Dictionnaires bibliques
Saul
Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Saul », un article après l’autre.
Dictionnaire de la Bible (Bost)
Voir Paul.
Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com
L’article dans BostDictionnaire de la Bible (Bost)
1°. Fils de Siméon et d’une Cananéenne (Nombres 26.13< ; 1 Chroniques 4.24 ; Genèse 46.10 ; Exode 6.15). La mention spéciale qui est faite de sa mère est un blâme contre ces unions mixtes avec des femmes païennes.
2°. Premier roi des Hébreux, était fils de Kis, de la tribu de Benjamin, et régna quarante ans (1 Samuel 9ss ; 1 Chroniques 8.33 ; 9.39). Distingué par sa beauté et par la grandeur de sa taille, il avait ce qu’il fallait pour plaire au peuple sur lequel il devait régner ; il fut choisi par Samuel, oint d’huile, puis solennellement présenté aux Israélites à Mitspa, après que le sort, dirigé de Dieu, eut ratifié le choix que le dernier des juges avait fait du premier des rois ; Saül dut octroyer préalablement une espèce de charte constitutionnelle à son peuple, qui le salua par des acclamations de joie que le mécontentement de quelques-uns ne réussit pas à troubler ; Saül fit le sourd aux murmures des mécontents, et resta d’abord modestement dans la vie privée, pour laisser aux animosités le temps de se calmer, et pour ne pas alimenter par sa présence et l’exercice de ses droits, l’aigreur qu’avait produite chez quelques-uns sa subite élévation.
Sa première expédition fut dirigée contre les Ammonites ; elle réussit, et ce succès ramena les mécontents (1 Samuel 11). Dès lors Saül dut mettre tous ses soins à protéger le pays contre les attaques incessantes des Philistins (13.1) ; mais le peu d’esprit militaire des Israélites, et le manque d’armes (13.6-19), auraient suffi à paralyser ses efforts, si Jonathan son fils, par un acte héroïque, n’eût mis en fuite l’armée des Philistins qui ne tarda pas à être complètement défaite (1 Samuel 14). Les Philistins revinrent cependant à la charge, ainsi que d’autres peuples du voisinage, les Moabites, les Édomites, les Syriens de Tsoba, etc. Saül triomphait parce que Dieu était avec lui, mais il perdit ce secours par sa faute dans une guerre d’extermination dirigée contre les Amalékites, il désobéit aux expresses injonctions de Samuel, il épargna le roi et les bêtes grasses (15), et le prophète irrité prononça sa déchéance, et nomma pour lui succéder un jeune homme de la tribu de Juda, David, qui fut placé à la cour, jouit, de la faveur particulière du roi pendant quelque temps, mais finit par être l’objet de sa jalousie et de sa haine.
Les exploits du jeune guerrier, que Saül exposait aux plus grands dangers, et qui se tirait avec honneur des plus mauvais pas, méritèrent à David la faveur populaire, et cette faveur causa sa disgrâce (16). Accablé d’une noire mélancolie, Saül essayait de se distraire en écoutant de la musique, ou en poursuivant ce David qu’il croyait son ennemi (17-20), mais rien ne pouvait rendre la paix à son cœur ulcéré ; deux fois ses jours furent épargnés par David, et il s’attendrit un moment à la vue de tant de générosité, mais ses remords sans repentance ne suffirent pas à retenir ses poursuites, et Saül fut malheureux jusqu’à la fin sous le poids de la colère divine. Il finit par perdre les traces du prétendant réfugié à Gath (27), et les Philistins s’étant de nouveau levés contre Israël, Saül marcha à leur rencontre, consulta une devineresse la veille de la bataille, reçut d’elle un déplorable oracle que le lendemain devait voir s’accomplir ; la bataille fut perdue, ses fils furent tués, et lui-même fatigué de la vie se jeta sur son épée, et termina par le suicide une vie commencée sous de meilleurs auspices, un règne que l’obéissance à Dieu eût rendu à la fois glorieux et tranquille (28-31).
C’est une étrange histoire que celle de Saül ; l’homme et le roi sont étranges, et l’on ne saurait dire lequel l’est le plus. Le début de la royauté devait la compromettre dans l’esprit du peuple dont elle fit le malheur ; Dieu donnait à Israël un roi dans sa colère. Et cependant Samuel avait pris toutes les précautions destinées à prévenir ou à diminuer les maux qu’Israël amassait sur sa tête ; non seulement il avait cherché à détourner le peuple du caprice qui le portait à demander un roi, mais une fois la chose décidée, il avait posé des limites à la puissance et aux prétentions du monarque ; il l’avait choisi membre d’une tribu qui, par sa petitesse, n’avait pas de rivales ; il l’avait choisi beau de visage et de haute stature, afin que, sans éveiller les jalousies, il sût captiver l’attention et les regards bienveillants de ses futurs sujets ; il l’avait choisi vaillant et courageux afin que, bon capitaine, il offrît au peuple la seule qualité dont le besoin se fît sentir, la garantie nécessaire au maintien de l’intégrité du territoire ; il l’avait choisi après que Saül, ayant prophétisé, eut donné à tout Israël le spectacle d’un jeune homme qui se laisse diriger par les conseils de la sagesse divine ; il lui avait imposé enfin une constitution qui devait mettre le peuple à l’abri des empiétements du pouvoir royal.
Tout cela ne servit de rien ; Saül ayant atteint à une hauteur qu’il ne rêvait peut-être pas lorsqu’il cherchait les ânesses de son père, fut saisi de ce vertige qui tourne les têtes trop faibles à une certaine élévation ; il oublia qu’il était le serviteur de Dieu, pour se rappeler seulement qu’il était le roi du pays, et sans s’en rendre compte, mais entraîné par le manque de foi, il secoua le joug de l’Éternel et voulut régner par lui-même. Au sacrifice de Guilgal, sa déchéance fut annoncée, elle fut arrêtée et décidée après que, par ses ménagements envers Agag, il eut prouvé que la parole de l’Éternel ne lui était pas sacrée. Ce ne sont pas les détails, ce n’est pas même l’ensemble des faits que le prophète lui reproche ; c’est le manque de foi, le manque de respect pour un ordre divin, le manque de confiance en celui qui peut d’un mot remplacer les troupes qui désertent, la désobéissance à celui qui aime mieux obéissance que sacrifice.
La dynastie de Saül est déshéritée du trône parce que Saül a oublié qu’il n’était pour ainsi dire roi qu’en second. Et si l’on regrette que l’aimable et généreux Jonathan porte la peine des fautes de son père, il faut se rappeler que cette solidarité du péché était générale à cette époque et dans ces pays, qu’elle a été longtemps sanctionnée de Dieu d’une manière générale, et que dans l’espèce le péché de Saül entraînait nécessairement cet ordre de châtiment ; c’est moins l’homme que le roi qui a péché, et la peine que Dieu inflige, comme les peuples, aux rois coupables, c’est la déchéance de leur dynastie. Saül aurait eu les qualités d’un bon capitaine, il a de la grandeur, il ne manque pas de générosité, il est courageux, prompt, mais il n’a pas les qualités d’un roi, bien moins encore celles d’un roi d’Israël.
Quelques détails de sa vie nécessitent des observations spéciales.
1°. Les circonstances de son élection sont d’une simplicité tout à fait antique et patriarcale, bien en rapport avec la vie presque idyllique de ces temps reculés. Le but de son voyage, sa visite à Samuel, les signes qu’il reçoit, sa rentrée dans la vie privée, tout porte le cachet de l’époque, et pour se moquer de ces détails, il faut, comme dit Winer, ne pas connaître l’antiquité et ne pas savoir s’y reporter en esprit. L’élection de Saül est racontée de deux manières ; Gramberg y a naturellement vu la preuve de deux documents compilés par l’auteur ; il eût été facile cependant de se rendre compte de cette double élection sans recourir à une hypothèse aussi dénuée de vraisemblance. La première fois Samuel oint Saül et lui déclare, mais en secret, les desseins de Dieu à son égard ; évidemment cela ne pouvait pas suffire ; le choix devait être rendu public, et Samuel, pour écarter toute idée de préoccupation personnelle, en appelle publiquement à la voie du sort, persuadé que le résultat était entre les mains de l’Éternel ; le sort se prononce en faveur de Saül. Ce n’est pas une seconde relation, c’est un second fait.
2°. L’âge de Saül n’est indiqué nulle part, non plus que la durée de son règne. Josèphe le fait régner quarante ans, d’après une fausse traduction (2 Samuel 2.10) ; cependant le chiffre en lui-même n’a rien d’invraisemblable. Quant à son âge, on peut remarquer seulement que, dès les premières années de son règne, il avait déjà un fils en état de porter les armes et même de commander (1 Samuel 13.2), de sorte qu’on ne pouvait pas lui donner, à l’époque de son avènement, moins de trente ou trente-cinq ans. Le passage 1 Samuel 13.1, omis dans les Septante, doit se traduire littéralement : « Saül était âgé de… ans lorsqu’il devint roi ; et il régna… deux ans sur Israël ». Certains suppléent les chiffres, en ajoutant à la place des points suspensifs : « Saül était âgé de [trente] ans lorsqu’il devint roi ; et il régna [quarante] deux ans sur Israël ». Sur le premier chiffre (trente), il faut voir plus haut (1 Samuel 13.2) où il apparaît qu’il avait un fils en état de porter les armes ; sur le second chiffre (quarante) il faut se rapporter au Nouveau Testament (Actes 13.21) où l’apôtre Paul, en présentant l’évangile de la grâce de Dieu aux Juifs à Antioche de Pisidie, leur dit que le règne de Saül avait duré 40 ans.
Quoi qu’il en soit, si l’on admet la traduction de nos versions, il faut en changer la ponctuation, autrement le verset n’aurait aucun sens ; la première partie du verset se reporterait à ce qui précède, la seconde à ce qui suit immédiatement.
3°. Saül a prophétisé à plusieurs reprises, non seulement à son avènement, mais encore après sa déchéance (10.11 ; 11.6 ; 19.24). Il a été nàbi (voir Prophètes), et quoi que l’on veuille entendre par ce genre de prophétie, on est contraint d’avouer que c’était plus que le langage ordinaire des hommes pieux d’Israël. L’étonnement public, lorsqu’on apprend que Saül est aussi au nombre des prophètes, prouve surabondamment que ce n’était pas une chose commune, et si l’on ne veut pas admettre cette inspiration accompagnée de visions qui caractérisait les prophètes d’un ordre supérieur (hhosé), on doit admettre au moins que Saül était animé de l’esprit de Dieu, plongé dans une extase surnaturelle, ravi hors de lui-même, dans un état d’exaltation involontaire, dans laquelle il parlait et enseignait, louait et bénissait Dieu, avec une force et une effusion intérieure que l’Esprit d’en haut pouvait seul produire.
Son esprit, son cœur, sa conscience étaient réveillés ; Saül n’était plus Saül, il était un autre homme, l’intermédiaire de la pensée divine qui se révélait à lui, et qu’il ne pouvait méconnaître. Alors il s’oubliait lui-même, et son ravissement était tel qu’il fut une fois, une nuit et un jour entier, couché sur la terre et dépouillé de ses vêtements. Mais on se demande comment un homme, animé de pareilles dispositions, a pu être en même temps un homme sans foi et rejeté de Dieu. La réponse est aisée : sa piété s’évanouissait avec les circonstances extraordinaires qui en avait provoqué les mystérieux élans (Osée 6.4) ; au lieu de retenir dans son cœur les enseignements qu’une faveur singulière de Dieu lui envoyait par intervalles, il laissait s’éteindre le lumignon qui fume, il contristait, il repoussait le Saint-Esprit ; et notre Seigneur, en parlant de ceux qui ont prophétisé en son nom, quoiqu’il ne les ait jamais connus (Matthieu 7.22), nous montre la possibilité de cette existence du caractère prophétique chez des hommes voués à la réprobation.
C’est une grâce extérieure que Dieu leur accorde, ils la repoussent en faisant usage de leur liberté morale ; ils se montrent des exemples vivants et terribles de ce mystérieux antagonisme entre la volonté de Dieu et celle de l’homme, dans lequel la volonté de l’homme peut encore triompher à force d’endurcissement. Saül rejeté, et cependant prophétisant en la présence de Samuel, c’est le remords se réveillant dans le cœur à la vue d’un homme qui lui rappelle de beaux jours et de grandes grâces ; mais les passions, l’envie, la haine sont plus fortes, et elles étouffent les semences du bien.
4°. La mélancolie de Saül est la suite naturelle de son rejet. Il y avait là en effet de quoi troubler le cœur et l’esprit d’un homme. C’est la tristesse du remords. Il n’est pas nécessaire d’y voir autre chose. Abandonné de Dieu, abandonné de Samuel, contraint de s’avouer que c’est par sa faute, il sent trembler dans ses mains le sceptre qui déjà n’est plus à lui ; l’image de David le poursuit partout comme une ombre ; il veut la frapper et la faire disparaître ; l’amitié de Jonathan pour son rival lui paraît une révolte dénaturée, l’enthousiasme du peuple pour le jeune guerrier lui paraît une rébellion, les succès d’autrui lui semblent une injure, l’asile donné par un sacrificateur au capitaine qui se dit envoyé de sa part, lui apparaît comme une conjuration ; il voit un complot dans l’absence de David, une ruse de guerre dans sa fuite, peut-être même une insulte dans sa pitié. Son esprit est perdu, son jugement est égaré, sa vue se trouble, les faits les plus simples sont grossis et dénaturés, les objets ne lui apparaissent plus sous leur aspect ordinaire ; alors on le voit tour à tour se faire le bourreau de son fils que le peuple lui arrache, l’assassin de son gendre que sa fille lui dérobe, le meurtrier des sacrificateurs de Nob que Doëg lui livre et met à mort, le meurtrier des Gabaonites que Dieu venge plus tard, l’insensé conjureur d’une pythonisse, et enfin le suicidé de Guilboa. Rien dans sa conduite ne trahit une folie proprement dite, mais depuis sa désobéissance, tout en lui porte le caractère d’une mélancolie noire ; il est sombre comme Charles IX après la Saint-Barthélemy ; c’est un phénomène physiologique fréquemment observé, et les moyens employés pour calmer le malheureux sont plutôt destinés à le distraire qu’à l’exorciser ; l’emploi de la musique dans des cas de ce genre est général, et ses heureux succès ont été constatés toutes les fois qu’il en a été fait usage. Le terme de mauvais esprit envoyé par l’Éternel (1 Samuel 19.9), ne contredit en rien cette explication, car nous ne nions nullement que cette maladie noire ne fût l’œuvre d’un mauvais esprit, et qu’elle ne le soit en général, comme nous admettons que les bonnes dispositions du cœur sont l’œuvre du bon esprit de Dieu.
5°. Voir à l’article Samuel ce que nous avons dit sur les mobiles de la conduite du prophète à l’égard du roi déchu.
6°. Quant à la consultation de la pythonisse de Endor, voir Pythonisse.
7°. La mort de Saül est racontée de deux manières différentes (1 Samuel 31 ; 2 Samuel 1). Dans le premier passage, Saül se tue, dans le second, il est tué par un jeune Amalécite ; Gramberg y trouve une nouvelle preuve à l’appui de son hypothèse des deux documents. Le récit prouve que le jeune Amalécite a fait un conte dont il espérait une autre récompense que celle qu’il a reçue, de sorte qu’un second document n’a rien à faire ici ; dans le cas où cette explication ne suffirait pas entièrement, rien de plus simple que d’admettre avec Josèphe une fusion des deux récits ; Saül a essayé de se tuer, et comme il n’avait plus la force d’achever son crime, il a prié le jeune Amalécite qui passait de mettre un terme à ses souffrances.
8°. L’extermination des Gabaonites n’est connue que par l’allusion renfermée (2 Samuel 21.1). Les uns supposent que Saül fit égorger avec les prêtres de Nob les Gabaonites employés au service du temple ; d’autres pensent que les Gabaonites, n’ayant rien à perdre et tout à gagner à une révolution, prirent le parti de David contre Saül, ce dont celui-ci se serait vengé par leur complète extermination. L’on ne peut rien affirmer à cet égard si ce n’est que Saül a commis le crime, et que ses enfants l’ont expié.
9°. Le nom de Saül est rappelé plusieurs fois dans les livres historiques et dans les Psaumes de David ; voir en particulier (2 Samuel 1.17 ; 2.4 ; 5.2 ; 7.13 ; 12.7 ; 16.8 ; 22.1 ; 1 Chroniques 26.28 ; Psaumes 18, 32, 54, 57, 59). Sa résidence est quelquefois désignée par son nom (1 Sam. 15.34 ; Ésaïe 10.29). Le seul passage du Nouveau Testament qui en fasse mention est Actes 13.21.
Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com
L’article dans BostDictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)
Saül (1)
Roi d’Idumée (Genèse 36.37). Ce Saül était de Rohoboth, et il succéda à Semla de Masreca.
Saül (2)
Fils de Simon et petit-fils de Jacob (Nombres 26.13).
Saül (3)
Fils de Cis, de la tribu de Benjamin (1 Samuel 9.1), premier roi des Israélites. Un jour Cis, ayant perdu ses ânesses, envoya Saül son fils pour les chercher. Après avoir parcouru un assez grand canton du pays, et comme il était sur le point de s’en retourner chez son père à Gabaa, un de ses serviteurs qui l’accompagnait, lui dit : Il y a ici près un prophète qui est fort célèbre ; allons le consulter ; peut-étre qu’il nous donnera quelque lumière sur le sujet qui nous a fait venir jusqu’ici. Ils allèrent donc ensemble à Ramatha, et on leur dit que Samuel venait d’arriver dans la ville, et qu’il devait y faire un sacrifice solennel avec les principaux du peuple. Saül s’avança donc, et Samuel l’ayant aperçu, connut par révélation qu’il était celui qui devait régner sur Israël. Saül lui demanda où demeurait le voyant, ou le prophète ; et Samuel lui dit : C’est moi qui suis le voyant. Venez avec moi, vous mangerez avec les principaux du peuple que j’ai invités, je vous renverrai demain, et je vous dirai tout ce que, vous avez dans le cœur. Et à l’égard des ânesses que vous avez perdues, n’en soyez point en peine, parce qu’elles sont retrouvées. Et qui sera tout ce qu’il y a de meilleur dans Israël, sinon à vous, et à toute la maison de votre père ? Saül lui répondit : Ne suis-je pas de la tribu de Benjamin, qui est la plus petite d’Israël ? Et ma famille n’est-elle pas la moindre de toutes celles de cette tribu ? Pourquoi donc me parlez-vous de cette sorte ? Samuel fit entrer Saül avec son serviteur dans ta salle du festin, les fit asseoir à la tête de tous les conviés, et fit servir par honneur devant Saül une épaule entière d’une victime. Après le souper, Samuel conduisit Saül sur la terrasse de la maison pour dormir, et le lendemain au matin, il le reconduisit, et descendit avec lui au bas de la ville de Ramatha.
Comme ils descendaient, Samuel dit à Saül : Faites avancer votre serviteur, et demeurez un peu, afin que je vous fasse savoir ce que le Seigneur m’a dit. En même temps Samuel prit une petite fiole d’huile, qu’il répandit sur la tête de Saül, il le baisa et lui dit (1 Samuel 10.1-3) : Le Seigneur par cette onction vous sacre aujourd’hui pour prince sur son héritage, et vous délivrerez son peuple de ses ennemis. Et voici la marque que vous aurez que le Seigneur vous a choisi pour prince : lorsque vous m’aurez quitté, vous rencontrerez deux hommes qui viennent du côté du sépulcre de Rachel, qui vous diront que les dues-ses de votre père sont retrouvées. De là, étant arrivé au Chêne de Thabor, vous rencontrerez trois hommes qui vont adorer le Seigneur à Béthel ; ils vous présenteront trois pains, et vous les recevrez de leur main. Enfin lorsque vous serez arrivé à la colline de Dieu, où est la station des Philistins, vous trouverez une troupe de prophètes qui descendront du haut lieu, avec toutes sortes d’instruments de musique. En métne temps l’Esprit de Dieu se saisira de vous, vous prophétiserez avec eux, et vous serez changé en un autre homme. Après que tous ces signes vous auront été donnés, faites ce qui se présentera à faire, parce que le Seigneur sera avec vous. Tout ce que Samuel lui avait prédit s’accomplit le même jour, et Dieu le changea en un autre homme. Étant arrivé près la troupe des prophètes, il se mit à prophétiser aveceux ; et tous ceux qui le virent commencèrent à dire : Qu’est-il donc arrivé au fils de Cis ? Saül est-il aussi prophète ? Et cette parole est passée en proverbe.
Quelque temps après (1 Samuel 10.17-18), Samuel assembla tout le peuple à Masphat, pour leur donner nn roi, ainsi qu’ils l’avaient demandé. Il jeta le sort sur toutes les tribus d’Israël, et le sort tomba sur la tribu de Benjamin. Il le jeta ensuite sur les familles de cette tribu, et il tomba sur la famille de Métri ; puis il le jeta sur la famille de Cis, et il tomba sur la personne de Saül. On le chercha aussitôt ; mais on ne le trouva point. Ils consultèrent le Seigneur, et il répondit : À l’heure qu’il est, il est caché dans sa maison. Ils y coururent et l’amenèrent, et lorsqu’il fut au milieu du peuple, il parut plus grand que tous les autres de la tête. Alors Samuel dit à tout le peuple. Vous voyez quel est celui que le Seigneur a choisi ; et tout le peuple cria : Vive le roi ! Après cela Samuel prononça en présence de tont le peuple le droit du royaume, et tout le monde s’en retourna dans sa demeure. Saül revint à Gabaa, accompagné d’une partie de l’armée, qui étaient ceux, dont Dieu avait touché le cœur. D’autres méprisèrent Saül, et dirent : Comment cet homme pourra-t-il nous sauver ? Mais Saül faisait semblant de ne pas les entendre.
Environ un mois après, Naas, roi des Ammonites, attaqua la ville de Jabès de Galaad ; et ceux de Jabès lui dirent qu’ils se rendraient à lui, si dans sept jours ils ne trouvaient personne dans tout Israël qui les voulût défendre. Naas y consentit ; et ceux de Jabès étant venus à Gabaa, firent leur rapport devant le peuple, et dirent que le roi des Ammonites les assiègeait, et les menaçait de leur arracher à tous l’œil droit, et de les rendre l’opprobre de tout Israël. Saül retournait alors des champs, suivant ses bœufs ; et voyant que tout le peuple était en pleurs, il en demanda la cause ; l’ayant apprise, il entra dans une grande colère, prit ses bœufs, les coupa en morceaux, et les fit porter par des envoyés dans toutes les terres d’Israël, en disant : C’est ainsi qu’on traitera les bœufs de tous ceux qui ne suivront point Saül et Samuel. Tout le peuple s’étant donc rendu à Bézech, Saül en fit la revue, et il s’en trouva trois cent mille hommes d’Israël, et trente mille de Juda. L’armée se mit en marche, passa le Jourdain, et arriva le lendemain au point du jour près le camp des Ammonites. Saül les attaqua par trois endroits et les mit en déroute, en tua un très-grand nombre, et les dissipa de telle sorte, qu’il n’en resta pas deux ensemble. Après cela tout le peuple revint à Galgal, et on y renouvela solennellement l’élection et l’inauguration du roi Saül. Voilà ce qui arriva la première année du règne de Saül. Voyez ce que j’ai remarqué sur Samuel sous l’an 2911.
Deux ans après (1 Samuel 13.1-3), Saül choisit trois mille hommes de tout Israël, dont il donna mille à Jonathas, et en retint deux mille avec lui, pour tenir tête aux Philistins qui occupaient des postes à Machmas, à Béthel et à Gabaa. Jonathas défit la garnison qui était à Gabaa ; et tout le peuple en ayant reçu la nouvelle, prit cœur et crut qu’il était temps de secouer le joug des Philistins. Il s’assembla en armes à Galgal en très-grand nombre auprès de Saül. Les Philistins de leur côté l’ayant appris, vinrent avec une armée prodigieuse se camper à Machmas, vers l’orient de Béthel. Alors les Israélites se voyant resserrés, commencèrent à se débander, et à se retirer qui d’un côté, qui d’un autre. Saül demeura sept jours à Galgal, attendant l’arrivée du prophète Samuel. Enfin voyant qu’il ne venait point, quoiqu’il eût promis de le venir trouver dans sept jours, il commença à offrir des sacrifices à Dieu. Mais à peine avait-il achevé, que Samuel arriva, et lui dit qu’il avait fort mal fait d’offrir le sacrifice, sans attendre l’ordre du Seigneur ; que s’il l’avait fait, Dieu aurait affermi pour jamais son règne sur Israël. Mais, ajouta-t-il, votre règne ne subsistera point à l’avenir ; le Seigneur a cherché un homme selon son cœur, et il l’a destiné pour être chef de son peuple, parce que vous n’avez point observé ce qu’il vous avait ordonné par ma bouche, d’attendre mon arrivée pendant sept jours (1 Samuel 14.1-3).
Samuel et Saül avec les six cents hommes qui étaient demeurés auprès de lui, s’en allèrent de Galgal à Gabaa ; et les Philistins qui étaient à Machmas vinrent aussi se poster vers Gabaa. Un jour Jonathas étant allé avec son écuyer vers le camp des Philistins, et y étant entré de la manière que nous l’avons raconté sous l’article de Jonathas, tout d’un coup le trouble se mit dans le camp des ennemis, et les sentinelles du camp de Saül virent toute la terre couverte de corps morts. On chercha aussitôt qui pouvait être hors du camp, et on trouva que c’était Jonathas. Saül fit consulter le Seigneur par le grand prêtre : mais avant que la cérémonie fût achevée, on entendit un grand bruit, et l’on vit que les Philistins s’étaient percés l’un l’autre, et qu’il s’était fait un grand carnage. Saül avec ses gens commencèrent à poursuivre les ennemis, et les Israélites, qui s’en étaient fuis auparavant, s’étant joints à lui, ils en tuèrent un très-grand nombre, et les poursuivirent d’un côté jusqu’à Béthel, nommée depuis Béthaven, à cause des veaux d’or qu’on y plaça ; et de l’autre côté, jusqu’à Aïalon.
Or il arriva dans cette rencontre une chose qui jeta le trouble dans Israël. Saül avait prononcé ce jour-là une malédiction, en di-saut : Maudit soit celui qui mangera jusqu’au soir. Jonathas, qui ne savait pas ce qui s’était passé, en traversant un bois, prit un peu de miel au bout de son bâton, et en goûta. Sur le soir le peuple étant rassemblé après la victoire, Saül dit : Jetons-nous cette nuit sur le camp des Philistins, et qu’il n’en reste pas un seul demain au matin. Le peuple répondit : Faites ce qu’il vous plaira. Le grand prêtre lui dit : Consultons le Seigneur. Mais le Seigneur ne répondit point. Alors Saül jugeant que Dieu était irrité pour quelque crime commis, fit jeter le sort sur toutes les tribus et sur toutes les familles d’Israël ; et le sort tomba sur Jonathas. Saül lui dit qu’il fallait qu’il mourût ; mais tout le peuple s’y apposa, et le délivra de ce danger. Or Saül ayant affermi son règne sur Israël, porta ses armes contre tous les ennemis de son peuple contre Moab, Ammon, Édom, contre les rois de Soba dans la Syrie, et contre les Philistins (1 Samuel 15.1-3) ; et de quelque côté qu’il tournât ses armes, il demeurait victorieux. On ignore le temps et les circonstances de ces guerres.
Après cela, Samuel lui vint ordonner de la part de Dieu d’aller faire la guerreaux Amalécites, d’exterminer ce peuple, de ne pardonner à personne, de n’épargner ni les hommes, ni les bêtes, ni les choses précieuses qui pourraient se rencontrer dans le butin. Saül [donna ses ordres au peuple dont lit fit le dénombrement comme le berger compte les agneaux ; il se trouva deux cent mille hommes de pied, plus dix mille hommes de la tribu de Juda,] marcha ensuite contre les Amalécites ; il les attaqua, et les défit ; mais il conserva le roi [Agag], les meilleurs animaux, et ce qui se rencontra de plus précieux dans les dépouilles. Il revint ensuite à Galgal ; mais en passant par le mont Carmel, qui est au midi du partage de Juda, et fort différentdu Carmel qui est situé sur la Méditerranée, il y érigea un arc de triomphe, ou, comme parle l’Hébreu (1 Samuel 15.12), il y érigea une main, un monument. Samuel étant donc aussi venu à Galgal, Saül vint au-devant de lui, et lui dit : J’ai accompli la parole du Seigneur. Samuel lui répondit : D’où vient donc ce bruit des troupeaux de bœufs et de brebis, qui retentit à mes oreilles ? Saül lui dit : Le peuple a amenée d’Amalie ce qu’il y a de meilleur dans les troupeaux, pour les immoler au Seigneur. Alors Samuel lui dit : Lorsque vous étiez petit à vos yeux, le Seigneur vous a établi chef de son peuple, et il vous a envoyé pour exterminer Amalec ; et vous au contraire vous avez conservé ce qu’il vous a plu du butin de ce peuple. Saül voulut s’excuser, et rejeta la faute de cela sur le peuple, qui avait conservé ces choses, pour en faire des sacrifices au Seigneur ; mais Samuel lui dit : Sont-ce des holocaustes que le Seigneur demande ? Ne demande-t-il pas plutôt que l’on obéisse à sa voix ? L’obéissance vaut mieux que les sacrifices, et Dieu regarde la désobéissance avec, autant d’horreur que la magie et l’idoldtrie. Comme vous avez rejeté la parole du Seigneur ; le Seigneur vous a rejeté, et ne veut plus que, vous soyez roi.
Saül dit à Samuel : J’ai péché en désobéissant à l’ordre du Seigneur ; mais priez Dieu qu’il me pardonne cette faute, et venez avec moi, afin que j’adore le Seigneur. Samuel répondit : Je n’irai point ; et en même temps il se retourna, pour s’en aller : mais Saül le retint par le haut du manteau, qui se déchira entre ses mains. Alors Samuel lui dit : Le Seigneur a déchiré votre royaume ; et il le donnera à un autre qui vaut mieux que vous (1 Samuel 15.29), car le Victorieux dans Israël ne mentira pas, etne se repentira pas, parce qu’il n’est pas homme pour se repentir. Quelques-uns rapportent ceci à Saül, comme si Samuel, par une ironie piquante, eût voulu lui dire qu’un prince comme lui, qui s’érigeait des arcs de triomphe, n’était pas homme à se repentir ; mais il semble qu’il vaut mieux le rapporter à Dieu, qui ne révoquera point l’arrêt qu’il a prononcé contre Saül. Samuel ne laissa pas de suivre Saül, et de revenir avec lui dans le camp à Galgal. Alors il se fit amener Agag, roi d’Amalec, et le mit en pièces à Galgala.
Quelques années après (1 Samuel 16.1-3),Samuel alla, par ordre du Seigneur, donner l’onction royale à David ; et dès lors l’esprit du Seigneur se retira de Saül, et Dieu permit qu’il fût agité par un mauvais esprit qui, se servant de la mauvaise disposition des humeurs de ce prince et de sa mélancolie, l’agitait et l’obsédait. Alors ses gens firent venir David pour le soulager par le son des instruments, dont il savait parfaitement jouer. Saül prit David en affection, il le fit son écuyer, et le retint près de sa personne. Environ huit ans après (1 Samuel 17.1-3), les Philistins étant venus se camper entre Soco et Azéca,. Saül avec l’armée d’Israël, se posta dans la vallée du Térébinthe. Or il y avait un géant nommé Goliath, dans l’armée des Philistins, qui venait tous les jours insulter l’armée d’Israël, demandant quelqu’un qui pût combattre contre lui. Saül avait promis sa fille en mariage à celui qui l’aurait vaincu ; mais nul n’avait osé l’attaquer. David, qui depuis assez longtemps s’en était retourné à Bethléem, fut envoyé vers ce temps-là par son père au camp, et ayant ouï les insultes de Goliath, s’offrit à le combattre ; il le fit en effet, et le vainquit, comme nous l’avons remarqué dans les articles de Goliath et de David. Saül avait tellement perdu l’idée de David, qu’il ne le reconnut plus, lorsqu’il se présenta devant lui. Mais après la victoire qu’il eut remportée contre Goliath, il le retint toujours auprès de lui et lui donna le commandement de quelques gens de guerre.
Il avait conçu quelque chagrin (1 Samuel 18.1-4) contre lui, sur ce qu’au retour de l’expédition contre les Philistins, les femmes qui vinrent au-devant de l’armée victorieuse chantaient en dansant : Saül en a tué mille, et David dix mille. Un jour donc qu’il était dans sa maison transporté par l’agitation du mauvais esprit, et que David jouait des instruments devant lui, il voulut le percer d’une lance qu’il tenait en main ; mais David se détourna et évita le coup. Il lui donna ensuite le commandement de mille hommes, et lui promit Mérob sa fille aînée ; sans avoir néanmoins aucune envie de la lui accorder ; il cherchait seulement occasion de le faire périr par la main des Philistins, en l’exposant souvent à des combats contre eux. Il maria ensuite sa fille Mérob à un autre, et lui promit Michol sa seconde fille ; et il lui fit dire qu’il ne lui demandait pour dot que cent prépuces de Philistins. David exécuta promptement cette condition, et épousa Michol.
Saül, voyant que David s’acquérait tous les jours une nouvelle gloire par sa valeur, résolut de le faire mourir (1 Samuel 19.1-3). Jonathas l’en détourna d’abord : mais ensuite Saül étant retombé dans sa mélancolie ordinaire, et le mauvais esprit l’agitant, il essaya une seconde fois de le percer avec la lance qu’il tenait en main. David ayant évité le coup, se retira dans sa maison ; et Saül l’envoya investir. Pendant la nuit Michol le descendit par une fenêtre, et le fit sauver. Il se retira auprès de Samuel à Najoth de Ramatha. Saül y fit aller du monde pour le prendre : mais ceux qu’il y envoya jusqu’à trois diverses reprises, étant arrivés à Najoth, furent saisis de l’esprit de prophétie et commencèrent à prophétiser avec les prophètes, au milieu desquels était David. Saül lui-même y étant venu, se mit à prophétiser comme les autres (1 Samuel 19.1-3). Cependant David se retira à Gabaa, et parla à Jonathas fils de Saül. Ils renouvelèrent là leur amitié, et Jonathas promit à David de lui déclarer deux jours après tout ce qu’il aurait pu découvrir des dispositions de Saül à son égard. En effet il parla à son père le lendemain, et il vit bien par sa réponse que la perte de David était résolue. Il lui en donna avis, et ils se séparèrent. Voyez les articles de David et de Jonathas.
David étant allé à Nobé (1 Samuel 22.1-3), et ayant reçu du grand prêtre Achimélech une épée et quelques rafraîchissements, Saül en fut averti quelque temps après, par Dag, Iduméen, qui s’était trouvé par hasard à Nobé, lorsque David y arriva (1 Samuel 22.6-8). Saül envoya donc aussitôt querir tous les prêtres qui étaient à Nobé ; et lorsqu’ils furent arrivés, il ieur fit de grands reproches de ce qu’ils avaient donné des vivres à son ennemi et sans vouloir entendre leurs raisons, il les fit égorger en sa présence au nombre de quatre-vingt-cinq hommes. Il alla ensuite lui-même à Nobé, et fit passer au fil de l’épée tout ce qu’il y trouva d’hommes, de femmes, d’enfants, sans épargner même ceux qui étaient à la mamelle, ni les animaux qui s’y rencontrèrent.
Quelque temps après (1 Samuel 23.1-3), Saül ayant appris que David était dans la ville de Céila, il dit : Dieu me l’a livré entre les mains, puisqu’il s’est enfermé dans une ville murée. Mais David sortit de cette ville, et se retira dans le désert de Ziph ; de sorte que l’attente de Saül fut frustrée. Une autre fois, ce prince ayant appris que David était dans le désert de Maon, il l’y poursuivit avec une armée ; mais comme il était prêt de l’atteindre, on lui vint dire que les Philistins avaient fait irruption dans le pays : ce qui l’obligea d’abandonner son entreprise, et d’accourir au secours de ses propres sujets.
David s’étant ensuite retiré dans le désert d’Engaddi (1 Samuel 24), Saül s’y rendit avec ses troupes ; mais s’étant trouvé pressé par une nécessité naturelle, il fut obligé d’entrer dans une caverne où David était caché avec ses gens. David s’étant approché doucement par derrière, lui coupa le bord de sa casaque, sans qu’il s’en aperçût. Et lorsqu’il fut sorti et assez loin, David alla près de lui, et lui ayant montré le bord de sa casaque qu’il avait coupé, lui dit qu’il n’avait tenu qu’à lui de le tuer, mais qu’il s’était abstenu de porter la main sur l’oint d’Israël : Saül, touché de la générosité de David, ne put s’empêcher de répandre des larmes, et de reconnaître qu’il avait tort de poursuivre un homme qui ne cherchait point à lui faire de mal. Après cela, il se retira dans sa maison, et David alla dans le désert de Ziph (1 Samuel 26). Les Ziphéens l’ayant su, allèrent aussitôt en donner avis à Saül, qui vint avec son armée sur la colline d’Achila. Comme il était campé en cet endroit, David entra la nuit dans son camp, pénétra jusqu’à la tente du roi, et ayant trouvé tout le monde endormi, prit la lance du roi, et sa coupe, puis sortit du camp.
Quand il fut de l’autre côté de la montagne, il cria qu’on envoyât quelqu’un pour reprendre la lance et la coupe du roi, et en même temps remontra à Saül sa propre innocence, et l’injustice qu’il lui faisait de le poursuivre ainsi, quoiqu’il ne lui en eût jamais donné aucun sujet. Saül reconnut le tort qu’il avait, et s’en retourna chez lui. Mais David, craignant de tomber enfin entre les mains de ce prince, se retira auprès du roi de Geth (1 Samuel 27) ; et Saül l’ayant su, ne songea plus à le poursuivre. Quelques années après, les Philistins entrèrent sur les terres d’Israël avec une puissante armée (1 Samuel 28), et se campèrent à Sunam dans la vallée de Jezrael. Saül et ses troupes se mirent aussi en campagne, et altèrent camper sur les montagnes de Gelboé. Or, Saül ayant vu l’armée des Philistins, qui était très-nombreuse, en fut troublée : il consulta le Seigneur par ses prêtres et par ses prophètes ; mais le Seigneur ne lui rendit aucune réponse : de sorte que, ne sachant plus à qui s’adresser, il alla trouver une magicienne, qui avait un esprit de Python, ou un esprit familier, et qui était en réputation de savoir évoquer les morts.
Saül, quelque temps auparavant, avait banni d’Israël tous les magiciens et les magiciennes ; et pour n’être point reconnu, il fut obligé de venir déguisé, et avec peu de suite, trouver cette magicienne. Il la pria de lui évoquer Samuel, qui était mort depuis quelque temps. Aussitôt qu’elle vit le prophète, elle jeta un grand cri, et dit à Saül : Pourquoi m’avez-vous trompé, car vous dies Saül ? Saül lui dit de ne rien craindre, et lui demanda ce qu’elle avait vu. Cite répondit : J’ai vu des dieux (1 Samuel 28.12), ou un grand homme, un prince, un juge d’Israël. L’Hébreu porte Elohina, qui est un nom que l’on donne aux princes et aux grandi. Comment est-il fait ? ajouta Saül. C’est, dit-elle, un vieillard couvert d’un manteau. Saül ayant donc reconnu que c’était Samuel, se prosterna en sa présence ; et Samuel lui dit : Pourquoi avez-vous troublé mon repos, en me faisant évoquer ? Le Seigneur s’est retiré de vous, et il exécutera en faveur de votre rival tout ce qu’il lui a promis. Demain vous serez avec moi, vous et vos fils, et le Seigneur livrera le camp d’Israël entre les mains des Philistins. Saül tomba aussitôt, et demeura étendu sur la terre, parce qu’il n’avait point mangé de tout ce jour-là.
La magicienne le supplia de prendre un peu de nourriture, et de ne se point laisser abattre par la douleur ; Saül refusa d’abord de rien prendre ; mais enfin ses gens et cette femme le pressèrent de telle sorte, qu’il mangea ce qu’on lui servit, après quoi il s’en alla, et marcha toute la nuit pour arriver à son camp. Le lendemain le combat se donna (1 Samuel 19). Les Israélites furent mis en fuite devant les Philistins ; les fils de Saül, savoir : Jonathas, Abinadab et Melchisua furent tués ; tout l’effort du combat tomba sur Saül ; les archers le joignirent, et le blessèrent dangereusement. Alors il dit à son écuyer : Tirez votre épée, et tuez-moi, de peur que ces incirconcis ne m’insultent encore en m’ôtant la vie ; mais son écuyer, tout effrayé, ne le voulut point faire. Saül prit donc son : épée, et se jeta dessus ; et son écuyer voyant qu’il était mort, se jeta aussi sur son épée, et se tua. Ainsi mourut Saül, premier roi d’Israël, après quarante ans de règne. Un Amalécite, qui se trouva là par hasard, lui ôta son diadème et ses bracelets (2 Samuel 1), et les porta à David. Il lui raconta que lui-même l’avait tué, parce que l’épée de Saül ne pouvait percer sa cuirasse. Nous croyons qu’il déguisa la vérité à David, et qu’il se vanta faussement d’avoir tué le roi d’Israël. Il espérait apparemment que David lui donnerait pour cela une grande récompense ; mais il le fit mourir, pour avoir osé porter ses mains sur l’oint du Seigneur. David fit le deuil de Saül et de Jonathas, et composa en leur honneur un cantique lugubre, où il relevait leur valeur et leurs grands exploits.
Le lendemain du jour du combat (1 Samuel 31.8-9), les Philistins étant venus pour dépouiller les morts, trouvèrent Saül et ses trois fils étendus sur la place. Ils coupèrent la tête à Saül, et lui ôtèrent ses armes, qui furent portées dans le temple d’Astaroth, et pendirent son corps aux murs de Bethsan, lesquels donnaient apparemment sur la place, puisqu’il est dit au second livre de Samuel (2 Samuel 21.12), que son corps fut pendu dans la place de cette ville. Pour sa tête, on lit dans les Paralipomènes (1 Chroniques 10.10) qu’elle fut mise dans le temple de Dagon. Quelque temps après, les habitants de Jabès de Galaad (1 Samuel 31.11-13), ayant appris le traitement que les Philistins avaient Fait au corps de Saül et à ceux de ses enfants, qu’ils avaient pendus aux murs de Bethsan, allèrent pendant la nuit les détacher, et les emportèrent dans leur ville au delà du Jourdain, où ils brûlèrent les restes des chairs de ces corps, et enterrèrent les os dans le bois qui était près leur ville. Ils jeûnèrent, et firent le deuil du roi pendant sept jours, en reconnaissance du service qu’il leur avait rendu au commencement de son règne, en les délivrant de la cruauté du roi des Ammonites. Plusieurs années après, David fit ôter les os de Saül de la forêt de Jabès, pour les mettre dans le sépulcre de Cis, son père, à Gabaa (2 Samuel 22.121-14). Isboseth, quatrième fils de Saül, lui succéda dans le royaume, et régna à Mahanaïm au delà du Jourdain, sur onze tribus ; car David régnait dès lors sur la tribu de Juda…
On demande si Saül a pu sans crime se donner la mari dans cette occasion, et ce qu’on doit penser de son salut. Les rabbins louent. Saül de sa soumission aux ordres de Dieu, et relèvent l’obéissance de ce prince qui, malgré les menaces de Samuel, et l’assurance qu’il avait de mourir lui et ses fils dans la bataille, ne laissa pas de s’y trouver. Ils ajoutent que ce qui le porta à se donner la mort, fut la çrainte que le nom de Dieu ne fût blasphémé et outragé par les Philistins, si le roi de son peuple était tombé vivant entre leurs mains. Mais ces raisons sont peu solides. Il ne nous paraît dans les dernières actions de Saül, non plus que dans les premières, aucune marque certaine de pénitence. Nous ne voyons pas qu’il ait eu recours à Dieu, ni qu’il ait eu aucune vue de sa gloire, en se donnant la mort ; et quand par une conscience erronée, il se serait imaginé que par là il empêchait que les Philistins ne blasphémassent le nom de Dieu, il ne s’ensuit pas que son action fût louable ni légitime. Saint Paul nous apprend qu’il ne faut pas faire le mal pour qu’il en arrive du bien (Romains 3.8). Or, l’homicide de soi-même est certainement un très-grand mal, et d’ailleurs, par sa mort Saül évitait-il que les Philistins ne blasphémassent le nom du Seigneur, puisqu’ils le pouvaient également blasphémer, soit qu’il tombât mort ou vivatat entre leurs mains ? Enfin, l’Écriture ne nous permet pas de douter de la perte de Saül, lorsqu’elle dit (1 Chroniques 10.13) ; que ce prince mourut dans ses iniquités, pour avoir désobéi aux ordres du Seigneur ; et pour avoir consulté la pythonisse, au lieu de mettre sa confiance en Dieu. C’est pourquoi le Seigneur le fit mourir, et transféra son royaume au fils d’Isaie.
Quant à l’action de Saül, qui consulta la pythonisse, il est inutile de l’examiner selon le moral, puisqu’elle est si manifestement contraire à la loi de Dieu. Nous avons vu, sous l’article de Samuel, les divers sentiments que l’on forme sur l’apparition de ce prophète à Saül.
Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com
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Saul (1)
Ou Joël (1 Chroniques 6.24, 36). Voyez Azarias, Elcana.
Saul (2)
Saulus, surnommé Paul. Voyez ci-devant l’article de saint Paul.
Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com
L’article dans CalmetDictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)
1. Ses origines, son avènement
Dans 1 Samuel 7-15, on distingue aisément deux séries de récits, les uns favorables, les autres hostiles au principe monarchique. Les premiers eux-mêmes semblent bien (d’après le professeur Adolphe Lods en particulier) appartenir à deux sources, celle du voyant et celle de Jabès. La première doit être la plus ancienne. Saül, vaillant guerrier, a abattu la stèle que les Philistins, jusqu’alors vainqueurs d’Israël, avaient élevée dans sa ville natale, Guibéa de Benjamin. C’est l’insurrection ouverte. Saül appelle à lui les patriotes. Six cents braves répondent seuls à cette convocation. Les Philistins réunissent une puissante armée, avec chars, cavaliers et fantassins. Campés à Guibéa (aujourd’hui Djéba, à environ 10 km de Jérusalem), Saül et ses hommes occupent le bord méridional d’un ravin abrupt, très profond, tandis que les Philistins s’établissent en face à Micmas. Saül juge sa position périlleuse, il hésite à attaquer. Mais son fils Jonathan brusque les choses. Assisté seulement de son écuyer, il fond avec audace sur le poste philistin. La panique gagne tout le camp ennemi. Les sentinelles de Saül lui signalent ce désordre. Saül consulte le sort sacré, mais comme ces formalités demandent beaucoup de temps, il se voit obligé de les interrompre devant le tumulte croissant. Il atteint le camp philistin, où il trouve les ennemis s’entr’égorgeant. Il les chasse sans peine et fait jurer à ses soldats de ne rien manger jusqu’au soir pour mieux poursuivre les fuyards. Là se place un épisode tragique, visiblement rapporté pour mettre en relief l’héroïsme avec lequel Saül accomplit rigoureusement ses devoirs religieux. Jonathan, qui n’avait pas connaissance du serment, goûte du miel sauvage dans une forêt. Le soir, Saül demande à Yahvé s’il faut poursuivre les Philistins jusqu’au matin suivant. Il n’obtient pas de réponse, et en déduit qu’une faute grave a été commise. L’oracle en désigne l’auteur : c’est Jonathan. Saül jure que son fils mourra. Mais les soldats le rachètent, l’un d’eux est exécuté à sa place. Il semble bien que c’est à la suite de cet éclatant succès que le récit du voyant montrait Saül appelé à la royauté (1 Samuel 14.46 et suivant) et intronisé peut-être à Guibéa (cf. Osée 10.9).
Ce récit (1 Samuel 13.3 ; 1 Samuel 13.5-7 ; 1 Samuel 13.16-24 ; 1 Samuel 14.20 ; 1 Samuel 14.23 ; 1 Samuel 14.24 ; 1 Samuel 14.25-30 ; 1 Samuel 14.26-46) malgré l’allure très littéraire que lui a donnée un habile conteur, repose sur une tradition historique de haute valeur. Il est précédé d’un morceau empreint également de naturel et fort pittoresque, mais sans doute plus légendaire (1 Samuel 9.1-10.16) On y voit Saül, parti à la recherche des ânesses égarées de son père, s’adresser en désespoir de cause à un voyant de petite ville, Samuel. Yahvé avait prévenu celui-ci la veille qu’il recevrait la visite de l’homme appelé à devenir roi d’Israël et à délivrer le peuple du joug des Philistins. Samuel révèle à Saül ses hautes destinées et lui donne secrètement l’onction royale. C’est Samuel qui aura suggéré à Saül l’idée de s’attaquer à la stèle triomphale des Philistins : « À Guibéa, l’esprit de Yahvé te saisira, annonce le voyant ; dès lors tu pourras faire ce que ta main trouvera » (1 Samuel 15.5 ; 1 Samuel 15.7).
Historiquement, Saül paraît bien avoir été gagné par l’exaltation des vieux inspirés (nebiim = prophètes), qui provoquaient les phénomènes extatiques par des exercices violents accomplis en commun, et qui semblent aussi avoir été les zélateurs fervents du patriotisme israélite. On peut admettre également qu’un voyant, un inspiré plus calme, isolé, plus archaïque, du nom de Samuel, ait contribué à préparer l’insurrection nationale, et, par suite, l’établissement de la royauté. Mais dans l’ensemble, le récit trahit l’intervention de la poésie populaire. Il montre en Saül un jeune homme timide et modeste, dont l’absence prolongée va inquiéter son père, et non le guerrier farouche déjà père lui-même d’un vaillant héros, Jonathan. En somme, nous trouvons ici, revêtue d’une forme plastique des plus remarquables, la conviction profonde des Israélites, entre le Xe et le VIIIe siècle, d’après laquelle la royauté nationale fut une institution voulue et préparée par le Dieu national.
La série de traditions parallèles, source de Jabès, comprend le chapitre 11 et la plupart des versets des chapitres 13 et 14 qui ne concordent pas avec la suite du récit du voyant. Saül se signale pour la première fois en s’attaquant aux Ammonites qui, profitant sans doute de la détresse causée par les Philistins aux tribus du centre d’Israël, assiégeaient Jabès en Galaad (nord de la Transjordanie). Les assiégés demandent à capituler. Nahas, le chef ammonite, le leur accorderait, moyennant que dans la ville tous les habitants (sans doute les hommes) aient l’œil droit crevé, ce qui les rendrait impropres à la guerre et marquerait Israël d’ignominie. Les Jabésiens sollicitent un délai de sept jours pour tenter de recueillir des secours un peu partout parmi leurs frères. Nahas acquiesce. Si ce trait est historique, on supposera que les Ammonites, connaissant la désunion des tribus d’Israël, escomptaient l’échec de ces démarches in extremis. Les messagers de Jabès parcourent donc le pays. À Guibéa de Benjamin, tout le monde pleurait en les écoutant. Saül survient, revenant des champs. À la pensée de l’affront dont sont menacés Israël et son Dieu, « l’esprit saute sur lui » ; il abat deux de ses bœufs et en envoie les quartiers dans tout le territoire de son peuple, avec ce message : « Ainsi seront traités les bœufs de tout homme qui ne marchera pas à la suite de Saül ». Sous cette forme assez insolite, on discernera le sacrifice qui marquait l’ouverture de toute campagne (cf. 1 Samuel 7.9) et unissait les combattants par un lien aussi redoutable que sacré. L’appel est entendu ; les volontaires accourent à Bézek, en face de Jabès. Le lendemain avant l’aube, Saül surprend le camp ammonite ; à midi, les assiégeants sont dispersés. Les guerriers vainqueurs proclament Saül roi, à Guilgal. Il reste à secouer le joug des Philistins. Une suite de campagnes heureuses (Micmas, Béthel, Guibéa), où se distingue Jonathan, fils de Saül, libère le pays jusqu’à Ajalon. En fait, il est très probable que Saül aura rendu un grand service à la ville de Jabès, puisque celle-ci, plus tard, s’exposera à la vengeance des Philistins redevenus vainqueurs, en rendant les honneurs funèbres à son cadavre. Mais comment concevoir l’expédition qui délivra Jabès en un temps où la suzeraineté philistine s’exerçait encore intacte sur le centre du pays ? La version du voyant est plus naturelle, qui admet pour premier effort de Saül la résistance aux ennemis maîtres de sa propre ville.
Une troisième source exprime des sentiments bien différents de cet enthousiasme royaliste (1).
(1) Pour l’importance de cette source d’inspiration prophétique, voir article Prophète, IV ; et Alexandre Westphal, Jéhovah, 4e édition 1922, pages 266-267, Les Prophètes, 1924, tome I, pages 341-375.
2. Son règne
Du règne de Saül, dont l’importance fut capitale pour la formation d’une véritable nation israélite, la tradition populaire, plus soucieuse d’anecdotes individuelles que d’histoire générale, n’a guère retenu que les démêlés du roi avec son futur successeur, David. En réalité, cette brouille entre Saül et l’un de ses capitaines n’aura été qu’un épisode, à placer probablement à la fin du règne. Ce qui remplit ce règne, c’est essentiellement la guerre entre Israël et les Philistins (cf. 1 Samuel 14.52). Les grandes batailles rangées étaient rares, mais la guérilla de frontières reprenait à chaque printemps, marquée par le rapt de troupeaux, l’incendie de maisons isolées, parfois la surprise de villes peu ou pas fortifiées. Plutôt que d’armées on parlera de bandes. Dans une ancienne tradition, Saül ne dispose que de six cents hommes (1 Samuel 13.15 ; 1 Samuel 14.2), et David n’en a pas plus (1 Samuel 23.13), qui servent Saül sous ses ordres (voir Armée). Il n’existait encore aucune organisation régulière pour assurer la levée des troupes et celle des impôts. Quand le roi n’était pas en guerre, il vivait à Guibéa, sur ses terres, en « paysan noble ». Un repas probablement sacrificiel réunissait autour de lui ses serviteurs (officiers) lors de chaque nouvelle lune. On tenait conseil sous le tamaris sacré de Guibéa (1 Samuel 22.6).
La royauté de Saül procède donc en premier lieu de l’hégémonie militaire. On doit, d’autre part, y reconnaître une royauté de tribu s’exerçant au profit de tout Israël. Des Benjamites sont les généraux de Saül : Abner et ses successeurs. C’est aux gens de Benjamin que le roi distribue les meilleures terres prises à l’ennemi ; Saül lui-même n’en était pas moins pénétré d’un sentiment national israélite très développé. En accueillant des hommes de bonne volonté de toute tribu, il entra en rapport avec David, de Juda. La Transjordanie deviendra le plus ferme soutien de sa dynastie. C’est apparemment pour la défendre que Saül combattit Moab et les Araméens de Tsoba (1 Samuel 14.47). À l’Ouest, son autorité s’étendit au moins jusqu’à la plaine de Jizréel, où se place son dernier combat contre les Philistins (1 Samuel 29.11 ; 1 Samuel 31.1). Il défendit Juda et toute la région du sud contre les razzias des bédouins (Amalécites), et de la sorte commença à faire entrer ces tribus dans la confédération d’Israël (1 Samuel 14.48). Enfin, il chercha à brusquer l’annexion des Cananéens en leur enlevant leurs derniers vestiges d’indépendance.
Cette royauté présentait un caractère religieux très prononcé. La foi en Yahvé constituait le seul lien solide entre les tribus agglomérées. Saül fut très probablement l’inspiré que célèbrent les récits les plus anciens. Il n’entreprenait aucune expédition sans y emmener un prêtre, qui consultait pour lui le sort sacré avant chaque opération. La tradition antiroyaliste rapporte qu’il proscrivit ceux qui interrogent les morts et évoquent les esprits (1 Samuel 28.3). Ce n’est pas qu’il considérât ces pratiques comme de vaines superstitions ; au contraire, pour lui âmes et esprits évoqués étaient des élohim, des rivaux de Yahvé. S’adresser à eux ne pouvait qu’irriter le dieu national.
La fin du règne fut assombrie par une maladie étrange. Saül manifestait des accès d’humeur sombre ; irritable, soupçonneux, il voyait des ennemis en ses plus fidèles serviteurs, sans en excepter son fils et son gendre David. Cette sorte de délire de la persécution aura été la rançon de l’excitabilité d’où procéda sa grandeur. Les contemporains le croyaient possédé par un esprit mauvais envoyé par Yahvé. L’affection du peuple était si profonde pour le souverain ainsi frappé que l’obéissance et la sympathie ne se rebutèrent pas. La musique seule soulageait le malade. D’après les plus vieilles versions, ce fut elle qui occasionna l’entrée en scène du personnage qui allait reprendre et développer l’œuvre compromise de Saül, aux dépens de ses descendants. Le jeune Bethléhémite David, habile à jouer de la cithare, éloquent, beau et d’une bravoure éprouvée, devint le poète et le musicien attitré du roi ainsi que l’un de ses écuyers personnels (1 Samuel 16.14 et suivants). Toutes les anecdotes conservées, tragiques ou plaisantes, archaïques et barbares ou sentimentales, s’inspirent de sympathies très nettes pour David ; nous ignorons ce que Saül et ses amis pensaient des mêmes faits.
Ce qui est le mieux attesté, c’est que David, promu chef de bande, fut constamment heureux dans ses exploits. Sa popularité dès lors croissante porta ombrage à Saül. Il ne lui refusa pas sa fille Mical en mariage, mais exigea en dot de David les dépouilles de cent Philistins, espérant que le jeune chef périrait en allant les conquérir. Espoir déçu. Saül voulut alors tuer David de sa main ; le coup de lance-javelot fut esquivé. David s’enfuit devant tant de haine ; Jonathan, fils aîné du roi et très lié avec son beau-frère, se vit bientôt contraint de lui faire savoir qu’aucun espoir de réconciliation n’était possible.
Autour de David se groupèrent les membres de sa famille, puis tous les mécontents (1 Samuel 30.22). Ces six cents hommes (1 Samuel 30.9) devaient devenir le véritable levier de sa fortune immense ; ils constitueront le noyau de la future armée permanente d’Israël. Habile politique, David semble avoir essayé d’éviter la lutte ouverte contre Saül ; il voulut vivre avec sa troupe uniquement aux dépens des Philistins. Cependant Saül le poursuivait. Il se réfugia dès lors dans le « désert de Juda », région inculte et très accidentée. Il y subsista grâce aux rançons plus ou moins volontaires, versées par les propriétaires des troupeaux qui fréquentaient les pâturages du pays, pour qu’il les protégeât contre les autres pillards. Saül vint traquer David jusque dans ces solitudes. Alors le chef de bande n’hésita pas à s’exiler en pays philistin, où le roi de Gath accueillit avec empressement ses offres de service. Cette attitude a beaucoup gêné le patriotisme plus chatouilleux des rédacteurs, et la version la plus récente atténue fortement la démarche pourtant formelle de David s’offrant à combattre Saül. Il ne réussit qu’à force de ruse et grâce à d’heureux hasards à éviter la nécessité de tenir sa promesse (1 Samuel 27 et 1 Samuel 28).
Cependant la fortune du souverain sombrait dans un désastre qui faillit porter un coup mortel à Israël. On raconta que Saül avait reçu une révélation funeste la veille du combat (1 Samuel 28), récit d’une grandeur tragique dans sa sobriété. La déroute fut complète. Trois fils du roi, y compris Jonathan, furent tués. Saül lui-même, gravement blessé, se jeta sur son épée pour ne pas tomber vivant aux mains des Philistins (1 Samuel 31). Ou, d’après une autre version (2 Samuel 1), un Amalécite l’aurait achevé sur sa demande. Le cadavre fut dépouillé et mutilé par les vainqueurs ; le tronc, abandonné et pendu, reçut enfin l’hommage funèbre de la ville de Jabès.
L’essai de royauté nationale paraissait avoir abouti à la faillite. Ni l’affranchissement, ni l’unification n’avaient finalement progressé. Mais ce qui survivait, c’était la foi profonde du peuple en une monarchie de droit divin. Il était réservé à un personnage plus grand et plus heureux que Saül de capter cette confiance à son profit et de faire décidément aboutir l’œuvre tentée par le vaillant mais infortuné premier roi d’Israël. Jo. M.
Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com
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