu’ils ne se faisaient jamais couper les cheveux, qu’ils ne se baignaient jamais, qu’ils ne portaient qu’une simple tunique et un seul manteau de lin, et ne mangeaient jamais ni poisson, ni viande. Les Espagnols prétendent que ce saint est le premier Apôtre de leur pays, et que son corps y fut apporté peu de temps après sa mort. De quoi ils ne donnent pas de fort bonnes preuves. Il est certain que dès le neuvième siècle ses reliques étaient fort célèbres et fort révérées dans ce pays-là.
Jacques le mineur (2)
Surnommé le frère du Seigneur(Galates 1.19), et évêque de Jérusalem, était fils de Cléophas, autrement Alphée ; et de Marie, sœur de la très-sainte Vierge, ainsi il était cousin germain de Jésus-Christ selon la chair. Sa sainteté admirable et sa pureté de vie lui firent donner le surnom de Juste. On dit qu’il était prêtre du Seigneur, et qu’il observait les lois du Nazaréat dès le ventre de sa mère, ne buvant ni vin, ni rien qui puisse enivrer ; il ne faisait jamais raser ses cheveux, ne mangeait de rien qui eût eu vie, ne se servait ni de bain, ni d’huile pour se frotter, ne portait point de sandales, ne portait jamais d’habits de laine, mais un simple manteau de lin et une tunique de même matière. Il se prosternait si souvent en terre pour faire oraison, que son front et ses genoux s’étaient endurcis comme la peau d’un chameau. Il obtint un jour de la pluie par ses prières, étendant les mains au ciel pendant une grande sécheresse. Le souverain respect que sa vertu lui avait acquis, lui mérita, dit-on, un privilège fort extraordinaire, qui est qu’il pouvait entrer quand il voulait dans le lieu saint du temple de Jérusalem. Saint Jérôme assure que les Juifs faisaient une telle estime de saint Jacques, qu’ils s’efforçaient à l’envi de toucher le bord de sa robe. Le Talmud des Juifs rapporte plusieurs miracles opérés par Jacques disciple de Jésus le charpentier. Entre autres qu’ayant été appelé pour guérir un Juif nommé Eligazar, qui avait été mordu d’un serpent, un rabbin prétendit qu’il ne devait point se laisser guérir au nom de Jésus-Christ. Pendant qu’on délibérait sur cela, Eligazar mourut, au grand contentement des Juifs endurcis, qui préféraient la mort à la santé procurée par le nom de Jésus-Christ.
Le Sauveur apparut à saint Jacques le Mineur huit jours après sa résurrection (1 Corinthiens 15.7), et lui communiqua le don de science. Et en montant au ciel, il lui confia son trône sur la terre, et lui recommanda son Épouse, l’Église de Jérusalem. Il fut donc dès lors désigné évêque de cette Église ; mais il n’en fit proprement les fonctions que depuis que les apôtres lui eurent déféré cet honneur, soit par une élection, soit par une déférence de respect et d’estime. On assure que pour marque de son épiscopat, il portait sur son front une lame d’or, apparemment avec l’empreinte du nom de Dieu, à l’imitation des grands prêtres des Juifs. Saint Jacques était à Jérusalem, et y était considéré comme une des principales colonnes de l’Église, lorsque saint Paul y vint pour la première fois après sa conversion (Galates 1.18), l’an 37 de Jésus-Christ ; et au concile de Jérusalem tenu l’an 51, saint Jacques, comme évêque de la ville, opina le dernier (Actes 15.12-13) ; et le résultat du concile fut principalement formé sur ce que dit saint Jacques qui, quoiqu’il observât les cérémonies de la loi, et qu’il les fit observer dans son Église, fut d’avis qu’on ne devait point imposer un tel joug aux fidèles convertis du judaïsme [Il y a dans ces dernières lignes plusieurs erreurs ; j’en vais relever deux. La moins importante est en ceci, que saint Jacques fut d’avis qu’on ne devait point imposer le joug de la loi cérémonielle aux fidèles convertis du judaïsme ; car, au contraire, c’étaient les pharisiens, fidèles convertis du judaïsme, qui prétendaient que les fidèles convertis du paganisme devaient observer cette loi, que les Juifs convertis, pharisiens ou non, saint Jacques lui-même, continuaient d’observer. De là, à Antioche, une dispute par suite de laquelle fut assemblé le concile de Jérusalem. Ainsi l’auteur aurait dû écrire : convertis du paganisme, au lieu de : convertis du judaïsme. La seconde erreur provient d’un préjugé plutôt que d’un défaut d’attention ; elle, consiste en ce que l’auteur prétend que saint Jacques, au concile de Jérusalem, opina le dernier. La question qui avait donné occasion à la tenue du concile était celle-ci : Les fidèles convertis du paganisme doivent-ils, pour être sauvés, se soumettre au joug de la loi cérémonielle ? d’abord un grand débat eut lieu dans l’assemblée ; mais l’historien ne nomme pas ceux qui y prirent part. Ensuite Pierre se leva et prononça un discours qu’il termina en décidant que les fidèles convertis du paganisme ne seront pas soumis à la loi cérémonielle, et seront néanmoins sauvés. Toute l’assemblée se tut, ne fit aucune observation et accepta la décision de Pierre. Après cela, Paul et Barnabé entretinrent l’assemblée des merveilles que, par eux, le Seigneur opérait parmi les païens ; et ce ne fut que quand ils eurent fini leurs récits que Jacques parla aussi. Alors, évidemment, la question soumise au concile était décidée ; c’en était plus une question. Donc il est inexact de dire que saint Jacques opina sur cette question. Si saint Jacques exposa son opinion, ce fut dans le débat qui précéda le discours et la décision de saint Pierre ; mais quel qu’ait été son avis, nous ne le connaissons pas. Et quand, la décision étant rendue, il prend la parole, c’est pour en proclamer la conformité avec les prophéties et déclarer formellement qu’il l’acceptait ; c’est ensuite pour dire à l’assemblée qu’il pensait utile de mander aux Gentils convertis de s’abstenir de certaines choses, non pas suivant la loi cérémonielle, maintenant déclarée abrogée, mais suivant une loi antérieure à Moïse et Seulement disciplinaire].
Le progrès que faisait l’Évangile ayant alarmé les principaux des Juifs, Ananus, fils du grand prêtre Anne, dont il est parlé dans l’Évangile, entreprit de faire mourir saint Jacques. Il prit pour cela le temps que Festus, gouverneur de la Judée, étant mort, et Albin son successeur n’étant pas encore arrivé, la province se trouvait sans gouverneur. Ananus et les principaux pharisiens ayant donc fait venir Jacques devant tout le monde (source : Eusèbe), lui dirent que le peuple était dans l’erreur à l’occasion de Jésus qu’il prenait pour le Christ, et que c’était à lui à le délivrer de cet égarement, puisque tout le monde était prêt à croire ce qu’il en dirait. On le fit monter sur une des galeries du temple, afin qu’il pût être ouï de la multitude, qui était assemblée de tous côtés pour la fête de Pâques. Lors donc qu’il fut monté, ils lui crièrent d’en bas : Dites-nous, homme juste, ce que nous devons croire de Jésus qui a été crucifié. Il répondit à haute voix : Jésus le Fils de l’homme, dont vous parlez, est maintenant assis à la droite de la Majesté souveraine comme Fils de Dieu, et doit venir un jour porté sur les nuées du ciel. À ces mots, un grand nombre de personnes rendirent gloire à Dieu, en criant hosanna ! Mais les docteurs et les pharisiens s’écrièrent : Quoi ! Le juste s’égare aussi ! Et montant au lieu où il était, ils le précipitèrent du haut du temple. Il ne mourut pas de sa chute, mais mettant les genoux en terre, il pria pour ses ennemis. Mais ceux-ci par ordre d’Ananus commencèrent à le lapider (Josèphe) ; enfin un foulon l’acheva en lui donnant sur la tête un grand coup du bâton, dont il se servait pour son métier.
Il fut enterré auprès du temple, au lieu même où il avait été martyrisé ; et on lui dressa au même endroit un monument qui fut fort célèbre jusqu’à la ruine de Jérusalem par les Romains. Les plus sages des Juifs désapprouvèrent fort le meurtre commis sur saint Jacques, et les emportements d’Ananus. Ils en firent de grandes plaintes à Agrippa et à Albin, gouverneur de la province ; celui-ci le menaça par ses lettres de punir sa témérité, et Agrippa le dépouilla du pontificat, qu’il n’avait exercé que trois mois. On cite même de Josèphe que l’on a imputé à la mort de cet homme si juste, la guerre que les Romains firent aux Juifs, et tous les malheurs qui leur arrivèrent dans la suite. Les anciens hérétiques ont supposé quelques écrits à saint Jacques, frère du Seigneur (Protoévangile). Mais l’Église ne reconnaît pour authentique que son Épître, qui est la première des sept canoniques. Elle est écrite à tous les Juifs convertis qui étaient dans toutes les parties du monde. Nous croyons qu’il l’écrivit assez peu de temps avant sa mort, arrivée en l’an 62. Il y combat principalement l’abus que plusieurs personnes faisaient du principe de saint Paul, qui dit que c’est la foi, et non les œuvres de la loi, qui nous rend justes devant Dieu. Saint Jacques y établit fortement la nécessité des bonnes œuvres. Quoiqu’il adresse son Épître aux Juifs dispersés, on croit qu’il l’écrivit en grec, parce qu’il y cite l’Écriture suivant la version des Septante d’ailleurs le grec était alors la langue commune de presque tout l’Orient [Dom Calmet n’a donné qu’une analyse du passage où Josèphe parle du crime commis sur la personne de saint Jacques, et il ne nomme pas Hégésippe, car Josèphe n’est pas le seul historien qui ait parlé de ce crime. Il ne dit rien non plus des successeurs de saint Jacques. Nous allons y suppléer par une page empruntée de Statler, Certitude de la religion révélée, n° 246.
« Josèphe, témoin contemporain et non suspect, dit-il, rapporte lui-même le meurtre de saint Jacques, qui eut lieu à Jérusalem. Albinus (nouvellement nommé par Néron gouverneur romain, à la place de Festus, étant encore en chemin, Ananas (grand prêtre de Jérusalem) convoque le conseil des juges, et après avoir fait amener devant lui le frère de Jésus-Christ nommé Jacques, ainsi que quelques autres coupables d’impiété, il les livra pour qu’on les lapidât, ce qui déplut beaucoup à tous les gens de bien et à tous les observateurs de la loi qui étaient dans la ville : aussi firent-ils prier le roi (Agrippa) par des envoyés secrets, d’enjoindre à Ananus de ne plus renouveler pareille chose dans la suite. Quelques-cris même, allant au-devant d’Albinus qui venait d’Alexandrie, lui apprirent qu’Ananus n’avait pu sans son consentement rassembler le conseil : sensible à ces paroles, Albinus écrivit avec colère au grand prêtre, le menaçant de le punir, et c’est pour cela que trois mois après, le roi Agrippa transféra à Jésus, fils de Damnée, la charge de grand prêtre dont il dépouilla Ananus. Ce passage est tellement lié avec le texte qui précède et qui suit, qu’aucun soupçon d’interpolation ne peut être élevé, à ce sujet. Eusèbe (Histoire Ecclésiastique, liv.11, chapitre 23) raconte le même fait d’après Hégésippe, écrivain ecclésiastique, qui florissant au temps des premiers successeurs des apôtres, c’est-à-dire vers l’an 120. Cet écrivain, juif de nation, dans cinq livres qu’il écrivit sur l’histoire ecclésiastique, réunit dans un style simple, depuis la passion de Jésus-Christ jusqu’à son époque, toutes les traditions apostoliques ; et, après avoir parcouru toutes les provinces, après être venu de Judée à Rome, il apprit par les évêques des Églises chrétiennes que la même foi dans les doctrines et dans les traditions apostoliques régnait partout.
Selon Eusèbe (Histoire 4.8-14, 22), et d’après le même Hégésippe, saint Jacques eut pour successeur à Jérusalem dans son épiscopat, saint Siméon, parent de Jésus-Christ et fils de Cléophas, frère de saint Joseph, qui gouverna cette Église pendant plus de quarante ans. Saint Siméon étant mort vers la centième année depuis Jésus-Christ, eut « Juste » pour successeur ; à celui-ci, environ vers l’an cent onze, succédèrent les uns après les autres, Zachée, Tobie, Benjamin 1er, Jean, Matthias, Benjamin II qui moururent tous dans l’espace de treize ans (Eusèbe, Chron. à l’ann. 112 ; Histoire 4.5). Ainsi, jusqu’à la dix-huitième année de l’empereur Adrien, qui dans cette année renversa Jérusalem de fond en comble, et en chassa tous les Juifs, les évêques juifs de nation, sont tous nommés dans Eusèbe sans interruption ; dans la suite, des hommes qui descendaient des Gentils leur ont succédé continuellement jusqu’au temps où vivait Eusèbe.
Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com
L’article dans CalmetDictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)
Plusieurs personnages du Nouveau Testament portent ce nom ; la question de l’identification ou de la distinction de quelques-uns d’entre eux a soulevé beaucoup de discussions, que nous ne pouvons qu’effleurer.
1.
Fils de Zébédée et de Salomé, apôtre. Appelé à suivre Jésus en même temps que son frère cadet Jean (Marc 1.19 et suivant) ; plus tard élu par Jésus au nombre des Douze (Marc 3.17 et parallèle). Le surnom de Boanerges (voir ce mot), « fils du tonnerre », désigne bien le caractère impétueux des deux frères, tel qu’il se montre dans l’épisode des Samaritains (Luc 9.52-56) et dans la requête des premières places dans le Royaume (Marc 10.35 ; Marc 10.40). Admis dans la plus grande intimité du Sauveur, Jacques, ainsi que Pierre et Jean, fut témoin de la résurrection de la fille de Jaïrus, de la transfiguration de Jésus et de son agonie en Gethsémané (Marc 5.37 ; Marc 9.2 ; Marc 14.33 et parallèles). Il fut le premier apôtre martyr, ayant été mis à mort par Hérode Agrippa Ier vers l’an 44 (Actes 12.2). La légende catholique a fait de lui l’apôtre de l’Espagne ; sanctuaire de Saint-Jacques-de-Compostelle (Galice), si célèbre au Moyen âge, et d’où les pèlerins rapportaient en souvenir des « coquilles de saint Jacques ».
2.
Fils d’Alphée, apôtre (Matthieu 10.3 ; Marc 3.18; Luc 6.15 ; Actes 1.13). On ne sait rien de lui, mais on l’identifie généralement avec Jacques, surnommé le Petit ou le Mineur (soit à cause de sa petite taille, soit pour le distinguer de J. fils de Zébédée), fils de Marie (Marc 15.40 ; Marc 16.3 ; Matthieu 27.56; Luc 24.30). On admet aussi que sa mère est la même que Marie (femme) de Cléopas ou, plus exactement, Clopas (Jean 19.25), Alphée et Clopas pouvant être deux formes rapprochées du même nom ; mais ceci demeure très discutable (voir Alphée, Clopas).
3.
« Le frère du Seigneur » (Galates 1.19). Il partagea d’abord l’incrédulité des frères de Jésus, dont il semble avoir été l’aîné (Marc 6.3) ; mais il fut gagné par une apparition du Ressuscité (1 Corinthiens 15.7). S’étant dès lors rattaché à la communauté des disciples, il devint avec le temps le chef considéré de l’Église de Jérusalem (Actes 12.17). L’apôtre Paul mentionne la visite qu’il lui fit trois ans après sa conversion (Galates 1.19). Au Synode de Jérusalem, Jacques joua un rôle prépondérant en présidant l’assemblée et en proposant la résolution qui fut adoptée (Actes 15.13-21). Dans cette occasion, Paul l’appelle une des « colonnes » de l’Église (Galates 2.9). Lors de son dernier voyage à Jérusalem, ce fut encore à Jacques et aux anciens que Paul remit le produit de la grande collecte des églises en pays païen (Actes 21.18 et suivant). Nous pensons que « le frère du Seigneur » est l’auteur de l’épître de Jacques (Jacques 1.1, cf. Jude 1.3) ; voir article suivant.
Jacques représente dans l’Église apostolique la tendance judéo-chrétienne, fidèle à la loi (Galates 2.12). La tradition postérieure (Hégésippe, IIe siècle) le décrit comme un homme d’une grande piété et ; d’un ascétisme austère, n’ayant jamais bu ni vin ni liqueur fermentée et ne se nourrissant que de légumes. On l’avait surnommé le Juste, et l’on disait qu’il restait de longues heures agenouillé dans le temple, priant Dieu pour les péchés de son peuple, tellement que la peau de ses genoux était devenue calleuse comme celle des chameaux.
Suivant l’historien Josèphe, pendant l’intervalle entre la mort du gouverneur Festus (Actes 24.27) et l’arrivée de son successeur Albinus, le grand-prêtre Hannah fit comparaître devant le Sanhédrin Jacques, « frère de Jésus, surnommé le Christ », et quelques autres, et, les ayant accusés de violer la Loi, les fit lapider (an 62). Selon Hégésippe, la mort de Jacques se placerait quelques années plus tard, vers 66. Ayant confessé publiquement que Jésus était le Messie, il fut précipité du haut du temple. Peu après, Vespasien commença le siège de Jérusalem, ce qui fut considéré comme une punition de ce crime.
L’exégèse catholique, à la suite de Jérôme, identifie l’apôtre Jacques, fils d’Alphée, et Jacques, frère du Seigneur ; il s’agirait alors d’un cousin de Jésus. Le Concile de Trente s’est formellement prononcé dans le même sens à propos du sacrement de l’extrême-onction, qu’il prétend trouver dans Jacques 5.14. Bien qu’en effet le passage déjà cité, Galates 1.19, ne permette pas de décider si « le frère du Seigneur » était, oui ou non, un apôtre, la très grave difficulté de la thèse catholique réside dans le fait que Jacques fils d’Alphée était un apôtre du vivant de Jésus, tandis que ses frères ne croyaient pas en lui (Marc 3.21 ; Marc 3.31-35 ; Jean 7.5). Voir Frères du Seigneur.
4.
Père de l’apôtre Jude (Luc 6.16 ; Actes 1.13). Inconnu. Le texte dit : « Jude de Jacques » : il faut donc suppléer le titre sous-entendu ; mais la traduction : « Jude, frère de Jacques », est improbable, et vise à l’identification des Jacques № et suivant 2, 3, 4 (voir Jude, 1). Th. L.
Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com
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