Dictionnaires bibliques
Usure
Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Usure », un article après l’autre.
Dictionnaire de la Bible (Bost)
Voir Prêt.
Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com
L’article dans BostDictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)
usura, ou fenus. C’est ce qu’on reçoit au delà du principal, en vertu du prêt usuraire. Si vous prêtez de l’argent à ceux de mon peuple qui seront pauvres parmi vous, vous ne les presserez point comme-un exacteur impitoyable, et vous ne les accablerez point par des usures (Exode 22.25-26). Et ailleurs (Lévitique 25.35-36) : Si votre frère est tombé dans la pauvreté, et qu’il ait besoin de votre secours, après que vous l’aurez reçu chez vous comme un hôte et un étranger et que vous l’aurez nourri avec vous, vous ne tirerez point d’intérêt de lui, et n’en exigerez pas plus que vous ne lui aurez donné ; vous ne lui donnerez point votre argent à usure, et vous n’exigerez pas de lui plus de fruit qu’il n’en a reçu de vous. On peut traduire ainsi l’Hébreu : Lorsque votre frère sera tombé dans la pauvreté et dans la misère, vous le soutiendrez. Et à l’égard de l’étranger, et de celui qui est habitué dans le pays, qui vit avec vous (Lévitique 15.36), vous ne prendrez point d’usure de lui, vous ne lui donnerez point votre argent à usure, etc. En sorte que ce passage renfermerait deux préceptes : l’un, de soutenir son frère dans sa pauvreté ; et le second, de soulager même l’étranger, et de ne lui pas prêter à usure.
Et dans le Deutéronome (Deutéronome 23.19-20) : Vous ne prêterez à usure à votre frère ni argent, ni grain, ni quelque chose que ce soit, mais seulement aux étrangers. Vous prêterez à votre frère ce dont il aura besoin, sans en tirer aucun intérêt, afin que le Seigneur votre Dieu vous bénisse en tout ce que vous ferez. En cet endroit le Seigneur semble tolérer l’usure envers les étrangers, c’est-à-dire, envers les chananéens et les autres peuples dévoués à l’anathème ; mais non pas envers les étrangers avec qui les Hébreux n’étaient point en guerre, et contre qui le Seigneur n’avait rien prononcé.
Exiger l’usure est ici un acte d’hostilité, dit saint Ambroise ; c’est une manière de faire la guerre aux chananéens que de les ruiner par ce moyen : Exigez l’usure de celui que vous pouvez tuer sans crime. Et encore les lois ne permettent-elles point d’exercer l’usure envers nos ennemis, quoique en juste guerre elles permettent seulement de les dépouiller de leurs biens, dont ils se servent contre nous. Ainsi le plus vrai est de dire que Dieu tolérait, mais n’approuvait point l’usure que les Hébreux exerçaient sur les chananéens. Il avait accordé cela à la dureté de leurs cœurs, ne pouvant l’empêcher entièrement.
(Voyez Prêt)
Mais Jésus-Christ, dans l’Évangile, a révoqué toutes ces sortes de tolérances qui étaient en usage sous la loi ancienne (Luc 6.30-33) : Donnez à tous ceux qui vous demandent ; et ne demandez point votre bien à celui qui l’emporte… Si vous prêtez à ceux de qui vous espérez de recevoir la même grâce, quel gré vous en saura-t-on, puisque les gens de mauvaise vie s’entreprêtent de la sorte pour recevoir le même avantage ? C’est pourquoi, aimez vos ennemis, faites du bien à tous, et prétez sans en rien espérer. Ces derniers mots : prêtez sans en rien espérer, se peuvent expliquer en trois manières :
1° Prêtez même au plus pauvre, de qui vous n’espérez pas qu’il puisse vous le rendre ;
2° Prêtez sans espérer qu’on vous rende un pareil service ;
3° Prêtez sans désespérer votre prochain, ou prêtez sans que la crainte de tomber dans l’indigence vous empêche de faire le bien.
Mais nous croyons que la vraie explication est celle-ci : Prêtez aux plus pauvres, quand même vous n’espéreriez pas qu’ils dussent vous le rendre. Saint Augustin n’a osé décider si ce qui est acquis par l’usure est injuste, et si l’on est obligé de le restituer. Que dirai-je de l’usure, dit-il, que les lois civiles condamnent, et que les juges obligent à restitution ? Est-il plus cruel de ravir quelque chose aux riches que d’ôter en quelque sorte la vie aux pauvres, en les opprimant par l’usure ? Tout ce qui est acquis par cette voie est sans doute mal acquis, et je voudrais qu’on le restituât ; mais on n’a point de juges devant qui on en puisse répéter la restitution. Il parle apparemment de l’usure secrète Néhémie (Néhémie 5.11) oblige les Juifs de retour de la captivité de restituer à leurs frères ce qu’ils en avaient injustement exigé. Mais il est inutile de s’étendre plus au long sur l’usure, qui est condamnée par toutes les lois naturelles, divines et humaines. Voyez les casuistes et les commentateurs sur l’Exode (Exode 22.25-26).
Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com
L’article dans CalmetDictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)
1. Dettes
Au Moyen âge et même plus tard, les Juifs furent les grands usuriers de l’Europe, du reste avec l’aide de la chrétienté. Le vaste vocabulaire de l’Ancien Testament relatif à la dette (voir ce mot) et au débiteur montre que cette spécialité remonte haut. Il n’est pas sans signification qu’un des termes désignant l’usure veuille dire « morsure ». L’élément tragique de la dette, c’est que le débiteur insolvable pouvait être saisi, emprisonné, ses enfants vendus ; bref, c’était le naufrage total (voir un exemple typique dans Néhémie 5). Ésaïe 24.2 montre la généralité de la pratique. Les prophètes ont tonné contre ces abus (Amos 2.6 ; Amos 2.8). Le Deutéronome veut qu’on prête sans intérêts (Deutéronome 23.20 et suivant) ; il essaie de soustraire au créancier les gages indispensables à la vie du débiteur (Deutéronome 24.6 ; Deutéronome 24.17) et de limiter des abus (Deutéronome 24.10 ; Deutéronome 24.13) ; il tente d’y introduire l’idée jubilaire (Deutéronome 15.16). En réalité, seule une élite morale observait ces lois de bienveillance (Ézéchiel 18.7 ; Ézéchiel 18.16 ; Ézéchiel 33.15), mais l’usage courant restait impitoyable (2 Rois 4.1 ; Lévitique 25.39 ; Lévitique 25.47 ; Ésaïe 50.1 ; Job 22.6 ; Job 24.9 ; Proverbes 20.16 ; Proverbes 22.7).
Le fait que Jésus ait touché à ce sujet dans deux paraboles (Matthieu 18.23 ; Matthieu 18.35; Luc 7.41 et suivant) montre l’importance sociale de la dette et les graves conséquences qui pouvaient en résulter (d’où, dans l’Oraison dominicale : « Remets-nous nos dettes »).
2. Intérêts
Dans Néhémie 5, l’intérêt est de 2 pour cent par mois, soit 24. Ailleurs, on sait qu’il allait de 10 à 20. La recommandation de prêter sans intérêts ne s’étendait pas aux étrangers. Il va de soi que ce taux élevé correspondait à la quasi-certitude de non-remboursement et au manque de système de crédit organisé.
3. Banquiers
Du temps de Jésus, le banquier et le changeur (voir ce mot) ne faisaient qu’un. Le système monétaire au Ier siècle était des plus complexes (voir Monnaie). Or les redevances au Temple devaient être versées par des milliers de visiteurs pieux en monnaie exclusivement phénicienne, de par la volonté des autorités religieuses juives (tandis que les impôts romains se payaient en monnaie romaine). Le changeur devait donc :
- changer les grosses pièces de valeur en monnaie d’usage courant ;
- fournir les pièces de monnaie pour l’offrande au Temple (l’agio sur ce change était strictement limité) ;
- échanger contre monnaie ayant cours les pièces que les pèlerins apportaient de tous les pays riverains de la Méditerranée et d’au delà. Le changeur était donc un intermédiaire indispensable, mais il devait respecter les taux admis du change et rester à sa vraie place, hors des parvis ; le terme de « voleur », que lui infligea Jésus (Marc 11.17), était souvent mérité, vu la nécessité et l’ignorance du pèlerin pressé.
Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com
L’article dans Westphal