Dictionnaires bibliques
Perse
Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Perse », un article après l’autre.
Dictionnaire de la Bible (Bost)
Cette contrée, si voisine du berceau du genre humain, et par conséquent bien connue dès la plus haute antiquité, n’apparaît dans les premiers écrits de l’Ancien Testament que sous le nom de Élam. Plus tard seulement, et depuis l’exil, elle reçoit le nom de Perse qui désigne alors (outre la Perse proprement dite, le Persis ou Farsistan) tout l’immense royaume fondé par Cyrus, qui comprenait la plus grande partie de l’Asie connue, depuis le voisinage de l’Indus jusqu’à la mer Egée ; à la Perse qu’il avait héritée de ses ancêtres, le conquérant avait joint ce que la domination des Mèdes avait embrassé jusqu’au fleuve Halys, le royaume de Lydie au-delà de ce fleuve, et celui de Babylone. Son successeur, Cambyse, y ajouta l’Égypte. Cet empire ne subsista que deux siècles, et fut conquis par Alexandre. Après la mort du roi de Macédoine, les provinces de l’Orient tombèrent au pouvoir de Séleucus Nicator, mais ses successeurs en Syrie perdirent une partie de ces provinces, qui leur furent enlevées par les Parthes. Sous la domination de ces derniers, la Perse eut des rois particuliers ; on a l’énumération des provinces qui composaient l’empire des Parthes ; la Perse et même la Susiane et la Carmanie n’y sont pas comprises, et sont ainsi considérées comme indépendantes. Leurs princes furent néanmoins dans un état de dépendance jusqu’au troisième siècle. Un Persan, qui prit le nom d’Artaxercès, secoua le joug des Parthes, en anéantissant leur puissance, la rendit aux Perses qui en jouirent environ quatre cents ans, jusqu’à l’invasion des Arabes sous les premiers califes successeurs de Mahomet ; dès lors le nom de Perse s’est conservé pour désigner tout le pays compris depuis les limites de la domination turque jusqu’à l’Indostan.
La grande Perse était divisée en cinq provinces ou satrapies, la Susiane, voir Suse ; la Perse proprement dite, la Carmanie et la Gédrosie (Kerman et Mékran), l’Arie ou Khorasan, et l’Hyrcanie ; on peut y joindre encore la Margiane, qui a fait partie de l’empire des Parthes. Chacune d’elles avait une administration complète et la direction de ses colonies ; mais elles relevaient toutes aussi du roi, qui était le centre et le chef du gouvernement.
La Perse proprement dite s’étendait du nord au sud jusqu’au golfe Persique, entre les 27° et 33° de latitude ; elle était séparée de la Médie au nord par les monts Parachoatras, maintenant Aprassia, touchant la Susiane à l’ouest par les monts Baktiori pleins de passages et de défilés étroits et dangereux ; à l’est était la Carmanie. Le pays, qui est montueux déjà dans la partie septentrionale de la Susiane, continue de l’être dans la Perse et jusqu’au centre de cette province. La contrée maritime a des plaines marécageuses et stériles où il règne des vents impétueux, une chaleur excessive et des exhalaisons malsaines. Entre le nord et le milieu du pays, de hautes et rocheuses montagnes portent des neiges éternelles ; le climat est dur, la terre stérile ; on n’y trouve que des bergers, des nomades, des voyageurs, et des brigands. Des lacs et des rivières arrosent et fertilisent les plaines et les vallées de la Perse centrale, qui nourrissent beaucoup de bétail, principalement des chameaux.
C’étaient les habitants de cette province qui portaient plus spécialement le nom de Perses ; ils étaient parents des Mèdes et se divisaient en plusieurs hordes ou tribus dont trois passaient pour nobles, les Pasargades, les Maraphiens et les Maspiens ; seules elles recevaient une certaine culture, les autres labouraient les terres, gardaient les troupeaux, ou étaient confinées dans les montagnes, sauvages et sans instruction. La famille royale, et Cyrus en particulier, appartenait aux Achéménides, la famille la plus noble des Pasargades.
La langue perse était proche parente de la langue zend parlée dans la Médie supérieure, laquelle, à son tour, tirait ses racines du sanscrit ; elle différait complètement des langues sémitiques. Nous ne pouvons entrer ici dans l’examen des rapports qui ont été remarqués entre le persan, le sanscrit et l’allemand, soit quant aux mots, soit quant aux constructions et à la syntaxe ; on trouvera sur ce sujet les indications qu’on pourra désirer, dans l’ouvrage allemand de Wahl, Histoire des langues et de la littérature orientale, p. 129, et suiv.
La constitution politique de la monarchie perse, comme état indépendant, ressemblait à celle de la Médie, et en général de tous les anciens royaumes de l’Asie. La Perse a eu des rois dès les anciens temps ; ils s’intitulaient eux-mêmes rois des rois, et vivaient inabordables pour leurs sujets dans des palais magnifiques et solidement construits, le printemps à Ecbatane, l’été à Susan (Néhémie 1.1 ; Daniel 8.2 ; Esther 1.2-5 ; etc.), l’hiver à Babylone. Ils avaient un harem nombreux et bien choisi, placé sous la surveillance d’eunuques (Esther 2.11), une femme principale ou sultane, qui pouvait quelquefois exercer une certaine influence sur les affaires publiques (Esther 7 ; Néhémie 2.6), une riche et brillante collection de courtisans, et un échanson (Néhémie 2.1). Leur table était naturellement abondante et recherchée (Esther 1.5), et les provinces du royaume, devaient tour à tour pourvoir à son entretien (1 Rois 4.27). Le mode de gouvernement était éminemment despotique ; la volonté du monarque était la loi suprême, sa parole était un jugement en dernière instance. S’il y avait quelquefois conseil tenu entre le roi et ses ministres ou ses courtisans, ce n’était que dans des circonstances extrêmement graves, et pendant ou après un repas (Esther 1.10-19 ; 5.5 ; 7.2). Une mesure qui avait été érigée en édit avec le sceau du roi, sa signature et son nom, était réputée irrévocable (Esther 1.19 ; Daniel 6.8-15). Les provinces, qui sous Darius Hystaspe s’élevèrent au nombre de vingt (120 sous Darius le Mède, Daniel 6.1), étaient gouvernées par des satrapes, qui souvent appartenaient à la famille royale ; ils tenaient une cour de princes, avaient sous leurs ordres, pour les districts de leurs provinces, des employés spéciaux et s’occupaient du gouvernement général et de la perception des impôts en argent et en nature (Esther 3.12-13 ; 8.9 ; Néhémie 2.8-16). Ils n’avaient qu’un pouvoir administratif et civil, mais des commandants de troupes étaient mis à leur disposition et répartis entre leurs divers districts. Des courriers faisaient le service de poste entre le roi et les satrapes. Autour du trône royal se tenait un conseil de sept princes ou ministres (Esther 1.14 ; Esdras 7.14), qui étaient probablement les sept juges inamovibles dont parle Hérodote (3.31), mais qu’il ne faut pas confondre avec les sept eunuques de Esther 1.10-12 ; 6.14.L’armée perse, non compris les garnisons, consistait en infanterie (notamment en archers), et surtout en cavalerie ; elle était équipée avec ce luxe qui, principalement depuis la conquête des Lydiens, était un des caractères saillants des mœurs du pays.
On n’a pas beaucoup de détails sur la religion des Perses ; on sait seulement d’une manière générale qu’ils adoraient le soleil, qu’ils ne lui dressaient ni statues, ni autels, et qu’ils lui offraient sur des lieux élevés, des sacrifices, ainsi qu’à la lune, au feu, etc. Le mage (importation mède) qui présidait au sacrifice, divisait l’holocauste en cinq parties ; les dieux n’entraient point dans ce partage, parce que, disaient les Perses, la divinité ne veut que l’âme de la victime. On ne peut déterminer jusqu’à quel point cette adoration de la lumière et du feu se combinait avec les doctrines dualistes de Zoroastre, mais il paraît que ces dernières n’ont point été étrangères aux Perses.
La Perse, après n’avoir été qu’une satrapie sous Phraortes, roi de Médie, qui vivait quatre-vingt-quatorze ou quatre-vingt-dix-sept ans avant Cyrus, ne commence à compter comme royaume indépendant, ayant son histoire, propre, que sous Cyrus, qui fut son premier roi, au dire de tous les chroniqueurs historiens, qui, au milieu de leurs divergences, s’accordent cependant sur ce point, Hérodote, Ctésias, Xénophon. Mais Cyrus a-t-il vaincu le dernier roi des Mèdes, Astyage ; ou bien, gendre de Cambyse II, a-t-il hérité d’une partie de ses États ? C’est ce qui ne peut être décidé. Quoi qu’il en soit, Cyrus ne tarda pas à joindre la Babylonie à sa couronne (539 av. J.-C.). Il mourut en 529.Après lui vinrent Cambyse, 529 ; Smerdis, ou plutôt le faux Smerdis, prétendu frère de Cambyse, 522 ; Darius Hystaspe, 521 ; Xercès, 485, qui fut égorgé la vingtième année de son règne par Artaban, qui lui succéda et ne régna que sept mois ; Artaxerxès Longuemain, 465 ou 464 ; Xercès II, son fils, 424, ne régna que deux mois ; Sogdiane, 424, sept mois ; Darius Nothus (Ochus), 424 ; Artaxerxès II, 404 ; Artaxerxès Ochus, 364 ; Arsès, 338 ; Darius Godoman, 335.Ce fut lui qui, après un règne d’environ six ans, fut vaincu à Arbèles par Alexandre de Macédoine (330 av. J.-C.). Il vit tomber ainsi la monarchie perse après une existence de deux cent dix-neuf années.
Ceux des rois perses dont il est parlé dans l’Écriture sainte, les seuls dont nous ayons à nous occuper, portent quelquefois chez les auteurs sacrés des noms différents de ceux que leur donnent les historiens profanes, des noms hébraïsés ; d’autres fois leur nom étant donné sans leur surnom caractéristique, il est difficile de reconnaître toujours avec certitude duquel des successeurs de Cyrus il est question. Nous avons examiné aux articles Cyrus, Darius, Artaxerxès, etc., ces questions de détail ; rappelons encore ici d’une manière sommaire les rapports de l’histoire des Juifs avec celle de leurs conquérants.
Cyrus, après la conquête de Babylone, permet aux Juifs exilés de retourner dans leur patrie, et contribue à la reconstruction du temple (Esdras 1.2). Sous Cambyse, après le succès de son expédition d’Égypte, on cherche à noircir les Juifs dans l’esprit du roi pour les perdre (Esdras 4.6), mais ce n’est que sous son successeur, le faux Smerdis, qu’on obtient qu’il fasse cesser les travaux commencés à Jérusalem (Esdras 4.7). Darius Hystaspe, mieux disposé en faveur des Juifs, révoque cet interdit la deuxième année de son règne (Esdras 5.6) ; il commence avec gloire la série des guerres gréco-perses et continue de témoigner de la bienveillance à ses sujets hébreux. Les folles entreprises de Xercès, accompagnées parfois de sentiments généreux, sont connues ; il ordonne et rétracte aussitôt les cruelles mesures proposées par Haman et combattues par Esther. Artaxerxès Longuemain marche contre l’Égypte révoltée, et se voit contraint de faire la paix avec les Grecs. La Palestine se ressent d’une manière fâcheuse des expéditions tentées contre l’Égypte ; la nouvelle colonie juive menace de tomber en ruine ; Néhémie obtient de son maître la permission de rejoindre ses frères pour essayer de relever leur courage et leur foi, et de réorganiser plus fortement l’ensemble de leur administration gouvernementale. Sous Darius Nothus, qui a des ennemis à combattre de tous côtés, la Phénicie, voisine de la terre sainte, devient un champ de bataille entre les armes perses et celles des Arabes et des Égyptiens réunis. Artaxerxès Mnémon, bien que fort occupé ailleurs, ne perd cependant pas non plus l’Égypte de vue, et rencontre ses armées dans des plaines également voisines des frontières des Juifs, qui ont beaucoup à se plaindre de la conduite du général perse Bagoas. Ochus poursuit les entreprises de son père, humilie les Phéniciens et se soumet de nouveau l’Égypte. Depuis lors, et jusqu’à la fin de la monarchie perse, les Juifs restèrent tranquilles de ce côté. Ce fut pendant la durée de cette monarchie que les Samaritains élevèrent leur temple sur le mont Guérizim.
Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com
L’article dans BostDictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)
Persia, royaume de l’Asie. Les Perses sont devenus très-fameux, depuis Cyrus, fondateur de leur monarchie. Leur ancien nom était Élamites ; et, du temps des empereurs romains, on les appelait Parthes. Aujourd’hui on les nomme plus communément Perses. Voyez ce qu’on a dit ci-devant, sous l’article Parthes.
La perse est un pays borné, à l’orient, par la province de Kerman ; à l’occident, par le Chusitan ; au midi, par le golfe Persique, et au septentrion, par un grand désert qui la sépare du Chorassan. Elle a environ trois cents lieues de France d’étendue, le long de la mer Océane. Jazd est la ville la plus orientale de cette province ; Ramadan en est la plus occidentale ; Gireft ou Sireft la plus méridionale, et Rei la plus septentrionale.
Les Arabes disent que Fars, père des Peres, était fils d’Azaz, ou Arphaxad, fils de Sem. D’autres le font descendre de Japhet ; mais les Persans soutiennent qu’ils tirent leur origine de Saiurnarath, qui est parmi eux ce qu’Adam est parmi nous. Ils assurent qu’ils ont toujours eu des rois de leur nation, dont la succession n’a été interrompue que pendant un espace de temps qui n’est pas considérable.
Les Dilemites, les Curdes et même les Turcs orientaux, selon quelques auteurs, descendent des Persans. Les Dilemites habitent le long des rivages de la mer Caspienne, nommée aussi la mer de Dilem, à cause du voisinage de cette nation. Les Curdes sont répandus dans l’Assyrie, à laquelle ils ont donné le nom de Kurdistan. Les Turcs se sont retirés au delà du fleuve Oxus, dans le pays qui, à cause d’eux, a été appelé Turkestan.
L’on parle assez diversement de la religion des anciens Perses. Hérodote est le plus ancien qui en ait fait mention. « Ils n’ont, dit-il, ni temples, ni statues, ni autels ; ils regardent comme une folie d’en faire ou d’en souffrir, parce qu’ils ne croient point, comme font les Grecs, que les dieux aient une origine humaine. Ils sacrifient à Jupiter, sur les plus hautes montagnes ; ils donnent le nom de ce dieu à toute la rondeur du ciel ; ils sacrifient aussi au soleil, à la lune, à la terre, au feu, à l’eau et aux vents. Ils ne connaissaient anciennement aucuns autres dieux que ceux-là. Ils ont appris depuis ce temps-là, des Assyriens et des Arabes, à sacrifier à Uranie ou Vénus céleste, que les Assyriens appellent Militta, les Arabes Alitta, et les Perses Mitra. »
Strabon copie presque mot à mot Hérodote ; mais il ne convient pas que les Perses aient donné à Vénus le nom de Mitra, c’est le soleil qu’ils nommaient ainsi, et tous les auteurs le reconnaissent avec Strabon. « Ils sacrifient, dit-il, dans un lieu pur, où ils font leurs prières, ils y amènent la victime couronnée. Après que le mage a divisé les viandes, chacun prend sa portion ; ils ne laissent rien pour les dieux, disant que Dieu se contente de l’âme de l’hostie. Quelques-uns jettent dans le feu une petite partie du gras-double qui enveloppe les intestins. Ils sacrifient principalement au feu et à l’eau ; ils mettent sur le feu du bois sec, sans écorce, sur lequel ils jettent de la graisse, puis encore de l’huile. Ils allument le feu sans soufflet, faisant seulement du vent avec une espèce d’éventail. Si quelqu’un souffle le feu, ou s’il y jette quelque cadavre on de la boue, il est puni de mort.
Le sacrifice de l’eau se fait en cette manière : ils se rendent auprès d’un lac ou d’un fleuve, ou d’une fontaine, et font une fosse où ils égorgent la victime, prenant garde que l’eau prochaine ne soit ensanglantée, ce qui la rendrait immonde. Après cela, Ils mettent les chairs sur du myrte ou sur du laurier. Les mages y mettent le feu avec de petits bâtons, et répandent leurs libations d’huile mêlée avec du lait et du miel ; non sur le feu, ni sur l’eau, mais sur la terre. Ils font ensuite leurs enchantements pendant longtemps, tenant un petit faisceau de bruyères. Les Cappadociens ont un grand nombre de mages qu’ils appellent pirethes, et plusieurs temples des dieux des Perses. Ils assomment les victimes sans se servir de couteaux, mais avec un levier dont ils frappent comme avec un marteau. Ils ont de grands enclos qu’ils appellent piréthées, au milieu desquels est l’autel sur lequel les mages conservent des cendres et un feu perpétuel. Ils entrent là tous les jours et y font leurs enchantements l’espace d’une heure, tenant des faisceaux de verges, et portant des tiares qui descendent si bas, qu’elles leur couvrent les lèvres et les joues.
Les sacrifices des Perses, dit Hérodote, se font de cette sorte : Ils n’érigent point d’autels, ne font point de feu ; ils n’ont ni libations, ni joueurs de flûtes, ni couronnes, ni farine ; mais celui qui fait le sacrifice mène la victime dans un lieu pur et net, et invoque le dieu auquel il veut sacrifier, ayant sa tiare couronnée de myrte. Il n’est pas permis au sacrificateur de prier pour lui en particulier il prie pour le roi et pour toute la nation. Après qu’il a fait cuire la chair de la victime coupée en plusieurs morceaux il étend de l’herbe tendre, et surtout du trèfle, et il les met dessus. Ensuite un mage vient chanter la théogonie, espèce de chant usité parmi eux ; et il ne leur est pas permis de sacrifier sans mage. Peu de temps après, le sacrificateur emporte ces morceaux de chair et et en fait ce qu’il veut.
Plutarque nous apprend quelques articles de leur créance. Il dit que l’on compte entre ceux qui admettaient deux principes, l’un bon et l’autre mauvais, le fameux Zoroastre qui vivait, selon quelques-uns, cinq mille ans avant la guerre de Troie. If appelait un de ces dieux Oromaze, et l’autre Animanius, et disait que l’un avait rapport à la lumière sensible, et l’autre aux ténèbres et à l’ignorance. Qu’il y en avait encore un autre entre eux deux qui tenait le milieu, et qu’il nommait Mithras, et que c’est pour cela que les Perses appellent Mithras celui qui tient le milieu. Il enseignait qu’on devait sacrifier à l’un pour demander des grâces, et à l’autre pour être préservé des maux. Or, voici de quelle manière ils invoquent Pluton et les ténèbres. Ils pilent dans un mortier une herbe appelée Omomi, qu’ils mêlent ensuite avec le sang d’un loup immolé, et emportant le tout, le jettent dans un lieu obscur où le soleil ne luit jamais. Ils croient que, des arbres et des plantes, les unes appartiennent au Dieu bon, et les autres au mauvais ; et qu’entre les animaux, les chiens, les oiseaux, les hérissons de terre sont au dieu bon ; et tous ceux des eaux au mauvais. Oromaze selon eux, est né de la plus pure lumière, et Arimanius, des ténèbres. Ils sont toujours en guerre ensemble. Oromaze a produit six dieux, dont le premier est auteur de la bienveillance ; le second de la vertu ; le troisième de l’équité ; le quatrième de la sagesse ; le cinquième des richesses ; le sixième des-plaisirs qui suivent les bonnes actions. Arimanius a créé de même, par une espèce d’émulation, un pareil nombre de dieux.
Oromaze s’étant rendu trois fois plus grand qu’il n’était, s’éloigna autant du soleil que le soleil est éloigné de la terre. Il orna le ciel, en y plaçant les astres. Il fit un astre, qui est le plus excellent et comme le gardien de tout ; c’est le Sirius, ou grand Chien. Il fit encore vingt-quatre dieux et les mit tous dans un veuf. Arimanius en fit un pareil nombre, qui percèrent l’œuf qui renfermait les bons, et alors le mal se trouva mêlé avec le bien. Il y a, disent-ils, un temps marqué, auquel il faut qu’Arimanius périsse : et alors la terre étant devenue tout unie, tous les hommes bienheureux vivront dans une parfaite union, rassemblés dans une même ville, et parlant le même langage. Théopompe ajoute quc, selon l’opinion des mages, pendant trois initie ans l’un des dieux prévaudra sur l’autre ; pendant trois mille ans, ils se feront la guerre, et l’un tâchera de détruire l’autre. À la fin, Pluton demeurera vaincu, et alors les hommes seront heureux et n’auront plus besoin de manger.
Les Perses qui dans les commencements n’avaient point voulu de statues, en prirent dans la suite, dit Bérose dans son troisième livre des Chaldaïques, cité par saint Clément d’Alexandrie. Ce fut Artaxercès, fils de Darius et père d’Ochus, qui introduisit cet usage et érigea le premier à Babylone, à Suse et à Ecbatane, la statue de Vénus Tanaïde, et apprit aux Perses, aux Bactriens, aux peuples de Damas et de Sardes, qu’il fallait l’honorer comme déesse. Voilà quelle était la religion des anciens Perses, selon les écrivains qui ont vécu dans un temps où l’on en devait être bien informé.
Un auteur moderne, très-habile dans les langues orientales, et qui a travaillé exprès sur la religion des Perses, prétend que ces peuples pensaient juste sur la divinité, qu’ils ne croyaient qu’un seul Dieu ; qu’à la vérité ils admettaient deux principes, mais l’un créé et l’autre incréé : le principe créé était le monde. Il soutient que le culte qu’ils rendaient au soleil et au feu était purement civil. Les Perses d’aujourd’hui rapportent leur religion à Abraham, que quelques-uns confondent avec Zoroastre, et que d’autres veulent avoir été maître de Zoroastre : ils croient que le monde a été créé en six jours ; Qu’au commencement Dieu créa un homme et une femme, d’où est venu tout le genre humain : qu’il y a plusieurs paradis terrestres, un déluge universel, un Moïse, un Salomon. Tout cela sans doute pris des histoires des Juifs et de la tradition des Mahométans.
Ils tiennent un Dieu éternel, nommé en leur langue Iezdan, ou Oromazde, qui est le vrai Dieu, appelé par les Arabes Allah, auteur de tout bien : et un autre Dieu produit par les ténèbres, auquel ils donnent le nom d’Ahermen, qui est proprement l’Eblis des Arabes, ou le démon, et auteur de tout mal. Ils ont une très-grande vénération pour la lumière et une très-grande aversion pour les ténèbres. Le Dieu créateur de toutes choses a produit la lumière et les ténèbres, et du mélange de ces deux choses, le bien et le mal, la génération et la corruptionet enfin la composition de toutes les parties dit monde s’est faite et subsistera toujours, jusqu’à ce que la lumière, se retirant à part d’un côté, et les ténèbres de l’autre, causeront la destruction. C’est là le précis de la doctrine de Zoroastre, suivie encore aujourd’hui par les mages et les guèbres adorateurs du feu, qui se tournent toujours vers le soleil levant lorsqu’ils prient.
Voici la liste des rois de Perse qui ont eu quelque rapport à l’histoire sacrée et à l’Écriture.
Cyrus, fondateur de la monarchie des Perses, régna neuf ans, la prise de Babylone, c’est-à-dire, depuis l’an du monde 3466 jusqu’en 3475 ; avant Jésus-Christ 525, avant l’ère vulgaire 529.
Cambyse, nommé Assuérus (Esdras 4.6), régna sept ans et cinq mois. Mort l’au du monde 3482 ; avant Jésus-Christ 518 ; avant l’ère vulgaire 522.
Oropaste mage, nommé Artaxerxès (Esdras 4.7), feignant d’être Smerdis, frère de Cambyse, régna cinq mois. Il fut tué par sept conjurés, l’un desquels était Darius, fils d’Hystaspe.
Darius, fils d’llystaspe, est nommé Assuérus dans l’hébreu du livre d’Esther, et Artaxerxès dans le grec du même livre. Il régna trente-six ans, depuis l’an du monde 3482 jusqu’en 3519 ; avant Jésus-Christ 4811 axant l’ère vulgaire 4.85.
Xerxès I régna douze ans ; depuis l’an du monde 3519 jusqu’en 3531, avant Jésus-Christ 469, avant l’ère vulgaire 473.
Artaxerxès à la longue main régna quarante-huit ans ; depuis 3531 jusqu’en 3579, avant Jésus-Christ 421, avant l’ère vulgaire 425.
Xerxès II ne régna qu’un an. Mort en 3580, avant Jésus-Christ 420, avant l’ère vulgaire 424.
Secundianus, ou Sogdianus, son frère et son meurtrier, régna sept mois.
Ochus, ou Darius Nothus, régna dix-neuf ans, depuis l’an du monde 3581 jusqu’en 3600, avant Jésus-Christ 400, avant l’ère vulgaire. 404.
Artaxerxès Mnémon, ou à labelle mémoire, régna quarante-trois ans. Mort en 3643, avant Jésus-Christ 357, avant l’ère vulgaire 361.
Artaxerxès Ochus régna vingt-trois ans, depuis l’an du monde 3643 jusqu’en 3669, avant Jésus-Christ 334, avant l’ère vulgaire 338.
At-sen régna trois ans. Mort en 3668. avant Jésus-Christ 332, avant l’ère vulgaire 336.
Darius Condomanus fut vaincu par Alexandre le Grand en 3674, après six ans de règne. L’empire des Perses a duré en tout deux cent huit ans.
Voici la même liste chronologique d’après l’Art de vérifier les dates.
Chodorlahomor est le premier roi connu de Perse. Il voulut, l’an du monde 2633, avant Jésus-Christ 2281, étendre ses conquêtes jusqu’en Palestine. Il attaqua la Pentapole, prit Sodome, et comme il s’en retournait avec un riche butin et des prisonniers, il fut poursuivi et défait par Abraham. Depuis cet échec, les Perses ne tiennent plus de rang dans l’histoire pendant l’espace d’environ quinze siècles. On voit seulement qu’ils étaient tributaires de l’empire d’Assyrie lorsque Cambyse occupait le trône de Perse. Ce prince était contemporain d’Astyage, roi des Mèdes, qui fit alliance avec lui, et la cimenta par le mariage de Mandane, sa fille, avec ce prince. Mandane rendit Cambyse père de Cyrus, dont la naissance se rapporte à l’an du monde 4365, avant l’ère chrétienne 599.
Cyrus rassembla sur sa tête, l’an du monde 4428, avant Jésus-Christ 536, les trois couronnes de Babylone, de Médie et de Perse. La mort de Cyaxare II son oncle, qui l’avait déclaré son héritier en lui faisant épouser sa fille unique, lui a và it procuré les deux premières ; celle de Cambyse, son père, qui précéda ou suivit dans un court intervalle de temps Cyaxare au tombeau, le mit en possession de la troisième. La réunion de ces trois monarchies forma le grand empire des Perses, qui s’étendit encore sous les successeurs de Cyrus. Il n’en jouit que sept ans ; et en mourant (4435-529), il le laissa dans une profonde paix et dans l’état le plus florissant à son fils.
4435-529. Cambyse, fils alné de Cyrus, lui succéda et mourut après avoir régné sept ans et cinq mois, sans laisser de postérité.
4443-521. Le faux Smerdis, mage qui se donna pour le véritable frère de Cambyse, auquel il ressemblait beaucoup, monta sur le trône après Cambyse. L’illusion subsista pendant sept mois, sans que nul de ceux qui avaient des raisons de douter osât le manifester. À la fin, dans le huitième mois, elle se dissipa. Sept des principaux seigneurs massacrèrent l’imposteur dans le palais. Il y eut après cela entre eux une curieuse discussion sur la forme du gouvernement qu’il convenait d’adopter. Voyez mon Histoire de l’Ancien Testament, tome 2.
4443-521. Darius, surnommé Hystaspe, du nom de son père, et l’un des sept conjurés, fut élu par eux, à l’âge de vingt-huit ans, pour remplir le trône de Perse. C’est sous son règne qu’on place, suivant l’opinion la plus vraisemblable, le fameux Zoroastre ou Zerdasht. Darius mourut (4479485) après avoir régné trente-six ans.
4479-485. Xerxés, fils de Darius et d’A-tosse, fille de Cyrus, mourut assassiné dans son lit, dans la vingt-unième année de son règne.
4499-465. Artaxerxés longue main, troisième fils de Xerxès, lui succéda et termina ses jours dans la quarante-unième année de son règne, ne laissant qu’un fils légitime.
4540-424. Xerxés II ne régna que quarante-cinq jours ; il fut assassiné par un de ses frères naturels.
4540-424. Sogdien monta sur le trône après la mort de Xerxès II et voulut s’y affermir par un autre fratricide. Mais Ochus, sur qui tombaient ses mauvais desseins, fut proclamé roi par les grands ; et Sogdien, au bout de six mois et quinze jours de règne, périt par le supplice de la cendre.
4540-424. Ochus, à son inauguration, changea son nom en celui de Darius, auquel on ajouta depuis celui de Nothus. Il termina sa carrière après un règne de dix-neuf ans.
4559-405. Arsace, fils alité dit préeéd prit en lui succédant le nom d’Artaxerxés, auquel on ajouta le nom de Mnémom. Sa mort arriva dans la quarante-sixième année de son règne.
4605-359. Artaxerxés-Ochus troisième fils d’Artaxerxès-Mnémon, ayant conquis l’Égypte, fit tuer le bœuf Apis qu’adoraient les Égyptiens, et servir sur la table de ses gens. Bagoas, son eunuque, mais égyptien de naissance, vengea la mort de cet animal en faisant empoisonner l’auteur de ce prétendu sacrilège, dans la vingt-unième année de son règne.
4626-338. Arses fut assassiné par le même Bagoas, dans la troisième année de son règne, suivant l’opinion la plus probable. Ce qu’il y a de certain, c’est que tous les anciens font durer soixante-neuf ans les règnes, collectivement pris, de Mnémon, d’Ochus et d’Arsès.
4618-336. Darius Codomam, issu de Darius Nothus par son père Arsame. Vaincu par Alexandre de Macédoine, il mourut percé de coups dans un chemin l’an 4633-331. La bataille qui décida de son sort est celle qu’on a toujours nommée d’Arbelles, quoiqu’elle se soit donnée près de Gaugamelle, bourg éloigné de quatre-vingt stades d’Arbelles, suivant Quinte-Curce. Cette bataille se donna onze jours après l’éclipse de lune du 20 septembre, 331 ans avant Jésus-Christ, et par conséquent le 1° octobre. C’est ce qui semble résulter d’un passage de Plutarque relatif à cette bataille. Voyez Peteau, de Doctr temp., 1.10. chapitre 36. La mort de Darius fut le terme de la durée du vaste empire des Perses, qui s’étendait depuis la Méditerranée jusqu’au fleuve Indus, et dont le souverain était qualifié le grand roi et le roi des rois.
Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com
L’article dans CalmetDictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)
Au sens restreint la Perse est la région située au sud de l’Élam et à l’ouest du golfe Persique ; au sens large, ce mot désigne l’Iran ou même l’empire perse. Dans l’Ancien Testament, il s’applique en général à l’empire, sauf dans deux passages douteux (Ézéchiel 27.10 ; Ézéchiel 38.5). Parsua (dans les inscr, assyriennes à partir de Salmanasar III en 835) est un pays situé au nord de l’Élam et au sud du lac d’Ourmia et n’a apparemment aucune relation avec la Perse proprement dite. Les Perses sont des Iraniens (Aryens), comme les Mèdes ; nous ne savons rien de leur histoire avant la fondation de leur empire (pour cette période ancienne, voir Médie), à part les légendes et les mythes iraniens transmis dans l’Avesta et dans l’épopée de Firdousi (poète dont le millénaire a été célébré en 1934).
Cyrus, fils de Cambyse et descendant d’Achéménès, devint roi d’Anzan (dans l’Élam) en 559 ; en 550 il déposa son suzerain Astyage roi de Médie ; en 546, il s’empara du royaume de Lydie ; et, en 538, il entra en triomphateur dans Babylone. Son fils Cambyse (528-522) étendit sa domination sur l’Égypte (525). Après la défaite de l’usurpateur Smerdis (Gaumata, 522-521), Darius Ier (521-485) rétablit l’ordre et la paix dans l’empire, qu’il réorganisa admirablement, d’après Hérodote, en 20 satrapies (120 provinces d’après Daniel 6.1, ou 127 d’après Esther 1.1) ; il construisit des routes et établit des courriers, fixa les taxes, battit monnaie (darique), encouragea la navigation et le commerce : bref il fut l’Auguste de l’empire dont Cyrus avait été le César. Xerxès Ier (485-465), ou Assuérus (Esther 1.1, etc.), fut battu par les Grecs à Salamine (480).
La décadence qui commence avec Xerxès s’accentue sous ses successeurs : Artaxerxès Ier (465-424) ; Voir Atlas 9 Xerxès II, Sogdianus ; Darius II (424-405), Artaxerxès II (405-358), Artaxerxès III (358-337), Arsès (337-336), Darius III (336-331). Après une série de campagnes célèbres, Alexandre le Grand prit possession de l’empire perse en 331.
L’Ancien Testament ne connaît que quatre rois de Perse (Daniel 11.2 ; Daniel 7.6, à moins que Néhémie 12.22 ne nomme Darius III) : Cyrus (Ésaïe 44.28 ; Ésaïe 45.1 ; Esdras 1.1 et suivants, 2 Chroniques 36.22 ; Daniel 10.1), Darius Ier (Aggée 1.1 ; Aggée 1.15 ; Aggée 2.10 ; Zacharie 1.1 ; Zacharie 1.7 ; Zacharie 7.1 ; Esdras 4.5-24 ; Esdras 5.5 ; Esdras 5.7 ; Esdras 6.1 etc.), Xerxès Ier (Assuérus, Esdras 4.6 ; Esther 1.1-10), Artaxerxès Ier ; voir (Néhémie 2.1 ; Néhémie 5.14 ; Néhémie 13.6 ; Esdras 4.7 ; Esdras 4.23 ; Esdras 6.14 ; Esdras 7.1-21 ; Esdras 8.1) article à chacun de ces noms. Les seuls textes absolument contemporains des rois en question sont ceux d’Agée et Zacharie (sous Darius Ier), et de Néhémie (sous Artaxerxès Ier) ; faisant contraste avec ces sources historiques de premier ordre, Esther, et Daniel sont des récits plus ou moins imaginaires. Le compilateur du livre d’Esdras (vivant vers 250), ne connaît plus la succession chronologique des rois perses, qu’il nomme dans l’ordre suivant : Cyrus, Xerxès Ier, Artaxerxès Ier, Darius Ier (Esdras 6.14 semble présenter l’ordre correct, mais le verset suivant montre bien que l’auteur place en réalité Darius après Artaxerxès).
La religion des Perses, depuis Cyrus en tout cas, est le mazdéisme, système dualiste de Zoroastre (VIIe siècle) qui semble avoir influencé le développement du judaïsme, notamment dans la doctrine des anges, de Satan, du paradis et de l’enfer, de la résurrection et du jugement final.
R.H. Pf.
Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com
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