Dictionnaires bibliques
Apotre
Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Apotre », un article après l’autre.
Dictionnaire de la Bible (Bost)
(v. l’art précédent), missionnaire, messager, envoyé.
On désigne spécialement sous ce nom les douze disciples que notre Seigneur chargea d’une façon particulière de fonder son Église. Après sa résurrection, il les envoya prêcher l’Évangile et baptiser ; et non seulement il leur donna le pouvoir de faire des miracles, mais encore il voulut qu’ils pussent conférer ce pouvoir à d’autres. Leurs noms se trouvent en Matthieu 10.2 ; Marc 3.16 ; Luc 6.14 ; Actes 1.13.L’ordre dans lequel ils sont nommés paraît arbitraire. Quelques-uns ont cru qu’ils étaient rangés suivant l’ordre dans lequel ils furent appelés ; mais il paraît d’après Jean 1.40, qu’André fut le premier qui reçut vocation, tandis qu’il n’est nommé que le second dans Matthieu, le cinquième dans Marc. D’autres ont cru y voir l’établissement d’une espèce de hiérarchie commençant par Pierre et finissant par Judas Iscariot ; mais, s’il y a peut-être quelque chose de vrai dans les extrêmes, il n’en est pas de même pour les intermédiaires, et la preuve en est dans le fait que l’ordre n’est pas le même dans les quatre catalogues qui nous en sont donnés. Quant à Judas Iscariot, il va sans dire qu’on ne pouvait lui donner d’autre place que la dernière ; il n’y a pas besoin de supposer une hiérarchie pour cela. Cinq d’entre eux nous ont laissé des écrits, Matthieu, Jean, Pierre, Jacques le Mineur et Jude. Nous les retrouverons, du reste, à leur article spécial.
Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com
L’article dans BostDictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)
Ce nom vient du grec Apostolos, qui signifie un envoyé. Le Hébreux avaient leurs apôtres, qui étaient envoyés par leur patriarche, pour recueillir chaque année certaine espèce de tributs que les Juifs lui payaient, et qui étaient appelés aurum coronarium. On prétend que, dès avant Jésus-Christ, ils avaient une autre sorte d’apôtres, dont l’emploi était de recueillir le demi-sicle, que chacun des Israélites devait payer par tête au tabernacle, ou au temple du Seigneur (Exode 30.13 Matthieu 17.23). Les députés qui avaient soin de faire payer ce demi-sicle avant la destruction du temple, pouvaient être appelés apôtres. Mais je ne remarque pas distinctement que ce nom leur ait été donné, comme il le fut à d’autres officiers des grands-prêtres, et des chefs du peuple, qui étaient envoyés pour porter leurs ordres dans les villes et dans les provinces, dès qu’il s’agissait des affaires de la religion.
Par exemple, saint Paul fut député. synagogues de Damas, potir arrêter et mettre en prison ceux qui professaient la religion de Jésus-Christ. Cet apôtre fait allusion à cette coutume, selon la remarque de saint Jérôme, lorsqu’à la tête de son Épître aux Galates, il dit qu’il est apôtre, non de la part des hommes, ni par l’autorité d’aucun homme, mais par Jésus-Christ. Comme s’il disait qu’il n’est pas apôtre, à la manière de ceux qui se voyaient parmi les Juifs, qui ne tenaient leur mission que des princes des prêtres, ou des principaux de la nation, mais qu’il était apôtre de Jésus-Christ même.
Eusèbe et le même saint Jérôme parlent aussi des apôtres qui furent envoyés par les Juifs, pour décrier Jésus-Christ et ses disciples. Saint Justin le martyr, dans son dialogue contre Tryphon, dit qu’ils envoyèrent ceux qu’ils appellent apôtres, qui portèrent des lettres circulaires pleines de calomnies contre les chrétiens. Saint Épiphane, parlant de ces apôtres, remarque que c’était parmi les Juifs un emploi fort honorable et fort lucratif.
À l’égard des apôtres de Jésus-Christ, ils furent les premiers et les plus distingués de ses disciples ; il leur donna la principale autorité, les remplit de son Esprit, les fit dépositaires de ses mystères, et les choisit du milieu de tous ceux qui le suivaient, pour établir sur eux l’édifice de son Église. Jésus-Christ les envoya, après sa résurrection, dans tout le Inonde, pour prêcher et baptiser au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit ; leur donna le pouvoir de faire toutes sortes de miracles et de guérisons.
Voici les noms des douze apôtres choisis par Jésus-Christ : 1. Pierre, 2. André, 3. Jean l’Évangéliste, 4. Philippe, 5. Jacques le Majeur, 6. Barthélemi, 7. Thomas, 8. Matthieu, 9. Simon, 10. Thadée, ou Jude, 11. Jacques le Mineur, 12. Judas d’Iscariote. Ce dernier ayant trahi son Maître, et s’étant pendu de désespoir, on choisit en sa place saint Matthias. Enfin saint Paul, ayant été converti d’une manière miraculeuse, par Jésus-Christ même, a été compté parmi les apôtres du premier rang. Nous donnerons en particulier la vie de chaque apôtre sous son titre.
Les ennemis du christianisme n’ont cessé de déclamer contre les apôtres, depuis les Juifs qui les accusaient d’être des magiciens, et les philosophes comme Porphyre ou Celse qui les déclaraient débauchés et imbéciles, jusqu’à Dupuis qui les a astronomisés ou plutôt escamotés, comme l’a dit un homme d’esprit, et jusqu’à un M. Reghellini de Schio, qui les prend pour ces Juifs qui, sous le nom de zélateurs, firent à leur patrie les maux dont Josèphe nous a laissé le triste tableau ; ils ont tant déclamé, dis-je, qu’il serait à propos de présenter des considérations générales sur ces premiers héros du christianisme ; mais la nature de ce Dictionnaire ne nous permet pas de nous étendre autant que le suivi semble le demander. Aussi, nous bornerons-nous à indiquer des ouvrages où on trouvera quelques-unes de ces considérations, par exemple, la Démonstration évangélique d’Addison, sect. V ; l’Histoire de l’établissement du Christianisme de Bullet, notes 7, 12, 20, 36 ; la Certitude de la Religion révélée, par Statler, chapitre 7 art. 2
Je ne puis cependant m’empêcher de faire ici deux citations, parce que j’aurai lieu d’y renvoyer de plusieurs articles. Le témoignage des savants païens touchant la prédication de l’Évangile par les apôtres est une très-grande preuve en faveur de la croyance chrétienne relativement à la mission des apôtres, si les savants païens ont pu s’informer par eux-mêmes de la vérité de l’histoire de Notre-Seigneur. Addison l’a bien senti, et c’est de cette preuve qu’il s’occupe dans la section de son ouvrage que nous avons indiquée. Nous trouvons dans le Cours de littérature de M. Amédée Duquesnel, professeur de l’Université de Paris, un passage qui se rapporte à cette même question et que voici : a Saint Paul vient établir à Rome une école fréquentée sans doute de préférence par les enfants, les pauvres et les esclaves, mais qui ne fut peut-être pas inconnue aux philosophes. Il en est un surtout qui a dû la connaître ; c’est ce bel esprit curieux, ce courtisan si bien informé des choses de son temps, cet homme universel qui était à la recherche de toutes les idées nouvelles, Sénèque, le premier moraliste peut-être de toute l’antiquité. On a prétendu qu’il avait existé une correspondance entre lui et saint Paul, et que même elle était parvenue jusqu’à nous ; mais, sans accepter un témoignage qui ne paraît nullement authentique, il suffit de lire avec attention les ouvrages du stoïcien, pour croire qu’en effet son intelligence a pu être éclairée d’un reflet des idées chrétiennes (Voyez Sénèque).
Sénèque a fait un beau livre sur la Providence, qui, du temps de Cicéron, n’avait pas encore de nom à Rome. Il parle de Dieu avec le langage d’un chrétien, car non-seulement il l’appelle Notre Père, mais il veut, comme dans l’Oraison Dominicale, que sa volonté soit faite. Il enseigne qu’il doitêtre honoré, et ainsi il voit entre les hommes une parenté naturelle qui touche presque à la fraternité universelle des disciples du Christ. Avec quelle force il revendique les droits de l’humanité pour l’esclave né de la même origine que nous, asservi par le corps, mais libre par l’esprit ! Et lorsqu’il parle à mots couverts, sous la vive impression d’un souvenir qui perce à travers les voiles d’une fiction philosophique, du supplice des premiers martyrs dont il avait été témoin dans les jardins de Néron, lorsque après avoir décrit le pal qui traverse le cou et sort par la bouche, la tunique tissée et revêtue de tout ce qui peut servir d’aliment à la flamme le glaive qui vient rouvrir les blessures à demi fermées et faire couler un sang nouveau par les plaies devenues des cicatrices, il montre la victime au milieu de ces tortures, calme, souriant et souffrant de bon cœur, regardant ses entrailles à découvert, et contemplant ses souffrances de haut : Invictus ex alto dolores suos spectat ; lorsque enfin il s’écrie : Que celui dont l’âme a conçu l’éternité ne s’effraie donc d’aucune menace ! comment s’effraierait-il celui pour qui la mort est une espérance ? ne croirait-on pas entendre quelque légende chrétienne, et faut-il s’étonner que quelques Pères l’aient appelé dans une sorte d’enthousiasme reconnaissant : Seneca noster ?
Après Sénèque, sont venus Epictète, Marc Aurèle qui se sont élevés d’un degré de plus encore dans l’échelle de la sagesse, parce qu’alors le soleil du christianisme avait monté lui-même de quelques degrés sur l’horizon social. Leurs méditations sont une introduction à la vraie religion, dont ils semblaient dignes d’être les disciples…
Nous pourrions ajouter à ces noms ceux des grands jurisconsultes Ulpien, Paul, Gaïus, qui firent pénétrer dans le vieux droit romain, dur, si inflexible, si exceptionnel, les doctrines de Sénèque, leur maître, et les principes immuables de la raison et de la justice.
Voici maintenant un coup-d’œil historique sur le pouvoir législatif des apôtres ; ce morceau, dû aussi à une plume laïque, embrasse en résumé plusieurs questions importantes :
Les apôtres, dit M. Charles de Riancey avaient reçu l’ordre du Maître au moment où il s’élevait sur les nuées. Ils allèrent donc ; et dans les cités, dans les bourgs, dans les campagnes, partout où se porta leur marche, ils répandirent la parole divine. Certes, ils ne doutaient pas de leur mission : Il y en a, dit saint Paul (Galates 1.7-8), qui vous troublent, qui veulent renverser l’Évangile du Christ. Mais quand nous vous annoncerions nous-mêmes, ou quand_ un ange du ciel vous annoncerait un autre Évangile que celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit anathème. Une autre fois il écrit (1 Corinthiens 7.10) : Que ceux qui sont mariésne renvoient pas leurs femmes ; ce n’est pas moi qui le défends, c’est le Seigneur. À mesure qu’ils s’avançaient, ils fondaient des églises sur leur passage ; et celles-ci, gardiennes de la foi, conservant le dépôt précieux de la vérité, en communiquaient elles-mêmes à l’entour la précieuse semence, germe de nouvelles églises. Voilà, en effet, comment toutes les églises particulières ont été fondées, voilà comment on en voit naître encore sous les pas des missionnaires que députe aux infidèles le Siége éternellement apostolique. Toutes, elles ont la même source, la même origine, le même principe ; si elles sont les églises du Christ, elles ne sont que les branches produites par le même tronc. Toutes, elles remontent, par une généalogie manifeste, aux premiers propagateurs du christianisme, toutes, elles en sont les filles, ou, au moins et à divers degrés, elles en sont les directes et légitimes descendantes.
Seuls, les apôtres pouvaient leur donner la vie ; seuls, ils pouvaient aussi transmettre à l’Église universelle le pouvoir qui leur a. été transmis par le Fils de Dieu au nom du Père tout-puissant. Qui prêchera s’il n’en a reçu mission ? On ne prend pas de soi-même un pareil honneur, mais il faut y être appelé par Dieu comme Aaron (Romains 10.15 Hébreux 5.14). Dans la nouvelle loi, comme dans l’ancienne, nul ne peut se présenter sur sa parole. Pour parler au nom du Christ, il faut être envoyé, autorisé par le Christ ; la transmission d’une pareille dignité est évidemment indispensable. Ceux-là mêmes qui sont élus par une vocation extraordinaire, comme saint Paul, doivent, comme lui, en aller demander la consécration aux pieds de saint Pierre.
Mais quel est ce pouvoir que Notre-Seigneur Jésus-Christ a donné à ses apôtres, ce pouvoir qu’ils ont exercé en particulier et tous ensemble, ce pouvoir qu’ils ont transmis à l’Église et que l’Église possède à jamais ? Pour le connaître, voyons-le dans son exercice, dans toute son étendue, dans toutes ses attributions, tel qu’ils en usèrent. Tonte chose a sa démonstration en elle-même : le soleil n’a pas besoin de se prouver autrement que par, la lumière qu’il répand sur le monde.
Remarquons-le toutefois, car c’est un point important, quoiqu’il ne soit point controversé. Parmi les droits et priviléges dont jouirent les apôtres, il en était qui ne devaient point passer nécessairement à leurs successeurs, mais qui leur avaient été concédés en propre, qui étaient attachés à leurs personnes, qui devaient mourir avec eux. Qui ne le conçoit ? Alors que le sang du Sauveur était encore, pour ainsi parler, tout chaud sur la terre ; dans un temps où la diffusion immédiate, instantanée et universelle de la foi, pouvait paraître un signe nouveau et éclatant de son origine ; quand surtout l’humanité gémissait depuis un si long temps dans l’esclavage, se désespérait sous le poids de ses fers et semblait arrivée à l’agonie suprême et à la mort, n’aurait-il pas été digne de la justice et de la miséricorde divines de répandre avec plus d’abondance et d’activité la grâce de la rédemption et de la vie ? Quoi de plus naturel aussi que de voir quelque puissance spéciale et quelque dignité d’honneur accordées extraordinairement par le Maître souverain à ses propres disciples, qui l’avaient vu, qui l’avaient entendu, qui avaient conversé et vécu avec lui, qui avaient été directement instruits par sa bouche et qu’il laissait après lui comme ses représentants ? C’est ainsi que tous les apôtres reçurent personnellement, comme saint Pierre, la mission de prêcher, de baptiser, d’instruire, de fonder des églises, d’établir des évêques et d’imposer des lois aux évêques aussi bien qu’aux simples fidèles confiés à l’autorité pastorale. Ajoutez à cela les autres grâces que le Roi souverain daigna leur accorder comme des lettres de créance à ses ambassadeurs ; caractères spéciaux et exceptionnels, tels que le don des miracles, le don des langues, le don de l’infaillibilité que chacun d’eux posséda en particulier, et qui manifestaient leur mission surnaturelle dans l’ordre triple des faits, de la parole et de la pensée.
Quant à ces droits extraordinaires de l’apostolat, les compagnons de Pierre furent ses égaux, mais ils n’en restèrent pas moins soumis à leur chef, parce que celui-ci avait une juridiction suprême, universelle et immédiate sur toute l’Église. Saint Léon l’explique : Entre les bienheureux apôtres, l’honneur était semblable, mais il y avait une distinction d’autorité ; car si l’élection de tous était du même ordre, il n’avait été donné qu’a un seul d’être le supérieur de tous.
Il y avait aussi des droits ordinaires que les apôtres durent transmettre aux successeurs nommés par eux et qui font le droit général. Ainsi, quelles étaient leurs principales fonctions, leur occupation capitale, leur but nécessaire ? Annoncer la destrudlion de l’idolâtrie, la connaissance du vrai Dieu, les mystères de l’incarnation du Verbe et de la rédemption du genre humain, la grâce du Christ qui remet les péchés, l’espérance qu’elle nous donne en nous rendant accessible la vie éternelle, les moyens enfin par lesquels cette grâce auguste s’obtient, se conserve et se développe ; proclamer la foi, enseigner qu’elle est nécessaire pour le salut et prémunir les fidèles contre les séductions de l’erreur ; enfin, si quelque controverse s’élevait, répondre à toutes les questions, résoudre tous les problèmes, de-finir et juger, voilà par où ils commençaient toujours. Puis, quand la bonne nouvelle avait été proclamée, quand la parole évangélique avait gagné les esprits et était descendue dans les cœurs, marquer les croyants du sceau du baptême, les faire entrer dans l’Église à travers cette eau régénératrice, les inscrire dansles rangs de la milice chrétienne, et dès-lors leur accorder successivement la communication de ces biens spirituels qui soutiennent l’âme dans le temps et la rendent capable de gagner l’éternité, c’était alors leur soin et leur devoir ; car il nè leur avait pas été dit seulement : Allez et enseignez, mais aussi : Baptisez toutes les nations. Dans cette parole, toute leur conduite était tracée, parce que le baptême est le sacrement d’où découlent tous les autres ; parce qu’il marque les chrétiens du sang de l’Agneau et les rend dignes de l’héritage céleste ; parce qu’enfin, selon l’expression de Fénélon, c’est la porte du christianisme et le fondement de tout l’édifice spirituel. Et l’on voit, en effet, qu’après avoir lavé de cette façon sur leur front les dernières traces de la condamnation ancienne, les envoyés du divin Maître continuaient en son nom à faire descendre l’Esprit-Saint sur les disciples, à leur remettre leurs péchés, à les appeler à la table eucharistique, à bénir leur union qu’ils élevaient par la grâce à une dignité nouvelle, à recruter parmi eux l’ordre du sacerdoce, et enfin à sanctifier leurs derniers moments comme ils avaient béni leur berceau, par une auguste et sainte onction.
Les fidèles dnt donc accepté par la foi la société une, sainte, catholique et apostolique. Ils sont entrés par le baptême dans la cité choisie ; ils y vivent dans l’union par la communauté des sacrements ; ils forment le bercail, le peuple, le royaume de Dieu. Mais si ce bercail, ce peuple, ce royaume, sont constitués, reste le gouvernement quotidien, la vigilance de tous les jours ; reste à conduire ceux qui font partie de la société nouvelle dans les droites voies où il faut qu’elle marche ; il s’agit de façonner, de former la vie des chrétiens sur la doctrine qui leur a été prêchée. En effet, les apôtres règlent tous les actes, toute la conduite, toutes les mesures, avec autant de fermeté que de prudence ; aucun détail n’est négligé : à leur sollicitude scrupuleuse, à leur exactitude austère, à leur sévérité paternelle, à leur dévouement infatigable, on reconnaît évidemment la pensée qui les dirige ; on sent qu’ils ne croyaient pas qu’il y eût rien d’indifférent à la dignité chrétienne. Que si, en définitive, toute beauté doit résider dans l’Église, si la loi tout entière n’est que l’imitation du Dieu fait homme ; si conséquemment tout doit être composédans la vie du croyant de façon à reproduire, autant que possible, l’image vivante proposée pour modèle, on le comprend, les plus pardonnables négligences sont encore des violations de la règle. Il est donc de devoir non-seulement de croire et de pratiquer la vérité dans les choses essentielles, mais aussi de s’en rapprocher en toutes circonstances de toutes les forces que Dieu nous a données. Et aussi, l’Apôtre ne se contente pas d’ordonner l’observation des grands préceptes et des devoirs parfaits et imparfaits ; mais il descend ensuite aux plus simples xeconamandations ; il ne veut pas qu’on sacrifie même ce qui n’est que de convenance. N’oubliez ni la vérité, ni la pudeur, ni la justice ; ne négligez rien de ce qui intéresse la sainteté, une aimable candeur, la bonne réputation, tout ce qui pourrait toucher à la vertu, à la perfectionde la discipline. Ce sont les paroles de saint Paul (Philippiens 4.8).
Dans cette sphère, l’autorité des apôtres est incessamment active ; elle s’y meut, elle s’y exerce sans cesse ; cependant elle ne s’y borne pas, et elle paraît dans mille autres occupations. Sur le terrain catholique, il n’y a pas un point où elle ne se trouve, qu’elle ne vivifie et qu’elle n’éclaire.
Il suffit de se rappeler que le Christ n’a pas voulu réduire en préceptes tout ce, que dans les détails, l’Église devait, selon les temps et les lieux, pratiquer ou négliger, permettre ou défendre. Il l’a remise sous la direction perpétuelle et assurée du Saint-Esprit. J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne sauriez les porter maintenant. Lorsque l’Esprit de vérité sera venu, il vous enseignera toute vérité (Jean 16.12-13). Ainsi dans le droit sacré il y a une loi positive, proférée directement par Dieu ; il y a aussi une autre loi portée par une autorité humaine et néanmoins sacrée, établie par Dieu ; de telle sorte que cette loi n’a pas moins de force que l’autre, puisque le Seigneur a dit : Qui vous écoute m’écoute ; qui vous méprise me méprise (Luc 10.16). Et d’autre part ; Si quelqu’un n’écoute pas l’Église, qu’il soit comme un païen et comme un publicain (Matthieu 18.17). C’est de cette loi que découlent presque tous les réglements de discipline, et les apôtres en instituèrent pour leur part un grand nombre.
Parmi les prescriptions établies pour régulariser, par une sorte de police intérieure, l’existence de l’Église et son action spirituelle, citons-en seulement quelques-unes tirées de leurs Épîtres. On les voit s’occuper de l’usage et des abus des agapes, du don des langues et de la prophétie ; de la tenue et de la conduite des femmes dans les assemblées, des prières publiques pour les puissances, du ministère des veuves dans les affaires de la religion (1 Corinthiens 11.20-22 ; 1 Timothée 2.2 ; 5.9). La tradition constante de l’Église affirme aussi qu’ils ne laissaient pas tomber en désuétude l’exercice du jeûne recommandé par Jésus-Christ lui-même, selon le témoignage de Saint Matthieu (Matthieu 9.15) : Un jour viendra où, l’Époux vous aura été enlevé, et alors vous jeûnerez. Elle constate aussi que diverses prescriptions sur les vigiles des fêtes, les rites mortuaires, la célébration de la Pâque et plusieurs solennités religieuses, remontent d’une manière indubitable jusqu’à l’institution des apôtres.
À la même origine se rapportent, plus évidemment encore, s’il est possible, les coutumes qui président au choix et au recrutement des ministres dans la sainte hiérarchie. L’Apôtre des gentils écrit à Timothée : Je suis une victime ; le temps de mon sacrifice approche, hâte-toi de venir vers moi (2 Timothée 4.6-8). Le prince des apôtres dit encore plus nettement : Je crois juste de vous élever en dignité pendant que je suis encore sous la tente ; car je vais bientôt plier ma tente (2 Pierre 1.13-14). Or, il y a trois conditions nécessaires pour arriver à la dignité de l’ordre et où l’autorité apostolique se manifesta clairement. En premier lieu, elle a défini les qualités requises pour obtenir la délégation de l’ordre. En second lieu, elle a consacré cette délégation, ce choix, par une solennité, par des cérémonies, par des formes sacramentelles, telles que la prière, le jeûne, l’imposition des mains réservée aux évêques ; ce qui fait, ce qui constitue l’ordination. En troisième lieu, elle a prescrit des canons auxquels les ministres, revêtus du signe sacerdotal, doivent se conformer dans leur conduite et dans leurs fonctions. Je vous écris, dit l’un des apôtres, pour que vous sachiez comment vous conduire dans la maison de Dieu. Les conseils, les exhortations, les commandements ne manquent pas aux pasteurs institués de la part de ceux ont communiqué leur autorité (1 Timothée 3.2-7 Tite 3.14 2 Timothée 1.13 Actes 6.3-6 ; 13.2-5). Notre-Seigneur a dit à saint Pierre : Pais mes brebis et mes agneaux. Saint Pierre dit, à son tour, à ses coopérateurs : Paissez dans le troupeau de Dieu la portion qui vous a été confiée, non comme contraints et forcés, mais spontanément et selon Dieu ; que ce soit, non par le honteux appât du gain, mais par un libre effet de votre volonté ; non pour imposer un joug effet clercs, mais pour inspirer votre esprit à votre troupeau (1 Pierre 5.2-3).
Telle est la vie de chacun des douze, telle est l’étendue du pouvoir qu’ils exercent et dont leur histoire fait foi. Cette action de chacun deux avait pour principe la mission divine, l’institution confiée directement par le Fils de Dieu. Toutefois, il entrait dans les devoirs de leur apostolat de consulter leur prince, de se réunir et de convoquer des assemblées dans l’Église ; de tenir, pour ainsi parler, de saints comices autour de Pierre, s’ils croyaient utile qu’il en fût ainsi pour l’accomplissement de leurs charges ; et souvent ils le firent soit pour prendre quelque décision générale, soit pour arrêter quelque point important dans les affaires communes, soit dans les cas toujours graves de schisme, de trouble et d’hérésies. C’est au milieu d’une assemblée chrétienne que Matthias a été élu ; plusieurs fois encore Jérusalem verra se tenir ces augustes séances où les apôtres, joints au premier pasteur, commencèrent ainsi leurs décrets : Il a plu au Saint-Esprit et à nous (Actes 1.15 ; 4.23 ; 6.4-8 ; 11.2 ; 15.1). Voilà l’origine des conciles… [Voyez Concile].
À ce simple exposé, et quand on considère ce que le divin Maître a voulu faire par l’entremise de ses envoyés, on conçoit comment l’Église joint avec honneur à tous ses titres (Une, Sainte, Catholique) celui d’Apostoliqtie. Et qu’on ne craigne point du reste que le tableau soit infidèle, que tous les traits n’en soient pas d’une exactitude rigoureuse, que rien dans l’ensemble ou dans les détails ait été retranché, ajouté ou modifié. Nous avons dit la vie des apôtres telle qu’ils l’ont dite eux-mêmes. Le livre de leurs Épîtres réunies, leur correspondance publique et avouée par tous les fidèles qui la reçurent ; le livre où ils ont déposé comme l’acte et le procès-verbal authentique de toute leur conduite : tels sont les témoignages qui établissent et qui prouvent ce récit. Et quoi de plus net et de plus sûr que ces mémoires et ces lettres ? quoi de, plus certain que cette histoire racontée à la postérité par ceut-là mêmes qui en sont les personnages, et fortifiée par l’assentiment de tous ceux avec lesquels ils furent en communication continuelle ?
Résumons-nous, maintenant. Le pouvoir des apôtres fut un pouvoir d’inspection, un pouvoir législatif, un pouvoir exécutif. À chaque pas qu’ils font en avant, ces conquérants portent leurs regards en arrière, non pour reculer, mais pour assurer leur victoire. Ils ne se contentent pas de propager la foi, il faut qu’ils la maintiennent et la conservent. Aussi ils ne ferment pas leurs paupières ; ils ne dorment pas ; ils ont l’œil partout. Saint Pierre se rend ce témoignage : J’ai passé parmi vous tous. Mon cœur est saisi d’une grande sollicitude pour toutes les églises, témoigne aussi saint Paul (2 Corinthiens 11.28). Les douze prient et veillent, et leur vigilance ; ils la recommandent et la coinrnuniquent aux évêques qu’ils instituent : Veillez, veillez sur le troupeau (Actes 20.28-41). C’est toujours le même conseil. Ils rappellent les lois que la vigilance des pasteurs doit établir, conserver, appliquer. Leurs lettres, dit saint Chrysostome, sont des sois écrites. Elles étaient acceptées ainsi ; elles étaient sanctionnées par ce principe : Qui vous écoute m’écoute. Elles embrassaientt toute matière. Dans une de ses Épîtres, saint Paul trace des règles de procédure à l’égard du prêtre, et décide qu’il ne saurait être accusé que sous la responsabilité de deux ou trois témoins (1 Timothée 5.19). Enfin, ils exécutaient personnellement ou faisaient exécuter la loi qu’ils avaient proclamée. On sait la sentence portée contre l’incestueux de Corinthe, contre Simon le magicien, contre des hérétiques ; et quelles déclarations d’ailleurs : Que voulez-vous ? voulez-vous que nous venions armés de la verge ou animés de la charité (1 Corinthiens 4.21) ?
Ce triple pouvoir législatif, exécutif et d’inspection, c’est le pouvoir de l’Église : il y a existé sans cesse ; il y existe encore. Son droit est la parole de Dieu ; son origine est l’origine apostolique ; son but est de maintenir toujours l’Église telle que Notre-Seigneur Jésus-Christ l’a fondée : Une, Sainte, Catholique, Apostolique.
Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com
L’article dans CalmetLexique de la Bible (Lelièvre)
Ce mot provient du grec apostolos, dont le radical apparaît sans déformation dans l’adjectif apostolique. Apôtre signifie messager ou, mieux encore, délégué, missionnaire, c’est-à-dire personnage muni de toute l’autorité de celui qui l’envoie. — La tradition la plus ancienne semble n’avoir donné ce titre d’apôtre aux disciples qu’à l’occasion de la mission spéciale que Jésus leur confia quand il les envoya, deux à deux, pour prêcher ta repentance et guérir les malades. (Marc 3.13-19 ; 6.7-13, 30). Mais cette désignation des Douze devint bientôt habituelle et servit à les distinguer des autres disciples. Luc l’emploie déjà de ta sorte (Luc 17.5 ; 24.10 ; Ac 1.2 ; etc.). Le Nouveau Testament contient quatre listes des Apôtres : Mat 10.2 ; Marc 3.16 ; Luc 6.14 ; Ac 1.13, cette dernière omettant naturellement Judas Iscariot.
Ces listes ne contiennent pas les douze noms dans le même ordre, mais elles des groupent invariablement en séries de quatre, dans chacune desquelles ce sont les mêmes apôtres qui figurent, exactement comme s’il y avait eu, en fait, trois escouades de disciples. De plus, dans toutes ces listes, chaque groupe de quatre noms débute invariablement par le même, exactement comme si chaque escouade avait eu, en fait, son chef désigné ; Pierre, pour la première ; Philippe, pour la seconde, et Jacques, fils d’Alphée, pour la troisième. Ce nombre de douze apôtres paraît avoir eu une signification symbolique et avoir correspondu, dans la pensée de Jésus, aux douze tribus israélites (Mt 19.28). En un sens absolu ce nombre était limitatif. Il fallut le compléter, après la disparition de Judas (Ac 1.15-26), mais on comprend qu’on n’envisageât pas la possibilité de le dépasser en instituant un treizième, un quatorzième apôtre. C’est probablement là une des raisons (il y en avait d’autres) pour lesquelles les prétentions de Paul à l’apostolat (Galates 1.1), soulevèrent dans certains milieux de violentes oppositions (1Co 9.2). Dans ce sens absolu du mot, le titre d’apôtre était réservé aux hommes qui avaient partagé la vie de Jésus durant son ministère et qui étaient les témoins de sa résurrection (Ac 1.21-22). — Cependant le mot apostolos appartenait au langage courant et y conservait sa signification habituelle de messager, délégué ou missionnaire. Il arrivait donc qu’on l’employât, même dans l’Eglise, avec son sens ordinaire et ce fut le cas, par exemple, quand les chrétiens de l’Eglise d’Antioche choisirent, parmi leurs « prophètes et docteurs », Barnabas et Paul pour leur confier une mission d’évangélisation chez les païens (Ac 13.2-3). Ils étaient les délégués, les apôtres de cette communauté entreprenante. Aussi Lue n’hésite-t-il pas, en racontant leur apostolat, à leur donner ce titre, généralement réservé aux Douze (Ac 14.4 ; 14.14). Et on sait que Paul a fait de même en parlant de ses compagnons d’évangélisation. Il écrit ses deux lettres aux Thessaloniciens en sort propre nom et au nom de Silvain et de Timothée ; et c’est de lui-même et de ses deux compagnons qu’il dit : « Etant apôtre du Christ, nous aurions pu nous imposer à vous ; or, au contraire, nous avons été pleins de douceur parmi vous » (1Th 2.6-7).
Dans une autre épître il parle d’Andronicus et de Junias, ses parents et ses compagnons de captivité, et il écrit « Ils sont distingués entre les apôtres et même ont été en Christ avant moi » (Romains 16.7). — Quoi d’étonnant si Paul a revendiqué pour lui-même le titre apostolique, étant donné, en outre, qu’il remplissait une des conditions essentielles demandées à ceux qui faisaient parti du cercle restreint des Douze ? N’avait-il pas été témoin, lui aussi, de la résurrection du Seigneur (1Co 9.1) ? — L’autorité impliquée par le titre d’apôtre n’est nulle part définie formellement dans le Nouveau Testament. Deux exemples nous permettent cependant d’en apprécier l’étendue et la signification. Lors de l’institution des sept diacres nous voyons les apôtres convoquer « une réunion de tous les disciples » chargés d’élire des hommes « pleins d’Esprit saint, sages et considérés ; l’élection faite, c’est aux apôtres que revient la charge de les consacrer solennellement par l’imposition des mains » (Ac 6.1-6). Plus tard, lorsque fut soulevée la grave question de savoir si les païens convertis devaient être astreints à observer toute la loi rituelle des Juifs, le débat fut porté devant « les Apôtres et les Anciens (voir ce mot) » de Jérusalem, qui formulèrent leur décision dans une lettre dont le ton est celui d’une fraternelle recommandation plutôt que d’un ordre formel, et dont l’autorité est toute morale (Ac 15). Dans les Eglises fondées par Paul, l’apôtre exerce une réelle autorité en nommant les Anciens, en communiquant le don de l’Esprit, en tranchant toutes sortes de questions relatives tant à la vie privée des chrétiens qu’à la vie sociale de la communauté et à son culte (Actes 14.23 ; 19.6 ; 1Corinthiens chapitres 6, 7, 8, 10, 11, 12, 14 ; etc., etc.). — Les rapports de l’apôtre Paul avec les Douze sont empreints à la fois d’un sens très net de son indépendance et du désir le plus fraternel d’agir en communauté d’esprit avec eux.
Lexique de la Bible — Charles Lelièvre, source levangile.com
L’article dans LelièvreDictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)
Grec apostolos (duvoir apostelleïn = envoyer), rend un mot hébreu (racine châlakh) qui désigne tout mandataire de Dieu ou des hommes (Ésaïe 6.8 ; 1 Rois 14.6).
Les prophètes d’Israël, porteurs du message divin, étaient déjà au premier chef des apôtres. « L’apôtre, dit le Talmud, est comme l’homme même par qui il est délégué ». Il a donc toutes les qualités d’un ambassadeur.
Plus spécialement le terme apôtre a été appliqué par Jésus aux Douze qu’il avait choisis, formés, envoyés pour évangéliser. L’Église y a vu une prérogative exclusive des premiers disciples à qui Jésus conféra le don du Saint-Esprit, et qui auraient reçu de lui le pouvoir de le transmettre à d’autres.
D’où la doctrine de la succession apostolique (voir article), par laquelle ceux-là seulement sont prêtres de Dieu ou pasteurs qui ont reçu l’imposition des mains des successeurs des apôtres de Jésus. Outre qu’il est impossible de contrôler si cette chaîne reliant le clergé officiant aujourd’hui aux premiers disciples du Christ n’a jamais été interrompue, et qu’il est plus probable qu’elle l’a été dans les faits maintes fois, la manière dont l’apostolat nous est présenté dans les temps primitifs témoigne nettement que le terme d’apôtre au premier siècle était d’une application générale et nullement exclusive.
Sans doute, les douze apôtres choisis par le Christ pour l’aider dans son ministère et chargés par lui de continuer ce ministère après son départ (Matthieu 10.2; Luc 6.13) ont été ses envoyés directs, les apôtres au sens strict (cf. Actes 6.2 ; Actes 6.6), ceux dont le témoignage est normatif. C’est à ce titre qu’on peut parler de la « doctrine des apôtres » (Actes 2.42).
Toutefois, il ne faut pas oublier qu’à l’origine Judas était parmi eux, en sorte que la parole de Jésus dans Jean 17.18, « comme tu m’as envoyé, je les ai aussi envoyés », ne s’applique déjà plus au collège des Douze au complet. Quand l’Église remplace dans ce collège des Douze Judas par Matthias, ce ne sont pas les Onze, c’est l’assemblée des cent vingt qui établit le nouvel apôtre dans ses fonctions (Actes 1.15).
Si la doctrine ecclésiastique de la succession apostolique avait existé de ce temps-là, les choses se seraient passées moins démocratiquement.
D’autre part, Saul de Tarse devint apôtre sans le concours du collège des Douze, appelé directement par le Seigneur. Ce fut un simple disciple de la communauté de Damas, Ananias, qui lui imposa les mains et l’introduisit dans sa charge (Actes 9.10). Devenu prophète et docteur de l’Église syrienne d’Antioche, il reçut de ses pairs, en dehors des Douze, voire de toute autorité palestinienne, la consécration par l’imposition des mains (Actes 13.3) en vue de l’œuvre apostolique, laquelle devait lui permettre de dire un jour, en parlant des Douze, « j’ai plus travaillé qu’eux tous » (1 Corinthiens 15.10). Le caractère d’apôtre, que les judéo-chrétiens étroits ne cessèrent de lui contester, avait été conféré à Paul d’autorité divine, par vision céleste (Actes 26, cf. 1 Corinthiens 9.3 ; 2 Corinthiens 12.12).
Bien qu’il n’appartînt pas au collège des Douze, le témoignage de l’apôtre des Gentils n’en a pas été moins normatif pour cela, et nul n’a connu, dans la formation des premières communautés chrétiennes, un champ d’action comparable au sien (1 Corinthiens 15.10). Le titre d’apôtre appartenait aussi à Jacques, frère du Seigneur et chef de l’Église de Jérusalem (Galates 1.19). Il est porté par Barnabas (Actes 14.14 ; 1 Corinthiens 9.5-6), par Andronique et par Junias (Romains 16.7). Sylvain et Timothée, associés à Paul dans les lettres aux Thessaloniciens, y sont présentés comme des apôtres, au même titre que Paul (1 Thessaloniciens 2.6). Parlant des épreuves subies par Apollos et lui dans leur ministère, Paul écrit : « Nous, les apôtres » (1 Corinthiens 4.1 ; 1 Corinthiens 4.6 ; 1 Corinthiens 4.9) - Quand il parle des prédicateurs judaïsants qui, tout en annonçant le même Sauveur que lui, décriaient son ministère, Paul les appelle des apôtres : (2 Corinthiens 11.5) emporté par sa controverse, il les appelle plus loin de faux apôtres (2 Corinthiens 11.13). Si le titre d’apôtre avait été l’apanage des Douze, Paul ne prendrait pas tant de peine à démontrer que ceux qui le combattaient à Corinthe ne méritaient pas ce nom.
On peut se demander, après toutes ces constatations, si, lorsque Paul dit dans 1 Corinthiens 12.28 : « Dieu a établi dans l’Église, premièrement les apôtres, etc. », il a en vue le collège des Douze, auquel, d’ailleurs, il n’appartenait pas, et s’il ne désigne pas plutôt une catégorie de disciples du Christ dont les Douze furent les premiers, — possédant le titre avec une autorité exceptionnelle puisqu’ils avaient été les compagnons du Maître, les témoins de sa résurrection, — mais qui comprend en même temps qu’eux et après eux, dans tous les siècles et toutes les églises, les personnalités mises à part « par Dieu et non par les hommes » (cf. Galates 1.1), pour « faire les fonctions d’ambassadeurs pour Christ » (2 Corinthiens 5.20) et mener, avec tous ses risques, le grand combat de l’Évangile (2 Timothée 4.1-8). Les autres fonctions mentionnées par Paul : prophètes, docteurs, guérisseurs, gouverneurs, etc., s’exercent au sein de la communauté ; seul, l’apostolat est tourné vers les frontières du Royaume de Dieu, et les apôtres sont chargés du recrutement de ce Royaume. Ils sont envoyés par Jésus qu’ils représentent, pour évangéliser à l’extérieur du cercle chrétien et pour admonester à l’intérieur ceux qui trahissent sa cause. Missionnaires de l’Esprit, l’appel d’En-haut les a voués à la prédication du : « Réveille-toi, toi qui dors, et te relève d’entre les morts, et Christ t’éclairera » (Éphésiens 5.14). Ils n’ont rien de la caste sacerdotale.
Induire du texte « Dieu a établi dans l’Église premièrement les apôtres », que les douze apôtres primitifs ont été seuls gratifiés par Christ de lumières révélatrices et officiellement investis de pouvoirs qui ne pouvaient être transmis à l’Église que par l’imposition de leurs mains, c’est méconnaître le sens des Écritures. L’étude impartiale de l’ensemble des textes évangéliques oblige de constater que le collège des Douze n’a reçu du Christ l’exclusivité ni de la prédication (1 Corinthiens 9.16 ; Galates 2.7 ; 2 Timothée 4.2), ni du don des miracles (Luc 10.1-20), ni de la transmission de l’Esprit saint (Actes 10.44 ; Actes 11.17), ni de « l’Esprit de vérité » qui devait conduire les témoins du Christ « dans toute la vérité » (Jean 16.13 ; Actes 6.10 ; Actes 8.35, voir les lettres de Paul, de Jacques, aux Hébreux), ni de l’imposition des mains en vue du ministère (Actes 13.3), ni du pouvoir de lier et de délier (Matthieu 18.18). Tout cela, les Douze l’ont reçu les premiers, mais ils n’ont pas été les seuls à le recevoir dès l’origine ; aucun texte ne leur confère le monopole du ministère spirituel, non plus que le droit exclusif de le transmettre à d’autres.
Tout ce que l’on peut dire, c’est que le fait d’avoir accompagné Jésus dans son ministère, d’avoir reçu ses enseignements, et d’avoir entendu son : « Allez et enseignez toutes les nations… » leur valut une considération exceptionnelle, que l’on retrouve déjà dans la recommandation donnée par Paul et par Timothée de « garder les ordonnances qui ont été décrétées par les apôtres » (Actes 16.4). Mais si l’on voulait, avec la notion catholique, inférer de là que les Douze furent les seuls fondateurs de l’Église (Batiffol), il serait aisé de répondre que, dans les recommandations de Paul et de Timothée, les Anciens de Jérusalem sont aussi bien que les Douze les auteurs des ordonnances qu’il s’agit de garder. Les Douze devaient bien moins que l’apôtre Paul évangéliser « jusqu’aux extrémités de la terre » ; et Batiffol lui-même est obligé de concéder que « les Douze ont synthétisé une prédication qui avait été l’œuvre collective d’apôtres peut-être plus nombreux » (cf. Luc 10.1-17). Nous n’en demandons pas davantage. D’ailleurs le contenu du Nouveau Testament et le fait que plus des deux tiers des livres qui le composent ont été écrits par d’autres que par les Douze, montrent avec évidence que Jésus ne confia pas à ceux-ci le privilège exclusif de poser le fondement doctrinal (Symbole des Apôtres) et de donner l’investiture épiscopale dans l’Église apostolique (imposition des mains).
Ceci constaté, il est juste de reconnaître que très vite, et dès le IIe siècle avec Ignace, l’Église, par souci d’unité et d’autorité, manifesta la tendance de tout ramener aux douze compagnons de Jésus-Christ. Ainsi la Didachè s’intitulera : Doctrine du Seigneur aux nations par les douze apôtres. Il n’en demeure pas moins que Paul et Barnabas ne firent point partie des Douze, et ce seul fait suffit pour maintenir le bien-fondé de tout ce que nous avons exposé plus haut. La tradition, dont l’évolution à travers les siècles-a donné l’Église romaine, a créé un état de choses que le Nouveau Testament n’introduit ni ne légitime.
Sans doute la nécessité de l’ordre amena bien vite la société chrétienne, sous ses formes diverses, à exiger que les ministres du Christ fussent instruits, éprouvés et consacrés serviteurs de leurs frères par les corps constitués de l’Église, mais ce n’est pas à une prérogative, à une succession dite apostolique qu’ils doivent leur crédit ni leur puissance ; ce sont leurs œuvres vivantes qui manifestent qu’ils sont marqués du sceau divin. Harnack dit avec raison que « le caractère charismatique n’exemptait personne de voir son mandat reconnu et contrôlé par la communauté ».
Jésus lui-même est appelé « l’Apôtre » par l’auteur de l’épître aux Hébreux (Hébreux 3.1) parce qu’il a parfaitement représenté Dieu sur la terre. En la quittant, il a légué à ses disciples non un système de dogmes, une législation, un monopole sacerdotal, mais la charge et la force de continuer sa vie. Dans la mesure où un chrétien reproduit parmi les hommes le Christ qu’il prêche, il est un apôtre. Il est en même temps le continuateur de la vraie tradition chrétienne ; car ici, tradition (du latin tradere = transmettre, passer de main en main) suppose la communication d’une vie : comment communiquerait-on une vie, si soi-même on ne la possède pas ? Et si on ne la possède pas, s’imaginerait-on la recevoir magiquement par une imposition des mains, une ordination quelle qu’elle soit ? Toute la morale de l’Évangile s’oppose à une telle conception. Il est exact de dire que la seule Église authentiquement chrétienne est l’Église apostolique, à condition de se souvenir qu’on affirme par là que l’Église est une société dirigée non par une caste sacerdotale qui tiendrait son pouvoir d’une succession apostolique, mais par la chaîne des apôtres qui, de siècle en siècle, reproduisent dans leur ministère et transmettent par leur vie la Vie du Christ.
Bibliographie
- Calvin, Institution chrétienne, 1. IV, chapitre 3 ;
- Vinet, Théologie pastorale ;
- A. Harnack, Les origines de la constitution de l’Église et du droit ecclésiastique aux deux premiers siècles, 1910 ;
- P. Batiffol, L’Église naissante et le catholicisme, édition 1922.
Alexandre Westphal
Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com
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