Dictionnaires bibliques
Samaritain
Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Samaritain », un article après l’autre.
Dictionnaire de la Bible (Bost)
Nom sous lequel furent généralement désignés, après l’exil, les habitants du centre de la Palestine, de la Samarie, soit qu’ils fussent entièrement d’origine païenne, comme le pense Hengstenberg, soit qu’ils descendissent, par des mariages mixtes, des colons assyriens transplantés sur le sol d’Israël, et des misérables Juifs que Shalmanéser avait laissés dans leur pays, ne jugeant pas qu’il valût la peine de les transporter (2 Rois 17.24-29). Au fond, et quels que fussent leurs rapports de consanguinité avec les Juifs, les Samaritains furent païens dès le principe, et le restèrent longtemps ; l’historien sacré pense si peu à en faire des Juifs, ou même des demi-Juifs, qu’il insiste sur la nature et la spécialité des dieux qu’ils adoraient, distinguant leurs dieux les uns des autres ; Jéhovah, qu’ils adorèrent aussi, ne fut pour eux qu’un dieu de plus, le dieu du pays, et ils n’eurent garde de lui manquer, mais voilà tout. Lorsque les Juifs revinrent de la captivité, les Samaritains leur offrirent de rebâtir le temple, la ville et les murs de Jérusalem, de concert avec eux ; mais Zorobabel et Joshua, se souvenant que Dieu n’aime pas les cœurs partagés, rejetèrent leur demande ; irrités et blessés de ce refus, ils s’opposèrent dès lors, de toutes leurs forces, à la construction du nouveau temple, et réussirent, par leurs délations et leurs calomnies, à faire interrompre les travaux jusqu’en la deuxième année de Darius Hystape (230 av. J.-C., Esdras 4 ; Néhémie 4).
Néhémie sut briser les obstacles qu’ils accumulèrent sur sa route. Mais ces luttes eurent pour résultat d’aigrir toujours plus l’une contre l’autre deux populations qui n’avaient déjà pas trop de raisons pour se voir d’un bon œil, et l’irritation finit par une scission complète, politique et religieuse. Les Samaritains élevèrent sur le mont Garizim, près de Sichem, un temple rival de celui de Jérusalem, et y établirent leur culte ; ce fut au temps d’Alexandre le Grand. Manassé, frère du souverain sacrificateur Jaddaeus, ayant épousé la fille de Samballat, le gouverneur persan, se retira dans la Samarie avec un grand nombre de Juifs qui avaient, comme lui, épousé des femmes païennes au mépris de la loi de Moïse, et qui refusaient de s’en séparer ; avec la permission d’Alexandre, ils bâtirent leur temple, et Manassé en devint le premier prêtre ; c’est peut-être de lui qu’il est question (Néhémie 13.28), quoique son nom ne soit pas indiqué. Dès lors la haine nationale s’accrut au point qu’il n’y eut plus, entre les Juifs et les Samaritains, aucune communication.
Une malédiction prononcée publiquement à Jérusalem contre ces derniers, interdit aux Juifs toute relation avec eux, déclara aussi impures que la chair du porc toutes les productions de leur pays, et leur refusa même le droit dont jouissaient tous les autres peuples païens, d’embrasser, en qualité de prosélytes, la religion judaïque (voir Jean 4.9-27). Le nom de Samaritain devint, parmi les Juifs, une injure (8.48), et l’on voit des Samaritains refuser de recevoir Jésus, parce qu’il se rendait à Jérusalem pour y faire la pâque (Luc 9.32-56). Notre Seigneur, par ses actes, a protesté contre ces haines nationales, quelque justifiées qu’elles pussent paraître, et, non seulement il a accepté l’hospitalité que lui offrirent des Samaritains dont la foi le reconnaissait pour le Sauveur du monde (Jean 4.40-42), mais il avait auparavant envoyé chez eux ses disciples pour acheter des vivres (v. 8).
Sous Alexandre, les Samaritains, avec Sichem, leur capitale, furent sujets macédoniens ; à sa mort, ils partagèrent le sort du reste de la Palestine, mais esquivèrent, sous Antiochus Epiphanes, les mauvais traitements de la domination syrienne, en consacrant leur temple à Jupiter Hellénius. Plus tard, le roi juif Jean Hyrcan s’empara de la Samarie, prit Sichem, détruisit le temple qui subsistait depuis deux siècles, et finit par démolir la ville même de Samarie. Sous le roi juif Alexandre, la Samarie fut de nouveau le théâtre de la guerre ; elle retomba au pouvoir des Juifs jusqu’au moment où Pompée vint rétablir l’indépendance des Samaritains. Cette période romaine ne fut pas plus favorable à l’une qu’à l’autre des deux nationalités ; la Samarie devint une province du royaume d’Hérode, qui en rétablit la capitale, et la peupla de soldats. Pendant les dix années suivantes, elle appartint à Archélaüs, puis fut donnée à la Syrie. Sujets immédiats de Rome, les Samaritains eurent quelquefois l’occasion d’éprouver la dureté de leurs chefs provinciaux ; mais il faut avouer aussi qu’ils surent la mériter. Claude ne fit des Juifs et des Samaritains qu’un lot, qu’il adjugea à Hérode Agrippa, que Caligula avait déjà établi roi sur le nord de la Palestine. Ces rapports ne durèrent que peu d’années, et la Samarie, séparée de la Judée, fut associée dans son histoire aux autres provinces romaines de l’Asie antérieure.
Depuis la destruction du temple des Samaritains, la montagne de Garizim, sur laquelle ils l’avaient bâti, continua d’être pour eux un lieu saint, le centre de leur culte, bien qu’ils possédassent, en d’autres endroits, des maisons de prières ; ils avaient abandonné le culte des faux dieux, ils adoraient l’Éternel, mais ils ne le connaissaient pas. Comme les Juifs, ils attendaient le Messie, et Jésus a trouvé parmi eux beaucoup de personnes bien disposées (Jean 4 ; Luc 17.11-20). On pourrait presque conclure de quelques-uns de ces passages (voir surtout Luc 10.33), que la haine nationale était moins forte chez eux que chez les Juifs, et que les intolérantes mesures de ces derniers continuaient seules à maintenir entre les deux peuples une barrière que les Samaritains auraient aimé à voir tomber.
La principale erreur théologique que les Juifs leur reprochaient, c’était le rejet de tous les livres canoniques de l’Ancien Testament, à l’exception de la loi. Les Samaritains ne recevaient, en effet, que le Pentateuque ; ils rejetaient tout le reste, et surtout, ce que les pharisiens ne pouvaient leur pardonner, ils rejetaient les traditions rabbiniques. En tout cas, ils s’attachaient avec conscience à l’observation de ce qu’ils connaissaient de la loi divine, et ce qu’ils y ajoutèrent quelquefois ne peut être considéré que comme une interprétation spirituelle des passages de leur livre. Ils furent les premiers, après les Juifs, à recevoir l’Évangile, et l’on reconnaît en eux, à l’époque de Jésus, un peuple qui, dans le sentiment de sa misère, éprouvant le besoin d’un réparateur, cherche le remède à ses maux auprès des magiciens et des faux prophètes, avant que de le trouver auprès de celui qui est la vraie puissance de Dieu (Actes 8, et 9).
Les Samaritains prirent les armes avec les Juifs contre Vespasien. Sous Justinien, ils persécutèrent les chrétiens de la manière la plus cruelle. Plus tard, ils furent dispersés dans plusieurs villes de la Palestine. De nos jours, ils sont fort peu nombreux ; leur secte compte environ cent cinquante adhérents à Sichem, quelques familles à Jaffa, qui se distinguent par une vie paisible et exemplaire. Ils observent la loi mosaïque plus fidèlement même que les Juifs, célèbrent annuellement le sacrifice de la Pâque dans leur temple ou sur le mont Garizim, et ont un souverain pontife qui descend, à ce qu’ils assurent, de Manassé. Leur physionomie n’est pas juive. Autour d’eux, des mahométans sont établis comme maîtres du territoire ; protégés par leurs montagnes escarpées et leurs étroits défilés, vivant dans des bourgs situés comme des forteresses sur le sommet des collines, ils sont plus à l’abri des incursions des Arabes que les habitants d’aucune autre partie de la Palestine, et ils jouissent, ainsi que les Druzes et les Maronites dans les hautes vallées du Liban, d’une grande liberté politique.
Ils se distinguent par leur amour de l’indépendance, sont toujours armés dans les campagnes, n’obéissent qu’à la force, et sont constamment prêts à se révolter contre les pachas. Sichem, en particulier, forme, avec une centaine de villages voisins, un petit état qui est gouverné par ses propres chefs, et qui peut mettre sur pied une armée de 6000 hommes. Leur riante et fertile contrée est trois fois plus peuplée que la Judée ; elle possède 225 habitants par km carré, autant que le Liban. Enfin, ils sont aussi intolérants que l’étaient leurs prédécesseurs au temps de Jésus-Christ, et ils ne souffrent pas aisément des Juifs et des chrétiens parmi eux.
On trouve dans les Juifs d’Europe et de Palestine, d’intéressants détails sur la Samarie et ses habitants ; la visite des pieux voyageurs à la synagogue de Sichem, et quelques détails sur le Pentateuque samaritain qui leur fut montré, et qu’on leur dit avoir été écrit, il y a 3000 ans, par Abisuah, fils de Phinées, méritent particulièrement d’être lus. La langue dans laquelle est écrit ce vieux monument de leur foi, est un dialecte qui tient le milieu entre l’hébreu et l’araméen, et qui trahit par la présence de mots assyriens que les grammairiens désignent sous le nom de cuthéens, une origine moins ancienne que celle qu’on se plaît à leur assigner. Ce Pentateuque, quelle que soit son antiquité, ne saurait être plus ancien que les Samaritains eux-mêmes, et remonte tout au plus au retour de l’exil.
Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com
L’article dans BostDictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)
Samaritain (1)
Ce terme se met pour une injure dans les livres des Juifs. Vous êtes un Samaritain, et vous êtes possédé du démon (Jean 8.48), disaient les Juifs à Jésus-Christ dans leur emportement. Le Sauveur défend à ses disciples d’aller prêcher dans les villes des Samaritains (Matthieu 10.5) : In civitates Samaritanorum ne intraveritis, pour montrer que les personnes pour qui nous avons plus d’éloignement sont toutefois notre prochain. Jésus-Christ, dans la parabole du Juif blessé entre Jérusalem et Jéricho (Luc 10.33), dit que ce fut un Samaritain qui en prit soin et le fit soulager. La Samaritaine s’étonne que Jésus-Christ lui parle et lui demande à boire, elle qui était Samaritaine ; car, ajoute l’Évangéliste, les Samaritains et les Juifs n’ont aucun commerce ensemble (Jean 4.9) : Non enim couluntur Judoei Samaritanis. L’auteur de l’Ecclésiastique (Ecclésiaste 1.27-28) met les Samaritains au nombre des peuples pour lesquels il a une horreur invincible : Il y a deux nations que je hais ; mais la troisième je l’abhorre sur toutes choses, ceux qui demeurent en Séir, c’est-à-dire les Iduméens, les Philistins, et le peuple insensé qui demeure à Sichem ; ces derniers sont les Samaritains les plus odieux de tous.
Samaritain (Parabole du) (2)
Voyez Adommim.
Samaritain (Pentateuque) (3)
C’est le recueil des cinq livres de Moïse, écrit en caractères samaritains, ou anciens caractères hébreux, qui étaient usités avant la captivité de Babylone. J’en ai déjà parlé ci-devant sous l’article Pentateuque, et j’en parlerai encore ci-après sous celui des Samaritains. Voyez ces articles. Voici encore quelques nouvelles remarques sur ce sujet. Les exemplaires du Pentateuque samaritain ont été inconnus en Europe jusqu’au seizième siècle. Le fameux Jacques Ussérius est le premier, ou un des premiers qui en ait fait venir d’Orient. Ce savant homme ayant remarqué qu’Eusèbe de Césarée, Diodore de Tharse, saint Jérôme, saint Cyrille d’Alexandrie, Procope de Gaze, Georges [le] Syncelle et quelques autres avaient cité le Pentateuque samaritain, n’eut point de repos qu’il n’en eût fait venir cinq ou six exemplaires de la Syrie, ou de la Palestine ; et en examinant ces exemplaires avec soin, il crut avoir trouvé qu’ils avaient été corrompus par un certain Dosithée, dont parle Origène dans sen premier livre contre Celse : sentiment dont les savants ne tombent pas d’accord.
Pietro della Valle en acheta un exemplaire parfaitement beau à Damas, l’an 1616, pour M.de Sansi, pour lors ambassadeur de France à Constantinople, et depuis évêque de Saint-Malo. Ce livre fut donné aux pères de l’Oratoire de la rue Saint-Honoré, où il se cou-serve encore aujourd’hui ; et c’est sur cet exemplaire que le père Morin fit imprimer, en 1632, le Pentateuque samaritain, qui se trouve dans la Polyglotte de M. Le Jay, qui est le premier exemplaire que l’on ait vu imprimé en cette langue. On l’a réimprimé plus correct dans la Polyglotte de Wallon, sur trois manuscrits samaritains qui avaient appartenu à Ussérius. Voyez le P. Le Long, Bibliothèque sacrée, t. I page 124 et suivants
Les critiques sont assez partagés sur le Pentateuque Samaritain. Le père Simon, dans son Histoire critique de l’Ancien Testament, a cru que le prêtre envoyé par le roi Assaradon aux Chutéens nè leur apporta pas les livres de la loi de Moïse, qui auraient été inutiles à ce peuple qui n’entendait pas l’hébreu, et à lui-même, puisque, sans avoir ce livre à la main il pouvait pratiquer les cérémonies de la à laquelle il était accoutumé dès l’enfance. Ce ne fut donc que longtemps après, lorsque Manassé alla bâtir un temple sur la montagne de Garizim, qu’on porta là l’exemplaire de la loi fait ou réformé par Esdras, et que les Juifs lisaient dans leur temple à Jérusalem.
M. Van dale soutient qu’il faut distinguer et la loi et le Pentateuque. Le cahier de la loi ne contenait que les ordonnances dont l’observation était nécessaire pour garantir le peuple de la Colère de Dieu ; mais le Pentateuque renferme l’histoire de la créa-lion du monde, de leur servitude en Égypte, de leur délivrance, de leur voyage du désert, et le détail des lois données par Moïse. Le prêtre envoyé par Assaradon porta bien aux Samaritains la loi qui leur était nécessaire pour observer tous les rites des Hébreux ; mais le Pentateuque, perdu ou enseveli sous les ruines de Jérusalem, fut réparé et refait par Esdras, et ne put être porté aux Samaritains que longtemps après : c’est le système de ce critique.
Un autre critique croit remarquer dans le Pentateuque des Juifs et des Samaritains des marques d’un homme qui avait vécu au delà de l’Euphrate, qui connaissait ce pays, et qui en marque des particularités que n’aurait pas fait Moïse. Il s’imagine donc que le Pentateuque a été composé par le prêtre qui fut envoyé aux Chutéens ou Samaritains. Cet homme, venu de Chaldée pour instruire des idolâtres’ jugea à propos de leur faire une Histoire de la Création du monde et de l’histoire des Hébreux, jusqu’à ce que la loi leur fut donnée, afin de leur faire connaltre qu’il n’y avait qu’un Dieu. Comme il écrivait précisément la dix-huitième année de Josias, dans laquelle on trouva dans le temple l’exemplaire de la loi, il inséra dans son ouvrage cette pièce qui y était essentielle. Il écrivait le tout en hébreu, parce qu’il n’avait pas eu le loisir d’apprendre le chaldéen. Les Juifs ne firent pas difficulté de recevoir cet ouvrage, parce que l’auteur ne leur était point suspect, et que le livre ne contenait que leur histoire et leur loi. Cet auteur, qu’on croit être M. le Clerc, prétend que ce système lève toutes les difficultés qu’on forme sur le Pentateuque composé par Moïse, et sur les différences qui se remarquent entre celui des Juifs et celui des Samaritains.
Le commun des théologiens croit que le Pentateuque samaritain et celui des Juifs ne sont qu’un seul et même ouvrage, écrit en la même langue, mais en caractères différents, et que les diversités qui se rencontrents entre ces deux textes ne viennent que de l’inadvertance, ou de la négligence des copistés,.ou de l’affectation des Samaritains, qui y ont glissé certaines choses conformes à leurs intérêts et à leurs prétentions ; que les additions y ont été faites après coup, et qu’originairement ces deux exemplaires étaient parfaitement conformes ; suivant cela il faut dire que le Pentateuque des Juifs est préférable à celui des Samaritains, comme étant exempt des altérations qui se rencontrent dans ce dernier. D’autres au contraire donnent la préférence au Pentateuque samaritain, comme à l’original qui s’est conservé dans le même caractère et dans le même état que Moïse l’avait composé.
M. Prideaux, qui adopte le système de M. Simon qu’on a proposé d’abord, soutient que le Pentateuque des Samaritains n’est qu’une copie tirée en d’autres caractères sur l’exemplaire composé, ou réparé par Esdras. Que cette copie même a été altérée par des variations, des transpositions et des additions remarquables. Pour prouver que l’exemplaire des Samaritains n’est qu’une copie, il dit, 1° qu’il a toutes les interprétations de l’édition d’Esdras ; s’il était donc plus ancien, il ne les aurait pas.
2° Il y a dans le Pentateuque samaritain plusieurs variétés qui viennent visiblement de ce qu’on a pris une lettre hébraïque pour une autre qui lui ressemble, quoique dans l’alphabet samaritain ces deux lettres n’aient rien d’approchant l’une de l’autre, et par conséquent le samaritain n’est que la copie du Pentateuque hébreu des Juifs. Cela prouve, dit-il, invinciblement que ce fut Manassé, gendre de Sanaballat, qui porta le Pentateuque aux Samaritains lorsqu’il se réfugia chez eux ; et comme alors les Samaritains étaient accoutumés aux lettres phéniciennes, on écrivit en ce caractère le Pentateuque pour leur plus grande facilité.
Il avoue qu’Assaradon envoya un prêtre à sa nouvelle colonie de Samarie, pour leur enseigner la manière dont les Israélites, anciens habitants de ce pays, y avaient servi le Seigneur ; mais il ne parait point que ce prêtre l’ait fait en introduisant parmi eux la loi de Moïse : car, s’ils l’eussent reçue dès le commencement, seraient-ils demeurés dans leur idolâtrie comme ils firent, et auraient-ils mêlé le culte de leurs idoles et celui du Seigneur, ce qui est si expressément défendu par la loi. Il y a donc lieu de croire qu’ils ne furent instruits du culte de Dieu que par la tradition et par l’usage.
Pour les variations, les additions et les transpositions qui se trouvent dans le Pentateuque samaritain comparé à l’hébreu, elles se trouvent tontes marquées avec la dernière exactitude dans le livre que Hottinger a écrit contre le père Morin, et dans la confrontation des deux textes, qu’on a insérée dans le dernier volume de la Polyglotte d’Angleterre. De ces interpolations les unes sont pour mieux faire entendre le texte, les autres sont une espèce de paraphrase qui exprime ce qui n’était qu’insinué dans l’original d’autres sont des changements faits exprès par les Samaritains en faveur de leur prétention contre les Juifs, par exemple, lorsqu’ils mettent Garizim au lieu d’Hébal ; les autres variétés ne sont pour l’ordinaire que des fautes de copistes.
Les Samaritains, outre le Pentateuque hébreu en caractères phéniciens dont nous venons de parler, en ont encore un autre dans la langue qu’ils parlaient dans le temps que Manassé vint se réfugier chez eux. Cette langue est un mélange de chaldéen, de syrien et d’hébreu ou de phénicien : et de même que les Juifs furent obligés, en faveur du peuple qui n’entendait plus l’hébreu pur, de faire des versions ou des paraphrases en chaldéen, ainsi les Samaritains eurent leur Pentateuque en samaritain vulgaire. C’est ce qu’on appelle la version samaritaine, qui diffère des paraphrases des Juifs, en ce que celles-ci sont des explications et des gloses, au lieu que la version samaritaine est littérale et exprime son texte mot à mot ; elle est imprimée avec le texte samaritain dans la Polyglotte de Paris et dans celle de Londres ; et à cause de sa grande conformité avec le texte, on n’y a mis qu’une seule version latine pour les deux [On peut voir, sur le Pentateuque Samaritain et les versions samaritaines, les Nouveaux Éclaircissements sur le Pentateuque samaritain, par un bénédictin ; Silvestre de Sacy, Mémoire sur la version arabe des livres de Moïse, à l’usage des Samaritains, et sur les manuscrits de cette version ; Gesenius, de Peniateucho Samaritano, en se tenant toutefois en garde contre les erreurs de ce dernier auteur ; Specimen ineditce versionis Arabico Samaritanœ Pentateuchi, edid.A.C.Hwid (S.)]
Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com
L’article dans CalmetDictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)
Les Samaritains étaient les descendants des colons (originaires de Babylone, Cutha, Ava, Hamath, Sépharvaïm) qu’avait amenés le roi d’Assyrie Sargon II dans les villes de Samarie (2 Rois 17.24), afin de remplacer les Israélites qu’il avait déportés à Chalah (2 Rois 17.6).
On connaît leurs malheurs jusqu’au jour où un prêtre, d’entre les captifs, fut rapatrié, pour leur « enseigner la manière de servir le dieu du pays » (2 Rois 17.27). Il en résulta un syncrétisme religieux assez spécial. D’autres colons arrivèrent encore sous Assarhaddon (681-668) et sous Assourbanipal (668-626 ; Esdras 4.2 ; Esdras 4.10), qui, tout en offrant des sacrifices au dieu d’Israël, n’en oublièrent pas tout à fait les leurs (2 Rois 17.29 et suivant).
Au retour de l’exil, les Juifs de Jérusalem, décidés à reconstruire leur temple, reçurent une délégation de Samaritains, venus offrir leur collaboration (Esdras 4.1 et suivants). Repoussés, les Samaritains en conçurent un vif dépit, d’autant plus qu’ils ne réussirent qu’à interrompre les travaux, qui furent repris et menés jusqu’au bout. Dans la sixième année du règne de Darius (516-515), le temple était reconstruit. Les Samaritains n’empêchèrent pas non plus Néhémie de relever les murs de Jérusalem, malgré leur attitude particulièrement hostile (Néhémie 4-6).
Ecartés de Jérusalem, ils bâtirent un temple sur le mont Garizim, en rivalité de plus en plus ouverte avec celui de Sion. Jean Hyrcan détruisit ce sanctuaire quand, en 129 avant Jésus-Christ, il conquit la Samarie.
L’hostilité méprisante entre Juifs et Samaritains, qui inspire Siracide 50.25 et suivant (texte probablement du début du IIe siècle), était toujours vive à l’époque de Jésus (Luc 9.53 ; Jean 4.9 ; Jean 8.48). Les Galiléens se rendant en Judée faisaient habituellement le détour par la Pérée (voir ce mot). Jésus traversa pourtant deux fois la Samarie (Luc 9.52 ; Jean 4.4 et suivants). Si, pour les Juifs, les Samaritains étaient des « étrangers », ceux-ci, individuellement, avaient cependant quelques qualités : la foi messianique (Jean 4.25 ; Jean 19.39-42) la reconnaissance (Luc 17.18), le dévouement et la pitié (Luc 10.30-37). Il fallait de la part de Jésus un certain courage pour oser ainsi souligner ce que ses compatriotes se faisaient, par parti pris, un devoir de méconnaître.
Le christianisme fut prêché aux Samaritains par le diacre Philippe, puis par Pierre et Jean (Actes 8.5 ; Actes 8.14 ; Actes 8.25). En 67 après Jésus-Christ, Vespasien détruisit Sichem, mais la ville fut reconstruite et reçut le nom de Flavia Neapolis (aujourd’hui Naplouse). On y voit encore une petite colonie de Samaritains (environ 150), groupée dans un quartier très fermé et gardant fidèlement les anciennes coutumes. On sait qu’ils n’admettent, dans la Bible traditionnelle, que le Pentateuque. Leur grand-prêtre, chef de la communauté, est choisi dans la même famille. Il préside aux cérémonies cultuelles, dont la plus caractéristique est celle du sacrifice, à la fête de la Pâque, de sept agneaux blancs, apportés en pèlerinage au sommet du Garizim. Le manuscrit du Pentateuque, que le grand-prêtre de Naplouse montre aux visiteurs et qu’il dit provenir d’Aaron lui-même, remonte tout au plus au XIe siècle de notre ère (figure 233). De beaucoup plus intéressant est le type ethnique qui nous est ainsi conservé par une communauté restée particulièrement fermée, où l’exogamie est interdite, malgré une dénatalité menaçante. Chez les Samaritains d’aujourd’hui, et grâce à eux, on retrouve un peu de la physionomie des Assyriens, amenés en Palestine aux jours de Sargon ou d’Assourbanipal, il y a quelque deux mille six cents ans.
A. P.
Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com
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