Dictionnaires bibliques
Circoncision
Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Circoncision », un article après l’autre.
Dictionnaire de la Bible (Bost)
Cérémonie religieuse qui consistait à couper le prépuce à tous les enfants mâles. Dieu lui-même ordonna à Abraham de faire subir cette opération à tous les mâles de sa famille ; il en fit même une loi pour tous ses descendants, et la circoncision devint la marque distinctive du peuple de Dieu, le signe de l’alliance, le symbole des rapports intérieurs et extérieurs établis entre Dieu et les Juifs. Le nom de circoncis ou de circoncision fut dès lors employé pour désigner le peuple de Dieu, la nation sainte, tandis que les Juifs appliquèrent aux infidèles le nom d’incirconcis, pour rappeler qu’ils ne portaient point en leur corps le signe glorieux de l’adoption divine qui était le privilège de leur nation seule.
Quelque respect que l’on doive avoir pour le témoignage d’Hérodote, et quelque haute antiquité que l’on puisse accorder, d’après cet historien, à la pratique de cette cérémonie chez les Syriens, chez les Phéniciens, chez les Éthiopiens, et surtout chez les Égyptiens ; quel que puisse être en outre l’accord d’un certain nombre de théologiens (Celse, Julien l’Apostat, Michaelis, Bauer, Winer, Cellérier fils), et tout en admettant, avec Haevernick (Einleitung, p. 320), que Ies Égyptiens, surtout dans la caste sacerdotale, connurent de bonne heure la circoncision, il nous est impossible d’admettre non seulement ce que prétend Winer, qu’Abraham et Moïse aient emprunté cette coutume aux Égyptiens ( !), mais même ce qu’affirme Cellérier, que la circoncision fût déjà connue sur la terre à l’époque où l’Éternel l’imposa à son peuple, comme marque particulière et distinctive. « L’Écriture, dit Calmet, nous parle de l’institution de la circoncision d’Abraham comme d’une chose toute nouvelle. Elle nous dit que c’est le sceau de l’alliance que Dieu fait avec ce patriarche ». Et comment la circoncision aurait-elle été un caractère qui distinguât Abraham et sa race du reste des peuples, si elle eût été commune aux Égyptiens et aux Éthiopiens, aux Phéniciens et à tant d’autres peuples qui l’ont pratiquée autrefois ? On comprend que les Arabes, les Sarrasins, les Ismaélites, tous issus d’Abraham et jaloux sans doute de la prospérité qui semblait s’attacher à la branche d’Isaac, aient adopté par esprit d’imitation, par une fausse dévotion, ou par un faux calcul d’intérêt, une cérémonie matérielle qui ne leur devait apporter aucune des bénédictions divines dont elle était le garant, mais qui a pu non seulement ne pas leur nuire, mais même avoir pour eux quelqu’un de ces avantages charnels qui la font encore estimer en Orient, et qui furent probablement aussi présents à l’esprit du divin Législateur qui l’établit. Les Samaritains s’y soumirent en acceptant le joug de la loi mosaïque, et c’est d’eux sans doute que veut parler Hérodote lorsqu’il mentionne les Phéniciens comme se faisant circoncire, car cette dernière petite nation que l’on pouvait facilement confondre avec quelqu’une de celles qui l’entouraient, ne paraît pas avoir jamais connu cet usage. Les Édomites, quoique descendants d’Abraham, ne reçurent la circoncision que lorsque vaincus par Jean Hyrcan, ils reçurent en même temps la loi de Moïse. Quant aux Égyptiens, nous l’avons dit déjà, la circoncision leur fut connue de bonne heure, mais elle ne fut jamais chez eux d’un usage général et indispensable ; les prêtres seuls y étaient obligés. Quelques-uns (Cellérier) répugnent à croire que les Égyptiens aient emprunté une cérémonie aussi importante au peuple pauvre et méprisé qui lui construisait ses pyramides, ses palais et ses temples ; mais l’on sait que souvent le vainqueur emprunte au vaincu ses mystères comme sa langue ; et d’ailleurs, si l’on ne veut pas admettre cette supposition, rien n’empêche de penser avec Bochart que c’est des Arabes que les Égyptiens ont reçu la circoncision. De nos jours encore cette coutume est généralement répandue dans presque tous les pays chauds, et sans faire une longue énumération des rapports des voyageurs modernes, nous nous bornerons à mentionner les divers faits suivants auxquels on pourrait aisément en joindre beaucoup d’autres. La circoncision est en usage dans tous les pays musulmans. Les nègres mahométans de l’intérieur de la Guinée la pratiquent vers l’âge de quatorze ou quinze ans, dans un jour solennel où sont appelés comme à une revue tous les jeunes gens qui doivent la subir. Chez les Galles, voisins de l’Abyssinie, on ne circoncit que les hommes faits. À Madagascar, la solennité de la circoncision est (ou était) la plus grande fête de toute l’île, accompagnée de sacrifices, d’abstinences, de jeux, de combats, de jeunes et de processions. À Socotora, un natif que l’on aurait trouvé incirconcis eût été condamné à avoir les doigts coupés. Les Abyssins, bien qu’ils soient depuis des siècles passés à un christianisme qui depuis longtemps n’existe plus guère qu’à l’état de mort, ont conservé la circoncision, soit comme ancienne coutume, soit comme précaution hygiénique. Les filles sont en diverses contrées circoncises comme les hommes, en Abyssinie, dans le royaume de Bénin, en Guinée, dans le Pégu, au-delà du Gange, chez les Coptes et chez les Hottentots. Il serait trop long de raconter en détail, ou même en abrégé, tout ce que font encore tant d’autres peuples païens, blancs, rouges ou noirs, habitants des Philippines ou du Mexique, sauvages ou demi-civilisés ; se disant sages ils sont devenus fous, et l’on aurait peine à croire en combien de façons ils ont modifié l’institution primitive donnée aux Hébreux ; la contrefaçon des choses saintes n’est jamais chose sainte.
C’est le huitième jour après leur naissance que devaient être circoncis les descendants d’Abraham (Genèse 21.4 ; Lévitique 12.3 ; Luc 1.59 ; 2.21), toutefois Moïse lui-même semble présenter à ce fait une première exception dans l’histoire de son propre fils (Exode 4.25 ; cf, 2.22), et nous en trouvons une seconde bien plus frappante dans le peuple du désert, dont aucun de ceux qui naquirent pendant le voyage ne furent circoncis que lorsqu’ils eurent pris possession de la terre promise (Josué 5.2-5). D’autres que les Juifs pouvaient être soumis à la circoncision, et ils étaient par le fait même incorporés au peuple de Dieu ; c’étaient les prosélytes de la justice qui désiraient obtenir le sceau de l’alliance (Exode 12.48), et les esclaves, achetés, faits prisonniers, ou nés dans la maison, auxquels leurs maîtres devaient faire subir cette opération, afin de les mettre par là, même malgré eux, sous la juridiction théocratique (Genèse 17.12). Cette opération n’était point considérée comme un travail, et pouvait se faire le jour du sabbat (Jean 7.22) ; c’était même un proverbe reçu que la circoncision chasse le sabbat. Un Israélite quelconque, ordinairement le chef de la famille (Genèse 17.23), était chargé de l’exécution (cf. Exode 4.24) ; les païens seuls ne pouvaient naturellement pas s’en mêler ; pour les adultes, on requérait cependant volontiers l’assistance d’un médecin : l’on se servait d’un couteau tranchant d’acier, ou plus ordinairement de pierre, estimant que cette dernière sorte était moins douloureuse, moins dangereuse, et causait moins d’inflammation (Exode 4.25 ; Josué 5.2). L’enfant peut se guérir de la plaie en vingt-quatre heures ; pour les adultes, il paraît, d’après (Genèse 34.25), qu’au troisième jour la douleur est encore vive et la fièvre assez ardente. C’est au moment de la circoncision, comme chez nous au moment du baptême, que le nom était imposé à l’enfant, v. Nom, (cf. Luc 1.59 ; 2.21).
Nous avons indiqué déjà l’une des raisons qui concoururent à faire introduire la circoncision chez les Hébreux. La première et la plus importante fut sans doute le choix de Dieu, libre, simple, spontané, sans que nous ayons à sonder ses desseins ; ce fut le sceau sanglant de son alliance avec Abraham et Moïse, comme l’arc-en-ciel fut le sceau de son alliance avec Noé, comme la croix de Christ l’est de son alliance avec nous. Mais si l’on peut découvrir, à côté de ce grand motif, quelques autres traits accessoires, et les avantages extérieurs qui devaient en résulter pour le peuple de l’alliance, nous essaierons de les indiquer par un mot. Comme le symbole du baptême représente l’homme perdu pour le monde et enseveli aux vanités et aux péchés de cette terre, la circoncision était le signe le mieux choisi pour marquer la pureté, le renoncement à toute souillure, qui devait être le grand caractère et le point dominant de toute la loi judaïque. Le jeune enfant était censé rejeter loin de lui toute chose impure, et semblait accomplir par avance le commandement de notre Sauveur : « Si tel ou tel de tes membres te fait broncher, coupe-le » (Matthieu 5.29 ; 18.8-9). La circoncision, par son étrangeté même, était en outre destinée à séparer toujours plus les Hébreux des peuples voisins, en leur inspirant les uns pour les autres un mépris réciproque. Enfin, sous le point de vue de la santé, il paraît que cette opération était de nature à prévenir un grand nombre de maladies qui se développent particulièrement dans les pays chauds, et que l’on trouve plus fréquemment chez les peuples qui de nos jours ne pratiquent pas la circoncision, que chez les autres.
On a vu déjà que chez les Hébreux le terme d’incirconcis ou prépuce (1 Samuel 17.26), était une des plus grandes insultes qu’on pût adresser à un homme ; à Rome, au contraire, c’était le nom de circoncis, ou de verpus, qui tenait lieu d’injure. À l’époque d’Antiochus Epiphanes, qui voulut ramener tous ses sujets au paganisme par le ridicule et la persécution, plusieurs Israélites prirent tellement à honte leur circoncision, qu’ils cherchèrent à en faire disparaître les traces par des moyens extérieurs, des remèdes et de nouvelles opérations (1 Maccabées 1.16). Sur l’horreur des Juifs pour l’incirconcision (cf. encore Juges 14.3 ; 15.18 ; 1 Samuel 14.6 ; 2 Samuel 1.20 ; Ésaïe 52.1 ; Ézéchiel 28.10 ; 31.18).
Saül, voulant se défaire de David, lui fit demander comme douaire, pour obtenir la main de sa fille, cent prépuces de Philistins (1 Samuel 18.25). David en apporta deux cents. On se rappelle l’usage des Turcs et d’autres peuples orientaux, de compter les morts de leurs ennemis par les têtes, les nez ou les oreilles qu’on en apporte ; mais comme souvent les serviteurs de ces despotes asiatiques, pour mieux mériter de leurs chefs, vont jusqu’à faire subir ces tristes opérations aux morts mêmes de leur parti, afin d’avoir plus d’organes à présenter, les calculs sont sujets à de bien graves erreurs. Saül n’avait rien de pareil à craindre, et ce qu’il demandait ne pouvait se trouver que chez les ennemis de son peuple.
La circoncision du cœur, dont parle l’apôtre Paul aux Romains 2.29, n’était point quelque chose de nouveau ; ce n’était point une spiritualité de la nouvelle alliance, comparée au matérialisme de l’ancienne ; l’ancienne aussi était spirituelle, comme elle était sainte, pure, salutaire ; c’était déjà l’ancienne qui pressentait l’inutilité de la circoncision faite de main en la chair ; c’était déjà l’ancienne, et Moïse lui-même, qui de la part de l’Éternel appelait les Hébreux à la véritable sainteté, lorsqu’il leur dit : « Circoncisez donc le prépuce de votre cœur (Deutéronome 10.16).
Après la mort de Jésus, et dès les premiers temps de l’établissement de son Église sur la terre, des disputes s’élevèrent entre ses disciples sur la nécessité d’assujettir ou non à cette cérémonie les païens qui passaient au christianisme : nous aurons à en reparler ailleurs ; rappelons seulement ici que Paul déclara d’une manière générale et positive « que celui qui se circoncit reste sous l’obligation d’accomplir toute la loi » (Galates 5.3), et que le concile de Jérusalem délivra officiellement les fidèles d’entre les païens de toutes les cérémonies mosaïques, et en particulier de celle de la circoncision (Actes 15.24-28-29).
Reste enfin le cas de Timothée (Actes 16.3), la circoncision que Paul donna à ce disciple, et qui paraît contradictoire avec la conduite qu’il tint plus tard avec Tite (Galates 2.3). Il n’y a aucune contradiction dans la manière dont les deux récits nous sont présentés ; dans les Galates, il est dit qu’on n’obligea point Tite, et dans les Actes rien ne semble indiquer que Timothée ait manifesté quelque répugnance à se soumettre à cette cérémonie : s’il y était volontairement disposé, il n’y avait rien dans le système de Paul qui pût l’empêcher d’y consentir ; cet apôtre disposé à se faire tout à tous, et Juif aux Juifs (1 Corinthiens 9.20), devait plutôt saisir avec joie l’occasion qui lui était offerte de faire aux hébraïsants une légère concession pour leur prouver son peu d’entêtement, son laisser-aller dans les choses secondaires, sa tolérance et son amour pour la paix, qui le faisait céder lorsqu’il ne s’agissait que de vues personnelles, particulières, sur des points peu importants, mais qui ne l’amenait cependant à aucune concession sur les articles mêmes de la foi.
Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com
L’article dans BostDictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)
Ce terme est pris du latin circumcidere, qui signifie, couper tout autour, parce que les Juifs qui donnaient la circoncision à leurs enfants, leur coupaient ainsi la pellicule qui couvre le prépuce. Dieu ordonna la circoncision à Abraham, pour marque de l’alliance qu’il faisait avec lui (Genèse 17.10) : Voici le pacte que vous observerez, dit le Seigneur à Abraham, entre moi et vous, et votre postérité après vous. Tous les mâles qui sont parmi vous seront circoncis, afin que cela soit une marque de l’alliance entre moi et vous l’enfant de huit jours sera circoncis, tant les enfants libres et domestiques, que les esclaves et les étrangers qui seront à vous l’enfant dont la chair ne sera pas circoncise, sera exterminé de son peuple, parce qu’il a rendu inutile mon alliance. En suite de cette ordonnance, Abraham qui était alors âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans, se circoncit ; il circoncit aussi son fils Ismaël, avec tous les esclaves de sa maison.
Dieu réitéra le précepte de la circoncision (Exode 12.44-48 Lévitique 12.3) en parlant à. Moïse ; il ordonna que tous ceux qui voudraient participer à la victime pascale, reçussent la circoncision, et que l’on fit cette opération aux enfants nouveaux-nés, au huitième jour après leur naissance. Les Juifs ont toujours été assez exacts à observer cette cérémonie, et il paraît même que, dans l’Égypte, ils ne la négligeaient pas. Mais Moïse étant chez Jétro, son beau-père, à Madian, n’avait point circoncis les deux fils qui lui étaient nés en ce pays-là ; et durant le voyage du désert, on ne donna point la circoncision aux enfants qui naquirent, apparemment à cause du danger de leur vie, parce que le peuple n’était pas fixe dans un seul endroit, et qu’il était obligé de changer très-souvent de demeure.
La loi n’a rien ordonné, ni sur le ministre ni sur l’instrument de la circoncision. Le père, ou un autre parent, ou un chirurgien, ou tel autre que l’on veut choisir, peut faire cette cérémonie. On se sert ordinairement d’un couteau, ou d’un rasoir. Séphora, femme de Moïse, circoncit son fils Eliézer (Exode 4.25) avec une pierre tranchante ; Josué en usa de même envers les Israélites qui n’avaient pas reçu la circoncision dans le désert (Josué 5.3). C’était apparemment de ces pierres faites en forme de couteaux, dont les Égyptiens se servaient pour ouvrir les corps des personnes qu’ils embaumaient. On prétend que ces sortes de couteaux sont bien moins dangereux que ceux de fer ou d’airain, et qu’ils ne causent point tant d’inflammation dans la plaie. Les Galles, qui sont les prêtres de la mère des dieux, se mutilaient avec une pierre tranchante, ou avec un têt de pot cassé, ne pouvant le faire autrement, sans se mettre en danger de leur vie.
Voici les cérémonies que les Juifs d’aujourd’hui observent dans la circoncision : Quand il est né un fils dans une maison, quelques-uns ont accoutumé de mettre sur de petits billets aux quatre coins de la chambre, Adam et Ève : Lilith, hors d’ici (Les Juifs tiennent que Lili Ih est la première femme d’Adam, qui, s’étant séparée de lui, demeure dans les airs, et est ennemie de l’accouchement et des enfants nouveaux-nés). Ils y écrivent aussi les noms de trois anges, afin de garantir l’enfant de tout sortilége. Mais tous n’observent pas ces pratiques superstitieuses.
Le père est obligé de faire circoncire son fils au huitième jour, à moins que la faiblesse ou l’infirmité de l’enfant n’oblige à différer. La nuit qui précède la circoncision se nomme veille, parce que toute la famille ne dort point pour garder l’enfant ; et les amis et amies, visitent le père et la mère, ce qui se passe en civilités et en réjouissances. Les parrains et marraines sont déjà choisis auparavant ; le parrain tient l’enfant pendant la circoncision ; et la marraine le porte à la synagogue. À l’égard de celui, qui donne la circoncision, on choisit qui l’on veut ; le père même de l’enfant peut faire cette fonction, s’il en est capable. C’est un grand honneur parmi les Juifs d’être Mohel, c’est-à-dire, circonciseur : Il n’est pas nécessaire d’aller dans la synagogue pour circoncire l’enfant, on peut le faire dans la maison ; si l’on veut.
On prépare pour cela deux sièges avec deux carreaux de soie : l’un des sièges est pour le parrain qui tient l’enfant, l’autre demeure vide, et il est destiné, disent quelques-uns, pour le prophète Élie, qu’ils croient assister invisiblement à toutes les circoncisions, tant il avait de zèle pour observer la loi. Celui qui circoncit, vient avec un plat, où sont les instruments et les choses nécessaires pour l’opération ; comme le rasoir, les poudres astringentes, le linge, la charpie, et l’huile rosat. Ceux qui sont présents chantent quelques cantiques en atten dant la marraine, qui apporte l’enfant sur ses bras, accompagnée d’une troupe de femmes, mais pas une ne passe la porte de la synagogue ; là elles donnent l’enfant au parrain, et aussitôt tous les assistants crient : Baruch, haba, le bien venu.
Le parrain s’assied sur son siège, et ajuste l’enfant sur ses genoux, puis celui qui doit circoncire développe les langes ; il y en a qui se servent d’une pincette d’argent pour prendre du prépuce ce qu’ils en veulent couper, d’autres le prennent avec les doigts ; puis, tenant le rasoir, celui qui circoncit, dit : Béni soyez-vous, Seigneur, qui nous avez commandé la circoncision. Et en disant cela, il coupe la grosse peau du prépuce ; puis avec les ongles des pouces, il déchire une autre peau plus délicate qui reste ; il suce deux ou trois fois le sang qui abonde et le rend dans une tasse pleine de vin, ensuite il jette sur la plaie de sang de dragon, de la poudre de corail et autre chose, pour arrêter le sang, à quoi il ajoute des compresses d’huile rosat, et enveloppe bien le tout. Après cela, il prend la tasse où il a rendu le sang qu’il a sucé de la plaie, la bénit, bénit aussi l’enfant, lui impose le nom que le père souhaite, en prononçant ces paroles d’Ézéchiel (Ézéchiel 16.6) : Et j’ai dit : Vis en ton sang ; et lui mouille les lèvres de ce vin qui est dans la tasse. Après quoi on récite le Psaume 128 : Bienheureux tout homme qui craint le Seigneur. Cela fait, le parrain rend l’enfant à la marraine, pour le porter au logis et le remettre entre les mains de sa mère. Tous ceux qui ont assisté à la cérémonie, disent au père en s’en allant : Puissiez-vous ainsi assister à ses noces l’enfant est ordinairement guéri de la plaie de la circoncision en vingt-quatre heures. Si l’enfant meurt avant le huitième jour, il y en a qui lui donnent la circoncision après sa mort, en lui coupant le prépuce avec un roseau.
À l’égard des filles qui naissent aux Juifs, comme elles ne reçoivent point la circoncision, voici ce qui s’observe : La mère demeure dans sa maison pendant quatre-vingts jours (Lévitique 12.5-6), après quoi elle va à la synagogue, et le chantre prononce une bénédiction en faveur de la petite fille, et le chantre [sic] lui impose le nom que le père ou la mère désirent. Dans certains endroits, l’on ne porte pas l’enfant à la synagogue ; mais le chantre va faire la cérémonie dans le logis de l’accouchée. Ils ne pratiquent plus ce qui est marqué dans la loi, que la mère qui avait eu un fils ou une fille, allait à la porte du temple, ou du tabernacle, et offrait un agneau et une tourterelle, ou une colombe, pour être immolés au Seigneur. Depuis la ruine du temple, cette cérémonie ne peut plus se pratiquer.
On dispute si la circoncision remettait le péché originel, ou si c’était une simple marque qui distinguait les Juifs des gentils. Les anciens Pères qui ont vécu avant saint Augustin, avaient borné les effets de la circoncision à imprimer aux Hébreux un caractère sensible, qui les distinguât des autres peuples, qui n’étaient point dans l’alliance du Seigneur. C’est le sentiment de saint Justin le martyr, de saint Irénée, de saint Chrysostome, de saint Épiphane, d’Hilaire, diacre, de saint Jérôme, de saint Jean Damascène. Mais saint Augustin a prétendu que la circoncision remettait le péché originel ; fondé sur ce que l’Écriture condamne à l’extermination (Genèse 17.12-14) les enfants qui n’auraient pas été circoncis le huitième jour. Or, de quel autre péché cet enfant pouvait-il être coupable, sinon du péché originel ? Saint Grégoire le Grand, Bède le Vénérable, saint Fulgence, saint Prosper, saint Bernard et plusieurs théologiens ont suivi le sentiment de saint Augustin. On peut voir notre Dissertation sur ce sujet, à la tête du Commentaire sur saint Paul.
La circoncision a été en usage, non-seulement parmi les Hébreux, mais aussi parmi les Arabes, les Égyptiens, les Éthiopiens et les Iduméens. Il y a même des auteurs de réputation, qui ont prétendu que c’était des Égyptiens qu’elle était venue aux autres peuples. Celse et Julien l’Apostat soutenaient qu’Abraham avait appris cette cérémonie dans l’Égypte. Marsham et M. Leclerc, ont adopté ce sentiment. Mais l’autorité d’Hérodote, qui assure que la circoncision n’est connue que des peuples à qui les Égyptiens l’ont communiquée, ne mérite pas d’en être crue sur sa parole, ou plutôt sur celle des prêtres Égyptiens, qui lui eu imposaient, en vantant leur antiquité et leurs cérémonies l’ nous parle de l’institution de la circoncision d’Abraham comme d’une chose toute nouvelle. Elle nous dit que c’est le sceau de l’alliance que Dieu fait avec ce patriarche. Et comment la circoncision aurait-elle été un caractère qui distinguât Abraham et sa race du reste des peuples, si elle eût été commune aux Égyptiens et aux Éthiopiens, aux Phéniciens, et à tant d’autres peuples qui l’ont pratiquée autrefois.
Nous ne sommes pas embarrassés à trouver l’origine de la circoncision chez les Arabes, les Sarrasins, les Ismaélites. Ces peuples sont sortis d’Abraham comme les Hébreux, mais ils n’ont jamais regardé la circoncision comme une cérémonie essentielle, qui les obligeât sous peine d’être retranchés de leur peuple. Ils la prennent plutôt par dévotion que par nécessité. Les Samaritains ou les Chutéens reçurent la circoncision, en prenant la loi de Moïse. Les Iduméens, quoique descendus d’Abraham et d’Isaac, ne se firent circoncire que depuis que Jean Bircan les eut vaincus et les eut forcés à recevoir la circoncision et la loi de Moïse. Ceux qui avancent que les Phéniciens se font circoncire, entendent apparemment sons ce nom les Samaritains, car on sait d’ailleurs que les Phéniciens n’observaient point cette cérémonie.
À l’égard des Égyptiens, la circoncision n’a jamais été chez eux d’une obligation générale et indispensable pour toute la nation. On y obligeait simplement certains prêtres et certaines professions. Philon ne donne que des raisons naturelles ou symboliques de cette pratique. Vesting, fameux médecin, croit qu’il y a des raisons naturelles pour les hommes, et même pour les femmes, en Égypte, de recevoir la circoncision. Artapane, cité dans Eusèbe, assure que ce fut Moïse qui la communiqua aux Égyptiens. Origène croit que ce qui a donné tant de vogue à la circoncision parmi les étrangers, est que l’on croyait qu’il y avait un ange qui mettait à mort ceux qui étaient incirconcis, et qui n’avait aucun pouvoir sur ceux qui avaient reçu la circoncision. Plusieurs estiment que ce fut sous le règne de Salomon que les Égyptiens commencèrent à se circoncire d’autres, comme Bochart, soupçonnent que ce n’est point des Juifs, mais des Arabes que les Égyptiens prirent cette coutume. Enfin la plupart soutiennent que les Hébreux sont les premiers qui l’aient pratiquée. On peut voir Speneer, De Legib. Rituel. 1.I chapitre 4., et notre Dissertation sur l’origine de la circoncision, à la tête du commentaire sur la Genèse.
Quant à la circoncision des femmes, elle n’a jamais été en usage chez les Hébreux, mais seulement chez les Égyptiens et dans quelques endroits d’Arabie et de Perse : Saint Ambroise avance indéfiniment que les Égyptiens donnent la circoncision aux hommes et aux femmes au commencement de la quinzième année. Strabon dit aussi, que les femmes égyptiennes reçoivent la circoncision. Mais les voyageurs et les médecins, qui nous apprennent que cet usage est encore aujourd’hui, commun dans l’Égypte, ne nous disent pas qu’il y soit général, ni d’aucune obligation. Il n’est fondé, cet usage, que sur des raisons naturelles qui n’ont pas lieu dans toutes les femmes de pays-là. Chardin dit qu’elle n’est d’obligation que dans quelques pays d’Arabie et de Perse ; comme vers le golfe Persique et la mer Rouge, où l’on circoncit les deux sexes avec une pareille régularité, mais avec cette différence, que l’on peut circoncire les hommes à cinq, six, neuf, ou treize ans ; mais pour les femmes, on ne les circoncit que quand elles ont passé la jeunesse, parce qu’auparavant il n’y a point d’excroissance pour l’excision.
Réitérait-on quelquefois la circoncision ? On ne la réitérait jamais aux Hébreux, non plus que nous ne réitérons jamais le baptême à ceux qui l’ont reçu comme il faut ; mais quand les Juifs recevaient un prosélyte d’une nation où la circoncision était en usage, comme un Samaritain, un Arabe, un Égyptien, s’il avait déjà reçu la circoncision, on se contentait de lui tirer quelques gouttes de sang du même endroit où l’on donne là circoncision, et ce sang s’appelait le sang de l’alliance. Saint-Épiphane dit qu’on réitérait la circoncision aux Samaritains lorsqu’ils se faisaient Juifs. On en usa ainsi envers Symmaque qui embrassa le judaïsme. Trois témoins assistaient à cette cérémonie afin de la rendre plus authentique ; on y bénissait Dieu et on y récitait cette prière : Ô Dieu, faites-nous trouver dans la loi les bonnes œuvres et votre protection, comme vous avez introduit cet homme dans votre alliance.
Les Juifs qui renonçaient au judaïsme s’efforçaient d’effacer en eux-mêmes la marque de la circoncision, comme on le voit dans le livre des Machabées (1 Machabées 1.16). Les rabbins prétendent qu’Ésaü est le premier qui mit en usage cette manière de déguiser sa circoncision, en abandonnant l’alliance du Seigneur et la religion d’Abraham et de Jacob. Quelques-uns croient que les Israélites, dans le désert, avaient aussi caché la marque de leur circoncision, ce qui obligea Josué à les circoncire une seconde fois (Josué 5.2). On dit que plusieurs Juifs employèrent l’artifice pour faire recroître leur prépuce pendant la persécution qu’ils souffrirent sous les Romains, après la ruine du temple, mais que Barcochebas les fit tous circoncire de nouveau. Il semble que saint Paul craignait que les Juifs convertis au christianisme ne s’avisassent de faire de même (1 Corinthiens 7.18).
Il est vrai que saint Jérôme et quelques autres, après lui, ont prétendu que la marque de la circoncision était tellement ineffaçable, que rien n’était capable de supprimer cette marque dans la chair du circoncis ; et que ce que l’on dit dans les Machabées, doit s’entendre des pères qui ne voulaient pas donner la circoncision à leurs enfants. Origène, dans un endroit, dit de même, qu’il est impossible de faire renaître la peau qui est une fois coupée dans la circoncision : mais ailleurs il reconnaît que plusieurs, pour cacher la difformité de leur circoncision, se mettaient entre les mains des chirurgiens pour retirer la peau.
Saint Épiphane parle de l’instrument dont les médecins se servaient pour cela, et des moyens qu’ils employaient pour faire reprendre la peau qui avait été rompue. Le fameux médecin Cornelius Celsus a fait un chapitre exprès pour cette opération. Galien en parle à-peu-près de même que Celse. Bartolin cite Ægineta et Fallopius qui ont enseigné le secret de couvrir les marques de la circoncision ; et Buxtorf le fils, dans sa lettre à Bartolin, cite un grand nombre de Juifs qui parlent de cette pratique, comme usitée parmi les apostats de leur religion.
Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com
L’article dans CalmetLexique de la Bible (Lelièvre)
Cette pratique extrêmement ancienne date peut-être des temps préhistoriques, car les anciens Hébreux avaient conservé la tradition qu’on devait y employer des couteaux de pierre (Josué 5.2 ; Ex 4.5). Elle paraît avoir été, à l’origine, le rite d’initiation qui faisait de l’enfant mâle un homme véritable, digne de faire partie du clan et apte au mariage. Plus tard, l’usage se transforma et les garçons furent circoncis dès leur plus tendre enfance.
Mais la circoncision n’eut pas d’abord le caractère d’un signe distinctif du clan ou de la nation, car elle était commune à bien des peuples (Jer 9.25-26). Les anciens Israélites n’ont connu qu’un peuple d’incirconcis : les Philistins.
Il est difficile de dire si eux-mêmes ont toujours pratiqué ce rite. En effet,. on doit remarquer d’abord que toutes les vieilles traditions s’accordent à parler de son introduction en Israël ; elles ne. diffèrent que sur la date de cette introduction : l’une la place lors de l’arrivée du peuple en Canaan (Josué 5, où tout un développement du rédacteur du livre a pour but de mettre ce récit en harmonie avec ceux que nous allons encore citer) ; une seconde tradition fait remonter le rite à l’époque de Moïse, Moïse lui-même étant représenté comme incirconcis (Ex 4.24-26) ; plus tard enfin on le fit remonter jusqu’au temps d’Abraham (Genèse 34).
Il faut remarquer encore, dans le même ordre d’idées, que les lois les plus anciennes d’Israël ne font aucune mention de la circoncision, sans qu’on sache exactement s’il faut conclure de ce silence que la coutume n’avait pas encore été adoptée à cette époque, ou simplement qu’elle n’intéressait pas le législateur. Il semble bien, en tous cas, qu’elle était loin d’être alors, comme elle le fut plus tard, le symbole national et religieux du peuple. Elle pouvait, du fait de son caractère purement social et peut-être aussi du fait de son universelle application, ne pas figurer dans des codes de lois dont le but essentiel fut toujours d’acclimater au sein du peuple des pratiques nouvelles ou de rendre générales et incontestées des pratiques en voie d’acclimatation. La loi est réformatrice et ne s’occupe pas de ce qui a cause gagnée.
Il importe de remarquer enfin que les prophètes ne reconnaissent à la circoncision aucun caractère religieux. Jérémie n’établit aucune différence entre la circoncision d’Israël et celle des autres peuples : « Voici, les jours viennent, dit Yahvé, où je châtierai tous les circoncis qui ne le sont pas de cœur, l’Egypte, Juda, Edom, les enfants d’Ammon et Moab » (Jer 9.25-26). Il dit : « Circoncisez-vous à Yahvé » (Jer 4.4), comme si le rite pratiqué en Israël n’avait aucun rapport avec le culte. Et l’on sait ce que Jérémie entendait par la vraie circoncision : en opposition avec le rite tout extérieur, le prophète réclame la pureté morale : « Circoncisez vos cœurs, hommes de Juda et habitants de Jérusalem » (Jer 4.4). Et la même pensée se retrouve dans d’autres textes d’inspiration prophétique (Deutéronome 10.16 ; 30.6).
Toutes ces remarques semblent bien nous amener à la conclusion que la circoncision eut d’abord un caractère plus social que religieux.
Ce caractère social était destiné à s’effacer par la suite. C’est ce qui se produisit au temps de l’exil, quand les Juifs se trouvèrent en contact journalier avec des peuples incirconcis, Assyriens, Babyloniens et Perses, au milieu desquels leur pratique de la circoncision, comme celle du sabbat (voyez ce mot) constitua leur marque distinctive essentielle, le signe particulier, gravé dans la chair, de leur alliance avec Yahvé. Et la loi de ces temps nouveaux fera de la circoncision et du sabbat les deux exigences capitales du Dieu d’Israël. Il sera interdit, par exemple, de participer effectivement à la Pâque si l’on n’a pas reçu la circoncision, interdiction qui vise particulièrement l’esclave (Ex 12.44) et l’étranger (Ex 12.48 : voyez ces deux mots).
A l’époque gréco-romaine — et par conséquent au temps de Jésus et des apôtres — la circoncision était exigée des prosélytes (voyez ce mot). Et ce fait est à l’origine de la crise si grave qui menaça de compromettre l’oeuvre de l’apôtre Paul et à laquelle, par suite, furent suspendues, pendant un temps, les destinées mêmes du christianisme. Deux doctrines, passionnément soutenues l’une et l’autre, s’affrontaient : pour l’apôtre Paul, un païen devenait chrétien par le seul fait de sa foi au Christ et il ne pouvait être question d’exiger de lui aucune autre condition à son admission dans l’Eglise ; pour les adversaires de l’apôtre, juifs convertis à l’Evangile comme Paul mais non pas libérés comme lui de la Loi, le christianisme demeurait comme une secte ou un parti à l’intérieur du judaïsme. Ces judéo-chrétiens, comme on les a appelés, ne concevaient donc pas qu’un païen pût se convertir à l’Evangile sans devenir juif, ou, plus exactement, sans faire acte de prosélyte et sans s’assujettir par là à observer la Loi et d’abord à accepter la circoncision.
C’est ainsi qu’aux environs de l’an 50 l’Eglise de Jérusalem n’est guère autre chose qu’une secte de messianistes juifs, alors même que se développe hors d’elle, avec une extraordinaire puissance, la mission de l’apôtre Paul parmi les païens. Des Eglises nouvelles naissent partout, ardentes et pleines de foi, qui grandissent et qui essaiment sans se soucier du judaïsme, inconscientes de la crise qui va éclater. Mais les judéo-chrétiens de Jérusalem apprennent l’existence de ces étranges sociétés de chrétiens qui ignorent la religion d’Israël et sont des incirconcis ! Evidemment, ils hésitent à entrer en lutte contre les Eglises de Paul, car enfin ces Eglises se réclament, elles aussi, de Jésus, et l’on ne peut contester qu’elles soient zélées et, conquérantes. On ne sait exactement, à Jérusalem, quelle attitude il convient de prendre à leur égard. On discute : il y a des hésitants et il y a des intransigeants. Mais ce sont finalement les intransigeants qui l’emportent.
La conférence de Jérusalem, où Paul rend compte de sa mission et expose ses principes (Galates 2.1-10) semble aboutir à un accord et mettre fin à la crise. Il n’en est rien cependant, car les intransigeants n’ont pas désarmé. Et c’est alors, précisément, qu’ils commencent les hostilités. Leur action fut facilitée par le fait que la plupart des Eglises fondées par l’apôtre en pays païens contenaient un élément plus ou moins important de juifs convertis à l’Evangile. Circoncis et incirconcis y vivaient en paix parce que la question de la Loi n’était posée par personne. Mais que quelqu’un vint à la poser, et la paix, en même temps que la vie même des Eglises, pouvait être sérieusement menacée. C’est précisément ce qui arriva : les intransigeants de Jérusalem envoyèrent des délégués aux Eglises de Galatie, réussirent à les diviser et furent bien près de les arracher à l’influence de Paul. Paul ne remporta sans doute la victoire définitive que par l’arme merveilleusement acérée que fut entre ses mains la lettre qu’il écrivit aux Galates. Il suffit de la lire pour se convaincre qu’elle tourne tout entière autour de la question de la circoncision.
Une lutte analogue recommença un peu plus tard à Corinthe, mais il semble que les adversaires de Paul, instruits par leur défaite en Galatie, n’aient pas osé porter tout de suite leurs polémiques sur la question de la circoncision ; il serait temps pour eux d’aborder ce point capital une fois la victoire remportée ; et c’est sans doute parce qu’il a deviné cette tactique que l’apôtre les accuse de fausseté et de dissimulation (2Co 11.13). Ici encore, la victoire fut à l’apôtre. Et ce fut la victoire définitive. La question de la circoncision ne fut plus jamais posée. L’Evangile de la foi et de la liberté était sauvé.
Lexique de la Bible — Charles Lelièvre, source levangile.com
L’article dans LelièvreDictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)
Opération qui consiste dans l’ablation du prépuce. Cette pratique a toujours eu un caractère religieux. Son origine est assez obscure. Il est possible que les Israélites l’aient reçue des Égyptiens qui, selon Hérodote, l’observaient, au moins dans certains cas. Mais il n’est pas invraisemblable de penser que ce soit le peuple hébreu qui la leur ait transmise. Le fait qu’on utilisait parfois des pierres tranchantes pour la circoncision (Jos 5.2) semble en tout cas indiquer que cette coutume était fort ancienne.
D’après Genèse 17.9-14 ; Genèse 17.23-27 ; Genèse 21.4, l’origine du rite de la circoncision remonte à Abraham, à qui Dieu l’imposa comme signe de l’alliance. La loi mosaïque reprend cette législation (Lévitique 12.3 ; Exode 12.44-49). Ce dernier texte semble indiquer que la circoncision était déjà pratiquée par le peuple d’Israël et l’avait toujours été depuis Abraham. Il y eut pourtant des périodes où le rite ne fut pas observé : par exemple, pendant le voyage au désert (Josué 5.2 ; Josué 5.8). Il faut en conclure que la loi, très ancienne, de la circoncision n’avait sans doute jamais été pratiquée strictement jusqu’à l’établissement du peuple en Canaan. Un passage curieux et très obscur semble le confirmer : Exode 4.24-26. Ce récit mystérieux est trop peu clair pour qu’aucune des tentatives d’explication qui en ont été faites puisse être satisfaisante. De toute façon, à partir de l’entrée en Palestine, la circoncision s’implanta solidement en Israël. Le terme « incirconcis » fut toujours une injure grave (Juges 14.3 ; Juges 15.18 ; 1 Samuel 14.6 ; 1 Samuel 17.26 ; 1 Samuel 17.36).
La signification de cette coutume n’est pas très claire à l’origine. Peut-être faut-il, chez les peuples non bibliques, y rattacher une idée d’expiation sanglante ; ce serait un hommage à la divinité, la blessure faite à l’organe de la génération étant le symbole du sacrifice du fils premier-né. Peut-être aussi le but principal du rite fut-il de chercher, par un sacrifice de ce genre, à assurer la fécondité. Mais en Israël, l’idée qui domine est celle d’un acte de purification : la cérémonie marquera le rejet d’une impureté qui interdit de faire partie du peuple élu, et le signe d’une alliance sacrée avec l’Éternel. Il est en tout cas impossible, comme certains l’ont tenté, d’expliquer l’introduction en Israël de la circoncision pour une raison d’hygiène. La loi exigeait la soumission à la circoncision pour tous les membres masculins de la communauté, le huitième jour après la naissance. Avec le temps, cette règle devint si rigoureuse, que le sabbat même n’était pas considéré comme un empêchement à la circoncision. Un proverbe juif dit : « La circoncision chasse le sabbat ». Primitivement, c’est le père de famille qui l’opère. Plus tard, on admit l’aide d’un médecin. Plus tard encore, et c’est l’usage actuel dans les communautés juives, un fonctionnaire spécial en fut chargé. Outre les enfants mâles, les esclaves étaient aussi circoncis, et même les étrangers qui voulaient participer à la Pâque.
Déjà dans l’Ancien Testament, le terme de « circoncision » est employé en un sens symbolique : un « cœur incirconcis » est un cœur qui conserve une impureté réprouvée par l’Éternel (Lévitique 26.41 ; Deutéronome 10.16 ; Deutéronome 30.6, cf. Actes 7.51). On trouve aussi les expressions « lèvres, oreilles, incirconcises » (Jérémie 6.10 ; Actes 7.51).
Dans l’Église primitive, Paul eut à soutenir une âpre lutte contre ses adversaires judaïsants, pour décider si les païens pouvaient être reçus dans la communauté chrétienne sans la circoncision. Comme on le sait, Paul eut finalement gain de cause (Actes 15) ; mais cette question vitale — qui impliquait l’observation de toute la loi mosaïque (Galates 5.3) — fut le roc sur lequel se brisa l’union primitive du christianisme et du judaïsme, et qui servit de fondement à l’édifice de la pensée paulinienne sur le salut par grâce, sans les œuvres de la loi (cf. Galates 2.16 ; Galates 6.16). Aussi dans toute l’œuvre de Paul retrouvons-nous l’affirmation joyeuse que la véritable circoncision est un culte spirituel fondé sur la foi en Jésus-Christ (Philippiens 3.3). R. de R.
Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com
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