Dictionnaires bibliques
Hénoc
Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Hénoc », un article après l’autre.
Dictionnaire de la Bible (Bost)
1°. Le septième homme après Adam, descendant de ce patriarche à la sixième génération, fils de Jéred, père de Methushélah, vit ses jours abrégés sur la terre, et ne compta que trois cent soixante-cinq années, pendant lesquelles il marcha avec Dieu, puis il disparut, « parce que Dieu le prit » (Genèse 5.21-24). Un voile est jeté sur la nature de l’intime communion de cet homme pieux avec son Père céleste ; le chrétien seul peut comprendre ce que c’est que vivre avec Dieu, et il n’y a qu’un bien grand développement de la vie nouvelle, un développement extraordinaire, qui puisse en donner une idée exacte ; c’est la perfection dans la sainteté qui seule peut faire jouir de la communion parfaite. Un voile est également jeté sur sa disparition. L’auteur sacré ne dit que juste ce qu’il faut pour nous apprendre qu’Hénoc n’a point passé par la mort (cf. Hébreux 11.5). Il ne se trouva plus, de la même manière que (Genèse 37.30), Joseph ne se trouva plus dans la fosse lorsque Ruben voulut l’en retirer ; les mêmes expressions sont employées pour la disparition de Hénoc et pour l’enlèvement d’Élie (2 Rois 2.3). C’est tout ce que l’Écriture nous dit sur la vie sainte et l’enlèvement glorieux de ce témoin de la vérité.
Le Nouveau Testament le ramène sur la terre (Jude 1.14-15), pour faire entendre de lui quelques solennels avertissements aux fils des hommes, sur les jugements que l’Éternel prononcera contre les impies. On se demande où Jude a puisé cette citation, et quel degré d’authenticité elle peut avoir. La réponse n’est pas facile. De fait, il existait dans les premiers siècles de l’Église chrétienne un livre ou recueil de prophéties, attribué à Hénoc, tissu de fables et d’absurdités dont quelques pères, Justin, Athénagore, Irénée, Clément d’Alexandrie, Lactance, Tertullien, faisaient assez de cas, mais auquel Origène, Jérôme et Augustin n’accordaient aucune autorité. On l’a cru perdu fort longtemps, et le seul fragment qu’on en possédât avait été publié par Scaliger (mort en 1609), d’après l’ancienne chronographie de George Syncellus. L’original devait avoir été écrit en hébreu ou en chaldéen, puis traduit en grec ; mais l’on n’en trouvait plus aucun exemplaire, lorsqu’on apprit au dix-septième siècle qu’il en existait une traduction éthiopienne, et que cet ouvrage était lu et fort estimé des Églises de l’Abyssinie. Longtemps les essais que l’on fit pour se le procurer échouèrent, lorsqu’enfin, en 1773, le voyageur Bruce réussit à s’en procurer trois exemplaires, qui furent promptement traduits en anglais et publiés. En 1834, l’allemand Ruppel en rapporta également d’Éthiopie un exemplaire dans son pays, et une traduction allemande a paru en 1838, peu différente d’une autre publiée en 1833, d’après l’anglais. On a tout lieu de croire que l’ouvrage éthiopien est le même que celui dont parlent les pères de l’Église, et le passage cité par Jude s’y trouve presque littéralement, quoiqu’un peu abrégé, au commencement du second chapitre : « Voici, il vient avec des myriades de ses saints pour juger le monde, pour détruire les méchants et pour punir toute chair, à cause de tout ce que les pécheurs et les impies auront fait et commis contre lui ».
Mais, malgré cette identité, et quoique plusieurs raisons militent en faveur de l’opinion (Calmet, etc.) qui pense que Jude a transcrit sa citation du livre indiqué, bien qu’on puisse admettre encore que cet ouvrage apocryphe contienne des vérités dont Jude, éclairé d’une lumière surnaturelle, a pu faire usage pour l’édification des fidèles ; bien qu’une citation de cet ouvrage n’ait rien qui doive surprendre plus que les citations d’Epiménide et de Ménandre, faites par Paul, nous ne saurions souscrire à cette manière de voir. Le témoignage de Jude, exprimé comme il l’est dans son Épître, serait en effet non seulement une garantie de la vérité des paroles citées, mais encore, comme le fait remarquer saint Jérôme, un témoignage rendu à l’authenticité du livre lui-même. Il nous paraît beaucoup plus naturel et plus vrai d’admettre que l’auteur du faux livre de Hénoc, et Jude, auront l’un et l’autre puisé à une source commune, maintenant perdue, source qui pourrait n’être autre que la tradition ; et si l’on réfléchit que le fils de Hénoc, Methushélah, après avoir vécu trois cents ans avec son père, est venu toucher ensuite à l’année même du déluge, il n’est point difficile de comprendre que les paroles d’un si grand prophète, à qui la communion de Dieu devait avoir révélé sans doute bien des choses à venir sur la corruption des hommes et les châtiments qui les attendaient (peut-être le déluge sur le premier plan de sa perspective prophétique, et le jugement final sur le dernier plan), que ses paroles, disons-nous, aient été religieusement conservées parmi les Juifs pendant une longue suite de générations.
2°. Hénoc, fils aîné de Caïn, donna le nom à une ville que son père bâtit (Genèse 4.17). Dans les anciens temps la grandeur ne faisait pas la ville ; on appelait de ce nom tout enclos entouré de murailles. C’est dans la famille de Caïn que commença à se développer le goût d’une vie aisée et artificielle, avec les craintes, l’inquiétude, et le besoin de s’abriter, qui en sont toujours la suite. Si les traces de cette ville n’ont pas entièrement disparu sous les flots du déluge, elles se retrouvent peut-être dans le nom de Chanogé, ancienne et célèbre ville de commerce, au nord des Indes, déjà chantée dans les plus anciens poèmes épiques des Indous ; Huet voit les débris de la ville de Hénoc dans Anuchvha, ville de l’ancienne Perse, citée par Ptolémée ; le tha ne serait alors qu’une terminaison araméenne. D’autres enfin comparent la peuplade caucasienne des Heniochiens. Mais comme le mot hanak, qui est la racine de tous ces autres noms, signifie lui-même commencer, on comprend qu’un grand nombre de familles et de villes ont pu porter un nom semblable, puisque chaque homme pouvait appeler ainsi son fils aîné, ou la première ville d’une contrée.
3°. Hénoc est encore le nom du fils aîné de Ruben (Genèse 46.9).
4°. Enfin, Hénoc (Genèse 25.4), fils de Madian, petit-fils d’Abraham par Kétura.
Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com
L’article dans BostDictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)
(hébreu Khanôq, dont la racine évoque l’idée d’initiation ou de consécration ; ne pas confondre avec Énos de Genèse 5.6, dont le nom signifie : homme).
1.
Nom d’un patriarche qui se trouve dans les deux généalogies des descendants d’Adam. Dans la plus ancienne (J), il est fils aîné de Caïn et père d’Irad (Genèse 4.17). Dans la généalogie de Seth, il est le septième depuis Adam, fils de Jéred et père de Métusélah (Genèse 5.18 ; Genèse 5.21) ; cette dernière liste vient de P, dont on reconnaît les caractères habituels : style assez sec, sans images, récit ordonné suivant des formules identiques pour chaque nom, évaluation des âges en chiffres précis. Les deux listes ont pourtant bien des traits communs : les noms se retrouvent dans l’une et dans l’autre, à trois près, ce qui montre qu’il ne s’agit pas de personnages différents ayant porté le même nom ; seul l’ordre diffère selon les traditions. Celle de J étant la plus ancienne, on peut en conclure que le rédacteur de P (qui a connu J) a changé exprès l’ordre des personnages ; on pourrait aussi supposer qu’il a reproduit une tradition distincte de J où l’ordre des noms aurait été différent. Quoi qu’il en soit, un fait a frappé les savants qui ont étudié les légendes babyloniennes sur les origines de l’humanité : la ressemblance entre Hénoc et le roi légendaire babylonien Enmeduranki ; tous les deux occupent la septième place dans la liste des héros ayant vécu avant le déluge ; tous deux ont été en étroite communion avec leur dieu et en ont reçu la sagesse ; « Hénoc marcha avec Dieu », dit Genèse 5.22, ce qui peut indiquer qu’il eut, comme Enmeduranki, la révélation des mystères divins. Les trois cent soixante-cinq années attribuées à Hénoc semblent devoir être mises en relation avec l’année solaire ; or Enmeduranki fut le héros protégé du dieu-soleil. Il est fort possible qu’un rédacteur de P, à l’époque où son peuple avait été mis en contact avec Babylone grâce à l’exil, ait eu connaissance de ces vieux récits et ait été influencé par eux. Mais le parallélisme entre la Genèse et les récits babyloniens peut être plus ancien et n’avoir été que constaté par P.
D’ordinaire, après la mention de chaque personnage, le rédacteur ajoute : « puis il mourut ». Pour Hénoc, il écrit : « puis (Hénoc) disparut, car l’Éternel l’avait pris » (Genèse 5.24). Il ne s’agit pas d’une résurrection, mais, comme dans l’histoire d’Élie, d’un enlèvement avant la mort (cf. Hébreux 11.5). Hénoc n’est pas entré comme les autres au séjour des morts (ou cheol) : Dieu a devancé sa mort et l’a pris auprès de Lui, parce que, toute sa vie durant, il était resté en communion intime avec Lui. Nous devons marquer là une étape dans la pensée religieuse d’Israël : alors que le cheol des anciens Israélites n’est qu’un néant, peu à peu a surgi la croyance à une survie très prolongée, pour des êtres exceptionnels, qui sont ainsi récompensés pour leur piété ; (cf. Psaumes 61.7 ; Psaumes 73.23) la foi israélite semble affirmer ici que la communion avec Dieu ne peut cesser au moment de la mort. Cette conception devait préparer la voie à l’idée de l’immortalité de l’âme telle que nous la comprenons, et qui ne pénétra que très tard en Israël, après les persécutions d’Antiochus Épiphane au IIe siècle avant Jésus-Christ (voir Eschatologie).
Grâce au mystère de sa fin, Hénoc devint un personnage légendaire. La littérature juive s’en empara pour en faire un héros, initié aux secrets divins ; au IIe et au Ier siècle avant notre ère, apparurent les Livres d’Hénoc, comprenant : l’histoire de la chute des anges, les voyages d’Hénoc, le livre des Luminaires célestes, l’Apocalypse des Semaines, les Paraboles d’Hénoc, etc. (voir Apocalypses). Dans le Nouveau Testament, l’épître de Jude cite un de ces ouvrages (Jude 1.14).
2.
Nom d’une ville fondée par Caïn (Genèse 4.17) et qu’on n’a pu identifier.
3.
Fils de Madian (Genèse 25.4 ; 1 Chroniques 1.33).
4.
Fils de Ruben (Genèse 46.9 ; Exode 6.14 ; Nombres 26.6 ; 1 Chroniques 5.3).
Ce nom est quelques fois écrit Hanoc, transcription littérale de l’hébreu.
Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com
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