Dictionnaires bibliques
Ur
Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Ur », un article après l’autre.
Dictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)
Ur (1)
Ville de Chaldée, patrie de Tharé et d’Abraham. Dieu fit sortir Abraham de la ville d’Ur (Genèse 11.13), pour le conduire dans la terre de Chanaan, qu’il avait dessein de donner en héritage à lui et à ses descendants. Mais comme il y allait avec Tharé, son père, et Loth, son neveu, lorsqu’ils furent arrivés à Haran, ville de Mésopotamie, Tharé y tomba malade et y mourut. Après lui avoir rendu les derniers devoirs, Abraham continua sa route, et alla dans la terre de Chanaan. Cette vocation d’Abraham arriva l’an du monde 2082, avant Jésus-Christ 1918, avant l’ère vulgaire 1922.
La ville d’Ur était dans la Chaldée, comme le dit l’Écriture en plus d’un endroit ; mais on ignore sa vraie situation. Les uns croient que c’est la même que Camarine dans la Babylonie. D’autres la confondent avec Orché, ou Orchoé, dans la Chaldée, suivant Ptolémée et Strabon. D’autres croient que c’est Ura ou Sura, dans la Syrie, sur l’Euphrate. Bochart et Grotius soutiennent que c’est Ura dans la Mésopotamie, à deux journées de Nisibe. On remarque que souvent la Chaldée et la Mésopotamie sont confondues, et qu’on dit assez indifféremment qu’une ville est dans l’une ou dans l’autre de ces deux provinces [Ur devint Edesse, et est maintenant Orfa. Voyez Edesse. Edesse, en arabe, est appelée Ourrha ou Rouha : c’est le nom d’Ur, ainsi qu’Orfa. Edesse, suivant Buckingham, fut bâtie sur les ruines d’Ur. La tradition s’est conservée dans toute sa force à Orfa, capitale actuelle du Kurdistan, que cette ville représente l’ancienne patrie d’Abraham. Près de la ville est un lac que l’on appelle encore Birket-El-Ibrahim-El-Kalil, et sur les bords duquel les musulmans, pleins de vénération pour Abraham, ont construit leur mosquée].
Le nom d’Ur, en hébreu, signifie le feu ; et quelques auteurs ont prétendu que Moïse, en disant que Dieu avait tiré Abraham d’Ur de Chaldée, voulait simplement marquer qu’il l’avait délivré du feu où les Chaldéens l’avaient jeté, à cause qu’il méprisait leurs idoles et attaquait leur idolâtrie. Voyez ce qu’on a dit sur les articles d’Abraham et de Tharé. Saint Jérôme a fait attention à ce sentiment, lorsqu’il a traduit (2 Esdras 9.7) : Vous avez tiré Abraham du feu des Chaldéens, au lieu de traduire : d’Ur des Chaldéens. Mais dans ses Questions hébraiques il traite de fables ce que les Juifs débitaient sur cette prétendue délivrance d’Abraham du feu des Chaldéens. On peut voir les commentateurs sur la Genèse (Genèse 11.31). (Voyez Zoroastre)
On prétend que ce nom d’Ur, qui signifie le feu, fut donné à cette ville à cause qu’on y adorait cet élément. Le feu était le symbole du soleil, et on sait qu’on adorait cet astre par tout l’Orient. On entretenait un feu sacré et perpétuel en son honneur dans certains temples ou enclos, qui étaient fermés de toute part, mais qui n’étaient point couverts. Nous en avons parlé sous les articles Chamanim et Pyroeia, comme aussi de la manière dont les anciens Perses entretenaient ces feux et sacrifiaient au soleil. [Voyez la note au mot feu ; voyez aussi Supplices du feu].
Rufin raconte que les Chaldéens portèrent autrefois le feu, qui était leur dieu, par toutes les provinces pour combattre avec toutes les autres divinités, afin que celle qui triompherait dans ce combat fût : censée la véritable ; les dieux d’airain, d’or, d’argent, de bois et de pierre étaient facilement consumés par le feu, qui avait la supériorité partout. Un sacrificateur de Canope en Égypte s’avisa de cette ruse : les Égyptiens ont de certains vases de terre qui ont de petites ouvertures de tous côtés, et qui sont destinés à filtrer l’eau du Nil. Il remplit d’eau un de ces vases, en fermant toutes les ouvertures avec de la cire ; il y attacha une tête qu’on disait être celle de Ménélas, et il l’érigea en divinité. Les Chaldéens voulurent faire essai de la puissance de leur dieu contre Canope : ils allumèrent du feu autour de Canope, afin que ces deux divinités combattissent ensemble ; mais le feu ayant bientôt fondu la cire qui bouchait les ouvertures de la cruche, il fut incontinent éteint par l’eau qui en sortit, et le sacrificateur de Canope remporta la victoire.
Ur (2)
Roi d’une ville de Madian, fut tué avec d’autres rois du même pays, dans la guerre que Phinées fit aux Madianites par l’ordre du Seigneur (Nombres 31.8-9), l’an du monde 2553, avant Jésus-Christ 1447, avant l’ère vulgaire 1451.
Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com
L’article dans CalmetDictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)
Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com
L’article dans WestphalDictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)
Our Kasdim (signifiant : Our des Caldéens) est célèbre dans l’histoire des patriarches, comme ayant été le point de départ de la migration de Térach (voir ce mot) ou Tharé (Genèse 11.28-31 ; Genèse 15.7). Tradition solide, puisqu’elle reparaît chez Néhémie (Néhémie 9.7) et qu’elle dure encore à l’époque du Nouveau Testament (Actes 7.2 ; Actes 7.4).
Où chercher Our des Caldéens ? Certains savants ont voulu la localiser en Haute-Mésopotamie sous prétexte qu’une tradition très nette aussi en Israël plaçait la patrie des pères aux environs de « la ville de Nacor », vraisemblablement Caran (voir ce mot). Et l’on s’appuie de même avec insistance sur le texte du De : (Deutéronome 26.5), « Mon père était un Araméen nomade », pour étayer la même localisation dans cette Syrie du Nord, pays de Aram-Naharaïm.
C’est aller pourtant à l’encontre des données bibliques et des documents extrêmement abondants fournis par les fouilles de Mésopotamie. Si les textes bibliques mentionnés plus haut donnent, comme lieu d’origine du clan de Térach, « Our des Caldéens », c’est qu’ils conservent une tradition onomastique (c’est-à-dire sur un nom propre) dont il faut tenir compte. À l’époque où ils furent rédigés (que ce soit J ou P), on savait parfaitement comment désigner géographiquement une ville ou une contrée de Mésopotamie. Dès le IXe siècle, les textes cunéiformes distinguent nettement, en effet, le pays d’Aramou (Araméens de Haute-Mésopotamie) du pays de Kaldou ou de Kaldi (les Caldéens qui habitent dans la région « de la mer du lever du soleil » = golfe Persique).
Dès lors qu’on avait gardé le souvenir d’un Our Kasdim, il le fallait chercher en Basse-Mésopotamie et, sans aucune hésitation, on doit l’identifier avec la ville sumérienne d’Ur (aujourd’hui el-Moughair), en cours d’exploration. Voir Sumer.
On comprend alors plus facilement pourquoi un clan, ayant quitté Ur, viendra se fixer à Caran (Genèse 11.31), puisqu’on sait maintenant par les résultats des fouilles que Caran était, littéralement parlant, une véritable « filiale » d’Ur, avec le même dieu (Nannar-Sin = dieu lune), la même déesse (Nin-gal), un temple identique pour cette dernière et dénommé à Ur et à Caran bît-gipân (signifiant : maison de campagne). Il est bien difficile de ne pas admettre que ce culte strictement similaire n’ait pas été établi à Caran par un groupe sorti d’Ur.
En tout cas, Caran, centre religieux, était un relais d’étape sur la grande voie qui réunissait « la mer Inférieure » (golfe Persique) à « la mer Supérieure » (Méditerranée) et, quand Térach quitta Ur avec Abraham et Lot, il arriva tout naturellement à Caran. Caldéens et Araméens étaient d’ailleurs très proches les uns des autres tant par la race que par le mode de vie. Semi-nomades, ils associèrent leurs efforts pour résister aux Assyriens, et parfois les textes assyriens de haute époque les englobent dans le terme d’Ahlamou (signifiant : les compagnons).
On ne s’étonnera nullement que de cette parenté ethnique et géographique il soit resté quelque souvenir aussi dans un texte biblique (Genèse 22.20) où Nacor frère d’Abraham a pour fils, entre autres, Kémuel père d’Aram (Araméens) et Késed (évidemment l’épo-nyme des Caldéens : Kasdim). Originaire d’Ur des Caldéens (signifiant : el-Moughair) le clan de Térach quitta la grande ville sumérienne, remonta l’Euphrate et le Balih jusques à Caran, où il habita. Si Abraham et Lot arrivèrent finalement au pays de Canaan, le reste du clan (Nacor) resta en Haute-Mésopotamie et y fit souche. Le pays d’Aram devenait ainsi, par la force des choses, le berceau familial du clan patriarcal. Ur était trop loin, et Laban s’appellera désormais l’Araméen (Genèse 28.5).
El-Moughaïr fut visité en 1850 par l’Anglais Loftus, mais la première fouille ne commença qu’en 1854, sous la direction de Taylor, consul à Bassora, qui eut la chance de découvrir des cylindres du roi babylonien Nabonide (VIe siècle avant Jésus-Christ) permettant l’identification du site avec la ville sumérienne d’Ur.
Les recherches vraiment systématiques ne commencèrent qu’après les sondages de Hall (1919), en 1922, et depuis elles se sont poursuivies sans interruption et avec le plus grand succès. M. CL. Woolley, qui en a la responsabilité, explore la ville avec une méthode que les trouvailles sensationnelles des tombeaux royaux (3500-3200 avant Jésus-Christ) ont consacrée définitivement.
Mais outre les merveilles sorties de ces tombes, la cité est d’année en année un peu plus dégagée, avec ses palais, ses temples, sa tour à étages (ziggourat), ses remparts, avec toute une civilisation dont on suit le développement dès avant le Déluge jusqu’aux jours d’Alexandre le Grand. L’apogée semble bien avoir été au temps de la Me dynastie (2300-2180 avant Jésus-Christ) qui succomba sous les coups des Élamites et après laquelle la ville connut les jours troublés des guerres contre Isin, Larsa et enfin Babylone.
Ce serait à cette époque que l’on placerait l’exode de Térach, qui s’enfuit pour échapper aux terribles représailles de Sinmouballit, roi de Babylone et prédécesseur de Hammourabi. En restituant quasi intacts des quartiers complets de la ville « du temps d’Abraham », les fouilles d’Ur fournissent une documentation parfaite pour comprendre le cadre de la vie patriarcale. En 1928 et 1930, M. Woolley a signalé, en outre, des couches de sédiments (diluvium) qu’il rapproche sans hésiter du grand cataclysme dont la Genèse nous a conservé l’écho dans les récits du Déluge (Genèse 6-8). Des dépôts semblables ont été retrouvés sur un autre chantier, près de Babylone, à Kish (el-Oheïmir).
A. P.
Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com
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