Dictionnaires bibliques
Transfiguration
Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Transfiguration », un article après l’autre.
Dictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)
Après que le Sauveur eut demandé à ses disciples ce que les autres hommes, et ce qu’eux-mêmes pensaient de lui, et que saint Pierre lui eut dit qu’il était le Fils du Dieu vivant, Jésus-Christ commença à leur parler de sa passion, qui était prochaine, et il ajouta (Matthieu 15.38) Je vous dis en vérité qu’il y en a ici quelques-uns qui n’éprouveront point la mort qu’ils n’aient vu le Fils de l’Homme venir en son règne. Six jours après cette promesse (Matthieu 16.1) Jésus ayant pris avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère les mena à l’écart sur une haute montagne, et il se transfigura en leur présence. Son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements blancs comme la neige. En même temps ils virent paraître Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui.
Le sujet de leur entretien, dit saint Luc, était de ses supplices et de la mort qu’il devait souffrir à Jérusalem. Il ajoute que saint Pierre et ses deux compagnons se trouvèrent accablés de sommeil, et que s’étant éveillés, ils aperçurent le Fils de Dieu dans sa majesté. Alors Pierre dit à Jésus : Seigneur, nous sommes bien ici ; faisons-y, s’il vous plaît, trois tentes, une pour vous, une pour Moïse, et une pour Élie. Lorsqu’il parlait encore, une nuée lumineuse les couvrit, et il sortit une voix de la nuée, qui fit entendre ces paroles : Celui-ci est mon fils bien-aimé, dans qui j’ai mis toute mon affection ; écoutez-le. Les disciples les ayant orties, tombèrent le visage contre terre, et furent saisis d’une grande crainte. Mais Jésus s’approchant, les toucha, et leur dit : Levez-vous, et ne craignez point. Alors levant les yeux, ils ne virent plus que Jésus seul.
Nous croyons que cette transfiguration arriva pendant la nuit ; et de là vient le sommeil dont les apôtres se trouvèrent accablés. De plus saint Luc (Luc 9.37) remarque que le lendemain ils descendirent de la montagne. Ils y avaient donc passé la nuit. Le principal dessein du Fils de Dieu dans cette transfiguration, selon les Pères, était pour accomplir la promesse qu’il avait faite quelques jours auparavant, qu’il ferait voir un échantillon de sa gloire à quelques-uns de ses disciples, avant leur mort, et pour les prémunir contre le scandale de sa croix et de la mort qu’il devait bientôt souffrir, en leur donnant cette preuve si éclatante qu’il était le Messie. On remarque avec beaucoup de raison, que l’état dans lequel Jésus-Christ paraissait au milieu des hommes, humble, faible, pauvre, méprisé, était une vraie et continuelle transfiguration ; au lieu que la transfiguration, dans laquelle il se fit voir dans l’éclat de sa gloire, était son état naturel.
Le sentiment commun des interprètes veut qu’il se soit transfiguré sur le mont Thabor. Ce sentiment souffre néanmoins de grandes difficultés. Nous en avons dit quelque chose sous l’article du Thabor.
Quant à l’apparition de Moïse et d’Élie, on demande comment les apôtres les purent reconnaître ? On répond que Jésus-Christ put les appeler par leurs noms, ou qu’il déclara, au retour, que c’étaient ces deux grands hommes ; ou enfin les apôtres remarquèrent que c’étaient eux, sur la peinture et la tradition qu’ils eu avaient reçues de leurs ancêtres ; car on ne doute pas qu’il n’y eût sur cela parmi les Juifs une certaine tradition, de même qu’il y en a dans l’Église chrétienne, sur la figure, par exemple, de saint Pierre et de saint Paul. Les Pères remarquent dans cette apparition, que la loi figurée par Moïse, et les prophètes figurés par Élie, rendent ici témoignage au Sauveur. On croit que Moïse ressuscita dans cette occasion. Pour Élie, il n’est pas mort ; et il vint du lieu où il est aujourd’hui inconnu aux hommes, sur la montagne de la transfiguration. Quelques-uns ont cru que ces deux saints personnages n’avaient paru qu’en figure, et non en réalité.
Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com
L’article dans CalmetDictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)
Glorification anticipée du Christ en présence de ses trois intimes : Pierre, Jacques et Jean.
La transfiguration est un des épisodes les plus fortement attestés par la tradition évangélique primitive. Elle est rapportée par les trois synoptiques (Marc 9.2 ; Marc 9.13 ; Matthieu 17.1-13; Luc 9.28 ; Luc 9.36), et le quatrième Évangile, s’il n’en a pas conservé le récit, semble pourtant y faire allusion (Jean 12.28). Cf. également 2 Pierre 1.16 ; 2 Pierre 1.18, où l’allusion est explicite.
En fait, la transfiguration est aussi solidement établie par les textes que le baptême lui-même ; et seuls des a priori et des considérations dogmatiques ont poussé certains critiques à en contester l’authenticité. Le lecteur non prévenu a au contraire nettement l’impression d’une scène historiquement vécue. Les trois récits sont sobres, objectifs et remarquablement concordants. Ils placent tous les trois la transfiguration quelques jours (Matthieu et Marc « 6 jours », Luc « environ 8 jours ») après l’entretien décisif de Césarée de Philippe. Tous les trois aussi la situent sur une [haute] montagne, dont la tradition a fait le Thabor (d’où : « Thaborion », fête de la Transfiguration dans le calendrier grec), ou encore le mont des Oliviers, mais dans laquelle la presque unanimité des critiques modernes voient plutôt un des contreforts de l’Hermon dans le voisinage de Césarée de Philippes. D’ailleurs le Thabor n’est en aucune façon une « haute montagne », et, du temps de Jésus, son sommet était occupé par un bourg que Josèphe fortifia pendant la guerre juive (voir Thabor ; cf. Alex. Westphal, Jésus de Nazareth d’après les témoins de sa vie, Paris 1914, II, p. 207).
Quant au phénomène lui-même, les trois évangélistes sont d’accord pour parler d’un changement extraordinaire dans l’aspect du visage et des vêtements de Jésus, d’un resplendissement pareil à la lumière du soleil (Matthieu) ou d’une « blancheur éblouissante » (Luc). Il s’agit, à n’en pas douter, d’un rayonnement émanant de l’être transfiguré lui-même, et non d’une lumière réfléchie. Luc spécifie que c’est « pendant qu’il priait » que Jésus fut ainsi transfiguré. Les trois récits nous montrent en outre Jésus s’entretenant avec Moise (représentant la Loi) et Élie (représentant les Prophètes). Pierre propose de dresser trois tentes, afin de demeurer sur la montagne, mais une nuée (lumineuse, selon Matthieu) survient qui couvre Jésus et ses célestes compagnons. Du sein de la nuée une voix se fait entendre, qui confirme le témoignage rendu à Jésus lors de son baptême : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé (Matthieu ajoute : « en qui j’ai mis toute mon affection », et Luc dit : « mon Fils, mon Élu »), écoutez-le ». Quand la nuée a disparu, Jésus reste de nouveau seul avec ses disciples, auxquels il recommande le silence sur cet événement jusqu’après sa résurrection.
Ajoutons que certains traits du triple récit évangélique (somnolence des disciples, habitude qu’avait Jésus de prier la nuit, nuée lumineuse, descente dans la plaine « le lendemain » ; Luc 9.37) semblent indiquer que la scène eut lieu de nuit.
Nous ne tenterons pas, ici, de donner de la transfiguration une explication scientifique. Hier, la science niait. Aujourd’hui, plus prudente parce que mieux informée, elle s’incline plutôt et entrevoit un monde de réalités encore mystérieuses dont l’exploration ne fait que commencer. Il s’agit, en tout cas, d’un événement d’une importance capitale dans la vie de Jésus, d’une grande expérience mystique au cours de laquelle il communie intensément avec l’au-delà et reçoit une révélation décisive quant à la nature de son œuvre rédemptrice : la Croix est probablement pour la première fois pleinement comprise et acceptée par lui à la lumière d’Ésaïe 53 par exemple, et, dans la personne de Moise et d’Élie, qui symbolisaient aux yeux des Juifs la Loi et les Prophètes, le monde des esprits bienheureux s’associe à l’œuvre messianique ainsi comprise. D’après Luc « ils parlaient de son départ [grec, exode], qui devait s’accomplir à Jérusalem ». Cette expérience prépare donc Jésus au drame qui va suivre. Elle confirme sa messianité à ses propres yeux et aux yeux de ses disciples, mettant ainsi le sceau de l’approbation divine à la confession de Pierre.
Un phénomène comme celui de la transfiguration doit être étudié (et nous serions tenté de dire : « contemplé » et « interprété ») à la lumière des réalités spirituelles (ou psychiques) auxquelles la science est obligée, depuis quelque temps, d’accorder une importance et une place sans cesse croissantes. Elle fut sans aucun doute la manifestation extérieure et visible d’une expérience intime au cours de laquelle la communion habituelle de Jésus avec le Père et le monde invisible atteignit un degré d’intensité tel qu’il en fut comme transporté momentanément et par avance sur un plan de vie supérieure à la vie terrestre, le plan de la vie glorifiée qu’il devait connaître définitivement après sa résurrection. Étant donné le facteur initial, la personne de Jésus et la qualité de sa vie intérieure, une expérience de ce genre n’est nullement invraisemblable ; elle est même parfaitement admissible et normale et nous montre à quel point la matière peut, dans certains cas, être modifiée par l’action de l’esprit. C’est ainsi que la transfiguration, saisie dans sa signification profonde et universelle, jette sur notre vie et sur ses possibilités à venir une lumière singulièrement riche de perspectives glorieuses.
G. G.
Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com
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