Dictionnaires bibliques
Phylactère
Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Phylactère », un article après l’autre.
Dictionnaire de la Bible (Bost)
Nom d’étymologie grecque, et signifiant préservatif. Les Juifs postérieurs à l’exil nommaient ainsi des bandelettes de parchemin sur lesquelles étaient écrits des passages de l’Ancien Testament, et qu’à l’exemple des païens, ils portaient au front ou au bras en guise d’amulettes. Cette coutume se fondait sur une interprétation littérale et mal entendue d’Exode 13.9-16, et de Deutéronome 11.18 ; 6.8.Les Juifs écrivaient sur leurs phylactères les quatre passages suivants : 1° Deutéronome 11.13-22 ; 2° Deutéronome 6.4-10 ; 3° Exode 13.11-17 ; 4° Exode 13.1-10, selon l’ordre qu’ils croyaient en avoir reçu. C’étaient surtout les hommes, et au moment de prendre leurs repas, qu’ils s’en servaient. On les mettait au bras gauche, allant du coude jusqu’à l’extrémité du doigt du milieu ; c’était le bras du cœur : on les mettait aussi sur le front, les courroies qui les retenaient faisant un nœud derrière la tête, et venant se rejoindre sur le front. Après s’en être servi, on les roulait en pointe, et on les enfermait dans une espèce d’étui de veau noir. Les phylactères étaient destinés à rappeler solennellement à ceux qui les portaient, l’observation de la loi, et l’obligation de s’appliquer de tête et de cœur à la connaissance et à la pratique de la vérité ; ils ont fini par n’être plus que de vains joujoux, comme les chapelets, les rosaires, etc. ; l’esprit de l’institution s’est perdu, la matière est restée ; ce ne furent plus des souvenirs, des aides, mais des pénitences, des ornements, ou des symboles de l’orgueil spirituel. On a voulu voir à tort dans Proverbes 6.21, une allusion aux phylactères, qui sont d’une invention plus moderne ; nous en disons autant de l’ornement dont il est parlé (en Ézéchiel 24.17), ornement de tête (peér) que nos versions traduisent par bonnet ; quelques rabbins ont cru y trouver une trace de l’usage dont nous parlons, mais ce sentiment a été réfuté et rejeté.
Il paraît que les phylactères étaient regardés par quelques-uns comme des préservatifs contre l’influence des démons.
Les Pères varient du reste beaucoup dans ce qu’ils disent à ce sujet ; les Juifs de leur temps continuaient de porter ces bandelettes de parchemin ; les chrétiens de certains lieux commençaient à imiter cet usage superstitieux ; Gélase, évêque de Rome, l’a condamné pour ce qui le concernait ; il serait à désirer que ses successeurs l’eussent imité en cela ; le dix-neuvième siècle n’eût pas vu naître la miraculeuse médaille phylactère, qui a rapporté 70000 fr., aux jésuites de Fribourg, et n’a pas empêché leurs troupes d’être battues, leurs soldats d’être tués.
Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com
L’article dans BostDictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)
Ce terme est pris du grec, et signifie proprement un préservatif, tel que les païens le portaient, pour se préserver de certains maux ou de certains dangers. [Voyez Anneaux, Talisman]. Par exemple, ils portaient des pierres ou des pièces de métal gravées sous certains aspects des astres.
Tout l’Orient est encore aujourd’hui rempli de ces préservatifs ou phylactères, dont les hommes se servent non-seulement pour leurs personnes, mais aussi pour leurs animaux. Mais ces sortes de préservatifs ne sont point de notre sujet. Ce qui nous regarde, ce sont les phylactères dont parle Jésus-Christ dans l’Évangile (Matthieu 23.5) : Les Pharisiens, dit-il, étendent leurs phylactères, et agrandissent les bords de leurs habits. Ces phylactères étaient certaines petites boîtes ou certains rouleaux de parchemin, où étaient écrites quelques paroles de la Loi, et qu’ils portaient sur le front et sur le poignet du bras gauche. Voici sur quoi était fondée cette coutume. Dieu dit dans l’Exode (Exode 13.9) : Afin que mes préceptes soient comme un signe sur votre main, et comme un monument entre vos yeux. Et un peu plus loin (Exode 13.16) : Cela sera comme un signe sur votre main, et comme un bandeau sur votre front.
Les Juifs écrivaient sur leurs phylactères ces quatre passages de la Loi :
1° Consacrez-moi tous les premiers-nés des hommes et des animaux, qui sont les premiers fruits de leurs mères ; car ils sont tous à moi ; et ce qui suit jusqu’au v. 10 du chapitre 13 de l’Exode.
2° Depuis le v. 11 du premier chapitre : Et lorsque le Seigneur vous aura introduits dans le pays de Chanaan, etc. jusqu’au v. 16 du même chapitre.
3° Depuis le v. 4 du chapitre 6 du Deutéronome : Écoutez, Israël ; le Seigneur votre Dieu est le seul Dieu ; et ce qui suit jusqu’au v. 9 du même chapitre.
4° Enfin depuis le v. 13 du chapitre 11 du même livre : Si vous obéissez à tous les commandements que je vous fais, etc., jusqu’à la fin du verset 21 du même chapitre.
Voici ce que Léon de Modène nous apprend en particulier sur ces rouleaux. Ceux qui devaient être attachés au bras étaient deux rouleaux de parchemin écrits en lettres carrées, avec une encre faite exprès, et avec beaucoup de soin. On les roulait en pointe, et on les renfermait dans une espèce d’étui de veau noir. Puis on les mettait sur un morceau carré de la même peau, mais plus dure, d’où pendait une courroie de même matière, large d’un doigt, et longue d’une coudée et demie. On pose ces rouleaux au pliant du bras gauche ; et la courroie, après avoir fait un petit nœud en forme de Jod, se tourne autour du bras en ligne spirale, et va finir au bout du doigt du milieu. On l’appelle le teffila schel-iad, ou la téphila de la main.
Celle du front était composée de quatre morceaux de parchemin, sur chacun desquels était écrite une des sentences dont nous avons parlé. On attache ensemble ces quatre morceaux en carré, et on écrit sur eux la lettre Schin. Puis on met par-dessus un petit carré de peau de veau dure, d’où sortent deux courroies semblables aux premières. Ce carré se met sur le milieu du front, et les courroies, après avoir ceint la tête, font un nœud derrière en forme de la lettre Daleth ; puis viennent se rendre devant l’estomac. Ils nomment celui-ci teffila schel-rosch, la téphila de la tête. Les Juifs d’aujourd’hui se contentent de mettre ces phylactères à la prière du matin. Quelques-uns des plus dévots les mettent aussi à la prière du midi : mais il n’y a nulle obligation sur cela.
Quelques anciens croient que l’usage des tephilims, car c’est ainsi que les Juifs appellent ce que l’Évangile nomme phylactères, est aussi ancien que Moïse et plusieurs interprètes veulent que du temps de Notre-Seigneur cette coutume était générale, que Jésus-Christ lui-même en a porté, et qu’il ne reprend dans les pharisiens que l’affectation d’en avoir de plus grands que les autres. Mais j’ai peine à me persuader que jamais l’usage en ait été général. Saint Jérôme dit que, de son temps, les Juifs indiens, perses, babyloniens, portaient assez communément de ces bandeaux sur le front ; et que ceux d’entre eux qui les portaient passaient pour les plus dévots. Cela n’était donc pas universel, même pour les Juifs de delà l’Euphrate, et beaucoup moins pour ceux de deçà. Le même saint Jérôme croit que les Pharisiens écrivaient le Décalogue sur ces phylactères. Saint Chrysostome, écrivant sur le même passage, condamne l’abus des chrétiens, qui portaient des phylactères au cou, dans lesquels étaient écrits certains noms d’anges en hébreu, ou quelques parties des Évangiles. Saint Jérôme remarque le même abus ; et le pape Gélase a condamné ces sortes de phylactères superstitieux. On peut consulter sur ces tephilims Buxtorf, Synag. Jud., chapitre 4 pages 142, 143 et suivants
Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com
L’article dans CalmetDictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)
Ce terme n’apparaît qu’une seule fois dans la Bible : Matthieu 23.5. Le mot grec d’où il dérive signifie littéralement : moyen de protection, de sauvegarde, amulette ou talisman. Il correspond à ce que les Juifs appellent encore de nos jours les tephillim, pluriel du mot hébreu tephillâ = prière, et désigne des sortes de bandelettes de cuir que les Israélites portaient sur le front et autour du bras gauche. Cette coutume a son origine dans 4 passages de la loi : Exode 13.9-16 ; Deutéronome 6.8 ; Deutéronome 6.18. Elle apparut probablement au IIe siècle avant Jésus-Christ et devint une obligation pour tout Israélite mâle âgé de 13 ans et un jour. Les femmes et les esclaves en étaient exempts. Il était prescrit de mettre ces phylactères pour réciter les prières du matin, sauf le jour du sabbat et pendant les fêtes, ces jours-là étant par eux-mêmes déjà des signes (Exode 13.9). Toutefois, il est probable qu’à l’époque de Jésus les Pharisiens zélés les portaient toute la journée sur eux.
D’après la description que nous en donne la Mischna, les phylactères consistaient en une poche large de deux doigts environ, faite de cuir provenant d’un animal rituellement pur, que l’on fixait au moyen d’une lanière ou bandelette autour de la tête et autour du bras gauche. Le phylactère du front, ou « fronteau » (Deutéronome 6.8), le plus important, présentait cette particularité que la poche était divisée en 4 compartiments. Chacun de ces compartiments renfermait un morceau de parchemin provenant également d’un animal rituellement pur, sur lequel on avait soigneusement inscrit l’un des 4 passages de la loi qui instituait cette coutume. Le phylactère du bras ne comportait qu’un seul compartiment renfermant une pièce de parchemin où l’on avait inscrit les mêmes passages de la loi. La fixation des phylactères comporte tout un rituel précis qui s’est perpétué jusqu’à nos jours au sein du judaïsme orthodoxe. Tout en récitant les prières prescrites, on fixe d’abord le phylactère du bras à même la peau, un peu au-dessus du coude, la poche tournée vers l’intérieur du bras de telle sorte que lorsqu’on joint les mains elle vienne reposer sur le cœur (Deutéronome 11.18). La bandelette est alors tendue et enroulée, un nombre prescrit de fois, autour du bras et du médius de la main. On procède ensuite à la pose du fronteau. La poche est placée entre les yeux (Exode 13.9 etc.) ; la lanière est nouée derrière la tête, les deux extrémités de cette lanière étant ramenées sur la poitrine. Pour enlever les phylactères on procède dans l’ordre inverse. Le nœud du fronteau doit affecter la forme de la lettre hébraïque daleth, et celui du bras la forme d’un yod (voir Écriture, III) ; ces deux lettres, avec la lettre chîn qui est gravée de chaque côté de la poche de cuir du fronteau, forment le nom sacré : Chaddaï (signifiant : Tout-Puissant).
Cette pratique, évidemment métaphorique en ce sens qu’elle symbolise la fixation de la loi divine dans le cœur et la mémoire, est mentionnée dans le Siracide (36.3) et dans la Lettre d’Aristée (paragraphe 159) ; elle a pris une importance considérable à l’époque de Jésus, si bien que les Pharisiens zélés portaient des phylactères plus larges que ceux de l’usage ordinaire. Il est probable qu’alors ces bandages étaient devenus des objets de superstition et qu’on les considérait, ainsi que le terme grec le fait penser, comme des moyens de protection contre les influences malignes telles que « le mauvais œil » et contre les démons.
O. C.
Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com
L’article dans Westphal