Dictionnaires bibliques
Prémices
Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Prémices », un article après l’autre.
Dictionnaire de la Bible (Bost)
De même que la nation d’Israël toute entière offrait une gerbe et des gâteaux de fine farine en prémices à l’Éternel, comme symbole de la reconnaissance nationale (Lévitique 23.10), la gerbe à Pâque et les pains à la Pentecôte, chaque Israélite individuellement était tenu d’offrir à l’Éternel pour sa part des prémices de tous les produits de la terre, soit bruts, comme du blé, des fruits, des raisins, soit travaillés, comme du moût, de l’huile, de la farine, même du levain, avant de pouvoir user du reste de la récolte (Exode 23.19 ; Nombres 15.20 ; 18.12 ; Deutéronome 26.2 ; Néhémie 10.38 ; cf. Proverbes 3.9). Ces prémices n’étaient cependant pas déposées sur l’autel, mais remises aux prêtres pour leur usage (Nombres 18.12 ; Deutéronome 18.4 ; cf. Ézéchiel 44.30). La quantité de l’offrande n’est déterminée nulle part, elle était abandonnée à la bonne volonté de chacun ; le Talmud fixe pour les prémices des produits déjà travaillés, la 60e partie comme minimum ; donner le 30e était se montrer libéral.
On distinguait deux espèces de prémices, les biccourim, et les therouphoth, qui étaient comprises l’une et l’autre sous le nom général de réshith (commencement). Les biccourim ne se prélevaient que sur les produits entièrement naturels nommés (Deutéronome 8.8), savoir le blé, l’orge, les raisins, les figues, les grenades, et les olives, et seulement sur ceux qui avaient crû dans la Terre Sainte ; les Israélites qui habitaient fort loin de Jérusalem pouvaient envoyer ces prémices sèches, mais elles devaient toujours être choisies parmi ce qu’il y avait de meilleur (Mishna). On ne les offrait jamais avant Pentecôte, ni après la fête de la dédicace. Le cérémoniel qui accompagnait leur perception et leur translation, est décrit (voir Deutéronome 26.2) ; les Juifs postérieurs y Rajoutèrent quelques formalités, quelques détails qu’on peut lire, si l’on veut, dans la Mishna Biccour (3.2).
Les therouphoth étaient les prémices des produits travaillés ; destinés aux prêtres, ils n’étaient pas portés au temple, mais remis aux prêtres eux-mêmes, peut-être dans les villes qui leur étaient assignées pour demeures ; ils se prélevaient sur les produits de toutes les propriétés juives, qu’elles fussent situées en Égypte, en Syrie, en Moab, Ammon, ou en Babylonie. Les biccourim qui rappelaient les droits de Dieu sur la terre, ne pouvaient être perçus que sur cette terre elle-même ; les autres qui étaient destinées à l’entretien des ministres du culte, devaient se payer partout où il y avait un culte. Les laïques qui mangeaient les prémices avec intention ou même par inadvertance, étaient soumis à des peines plus ou moins sévères. On donnait aussi les prémices du miel, et de la laine des moutons (2 Chroniques 31.5 ; Deutéronome 18.4), chacun selon ses facultés et sa bonne volonté. La fête de Pentecôte était appelée fête des prémices (Nombres 28.26), comme celle des tabernacles fête de la récolte (Exode 23.16).
Le but politique de cette institution était l’entretien des sacrificateurs ; son but moral était de rappeler aux Israélites que tous les biens viennent de Dieu seul ; son but typique ou mystique, de tourner les regards des fidèles vers Jésus, les prémices de l’Église, celui en qui seul nous pouvons être agréables à Dieu, les prémices de ceux qui dorment (1 Corinthiens 15.20), celui qui nous demande aussi nos premières années, et les premiers moments de chacune de nos journées (Psaumes 119.147 ; 57.8 ; Ecclésiaste 12.3).
L’usage de ces prémices explique des façons de parler assez communes dans l’Écriture, et qui marquent comme les premiers fruits et les premières productions d’une chose (G. des Bergeries). Ainsi Paul appelle prémices de l’Esprit (Romains 8.23), le commencement de joie et de paix qui donne aux fidèles l’assurance que Dieu achèvera en eux la bonne œuvre qu’il a commencée ; ainsi encore il appelle Epaïnète et Stéphanas les prémices de l’Achaïe, parce qu’ils avaient été les premiers qui s’y étaient donnés à Dieu (1 Corinthiens 16.15 ; Romains 16.5) ; ainsi encore Jean qualifie du titre de prémices à Dieu et à l’Agneau ceux qui sont déjà glorifiés dans le ciel (Apocalypse 14.4).
Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com
L’article dans BostDictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)
primitioe. On appelait de ce nom les présents que les Hébreux faisaient au Seigneur d’une partie des fruits de leur récolte, pour témoigner leur soumission et leur dépendance, et pour reconnaître le souverain domaine de Dieu, auteur de tout bien. On offrait ces prémices au temple d’abord, avant que de toucher aux moissons ; et ensuite après les moissons, avant que les particuliers commençassent à en user ; et c’est pour cela qu’on les appelait prémices. Les premières prémices qui s’offraient au nom de toute la nation,étaient d’une gerbe d’orge, que l’on cueillait le soir du 15 de nisan (Lévitique 23.17), et que l’on battait dans le parvis du temple. Après l’avoir bien vannée et nettoyée, on en prenait environ trois pintes, que l’on rôtissait et concassait dans le mortier. On jetait par-dessus un log d’huile ; on y ajoutait une poignée d’encens ; et le prêtre prenant cette offrande l’agitait devant le Seigneur vers les quatre parties du monde ; il en jetait une eoignée sur le feu de l’autel, et le reste était a lui. Après quoi chacun pouvait mettre la faucille dans sa moisson. Voyez ci-devant l’article gerbe.
Lorsque la moisson du froment était achevée, c’est-à-dire, le jour de la Pentecôte, l’on offrait encore au Seigneur des prémices d’une autre sorte au nom de toute la nation, lesquelles consistaient en deux pains de deux assarons, c’est-à-dire, de trois pintes de, farine chacun. Ces pains étaient de pâte levée. Josèphe ne met qu’un pain, et il dit qu’on le servait aux prêtres à souper le soir même, avec les autres offrandes, et qu’il fallait les manger ce jour-là, sans qu’il en restât rien pour le lendemain.
Outre les prémices qui s’offraient au nom de toute la nation, chaque particulier était obligé d’apporter ses prémices au temple du Seigneur. L’Écriture n’en prescrit ni le temps, ni la quantité. Les rabbins enseignent qu’il fallait apporter au temple au moins la soixantième partie de leur récolte et de leurs fruits. Les plus libéraux donnaient le quarantième ; les moins libéraux, le cinquantième ; les autres, le soixantième. Ils s’assemblaient par troupes de vingt-quatre personnes, pour apporter en cérémonie leurs prémices. Cette troupe était précédée d’un bœuf destiné pour le sacrifice, couronné d’une couronne d’olivier, et ayant les cornes dorées. Un joueur de flûte marchait devant eux jusqu’à Jérusalem. Les prémices étaient de froment, d’orge, de raisins, de figues, d’abricots, d’olives et de dattes. Chacun portait son panier. Les plus riches en avaient d’or ; d’autres d’argent. Les plus pauvres en avaient d’osier. Ils marchaient en pompe jusqu’au temple, en chantant des cantiques. Lorsqu’ils approchaient de la ville sainte, les bourgeois allaient au-devant d’eux, et les saluaient civilement,
Quand ils arrivaient à la montagne du temple, chacun, même le roi, s’il y était, prenait son panier sur son épaule et le portait jusqu’au parvis des prêtres. Alors les lévites entonnaient ces paroles : Je vous louerai, Seigneur, parce que vous m’avez élevé, etc. (Psaumes 30.2). Et celui qui apportait les prémices disait (Deutéronome 26.4-5) : Je reconnais aujourd’hui publiquement, devant le Seigneur votre Dieu, que je suis entré dans la terre qu’il avait promis avec serment à nos pères de nous donner. Alors il mettait le panier sur sa main ; le prêtre le soutenant par-dessous, et il continuait : Lorsque le Syrien poursuivait mon père, il descendit en Égypte, ou plutôt : Mon père était un pauvre Araméen, qui descendit en Égypte et y demeura comme étranger, ayant très-peu de personnes avec lui. Mais il s’accrut depuis, jusqu’à former un peuple grand et puissant, qui se multiplia jusqu’à l’infini. Cependant les Égyptiens nous affligèrent et nous persécutèrent, nous accablant de charges insupportables. Mais nous criantes au Seigneur le Dieu de nus pères, qui nous exauça et nous tira de l’Égypte par sa main toute-puissante… Il nous a fait entrer dans ce pays et nous a donné cette terre, où coulent des ruisseaux de lait et de miel : c’est pourquoi j’offre maintenant les prémices des fruits de la terre que le Seigneur m’a donnée. Ayant dit ces mots, il mettait son panier à côté de l’autel, il se prosternait et s’en allait. On peut voir ce qui regarde les prémices traité fort au long dans la Misne, dans les traités intitulés Thrumoth et Becorim, et les commentateurs qui ont écrit sur la Misne et sur les chapitre 22.29, et 23.19, de l’Exode.
Il y avait encore une autre espèce de prémices qui se payait au Seigneur (Nombres 15.19.20) : lorsqu’on avait pétri le pain dans chaque famille, on en mettait à part une portion, qui se donnait au prêtre ou au lévite qui demeurait dans la ville. S’il ne s’y trouvait ni prêtre ni lévite, on la jetait au four et on la laissait consumer par le feu. La loi n’avait pas fixé la quantité de pain que l’on devait offrir à chaque fois : mais saint Jérôme dit que la coutume et la tradition l’avaient déterminée entre la quarantième et la soixantième partie de ce que l’on pétrissait. Philon parle de cette coutume comme n’une chose usitée parmi tous les Juifs. Léon de Modène témoigne qu’elle s’observe encore aujourd’hui. C’est un des trois préceptes qui regardent les femmes, parce que ce sont elles ordinairement qui font le pain. Lorsqu’on a fait un morceau de pâte gros de quarante œufs, on en prend une petite partie, qu’on forme à la manière d’un gâteau ; puis on la jette au feu, en disant : Soyez béni, Seigneur notre Dieu, roi du monde, qui nous avez sanctifiés par vos préceptes, et qui nous avez commandé de séparer un gâteau de notre pâte. Les rabbins tiennent qu’on n’est obligé à payer les prémices que dans la Terre promise, qu’on doit donner au moins la vingt-quatrième partie de la masse qu’on a pétrie, et que les boulangers n’en doivent que la quarante-huitième.
Enfin, dans l’Écriture, on donne souvent le nom de prémices aux offrandes de dévotion que les Israélites apportaient au temple, pour y faire des repas de charité (Deutéronome 12.6-8), auxquels ils invitaient leurs parents et leurs amis, et les lévites qui étalent dans leurs villes. Les prémices étaient, avec les dîmes, le plus solide et le plus assuré revenu des prêtres et des lévites. On leur donnait les prémices de tous les fruits de la campagne et de tous les animaux premiers-nés. Les enfants même premiers-nés étaient au Seigneur. On les offrait dans son temple et on les rachetait d’une certaine somme d’argent (Exode 12.1-3 ; 34.20 ; Nombres 18.16 ; Lévitique 27.6), qui était de cinq sicles, ou huit livres deux sous un denier.
Le nom latin de primitioe se prend non-seulement à la lettre pour les prémices des fruits de la terre et les offrandes qu’on faisait au Seigneur, mais aussi pour ce qu’il y a d’excellent en chaque chose. Par exemple, saint Paul (Romains 8.23) dit que les chrétiens ont les prémices du Saint-Esprit : Primitias Spiritus habentes ; c’est-à-dire une plus grande abondance de l’Esprit de Dieu, et des dons plus parfaits et plus excellents que n’en avaient eu les Juifs. Ailleurs il dit que Jésus-Christ est ressuscité des morts, comme les prémices de ceux qui sont décédés : Primitice dormientium (1 Corinthiens 15.20). Jésus-Christ est, ainsi qu’il est dit ailleurs (Apocalypse 1.5), le premier-né des morts, ou le premier-né des ressuscités : Primogenitus mortuorum. Et le même saint Paul (2 Thessaloniciens 2.12) dit que les Thessaloniciens sont comme des prémices que Dieu a choisis pour les sauver. Il les a choisis par une distinction particulière, comme on choisit les prémices parmi ce qu’il y a de plus exquis dans les fruits, pour les offrir au Seigneur.
Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com
L’article dans CalmetDictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)
I
Non seulement en Israël, mais chez la plupart des peuples de l’antiquité, existait la coutume de consacrer à la divinité les premiers fruits de la terre. Elle était l’expression naturelle de la reconnaissance envers Dieu ou les dieux, auxquels les hommes devaient en première ligne les productions du sol. On commençait par leur donner ce qu’il y avait de meilleur. C’est ainsi qu’on envisageait les premiers fruits, et, ce juste tribut étant acquitté, on estimait que les hommes étaient autorisés à disposer librement du reste. En Israël s’ajoutait à cette considération générale le souvenir que l’Éternel avait donné à son peuple le pays qu’il habitait et s’était acquis ainsi un droit spécial à la reconnaissance de ses adorateurs (Deutéronome 26.5-10).
Dans l’Ancien Testament le terme technique pour désigner les premiers fruits de la terre est bikkourim. Mais on retrouve assez souvent à côté de lui les termes de réchith, proprement « ce qu’il y a de meilleur », et de teroumâh, « prélèvement », à titre de sainte contribution sur un total donné.
L’offrande des prémices, qui existait de toute antiquité, figure naturellement déjà dans l’ancienne législation ; cf. Exode 23.19 ; Exode 34.26 : « Tu apporteras à l’Éternel ton Dieu les prémices (réchith) des premiers fruits de la terre » (bikkourim). Il résulte de l’expression employée que les premiers fruits de la terre n’étaient pas en entier apportés à la maison de l’Éternel, mais seulement ce qu’il y avait de meilleur (la réchith). C’est sans doute également le sens de Exode 22.29 : « Tu ne différeras pas de m’offrir le [tribut de] ta moisson et de ton pressoir » ; mais comme le mot de prémices ne se trouve pas dans le texte, quelques interprètes pensent qu’il s’agit ici de la dîme. L’ancienne législation ne précise pas de quels fruits il faut offrir les prémices, ni la quantité, qui était sans doute laissée à l’estimation individuelle, ni la cérémonie qui accompagnait l’offrande dans le plus grand sanctuaire voisin (la maison de l’Éternel), ni l’emploi exact : consécration sur l’autel, contribution en faveur des prêtres, repas de famille.
Sur toutes ces choses le Deutéronome est plus explicite, sans être complet. On peut conclure tout d’abord de Deutéronome 8.8 que les produits de la terre dont les prémices revenaient à l’Éternel étaient : froment, orge, raisins, figues, grenades, olives, miel (au lieu de miel, le traité de la Mischna : Bikkourim, 1.3, dit « dattes »). En revanche, les dîmes étaient dues sur tous les produits du sol. Deutéronome 18.4 résume les sept catégories de fruits dans l’expression plus générale : « les prémices de ton blé, de ton moût et de ton huile », souvent employée dans la suite. Aux prémices des fruits, le même passage ajoute les prémices de la toison des brebis, et le tout est compris dans le terme « prélèvement de la main », qui figure Deutéronome 12.6 ; Deutéronome 12.11 ; Deutéronome 12.17 (traduit par « prémices » dans nos anciennes versions).
Les prémices faisaient partie du revenu des prêtres (Deutéronome 18.4), mais, avant de leur être remises, elles étaient présentées à l’autel ; peut-être une petite part était-elle consumée par le feu. Le passage Deutéronome 26.1 ; Deutéronome 26.11 contient la liturgie de présentation. L’Israélite devait placer dans une corbeille les prémices (le meilleur) de tous les fruits de la terre, les apporter au sanctuaire et les remettre, avec une parole de dédicace, entre les mains du prêtre, qui déposait la corbeille devant l’autel. Puis l’Israélite exprimait, dans une belle prière, la raison d’être de son offrande : reconnaissance envers l’Éternel pour les produits du sol qui lui avait été donné. Mais la corbeille ne contenait qu’une partie des premiers fruits (bikkourim). Avec le reste l’Israélite devait « se réjouir devant Dieu » et inviter à son repas le lévite et l’étranger qui l’avaient accompagné du lieu de sa demeure à Jérusalem (précédemment au grand sanctuaire le plus voisin). D’après 2 Rois 4.42, on faisait à l’occasion, avec des bikkourim, des présents à des hommes de Dieu qu’on voulait spécialement honorer. Il résulte de Deutéronome 26.1 ; Deutéronome 26.11 que les fruits apportés au sanctuaire étaient à l’état naturel ; mais il faut sans doute faire exception pour le moût et l’huile, qui revenaient de droit aux prêtres.
La législation postérieure contient quelques prescriptions nouvelles. Elle mentionne tout d’abord deux offrandes de prémices non plus des individus, mais de la communauté dans son ensemble. La première est, pendant la fête de Pâque-Mazzoth, le lendemain du sabbat, l’offrande d’une gerbe composée des premiers épis mûrs de l’année, qui doit être apportée à l’autel et agitée de côté et d’autre comme toute oblation faite à l’Éternel, et à cela s’ajoute l’holocauste d’un agneau d’un an. C’est seulement après la présentation de cette gerbe qu’on pouvait commencer à manger du pain ou des épis de la nouvelle récolte. La seconde est l’offrande, le jour de Pentecôte, de deux pains cuits avec du levain (comme des pains ordinaires), comme prémices à l’Éternel au moment où la moisson des blés était terminée. L’offrande était accompagnée d’un holocauste de sept agneaux, d’un sacrifice d’expiation et d’un sacrifice d’actions de grâces ; la chair de ces deux derniers sacrifices et les deux pains revenaient aux prêtres (Lévitique 23.9-14 ; Lévitique 23.15 ; Lévitique 23.21). Les offrandes de la communauté existaient peut-être déjà avant la législation sacerdotale, mais celle-ci est la première à les mentionner.
Nous en pouvons dire autant d’une prescription qui figure Lévitique 19.23-25 et qui rentre dans le domaine des prémices. Il s’agit d’arbres fruitiers nouvellement plantés. Pendant les trois premières années les fruits sont envisagés comme incirconcis et ne doivent être ni mangés, ni offerts en sacrifice. La quatrième année tous les fruits sont consacrés à l’Éternel avec de grandes réjouissances et rentrent dans les revenus des prêtres. Dès la cinquième année seulement ils sont à la disposition des possesseurs des arbres.
Une innovation, que nous rencontrons déjà dans Ézéchiel (Ézéchiel 44.30), est la présentation d’un gâteau, qui revient aux prêtres, comme prémices de la pâte (Nombres 15.17 ; Nombres 15.24). Mais le texte ne précise pas s’il s’agit d’un gâteau offert sur la première pâte de l’année, ou toutes les fois qu’on préparait de la pâte. La tradition a admis cette dernière manière de voir.
Dans le passage Nombres 18.8 ; Nombres 18.19, qui indique les revenus des prêtres, les versets 12 et 13 présentent une difficulté. Ils distinguent entre les prémices (réchith) — tout le meilleur de l’huile, du moût, du blé — et les premiers fruits de la terre (bikkourim) ; et les deux choses, car il ne s’agit pas d’une même chose avec des noms différents, sont attribuées aux prêtres. On ne résout la difficulté qu’en admettant qu’avec le temps les premiers produits du sol avaient été chargés d’une double redevance, ceci sans parler des dîmes qui portaient sur toutes les productions de la terre. À la réchith (ce qu’il y a de meilleur en blé, moût et huile), continuation des anciennes prémices, devenue essentiellement une prestation en faveur des prêtres, s’était ajoutée l’offrande des primeurs (bikkourim), prestation cultuelle dont les prêtres étaient du reste les principaux bénéficiaires, de sorte qu’ils avaient droit à ce qui était premier par la qualité et premier par le temps. C’est à la première catégorie que s’applique le terme de « prélèvements » (teroumôth) dans Néhémie 10.37, tandis que la seconde (bikkourim) figure au verset 35. La quantité à fournir ne figure pas plus dans la législation sacerdotale que dans le Deutéronome et l’ancienne législation.
À côté de ces prestations, il était licite aux Israélites d’employer une part des premiers fruits pour des offrandes volontaires apportées à l’autel (Lévitique 2.12 ; Lévitique 2.14-16).
Les prémices de diverses natures jointes aux dîmes constituaient un revenu considérable, qui n’était pas dépensé au jour le jour ; on l’entassait dans les chambres attenantes au sanctuaire pour les besoins du culte et du personnel sacerdotal (Néhémie 10.35 ; Néhémie 10.39).
La Mischna (traités Bikkourim et Teroumâh) précise les données de l’Ancien Testament, en indiquant comment elles étaient comprises de son temps. Elle distingue nettement entre les bikkourim et les teroumôth. Par bikkourim elle désigne les premiers produits des sept catégories de fruits indiquées Deutéronome 8.8 et prescrit qu’ils doivent être apportés au sanctuaire à l’état naturel, pas avant Pentecôte et pas après la fête de la Dédicace. Par exception, les gens qui demeurent très loin de Jérusalem peuvent les apporter à l’état sec. Les bikkourim ne sont dus que sur les -produits du pays de Canaan. Bikkourim (3.2,6) décrit, sans doute d’une façon quelque peu idéale, le transport et l’arrivée à Jérusalem des « prémices » d’un district. Par teroumôth la Mischna entend les produits du sol, déjà transformés en denrées, qui doivent être livrés directement aux prêtres, même par les propriétaires établis en pays étrangers, comme l’Égypte, Moab et Ammon, la Syrie, la Babylonie. On pouvait du reste aussi les envoyer directement à Jérusalem (Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XVI, 6). Comme minimum de ces offrandes (teroumôth), la Mischna indique le 60e du revenu total, mais elle laisse entendre que le 40e ou même le 30e serait une preuve particulière de piété. Elle ne fixe rien pour les bikkourim
Dans le Nouveau Testament. Il n’y a d’allusion aux prémices que dans Romains 11.16 (allusion à Nombres 15.20 et suivant). Ailleurs le terme n’est employé qu’en un sens figuré (Romains 8.23 ; Romains 16.5 ; 1 Corinthiens 15.20 ; 1 Corinthiens 15.23 ; 1 Corinthiens 16.15 Jacques 1.18 ; Apocalypse 14.4). Comp., outre les manuels d’archéologie, O. Eissfeldt, Erst Hnge mtd Zehnten im Ancien Testament, Leipzig, 1917.
II
Aux prescriptions concernant les premiers fruits du sol se rattachent très étroitement les ordonnances relatives aux premiers-nés de l’homme et des animaux (Pour la position des premiers-nés dans la famille, voir ce dernier mot.).
Le droit de Dieu sur les premiers-nés de l’homme et des animaux repose sur la même conception que son droit sur les premiers produits du sol. À lui revient la première part dans les biens qu’il accorde. C’est la supposition qui est à la base de Genèse 22 (sacrifice d’Isaac) ; cf. Exode 22.29. Plus tard on a rattaché le droit de Dieu sur les premiers-nés de l’homme et des animaux à l’histoire de l’exode et des premiers-nés des Égyptiens frappés dans la 10e plaie ; Exode 13.1-15 et suivant, Nombres 3.16 ; Nombres 8.17.
Il s’agit pour les hommes comme pour les animaux uniquement de la descendance mâle. Ni une fille ni un animal femelle n’entraient en ligne de compte, quoique l’expression employée dans plusieurs passages (Exode 13.1-12, sans la fin qui peut être une adjonction postérieure) pourrait faire penser que pour les animaux les femelles étaient comprises, mais l’usage formulé exactement dans d’autres passages ne laisse aucun doute à cet égard (Deutéronome 15.19 ; Deutéronome 15.23 ; Exode 13.15 ; Exode 22.30). En revanche on peut se demander si, pour un homme ayant plusieurs femmes, la loi portait uniquement sur le premier fils né dans la famille ou sur le premier-né de chaque femme, et si, pour les animaux, après une naissance femelle, la première naissance mâle était comptée. Il faut dans les deux cas répondre probablement par la négative, mais aucun passage ne le dit expressément.
Les premiers-nés des hommes devaient être rachetés. Exode 22.29 ne le dit pas sans doute, et de là Ézéchiel a conclu à tort qu’ils devaient être effectivement sacrifiés à l’Éternel (Ézéchiel 20.25 et suivant), mais les autres passages sont très explicites : Exode 13.15 ; Exode 34.20 ; Nombres 18.15 et suivant. D’après ce dernier passage le prix de rachat était de cinq sicles d’argent (sicle du sanctuaire qui était de 20 guéras = fr. 16,30). Le rachat devait avoir lieu dès l’âge d’un mois.
Les premiers-nés des animaux purs (bœufs, brebis, chèvres) ne pouvaient pas être rachetés, car ils appartenaient de droit à l’Éternel (Lévitique 27.26, cf. Exode 22.30 ; Exode 34.19) ; d’après Exode 22.30 ; Lévitique 22.27, ils devaient être apportés au sanctuaire le 8e jour après leur naissance et, dans les temps anciens, ils servaient, après offrande sur l’autel, à un repas de famille, évidemment avec part accordée aux prêtres (Deutéronome 15.19 et suivant) ; plus tard toute la chair échut à ces derniers (Nombres 18.18). Si les premiers-nés des animaux avaient une tare quelconque, ils ne pouvaient pas être apportés à l’autel ; ils restaient à l’Israélite, qui les mangeait dans sa maison (Deutéronome 15.21 et suivant).
Les premiers-nés des animaux impurs étaient rachetés. Dans Exode 13.13 ; Exode 34.20 il est spécialement question du premier-né de l’âne qui pouvait être racheté au moyen d’un agneau ; s’il ne l’était pas, on lui brisait la nuque. Les passages Lévitique 27.27 et Nombres 18.15 ; Nombres 18.17, plus généraux, se rapportent à tout animal impur ; les premiers-nés sont rachetés d’après l’estimation du prêtre, à laquelle on ajoutait un cinquième en plus, ou vendus, le prix de vente revenant au prêtre. Le prix de rachat indiqué Nombres 18.16 ne s’applique qu’au premier-né de l’homme.
Voir aussi Sacrifices et offrandes, Dîmes, Fêtes, Premier-né. L. A.
Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com
L’article dans Westphal