Commentaires de saint AugustinPsaumes 119
Augustin d’Hippone · Page 3 sur 3
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1. Voici les versets du psaume que nous allons vous exposer avec le secours de Dieu : « Vos témoignages sont admirables, et c’est pourquoi mon âme les a sondés (Psa 119,129) ». Qui peut énumérer au moins sommairement les témoignages de Dieu ? Le ciel et la terre, les œuvres visibles, et les œuvres invisibles, sont en quelque manière le témoignage de sa bonté, comme de sa grandeur ; ce cours si régulier et si répété de la nature, le temps qui entraîne dans son cours toutes sortes de créatures quoique passagères et mortelles, tout cela que l’habitude nous rend moins sensibles, n’en rend pas moins témoignage au Créateur, quand on le considère avec une pieuse attention. Qu’y a-t-il dans ces créatures qui ne soit point admirable, quand on en juge, non d’après l’usage, mais d’après la raison ? Et si nous embrassons comme d’un seul regard tout cet ensemble, ne se vérifie-t-elle point cette parole du Prophète : « J’ai considéré vos œuvres, et j’en ai été dans l’extase (Hab 3,1) ? » Et toutefois notre interlocuteur n’est point hors de lui-même en admirant ces ouvrages ; mais il nous dit qu’il a dû les étudier avec tant de soin parce qu’ils sont admirables. Après cette exclamation en effet : « Combien sont admirables les témoignages du Seigneur », il ajoute : « C’est pour cela que mon âme les a sondés » ; comme si la difficulté de les sonder avait stimulé sa curiosité. Plus un effet est caché dans sa cause, et plus il est admirable. 2. Qu’un homme donc s’en vienne dire qu’il étudie les témoignages du Seigneur, parce qu’il les trouve admirables ; ne pourrions-nous pas, en voyant que toutes les créatures qui se révèlent ou qui se dérobent à nos yeux, sont pleines de ces témoignages, l’arrêter en disant : « Ne cherche point au-dessus de toi, et ne sonde point ce qui est plus fort que toi, mais repasse toujours en ton esprit ce que Dieu t’a commandé (Sir 3,22) ? » Mais il nous répond en disant : Ces préceptes du Seigneur, que vous me recommandez de méditer, sont ces mêmes témoignages que je trouve admirables, car ils nous attestent que c’est le Seigneur qui commande, et qu’il est grand et bon dès lors qu’il donne de semblables préceptes : oserions-nous dès lors le détourner d’étudier ces commandements, et ne serions-nous pas les premiers à l’exciter à s’adonner de toutes ses forces à un travail si important ? Ou bien en viendrons-nous à confesser que les préceptes du Seigneur sont des témoignages de sa bonté, tout en niant qu’ils soient admirables ? Qu’y a-t-il d’admirable, en effet, qu’un Dieu qui est bon commande le bien ? Ce qui est tout à fait étonnant, au contraire, c’est qu’un Dieu qui est bon et qui ordonne le bien, ait néanmoins donné une loi qui est bonne à des hommes qu’elle ne pouvait justifier, puisque cette loi, quelque bonne qu’elle fût, ne leur donnait point la justice ? « Car si la loi qui a été donnée pouvait donner la vie, la justice viendrait de la loi (Gal 3,21) ». Pourquoi donc en donner une qui ne pouvait ni donner la vie, ni donner la justice ? Voilà ce qui doit nous étonner, nous effrayer. Voilà ce qu’il y a d’admirable dans les témoignages de Dieu : et l’âme du Prophète les a sondés, parce que l’on ne saurait lui dire à ce sujet : « Ne sonde pas ce qui est plus fort que toi, mais repasse toujours en ton esprit ce que Dieu t’a commandé (Sir 3,22) » ; puisque c’est cela même que le Seigneur a commandé, et que dès lors on doit toujours méditer. Voyons plutôt ce qu’a trouvé l’âme du Prophète après avoir sondé. 3. « La révélation de vos promesses répand la lumière et donne l’intelligence aux petits (Psa 119,130) ». Quels sont ces petits, sinon les humbles et les faibles ? Loin de toi donc tout orgueil ! arrière toute présomption de tes forces qui sont nulles, et tu comprendras pourquoi Dieu a donné une loi qui était bonne, sans pouvoir néanmoins donner la vie. Car le but de la loi était de rabattre ta grandeur pour te faire petit, de te montrer que tu n’as pas en toi-même la force d’accomplir la loi, de te forcer dans ton indigence et ton dénuement à recourir à la grâce et de t’écrier : « Ayez pitié de moi, Seigneur, à cause de ma faiblesse (Id 6,3) ». Voilà que la méditation a fait comprendre au Prophète, qui est petit, cette vérité que nous montre celui qui se dit le moindre des Apôtres, saint Paul, lequel se fait petit enfant, c’est-à-dire qu’une loi impuissante à nous vivifier nous a été donnée : « Parce que l’Écriture a tout renfermé sous le péché, afin que la promesse faite par Dieu fût accomplie par la foi en Jésus-Christ à l’égard de ceux qui croiront (Gal 3,21-22) ». Ainsi soit-il, Seigneur ! Oui, ainsi soit-il, Dieu de miséricorde ! commandez ce qu’on ne saurait accomplir, ou plutôt commandez ce qu’on ne saurait accomplir que par votre grâce, afin que cette impuissance des hommes à rien faire par leurs propres forces « leur ferme la bouche », et que nul ne croie plus à sa grandeur. Que tous deviennent petits, tous coupables devant vous. « Parce que nul homme ne sera justifié devant Dieu par les œuvres de la loi ; car la loi ne donne que la connaissance du péché. Maintenant la justice que Dieu donne sans la loi nous a été découverte, attestée par la loi et par les Prophètes (Rom 3,19-21) ». Tels sont vos admirables témoignages qu’a sondés l’âme de cet humble enfant, et il les a découverts, parce qu’il s’est fait humble et petit. Qui pourrait accomplir vos préceptes comme on doit les accomplir, c’est-à-dire par la foi qui opère dans la charité (Gal 5,6), si votre Esprit-Saint ne répandait lui-même cette charité dans les cœurs (Rom 5,5) ? 4. Voilà ce que proclame cet interlocuteur devenu humble : « J’ai ouvert ma bouche », nous dit-il, « et j’ai attiré l’esprit, parce que je brûlais d’ardeur pour vos commandements (Psa 119,131) ». Que désirait-il, sinon d’accomplir ces préceptes ? Mais, faible et petit, il ne pouvait accomplir des œuvres fortes et grandes ; il a ouvert la bouche, confessant ainsi ce qu’il ne pouvait faire de lui-même, et il a attiré la force de le faire ; il a ouvert la bouche en demandant, en cherchant, en frappant (Mat 7,7) ; dans sa soif, il a puisé l’esprit de sainteté qui lui a fait accomplir ce qu’il ne pouvait par lui-même, c’est-à-dire une loi sainte, et juste, et bonne (Rom 7,12). Si nous, en effet, quoique méchant, nous savons donner ce qui est bon à nos enfants, à combien plus forte raison Dieu donnera-t-il du ciel l’Esprit de sainteté à ceux qui le demandent (Luc 11,10-13) ? Ce ne sont point ceux qui agissent par leur sens propre, mais tous ceux qui sont dirigés par l’Esprit de Dieu, qui sont fils de Dieu (Rom 8,14) ; non qu’eux-mêmes ne fassent rien, mais de peur qu’ils ne fassent rien de bon, c’est la bonté même qui les fait agir. Car chacun devient de plus en plus enfant de Dieu, à mesure que Dieu répand plus largement en lui l’Esprit de sainteté. 5. Enfin le Prophète continue à prier. Il a ouvert la bouche et attiré l’Esprit, mais il frappe encore à la porte du Père céleste ; il cherche encore. Il a bu ; mais plus il a goûté de délices, et plus ardente est sa soif. Écoutez les paroles de celui qui a soif : « Jetez les yeux sur moi », dit-il, « et prenez-moi en pitié, selon vos décrets envers ceux qui aiment votre nom (Psa 119,132) » ; c’est-à-dire, selon votre décret envers ceux qui aiment votre nom ; afin qu’ils vous aiment, vous les aimez le premier. C’est ce que dit saint Jean : « Nous aimons Dieu », dit-il ; et comme si nous lui demandions le motif de cet amour, il ajoute : « Parce qu’il nous a aimés le premier (Jn 4,19) ». 6. Vois encore ce que nous dit clairement le Prophète : « Dirigez mes pas selon vos préceptes, et que l’iniquité n’exerce point sur moi son empire (Psa 119,133) ». Qu’est-ce dire autre chose que : Donnez-moi la droiture et la liberté selon votre promesse ? Plus en effet l’amour de Dieu règne dans une âme, et moins l’iniquité y domine. Quel est donc l’objet de sa prière, sinon d’aimer Dieu par le secours de Dieu ? En aimant Dieu il s’aime lui-même, afin de pouvoir saintement aimer son prochain comme lui-même, double précepte que renferment la loi et les Prophètes (Mat 22,37-40) : sa prière ne se réduit-elle pas à demander que Dieu lui fasse accomplir par sa grâce les préceptes qu’il lui impose ? 7. Mais que signifie cette parole : « Délivrez-moi des calomnies des hommes, afin que je garde vos commandements (Psa 119,134) ? » Si les reproches des hommes sont vrais, il n’y a point calomnie ; s’ils sont faux, à quoi bon demander la délivrance de ces calomnies ou de ces fausses récriminations qui ne sauraient lui être nuisibles ? Car une fausse imputation ou une calomnie ne rend un homme coupable qu’au tribunal d’un homme ; mais au tribunal de Dieu, il n’y a pas de fausse imputation, elle serait plutôt nuisible à l’accusateur qu’à l’accusé. N’est-ce point là par avance la prière de l’Église et de tout le peuple chrétien qui a été délivré des calomnies dont les hommes le flétrissaient de toutes parts à cause de ce nom de Chrétiens ? Mais est-ce bien à cause de cette délivrance qu’il garde les commandements de Dieu ? Ne les gardait-il pas au milieu des calomnies, et n’était-il pas plus glorieux pour lui d’obéir aux préceptes de Dieu, en dépit des tribulations, et de résister aux persécuteurs qui le poussaient à l’impiété ? Ces paroles donc : « Délivrez-moi des calomnies des hommes, afin que je garde vos commandements », signifient, répandez en mon âme votre Esprit-Saint, de peur que cédant à la crainte et aux calomnies des hommes, je ne me détourne de leurs préceptes pour adopter leurs vices. Si vous en agissez ainsi avec moi, c’est-à-dire si vous me délivrez des calomnies en m’accordant la patience, afin que je ne redoute aucunement leurs récriminations, je garderai vos préceptes au milieu même des calomnies. 8. « Faites briller sur votre serviteur la lumière de votre face (Id 135) ». C’est-à-dire, manifestez votre présence en me fortifiant de vos grâces, « et enseignez-moi vos préceptes », de telle sorte que je les pratique ; ce qui est dit plus clairement dans un autre psaume : « Enseignez-moi, Seigneur, à faire votre volonté (Psa 143,10) ». N’allons pas croire en effet qu’ils ont appris la loi, ceux qui l’ont entendue et retenue de mémoire, sans la pratiquer. La Vérité a dit elle-même : « Quiconque a ouï le Père et a eu l’intelligence, vient à moi (Jn 6,45) ». Donc, il n’a rien appris celui qui ne vient pas, c’est-à-dire qui ne pratique pas. 9. Rappelant en son âme la douloureuse pénitence qu’il fit de son péché, le Prophète s’écrie : « Mes yeux ont versé des torrents de larmes, parce qu’ils n’ont point gardé votre loi (Psa 143,136) », c’est-à-dire mes yeux. On lit en effet dans certains exemplaires : « Parce que je n’ai point gardé votre loi, mes yeux ont descendu des torrents de larmes ». Comme on dirait, mes pieds ont descendu la montagne, et non à travers la montagne, ou par la montagne, comme on dit encore descendre une échelle, et non le long d’une échelle. On dit encore en latin, piscinam descendit, descendre la piscine ; et non descendit in piscinam, descendre dans la piscine. Le Prophète se sert admirablement du mot descendre, pour marquer l’humiliation dans la pénitence ; ses yeux étaient montés en effet quand un orgueil obstiné les avait dirigés en haut. Ils se croyaient fort élevés, lorsque dans leur ignorance de la justice de Dieu, ils prétendaient établir leur propre justice (Rom 10,3) ; mais fatigués de ces efforts et confus des violations de la loi, ils sont descendus de ces hauteurs, et ont versé des larmes pour obtenir la justice de Dieu par la pénitence. Dans certains exemplaires, au lieu de descendendit, on lit transierunt, mes yeux ont surpassé les torrents d’eau ; ce qui serait une exagération pour dire que ses larmes ont surpassé l’eau des fontaines, et nous donnerait à comprendre par ces torrents d’eau que ses larmes ont été plus abondantes que l’eau des fleuves. Mais, pourquoi pleurer ainsi, parce qu’on n’a point gardé la loi, sinon afin d’obtenir la grâce qui efface le péché de l’homme pénitent, et qui soutient la volonté du fidèle ?
VINGT-HUITIÈME DISCOURS SUR LE PSAUME 118
LE PLUS JEUNE PEUPLE.
Le Prophète pleure sa faute à cause de la justice de Dieu, et dans la ferveur de son amour il veut le faire partager à ceux qui lui rendent le mal pour le bien ; il veut leur faire goûter les délices de sa pénitence. Il semble regretter que ses ennemis plus avancés en âge, et qui sont la figure de l’ancien peuple, aient oublié la loi de Dieu, tandis que lui, peuple nouveau, est resté fidèle à cette loi de Dieu au milieu des persécutions. Au milieu de ses angoisses, il demande l’intelligence, c’est-à-dire de connaître combien est méprisable ce que la persécution peut lui enlever ; alors il vivra pour rendre témoignage à Dieu.Psaumes 119:145
1. Qui pourrait douter que cet appel à Dieu que l’on fait dans la prière ne soit un son des plus vains, quand il est simplement le retentissement de la voix, sans que le cœur soit tourné vers Dieu ? Mais, s’il vient du cœur, quand même la voix se tairait, il peut être inconnu à l’homme, jamais à Dieu. Soit donc que la voix se fasse entendre quand cela est nécessaire, soit que l’on prie Dieu en silence, c’est le cœur qui doit parler dans la prière. Or, ce cri du cœur est une forte application de la pensée ; et quand cette application se trouve dans la prière, elle marque dans celui qui prie un désir tel qu’il ne désespère point d’obtenir ce qu’il demande. Mais on crie à Dieu de tout son cœur, quand on n’a pas d’autre pensée. De telles prières sont rares chez beaucoup, fréquentes seulement chez le petit nombre ; et je ne sais chez qui elles sont habituelles. Telle est, au dire de notre interlocuteur, la prière qu’il a faite : « J’ai crié de tout mon cœur, exaucez-moi, ô mon Dieu (Psa 119,142) ». Puis il nous marque aussitôt ce que produira son cri : « Je rechercherai vos ordonnances ». Voilà donc ce qui le faisait crier vers Dieu de tout son cœur : rechercher ses ordonnances, telle est la grâce qu’il demandait à Dieu. Prions dès lors le Seigneur de nous faire chercher ce qu’il nous ordonne. Mais combien est encore éloigné de la pratique, celui qui ne fait encore que rechercher ! Trouver n’est pas toujours la conséquence de chercher, ni pratiquer la conséquence de trouver ; mais on ne saurait pratiquer sans avoir trouvé, ni trouver sans avoir cherché. Il y a toutefois une grande espérance dans cette parole du Seigneur Jésus : « Cherchez, et vous trouverez (Mat 7,7) ». La sagesse, qui n’est autre que lui-même, nous dit cependant : « Les méchants me chercheront sans me trouver ». Ce n’est donc pas aux méchants, mais aux bons, qu’il est dit : « Cherchez, et vous trouverez ? » Il l’a dit à ceux-là mêmes à qui, un peu plus haut, il adresse ces paroles : « Si donc vous, tout méchants que vous êtes, vous savez donner à vos enfants ce qui est bon (Id 11) ». Comment dire aux méchants : « Cherchez et vous trouverez » ; quand il dit aussi : « Les méchants me chercheront sans me trouver ? » Le Seigneur voulait-il que l’on cherchât autre chose que la sagesse, quand il faisait à ceux qui chercheraient la promesse qu’ils trouveraient ? Car la sagesse renferme tout ce que doivent chercher ceux qui aspirent au bonheur. Là donc se trouvent les ordonnances de Dieu. Il nous reste dès lors à conclure que tous les méchants ne trouveraient point la sagesse quand même ils la chercheraient ; c’est-à-dire ceux qui poussent la malice jusqu’à la haïr. Car voici cette parole de la sagesse : « Les méchants me chercheront sans me trouver ; car ils haïssent la sagesse (Pro 1,28-29) ». C’est donc leur haine qui les empêche de la trouver. Mais avec cette haine, comment la chercheront-ils, à moins qu’ils ne la cherchent, non pour elle, mais pour quelque avantage précieux aux méchants, et qu’ils espèrent acquérir plus facilement au moyen de la sagesse ? Il en est beaucoup en effet qui recherchent avec soin les paroles de la sagesse, qui la veulent montrer dans leurs discours, mais non dans leur vie ; qui ne cherchent point à parvenir à la lumière de Dieu, qui est la véritable sagesse, en réglant leurs mœurs d’après ses maximes, mais qui veulent se faire applaudir par les hommes, et telle est la vaine gloire. Ils ne cherchent donc point la sagesse même en la recherchant, puisque ce n’est point elle qu’ils cherchent, autrement ils en feraient la règle de leur vie ; mais ils veulent être enflés de ses paroles ; et plus ils en recherchent l’enflure, plus ils s’en éloignent (Phi 2,13). Or, en implorant de Dieu ce que Dieu lui-même nous commande, en lui demandant de faire ce qu’il ordonne que nous fassions ; car c’est Dieu qui dans sa bonté, opère en nous le vouloir et le faire !: « J’ai crié », dit le Psalmiste, « j’ai crié de tout mon cœur ; exaucez-moi, ô mon Dieu : je chercherai vos ordonnances » ; c’est-à-dire pour les accomplir, et non seulement pour les connaître, afin de ne point ressembler à ce serviteur endurci, qui n’obéira point même après avoir compris (Pro 29,19). 2. « J’ai crié, sauvez-moi (Psa 119,116) » ; ou, comme on trouve dans quelques exemplaires et grecs et latins. « Je vous ai crié, sauvez-moi ». Qu’est-ce à dire, « je vous ai crié », sinon je vous ai invoqué par mes cris ? Mais après avoir dit : Sauvez-moi, qu’a-t-il ajouté ? « Et je garderai vos témoignages », de peur de vous renier par faiblesse. Car la santé de l’âme consiste à remplir le devoir que l’on connaît, et à combattre pour la vérité des témoignages divins, jusqu’à la mort, si la dernière tentation va jusque-là. Si l’âme n’a point cette santé, elle succombe de faiblesse, et abandonne la vérité. 3. Mais ce qui suit renferme une certaine obscurité, qu’il nous faut expliquer un peu plus longuement. « J’ai devancé dans une nuit intempestive, et j’ai crié (Id 147) ». Dans plusieurs manuscrits on ne trouve pas, « au milieu de la nuit », intempesta nocte, mais immaturitate, une nuit peu avancée. C’est à peine si l’on en trouve un seul avec la double préposition, c’est-à-dire in immaturitate, dans la nuit peu avancée. L’expression immaturitas désigne ici le temps de la nuit, qui n’est point mûr encore ; c’est-à-dire une nuit qui ne permet pas encore le travail à l’homme éveillé ce que l’on appelle vulgairement l’heure indue. Une nuit, intempesta, se dit encore du milieu de la nuit, quand on doit se reposer, et ce nom « d’intempestive », lui vient assurément de ce qu’elle est peu favorable au travail. Car les anciens appelaient tempestivum ce qui est favorable, et intempestivum ce qui est défavorable, et cette expression a pour racine le temps, et non cette tempête qui désigne ordinairement en latin la perturbation du ciel. Toutefois les historiens emploient volontiers cette expression, et au lieu de eo tempore, ils disent ea tempestate, en ce temps ; et dans ce vers d’un grand maître : Unde haec tam clara repente Tempestas (Virgil. AEn 9,19-20. D’où vient que tout à coup le ciel est si serein ?) ? le mot tempestas ne signifie point un ciel troublé par les vents et les orages, mais un ciel tout à coup brillant et splendide. Ce que le grec a donc exprimé par en aoria, non point en un seul mot, mais en deux, la préposition et le nom, les traducteurs l’ont rendu par une « nuit intempestive », d’autres par immaturitate, non point eu deux mots, mais en un seul, dont le nominatif est immaturitas; d’autres encore en deux mots, comme dans le grec : In immaturitate; car aoria, signifie immaturitas, et en aoria,in immaturitate, comme pour donner à intempesta nocte le même sens qu’avec sa double préposition, in intempesta, en sorte que l’une de ces prépositions indique l’heure, tandis que l’autre fait partie du nom lui-même. Toutefois peu importe, quand on indique le chant du coq pour l’heure d’une action, que l’on dise, galli cantu, ou bien in galli cantu. De même, pour nous dire qu’il a crié dans la nuit peu avancée, peu importe que le Psalmiste se serve de intempesta nocte, ou de in intempesta nocte. Le grec cependant à dit : Dans une nuit non écoulée, ce qui revient à dire une nuit peu mûre, c’est-à-dire, dans le moment où la nuit n’est point achevée. Mais c’est assez disputer sur une expression obscure ; voyons quel en est le sens. 4. « J’ai prévenu, dans le milieu de la nuit, et j’ai crié : j’ai mis mon espoir en vos paroles ». Si nous rapportons ces paroles à chaque fidèle, en les prenant à la lettre, il arrive souvent qu’à ce point de la nuit l’amour de Dieu veille, et, dans ce sentiment de ferveur pour la prière, il ne saurait attendre le chant du coq ou l’heure de la prière, mais il le prévient. Mais si nous appelons nuit toute la vie d’ici-bas, c’est bien avant qu’elle soit achevée que nous crions vers Dieu, et nous en prévenons la maturité, ou la fin, alors que Dieu nous rendra ce qu’il nous a promis, cmme on lit ailleurs : « Prévenons sa force par un humble aveu (Psa 95,2) ». Toutefois, si par le temps non écoulé de la nuit nous entendons les siècles écoulés avant la plénitude des temps, c’est-à-dire que la maturité serait la manifestation du Christ en sa chair (Gal 4,4), l’Église alors n’est point demeurée en silence ; mais elle a prévenu cette maturité des temps, elle a crié par les Prophètes, elle a espéré dans les paroles de ce Dieu assez puissant pour accomplir ses promesses, et bénir toutes les nations dans la race d’Abraham (Gen 12,3 ; 22,18). 5. C’est elle qui dit ce qui suit : « Mes yeux ont devancé le point du jour, afin de méditer vos paroles (Psa 119,148) ». Appelons matin ce moment où la lumière s’est levée pour ceux qui étaient assis à l’ombre de la mort (Isa 9,2) ; les yeux de l’Église n’ont-ils pas devancé ce matin, dans la personne des saints qui étaient auparavant sur la terre, et qui ont ainsi devancé l’avenir en méditant les promesses que Dieu avait faites alors ; et qui annonçaient dans la loi et les Prophètes ce qui arriverait aux hommes ? 6. « Exaucez ma voix, Seigneur, selon votre miséricorde ; vivifiez-moi selon votre jugement (Psa 119,149) ». Dieu, dans sa miséricorde, commence par abroger la peine due aux pécheurs ; puis, quand ils sont devenus justes, il leur donne la vie ; car ce n’est pas sans raison que le Prophète a suivi cet ordre : « Je chanterai, Seigneur, votre miséricorde et votre jugement », bien que le temps de la miséricorde ne soit point séparé du jugement, dont l’Apôtre a dit : « Que, si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions point jugés par Dieu. Mais lorsque nous sommes jugés, c’est le Seigneur qui nous reprend, afin que nous ne soyons point condamnés avec le monde (1Co 11,32) ». Et son collègue dans l’apostolat : « Voici le temps où Dieu va commencer son jugement par sa propre maison ; et s’il commence par nous, quelle sera la fin de ceux qui ne croient point l’Évangile de Dieu (1Pi 4,17) ? » De même le dernier jugement ne sera point sans miséricorde, « car Dieu vous couronne », dit le Psalmiste, « dans sa miséricorde et sa bonté (Psa 103,4) ». Il est vrai qu’il y aura un jugement sans miséricorde, mais seulement pour ceux – qui seront à gauche et n’auront point fait miséricorde (Jac 2,13). 7. « Ils m’ont approché, ceux qui me persécutent par l’injustice (Psa 119,150) », ou « injustement », comme on lit en certains manuscrits. C’est approcher de la part des persécuteurs, que pousser la persécution jusqu’à déchirer notre chair, lui donner la mort. De là cette parole du psaume vingt-unième, qui est une prophétie de la passion du Christ : « Ne vous éloignez pas, car la persécution est proche (Id 21,12) » ; ce qui était dit non sous la menace, mais sous le coup même de la passion. Il dit que l’affliction qu’il souffrait dans sa chair est proche, parce que pour l’âme rien n’est plus proche que la chair dont elle est revêtue. Donc ces persécuteurs se sont approchés en affligeant la chair de leurs victimes. Mais écoute la suite : « Ils se sont éloignés de votre loi ». Plus ils approchent des justes pour les persécuter, plus ils s’éloignent de la justice. Mais quel mal ont-ils fait à ceux dont ils s’approchaient ainsi, puisque le Seigneur, qui ne les abandonne jamais, s’approchait d’eux intérieurement ? 8. Aussi voyez la suite. « Mais vous êtes près de moi, Seigneur, et toutes vos voies sont vérité ». Au milieu de leurs souffrances les saints confessent ordinairement la vérité de Dieu, et proclament qu’ils souffrent avec justice. Ainsi en fut-il de la reine Esther, ainsi de Daniel, ainsi des trois enfants dans la fournaise, ainsi de tous leurs émules en sainteté. Mais on peut demander comment il est dit : « Toutes vos voies sont vérité », quand il est dit ailleurs : « Toutes les voies du Seigneur sont miséricorde et vérité ». À l’égard des saints toutes les voies du Seigneur sont miséricorde, comme toutes les voies du Seigneur sont vérité, car il les soutient même en les jugeant, et ainsi la miséricorde ne fait point défaut, et dans sa miséricorde il leur donne ce qu’il a promis, de peur de manquer à sa vérité. Quant à l’universalité des hommes, à ceux qu’il délivre, comme à ceux qu’il condamne, toutes les voies du Seigneur sont miséricorde et vérité : et dès que sa miséricorde est à bout, il fait voir la vérité de ses vengeances. Il en sauve plusieurs qui ne l’ont point mérité, il n’en condamne point qui ne le méritent. 9. « Dès le commencement », dit le Prophète, « j’ai connu par vos témoignages que vous les avez fondés pour l’éternité ». Ce que le grec a exprimé par catarxas, dès le commencement, les nôtres l’ont traduit par initio, ou bien par ab initio, et même par ab initiis. Mais en traduisant par le pluriel, « dès les commencements », on rend le grec avec plus de fidélité. Toutefois, dans la langue latine, on rencontre plus fréquemment initio, ou ab initio, ce que les Grecs expriment au pluriel, quoique d’une manière adverbiale, par catarxas. En latin cependant nous trouvons par exemple :Alias hoc facio, « plus tard, voici ce que je ferai », où nous semblons employer un pluriel féminin, et qui est simplement un adverbe, lequel signifie, dans un autre temps. Que signifie donc cette parole : « J’ai a connu dès le commencement », ab initio, ou bien d’une manière adverbiale, initio, « J’ai connu dès le commencement, à propos de vos témoignages, que vous les avez fondés ? » Il dit qu’il a connu par les témoignages du Seigneur que ces témoignages sont fondés pour l’éternité ; il affirme qu’il l’a connu dès le commencement, et qu’il ne l’a pas connu par une autre voie que par ces mêmes témoignages. Or, quels sont ces témoignages, sinon la promesse que Dieu a faite de donner à ses enfants un royaume éternel ? et comme il avait promis de le donner par son Fils unique, dont il est dit que « son royaume n’aura point de fin (Luc 1,33) », le Prophète nous dit que ces témoignages sont fondés pour l’éternité, parce que l’objet de la promesse divine est éternel. Car en eux-mêmes les témoignages ne seront plus nécessaires, quand sera vu à découvert ce qui a besoin de témoignage pour obtenir notre adhésion. Aussi le Prophète a-t-il dit avec justesse : « Vous les avez fondés », puisque c’est en Jésus-Christ que l’on en découvre la vérité. Or, « nul ne saurait poser un fondement autre que celui qui a été posé, et qui est Jésus-Christ (1Co 3,11) ». Comment donc le Prophète a-t-il compris cela dès le commencement, sinon parce que c’est l’Église qui parle ici, et que, dès l’origine du genre humain, l’Église n’a pas fait défaut au monde, elle qui eut pour prémices de sainteté Abel immolé, lui aussi (Gen 4,8), pour être un témoignage du sang du Médiateur, qu’un frère impie devait répandre ? C’est au commencement en effet que fut prononcée cette parole : « ils seront deux dans une seule chair (Id 2,24) » et saint Paul a dit à ce sujet : « Ce sacrement est grand, oui, dans le Christ et dans l’Église (Eph 5,32) ».
TRENTIÈME DISCOURS SUR LE PSAUME 118
LA GRÂCE DE DIEU.
Cette loi que le Prophète n’a point oubliée, est celle qui élève les humbles, et abaisse les orgueilleux ; or, l’élévation des saints, c’est la vie éternelle, due à la grâce qui nous sépare des pécheurs. Cette grâce a produit dans l’Église la force en face des persécuteurs : de là tant de martyrs ; et la charité qui pleure les apostasies, en même temps qu’elle raffermit dans la parole divine.Psaumes 119:153
1. Nul d’entre les membres du Christ ne regardera comme étrangère pour lui cette parole, que répète le corps mystique du Christ, tout entier dans l’humilité, et qui commence, dans notre psaume, notre lecture d’aujourd’hui : « Voyez mon humiliation et délivrez-moi, car je n’ai point oublié votre loi (Psa 119,153) ». Nous ne pouvons entendre ici nulle autre loi de Dieu que le décret qui astreint irrévocablement à être humilié quiconque s’élève, et quiconque s’humilie, à être élevé (Luc 14,11 ; 18,14). Le superbe est donc en proie aux misères afin d’en être humilié, et l’humble en est délivré afin d’être élevé. 2. « Jugez ma cause », dit le Prophète, « et rachetez-moi (Psa 119,154) ». C’est là une répétition de la pensée précédente. Car « voyez mon humiliation », revient à « jugez ma cause » ; et « délivrez-moi », revient à « rachetez-moi ». Enfin cette parole qui précède : « Je n’ai point oublié votre loi », a rapport à cette autre qui suit : « Donnez-moi la vie à cause de votre parole ». Car cette parole est la loi de Dieu, qu’il n’a point oubliée, afin de s’humilier pour être ensuite élevé. Or, à cette élévation revient cette parole : « Donnez-moi la vie » ; car l’élévation des saints est la vie éternelle. 3. « Loin des pécheurs est le salut, parce qu’ils n’ont point recherché vos justifications (Id 155) ». Qui te sépare en effet, ô toi, qui proclames « que loin des pécheurs est le salut », qui te sépare de ces pécheurs, de sorte que ce salut ne soit point éloigné de toi, mais avec toi ? Ce discernement vient peut-être de ce que tu as fait ce qu’ils n’ont point fait, c’est-à-dire recherché les justifications de Dieu. « Qu’as-tu que tu n’aies pas reçu ? » N’est-ce pas toi qui disais un peu plus haut « J’ai crié de tout mon cœur : exaucez-moi, mon Dieu, je chercherai vos ordonnances ? » C’est donc de celui à qui tu en appelais que tu as reçu de les chercher. C’est donc lui qui t’a séparé de ceux qui sont éloignés du salut, par cela même qu’ils n’ont point recherché les ordonnances de Dieu. 4. Voilà ce qui n’a point échappé au Prophète. Et moi je ne le verrais point si je ne le voyais en lui, si je n’étais en lui. Car ces paroles sont du corps de Jésus-Christ, dont nous sommes les membres. Voilà, dis-je, ce qu’il a vu, et aussitôt il ajoute : « Seigneur, vos miséricordes sont grandes ». Et ces recherches que nous faisons de vos ordonnances ne sont qu’un effet de vos miséricordes. « Vivifiez-moi selon votre jugement (1Co 4,7) ». Car je sais que votre jugement sur moi ne sera point sans miséricorde. 5. « Mes persécuteurs et mes ennemis deviennent de plus en plus nombreux, je ne me suis point détourné de vos oracles (Psa 119,156) ». C’est là un fait : nous le savons, nous nous en souvenons, nous le proclamons. Toute la terre a été rougie du sang des martyrs ; les couronnes des martyrs embellissent le ciel, les Églises sont illustrées par les temples élevés aux martyrs, les fêtes des martyrs viennent rehausser les jours de l’année, et chaque jour on voit des guérisons par les mérites des martyrs. D’où viennent tous ces honneurs, sinon parce que s’est accomplie à l’égard de cet homme répandu dans l’univers entier cette prophétie : « Mes persécuteurs et mes ennemis deviennent de plus en plus nombreux, et je ne me suis point détourné de vos oracles ? » Nous le reconnaissons et en rendons à Dieu des actions de grâces. Car c’est bien toi, ô homme, c’est toi qui as dit dans un autre psaume : « Si le Seigneur ne nous eût assistés, les hommes nous auraient dévorés tout vivants (Psa 113,2) ». Voilà pourquoi tu n’as point dévié de ces témoignages, et pourquoi, environné de cette foule de persécuteurs et d’ennemis, tu as pu néanmoins cueillir la palme céleste à laquelle Dieu t’appelait. 6. « J’ai vu les insensés, et j’ai séché de dépit », ou comme on lit en d’autres exemplaires, et c’est la version la plus commune « J’ai vu ceux qui n’observaient point votre pacte (Id 118,158) ». Mais quels sont les violateurs du pacte, sinon ceux qui se sont éloignés des témoignages de Dieu, et qui n’ont pu supporter les nombreuses persécutions ? Et le pacte c’est la couronne décernée au vainqueur. Ce pacte, ils l’ont violé, ceux qui succombant aux persécutions, se sont éloignés par l’apostasie des témoignages du Seigneur. Voilà ceux qu’a vus le Prophète, et il en séchait de dépit parce qu’il les aimait. Or, ce zèle est ban, il vient de l’amour et non de l’envie. Le Prophète nous montre ensuite en quoi ces apostats ont violé le pacte du Seigneur : « C’est », dit-il, « parce qu’ils n’ont point gardé vos paroles ». Ils les ont reniées au milieu des souffrances. 7. Pour montrer combien il diffère de ces apostats, le Prophète s’écrie : « Voyez, Seigneur, combien j’ai aimé vos préceptes ». Il ne dit point : J’ai renié vos paroles ou vos témoignages, comme on voulait y contraindre les martyrs, dont la fidélité était accablée de douleurs si violentes, mais il nous signale tout l’avantage des souffrances : car en vain je livrerais mon corps aux flammes, si je n’ai pas la charité cela ne me sert de rien (1Co 13,3). Telle est la charité dont il s’applaudit : « Voyez, Seigneur, combien j’ai aimé vos préceptes ». Puis il demande sa récompense : « Seigneur, donnez-moi la vie dans votre miséricorde ». Ceux-là me donnent la mort, vous, donnez-moi la vie. Mais s’il demande à la miséricorde le prix que lui doit la justice, combien plus doit-il à cette miséricorde cette victoire même qui mérite une récompense ! 8. « Le principe de vos paroles est la vérité, et tous les jugements de votre justice sont éternels (Psa 119,160) ». C’est de la vérité, dit-il, que découlent vos paroles, et dès lors elles sont vraies ; sans jeter personne dans l’erreur, elles assurent la vie au juste, la damnation à l’impie. Tels sont les jugements de Dieu qui subsistent dans l’éternité.
TRENTE-UNIÈME DISCOURS SUR LE PSAUME 118
INJUSTES PERSÉCUTIONS CONTRE L’ÉGLISE.
Rien ne motivait les persécutions contre l’Église, puisque l’Évangile ordonne la soumission aux pouvoirs terrestres, c’est à Dieu que s’est attachée l’Église pour triompher et remporter les dépouilles ou convertir ses persécuteurs. De là ce redoublement d’amour pour la loi de Dieu qu’on craint de violer, et cette prière faite sept fois le jour, ou un nombre complet. L’amour de la loi de Dieu nous préserve des chutes, mais le salut nous vient du Christ annoncé, parla loi, en des témoignages qui font notre espérance. Aussi le Prophète nous dit-il que ses voies sont en Dieu, en Dieu qui regarde les méchants, qui voit aussi les justes, c’est-à-dire qu’il a voulu marcher selon la volonté de Dieu.Psaumes 119:161
1. Nous savons quelles persécutions les rois de la terre ont infligées au corps du Christ, c’est-à-dire à la sainte Église. Reconnaissons donc ses plaintes dans les paroles suivantes : « Les princes m’ont persécuté sans sujet, et mon cœur ne craint que votre parole (Psa 119,161) ». Qu’avaient fait aux royaumes de la terre, ces chrétiens à qui leur roi avait promis le royaume des cieux ? En quoi ces promesses blessaient-elles des royaumes terrestres ? Ce roi qu’ils servent a-t-il défendu à ses soldats de rendre et de payer aux rois de la terre ce qui leur est dû ? Quand les Juifs le calomniaient à ce sujet, ne dit-il point : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu (Mat 17,21) ? » « Ne prit-il pas, dans la gueule d’un poisson, de quoi payer lui-même le tribut ? Son précurseur dit-il aux soldats de ce royaume, qui lui demandaient ce qu’ils devaient faire pour acquérir la vie éternelle : Quittez le baudrier, jetez vos armes, abandonnez votre roi, afin d’entrer dans la milice du Seigneur ? Nullement, « mais gardez-vous de toute violence, de toute injure, et que votre solde vous suffise (Luc 3,14) ». Un des soldats les plus affectionnés de ce roi, son compagnon fidèle, ne dit-il pas à ses frères d’armes, et en quelque sorte aux fourriers du Christ : « Que toute âme soit soumise aux puissances supérieures ? » Et un peu plus loin : « Rendez à chacun ce qui lui est dû ; le tribut à qui vous devez le tribut, l’impôt à qui vous devez l’impôt, la crainte à qui vous devez la crainte, l’honneur à qui l’honneur est dû. Ne soyez redevables envers personne, sinon de l’amour qui est dû à tous (Rom 13,1.7-8) ? » N’a-t-il pas ordonné à son Église de prier pour les rois ? En quoi donc les chrétiens ont-ils pu offenser ces rois ? De quel devoir sont-ils en demeure ? En quoi les chrétiens ont-ils désobéi aux rois de la terre ? C’est donc réellement sans sujet que les rois de la terre ont persécuté les chrétiens ? Mais écoute la suite : « Et mon cœur a tremblé à cause de vos paroles ». Assurément les paroles de ces hommes étaient effrayantes ; bannissement, proscription, mort, déchirer avec des ongles de fer, brûler vif, condamner aux bêtes, déchirer les membres ; mais j’ai redouté vos paroles plus encore : « Ne craignez point ceux qui tuent le corps, et ne peuvent plus rien ensuite ; mais craignez celui qui ala puissance de jeter en enfer le corps et l’âme (Mat 10,18) ». Voilà vos paroles qui m’ont saisi de frayeur : et j’ai méprisé l’homme qui me persécutait, vaincu le diable mon séducteur. 2. Il est dit ensuite : « Je me réjouirai de vos oracles comme celui qui a remporté de riches dépouilles (Psa 119,162) ». Les paroles qui l’ont fait craindre l’ont rendu victorieux ; car c’est aux vaincus que l’on enlève les dépouilles ; et voilà qu’il a été dépouillé comme un vaincu, celui dont il est dit dans l’Évangile : « Nul n’entre dans la maison du fort, pour enlever ce qui lui appartient, si tout d’abord il n’enchaîne ce fort (Mat 12,19) ». Mais il se trouva beaucoup de dépouilles, quand, pris d’admiration pour les martyrs, les persécuteurs eux-mêmes embrassèrent la foi ; quand ceux qui voulaient détruire notre roi en égorgeant ses soldats, vinrent eux-mêmes grossir ses rangs. Tout homme dès lors qui cède à la parole de Dieu, et craint d’être vaincu dans le combat, tressaille dans ces paroles qui l’ont rendu victorieux. 3. Mais de peur que nous n’en venions à croire que cette crainte a jeté dans son âme quelque haine contre la parole de Dieu, le Prophète qui avait déjà dit : « Vos paroles m’ont fait tressaillir », langage qu’il n’eût pu tenir, s’il eût eu de la haine, ajoute néanmoins : « J’ai eu l’injustice en horreur, en abomination ; mais j’ai aimé votre loi (Psa 119,163) ». Ainsi, cette crainte qu’il ressentait pour la parole de Dieu, loin de lui en inspirer la haine, la lui a fait au contraire aimer plus parfaitement, car il n’y a point de différence entre la loi et les paroles de Dieu. À Dieu ne plaise que la crainte bannisse l’amour, quand cette crainte est chaste ! Un fils pieux a pour son père de la crainte et de l’amour ; une chaste Épouse craint son Époux, de peur d’en être abandonnée ; elle l’aime, afin de le posséder. Si donc l’on doit craindre et aimer ùn père qui est un homme, un Époux qui est un homme, combien plutôt doit-on craindre et aimer notre Père qui est dans les cieux (Mat 5,9) ; cet Époux plus beau que les enfants des hommes, non d’une beauté corporelle, mais d’une beauté spirituelle ! Eh ! qui aime la loi de Dieu, sinon l’homme qui aime Dieu ? Et pour un fils bien né, qu’a de fâcheux la loi d’un père ? Est-ce parce qu’il châtie tous ceux qu’il aime, et qu’il frappe tout homme qu’il reçoit parmi ses enfants (Heb 12,6) ? Mépriser ces décrets de Dieu, c’est renoncer à ses promesses. Il nous faut donc louer les jugements de Dieu même sous son fouet, si nous voulons jouir des récompenses qu’il promet. 4. C’est là ce que fait autre interlocuteur : « Sept fois le jour », dit-il, « je vous ai loué sur la justice de vos décrets (Psa 119,161) ». « Sept fois le jour », c’est-à-dire toujours. Ce nombre, en effet, désigne ordinairement une totalité ; c’est pourquoi, après les six jours de la création, Dieu donna le septième au repos (Gen 2,2) ; et la révolution de sept jours forme les temps et les siècles. Tel est encore le motif qui a fait dire : « Le juste tombera sept fois en un jour, et se relèvera » ; c’est-à-dire, le juste ne périt point, quelles que soient ses humiliations, pourvu qu’il ne pèche point, autrement il ne serait plus juste. Alors cette expression : il tombe sept fois, désigne ici toutes les tribulations qui affligent le juste, et comme dans toutes ces tribulations il trouve un accroissement de justice. Il est dit : Il se relèvera. Les paroles suivantes nous indiquent suffisamment le sens de celles-ci ; on lit en effet : « Quant aux impies, le mal les affaiblira (Pro 35,16) ». Dès lors, pour le juste, tomber et se relever signifie n’être point affaibli par le malheur. C’est donc avec raison que l’Église a loué Dieu sept fois le jour sur les jugements de sa justice, puisqu’au temps où Dieu commença le jugement par sa propre maison (1Pi 4,17), loin d’être affaiblie par les persécutions, elle fut glorifiée par les couronnes des martyrs. 5. « Paix abondante à ceux qui aiment votre loi ; pour eux elle n’est point un scandale (Psa 119,165) ». Est-ce la loi qui n’est point scandale à ceux qui aiment la loi, ou pour ceux qui aiment cette loi n’y a-t-il scandale d’aucune part ? Ces deux sens conviennent à ces paroles. Aimer en effet la loi de Dieu, c’est respecter dans cette loi ce que l’on ne comprend point, et si le juste y trouve un sens qui lui paraît absurde, il croit plutôt que son intelligence est en défaut, et qu’il y a là un grand mystère qui lui échappé. La loi de Dieu n’est donc point un scandale pour lui. Mais pour ne trouver absolument aucun sujet de scandale, qu’il ne jette point les yeux sur les hommes, quelque sainte que soit leur profession, de peur qu’en voyant tomber ceux dont il appréciait la vertu, il ne périsse lui-même par le scandale ; mais qu’il aime la loi de Dieu, et il aura une paix profonde sans aucun scandale, car il peut l’aimer en toute sûreté, puisqu’elle ne connaît point le péché, quelque pécheurs que soient ceux qui l’ont embrassée. 6. « J’attendais votre salut, ô mon Dieu, et j’ai aimé vos préceptes (Psa 119,166) ». De quoi eût servi aux justes de l’ancienne loi d’aimer les préceptes du Seigneur, si le Christ, qui est le soleil de Dieu, ne les eût délivrés, lui dont l’Esprit leur donnait de pouvoir aimer la loi ? Si donc ils attendaient le salut de celui dont ils aimaient les préceptes, combien plus était nécessaire Jésus, c’est-à-dire le salut de Dieu, pour sauver ceux qui n’aimaient point ses préceptes ? On peut, en effet, voir dans cette parole prophétique les saints d’aujourd’hui, depuis que l’Évangile est prêché ; car ceux qui aiment les commandements attendent le Christ, afin qu’à l’apparition du Christ, qui est notre vie, nous aussi nous apparaissions aussi dans la gloire (Col 3,4). 7. « Mon âme », dit-il, « a gardé vos témoignages, je les ai aimés souverainement (Psa 119,166) » ; ou comme on lit en certains exemplaires « elle les a aimés », c’est-à-dire « mon âme » les a aimés ; c’est garder les témoignages de Dieu que ne point y renoncer. Tel est le devoir des martyrs, puisque martyres et témoignages sont identiques. Mais comme il ne sert de rien d’endurer les flammes pour les témoignages de Dieu, si l’on n’a point la charité (1Co 14,13), le Prophète ajoute : « Je les ai aimés souverainement ». Auparavant il avait dit : « J’ai aimé vos commandements » ; puis, au verset suivant : « J’ai gardé et aimé vos commandements » ; puis ensuite, ce sont les témoignages et les préceptes qu’il a gardés. Voici le texte : « J’ai gardé vos préceptes et vos témoignages (Psa 119,168) ». Celui qui les aime les garde pleinement et avec joie. Mais il arrive souvent qu’en gardant les préceptes de Dieu, nous avons pour ennemis ceux qui ne veulent point qu’on les garde ; c’est alors qu’il faut les garder avec plus de courage, de peur que la persécution ne fasse apostasier. 8. Après avoir proclamé ce qu’il a fait, le Prophète l’attribue à Dieu qui lui en a donné la force, et s’écrie : « Toutes mes voies, ô mon Dieu, sont en votre présence ». Ce qui m’a fait garder vos préceptes et votre témoignage, c’est que toutes mes voies sont en votre présence. Comme si le Prophète disait à Dieu : « Si vous aviez détourné de moi votre face, j’eusse été troublé, et je n’aurais gardé ni vos témoignages ni vos préceptes. Si donc je les ai gardés, c’est que toutes mes voies sont en votre présence ». Il veut nous faire comprendre que Dieu regarde ses voies d’un œil propice et secourable ; tel est le sens de cette prière : Ne détournez point de moi votre face (Psa 27,9). Car si la face du Seigneur est sur tous ceux qui font le mal, c’est afin de perdre leur mémoire (Id 33,17). Ce n’est point en ce sens que notre interlocuteur dit que Dieu regarde ses voies, mais dans le sens qu’il a dit que Dieu connaît la voie des justes (Id 1,16), et que le Seigneur dit à Moïse : « Je te connais entre tous les autres (Exo 33,17) ». S’il ne trouvait, dans cette croyance, que le Seigneur a les yeux sur ses voies, il ne dirait point qu’il a gardé les préceptes et les témoignages du Seigneur, parce que toutes ses voies sont en présence de Dieu. Il comprend cette parole : « Servez le Seigneur dans la crainte, et réjouissez-vous en lui avec tremblement ; embrassez la discipline, de peur que la colère du Seigneur ne vous fasse dévier de la voie des justes (Psa 2,11-12) ». Mais cette voie ne serait point celle de la justice, si elle n’était en présence du Seigneur. Telle est la crainte que veut nous inculquer saint Paul, quand il dit : « Opérez votre salut avec crainte et avec tremblement » ; et pour nous donner raison de cette recommandation, « c’est Dieu », nous dit-il, « qui opère en nous le vouloir et le faire selon sa volonté (Phi 2,12-13) ». Ainsi les voies des justes sont sous le regard du Seigneur, afin qu’il redresse leurs pas, et c’est de ces voies qu’il est dit dans les Proverbes : « Ce sont les voies de droite que connaît le Seigneur, mais les voies perverses sont à gauche (Pro 4,27) » ; afin de nous faire comprendre que le Seigneur ne connaît point ces dernières, puisqu’il dira aux méchants : « Je ne vous connais point (Mat 7,23) ». Or, afin de nous montrer combien il est avantageux que Dieu connaisse les voies droites, ou les voies des justes, le Prophète ajoute : « C’est lui qui doit redresser vos pas, et conduire vos voies en paix (Pro 4,27) ». C’est pourquoi le même Prophète ajoute encore : « J’ai gardé vos préceptes et vos témoignages ». Et comme si nous lui demandions comment il l’a pu : « C’est », répond-il, « parce que toutes mes voies sont en votre présence, ô mon Dieu ».
TRENTE-DEUXIÈME DISCOURS SUR LE PSAUME 118
LA FORCE DANS L’ÉGLISE.
Elle convient à l’Église cette prière qui demande le salut, qui a pour objet de connaître les ordonnances, puis de les publier, au milieu des contradictions. Afin de ne rien craindre, l’interlocuteur s’attache aux préceptes de Dieu qui veut bien arracher son âme dans la personne des martyrs, vivifier l’Église par cette mort. Il est lui-même la brebis égarée que cherche le bon pasteur.Psaumes 119:169
1. Écoutons maintenant la voix de la prière, car nous connaissons celui qui prie, et nous devons nous reconnaître parmi ses membres, si nous ne sommes point réprouvés. « Que ma prière s’approche de vous, ô mon Dieu (Psa 119,169) ». C’est-à-dire, qu’elle s’approche de vous, cette prière que je fais en votre présence. Car le Seigneur est proche de ceux qui ont le cœur contrit (Id 33,19). « Donnez-moi l’intelligence selon « votre parole u : il demande à Dieu l’effet de sa promesse. Car il dit, selon votre parole, comme il dirait, selon votre promesse. Or, c’est là ce que le Seigneur a promis en disant : « Je vous donnerai l’intelligence (Id 31,8) ». 2. « Que ma prière s’élève en votre présence, ô mon Dieu, délivrez-moi selon votre parole ». Il reprend en quelque sorte sa prière. Car il avait dit d’abord : « Que ma prière s’approche de vous, ô mon Dieu » supplication semblable à celle-ci : « Que ma prière, Seigneur, s’élève en votre présence (Id 118,170) » ; et cette autre partie du verset supérieur : « Donnez-moi l’intelligence », revient à celle-ci : « Délivrez-moi selon votre parole ». Recevoir en effet l’intelligence, c’est être délivré, pour celui à qui son ignorance est un piège. 3. « Mes lèvres », dit-il, « publieront vos louanges, quand vous m’aurez enseigné vos ordonnances (Id 171) ». Nous savons comment le Seigneur instruit ceux qui écoutent ses leçons. Quiconque, en effet, a ouï le Père et a appris, vient à celui qui justifie l’impie (Jn 6,43) ; afin de garder les ordonnances du Seigneur, non seulement par la mémoire, mais aussi par la pratique. C’est ainsi que tout homme qui se glorifie, ne se glorifie point en lui-même, mais dans le Seigneur (1Co 1,31), et chante une hymne à sa louange. 4. Mais dès qu’il est instruit, et qu’il en a béni Dieu, il veut à son tour enseigner, « Ma langue », dit-il, « publiera vos paroles, parce que vos préceptes sont la justice (Psa 119,172) ». Dire qu’il publiera ces paroles, c’est se faire ministre de la parole de Dieu. Bien que le Seigneur, en effet, nous instruise intérieurement, la foi vient cependant de ce que l’on entend, et comment pourrait-on entendre parler, si quelqu’un ne prêche (Rom 10,14-17) ? Quoique Dieu seul donne l’accroissement (1Co 3,7), il ne faut point négliger de planter et d’arroser. 5. Le Prophète sait bien, et quelles persécutions et quelles contradictions s’élèveront contre lui quand il prêchera la parole de Dieu ; aussi a-t-il ajouté : « Que votre main s’étende pour me sauver ; car j’ai choisi vos commandements pour mon partage (Psa 119,173) ». Afin, dit-il, de ne rien craindre, et d’avoir vos paroles, non seulement dans le cœur, mais aussi sur les lèvres : « J’ai choisi vos préceptes », et l’amour a étouffé la crainte. Que votre main dès lors s’étende sur moi, et me sauve des mains étrangères. Or, Dieu a sauvé les martyrs en arrachant leur âme à la mort ; car sauver seulement le corps de l’homme, est un salut futile (Psa 60,18). Cette parole : « Que votre main se fasse », pourrait encore s’entendre du Christ qui est la main de Dieu, selon cette parole d’Isaïe : « Et à qui le bras de Dieu a-t-il été révélé (Isa 53,1) ? » Le Fils unique de Dieu n’a pas été fait, puisque tout a été fait par lui (Jn 1,3) ; mais il a été fait de la race de David (Rom 1,3), afin d’être Jésus, ou Sauveur, lui qui était déjà créateur. Mais comme cette expression : « Que votre main se fasse », ou « la main du Seigneur se fit », se lit souvent dans l’Écriture, je ne sais pas si l’on pourrait dans tous ces endroits lui assigner le sens dont nous parlons. Assurément, quand nous entendons ce qui suit : « J’ai désiré, Seigneur, votre salut (Psa 119,174) », en dépit de tous nos ennemis nous devons l’entendre du Christ qui est le salut de Dieu. C’est lui que les anciens appelaient de leurs soupirs, ils le proclamaient sincèrement ; c’est après lui que soupirait l’Église, quand il devait sortir du sein de sa mère ; c’est lui encore qu’elle appelle de la droite de son Père. À cette pensée le Prophète ajoute : « Et votre loi a fait mes délices ». Car la loi rend témoignage au Christ. 6. Mais devant cette foi, qui nous fait croire de cœur pour la justice, et confesser de bouche pour être sauvés (Rom 10,10), que les nations frémissent, que les peuples forment de vains projets, que l’on tue le corps pendant qu’il vous prêche ; du moins, « l’âme vivra, et vous louera, et vos jugements seront mon soutien ». Ces jugements en effet devaient commencer par la maison du Seigneur (1Pi 4,17), le temps en était venu. Mais, dit le Prophète, ils seront mon appui. Et quel aveugle pourrait ne point voir combien le sang de l’Église a aidé l’Église ? Quelle riche moisson une telle semence a fait germer dans toute la terre ? 7. Enfin l’interlocuteur se découvre, et nous montre celui qui parle dans tout le psaume. « J’ai erré », dit-il, « comme une brebis perdue ; cherchez votre serviteur, parce que je n’ai point oublié vos préceptes (Psa 119,176) ». Dans certains exemplaires, on trouve, non pas cherchez, mais vivifiez : ces deux expressions, en grec, ne diffèrent que d’une syllabe, Zeson et Zeteson; aussi trouve-t-on des différences dans les manuscrits grecs eux-mêmes. Quoi qu’il en soit, cherchons cette brebis égarée, qu’on donne la vie à cette brebis perdue ; c’est pour la chercher (Mat 18,12) que le bon pasteur abandonne les quatre-vingt-dix-neuf autres sur les montagnes, et se fait déchirer par les épines des Juifs. Mais on la cherche encore ; oui, qu’on la cherche toujours, et après l’avoir trouvée en partie, qu’on la recherche encore (Luc 15,4). Elle semble trouvée quand le Prophète nous dit : « Je n’ai point oublié vos préceptes » ; mais ceux qui ont choisi comme leur partage les préceptes du Seigneur, qui les aiment, qui les méditent, ceux-là cherchent toujours cette brebis, et la trouvent dans toutes les contrées de la terre, par la vertu du sang que son pasteur a versé pour son salut. 8. Ce long psaume, je l’ai parcouru, expliqué autant que je l’ai pu, autant que Dieu m’en a fait la grâce. D’autres plus habiles et plus intelligents ont fait mieux, à coup sûr, ou feront mieux ; mais pour cela, je n’ai point dû me dispenser de l’entreprendre, surtout devant les sollicitations de mes frères, à qui je suis comptable de ce ministère. Je n’ai rien dit de l’alphabet hébreu, qui partage tout le psaume en sections de huit versets pour chacune des lettres ; et il n’y a là rien d’étonnant : c’est que cette manière de procéder ne m’a rien suggéré, et ce psaume n’est pas le seul dans ce genre de composition. Disons seulement à ceux qui ne trouvent point ces caractères dans les versions grecques et latines, parce qu’on ne les y a point conservés, que dans l’hébreu, chacun des huit versets commence par la lettre qu’ils ont en tête, comme nous l’assurent ceux qui connaissent l’hébreu, Cela s’est fait ici bien plus exactement, que nos auteurs, soit latins soit puniques, ne l’ont fait dans les psaumes appelés abécédaires, Car ils ne commencent point par la même lettre, tous les versets d’une même strophe, mais seulement les premiers versets.
FIN DU TOME NEUVIÈME.
QUATRIÈME SÉRIE
Commentaires de saint Augustin — Augustin d’Hippone. Domaine public
Psaumes 119:121
VINGT-SEPTIÈME DISCOURS SUR LE PSAUME 118
LE SECOURS DE LA GRÂCE.
Étudier à fond les témoignages du Seigneur, c’est là une tâche difficile à un homme, et toutefois il est bon d’étudier ce qu’il y a d’admirable, d’étonnant dans sa loi. Cette loi, œuvre d’un Dieu bon, ne donnait ni la justice, ni la vie ; le Prophète en a recherché ta cause, et il a trouvé que cette loi se bornait à indiquer le péché, afin de nous humilier, et de nous démontrer qu’il nous faut le secours de Dieu, et de nous le faire demander. Voilà ce qu’a compris le Prophète, et il invoque le Seigneur qui nous a aimés le premier, lui demandant de le servir par amour, de résister aux persécutions qui le détournaient du service de Dieu, de connaître la loi d’une manière pratique ; il s’humilie à cause de ses fautes.