Dictionnaires bibliques
Apocalypse
Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Apocalypse », un article après l’autre.
Dictionnaire de la Bible (Bost)
Mot grec qui signifie révélation, et qui a été conservé en français pour désigner le livre de l’Écriture dans lequel Jean a consigné les merveilles qu’il lui avait été donné d’avoir dans l’avenir touchant Christ et son Église, comme le reste de l’humanité, Juifs compris. L’authenticité de cet ouvrage, accrédité généralement pendant tout le second siècle, n’a commencé à être mise en question que par un certain Caïus qui vivait au commencement du troisième, et qui l’attribuait à l’hérétique Cérinthe. Après lui, Denys d’Alexandrie rapporte le fait de l’opinion de Caïus ; pour son propre compte il ne peut l’admettre, il pense que l’Apocalypse a été écrite par un homme pieux, nommé Jean, mais il n’ose affirmer que ce soit le même que l’apôtre frère de Jacques, fils de Zébédée. Eusèbe épouse la même hypothèse qui lui paraît un bon juste milieu, quoique dans ses premiers ouvrages (Démonstration évangélique) il eût admis l’opinion générale que Jean le théologien était l’auteur de l’Apocalypse. Avant Caïus quelques hérétiques, Marcion en tète, avaient nié l’authenticité de ce livre ; mais ce témoignage est plutôt une preuve en sa faveur, vu la qualité des opposants. Quant à la Peshito, qui ne comprend plus l’Apocalypse, elle serait le seul témoin de quelque autorité qu’on pût invoquer dans ce sens, s’il était prouvé que cette lacune est aussi ancienne que la traduction elle-même : or c’est le contraire qui paraît établi. Kplirem, au quatrième siècle, s’est évidemment servi d’une traduction syriaque qui comprenait l’Apocalypse, (v, l’Einleitung de Hug, et Steiger, Introd. génér. aux livres du N. T., p. 47 à 51.)
Les témoignages en faveur de l’Apocalypse sont a la fois plus anciens, plus nombreux et plus respectables ; ce sont : Irénée, qui rapporte les paroles de personnes qui avaient connu l’apôtre Jean ; Polycarpe, Papias de Hiérapolis, Mélithon de Sardes, Apollonius d’Éphèse, Justin martyr ; Théophile d’Antioche, Clément d’Alexandrie, Tertullien, l’Église du deuxième siècle tout entière, les millénaires et les anti-millénaires, même les montanistes, tous ont reconnu cette authenticité.
Au troisième siècle, nous trouvons d’abord le fragment de canon dit de Muratori ; Cyprien, Hippolyte, Jacques d’Edesse et Ebed Jesu, Origène, Méthodius, l’évêque Népos d’Égypte.
Au quatrième, chez les Latins, Lactance, Victorinus de Petanio, Commodien, Jérôme, le concile d’Oippone de 393, celui de Carthage 397, etc. : dès lors il n’y a plus de doutes dans l’Église latine ; chez les Grecs, Grégoire de Nysse, Grégoire de Nazianee, Cyrille de Jérusalem, Basile le Grand, Epiphane de Chypre, Athanase, Didyme d’Alexandrie, Cyrille d’Alexandrie, etc., etc.
À l’époque de la réforme, où toutes les anciennes traditions durent subir l’épreuve d’un examen à compte nouveau pour laisser la vérité reprendre ses droits légitimes, l’authenticité de l’Apocalypse passa par des crises difficiles, Luther la nia assez librement en 1522, avec plus de modération en 1534 ; Zwingle partagea cette manière de voir ; Théodore de Bèze, au contraire, traita d’une manière solide les anciens témoignages qui établissent que ce livre est de l’apôtre Jean, et Calvin paraît avoir partagé cette opinion, quoiqu’il n’ait pas essayé d’ouvrir un système d’interprétation sur le contenu de ce livre.
Dans le dix-huitième siècle où chacun se borna presque exclusivement à douter et à nier, tantôt en vers, tantôt en prose, on douta naturellement aussi de l’Apocalypse. D’Abauzit, de Genève, commença ; l’école moderne peut le revendiquer comme son maître. Après lui vinrent successivement Michaélis qui doutait, OEder, Semler, Merkel, etc, qui ne doutaient plus, mais qui affirmaient hardiment que Cérinthe était l’auteur de l’Apocalypse. L’opinion contraire fut défendue par Twells, Wolff, Schmid, Hartwig, etc., et surtout par Storr dont l’ouvrage est encore utile ; v. aussi Bengel.
Nommons enfin dans notre siècle, parmi les adversaires, Heinrichs, De Wette, Bretschneider, Ewald, Schott et Lucke ; parmi les défenseurs, Hug, Schulz, Hemsel,Winer, Guericke ; l’ouvrage de Lucke a en outre été réfuté dans la Gazette évangélique de Berlin par Hsevernick, 1834, numéros 88-91, et par Steiger 1835, numéros 14, 15, 22, 23.
Il ressort, de ce qui précède, que les témoignages historiques sont décidément en faveur de l’Apocalypse. Quant aux caractères intérieurs, il est clair que ce livre, seul en son genre, seul prophétique parmi ceux qui sont sortis du christianisme, ne saurait être jugé d’après l’analogie des autres écrits du Nouveau Testament. Le style et le caractère rhétorique des ouvrages d’un même auteur peut toujours varier, et même considérablement, suivant le sujet et la matière traitée.
Jean eut ces révélations pendant son exil à Patmos, dans les dernières années du règne de Domitien, et il les mit par écrit lorsqu’il fut de retour à Éphèse, vers l’an 96 ou 97.
Il n’entre pas dans notre plan d’examiner quel fut le but de l’apôtre, quelle est la portée de ses révélations, le sens de ses prophéties, la clef de tous ses mystères. Toutefois, il n’est pas hors de propos de dire un mot de l’oubli dans lequel ce livre est tombé, et de l’indifférence avec laquelle une partie considérable de la chrétienté le lit ou le ferme. Beaucoup de personnes l’excluent de leur lecture habituelle ; elles reculent et préfèrent donner plus de temps à la méditation des autres portions de la Bible qu’elles ont plus de chance de comprendre, et qu’elles peuvent plus facilement s’approprier. L’Apocalypse les désoriente, les déconcerte ; leur sens chrétien ne trouve dans ce livre ni la nourriture, ni la clarté dont il a besoin, et parmi les vérités révélées il choisit de préférence celles dont la révélation est claire et complète, intelligible et point mystérieuse. On peut comprendre sans peine cette manière de faire, et chacun peut-être l’a pratiquée pour ce qui le concerne, à une époque ou à une autre de sa vie religieuse ; mais comprendre n’est pas excuser. Dès qu’on admet que l’inspiration divine a dicté à l’apôtre ses magnifiques révélations, il faut admettre que la lecture de ce livre doit être pour le chrétien une source de bénédictions qu’il ne lui est pas permis de dédaigner, ou de trouver trop difficiles à exploiter. On oublie trop d’ailleurs que l’Apocalypse est une révélation, dont le sens par conséquent peut être trouvé, et doit être cherché ; et, tout en avouant l’obscurité qui enveloppe cette révélation des choses futures, encore pénétrera-t-on mieux cette obscurité par le travail que par l’absence de recherches. Si beaucoup d’opinions erronées ont été mises au jour, si des essais infructueux ont été faits, si plusieurs théologiens ont fini par déclarer qu’ils n’entrevoyaient aucune solution satisfaisante aux énigmes de la prophétie, pourtant un grand pas est fait ; leur ignorance consciencieuse et savante est tout autre, moins pénible, plus honorable, plus éclairée que l’ignorance volontaire et complète sur ces sujets ; ils ont gagné cela tout au moins de connaître les difficultés de l’interprétation, de savoir quelles sont les questions débattues, et de pouvoir facilement rapporter aux choses qu’ils savent ignorer, celles qu’ils découvrent à mesure ; et c’est déjà beaucoup que de connaître les questions auxquelles on ne peut pas répondre. À force de chercher, d’ailleurs, on finit par trouver, et, selon la remarque de Newton, il n’est pas un interprète qui n’ait fait faire un pas à cette science de la prophétie.
Ajoutons que, s’il y a dans l’Apocalypse des profondeurs insondables, il s’y trouve aussi des passages dont l’intelligence est facile : « Un lecteur ordinaire, dit le docteur Lowth, peut trouver une grande édification dans les hymnes magnifiques chantées à Dieu et à Jésus-Christ ; il peut découvrir dans ce livre plusieurs vérités importantes, telles que l’adoration d’un Dieu suprême en opposition au culte des créatures, la foi dans les mérites de Jésus-Christ pour obtenir uniquement de lui le pardon, la sanctification et le salut ; la patience et la vigilance avec laquelle nous devons attendre l’avènement de Jésus-Christ et de son règne, en professant avec fermeté la vraie foi, et en pratiquant la sainteté, quels que soient les obstacles qu’il faille surmonter, etc., etc ». Un autre théologien, qui ne saurait être accusé d’un grand enthousiasme pour l’Apocalypse, le docteur Lucke, dans sa préface à cet ouvrage, s’exprime ainsi : « Le théologien qui admet la canonicité de l’Apocalypse n’est plus libre de l’employer ou de ne pas l’employer pour la construction systématique d’une dogmatique chrétienne, ou pour l’édification populaire d’une paroisse. Si ce livre est reconnu canonique, il est tout aussi nécessaire de le méditer dans le culte public que de l’exposer dans des leçons ou dans des commentaires ».
La grande difficulté que l’on rencontre dans l’étude de ce livre provient de ce que, depuis longtemps déjà, l’on a pris l’habitude d’y chercher des prophéties relatives à l’histoire passée de l’Église, et par conséquent d’en regarder une bonne partie du moins comme étant déjà accomplie ; on y a vu toutes les persécutions de l’Église : Néron, Julien, les mahométans, les guerres des Sarrasins, la papauté, les Albigeois, le protestantisme, les missions, Napoléon, etc. Il n’est dès lors pas surprenant que chacun se contentant de vagues allusions, y trouve, comme dans les nuages, des ressemblances avec l’objet qui le préoccupe. Si ces oracles étaient accomplis, il n’y aurait sur leur signification ni doute, ni hésitation, ni divergence. Ce qui importe donc, lorsqu’on lit ce livre, c’est d’y chercher les destinées futures, finales de l’Église, l’histoire de la grande lutte qui doit précéder immédiatement la seconde venue du Sauveur. Il importe également de s’en tenir, autant que faire se peut, au sens littéral (les emblèmes et les symboles ne sauraient être assujettis à cette règle). La méthode symbolique ne provient que du besoin de se donner plus d’aisance et de liberté dans l’interprétation des prophètes afin de pouvoir les rapporter aux temps passés, au gré de ses caprices et de son imagination ; elle est fatale aux interprètes comme à la vérité elle-même.
Au milieu de la foule de livres et d’opuscules qui ont traité de l’Apocalypse, commentaires, brochures, etc., nous ne mentionnerons en français que Basset, (3 vol.) diffus et peu sobre ; Vivien, d’un usage facile, mais un peu trop sûr de son fait ; Barbey, faible exégète, plus scripturaire en apparence qu’en réalité, consciencieux et quelquefois intéressant ; les Pensées de W. B. Newton sur l’Apocalypse (traduit de l’anglais), grave et sage, mais trop absolu, et quelquefois exagéré quant à la notion d’Église ; puis une quantité de brochures sur des points spéciaux, publiées à Genève, chez Kaufmann, et appartenant presque toutes à l’école de Plymouth ; Digby, lîurgh, Uartley, Cumming, Elliott en anglais. En Allemagne, on a sur ce sujet peu d’ouvrages de valeur ; on annonce un commentaire de Hengstenberg.
Ce livre se trouve en germe dans les prophéties de Daniel, lesquelles renferment une histoire anticipée de l’Eglise de Dieu dans son assujettissement aux puissances de ce monde, qui y sont représentées par quatre bêtes. Cette histoire comprend tous les temps qui devaient s’écouler depuis la fin de la théocratie juive jusqu’au jour glorieux où le Fils de l’Homme viendra pour rétablir le royaume d’Israël.
La période de la domination funeste de ces bêtes forme une grande semaine d’années prophétiques, dont les sept années (temps) de la démence de Nébucadnetsar sont peut-être un symbole, laquelle commence avec la chute de Samarie et la déportation des dix tribus par le roi d’Assyrie, et s’étend jusqu’au commencement du son de la septième trompette de l’Apocalypse, époque à laquelle les royaumes de ce monde seront remis, et où les saints seront mis en possession du royaume. Cette période forme donc un grand calendrier prophétique de 2320 ans, ou sept fois 360 ans. Les 1260 jours prophétiques de Daniel et de Jean, désignés aussi par trois ans et demi (d’années), en forment la dernière moitié. Les trois premières bêtes, celles qui désignaient les Babyloniens, les Perses et les Macédoniens, avaient déjà été englouties, du temps de Jean, par la quatrième bête, qui représentait la puissance romaine. Ainsi, les prophéties de l’Apocalypse ne concernent que cette dernière, qui existait alors seule sur la terre. Le théâtre de l’Apocalypse, c’est donc l’empire de Rome.
Les destinées de cet empire et de l’Eglise qu’il renferme, sont écrites dans le livre mystérieux scellé de sept sceaux (5.1ss). C’était un grand volume formé de sept volumes distincts, roulés l’un sur l’autre à la manière des livres anciens. L’arrangement de toutes les prophéties apocalyptiques est admirable ; elles suivent un ordre chronologique. Le septième volume, sept fois plus grand que les six premiers, renferme la vision des sept trompettes, laquelle nous conduit jusqu’à la fin des temps, et pareillement, la septième trompette, qui est la dernière (cf. 1 Corinthiens 15.52 ; 1 Thessaloniciens 4.16), comprend les sept coupes par lesquelles la colère de Dieu est accomplie. Ainsi le septième volume, la septième trompette et la septième coupe, se terminent tous ensemble avec la chute du dernier royaume terrestre et l’établissement du règne visible de Jésus-Christ sur la terre.
A ce grand volume scellé, l’esprit de prophétie a ajouté un codicille, ou une récapitulation prophétique : c’est le petit livre ouvert qui commence par ces mots : « Il faut que tu prophétises derechef » etc., (10.11). Ce livre ouvert concerne principalement les événements des 1260 jours prophétiques de la révolte de l’Eglise de Rome, et nous en trouvons l’archétype dans les visions du prophète Ezéchiel, contenues dans le petit livre qui lui fut donné à manger (Ézéchiel 2.8).
Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com
L’article dans BostDictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)
Ce terme signifie en général révélation, et en particulier, l’Apocalypse ou la révélation qu’eut saint Jean l’évangéliste, dans l’île de Pathmos, où il avait été relégué par Domitien. Caïus, prêtre de l’Église de Rome, qui vivait sur la fin du second siècle de l’Église, semble assurer que l’Apocalypse était de l’hérésiarque Cérinthe. Saint Denis, évêque d’Alexandrie, dit que quelques-uns l’attribuaient à Cérinthe, que, pour lui, il la croit d’un sain t homme nommé Jean ; mais qu’il ne voudrait pas assurer qu’elle fût véritablement de l’apôtre et évangéliste de ce nom. Il passe toutefois pour constant dans l’Église, que l’Apocalypse est de l’apôtre saint Jean, fils de Zébédée et frère de Jacques ; et les doutes de Caïus et de Denis d’Alexandrie n’ont pu empêcher que toute l’antiquité ne la lui ait attribuée d’une manière unanime.
L’Apocalypse n’a pas toujours été reconnue dans l’Église pour canonique. Saint Jérôme, Amphilochius, Sulpice-Sévère, remarquent que de leur temps il y avait plusieurs églises de Grèce qui ne recevaient point ce livre. Il n’est point dans le catalogue dressé par le concile de Laodicée, ni dans celui de saint Cyrille de Jérusalem ; mais saint Justin, saint Irénée, Origène, saint Cyprien, saint Clément d’Alexandrie, Tertullien, et après eux, tous les Pères des quatrième et cinquième siècles et des siècles suivants, citent l’Apocalypse comme un livre canonique. Les hérétiques nommés Aloges, par saint Épiphane, les Marcionites et les disciples de Cerdon, Luther et plusieurs autres nouveaux hérétiques, ont aussi rejeté l’Apocalypse de saint Jean ; mais cela même prouve qu’elle était reçue par les églises catholiques ; et les protestants mêmes ont abandonné Luther en cela, et Bèze a fortement soutenu l’authenticité et la canonicité de l’Apocalypse contre ses objections.
L’Apocalypse contient vingt-deux chapitres. Les trois premiers contiennent une instruction aux évêques des sept églises de l’Asie Mineure, qui sont Éphèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie, Laodicée. Les quinze chapitres suivants contiennent les persécutions que l’Église a souffertes de la part des Juifs, des hérétiques et des empereurs romains, principalement de la part de Dioclétien, de Maximien Hercule, de Galère-Maximien, de Sévère, de Maxence, de Maximin et de Licinius, et enfin de Julien l’Apostat. Après cela, on y voit la vengeance que le Seigneur a exercée contre la personne des persécuteurs, contre l’empire romain et contre la ville de Rome, désignée sous le nom de Babylone, la grande prostituée, assise sur sept collines. Enfin, les chapitres 19, 20, 21 et 22 renferment la description du triomphe de l’Église victorieuse de ses ennemis, des noces de l’Agneau, du bonheur de l’Église triomphante. On peut voir plus au long ce qui regarde l’Apocalypse dans les dissertations que M. l’abbé Du Pin a jointes à son analyse de ce livre, et dans la Préface que nous avons mise à la tête de notre Commentaire sur l’Apocalypse [L’Apocalypse est peu lue : c’est un livre si obscur ! voilà ce que l’on dit. Oui, et il n’est personne qui n’en convienne ; mais, malgré son obscurité, on ressent en le lisant, dit Bossuet, l’impression la plus douce et en même temps la plus magnifique de la majesté de Dieu ; il y paraît des idées si hautes du mystère de Jésus-Christ, une si vive reconnaissance du peuple qu’il a racheté de son sang, de si nobles images de ses victoires et de son règne, avec des chants si merveilleux pour en célébrer la grandeur, qu’il y a de quoi ravir le ciel et la terre. Il est vrai qu’on est à la fois saisi de frayeur en y lisant les effets terriblres de la justice de Dieu, les sanglantes exécutions de ses saints anges, leurs trompettes qui annoncent ses jugements, leurs coupes d’or pleines de son implacable colère, et les plaies incurables dont ils frappent les impies ; mais les douces et ravissantes peintures dont sont mêlés ces affreux spectacles jettent bientôt dans la confiance, où l’âme se repose tranquillement, après avoir été longtemps étonnée et frappée au vif de ces horreurs. Toutes les beautés de l’Écriture sont ramassées en ce livre ; tout ce qu’il y a de plus touchant, de plus vif, de plus majestueux dans la loi et dans les prophètes, y reçoit un nouvel éclat, et repasse devant nos yeux pour nous remplir des consolations et des grâces de tous les siècles.
Quoique D. Calmet renvoie à son Commentaire, je crois utile de rapporter ici ses réflexions sur les beautés de l’Apocalypse. De fort habiles critiques, dit-il, admirent l’art et la beauté de cet ouvrage. On sait les éloges que saint Jérôme lui a donnés ; saint Denis d’Alexandrie ne parle qu’avec admiration du fond de l’ouvrage. Henri Morus croit qu’il n’y eut jamais d’ouvrage écrit avec plus d’art et de beauté ; tout y est pesé et mis en sa place d’ans la plus grande justesse. M. l’abbé Du Pin dit que le style de l’Apocalypse est élevé et prophétique, que toutes les narrations et descriptions de ce livre sont grandes, sublimes et exprimées en termes pathétiques qu’il est écrit avec beaucoup d’art et d’élévation. Les figures de l’ancien Testament y sont expliquées d’une manière très-juste, et les expressions des anciens prophètes y sont employées très à propos. Le ciel et la terre sont le théâtre de toutes les visions. Le Seigneur, l’Agneau, les anges, les puissances infernales, les rois de la terre, l’idolâtrie, en sont les acteurs ; et ce qu’ils représentent est retracé d’une manière vive et naïve qui frappe et qui touche sensiblement l’esprit des lecteurs. La narration en est simple et naturelle, mais en même temps grande et élevée, et les expressions en sont nobles et magnifiques. S’il y a quelque obscurité, elle n’est point dans les termes, mais dans les choses.
S’il m’est permis de joindre ma pensée à celles de ces grands hommes, continue D. Calmet, je reconnaîtrai ingénument que lorsque je commençai à travailler sur ce livre, je n’étais nullement prévenu en sa faveur. Je le considérais comme une énigme, dont l’explication était impossible aux hommes sans une révélation particulière. Je regardais tous les commentateurs qui ont entrepris de l’expliquer comme des gens qui, au milieu des ténèbres, vont à u hasard où les porte leur bonne ou mauvaise fortune. Mais en examinant cet ouvrage avec plus de soin, j’y ai remarqué des beautés comparables à tout ce qu’il y a de plus pompeux, de plus grand dans les prophéties d’Isaïe, de Daniel, de Jérémie, d’Ézéchiel. J’y ai admiré l’ordre, l’arrangement, le choix des faits, la lumière répandue à propos sur certains endroits obscurs ; les faits noblement enveloppés sous des figures naïves et expressives ; une infinité d’allusions magnifiques à ce qu’il y a de plus brillant dans les prophètes, et à ce qui se pratiquait de plus pompeux dans le temple : des peintures grandes et propres à inspirer du respect et de la frayeur, lorsqu’il s’agit d’attirer l’attention du lecteur sur quelque objet important : la majesté de Dieu, son pouvoir infini, son autorité absolue sur les empires, sur les rois, sur les choses du monde, marqués par des traits vifs et perçants. Le récit y est soutenu, vif, varié, léger, intéressant. Je n’ai point vu de poésie plus animée ; car tout y agit et tout y parle, et les caractères y sont admirablement conservés. Et quand on a une fois saisi le fil de l’histoire à laquelle il fait allusion, il vous semble lire une histoire écrite en figures ou embellie par les ornements de la poésie.
Après avoir cité le jugement d’un évêque et (l’un moinesur l’Apocalypse, il ne sera pas inutile de rapporter celui de deux savants plus modernes, puisqu’ils honorent l’époque où nous vivons ; l’un, littérateur célèbre, Charles Nodier ; l’autre, M. Rio, non moins distingué dans l’étude des beaux-arts que dans celle des lettres. Le premier s’exprime en ces termes : a Indépendamment de son Évangile, livre admirable, saint Jean, exilé par Domitien dans l’île de Pathmos, y a composé l’Apocalypse. On a appelé ce poëme, car c’est ainsi qu’il faut le nommer, l’épopée du jugement dernier, et nous ne connaissons point de définition qui puisse en donner une idée plus exacte. L’imagination n’a jamais embrassé de scènes plus imposantes, et l’homme ne s’est jamais servi, pour le représenter, de couleurs plus extraordinaires et plus merveilleuses.
M. Rio considère de plus l’Apocalypse sous le rapport de la peinture. L’Apocalypse, dit-il, est par elle-même un poënie sublime, ou plutôt c’est une œuvre qui n’a pas de nom dans le langage des hommes. Par son caractère essentiellement allégorique et mystique, elle échappe à toutes les formes, hormis à celle de l’art, encore cette exception n’a-t-elle lieu que pour les écoles fortement imbues de mysticisme, comme celle de Jean Van-Eych, qui peignit son chef-d’œuvre dans la cathédrale de Gand, d’après un des plus beaux passages de l’Apocalypse, et dont le disciple Hemmelink retraça le même sujet dans les charmantes peintures qui décorent l’hospice de Saint-Julien, à Bruges. Que des lilliputiens littéraires viennent donc après cela plaisanter aux dépens de l’Apocalypse et de ses commentateurs !
Apocalypse de Saint Pierre
Livre apocryphe dont parlent Eusèbe et saint Jérôme, et que saint Clément d’Alexandrie avait cité dans ses Hypotyposes. On n’en a plus rien aujourdhui, que l’on sache. Sozomène dit que de son temps on lisait l’Apocalyse de saint Pierre dans l’église, le jour du vendredi saint, auquel tout le peuple jeûnait très-religieusement, en mémoire de la passion de notre Sauveur. [Ce livre, qui paraît avoir été composé peu de temps après la mort du prince des apôtres, contenait des prédictions sur la ruine de Jérusalem et sur l’état futur de l’Église. Théodote, qui vivait au second siècle, le cite. On en trouve, dans les Institutions divines de Lactance (livre 4 chapitre 21) un fragment contenant une révélation de Jésus-Christ à saint Pierre et à saint Paul, touchant la guerre des Romains contre les Juifs, et les maux qui devaient l’accompagner et la suivre].
Apocalypse de Saint Paul
Livre apocryphe, qui était en usage parmi les Gnostiques et les Caïanites. Ce livre contenait, selon la prétention de ces hérétiques, les choses ineffables que l’Apôtre avait vues pendant son ravissement, et qu’il dit aux Corinthiens qu’il n’est pas permis de divulguer (2 Corinthiens 12.4). Sozomène dit que plusieurs moines de son temps faisaient grand cas de cet ouvrage, et assuraient qu’on l’avait découvert par une révélation divine, sous l’empire de Théodose, à Tarse, dans la maisur de saint Paul, où elle était cachée dans un coffre de marbre, sous la terre ; mais Sozomène s’étant informé de ce fait, auprès d’un ancien prêtre de l’Église de Tarse, ce prêtre lui répondit qu’il n’avait rien appris de cela, et qu’il croyait que cette histoire avait été feinte par les hérétiques.
Apocalypse de Saint Jean
Différente de la véritable Apocalypse dont on a parlé ci-devant. Lambécius dit qu’elle se trouve manuscrite dans la bibliothèque de l’empereur. Cod. 119, Biblioth fol. 108… 15.
Apocalypse de Cerinthe
Cet hérésiarque avait composé certaines révélations qu’il feignait avoir eues, dans lesquelles il parlait d’un règne terrestre et de certains plaisirs des sens que les saints devaient goûter durant mille ans à Jérusalem. On a déjà vu ci-devant que quelques anciens attribuaient à Cérinthe l’Apocalypse même de saint Jean, peut-être à cause de l’abus que cet hérétique faisait des paroles de ce saint Apôtre, pour autoriser ses rêveries.
Apocalypse de Saint Thomas
Elle n’est connue que par le decret du pape Gélase, qui la range au nombre des livres apocryphes.
Apocalypse D’Adam
Les Gnostiques, au rapport de saint Épiphane avaient une Apocalypse qu’ils attribuaient à Adam. On ne doute pas que ceux qui ont pris soin de faire cet ouvrage n’aient pris occasion de le forger de ce qui est dit dans la Genèse (Genèse 2.21), le Seigneur envoya un profond sommeil à Adam, ou, selon les Septante, il lui envoya une extase.
Apocalypse d’Abraham
Les hérétiques Séthiens avaient de même forgé une prétendue Apocalypse d’Abraham ; c’était, dit saint Épiphane, un ouvrage rempli d’ordures.
Apocalypse de Moyse
George Syncelle, parlant de cette Apocalypse, dit que ce passage de saint Paul aux Gatates en est pris (Galates 5.6 ; 6.15). Cédrène dit qu’il y a des auteurs qui veulent que cette Apocalypse soit la même chose que la petite Genèse, autre livre apocryphe connu des anciens.
Apocalypse D’Élie
Saint Jérôme dit que les hérétiques prétendaient que ce passage de saint Paul aux Corinthiens (1 Corinthiens 2.9) : L’œil n’a point vu, l’oreille n’a point ouï, et le cœur de l’homme n’a point compris ce que Dieu a préparé à ceux qui l’aiment ; que ces paroles, dis-je, sont prises de l’Apocalypse d’Élie. Origène, citant les mêmes paroles, dit qu’elles ne se trouvent nulle part que dans les livres secrets d’Élie.
Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com
L’article dans CalmetDictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)
(grec apocalupsis = révélation, premier mot du livre). Autant l’Apocalypse soulève de problèmes de détail qui semblent peu susceptibles de solutions incontestables, autant son caractère et son sens général se dégagent avec clarté. Les chrétiens d’Asie Mineure reçurent ce message de consolation et de triomphante assurance en un temps où la puissance romaine, avec un sûr instinct, accentuait de jour en jour son hostilité à l’égard des églises. Si le culte du César vivant pouvait s’accorder avec tous les cultes païens, il se dressait comme un défi à la royauté du Christ dont l’Église attendait le retour. Or, nulle part cette religion impériale ne trouvait plus de faveur qu’en Asie Mineure, terre légendaire d’accueil pour tous les autels, et dans ses cités prospères que tous ces cultes enrichissaient. Les églises vivaient donc en pleine tentation et en pleine menace. Vers la fin du premier siècle, les fidèles pouvaient considérer leur époque comme un temps de crise décisive, où se tranchait en un conflit dramatique la question de suprématie entre le Christ et les forces adverses. Les églises d’Asie, au dernier tiers du siècle, s’étaient augmentées d’éléments juifs, émigrés après la ruine de Jérusalem, et dont l’influence intensifiait le courant qui portait alors l’attente des âmes vers un dénouement prochain et catastrophique du drame du monde. Pour situer la vision de Jean, il faut tenir compte de l’existence de la littérature apocalyptique qui l’a précédée et accompagnée et qui avait servi d’expression et de refuge à l’âme juive dans la chute de ses ambitions terrestres. L’Église, d’abord persécutée par le judaïsme, puis par la Rome païenne, devait tenter de franchir les bornes du visible et de vivre par avance les heures triomphantes de la Seconde venue. Il fallait donc qu’une voix inspirée vînt rassembler, redresser, orienter avec une autorité prophétique et apostolique toutes ces aspirations, et donner à la langue eschatologique son chant chrétien. L’Apocalypse, en consolant l’Église, la ramène aux perspectives évangéliques. Son thème profond n’est pas le triomphe d’un peuple, même d’un Israël, mais celui du Christ, dont le règne englobe le salut de l’âme et la rédemption du monde. Il suit de là que :
- Pour expliquer l’Apocalypse il faut toujours tenir compte de son but tout pastoral, se souvenir des épîtres apostoliques au moins autant que des prophètes. Nous ne pouvons faire comme si la vision n’avait pas été d’abord destinée aux églises d’Asie, à une époque dont les caractères généraux nous sont connus. L’Apocalypse est la traduction en symboles d’une grande crise de la vie chrétienne. Elle veut rendre sensibles les « dessous » spirituels de cette crise : « Ce n’est pas contre la chair et le sang… » (Éphésiens 6.10-12). Elle va de l’historique au spirituel. Oublier ce principe pour chercher, au hasard des rapprochements, une petite histoire universelle sibylline, c’est refaire en sens inverse le chemin que l’Apocalypse fit faire à ses premiers lecteurs en leur montrant que le drame de leur persécution mettait en jeu les forces invisibles et comportait un enseignement en dehors du temps.
- L’Apocalypse se rattache littérairement à une famille d’écrits dont elle parle le langage et emploie les procédés. On ne peut donc chercher le sens des figures qu’elle emploie, comme si elles étaient sans analogues. Les églises étaient alors habituées à ce style. On trouve dans l’Apocalypse à côté d’innombrables réminiscences de l’Ancien Testament, des traces de figures païennes, de croyances astrologiques courantes. Nous ne saurions nous étonner, nous qui disons encore d’un homme heureux qu’il est né sous une bonne étoile, qu’en un temps où tous croyaient à cette influence, l’Apocalypse porte la marque très nette de l’emploi commun des concordances astrales. Mais tous ces matériaux servent à incarner une pensée nouvelle, qui les plie à son usage.
Plan
Le prophète décrit sa vision en une série de tableaux qui ne sa succèdent pas rigoureusement, mais sont comme emboîtés les uns dans les autres. Le 7e sceau paraît contenir et comme laisser se déployer la vision des trompettes, et la 7e trompette donner issue à la vision des coupes, comme si, de la dernière branche d’un chandelier sacré s’élevait un autre chandelier complet, et ainsi de suite. Cet emboîtement (pour parler avec le P. Allô) et les intermèdes qui prennent place entre les tableaux, rendent plus difficile l’analyse du livre. Une infinité de plans ont été proposés. Nous donnons ci-dessous un résumé qui fait ressortir le rythme septénaire, auquel paraît se conformer toute la pensée du prophète.
- Prologue. Vision du Tout-Puissant (Apocalypse 1.1-20)
- Lettres aux églises (Apocalypse 2.1-3.22).
- Le mystère redoutable du Livre (Apocalypse 4.1-5.14).
- L’Agneau brise les sceaux : les cavaliers surgissent, annonciateurs de désastres (Apocalypse 5.14-6.17).
- Intermède. Mais dans la lumière le Voyant contemple les vainqueurs (Apocalypse 7.1 ; Apocalypse 7.17)
- Le 7e sceau. Les plaies et les châtiments : les 6 premières trompettes (Apocalypse 8.1-9.21).
- Intermède. Le petit livre : les témoignages de Dieu, la loi et la prophétie demeurent, même à travers la mort (Apocalypse 10.1-11.14).
- La 7e trompette (les coupes). Tout s’accomplit, mais non sans un prodigieux conflit. Les adversaires du Christ (Satan et les deux Bêtes) lui font face : les 6 premières coupes sont versées. La bataille d’Harmaguédon (Apocalypse 11.16-16.18).
- La 7e coupe : l’ennemi est brisé. Vision du désastre de la grande Babylone (Apocalypse 16.17-18.24).
- Le triomphe et le triomphateur. Les nouveaux deux et la nouvelle terre. Les fidèles dans la gloire (Apocalypse 19.1-22.6).
- Conclusion. Seigneur, viens bientôt ! (Apocalypse 22.8-21)
Note sur les nombres
On a déjà vu la place du 7, qui tient à la structure du livre. Il exprime la plénitude, et s’applique d’abord à Dieu, à ses jugements, à son action. Les 7 esprits de Dieu = son omniscience ; les archanges qui le servent : en tout cas son omniprésence. On retrouve le 7 dans les doxologies (Apocalypse 5.12 ; Apocalypse 7.12), dans les Béatitudes (Apocalypse 1.3 ; Apocalypse 14.13 ; Apocalypse 16.15 ; Apocalypse 19.9 ; Apocalypse 20.6 ; Apocalypse 22.7 ; Apocalypse 22.14). Les 7 têtes de la Bête et du Dragon parodient la divinité. Le 7 revient 54 fois. Brisé, il a la valeur symbolique du malheur-la moitié de 7 ans = 3 ans ½ = 1 260 jours = 42 mois, est un temps d’épreuve (cf. Luc 4.25, qui ajoute 6 mois aux 3 ans de 1 Rois 18). Le 10 indique une période limitée ; le 1 000 une très longue période. 12 est le nombre d’Israël ou de l’Église. La mère du Christ a 12 étoiles en diadème ; l’arbre de vie donne 12 sortes de fruits. De même les multiples de 12 (24 vieillards, 12 000 stades, 144 000 fidèles). Le 3 se rapporte à la nature de Dieu. Le 4 est le nombre de la création. Il se combine au 3 et, par suite, au 12 pour les proportions parfaites de la Sion rachetée. On voit dans quelle impasse on s’engage quand on fonde des calculs chronologiques ou autres sur des chiffres qui ont avant tout une valeur symbolique. Le 666 de la Bête indique l’échec de l’Antéchrist, qui a paru près de détrôner le Messie. C’est aussi le nombre que donne le nom de Néron César, calculé d’après la valeur de ses lettres en hébreu.
Résumé et explication cursive
Après la salutation, le prophète indique qu’il s’agit d’événements prochains. Les sept églises sont choisies comme représentatives ; de plus on a montré qu’un circuit naturel les reliait pour la tournée d’un messager.
Ravi en esprit, le Voyant se trouve en face du Christ ceint de la ceinture royale et vêtu du blanc éclatant de la victoire. Ici, les cheveux blancs, attribut divin, signifient l’éternité ; l’épée : la Parole ; les pieds d’airain : empire inébranlable. Les étoiles qui sont « les anges des églises » et qu’il tient dans sa main disent à celles-ci certitude et sécurité.
1.
Les sept églises sont averties et consolées. Le Voyant s’adresse à leur ange (cf. Anges des sept églises). Toutes reçoivent le message : « Je sais tes œuvres… » On sent la connaissance précise de leur situation. Elles sont aux prises avec l’influence païenne. Éphèse, Smyrne, Pergame, centres païens importants : culte de Diane, d’Asklépios. Pergame : foyer du culte impérial (synagogue de Satan). Laodicée : ville riche, savante, où la médecine était cultivée. Elles ont déjà un assez long passé : « Souviens-toi… » Il y a des sectes. Les Nicolaïtes prétendaient remonter au diacre Nicolas, et tentaient sans doute un compromis avec le paganisme ambiant ; d’où l’accusation qui fait évoquer à leur sujet le rôle de Balaam (Nombres 25.1-6 ; Nombres 31.8 ; Nombres 31.16). La Jézabel dénoncée devait être des leurs. Le « caillou blanc » promis à ceux qui vaincront fait allusion aux amulettes païennes : mais l’amour de Dieu est la seule magie qui sauve et assure la victoire. L’étoile du matin est le Christ lui-même. On peut voir dans les vêtements blancs le corps glorifié, mais plus simplement le signe de la victoire.
2.
Perdant de vue la terre, le Voyant contemple la majesté divine. Pas de description de Dieu lui-même : seulement sa gloire et sa miséricorde (arc-en-ciel). Autour du trône 24 vieillards, sorte de cour angélique, représentent Israël et l’Église en louange ; 12 Patriarches, 12 Tribus ou Apôtres : sur la terre et dans le ciel prévaut le 12 du peuple de Dieu. L’origine du chiffre et de l’image est sans doute dans l’astrologie babylonienne, pour qui il y avait 12 divinités stellaires au nord et 12 au sud du zodiaque, avec fonction de juges célestes. D’ailleurs, même s’il a connu cette origine vraisemblable, le prophète chrétien en a fait un symbole à lui, très probablement en rapport avec Israël. Les quatre « êtres vivants » ou chérubins ont, à travers les prophètes, une origine semblable. Ils paraissent représenter ici la Création en louange perpétuelle devant le Créateur (cf. Ésaïe 6.1-4, Ézéchiel 1.12 et suivant). Les yeux dont ils sont couverts évoquent les constellations.
Ces images ne sauraient être dessinées : elles assemblent des pensées, non des formes ou des attitudes. Un critique trouve impossible le geste des vieillards, qui ne peuvent se prosterner sans renverser leurs coupes. Crainte superflue : ces gestes n’ont pas de réalisation visuelle rigoureuse. De même pour la grande apparition de l’Agneau : elle ne fait que juxtaposer les traits de sa puissance (cornes), de sa sagesse (7 yeux) et de son sacrifice (comme immolé). Le monde céleste — même les quatre êtres supérieurs — pressent le terrible secret du Livre, et ne peut y porter les regards.
3.
L’Agneau, parmi les hymnes, s’avance et brise les sceaux. À l’appel des quatre chérubins paraissent les cavaliers, porteurs de présages (cf. les chevaux dans Zacharie 1.8 ; Zacharie 6.1-8). Avec eux s’avancent la guerre, la famine et la peste. On a fort controversé le rôle du premier. Beaucoup y voient l’image de la marche triomphante de l’Évangile : mais alors pourquoi l’arc ? Il est plus conforme à l’ensemble du tableau d’y voir le signe de la gloire des armes ; alors le deuxième sceau complète le premier en montrant dans les flots de sang le véritable aspect de la guerre. Cependant les deux sens ont leurs difficultés comme leurs côtés satisfaisants. Cette difficulté paraît tenir à ce que les images ne sont pas entièrement neuves, mais adaptées, et ne se moulent pas exactement sur l’une ou l’autre idée. On a ingénieusement remarqué que les quatre cavaliers surgissent dans l’ordre et avec les fonctions distinctives que le calendrier astrologique attribuait aux signes zodiacaux du Lion (victoire), de la Vierge (guerre), de la Balance (ruine des céréales, abondance d’huile et de vin) et du Scorpion (épidémies). D’ailleurs les quatre êtres vivants en rapport avec la nature les appellent, et le premier des animaux est décrit lui-même comme « semblable à un Lion ». Le sixième sceau ouvert, voici un intermède. La scène est grandiose. Tandis que les quatre vents sont retenus, un ange vient marquer, avant la grande tourmente, les serviteurs fidèles. Ils portent le sceau protecteur de leur souverain. L’Israël des militants, des martyrs, est compté tribu par tribu : ils y seront tous. Et ensuite c’est la grande multitude des rachetés. Les deux foules vont se confondre devant le trône.
4.
Le septième sceau est ouvert. Les trompettes sonnent. Le jugement est promulgué et déclenché. Il y a là plutôt une progression de l’idée même qu’une succession réelle, chronologique, pour laquelle aucun point de départ n’est donné. Ce sont les scènes d’un drame qui représente le jugement, mais ne le raconte pas.
Les calamités des cinq premières trompettes rappellent les plaies d’Égypte. On doit se souvenir que dans le langage des Psaumes et des prophètes, et plus encore dans les apocalypses, la nature réfléchit et représente souvent les calamités ou joies humaines. Les collines sautent de joie, etc. En sorte que dans ces fléaux une large place doit être faite au symbole. L’étoile qui tombe est un symbole d’intervention céleste, de même que les révolutions raciales et sociales sont annoncées par les tremblements de terre, et le déclin et la chute des sociétés pécheresses par l’obscurcissement des astres (cf. Joël 2).
La nature est frappée la première : l’humanité sera spécialement visée par les trois dernières (les trois malheurs). De même avec les quatre coupes, les éléments seront frappés. On voit la place des groupes symétriques dans la composition des tableaux. Noter aussi l’indication schématique du caractère partiel encore des jugements : un tiers des eaux, etc. Tout cela fait voir que nous avons affaire à des tableaux qui représentent une idée — le ciel et la terre passeront… mais non une succession chronologique définie d’événements.
Mais voici venir les tourments qui donnent à l’homme le dégoût de la vie et lui font souhaiter le néant. Comme des nuées de sauterelles qui viennent parfois désoler les campagnes d’Orient, une invasion d’esprits malfaisants (cf. Apocalypse 16.13-14) monte de l’abîme. Déchaînée par « l’étoile » déchue (ange) qui lance cette offensive diabolique contre l’humanité, elle a à sa tête Apollyon (le « destructeur »). On pense ici à Apollon, à qui la sauterelle était un animal consacré : homonymie voulue et ironique sans doute. Mais les efforts de Satan sont d’avance contenus et limités. Toute identification historique tombe ici dans l’arbitraire : ce sont des symboles, non des événements. Pour la construction très complexe de l’image, on peut se souvenir de Joël (Joël 1 et Joël 2) et noter peut-être des éléments astrologiques. Le Scorpion joue en effet un rôle dominant. Or, depuis l’entrée dans le signe du Scorpion jusqu’à la fin de l’année il y a cinq mois (Apocalypse 9.5). L’image des 200 millions de cavaliers contient une allusion à la menace d’une invasion barbare et par suite évoque l’ébranlement du pouvoir romain, mais en transposant la menace dans le plan suprasensible : c’est une cavalerie infernale châtiant l’iniquité humaine. Notons aussi, pour souligner la complexité des éléments du symbole, que cette nuée de cavaliers suit les sauterelles exactement comme le Sagittaire (ou Centaure) suit le Scorpion dans le Zodiaque. Ces êtres de cauchemar peuvent avoir été en partie suggérés par les monuments de Smyrne ou de Pergame avec leurs chevaux monstres, à membres serpentiformes. Il s’agit toujours des souffrances et des fureurs que le péché déchaîne sur le monde. L’image n’est pas non plus sans parallèle dans l’apocalyptique juive (cf. pour ces fléaux les visions de Joël 2.4 ; Habakuk 1.5-10).
Avant la septième trompette, un intermède réconfortant pour les fidèles. L’ange de la souveraineté de Dieu apporte au Voyant un petit livre que, semblable à Ézéchiel (Ézéchiel 2.7-3), il doit manger. Le sens général de ce difficile passage est que le témoignage de l’Israël fidèle sera finalement justifié par la résurrection. Les deux témoins, Moïse et Élie, personnifient la loi et la prophétie, et leur fin surnaturelle les désigne pour incarner la certitude de l’ultime confirmation des promesses divines : mais à travers quelles péripéties, le passage (qui se rapporte surtout à Jérusalem) l’indique obscurément. La ville sainte sera ravagée par les païens, mais le sanctuaire même demeurera inviolé, symbole de l’intangibilité de l’Église fidèle. Le temps de persécution pendant lequel la Bête montée de l’abîme paraîtra triompher du témoignage de l’Église (trois ans et demi) se terminera par l’entrée des témoins dans la gloire. On est peut-être ici en présence de l’adaptation chrétienne d’une prophétie précédente concernant Jérusalem. L’association entre la condamnation de Jésus et le salut du véritable Israël explique l’expression « doux et amer ».
5.
Mais voici la septième trompette : point culminant du drame. Les châtiments ont exaspéré l’ennemi en lui marquant son proche destin. Cet adversaire est le chef des puissances infernales : le Serpent ancien. Il est décrit comme le Dragon à sept têtes et dix cornes, emblèmes de puissances qui défient Dieu. La femme est d’abord la communauté juive, d’où est issu le Christ, puis l’Église elle-même, souffrante, féconde et protégée. Le tableau est en partie rétrospectif puisqu’il décrit la naissance du Sauveur, coup mortel donné par avance à l’empire de Satan. Celui-ci tente de se venger sur l’Église, mais le Seigneur la lui dérobe. Sortant de la nouvelle Égypte, comme autrefois Israël emmené au désert pour son salut, l’Église est en sécurité, malgré la persécution (le torrent). Cf. Psaumes 18.5. La vision très grandiose, toute tissée de traits bibliques, paraît utiliser aussi des souvenirs astrologiques. On pense ici au signe zodiacal de la Vierge, « revêtue du soleil quand il passe par son signe, ayant la lune sous ses pieds quand celle-ci passe au sud de l’écliptique et couronnée de douze étoiles qui sont la couronne zodiacale » (Loisy). L’Église a par avance vaincu dans les sphères célestes (cf. Éphésiens 6.12 ; Colossiens 3.1) et c’est ce qui excite les fureurs de Satan.
La Bête (cf. les animaux de Daniel 7) est suscitée par Satan : elle est son champion. C’est Rome et ce sont aussi les empereurs qui l’incarnent. Elle monte de la mer, car Rome règne sur la Méditerranée, mais aussi la mer est pour les anciens Orientaux la matrice des puissances mauvaises. « Il n’y aura plus de mer », dit l’Apocalypse Les noms de blasphème sont les titres divins des empereurs. Le monstre représente Satan comme le Christ représente Dieu. Le parallèle est intentionnel : c’est l’Antéchrist, qui parodie même sa meurtrissure et sa résurrection. On pense trouver ici une allusion à la légende qui voulait que Néron ne fût pas vraiment mort : peut-être aussi l’idée que Dioclétien est un nouveau Néron.
Le deuxième monstre, venu de la terre, est le clergé païen asiatique qui a mis en honneur le culte impérial et le favorise par ses supercheries. Le Dragon et les deux Bêtes forment une anti-trinité, et la politique antichrétienne est ici celle qui prélude à la persécution proprement dite (boycottage, Apocalypse 13.16). On a d’ailleurs beaucoup commenté la nature de l’insigne de la Bête : c’est en tout cas la réplique du sceau de Christ.
Le lecteur est alors en présence des forces démoniaques et célestes affrontées : des deux monstres en qui se concentrent les efforts de la mobilisation diabolique, le regard s’est reporté vers le chœur des fidèles couronnés, vers le merveilleux essor missionnaire qui portera l’Évangile au monde, et vers la proclamation du destin inéluctable qui attend la coalition infernale. En effet, l’heure est venue et les coupes du jugement sont versées sur la terre en une succession rapide, écrasante. Les armées sataniques ne sauraient affronter la souveraineté de Dieu que pour un Waterloo » (Harmaguédon ou Méguiddo est le jeu de la victoire de Barak sur les ennemis d’Israël au temps des Juges ; c’est le nom symbolique d’une bataille finale). Cf. Westphal, Les Apôtres, p. 445.
6.
Après un nouvel intermède, dans lequel passe une fois de plus à l’horizon céleste le chœur triomphant des fidèles, voici le premier dénouement. L’heure suprême du châtiment a sonné pour Rome vaincue. Dans une scène d’une grande magnificence, apparaît la Rome impériale, figurée, comme l’avait été l’Église, sous les traits d’une femme, mais d’une riche et insolente prostituée assise sur la Bête. Les symbolismes viennent ici s’ajouter, se doubler en quelque sorte, pour représenter Rome (sept collines) et ses empereurs (les têtes). La Ville, la puissance impériale, les tyrans, le paganisme, se soudent, se confondent dans l’apparition. Plusieurs commentateurs pensent que le symbole très israélite de la prostituée, qui rappelle les apostrophes prophétiques, devait s’appliquer primitivement à Jérusalem, et a été transposé pour désigner Rome. La chute de l’empire païen est quelque chose de plus qu’un grand événement historique : elle est la répercussion terrestre de la déchéance des forces démoniaques dans les « lieux célestes ». De là l’ampleur tragique du tableau. En annonçant la ruine de Rome, le prophète chrétien aboutit au but précis de son apocalypse, dont on peut dire que c’est ici, au point de vue des églises qu’il voulait réconforter, la partie capitale : contempler par avance l’heure de la moisson et de la vendange, montrer que les dénouements suprêmes ne correspondront pas aux passagères apparences mais aux réalités permanentes, c’est faire œuvre prophétique par excellence et permettre à la foi de « transporter les montagnes ». Plus on examine ces chapitres, plus on est frappé de constater qu’ils développent des conceptions et des comparaisons venues des Évangiles : vendange et moisson ; voir aussi Jérémie 25.15.
7.
Le grand dénouement. La ruine de Rome, siège et instrument de la puissance satanique, laisse le champ libre pour les choses finales. Parmi les louanges qui acclament la souveraineté divine, dans la majesté formidable de sa justice, paraît le Triomphateur, le Verbe de Dieu, celui dont l’Église, dans son adoration, ne saurait sonder l’ultime mystère (Apocalypse 19.12). Les armées du Mal sont encore rassemblées, mais c’est pour l’accomplissement de la sentence. L’univers est purifié de leur souillure : feu et destruction ! Le Christ et son Église règnent d’un règne assuré et parfait ; c’est l’accomplissement de la prière : « sur la terre comme aux cieux ». Le nombre 1 000 est ici, comme d’autres chiffres, l’expression d’une réalité spirituelle et d’une certitude générale, et empêche plutôt les calculs qu’il ne les favorise (cf. Millenium).
Et si la foi des fidèles n’était pas encore assez assurée de sa récompense et disait : après les deux monstres, Satan ne rassemblera-t-il pas encore d’autres armées, — une dernière vision lui est offerte. Satan a reçu en quelque sorte sa suprême chance, et, l’ayant épuisée, est jeté dans l’étang de destruction. Ainsi sa fin prend toute sa portée. Il n’est donc pas jusqu’aux ressources mêmes du Prince des ténèbres qui n’aient été manifestées et réduites à néant. La fin de Satan ne pouvait être une exécution sommaire. C’est dans ses plus insondables profondeurs que le Voyant a saisi la tragédie du Mal, et qu’il en symbolise ici les dernières phases.
La Cité de Dieu, dont les étranges et formidables dimensions disent l’harmonie surnaturelle (Apocalypse 21.15), descend du ciel, ou plutôt apporte le Ciel sur la Terre et annexe la Terre au Ciel. Par une insensible et merveilleuse transition, tous les plans se fondent. La présence de Dieu n’est plus un « au-delà » ; Dieu est maintenant « tout en tous ». La prophétie, après les images obscures, tumultueuses, où se traduisait le conflit engagé sur la terre et dans les sphères invisibles, s’achève en une vision sereine et reposée. Nul n’a parlé aux âmes le langage du Ciel avec cette miraculeuse limpidité. Le Voyant a franchi les étapes où « l’on voit confusément ». Une simplicité transparente lui a été donnée pour parler des choses que « la chair et le sang » ne peuvent connaître. Les images qui permettent ici de contempler l’invisible même sont comme l’épanouissement des symboles du Christ. Celui qui a vécu cette extase avait d’abord vécu dans l’intimité de Jésus. C’est bien le Règne de Dieu de la prédication évangélique, réalisé pour ceux qui ont été enfants de lumière, et qui ont eu faim et soif de la justice. C’est aussi la promesse accomplie : « Vous aurez des tribulations dans le monde, mais prenez courage, j’ai vaincu le monde. »
Auteur, Date, Composition
La tradition attribue l’Apocalypse à l’apôtre Jean. Irénée affirme que la vision lui fut donnée à Patmos sous Domitien, donc vers 95. La question se complique de sa connexité avec celle de l’auteur du quatrième Évangile. Il paraît impossible que les deux écrits soient du même auteur. Leur style et leur grammaire diffèrent à tel point qu’il ne suffit pas pour expliquer ces différences de les supposer séparés par de longues années, qui auraient permis à l’auteur de l’Apocalypse de se familiariser avec le grec ; d’autre part on ne peut méconnaître les éléments johanniques accusés de l’Apocalypse d’autant moins que dans ce cas il faudrait expliquer la tradition ancienne et le témoignage d’Irénée. Le nœud se relâche si l’on renonce à maintenir à tout prix la composition des deux écrits par l’apôtre lui-même. On peut remarquer que l’auteur parle à diverses reprises des apôtres, sans paraître se compter dans leur nombre ; par contre, il revendique la fonction de prophète. Si l’on songe que la tradition signale l’existence pour le moins d’un autre Jean d’Éphèse, et qu’il y eut en Asie Mineure un véritable foyer de pensée johannique, on s’expliquerait aisément que l’Apocalypse du prophète Jean ait été attribuée, au bout d’un demi-siècle, à son homonyme l’apôtre. Le problème de la date n’est pas moins ardu, car les données du livre lui-même ne s’accordent guère. Certains indices semblent impliquer que le Temple de Jérusalem était encore debout. D’autres s’accordent mieux avec l’époque de Domitien, indiquée par l’ancienne tradition : en effet, les églises ont déjà un passé, une histoire, qui s’expliquent mal quelques années après leur fondation. Les allusions au culte de l’empereur se rapportent bien à l’époque de Domitien, ainsi que les allusions probables à la légende du retour de Néron. Partant de ces discordances, nombre d’auteurs ont analysé le texte, signalé des morceaux peu harmonisés : on a donc essayé de distinguer des sources, et sans doute avec vraisemblance. Mais alors nouveau problème : la même étude qui fait apparaître l’incompatibilité littéraire et grammaticale de l’Évangile et de l’Apocalypse montre aussi avec force que le corps de l’Apocalypse est bien d’un seul auteur. Les sources, en tout cas, sont des sources si familières et si bien assimilées que les éléments lui en sont spontanément venus à la mémoire sous une forme à lui.
Tout ce qu’il est permis de dire, c’est que l’Apocalypse fut écrite probablement sous Domitien, par un prophète du nom de Jean, qui avait dans les églises d’Asie Mineure une haute autorité et qui était sûrement Israélite d’origine. Bientôt considérée comme comptant presque autant de mystères que de mots (Saint Jérôme), l’Apocalypse fut très contestée : c’est l’Église d’Occident qui a été la première à en consacrer l’autorité et le caractère apostolique, et elle a eu raison de conserver à la piété une source de consolation et d’édification qui aurait porté des fruits plus riches si beaucoup d’âmes n’en avaient été détournées par les calculs et les contradictions sans fin de ceux qui, de génération en génération, ont voulu à tout prix y trouver une histoire universelle en énigmes et lui arracher le secret de la fin du monde.
Bibliographie
D’innombrables auteurs ont traité de l’Apocalypse ; citons quelques-uns de ceux qui, soit attachés aux solutions traditionnelles, comme Swete ou le P. Allo, soit partisans de points de vue nouveaux, se placent sur le terrain de l’exégèse et de l’histoire
- H.B. Swete, The Apocalypse of Saint John, 3e édition 1917 ;
- A.S. Peake, The Revd. of John, 1919 ;
- R.H. Charles, The Revd. of John, 1920 (2 vol : ICC), ouvrage capital ; celui de Swete n’est pas moins important.
- Le P. Allô, l’Apocalypse (Gabalda, 1920) ; Loisy, Les livres du Nouveau Testament, 1922 ; Apocalypse de Jean, 1923 (point de vue critique). Ces ouvrages contiennent les indications bibliographiques nécessaires à une étude plus poussée (travaux de W. Bousset, Gunkel, etc.).
- À signaler, pour l’analyse qu’elle donne de l’Apocalypse l’étude de Frédéric Godet (Études Bibliques, 1874).
- Porter, dans Hastings HDB, 1898 (étude de premier ordre), Muirhead, dans Dict. of the Apost. Church, 1915. Baldensperger, Introduction dans Bible du Centenaire, et Les Cavaliers de l’Apo dans Rev. Strasb., 1924.
- P.-L. Couchoud, dans l’Apocalypse (Rieder, 1930), développe les conséquences de ses vues spéciales sur la non-historicité de Jésus. Cf. les pages consacrées à l’Apocalypse dans le New Commentary de Gore, 1928,
- S.P.C.K. et les notes, analyses et introduction de Alexandre Westphal dans Les Apôtres, 1918.
Et. C.
Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com
L’article dans Westphal