Dictionnaires bibliques
Aigle
Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Aigle », un article après l’autre.
Dictionnaire de la Bible (Bost)
(Exode 19.4 ; Lévitique 11.13 ; Deutéronome 32.11, et ailleurs)
L’aigle a toujours été regardé, dans le langage populaire, comme le roi des oiseaux à cause de sa force, de sa férocité, de la rapidité et de l’élévation de son vol, et de la terreur qu’il inspire aux autres habitants de l’air. C’est un oiseau solitaire, parce qu’il lui faut une grande étendue de pays pour se procurer sa nourriture : deux paires d’aigles ne se trouvent jamais dans le même voisinage. Il n’attaque l’homme que rarement, et les petits animaux jamais. S’il ne peut dévorer sa proie en entier, il n’y revient pas une seconde fois, car il méprise la chair qui sent. Il niche seulement sur les rochers les plus élevés et les plus inaccessibles à l’homme ; et Balaam, dans sa prophétie (Nombres 24.21), lui compare sous ce rapport les Kéniens (voir encore habakuk 2.9 ; Abdias 4). Job 39.30ss nous donne l’histoire naturelle de cet oiseau. Deutéronome 32.11, nous parle des soins tout particuliers de l’aigle pour apprendre à voler à ses jeunes aiglons. Exode 19.4, est une allusion à l’ancienne croyance que l’aigle emporte ses petits sur ses ailes, ou qu’il les aide à voler en planant au-dessous d’eux pour les soutenir s’ils venaient à tomber. Job 39.33, est littéralement vrai de certaines espèces d’aigles qui mangent les corps-morts, à moins qu’ils n’exhalent une odeur de putréfaction trop forte. Notre Sauveur fait une espèce d’allusion à ce passage lorsqu’il dit : « Où sera le corps mort, là s’assembleront les aigles ». Dans Matthieu 24.28, cette parole semble avoir le sens plus général : partout où la corruption se montre on trouve de faux Christs tout prêts à en profiter ; mais Luc 17.37, doit s’entendre particulièrement des aigles romaines qui fondirent sur le peuple juif pour s’en emparer, après qu’il eut perdu toute vie religieuse et nationale et qu’il ne fut plus qu’un corps mort. Du reste, dans le passage de Job, quelques-uns pensent que l’aigle serait ici confondu avec le vautour, comme cela se fait souvent dans le langage ordinaire (voir encore Proverbes 30.17). Michée 1.16, ne peut s’appliquer qu’au vautour ; les mots qui mue ne se trouvent pas dans l’original, et le prophète veut parler d’un oiseau qui a naturellement la tête nue ; or aucune espèce d’aigle n’est dans ce cas. Il est souvent fait allusion dans l’Écriture à la rapidité du vol de l’aigle (Deutéronome 28.49 ; 2 Samuel 1.23 ; Jérémie 4.13, etc.) ; à la longueur de ses plumes (Daniel 4.33) ; à l’impétuosité avec laquelle il se précipite pour s’en emparer d’une proie (Job 9.26 ; Proverbes 30.19). Le vol de l’aigle est aussi grandiose qu’il est impétueux et rapide ; aucun autre oiseau ne s’élève aussi avant dans les airs ; il laisse derrière lui les nuages et les régions du tonnerre et de l’éclair ; son nid s’élève sur les sommets des rochers, et « entre les étoiles » (Abdias 4 ; Jérémie 49.16 ; Job 39.30-31). Cette immense élévation, jointe à une vue rapide et si perçante qu’il passait pour regarder le soleil en face, l’ont fait prendre comme symbole du prophète.
L’aigle est un des quatre animaux qui entrent dans la composition des chérubins (Ézéchiel 1.10 ; Apocalypse 4.7). Psaumes 103.5 et Ésaïe 40.31, se rapportent à l’opinion anciennement très répandue que par la mue l’aigle, chaque printemps, renouvelle son plumage et rajeunit ses forces, ou selon d’autres, qu’il atteint un âge très avancé, et que dans sa vieillesse il mue et acquiert une nouvelle jeunesse avec de nouvelles plumes. Cyrus, que Ésaïe 46.11, compare prophétiquement à un aigle, avait en effet cet oiseau pour ses armes. Les Perses, d’après les anciens auteurs, avaient pour enseignes un aigle d’or aux ailes déployées : il est probable qu’ils tenaient ce symbole des Assyriens qui le portaient déjà sur leurs bannières, circonstance qui nous fait comprendre pourquoi les écrivains sacrés font si souvent allusion à l’aigle et à ses ailes quand ils décrivent la marche victorieuse des armées assyriennes (Osée 8.1 ; Jérémie 48.40 ; Ésaïe 8.8, et ailleurs). Voir Animaux impurs, et Vautour.
Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com
L’article dans BostDictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)
Oiseau dont il est souvent parlé dans l’Écriture. L’aigle est déclaré impur dans le Lévitique (Lévitique 11.13), avec tous les oiseaux de son espèce, c’est-à-dire avec toutes les sortes d’aigles, comme l’aigle marin nommé en latin halioetos, l’aigle nominé ossifraga, parce qu’il casse les os pour en tirer la moelle. Il y a aussi un aigle noir nommé valeria ou melanoeetus. Le milan et le vautour peuvent être rapportés aux différentes sortes d’aigles. Tous ces oiseaux sont défendus par la loi de Moïse.
Dans le Psaume (Psaumes 103.5), il est dit que le Seigneur renouvelle la jeunesse du juste, comme celle de l’aigle. Les interprètes ont débité bien des conjectures sur le rajeunissement de l’aigle. Les uns ont dit que de dix ans en dix ans, l’aigle s’élève jusqu’à la région du feu, et que de là il se plonge dans la mer, où il se rajeunit en quittant ses anciennes plumes, et en en prenant de nouvelles. Saint Augustin, et saint Épiphane disent que quand cet oiseau est vieux, son bec devient tellement crochu, qu’il ne peut plus manger ; mais qu’à force de le frapper contre un rocher, il casse ce qui était trop crochu, et se rajeunit en prenant une nouvelle nourriture. D’autres supposent de même que le bec de l’aigle devenant trop crochu lorsqu’il est vieux, il ne peut plus manger, et qu’il se nourrit en buvant ; d’où vient le proverbe : Aquiloe senectus : mais ce sentiment est démenti par d’autres philosophes, qui soutiennent que l’aigle ne boit point, non plus que les autres oiseaux qui ont des serres. Enfin, d’autres croient que l’aigle ne se rajeunit pas autrement que les autres oiseaux, qui quittent tous les ans leurs plumes pendant la mue, et qui en reprennent d’autres ; et cette explication est la plus simple et la meilleure. On peut aussi donner ce sens à l’Hébreu : Vous vous renouvellerez, et votre jeunesse sera comme celle de l’aigle. Vous recouvrerez vos forces, et vous serez comme l’aigle dans sa jeunesse.
Moïse dit que le Seigneur a tiré son peuple de l’Égypte, et qu’il l’a porté sur les ailes des aigles (Exode 19.4) ; et ailleurs (Deutéronome 32.11), que le Seigneur s’est chargé de son peuple, et l’a porté sur ses épaules, comme l’aigle se charge de ses aiglons ; qu’il les a tirés de l’Égypte, et les a mis en liberté, comme l’aigle attire ses petits, pour les apprendre à voler, en voltigeant doucement autour d’eux. On dit en effet, que quand l’aigle voit ses aiglons assez grands pour entreprendre de voler, il s’élève sur leur nid en battant des ailes, et les excite à l’imiter et à prendre leur essor ; et lorsqu’il les voit las ou effrayés, il les prend sur son dos, et les porte : en sorte que les chasseurs ne peuvent percer les petits qu’à travers le corps de l’aigle.
Salomon [Agur] dans les Proverbes (Proverbes 30.19), dit qu’il y a quatre choses qui lui sont entièrement inconnues : La trace de l’aigle dans l’air, la trace du serpent sur le rocher, la trace du navire dans la mer, et la voie de l’homme dans sa jeunesse. Ce passage n’a rien de difficile à l’égard de l’aigle, du serpent et du navire ; on sait qu’ils ne laissent après eux aucune trace dans l’air, sur le rocher, ni sur la mer. Et à l’égard de la voie de l’homme dans sa jeunesse, elle n’est difficile que dans la Vulgate. L’Hébreu indique simplement que les marques de la virginité dans une fille, sont fort équivoques et fort difficiles à discerner.
Michée (Michée 1.16), semble dire que l’aigle se dépouille de ses plumes dans le deuil ; mais cela marque simplement, que ceux à qui le prophète adresse sa parole, se couperont les cheveux dans le deuil, et seront nus et dépouillés comme un aigle qui mue. On dit que dans ce temps, l’aigle quitte presque toutes ses plumes, et tombe dans une langueur qui fait qu’il ne peut ni chasser à son ordinaire, ni se faire craindre des autres oiseaux.
Le Sauveur dans l’Évangile (Matthieu 24.28 ; Luc 17.37), répète en plus d’un endroit, une sentence de Job (Job 39.30), qui dit que partout où il y aura un corps, les aigles s’y assembleront. Les aigles ordinaires ne mangent point de carnages ; mais il y en a d’une certaine espèce qui en mangent (Job 9.26 ; Proverbes 30.17), et il n’y en a aucune qui ne mange de la chair crue : elle n’en mange pas toutefois de toute sorte indifféremment, ni de morte d’elle-même mais seulement de celle qui est fraîchement tuée. C’est ce que Job veut marquer à la lettre dans ce qu’il dit de l’aigle ; mais Jésus-Christ tourne la chose en allégorie, et dit que partout où il y aura des Juifs prévaricateurs, il y aura aussi des Romains exécuteurs de la vengeance de Dieu sur eux. Voyez le commentaire sur saint Matthieu (Matthieu 24.28) [« Il faut bien remarquer que sous le nom de Nescher, aigle, l’Écriture comprend quelquefois les vautours. Ainsi quand il est représenté comme chauve et comme dévorant les cadavres (Michée 1.16 ; Job 39.27 ; Proverbes 30.17 ; Matthieu 24.28), on doit l’entendre des vautours qui appartiennent à l’ordre des nudicoles, c’est-à-dire des espèces qui ont la tête et une partie du cou presque à nu ou couverte d’un duvet très-fin semblable à des poils. Mais, comme par une sorte de compensation, ils ont le bas du cou garni de longues plumes, disposées comme une cravate, au milieu de laquelle ils peuvent retirer leur tête. Ces animaux sont voraces et courageux ; ils se nourrissent principalement de cadavres. »]
Je ne parle pas des autres qualités que l’on attribue à l’aigle, parce qu’elles sont ou fausses, trop communes, ou qu’elles n’ont aucun rapport à ce qui est dit de l’aigle dans l’Écriture, et à quoi ce dictionnaire est destiné.
On parle aussi d’une pierre d’aigle, que l’on trouve, dit-on, à l’entrée des trous où ces oiseaux font leurs aires. On prétend que ces pierres ont la vertu d’empêcher que les nids de l’aigle ne soient frappés de la foudre. Les-plus estimées de ces pierres sont, dit-on, plates, noirâtres, chagrinées et sonnantes, si on les approche de l’oreille, et qu’on les branle ; parce qu’au dedans de la grande, il y aune petite pierre que la nature y a formée. On l’appelle oetites en latin, et pietra d’aquila en italien. Mais il y a bien des choses fabuleuses dans ce qu’on en dit et dans les vertus qu’on lui attribue.
On sait que les Romains portaient l’aigle dans leurs étendards, et qu’ils lui rendaient les honneurs divins, de même qu’à leurs autres enseignes. Plusieurs Pères et plusieurs interprètes ont cru que l’abomination de la désolation marquée dans l’Évangile par ces mots (Matthieu 24.15) : Quand vous verrez l’abomination de la désolation qui a été prédite par Daniel, dans le lieu saint, etc., n’était autre que les aigles romaines, et les autres enseignes militaires qui furent placées dans le lieu saint ; c’est-à-dire, dans la terre sainte, autour de Jérusalem, lorsque l’armée de Tite y vint camper. Mais nous croyons que cette abomination de désolation marquée dans Daniel et dans l’Évangile, désigne les profanations causées dans le temple par les Juifs séditieux qui se donnaient le nom de Zélateurs. Ces impies y commirent toutes les abominations, les sacrilèges, les meurtres qui nous sont décrits par Josèphe dans l’histoire de la guerre des Juifs.
Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com
L’article dans CalmetDictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)
Hébreu : 1.nècher, Lévitique 11.13 ; Deutéronome 14.12 ; Psaumes 103.5 ; Proverbes 23.5, etc. 2.râkhâm, râkhâma, Lévitique 11.18 ; Deutéronome 14.17, Version Synodale cormoran. 3.pères, Lévitique 11.13 ; Deutéronome 14.12, Version Synodale orfraie.
1. nècher
L’hébreu nècher correspond à l’arabe nisr, qui comprend les aigles, vautours et orfraies. Nos versions le rendent généralement par aigle, mais dans certains passages, comme Job 39.26-30 ; Jérémie 49.16 Michée 1.16, vautour convient beaucoup mieux. La Palestine compte huit espèces d’aigles et quatre espèces de vautours. Les détails donnés sur le nècher conviennent particulièrement au griffon des naturalistes (gyps fulvus), vulgairement grand vautour. Ce superbe oiseau est le plus caractéristique de la Palestine. Il recherche particulièrement les gorges qui dévalent vers le Jourdain ; il a plus de 2 m d’envergure ; son plumage est brun et son cou se termine par une belle collerette blanche ; son bec recourbé est très fort. Les vautours se nourrissent de charognes ; pour les dépouiller ils se rassemblent par centaines (Job 39.30 ; Proverbes 30.17). Les aigles sont moins répugnants : ils se nourrissent également de charognes, mais ils ne forment que de petits groupes. Les Orientaux en ont fait l’emblème de tout ce qui est noble. Le dieu assyrien Nisroc, à tête d’aigle, était la déification de l’aigle nisr (2 Rois 19.37 ; Ésaïe 37.38) ; son image figurait sur les étendards de guerre (Habakuk 1.8). Les Perses et après eux les Romains ont adopté cet emblème : Cyrus est comparé à l’aigle (Ésaïe 46.11). La Bible fait de nombreuses allusions à sa longévité, sa force, sa rapidité, l’acuité de sa vision, son aire inaccessible et au soin qu’il prend de sa couvée (Exode 19.4 ; Deutéronome 28.49 ; Deutéronome 32.11 ; 2 Samuel 1.23 ; Job 9.26 ; Psaumes 103.5 ; Ésaïe 40.31 ; Jérémie 49.16 ; Lamentations 4.19 ; Ézéchiel 17.3 ; Osée 8.1 etc.). L’aigle est un des animaux de la vision d’Ézéchiel (Ézéchiel 1.10) qui reparaissent dans celle de l’Apocalypse (Apocalypse 4.7) ; les Pères de l’Église en ont fait l’emblème de l’évangéliste Jean.
2. Râkhâm (arabe, rakkâm)
Désigne le vautour égyptien (neophron percnopterus). Ce rapace habite les régions chaudes de l’ancien continent. Il se repaît de charognes et absorbe toutes les ordures. Ces habitudes dégoûtantes, mais utiles à l’homme, le font hautement apprécier. Il est moins vigoureux que le grand vautour. Ce dernier paraît lui inspirer un profond respect et il ne revendique que ses reliefs. Il n’apparaît en Palestine qu’au printemps. Il vit par couples et ne redoute pas la présence de l’homme. Ses ailes noires contrastent avec son plumage blanchâtre.
3. pères
Le pères est le vautour barbu (gypaëtus barbatus) ou vautour des agneaux, le plus grand et le plus beau des vautours. Son nom hébreu (signifiant : briseur d’os) fait allusion à sa prédilection pour les os à moelle. Il recherche aussi les serpents et les tortues. Il emporte sa proie à une grande hauteur et la laisse retomber ; il répète ce manège jusqu’à ce qu’elle soit broyée. Ce magnifique oiseau n’est pas très abondant en Palestine. Voir Oiseaux de proie ; Orfraie.
E. D.
Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com
L’article dans Westphal