Bible Annotée de NeuchâtelPsaumes 55

Collectif Bonnet, Bovet, Godet et collaborateurs

Lire Psaumes 55 dans la Bible

Introduction

Complots et trahison.

Ce psaume est la prière d'un homme entouré d'ennemis mortels et trahi par son intime ami. Si cet homme est David, ainsi que l'indique le titre, l'époque de sa vie à laquelle se rapporte ce cantique ne peut être que celle qui précéda la révolte d'Absalom, alors que le roi, déjà abattu par de précédentes épreuves, assistait impuissant aux menées sourdes de son fils et voyait son confident et son ami Ahithophel faire cause commune avec ses adversaires. Cependant les termes des versets 14 et 15 ne conviennent qu'à moitié à Ahithophel et à David (un homme de mon rang... nous allions avec la foule...). La situation décrite a fait penser aussi au prophète Jérémie, en butte à tant de haines et d'attaques de la part de ses contemporains. Mais si Jérémie a eu à souffrir de la part de ses compatriotes et même de sa famille (Jérémie 11.21 ; 12.6), il ne parle pas d'une trahison semblable à celle que décrit notre psaume, et les analogies de pensée et de style que l'on remarque, par exemple, entre Jérémie 9.2 et Psaumes 55.7-9 peuvent être fortuites. Nous renonçons, pour notre part, à rattacher ce psaume à un nom connu.

La complainte comprend trois parties et une conclusion. Dans la première partie (versets 2 à 9), le psalmiste expose sa situation misérable ; dans la deuxième (versets 10 à 16), il décrit la conduite de ses ennemis ; dans la troisième (versets 17 à 22), il exprime sa confiance en Dieu, qui le délivrera ; la conclusion (versets 23 et 24) contient une exhortation et un résumé des pensées du psaume.

Psaumes 55:2

2 à 9 La détresse du psalmiste.

Il supplie Dieu de l'écouter (versets 2 et 3), décrit les craintes qui l'assaillent (versets 3 à 6) et exprime le désir de pouvoir s'enfuir bien loin (versets 7 à 9).

Psaumes 55:3

Mon esprit m'emporte... C'est d'une agitation intérieure qu'il est question : les impressions les plus diverses se succèdent dans l'âme troublée.

Psaumes 55:4

Le méchant se sent maître de la situation ; sa voix devient de plus en plus impérieuse et menaçante, il exerce déjà une oppression et s'apprête à opprimer toujours plus quiconque lui résiste. Quelque pût être l'abattement de David avant la révolte d'Absalom, on a peine à comprendre de sa part des plaintes semblables, au lieu d'une action énergique.

Psaumes 55:5

Les terreurs de la mort... Cette expression fait penser à la tristesse mortelle qui s'empara du Sauveur en Gethsémané (Matthieu 26.38).

Psaumes 55:7

La colombe est le symbole de l'innocence, et son vol celui de la rapidité de la fuite devant le mal.

Psaumes 55:10

10 à 16 Le psalmiste donne essor à l'indignation que provoque la conduite de ses ennemis.

Engloutis. Le pronom les n'est pas dans le texte. Le psalmiste pense à la catastrophe qui détruisit la bande de Koré (Nombres 16.32). Il reprendra cette image à la fin de la strophe (verset 16). Pour le moment il s'interrompt, comme pour atténuer ce vœu, qui semble l'effrayer lui-même, et il le motive par la description de l'effroyable désordre provoqué par les méchants.

Confonds (littéralement : divise) leurs langues. Ici c'est le souvenir de la tour de Babel qui est évoqué. Les querelles provoquées par les méchants peuvent devenir l'arme qui les détruira eux-mêmes.

Psaumes 55:11

Ils font la ronde... Sentinelles d'un nouveau genre, loin de veiller sur la ville, pour la préserver d'attaques du dehors, ils cherchent à surprendre ceux de ses habitants qu'ils envisagent comme leurs ennemis personnels.

Psaumes 55:13

Le mot car introduit ici un exemple de la profonde perversité qui s'est emparée des esprits.

Je pourrais me cacher. Ce trait non plus ne convient guère à un roi.

Psaumes 55:15

Avec la foule : le mot hébreu désigne une foule bruyante. Aux entretiens intimes, dans les heures de silence, succédaient les manifestations publiques de leur amitié et de leur piété, au milieu de foules animées.

Psaumes 55:16

Que la mort les surprenne... La même horreur du mal et le même désir de le voir condamné subsistent sous la nouvelle alliance. Seulement l'œuvre du Sauveur nous a appris à désirer le salut du pécheur en même temps que la condamnation du péché.

Dans leurs demeures, au milieu d'eux : pléonasme destiné à faire ressortir le degré de familiarité dans lequel ils vivent avec le mal.

Psaumes 55:17

17 à 22 La confiance du psalmiste n'est point ébranlée. Au contraire, la perversité du traître, sur laquelle il revient (versets 21 et 22), lui donne l'assurance que Dieu ne peut pas rester indifférent.

Psaumes 55:18

Le soir, le matin et à midi : dans les trois moments de la journée que l'on consacrait à la prière (Daniel 6.10). La journée israélite commençait le soir, à six heures.

Psaumes 55:19

Il me tire sain et sauf... hébreu : Il a racheté mon âme en paix du combat. Ce passé exprime la confiance de la foi, qui envisage comme acquise une délivrance à venir. L'idée de rachat ou de rançon évoque l'image d'un guerrier vaincu par le nombre et déjà captif de ses ennemis.

Psaumes 55:20

Dieu entendra et leur répondra. La réponse aux prières du psalmiste sera adressée aux ennemis, sous forme de jugement.

Qui trône..., littéralement : qui siège (comme juge) éternellement ; pensée que l'on trouve fréquemment dans les Psaumes (7.8 ; 9.8, etc.). On est étonné de voir un Séla interrompre ici brusquement, non seulement une strophe, ce qui est fréquent, mais un verset. Il faut se représenter quelques accords de musique donnant essor aux sentiments que provoque la justice éternelle de Dieu, en regard de la perversité humaine. C'est un élan d'adoration semblable à ceux qui interrompent parfois les développements de la pensée de saint Paul (Romains 9.5).

Point de changement : comparez Psaumes 7.13.

Psaumes 55:21

Il jette... Le traître apparaît de nouveau au premier rang des ennemis.

Il viole son alliance : l'alliance d'amitié jurée au psalmiste.

Psaumes 55:22

Plus douce que... hébreu : Douce est la crème de sa bouche, et son cœur est combat. Quelle description fidèle de la conduite de Judas (Matthieu 26.49) !

Psaumes 55:23

23 et 24 Conclusion.

Remets ton sort, littéralement : ce qu'il t'a donné et te donnera, ta vie, ta destinée. Le psalmiste exhorte ses lecteurs, en même temps que lui-même.

Psaumes 55:24

La moitié de leurs jours. Comparez Psaumes 102.25 ; Jérémie 17.11.

Bible Annotée de Neuchâtel — Collectif Bonnet, Bovet, Godet et collaborateurs. ThéoTeX · tous droits réservés