Dictionnaires bibliques
Pâque
Ce que les dictionnaires bibliques disent de « Pâque », un article après l’autre.
Dictionnaire de la Bible (Bost)
L’une des trois grandes fêtes des Juifs. Son nom, dérivé de l’hébreu pèsach, passer, signifie passage, soit qu’on l’entende du passage de l’ange exterminateur devant les maisons épargnées des Hébreux, soit qu’il désigne le passage de la servitude à la liberté, ou la traversée de la mer Rouge. Quelques auteurs, en le faisant venir du grec souffrir, ont voulu y voir une allusion anticipée aux souffrances du Messie. Cette grande fête porte encore dans l’Écriture les noms de fête des pains sans levain (Luc 22.4) ; jours des pains sans levain (Actes 12.4) ; fête des sept jours (2 Chroniques 30.24 ; Ézéchiel 45.21) ; les pains sans levain (Matthieu 26.17) ; ou simplement et par excellence, la fête (Matthieu 26.5 ; cf. Jean 5.1). Le nom de Pâque s’applique, soit au passage de l’ange exterminateur, soit à l’agneau pascal, soit au repas où on le mangeait, soit à la fête proprement dite, soit aux victimes particulières qui s’offraient pendant la solennité, soit aux pains sans levain, soit aux différentes cérémonies qui précédaient ou accompagnaient les sacrifices, soit enfin à Jésus-Christ lui-même, qui en a été la réalisation (Jean 1.29 ; 1 Corinthiens 5.7). Quelques textes peu clairs s’expliqueront facilement, si l’on a soin de se rappeler ces diverses significations et de les distinguer.
La fête de Pâque, dont nous trouvons l’institution (Exode 12 ; Lévitique 23 ; Nombres 9), commençait le 13e jour du mois de nisan, le premier de l’année sainte ; elle était destinée à rappeler l’heureuse délivrance des Israélites de la servitude d’Égypte (Lévitique 23.5-8 ; Nombres 28.16-25 ; Deutéronome 16.1-8 ; cf. Ézéchiel 45.21). Elle durait sept jours, à dater du soir du 14 nisan (Josué 5.10 ; Esdras 6.22). Le 1er et le 7e jour étaient particulièrement solennels ; il y avait alors de saintes congrégations auprès du sanctuaire, et le peuple devait s’abstenir de tout travail servile. Le second des sept jours était le jour des prémices, auquel le peuple devait offrir au sacrificateur une poignée des premiers fruits de la moisson.
Voici quelles étaient les différentes observances dont la célébration de la Pâque se composait ou était accompagnée :
Le soir du 14 nisan, entre les deux vêpres, on sacrifiait dans le parvis du sanctuaire un agneau (ou un chevreau) mâle et sans tare, âgé d’un an ; on le rôtissait tout entier, et on le mangeait dans la ville sainte, en famille, ou avec quelques amis du dehors, mais toujours en société, de manière qu’il n’en restât rien pour le lendemain. On le mangeait avec des herbes amères, avec des pains sans levain, dans l’attitude et le costume de voyageurs, afin de rappeler toujours la précipitation de la sortie d’Égypte. Pendant toute la durée de la fête, il était défendu, sous peine de mort, de manger d’autre pain que du pain sans levain, appelé aussi pain d’affliction (Deutéronome 16.3), à cause des souvenirs de servitude qu’il rappelait ; il n’était pas même permis de garder dans la maison, sans usage, ou pour un usage quelconque, du pain levé ou du levain ; et, d’après la tradition, il fallait même tout consommer ou jeter loin dès la veille. Chaque jour, au nom de la nation, et pour l’expiation de ses péchés, les prêtres offraient des holocaustes, deux jeunes taureaux, un bélier, sept agneaux d’un an, avec les offrandes non sanglantes qui devaient les accompagner, et un bouc en sacrifice pour le péché (Nombres 28.19 ; cf. 2 Chroniques 35.1). Quelques Juifs offraient alors aussi des sacrifices particuliers, en gros ou menu bétail, mâle ou femelle (Deutéronome 16.2), suivant l’interprétation rabbinique, à moins que ce passage se rapporte, comme il nous paraît plus probable, aux sacrifices généraux dont on vient de parler. Le second jour, on apportait la première gerbe mûre, avec un holocauste à l’Éternel (Lévitique 23.10), et ce n’est qu’après cette cérémonie accomplie que la moisson des blés était officiellement ouverte.
On a voulu voir quelques contradictions dans la manière dont l’institution ou le but de la fête est raconté (Exode 12) entre les versets 2-13 et les versets 13-20, parce que les premiers semblent ne la rapporter qu’au passage de l’ange exterminateur, et les derniers en font un mémorial de la sortie d’Égypte. Mais c’étaient deux souvenirs qui pouvaient, et devaient se lier étroitement dans l’esprit des Hébreux ; d’ailleurs le sacrifice de l’agneau, qui est un signe préservateur dans le premier cas, et pour ce seul cas, n’est point annoncé comme devant être reproduit dans ce sens à l’avenir. La première Pâque avait un but spécial, celui de sauver les Israélites d’un danger particulier ; l’institution de la Pâque en a eu un second plus général, dérivé du premier, celui de leur rappeler l’ensemble de leur délivrance. Dans le premier cas, c’était le moyen de salut ; dans le second, ce n’était plus qu’un mémorial, et un mémorial typique. La première Pâque n’a pas été ce qu’ont été celles qui l’ont suivie ; elle n’a duré qu’un soir, et si, dans les jours suivants, jours de fuite, les Israélites ont encore continué de manger des pains sans levain, ça a été l’effet de leurs circonstances plutôt que d’un ordre divin ; mais Moïse a fait de cette circonstance une ordonnance pour les âges futurs, afin de leur rappeler vivement, par une semaine d’une nourriture grossière et fade, les tribulations de leurs pères. Ce n’est pas ici le lieu de reproduire, encore moins de réfuter, ces opinions égarées qui ont voulu faire de la fête de Pâque une fête de nouvelle année, parce qu’elle se célébrait vers le milieu du premier mois, ou une fête de la moisson, ou encore une fête du printemps, une fête équinoxiale (Volney, et toute cette école). Si l’on voulait abandonner le récit biblique, on comprendrait, en tout cas, mieux avec Ewald, une fête des moissons, qu’une fête astronomique chez le peuple agriculteur des Hébreux.
La signification des mots « entre les deux vêpres » a été depuis fort longtemps contestée. Les Caraïtes et les Samaritains l’entendent de l’espace de temps compris entre le coucher du soleil et la nuit close ; c’est le dernier crépuscule du jour, le commencement de la nuit. Aben Esra l’entend également ainsi. Les pharisiens et les rabbanites le comprennent, au contraire, du temps qui s’écoule entre le moment où le soleil s’incline sur l’horizon, et celui où il se couche ; ce seraient alors les dernières heures du jour, depuis deux ou trois heures environ. La première opinion est rendue plus vraisemblable par Deutéronome 16.6, et par l’analogie d’Exode 29.39 ; cependant, la dernière avait prévalu dans le service du temple, et l’heure de la mort de Christ, trois heures de l’après-midi, n’a pas été sans influence sur les théologiens chrétiens pour leur faire admettre aussi le calcul des pharisiens.
L’extrême fréquentation de cette fête, et le grand nombre de victimes que l’on y sacrifiait (il y eut, d’après Josèphe, 256600 bêtes immolées en une seule fois), faisaient que chacun, pourvu qu’il fût pur, était autorisé à sacrifier l’animal qu’il présentait ; cela résulte d’ailleurs de 2 Chroniques 30.17.Les prêtres et les lévites, quoique nombreux, n’auraient pas suffi à ce travail, et leur ministère aurait plutôt fait oublier, qu’il n’aurait rappelé le repas de famille primitif. On voit cependant qu’ils ne restaient pas sans occupation, et qu’une assez grande partie de l’ouvrage était fait par eux, soit que le nombre de ceux qui avaient contracté des souillures, volontaires ou involontaires, fut considérable, soit aussi à cause de l’habitude qu’ils en avaient, soit par d’autres raisons. Le lieu des sacrifices était dans les parvis du temple ; le sang de l’agneau était reçu par un prêtre qui en faisait aspersion sur l’autel ; les parties grasses du corps étaient consumées ; le reste de l’animal paraissait ainsi sur la table, sans qu’aucun de ses os eût été brisé (Exode 12.46 ; cf. Jean 19.36), et le 16 du mois de nisan, tout ce qui n’avait pas été mangé était brûlé. On ne peut donc être surpris qu’avec de semblables dispositions, la fête de Pâque soit appelée un sacrifice (Exode 12.27 ; 34.25 ; etc.).
Tous ceux qui étaient circoncis, fussent-ils même d’origine étrangère, étaient admis au repas solennel pourvu qu’ils fussent purs (Exode 12.44-48). Chaque père de famille devait célébrer la Pâque avec les siens ; lorsqu’ils n’étaient pas assez nombreux pour manger à eux seuls l’agneau tout entier, ils pouvaient se réunir à d’autres familles ; selon une tradition, le nombre des convives ne pouvait pas être inférieur à dix. Les femmes y prenaient part également, mais, d’après la Gemara, elles n’y étaient pas obligées comme les hommes. Les Caraïtes n’y laissent participer que les adultes hommes, à l’exclusion des enfants et des femmes. Les Israélites qui ne résidaient pas à Jérusalem, avaient le droit d’y demander gratuitement une chambre préparée pour y faire la pâque (cf. Matthieu 26.18) ; ils abandonnaient au propriétaire en échange de son hospitalité, la peau de l’agneau et les vases de terre dont ils s’étaient servis. Mais le nombre des visiteurs, pendant la fête, était trop considérable pour que tous pussent trouver des chambres dans la ville, et la plupart dressaient leurs tentes et mangeaient la pâque en dehors des murs de Jérusalem, comme font de nos jours encore les pèlerins mahométans autour de la Mecque.
L’agneau pascal devait être rôti au feu, et non point cuit ou bouilli, apparemment parce que c’est la manière la plus expéditive et la moins compliquée, de préparer la viande, par conséquent celle qui rappelait le mieux la hâte du premier voyage. Quant à l’assaisonnement d’herbes amères, les commentateurs ne sont pas d’accord sur le sens de cette expression ; les Septante et la Vulgate traduisent par laitues sauvages, endives, (lactucae agrestes), et les Juifs d’Égypte et d’Arabie confirment de nos jours encore par leur pratique, cette interprétation. Un Talmud énumère diverses espèces de plantes, la chicorée, la pariétaire, l’ortie, etc., d’autres l’entendent même de la moutarde. Il était, du reste, assez ordinaire en Égypte, comme parfois aussi dans nos contrées, de manger quelques herbes amères et aromatiques avec le pain ou la viande (Aben Esra).
On trouve dans les Targums quelques détails sur le service et le rituel du repas, rituel conservé par les Juifs actuels en beaucoup d’endroits. Quatre coupes de vin, ordinairement de vin rouge, étaient remplies et faisaient le tour des convives, chaque coupe étant accompagnée d’une parole d’action de grâces. À la seconde, le père racontait à son fils, sur sa demande, l’histoire de l’institution primitive de la fête (Exode 12.26ss), puis on entonnait le grand Hallel (Psaumes 113-118). Suivait la troisième coupe, qui était appelée par excellence la coupe de bénédiction (cf. 1 Corinthiens 10.16) ; on entamait alors l’agneau pascal, et l’on continuait le chant de l’Hallel jusqu’à ce que la quatrième coupe fût vidée. Quelquefois on en remplissait une cinquième, et pendant qu’elle circulait, on chantait encore les Psaumes 120-137.On peut lire dans Calmet quelques détails de plus, extraits des ouvrages rabbiniques.
Les pains pouvaient être faits de farine de blé, d’orge, d’avoine, ou d’épeautre ; peut-être étaient-ils le plus ordinairement pétris de farine d’orge, comme celle qui a été le plus anciennement et le plus communément en usage ; mais on a eu tort d’en faire une règle générale, et surtout de le conclure du rapport accidentel qui se trouve entre leur nom hébreu mazzoth et le latin massa.
Lorsque par suite d’une souillure cérémonielle, ou pour n’être pas arrivés à temps à Jérusalem, quelques Israélites n’avaient pu célébrer la fête le 14 nisan, ils devaient la célébrer le quatorzième jour du mois suivant (Nombres 9.11). Les talmudistes appellent cette solennité tardive la petite pâque, et disent qu’alors il n’était pas défendu d’avoir du levain dans la maison, et que le chant des Hallels n’était pas absolument nécessaire. On trouve sous le règne d’Ézéchias un exemple de cette Pâque tardive (2 Chroniques 30.2-15).
C’est au soir du 15 nisan que des délégués du sanhédrin allaient désigner dans un champ voisin de Jérusalem, la gerbe des prémices, et dans la nuit du 16 on venait la couper et la porter dans la cour du temple. Là on battait les grains, on les froissait au moyen d’une meule à bras, on tamisait treize fois de suite la farine ainsi obtenue, et l’on en faisait une offrande tournoyée de la dixième partie d’un épha, mêlée d’huile et d’encens, dont une poignée était jetée sur l’autel, et le reste était consommé par les prêtres. L’institution primitive racontée (Lévitique 2.14), était un peu différente de celle que suivirent les Juifs plus tard ; les grains étaient rôtis au feu suivant l’ancienne coutume.
L’usage rappelé (Matthieu 27.15 ; Luc 23.17 ; Jean 18.39), de relâcher un prisonnier le jour de la fête, quel que fût celui que le peuple demandât, n’est prescrit ni même mentionné nulle part ailleurs. Quelques auteurs, comme Grotius, veulent y voir un usage emprunté des Romains qui, à certaines fêtes, aux bacchanales, aux lectisternia, etc., avaient l’habitude de mettre en liberté quelques prisonniers, souvent même tous ; les Grecs avaient en plusieurs de leurs fêtes un usage semblable. Selon d’autres, et Olshausen paraît pencher vers cette opinion, c’était une coutume juive que l’on cherche à faire dériver de l’idée primitive de la Pâque, qui était un affranchissement. On peut concilier les deux sentiments en admettant que les Romains, maîtres de la Palestine, avaient introduit cet usage pour tempérer l’extrême rigueur du code criminel des Juifs, et qu’ils avaient profité, pour le faire, des souvenirs nationaux qui s’y rattachaient dans l’esprit des Hébreux. Cette coutume n’a de surprenant que l’usage qui en a été fait dans cette circonstance spéciale, car du reste, chez presque toutes les nations, en Orient et en Occident, il est assez d’usage lors de certaines fêtes, à la naissance d’un prince, ou à son avènement, de proclamer une amnistie partielle ou entière, mesure tout ensemble de politique et de générosité.
C’est une question qui n’est point encore résolue que celle de savoir si notre Sauveur a célébré la Pâque légale et judaïque la dernière année de sa vie. Les trois premiers évangélistes semblent la décider affirmativement (Matthieu 26.17 ; Marc 14.12 ; Luc 22.7), tandis que Jean 13.1, appuie fortement le sentiment opposé. Sans entrer ici dans l’examen d’une question qui ne nous a pas paru résolue, nous indiquerons, comme résumant la discussion, les trois hypothèses principales.
1°. L’ancienne église grecque admettait, de même que plusieurs modernes, entre autres Lamy, que Jésus, n’avait pas célébré la Pâque juive, mais qu’il l’avait comme anticipée en la faisant dans un repas particulier, pour être offert lui-même le lendemain, 14 nisan, comme le véritable agneau pascal. Cette opinion, fondée sur saint Jean, est en contradiction avec les termes des trois autres évangiles.
2°. Selon d’autres, Jésus a bien fait la Pâque, mais il ne l’a pas célébrée en même temps que les autres Juifs, soit que prévoyant que la méchanceté de ses ennemis lui enlèverait avant le soir du 14 nisan la liberté de se réunir avec ses disciples pour manger l’agneau pascal, il ait en sa qualité de Messie, choisi la veille, le 13, pour faire ce repas ; soit au contraire que Jésus, conformément au texte de la loi, ait célébré la fête le soir du 14 nisan, tandis que les Juifs l’auraient renvoyée au lendemain soir, 15 du mois, vendredi, peut-être pour une plus grande exactitude astronomique, et sur les calculs de leur calendrier ; c’est l’opinion de Cyrille d’Alex., Chrysostome, Epiphanes, etc. Ils appuient entre autres sur ce qui est dit (Luc 22.7), que c’était le jour où il fallait sacrifier la Pâque, voyant dans ces paroles une présomption que ce n’était pas le jour où on l’avait fait.
3°. Enfin ceux qui pensent que Jésus a célébré la Pâque juive en même temps que les Juifs, admettent, les uns, que la fête avait été renvoyée du 14 au 15 nisan, et que le 14 (vendredi), qui commençait la veille au soir (jeudi), n’avait été que la préparation de la fête dans laquelle on avait mangé l’agneau pascal (Jean 19.14) ; explication qui est presque généralement rejetée ; les autres donnent aux expressions manger la Pâque et préparation de la Pâque (Jean 18.28 ; 19.14), un autre sens que celui dans lequel on les prend ordinairement, expliquant la première de l’un ou de l’autre des différents sacrifices journaliers qui se faisaient dans le courant de la semaine sainte, et la seconde de la préparation qui se faisait la veille du sabbat de pâque ; explications un peu dures et contraires à l’usage général.
Au milieu de ces incertitudes, il paraît plus vraisemblable que Jésus n’a pas fait la pâque avec ses disciples, d’autant plus que s’il l’eût faite, il eût agi contre les observances juives en quittant le même soir, pendant la nuit, la maison et la ville de Jérusalem (Matthieu 26.30 ; Marc 14.26 ; Luc 22.39).
Quoi qu’il en soit, du reste, la Pâque chrétienne à succédé à la Pâque juive ; elle a pris sa place dans l’année et dans le cœur de ceux qui ne sont plus sous la loi, mais sous la grâce. Il n’importe pas que Jésus Christ l’ait célébrée ou indiquée avant sa mort ; il l’a fondée par sa mort, comme cela ressort non seulement de cette parole de l’apôtre : « Christ, notre Pâque, a été sacrifié pour nous » (1 Corinthiens 5.7), mais encore des rapports évidents et nombreux qui ont fait de son sacrifice l’accomplissement perpétuel de ceux qui devaient être offerts par les Juifs. Il serait trop long d’énumérer ici tous ces rapports entre le Christ et l’agneau pascal, de même que ceux que les auteurs sacrés font ressortir entre le sacrifice de Christ et la pâque.
Il ressort aussi de l’institution de la Cène, soit qu’elle ait eu lieu le 14 nisan, ou le 13, qu’elle était destinée à rappeler le souvenir de la mort de Christ, et qu’elle avait sous ce rapport une signification pascale, réelle, mais plus étendue et moins cérémonielle que la fête proprement dite. La Cène est une pâque réitérée et fréquente ; elle est la commémoration de la mort de celui qui est notre Pâque, et ce souvenir doit accompagner la pensée du chrétien, non seulement dans la grande solennité que l’Église a consacrée, mais dans toutes les occasions où il s’approche de la table du Seigneur. Il se rappelle alors qu’il a été délivré comme le Juif, mais d’une servitude plus terrible, mais par un sang plus précieux, mais pour un avenir de joies plus grandes, plus sûres, plus durables, pour la sainteté et pour la vie éternelle.
Rappelons encore, en terminant, les querelles qui éclatèrent dans les premiers siècles de l’établissement du christianisme, entre les évêques orientaux et les occidentaux, sur le jour auquel il fallait célébrer la Pâque. Les orientaux voulaient s’en tenir à l’usage que leur avaient légué Jean et les apôtres, de la célébrer le quatorzième jour de la lune de mars ; les occidentaux la célébraient le dimanche qui suivait. Polycarpe et Anicet eurent sur ce point des conférences qui n’aboutirent à aucun résultat, l’évêque de Rome ne voulant pas se plier à l’usage apostolique, et Polycarpe ne voulant pas y renoncer. Plus tard, Victor 1er (196) envenima la discussion, et rompit la communion avec les évêques d’Orient ; Irénée, évêque de Lyon, réussit à faire entendre raison au pape, qui rétracta ses mesures antichrétiennes. Les deux Églises ont dès lors continué d’observer leurs jours particuliers.
Dictionnaire de la Bible — Jean-Augustin Bost, source levangile.com
L’article dans BostDictionnaire historique et critique de la Bible (Calmet)
Ou Pasques, Pascha. Ce terme est hébreu et signifie passage. Les Juifs prononcent Pesach. Quelques-uns ont voulu le dériver du grec pascho, je souffre, comme par allusion à la passion de Jésus-Christ ; mais sa vraie étymologie est le verbe hébreu pasach, passer, sauter. On donna le nom de Pâque à la fête qui fut établie en mémoire de la sortie d’Égypte (Exode 12), à cause que la nuit qui précéda cette sortie, l’ange exterminateur, qui mit à mort les premiers-nés des Égyptiens, passa les maisons des Hébreux sans y entrer, parce qu’elles étaient toutes marquées du sang de l’agneau qu’on avait immolé la veille, et qui pour cette raison est appelé agneau pascal.
Voici ce que Dieu ordonna sur la Pâque des Juifs (Exode 12). Le mois de la sortie de l’Égypte fut regardé depuis ce temps comme le premier mois de l’année sainte ou ecclésiastique ; et le quatorzième jour de ce mois, entre les deux vdpres, c’est-à-dire entre le déclin du soleil et son coucher, ou bien, suivant notre manière de compter, entre deux heures après midi et six heures du soir dans l’équinoxe, on devait immoler l’agneau pascal et s’abstenir de pain levé. Le lendemain quinzième, à commencer à six heures du soir précédent, qui faisait la fin du quatorzième, était la grande fête de la Pâque, qui durait sept jours. Mais il n’y avait que le premier et le septième jour qui fussent solennels. L’agneau qui était immolé devait être sans défaut, mâle et né dans l’année. Si l’on ne trouvait point d’agneau, on pouvait prendre un chevreau. On immolait un agneau ou un chevreau dans chaque famille, et si le nombre de ceux qui étaient dans la maison ne suffisait pas pour manger l’agneau, on en prenait de la maison voisine.
On teignait du sang de l’agneau immolé le haut et les jambages de chaque maison, afin que l’ange exterminateur, voyant ce sang, passât outre et épargnât les enfants des Hébreux. On devait manger l’agneau la nuit même qui suivait le sacrifice ; on le mangeait rôti, avec du pain sans levain et des laitues sauvages ; l’Hébreu à la lettre, avec des choses amères, comme serait de la moutarde ou antre chose de cette nature, pour lui relever le goût. Il était défendu d’en manger aucune partie crue ou cuite dans l’eau, et d’en rompre les os (Exode 12.46 Nombres 9.12 Jean 19.36) ; mais il fallait le manger entier, même la tête, les pieds et les intestins ; et s’il en restait quelque chose au lendemain, on le jetait au feu. Ceux qui le mangeaient devaient être en posture de voyageurs, ayant les reins ceints, des souliers aux pieds, le bâton à la main, et mangeant à la hâte. Mais cette dernière cérémonie ne s’observa, ou du moins elle ne fut d’obligation que la nuit de la sortie de l’Égypte. Pendant toute l’octave de la Pâque on n’usait point de pain levé, et quiconque en avait mangé était menacé d’être exterminé de son peuple. On chômait le premier et le dernier jour de la fête, en sorte toutefois que l’on y permettait de préparer à manger (Exode 12.16) ; ce qui était défendu le jour du sabbat (Exode 16.23).
L’obligation de faire la Pâque était telle, que quiconque aurait négligé de la faire était condamné à mort (Nombres 9.13). Mais ceux qui avaient quelque empêchement légitime, comme de voyage, ou de maladie, ou de quelque impureté volontaire ou involontaire : par exemple, ceux qui avaient assisté à des funérailles ou qui s’étaient trouvés souillés par quelque autre accident, devaient remettre la célébration de la Pâque au second mois de l’année ecclésiastique, ou au 6 du mois jiar, qui répond à avril et à mai.
C’est ainsi que le Seigneur l’ordonna à Moïse, à l’occasion de la demande que lui firent quelques Israélites qui avaient été obligés de rendre les derniers devoirs à quelques-uns de leurs parents (Nombres 9.10-11), et qui, à cause de leur souillure, n’avaient pu participer à la victime pascale. Nous voyons l’exécution de cette loi sous Ézéchias (2 Chroniques 30.2-3). Ce saint roi ayant résolu de faire célébrer une Pâque solennelle par tous ses sujets, on lui remontra que les prêtres n’avaient pas eu le loisir de se purifier en aussi grand nombre qu’il aurait été nécessaire pour servir à cette solennité. Ainsi il fut résolu qu’on en remettrait la célébration au mois suivant, ce qui fut exécuté.
On peut ajouter à ce que nous avons dit sur la dernière Pâque, que les chrétiens d’Orient, et surtout les Syriens, soutiennent que l’année que Jésus-Christ mourut, on célébra la fête le treizième du mois adar le samedi, qui commençait dès la fin du vendredi précédent, et que Notre-Seigneur la prévint d’un jour et la célébra le vendredi, qui commençait dès le soir du jeudi précédent, à cause qu’il devait mourir le vendredi. Calvisius met aussi la même Pâque le samedi quatrième jour d’avril, l’année trente-troisième de l’ère vulgaire, la trente-sixième de Jésus-Christ, qui tombe dans l’année 344 d’Alexandrie. [Voyez ma note au mot Pentecôte].
Voici les cérémonies que les Juifs d’aujourd’hui observent dans la célébration de la Pâque. Cette fête dure une semaine ; mais les Juifs qui sont hors de la Palestine la font huit jours, suivant l’ancienne coutume par laquelle le sanhédrin envoyait deux hommes exprès pour découvrir la lune naissante, et pour en donner incontinent avis aux chefs de cette compagnie. De peur de manquer à ce qu’on devait, on célébrait deux jours de fête : l’un nommé dies latentis lunoe, et l’autre dies apparentis lunoe. De cette sorte, les deux premiers jours de la Pâque et les deux derniers sont fête sont solennels, et on ne peut, ces jours-là, ni travailler, ni traiter d’affaires ; mais il est permis de préparer à manger et de porter d’un lieu en un autre ce dont on a besoin. Pendant les quatre jours du milieu, il est seulement défendu de travailler ; mais on peut manier de l’argent, et ces jours-là ne sont distingués des jours ouvrables que par de certaines choses singulières.
Pendant les huit jours de la fête, les Juifs ne mangent que du pain sans levain, et il ne leur est pas permis d’avoir en leur pouvoir ni levain ni pain levé. Pour mieux observer ce précepte, ils cherchent avec une exactitude scrupuleuse dans toute la maison pour en ôter jusqu’aux moindres choses fermentées. Ils visitent pour cela tous les coins du logis, les coffres, les armoires ; puis, ayant bien nettoyé la maison, ils la blanchissent et la meublent d’ustensiles tout neufs, ou de ceux qui ne servent qu’à ce jour-là. S’ils ont servi à d’autres, et qu’ils soient de métal, ce n’est qu’après les avoir fait repasser à la forge et polir. Dès le soir d’avant la veille de la fête, le maître du logis cherche par toute la maison, pour voir s’il n’y a point de pain levé. Sur les onze heures du jour suivant on brûle du pain, pour marquer que la défense du pain levé est commencée, et cette action est accompagnée de paroles qui déclarent qu’il n’y a aucun levain en son pouvoir, du moins qu’il le croit ainsi et qu’il a fait ses diligences pour cela.
Incontinent après, ils se mettent à faire des azymes ou pains sans levain, qu’ils appellent mazzoth, et en font suffisamment pour durer pendant les huit jours de la fête. Ils prennent garde que la farine dont ils se servent n’ait pas été mouillée ou échauffée, de peur qu’elle n’ait été fermentée. Ils en font des gâteaux plats et massifs de différentes figures ; et afin qu’ils ne lèvent point, ils les mettent aussitôt cuire dans le four, et au sortir de là ils les gardent avec beaucoup de propreté. Quelques-uns font de ces gâteaux avec des œufs et du sucre, pour les personnes délicates et malades ; ils les nomment mazza aschiras, c’est-à-dire riche gâteau sans levain.
Le quatorzième jour de nisan, les premier-nés des familles ont accoutumé de jeûner, en mémoire de ce que, la nuit suivante, Dieu frappa tous les premier-nés de l’Égypte. Le soir ils vont à la prière, et étant de retour au logis, ils se incitent à table, qui est préparée de jour et aussi bien servie que chacun le peut. Et pour observer la loi (Exode 12.8), qui veut qu’on mange l’agneau avec du pain sans levain et des herbes amères, ils ont dans un plat ou dans une corbeille quelque morceau d’agneau ou de cabri, tout préparé avec des herbes amères, comme du céleri, de la chicorée ou des laitues, et un petit vase où il y a de la sauce. Cette corbeille et ce petit attirail en mémoire de la chaux et des briques qu’on leur faisait faire, et qu’ils mettaient en œuvre en Égypte ; et tenant des tasses de vin, ils récitent la narration des misères que leurs pères souffrirent en Égypte, et les merveilles que Dieu fit pour les en délivrer. Ensuite ils rendent grâces à Dieu de toutes ces faveurs, ils disent le psaume 112, et les suivants qui commencent par Halleluia, puis ils soupent. Après souper ils continuent à dire et à chanter le reste de ces psaumes et autres louanges propres au jour ; puis ils s’en vont coucher. Le jour suivant on fait la même chose.
Les prières du matin sont les mêmes que celles qui se disent aux autres fêtes, excepté qu’ils y ajoutent ce qui est de particulier à celle-ci, avec les psaumes dont on a déjà parlé, depuis le 112 jusqu’au 118 inclus, On tire de l’armoire le rouleau du Pentateuque, et on lit à cinq le chapitre 12 de l’Exode, qui contient l’institution de la Pâque, et ce qui est contenu au chapitre 18 des Nombres, concernant les sacrifices propres à cette fête ; ensuite la prière Mussaf. Puis on lit des prophètes ce qui a rapport à ce qu’on a lu du Pentateuque ; et après dîner on fait la commémoration de la fête et l’on donne la bénédiction pour le prince sous la domination duquel ils demeurent, priant Dieu qu’il le conserve en paix et en joie, et que ses desseins réussissent, que ses États augmentent et qu’il aime leur nation, selon cette parole de Jérémie : Cherchez la paix de la ville où je vous ai transporté, et priez pour elle le Seigneur, parce qu’en sa paix vous aurez aussi la paix (Jérémie 19.7).
La même chose se pratique les deux derniers jours. On finit cette fête avec la cérémonie d’Habdala ou Distinction. Cette cérémonie d’Habdata se fait à ta fin du jour du sabbat, lorsque le maître du logis prononce certaines paroles et certaines bénédictions pour souhaiter que tout prospère dans la semaine où l’on va entrer. Au sortir de la synagogue, on va manger du pain levé pour la dernière fois.
Depuis le second soir de la Pâque ils comptent quarante-neuf jours jusqu’à la fête des Semaines, ou la Pentecôte ; et depuis le lendemain de Pâque ils comptent trente-trois jours, pendant lesquels ils ne se marient point, ne coupent point d’habits neufs, ne so font point les cheveux, ne célèbrent aucune réjouissance publique ; mais passent ces trente-trois jours dans une espèce de deuil, à cause d’une grande mortalité qui arriva, disent-ils, entre les disciples du rabbin À kiba. Le trente-troisième jour est célébré avec joie, et est regardé comme une fête, parce que ce jour-là la mortalité cessa. On nomme ce jour Lag, parce que les deux lettres hébraïques L et G valent 33, selon leur valeur numérique.
Les rabbins nous apprennent encore d’autres détails que Léon de Modène a omis ; par exemple : que si l’on néglige d’ôter le levain de sa maison, on mérite le fouet ; si on le mange par mégarde et sans y penser, on paie l’amende. On peut brûler le levain qu’on y trouve et le jeter dans l’eau, réduit en miettes. Lorsque les femmes ont pétri leur pain sans levain, on prend grand soin qu’il ne s’aigrisse, on se hâte de le mettre au four, pour ne lui en pas laisser le loisir, et on jette de l’eau par-dessus, de peur qu’il ne s’échauffe. Quelques-uns portent le scrupule jusqu’à ne pas nommer le nom de levain devant leurs enfants, de peur de leur faire naître l’envie d’en manger, de même qu’ils ne nomment pas le porc par son nom, de peur de le faire connaître : Ils l’appellent alla res, une autre chose.
Pour faire plus exactement la recherche du pain levé, on prend même en plein jour une chandelle, et on furette dans tous les recoins, pour y découvrir quelque mie de pain levé ; et afin que la chose ne paraisse ni affectée, ni ridicule, on cache dans un coin un morceau de pain dont on fait la découverte avec grande joie. Lorsque tout cela est fini, le père de famille met à part tout le pain levé qui est nécessaire pour la nourriture de ses gens jusqu’au 14 de nisan, et brûle le reste, en disant que tout ce qu’il y a de pain levé dans sa maison, tant ce qu’il y a trouvé, que ce qu’il n’y a pas trouvé, devienne comme la poussière de la terre, ou s’anéantisse. L’on choisit avec soin le blé ou l’orge qui doit être employé à faire des pains azymes ; et on prend toutes les précautions possibles pour empêcher qu’il ne s’aigrisse et qu’il ne s’échauffe, soit avant, soit après la mouture. On prend garde au sac ou il se met, et on ne le porte pas au moulin sur le dos d’un cheval, de peur qu’il ne s’échauffe ; on ne mêle au pain azyme ni beurre, ni sel, ni huile, de peur qu’ils n’y causent quelque fermentation. Il faut que ce soit un Juif qui le pétrisse, et les plus fameux rabbins se sont fait honneur d’y travailler.
Pendant que le temple a subsisté, les Juifs ont immolé un agneau dans le temple entre les deux vêpres, c’est-à-dire, après midi du treizième de nisan, depuis environ deux heures jusqu’à six heures du soir. Les particuliers les amenaient au temple et les immolaient, puis en offraient le sang aux prêtres, qui le répandaient au pied de l’autel. Le particulier ou le lévite, dans cette occasion, pouvait égorger sa victime, mais l’effusion du sang au pied de l’autel était réservée au prêtre. Philon dit qu’en cette fête le lévite, et même le juif laïque pouvait faire les fonctions dès prêtres, ce qu’il faut entendre dans le sens que nous venons de dire.
La veille de la fête, la mère de famille dresse une table la plus propre qu’elle peut ; ou y trouve deux gâteaux sans levain, deux morceaux d’agneau, une épaule rôtie, pour se souvenir que Dieu les a délivrés à bras étendu. L’autre morceau est bouilli en mémoire du sacrifice. Ils y ajoutent, à ce qu’on dit, quelques petits poissons, à cause du Léviathan ; un œuf dur, à cause de l’oiseau Ziz ; de la viande, à cause du Behemot (Le Léviathan, le Behemot et le Ziz sont trois animaux destinés au festin des élus dans l’autre vie) ; des noix et des pois pour les enfants, afin de les exciter à demander les raisons de cette cérémonie : ils ont une espèce de moutarde en forme de mortier, qu’ils composaient autrefois de dattes et de figues sèches, et à présent de châtaignes et de pommes, pour représenter le travail des briques ; ils l’appellent Charoseth (rem). Le père de famille se met à table avec ses enfants et ses esclaves, parce que tout le monde est libre ce jour-là. Étant assis, le chef de la famille prend des herbes amères environ ta grosseur d’une olive, qu’il trempe dans le charoseth ; il les mange et en distribue autant à tous les assistants.
Après avoir mangé, on retire un peu la table, et alors un jeune garçon chargé d’entonner l’hymne, fait plusieurs questions sur l’origine de ces cérémonies : Pourquoi on ne mange cette nuit-Ià que des pains sans levain ? Pourquoi on ne se sert que d’herbes amères ? etc. On rapproche la table, et le père de famille explique l’histoire et la cérémonie de l’agnau pascal et de toutes les cérémonies qui l’accompagnent. Il conclut en priant Dieu, et en exhortant les autres à le prier de rétablir Jérusalem et les anciens sacrifices, afin qu’on puisse manger l’agneau pascal, et apaiser Dieu par son sang : il rend grâces au Seigneur d’avoir procuré à leurs ancêtres une si glorieuse délivrance. L’oraison étant finie, il lave ses mains, et prend un des pains sans levain, le rompt et le bénit. Il ne bénit point les autres pains qui sont sur la table, parce qu’on doit se contenter cette nuit-là d’un morceau de pain ; car c’est un pain d’affliction, un pain destiné à des esclaves et à des misérables.
Il mêle ce pain avec les herbes amères et le charoseth, et le mange, en bénissant Dieu d’avoir donné cette ordonnance à son peuple ; il prend ensuite un morceau d’agneau qu’il mange, en faisant à Dieu de pareilles actions de grâces. Enfin il prend encore un petit morceau de pain, après quoi il n’est plus permis de manger ; mais on boit une troisième et une quatrième coupe de vin, dans lequel on a mêlé un peu d’eau. On entonne des actions de grâces et des psaumes, pendant que cette action dure. Autrefois, et avant la ruine du temple, il fallait que l’agneau pascal fût entièrement rôti : mais à présent, ils ne se croient plu, permis de servir l’agneau ni entièrement rôti, ni entièrement bouilli, parce que ce serait offrir et manger des sacrifices hors de Jérusalem et da temple ; mais ils en rôtissent une partie et font bouillir l’autre, ou ils retranchent une partie de l’animal, afin qu’il ne soit pas entier et qu’il n’ait pas l’air de victime.
Pour fixer le commencement du mois lunaire, et par conséquent la fête de Pâque, qui se célébrait le quatorzième jour de la lune de mars, les rabbins enseignent que leurs ancêtres avaient des sentinelles placées sur le sommet des montagnes, pour observer le moment de l’apparition de la nouvelle lune, et qu’aussitôt qu’ils l’avaient vue, ils couraient en diligence en donner avis au sanhédrin, qui dépêchait des courriers aux villes voisines, pour les avertir que la néoinénie commençait. Mais il y a beaucoup d’apparence que les anciens Juifs n’employèrent jamais ces précautions, elles étaient sujettes à de trop grands inconvénients, surtout pour les villes éloignées ; et on n’en remarque aucuns vestiges dans Josèphe, ni dans Philon, et encore moins dans l’Écriture. De plus, il nous paraît certain que les anciens Hébreux ne se servaient pas de mois lunaires ; ce qui renverse absolument le système de ces rabbins. Voyez ci-devant les articles mois et années.
Quant à la Pâque chrétienne, elle fut instituée par Jésus-Christ, lorsque, dans le dernier souper qu’il fit avec ses apôtres, il leur donna son corps à manger et son sang à boire, sous les espèces du pain et du vin [Voyez pain, note tirée du Génie du Christianisme] ; et lorsque le lendemain il abandonna son corps aux Juifs, qui le condamnèrent à la mort, et le firent crucifier par les mains des bourreaux. L’agneau pascal que les Juifs égorgeaient, qu’ils déchiraient, qu’ils mangeaient, et dont le sang les garantissait de l’approche de l’ange exterminateur, n’était qu’une figure de la mort et de la passion du Sauveur, et de son sang répandu pour le salut du monde. Cette pâque se célèbre tous les ans avec grande solennité dans l’Église chrétienne le dimanche d’après le quatorzième de la lune de mars ; mais elle doit se célébrer dans la sincérité, dans l’innocence et dans la vérité, figurées par les pains sans levain (1 Corinthiens 5.8). On y offre le saint Sacrifice de l’autel, qui est la mémoire, aussi bien que la réalité de celui que Jésus-Christ offrit sur la croix, et dont celui de l’agneau pascal n’était que le symbole. On réitère tous les jours le môme sacrifice en une infinité d’endroits ; en sorte qu’on peut dire que l’Église célèbre tous les jours la Pâque chrétienne.
Il y eut dans les commencements quelque diversité de sentiments et de pratiques dans la célébration de la Pâque. Dès le temps de saint Polycarpe, les Églises d’Asie célébraient Pâque au quatorzième de la lune de mars, en quelque jour qu’il arrivât, à l’imitation des Juifs ; et les Romains la faisaient, comme ils font encore aujourd’hui, le dimanche qui suit le quatorzième de la lune de mars. Saint Polycarpe étant venu à Rome sous le pontificat d’Anicet, conféra avec lui sur ce sujet : mais ne s’étant pu persuader l’un à l’autre de changer de coutume, ils ne crurent pas devoir rompre la paix des Églises pour une chose purement d’usage. La dispute sur cela s’étant échauffée sous le pontificat du pape Victor, vers l’an 188, les Asiatiques demeurant opiniâtrement attachés à leur pratique, et Polycrate, évêque d’Éphèse, avec les autres évêques d’Asie, ayant écrit au pape une longue lettre pour la soutenir, Victor envoya des lettres dans toutes les Églises, par lesquelles il les déclarait excommuniés. Les autres Églises n’approuvèrent pas la rigueur de Victor, et malgré sa sentence, elles demeurèrent unies de communion avec ceux qui continuèrent à célébrer la Pâque au quatorzième de la lune de mars.
Les choses subsistèrent en cet état jusqu’au concile de Nicée, tenu en 325, avec cette différence néanmoins, que la plupart des Églises d’Asie étaient revenues insensiblement à la pratique des Romains, et ne faisaient plus la Pâque au quatorzième de la lune de mars. Le concile de Nicée fit un réglement général, qui ordonnait que toutes les Églises célébrassent la fête de Pâque le dimanche qui suivait le quatorzième de la lune de mars ; et l’empereur Constantin fit publier ce décret dans tout l’empire romain. Ceux qui, nonobstant ce décret, continuèrent dans leur ancienne pratique, furent regardés dans l’Église comme schismatiques, et on leur donne le nom de Quartodécimans, ou partisans du quatorzième jour ; et en grec, Tessarésdécatites. On peut voir sur tout cela l’histoire ecclésiastique, à qui cette matière appartient principalement.
C’est une question fameuse parmi les commentateurs, savoir si notre Sauveur a fait la Paque légale et judaïque la dernière année de sa vie. Les uns ont cru que Notre-Seigneur n’avait pas fait la Pâque légale la dernière année de sa vie, mais que le souper qu’il fit le jeudi au soir avec ses disciples, et où il institua le sacrement de son corps et de son sang, était un simple repas, où l’on ne mangea pas l’agneau pascal. D’autres ont dit que notre Sauveur avait anticipé la Pâque, qu’il l’avait faite le jeudi au soir, et les autres Juifs seulement le vendredi. D’autres ont avancé que les Galiléens avaient fait la Pâque le jeudi, de même que Jésus-Christ ; mais que les autres Juifs l’avaient faite le vendredi. Enfin le sentiment le plus commun aujourd’hui dans l’Église chrétienne, tant grecque que latine, est que Jésus-Christ a fait la Pâque légale le jeudi au soir, de même que tous les autres Juifs.
Les évangélistes saint Matthieu, saint Marc et saint Luc paraissent assez favorables au sentiment qui veut qu’il ait fait la Pâque le jeudi au soir, de même que les autres Juifs. Mais il faut avouer que saint Jean lui parait contraire, puisqu’il dit que Jésus étant à table avec ses disciples (Jean 13.1-12), avant le jour de Pâque, ayant toujours aimé les siens, il les aima jusqu’à la fin, et après le souper, il leur lava les pieds. Et ensuite lorsque les Juifs eurent conduit Jésus à Pilate, afin qu’il le condamnât et le fit exécuter à mort, il remarque (Jean 18.28) qu’ils n’osèrent entrer dans le prétoire, de peur de se souiller, parce qu’ils voulaient manger la Pâque. Enfin il dit que le vendredi (Jean 19.14) était la parascève de la Pâque, et que le samedi suivant (Jean 19.31) était le grand jour de la fête. Pourquoi ? sinon parce que c’était la Pâque : et c’est pour cela que le vendredi précédent était la parascève, ou la préparation de la Pâque, qui se célébrait le lendemain.
Dans la dissertation sur la dernière Pâque de Notre-Seigneur, que nous avons fait imprimer à la tête du commentaire sur saint Matthieu, nous avons tâché de montrer que notre Sauveur n’avait pas fait la Pâque la dernière année de sa vie ; du moins que les Juifs ne l’avaient faite que le vendredi, jour de sa mort, et qu’il était mort sur le Calvaire à la même heure que les Juifs immolaient dans le temple la victime pascale ; en sorte que la figure et la réalité se rencontrèrent et s’exécutèrent ensemble comme à point nommé. Nous avons cité plusieurs anciens qui ont cru comme nous, que le vrai jour de la Pâque légale tombait cette année-là au vendredi, jour auquel notre Sauveur endura la mort.
Le nom de Pâque se prend :
- Pour le passage de l’ange exterminateur ;
- Pour l’agneau pascal ;
- Pour le repas où on le mangeait ;
- Pour la fête instituée en mémoire de la sortie de l’Égypte et du passage de l’ange exterminateur ;
- Pour toutes les victimes particulières qui s’offraient durant la solennité pascale ;
- Pour les pains sans levain dont on usait pendant toute l’octave de la Pâque ;
- Pour toutes les cérémonies qui précédaient et qui accompagnaient cette cérémonie.
Dictionnaire historique et critique de la Bible — Augustin Calmet, source levangile.com
L’article dans CalmetLexique de la Bible (Lelièvre)
Voir Fêtes.
Lexique de la Bible — Charles Lelièvre, source levangile.com
L’article dans LelièvreDictionnaire encyclopédique de la Bible (Westphal)
Voir Fêtes.
Dictionnaire encyclopédique de la Bible — Alexandre Westphal, source levangile.com
L’article dans Westphal